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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>Pour un statut d'&#233;diteur ind&#233;pendant</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Pour-un-statut-d-editeur-independant</link>
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		<dc:date>2025-02-24T14:03:19Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Discepolo</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Un texte de Thierry Discepolo (Agone).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Edition-" rel="directory"&gt;&#201;dition&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH99/assises_edition_logo-23188.png?1740405803' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous publions ci-dessous sous forme de tribune et en accord avec son auteur un article publi&#233; &lt;a href=&#034;https://agone.org/pour-un-statut-dediteur-independant-lettrinfo-25-iv/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site d'Agone&lt;/a&gt; le 23 f&#233;vrier. (Acrimed)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les 20 et 21 f&#233;vrier, &#224; Bordeaux, se tenaient les IIe Assises de l'&#233;dition ind&#233;pendante. Ses partenaires m&#233;diatiques, &lt;i&gt;Livres Hebdo&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;ActuaLitt&#233;&lt;/i&gt;, toujours &#224; l'avant-garde du confusionnisme, ont tent&#233; d'en miner les efforts &#8211; &lt;a href=&#034;https://agone.org/la-dependance-cest-la-liberte-lindependance-cest-lesclavage/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;nous en donnons ici un d&#233;codage&lt;/a&gt;. Ce p&#233;tard mouill&#233; fut sans effet sur la quinzaine de rencontres qui ont r&#233;uni pr&#232;s de 500 personnes. Ci-dessous l'une des interventions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 2023 &#224; Aix-en-Provence, les premi&#232;res Assises de l'&#233;dition ind&#233;pendante &#233;taient ouvertes par une rencontre rassemblant le directeur du livre et de la lecture au minist&#232;re de la Culture, le directeur g&#233;n&#233;ral du CNL (Centre national du livre), le directeur de la Sofia (Soci&#233;t&#233; fran&#231;aise des int&#233;r&#234;ts des auteurs de l'&#233;crit) et le pr&#233;sident du SNE (Syndicat national de l'&#233;dition), c'est-&#224;-dire les repr&#233;sentants des principales instances nationales du livre en France. Comme pour accomplir cette mise en sc&#232;ne du pouvoir, on trouvait, au bout de cette longue table, apr&#232;s le directeur de la Culture de la R&#233;gion Sud, mais sur le c&#244;t&#233;, la repr&#233;sentante de la F&#233;d&#233;ration interr&#233;gionale du livre et de la lecture. Il s'agissait d'un &#233;change sur &#171; Les politiques de soutien &#224; l'&#233;dition ind&#233;pendante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;ponse &#224; l'expos&#233; des urgences pour l'&#233;dition ind&#233;pendante donn&#233; par la repr&#233;sentante des structures r&#233;gionales du livre &#8211; un expos&#233; pr&#233;cis, clair (et, dans ce contexte, quand on songe &#224; l'&#233;tat du rapport de forces, particuli&#232;rement courageux), o&#249; il s'agissait de d&#233;finir un plafond aux aides &#224; l'&#233;dition en termes de chiffre d'affaires et de nombre d'aides par maison ; mais aussi, entre autres suggestions, d'&#233;tablir une taxe &#224; la surproduction en termes de co&#251;ts &#233;cologiques. En r&#233;ponse donc &#224; ces propositions modestes et de bon sens, le directeur g&#233;n&#233;ral du CNL a expliqu&#233; que, au nom de la &#171; diversit&#233; de la cr&#233;ation, notre mantra au minist&#232;re de la Culture &#187;, il n'imposerait jamais de plafonnement : &#171; Nous n'avons pas vocation &#224; exclure des maisons d'&#233;dition des soutiens du CNL. &#187; Et de donner, en exemple, le soutien par le CNL, en 2022, d'&#171; un formidable ouvrage, un dictionnaire du Moyen &#194;ge &#187;, dont il signale, en se penchant en arri&#232;re pour s'adresser, dans un geste de connivence, &#224; deux chaises de lui, au pr&#233;sident du SNE : &#171; Un ouvrage publi&#233; aux &#233;ditions du Seuil, que Vincent conna&#238;t bien. &#187; (Il n'est pas s&#251;r que Vincent Montagne connaisse bien cet &#233;diteur, mais il est s&#251;r en revanche qu'il l'a rachet&#233; avec le groupe La Martini&#232;re cinq ans plus t&#244;t.) Le directeur g&#233;n&#233;ral du CNL pr&#233;cise encore : &#171; C'est un ouvrage extr&#234;mement co&#251;teux, qui a vocation &#224; &#234;tre un ouvrage de r&#233;f&#233;rence. Il r&#233;unit tous les plus grands sp&#233;cialistes, et nous nous devions de le soutenir pour le rendre accessible au public. Nous n'avons pas vocation, quel que soit le chiffre d'affaires du Seuil, &#224; l'exclure de nos soutiens. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette profession de foi ne souffre aucune ambigu&#239;t&#233; &#8211; de fait, elle enterre les quelques pistes ouvertes par la repr&#233;sentante de la F&#233;d&#233;ration interr&#233;gionale du livre et de la lecture &#8211;, on pourrait faire quelques remarques sur ses pr&#233;requis. Ne serait-ce que sur la compatibilit&#233; entre la mission de sauvegarde de la &#171; diversit&#233; de la cr&#233;ation &#187;, l'&#233;tat de concentration qu'a atteint l'&#233;dition fran&#231;aise et le r&#244;le de l'&#201;tat dans ce processus, notamment au travers des soutiens symboliques et financiers accord&#233;s &#224; des groupes &#233;ditoriaux qui &#8211; du fait de leur croissance et de leurs liens avec de puissants int&#233;r&#234;ts industriels et financiers &#8211;, ne sont plus seulement, d&#233;sormais, en mesure d'acheter, comme depuis (presque) toujours, des maisons, mais d'autres groupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'une des rares vertus de Vincent Bollor&#233; que d'avoir mis &#224; jour avec &#233;clat les dangers de la concentration &#233;ditoriale. M&#234;me si la cause de cette r&#233;v&#233;lation &#8211; l'outrance de son programme de restauration des valeurs mill&#233;naires de l'Occident chr&#233;tien &#8211; a un peu tendance &#224; aveugler son public. Apr&#232;s tout, le probl&#232;me vient surtout du fait qu'autant de pouvoir puisse tomber entre les mains d'un seul individu. D'autant plus quand on sait que ce type de profil &#8211; les &#201;tats-Unis, en ce domaine, servent de mod&#232;le &#8211; est aussi loin que possible d'un humaniste d&#233;vou&#233; aux causes telles que la d&#233;fense des libert&#233;s publiques, de l'&#233;galit&#233; &#233;conomique et devant la loi, de la fraternit&#233; entre les peuples, de l'urgence climatique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal probl&#232;me vient donc moins de l'arriv&#233;e d'un soutien actif des droites extr&#234;mes &#224; la t&#234;te du plus grand groupe &#233;ditorial fran&#231;ais que du syst&#232;me qui l'a permise. Un constat qui ne semble pas &#234;tre partag&#233; par les m&#233;dias dominants et les repr&#233;sentants de la politique culturelle de l'&#201;tat fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans remonter avant le d&#233;but de ce si&#232;cle, on se souvient des louanges re&#231;ues par Jean-Marie Messier pour son montage du groupe m&#233;diatique transnational Vivendi Universal (2000). On se souvient aussi que l'effondrement, en moins de deux ans, de son ch&#226;teau de cartes a permis au groupe Hachette de doubler (provisoirement) sa taille. On se souvient bien s&#251;r qu'alors, au nom de l'&#171; ind&#233;pendance &#233;ditoriale &#187; un quarteron de &#171; grands ind&#233;pendants &#187;, dont les groupes Gallimard, La Martini&#232;re et Le Seuil sont mont&#233;s &#224; l'assaut de Bruxelles pour tenter d'arracher au lion sa part. On se souvient enfin que la victoire de cette geste a donn&#233; naissance au groupe Editis (2004), sous la f&#233;rule du patron des patrons d'alors, le baron Ernest-Antoine Seilli&#232;re ; mais aussi au rachat du Seuil par le groupe La Martini&#232;re avec l'aide de l'industriel du luxe Chanel (2004).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite des ann&#233;es 2000 voit enfler les groupes Editis, Gallimard et Actes Sud par des acquisitions ponctuelles. Les ann&#233;es 2010 connaissent une acc&#233;l&#233;ration avec le rachat par le groupe Gallimard du groupe Flammarion &#8211; ce qui donne naissance au groupe Madrigall (2012-2013) avec des capitaux de LVMH (Bernard Arnault) ; puis le rachat de Payot-Rivages par le groupe Actes Sud (2012) et du groupe La Martini&#232;re par le groupe M&#233;dia-Participations (2017) ; enfin la naissance des groupes Humensis (2016) et Bourgois (2019). Ces derniers ont &#233;t&#233; respectivement rachet&#233;s par les groupes Gallimard et Albin Michel l'an dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation peut-elle &#234;tre favorable &#224; la &#171; diversit&#233; de la cr&#233;ation &#187; ? Beaucoup en doutent. Pour ceux-l&#224;, le &#171; mantra du minist&#232;re de la Culture &#187; ne peut &#234;tre satisfait que par un d&#233;veloppement de l'&#233;dition ind&#233;pendante conjoint &#224; un arr&#234;t, voire une r&#233;duction, de la concentration &#233;ditoriale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous commercialisons en avril prochain une carte &#171; &#201;dition fran&#231;aise, qui poss&#232;de quoi &#187; &#8211; dont une version simplifi&#233;e para&#238;tra dans &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;. Prenant le contre-pied de la vision dominante, celle que donnent notamment les planisph&#232;res et classements de &lt;i&gt;Livres Hebdo&lt;/i&gt;, elle ne repr&#233;sente pas seulement les seuls gros chiffres d'affaires, soit les groupes et une poign&#233;e d'ind&#233;pendants : y est pr&#233;sent l'ensemble des &#233;diteurs de litt&#233;rature g&#233;n&#233;rale. En outre, contrairement &#224; la vision habituelle, la repr&#233;sentation des maisons ne suit pas les chiffres d'affaires mais leur date de cr&#233;ation et leurs statuts : les groupes (avec leurs maisons d&#233;pendantes) et les ind&#233;pendants sont ici au m&#234;me niveau. Enfin, on a retir&#233; les industriels du livre scientifique ou pratique (les groupes Relx et Lefebvre Sarrut) &#8211; trop loin du march&#233; du livre g&#233;n&#233;raliste et de la formation des opinions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette carte repr&#233;sente l'ampleur de la concentration &#233;ditoriale &#8211; les 90 % du chiffre d'affaires de l'&#233;dition produits par une poign&#233;e de groupes dont les plus gros sont la propri&#233;t&#233; de grandes fortunes (les rangs dans les classements &lt;i&gt;Challenges&lt;/i&gt;, en &#8364;, et &lt;i&gt;Bloomberg&lt;/i&gt;, en $, sont indiqu&#233;s). Mais elle expose en m&#234;me temps la v&#233;ritable source de sa diversit&#233; : les maisons ind&#233;pendantes. On comprend bien en effet que ces groupes de moins en moins nombreux et de plus en plus gros sont devenus ce qu'ils sont en se nourrissant du renouvellement r&#233;gulier de nouvelles maisons, dont ils absorbent, en les achetant, le chiffre d'affaires &#8211; qui leur permettra d'en acheter d'autres &#8211;, mais aussi la cr&#233;ativit&#233; &#8211; indispensable pour contrebalancer la st&#233;rilisation qui touche les maisons d&#233;pendantes soumises &#224; une production standardis&#233;e pour assurer la rentabilit&#233; que r&#233;clament leurs contr&#244;leurs de gestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on voit moins, mais que la plupart des &#233;diteurs ind&#233;pendants &#233;prouvent au quotidien, c'est qu'au niveau de concentration atteint par l'&#233;dition les conditions de pr&#233;carit&#233; plus ou moins importantes dans lesquelles sont maintenues les ind&#233;pendants ne sont rien d'autre que le maintien des conditions de leur rachat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les innombrables avantages qu'auraient les maisons d&#233;pendantes sur les maisons ind&#233;pendantes, on mentionne toujours l'&#233;conomie d'&#233;chelle r&#233;alis&#233;e par les groupes, notamment sur les charges fixes &#8211; une r&#233;alit&#233; &#233;conomique qui n'a rien de sp&#233;cifique &#224; l'&#233;dition. Ce n'est pas le seul avantage. Les plus importants sont certainement les moyens logistiques et financiers dont b&#233;n&#233;ficient les grands groupes &#8211; les quatre plus gros poss&#233;dant, en outre, les plus grosses entreprises de diffusion-distribution, et deux sont propri&#233;taires de m&#233;dias, voire de cha&#238;nes de libraires. Ces moyens leur permettent d'&#233;lever la surproduction au rang de strat&#233;gie d'occupation : d&#233;verser sur les librairies et les m&#233;dias une vague pour repousser celles de la concurrence. Une m&#233;canique qu'illustre la rentr&#233;e litt&#233;raire, quand d&#233;boulent des centaines de romans, dont la plupart sont destin&#233;s &#224; &#234;tre pilonn&#233;s avant la fin de l'ann&#233;e, quelques-uns (d&#233;j&#224; choisis) surfent plus ou moins bien et d'autres (d&#233;j&#224; choisis) sont pouss&#233;s vers les prix litt&#233;raires pour booster les ventes en supermarch&#233; et celles de No&#235;l. Pour l'essentiel, cette &#171; &#233;dition sans &#233;diteur &#187; &#8211; pour reprendre la formule de l'&#233;diteur franco-am&#233;ricain Andr&#233; Schiffrin &#8211; produit des livres vite faits, vendus en masse ou pilonn&#233;s en masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la base de ce diagnostic sommaire &#8211; mais qui a largement d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; ici et l&#224; au fil d'articles et d'ouvrages &#8211;, tentons quelques suggestions pour corriger quelques-uns des dysfonctionnements de ce syst&#232;me en suivant les conseils du minist&#232;re de la Culture et du CNL. Pas seulement la sauvegarde de la diversit&#233; de cr&#233;ation, mais aussi la satisfaction des enjeux soci&#233;taux et de la lutte contre la casse &#233;cologique dont ces institutions soulignent, &#224; juste titre, l'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer, il faut donner un statut juridique &#224; l'&#233;dition ind&#233;pendante. Comme il en existe, par exemple, pour le secteur de la presse, prot&#233;g&#233;e au nom de la libert&#233; d'opinion. Un statut qui pourrait &#8211; comme l'&#233;voquait, il y a deux ans, lors des premi&#232;res Assises de l'&#233;dition ind&#233;pendante, le directeur du livre et de la lecture au minist&#232;re de la Culture &#8211; &#171; &#234;tre inscrit dans notre constitution, parce qu'apr&#232;s tout, le livre, c'est aussi un moyen de communiquer et de former l'opinion &#187; &#8211; moyens auxquels on devrait rajouter l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait partir de la d&#233;finition &#233;l&#233;mentaire que le CNL donne d'un &#233;diteur ind&#233;pendant : ne pas &#234;tre la propri&#233;t&#233; d'un groupe et ne pas d&#233;passer le chiffre d'affaires annuel d'un demi-million d'euros&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Julien Leford-Favreau, &#171; Quel avenir pour le livre dans l'apr&#232;s-Covid &#187;, The (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; pour ne pas &#234;tre accus&#233;s de mis&#233;rabilisme, on peut multiplier ce chiffre par deux, dix, voire vingt sans changer grand-chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la base de ce statut, on pourrait ajouter les avantages fiscaux associ&#233;s &#224; la presse ; mais aussi des tarifs postaux pr&#233;f&#233;rentiels &#8211; dans l'esprit du tarif Livre &amp; Brochures pour l'exportation de la culture fran&#231;aise que La Poste abandonne cette ann&#233;e dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce statut d'&#233;diteur ind&#233;pendant prot&#233;gera la diversit&#233; de la cr&#233;ation &#233;ditoriale, face &#224; l'&#233;tat de concentration, il sera insuffisant : il faut aussi r&#233;guler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re mesure simple &#8211; d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e voil&#224; deux ans par la repr&#233;sentante de la F&#233;d&#233;ration interr&#233;gionale du livre et de la lecture &#8211; serait d'&#233;tablir, pour l'attribution des aides &#224; l'&#233;dition, un plafond en termes de chiffre d'affaires (&#224; d&#233;finir) et de nombre d'aides par maison ou par groupe &#8211; en tenant compte, non pas des enseignes mais de leur propri&#233;t&#233;. &#192; ces exigences r&#233;pond tout simplement le fait de r&#233;server les aides aux maisons ind&#233;pendantes. Ce serait en outre le seul moyen d'&#233;viter que l'&#201;tat, par les aides aux groupes, nourrisse la concentration &#233;ditoriale, principal facteur de st&#233;rilisation de la diversit&#233; de cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le directeur du CNL et le directeur du livre au minist&#232;re de la Culture ayant r&#233;affirm&#233;, voil&#224; deux ans encore, leur souci de l'impact &#233;cologique, s'impose l'&#233;tablissement d'une taxe sur la surproduction. Ce qui serait aussi un premier pas pour r&#233;pondre &#224; la demande urgente, formul&#233;e par le Syndicat de la librairie fran&#231;aise (SLF), en juin dernier, &#224; quelques jours des Rencontres nationales de la librairie &#224; Strasbourg, d'une &#171; baisse drastique de la production de livres &#187;. Pour que cette mesure ait un effet, il est de bon sens qu'elle s'adresse en priorit&#233; aux quelques-uns qui produisent 90 % du march&#233; du livre plut&#244;t qu'aux nombreux qui en produisent 10 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la m&#234;me logique de d&#233;croissance, qui croise en l'occurrence la protection de la diversit&#233; de cr&#233;ation, ciblons deux acteurs majeurs de la consommation de biens r&#233;pondant moins aux besoins sociaux et environnementaux qu'&#224; des soucis mercantiles et aux exigences de l'accumulation : d'abord la publicit&#233; &#8211; qui fut longtemps interdite pour le livre (un interdit qu'il est temps de r&#233;tablir) ; ensuite la vente en supermarch&#233;, o&#249; s'&#233;coule une production standardis&#233;e avec un g&#226;chis incompatible m&#234;me avec les plus bas crit&#232;res environnementaux. Sans parler de la r&#233;gulation des supermarch&#233;s en ligne, dont l'embl&#232;me est Amazon, et dont on conna&#238;t l'ampleur des impacts &#233;cologiques et (puisque nous sommes aussi soucieux des enjeux soci&#233;taux) l'indignit&#233; des conditions de travail faites &#224; leurs employ&#233;s dans leurs entrep&#244;ts dantesques. En outre, ces mesures devraient recevoir le soutien des libraires, qui accueilleront une partie de cette client&#232;le &#233;gar&#233;e, &#224; qui on est s&#251;r qu'elle offrira autre chose &#224; lire que la production promue par les cha&#238;nes en continu de Vincent Bollor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit bien, ces mesures sont peu co&#251;teuses et assez b&#233;nignes. Une fois acquises, il faudra s'attaquer &#224; la racine. C'est-&#224;-dire l&#233;gif&#233;rer sur la possibilit&#233; pour un groupe &#233;ditorial de poss&#233;der m&#233;dias, diffusion-distribution et cha&#238;nes de librairies. Il s'agit de r&#233;duire les concentrations horizontale et verticale dans l'&#233;dition fran&#231;aise, d&#233;sormais aux mains de quatre grandes fortunes. Produit des effets pervers de la concurrence par le jeu m&#234;me des march&#233;s, ce contexte d'oligopole d&#233;bouche in&#233;vitablement sur des concentrations ; et les grands groupes issus de ce ph&#233;nom&#232;ne n'ont alors qu'une obsession : pr&#233;server leurs positions, quel qu'en soit le prix. C'est pourquoi l'ensemble des dangers qui p&#232;sent sur la production et le commerce du livre comme outil d'&#233;mancipation et partie prenante de tout projet de d&#233;mocratisation de la culture se r&#233;sume &#224; la concentration de l'&#233;dition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarquera que ces quelques mesures sugg&#233;r&#233;es pour corriger les dysfonctionnements du march&#233; &#233;ditorial sont ind&#233;pendantes de tout crit&#232;re intellectuel, artistique, politique, scientifique ou autre, pour ne s'en fixer qu'un seul : la taille. Limiter la taille d'un acteur &#233;conomique, c'est limiter sa capacit&#233; de nuisance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va pour le champ &#233;ditorial comme il en va pour la politique, la soci&#233;t&#233; et l'environnement : nous avons d&#233;pass&#233; le stade du sauvetage des acquis d'un monde qui n'existe plus. Il faut passer &#224; l'offensive avec des analyses et des propositions claires. La F&#233;d&#233;ration des &#233;diteurs ind&#233;pendants est bien s&#251;r le lieu o&#249; ouvrir ce chantier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Thierry Discepolo&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte issu d'une intervention, jeudi 20 f&#233;vrier 2025, aux IIe Assises de l'&#233;dition ind&#233;pendante, sur le th&#232;me : &#171; De la pr&#233;carisation &#224; la pr&#233;carit&#233; : pourquoi ? comment ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Julien Leford-Favreau, &#171; &lt;a href=&#034;https://theconversation.com/quel-avenir-pour-le-livre-dans-lapres-covid-138470&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quel avenir pour le livre dans l'apr&#232;s-Covid&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;The Conversation&lt;/i&gt;, 3 juin 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Bollor&#233; &#187;, le talisman des r&#233;sistants du 29 f&#233;vrier</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Bollore-le-talisman-des-resistants-du-29-fevrier</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Bollore-le-talisman-des-resistants-du-29-fevrier</guid>
		<dc:date>2023-02-16T10:55:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Discepolo</dc:creator>


		<dc:subject>Vincent Bollor&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un texte de Thierry Discepolo &#224; propos d'une tribune d'Erik Orsenna dans Le Monde.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Edition-" rel="directory"&gt;&#201;dition&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Vincent-Bollore-+" rel="tag"&gt;Vincent Bollor&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-Monde-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous publions ci-dessous sous forme de tribune&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les articles publi&#233;s sous forme de &#171; tribune &#187; n'engagent pas collectivement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et en accord avec son auteur un article publi&#233; &lt;a href=&#034;https://agone.org/aujourlejour/bollore-le-talisman-des-resistants-du-29-fevrier-lettrinfo-23-iii&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site d'Agone&lt;/a&gt; le 11 f&#233;vrier. (Acrimed)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si facile de voir les mauvais c&#244;t&#233;s de Vincent Bollor&#233;, boudeur imp&#233;nitent des communicants qui ne r&#233;siste jamais &#224; une bourde. On ne met pas assez en valeur ses bons c&#244;t&#233;s. Qui sinon &#171; Bollor&#233; &#187; aurait pu redonner le sens de sa mission de service public &#224; l'Arcom, qu'apr&#232;s des ann&#233;es de compromission avec la droite et l'extr&#234;me droite tout le monde avait oubli&#233;e ? Qui sinon &#171; Bollor&#233; &#187; aurait pu permettre &#224; un acad&#233;micien moins connu pour son &#339;uvre litt&#233;raire que pour sa propagande patronale de passer pour un nostalgique du Conseil national de la R&#233;sistance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un entretien avec les grands de ce monde dont la grande presse a le secret, bien gard&#233;, &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/culture/article/2023/02/07/erik-orsenna-vincent-bollore-est-dangereux-pour-la-democratie_6160899_3246.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; vient de faire passer Erik Orsenna pour un pamphl&#233;taire &#224; l'avant-garde de la lutte contre le grand capital et pour la d&#233;mocratie. Comment pareil tour de prestidigitation est-il possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord et avant tout par la gr&#226;ce de &#171; Bollor&#233; &#187;, dont il suffit, d&#232;s lors qu'on a d&#233;j&#224; un peu d'entregent, de se d&#233;clarer l'ennemi pour &#234;tre re&#231;u avec les honneurs dans les rangs de la R&#233;sistance intellectuelle. Ensuite par l'audace &#224; laquelle on reconna&#238;t les vrais acad&#233;miciens comme Erik : ils osent tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qui est donc cet Orsenna qui voue aux g&#233;monies un &#171; homme d'affaires et de coups &#187; ? Qui d&#233;clare sans vergogne que &#171; le pouvoir corrompt absolument &#187; ? Qui en appelle &#224; inventer des &#171; contre-pouvoirs face &#224; [l']invasion grandissante de la finance &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce bien le m&#234;me Orsenna nomm&#233; par Jean-Marie Messier vice-pr&#233;sident du conseil de surveillance de Canal+ ? Le m&#234;me Orsenna qui fut membre de la Commission pour la lib&#233;ration de la croissance fran&#231;aise dirig&#233;e par Jacques Attali et lanc&#233;e par le pr&#233;sident Nicolas Sarkozy ? Le m&#234;me Orsenna qui se poussait au premier rang du lancement d'En marche au service du candidat Emmanuel Macron form&#233; &#224; la banque Rothschild &amp; Co ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attali, Macron, Messier, Sarkozy&#8230; sont-ils vraiment quatre noms qui sonnent en embl&#232;mes de la r&#233;sistance &#224; la &lt;i&gt;corruption par le pouvoir&lt;/i&gt; ? aux &lt;i&gt;coups d'affaires&lt;/i&gt; ? &#224; l'&lt;i&gt;invasion de la finance&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journaliste du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; qui passe les plats sugg&#232;re tout de m&#234;me que d'&#171; autres milliardaires ont investi dans les m&#233;dias &#187;. Et de citer Fran&#231;ois Pinault, Bernard Arnault et Xavier Niel &#8212; elle aurait pu ajouter au moins Patrick Drahi et les familles Bouygues, Dassault, Saad&#233;. Pourquoi ceux-l&#224; ne sont-ils pas menac&#233;s par l'ire f&#233;roce du &#171; Che Guevara de la grammaire &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un milliardaire ne peut pas &#234;tre en m&#234;me temps patron de presse et dirigeant de grandes maisons d'&#233;dition. C'est une situation malsaine &#187;, lui r&#233;torque derechef Erik. C'est pourtant bien au moins un livre par an qu'il a publi&#233;, dans les ann&#233;es 1990 et 2000, chez une marque ou une autre de Hachette, alors propri&#233;t&#233; de Jean-Luc Lagard&#232;re, &#224; la t&#234;te d'un groupe qui comprenait &#233;galement des m&#233;dias, et pas qu'un peu, mais aussi le monopole de la distribution de presse et, entre autres secteurs industriels, l'armement. N'&#233;tait-ce pas &lt;i&gt;malsain&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui inqui&#232;te l'&#226;pre d&#233;fenseur du livre menac&#233; par &#171; Bollor&#233; &#187; ? La d&#233;mesure. Qu'il puisse &#171; cumuler Editis et Hachette &#187;. On ne se souvient pourtant pas qu'au d&#233;but des ann&#233;es 2000 Orsenna battait tambour lorsque Hachette, qui l'&#233;ditait, rachetait le secteur &#233;ditorial de Vivendi (qui deviendrait Editis) abandonn&#233; par Messier, qui l'employait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commun, qui voit les choses de loin, ne voit pas que tout a chang&#233;, chez Hachette, avec l'arriv&#233;e de &#171; Bollor&#233; &#187;. Mais pour Orsenna, qui &#233;tait chez Hachette comme chez lui, une maison &#224; la campagne, depuis mars 2021, plus rien n'est pareil : &#171; Le renvoi du directeur g&#233;n&#233;ral, Arnaud Nourry, a sonn&#233; comme la mainmise des banquiers d'affaires sur l'artisanat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ses 200 marques d'&#233;ditions, ses 6.903 collaborateurs, ses 16.000 nouveaut&#233;s par an et ses 2.598 millions d'euros de CA, &lt;i&gt;artisanal&lt;/i&gt;, le &lt;a href=&#034;https://www.hachette.com/fr/une-histoire-un-avenir/les-chiffres-cles-2020/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;groupe Hachette Livre&lt;/a&gt; ? Et &lt;i&gt;artisanal&lt;/i&gt;, Arnaud Nourry ? ce PDG qui d&#233;clarait, en 2006 : &#171; Tr&#232;s bient&#244;t, l'Inde sera le troisi&#232;me pays anglophone, devant l'Australie. L'anglais y est la langue de l'essor social et &#233;conomique. Sur un milliard d'Indiens, cent &#224; cent cinquante millions seront suffisamment ais&#233;s pour acheter beaucoup de livres. Y implanter une structure de diffusion-distribution permettrait donc d'y am&#233;liorer la pr&#233;sentation de nos livres. Quant &#224; l'Am&#233;rique latine, nous nous y int&#233;ressons au moins autant. Le groupe &#233;tant num&#233;ro deux en Espagne, &#224; travers Anaya, c'est un d&#233;bouch&#233; important, o&#249; nous avons d'ailleurs d&#233;j&#224; quelques implantations (au Mexique, en Argentine). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne jamais mettre un ressenti en doute. Qui plus est le ressenti d'un acad&#233;micien qui s'est battu toute sa vie pour la libert&#233; d'&#233;diter. Il devait quitter Hachette avant l'arriv&#233;e du croquemitaine. Et il devait expliquer pourquoi : pour &#171; ne pas cautionner son syst&#232;me &#187;, parce que &#171; se retrouver censur&#233; ou sous pression ne m'aurait pas &#233;t&#233; supportable &#187;. (On se demande bien ce que l'acad&#233;micien a jamais pu &#233;crire qui puisse &#234;tre censur&#233; pour quelque raison que ce soit par qui que ce soit. Mais sait-on jamais ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant fait son deuil du groupe artisanal Hachette, Orsenna publiera d&#233;sormais ses &#171; romans chez Gallimard, et [s]es essais chez Flammarion et au Seuil, qui sont des &#233;diteurs ind&#233;pendants &#187;. On se demande bien en quoi Flammarion et le Seuil sont plus &lt;i&gt;ind&#233;pendants&lt;/i&gt; de leurs propri&#233;taires (familles Gallimard et Montagne) que ne le sont Editis et Hachette des leurs (familles Bollor&#233; et Lagard&#232;re). Mais encore une fois, on ne va mettre en doute le ressenti d'un acad&#233;micien, qui vient de s'enfuir du premier groupe &#233;ditorial fran&#231;ais pour sauvegarder sa libert&#233; dans les girons du troisi&#232;me et du quatri&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion de la promotion de son soixante-et-onzi&#232;me livre, le prolifique acad&#233;micien annonce son &#171; combat contre le d&#233;clin de la biodiversit&#233; intellectuelle &#187; et pour &#171; la libert&#233; d'expression et d'enqu&#234;te &#187; en &#171; limitant les parts des grands groupes dans la presse &#187; et &#171; emp&#234;chant que les m&#234;mes d&#233;tiennent les m&#233;dias et l'&#233;dition &#187;. N'est-ce pas l'esprit du Conseil national de la R&#233;sistance que retrouve Orsenna ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des esprits chagrins feront remarquer que les grossi&#232;res incoh&#233;rences de l'acad&#233;micien n'emp&#234;chent pas une certaine coh&#233;rence. En effet. Autant Erik est-il en contradiction avec toutes ses alliances pass&#233;es, autant Orsenna est-il coh&#233;rent avec ses nouveaux &#233;diteurs. De fait, ses critiques f&#233;roces du nouveau patron de Hachette &#233;pargnent aussi bien celui de Madrigall que celui de M&#233;dia-Participations. Mais c'est peut-&#234;tre un hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bollor&#233; &#187; a-t-il vraiment transform&#233; un n&#233;olib&#233;ral bon teint en militant anti-trust ? Orsenna a encore du chemin &#224; faire. &#192; commencer par prendre au s&#233;rieux ses d&#233;clarations et changer d'all&#233;geance. Mais il faut bien commencer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Thierry Discepolo&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auteur de &lt;a href=&#034;https://agone.org/livres/la-trahison-des-editeurs&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La Trahison des &#233;diteurs&lt;/i&gt; [2011], Agone, 2017&lt;/a&gt; &#8212; troisi&#232;me &#233;dition &#224; para&#238;tre le 17 f&#233;vrier 2023.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les articles publi&#233;s sous forme de &#171; tribune &#187; n'engagent pas collectivement l'association Acrimed, mais seulement leurs auteurs dont nous ne partageons pas n&#233;cessairement toutes les positions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le comique de gauche et le croquemitaine de l'&#233;dition fran&#231;aise</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Le-comique-de-gauche-et-le-croquemitaine-de-l</link>
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		<dc:date>2022-09-22T07:35:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Discepolo</dc:creator>


		<dc:subject>Vincent Bollor&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Censures</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un texte de Thierry Discepolo &#224; propos des m&#233;saventures &#233;ditoriales de Guillaume Meurice.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Edition-" rel="directory"&gt;&#201;dition&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Vincent-Bollore-+" rel="tag"&gt;Vincent Bollor&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Censures-+" rel="tag"&gt;Censures&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH145/arton6520-f2cbc.jpg?1726257868' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='145' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous publions ci-dessous sous forme de tribune&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les articles publi&#233;s sous forme de &#171; tribune &#187; n'engagent pas collectivement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et en accord avec son auteur un article publi&#233; &lt;a href=&#034;https://agone.org/aujourlejour/le-comique-de-gauche-et-le-croquemitaine-de-ledition-francaise&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site d'Agone&lt;/a&gt; le 19 septembre. (Acrimed)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Arr&#234;tons de voir tout en noir. Soyons positifs ! Les m&#233;saventures de Guillaume Meurice n'ont que des avantages. Pour lui, bien s&#251;r &#8211; mais on s'en fiche un peu. Surtout parce qu'elles illustrent avec brio le r&#244;le des auteurs (de gauche) dans l'am&#233;lioration des capacit&#233;s de nuisances des grands groupes &#233;ditoriaux. Mais d'abord parce ce que l'&#233;dition semble &#234;tre enfin trait&#233;e en m&#233;dia, et donc, &#224; ce titre, mise en danger par la concentration des groupes multi-m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a s'est pass&#233; le 15 septembre, sur le plateau de &lt;a href=&#034;https://twitter.com/qofficiel/status/1570480589605666816?s=46&amp;t=aAhZs4V6hb3bN_B4_3a61Q&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Quotidien &#187;&lt;/a&gt;, o&#249; le s&#233;millant pr&#233;sentateur r&#233;clamait &#224; la ministre de la Culture un commentaire sur le traitement de Meurice par le patron d'Editis, groupe propri&#233;taire de la marque qui refuse in extremis d'&#233;diter son dernier livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des esprits chagrins ont reproch&#233; &#224; l'invit&#233;e de TMC sa r&#233;ponse, qualifi&#233;e de &#171; langue de bois &#187;. Pourtant, Rima Abdul-Malak n'a fait que rappeler une r&#233;alit&#233; : Bollor&#233; d&#233;cide de tout qui se fait chez lui. On ne va tout de m&#234;me pas reprocher &#224; une ministre du gouvernement d'Emmanuel Macron (ni d'aucun autre, d'ailleurs) de ne pas remettre en cause la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ! (Imaginez qu'en rentrant dans votre villa vous tombiez sur la crotte que le chien de votre gardien a pos&#233; sur la pelouse de votre piscine. Que faites-vous ? Vous exigez aussit&#244;t la m&#234;me chose que Bollor&#233; a demand&#233; &#224; ses employ&#233;s de faire avec le livre de Meurice.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'affolement du fringant animateur de &#171; Quotidien &#187;, effray&#233; &#224; l'id&#233;e que Rima Abdul Malak abandonne Meurice &#224; son sort &#8211; et prive du m&#234;me co&#251;t des milliers de lecteurs de son dernier livre &#8211;, la ministre a rassur&#233; tout le monde en rappelant une autre r&#233;alit&#233; : le comique de France Inter n'a d&#233;j&#224; que l'embarras du choix pour diffuser sa pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que diable, on vit dans le monde libre, o&#249; r&#232;gne un march&#233; libre et une concurrence libre et non fauss&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit donc d'autant plus se demander pourquoi Meurice a confi&#233; ses blagues &#224; une marque d'Editis, dont le patron est moins connu pour son humour que pour sa vigueur dans la revivification de notre pass&#233; colonial et son habilet&#233; &#224; danser avec l'Autorit&#233; des march&#233;s financiers en slalomant entre les paradis fiscaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis on peut s'&#233;tonner que #MeuriceRecrute sur France Inter un gouvernement de gauche alors que Guillaume signe son livre sous la marque d'un groupe &#233;ditorial dont le patron promeut sans complexe ses id&#233;es d'extr&#234;me droite : fait-il sciemment passer l'anticapitalisme pour une blague comme une autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De &lt;a href=&#034;https://charliehebdo.fr/2022/09/culture/livres/guillaume-meurice-le-message-de-vincent-bollore-cest-si-je-veux-tecraser-je-tecrase/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'impitoyable entretien auquel &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; a soumis un Meurice maltrait&#233; par les employ&#233;s de Bollor&#233;, on peut dire ce qu'on veut, mais le comique sur la sellette ne manque pas d'un certain culot et d'un sens de la r&#233;partie qui honore sa r&#233;putation de comique de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Harcel&#233; par l'interviewer sur le sujet qui f&#226;che &#8211; mais pourquoi donc a-t-il publi&#233; un livre chez Bollor&#233; ?! &#8211;, Meurice renouvelle au d&#233;bott&#233; le &#171; raisonnement du chaudron &#187; pourtant us&#233; jusqu'&#224; la corde par les h&#233;ritiers du grand Sigmund Freud. Rappel : &#171; Lorsque Vincent vient r&#233;cup&#233;rer le chaudron qu'il a pr&#234;t&#233; &#224; Guillaume, celui-ci lui r&#233;pond que, d'abord, il ne lui a jamais emprunt&#233; de chaudron ; qu'ensuite son chaudron avait d&#233;j&#224; un trou ; qu'enfin il lui a d&#233;j&#224; rendu son chaudron intact. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Meurice, &#231;a donne : &#171; D'abord je savais pas que j'&#233;tais &#233;dit&#233; par Bollor&#233; ; ensuite, m&#234;me si j'avais su, j'aurais bien voulu ; enfin, de toutes mani&#232;res, Bollor&#233; et consort &#233;tant partout, c'est pas la peine d'essayer de leur &#233;chapper. &#187; Comme disait l'un de ses plus fameux pr&#233;d&#233;cesseurs : &#171; Circulez, y'a rien &#224; voir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons voir tout de m&#234;me&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si encore Meurice &#233;tait un journaliste sp&#233;cialis&#233; dans la faune Arctique et qu'il avait d&#233;couvert l'existence du satrape de l'&#233;dition fran&#231;aise en passant &#224; Paris pour pr&#233;senter son livre sur la reproduction du pingouin Empereur, on comprendrait. Mais il passe plut&#244;t pour un comique &#224; l'impertinence inform&#233;e et politis&#233; &#8211; pas vraiment pour un Bigard de gauche ou une version &#233;l&#233;gante d'&#201;lie Kakou, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que ses blagues gauchistes ont &#233;t&#233; refus&#233;es par Editis, quels choix se pr&#233;sentent &#224; Meurice ? Priv&#233; de Hachette (bient&#244;t aval&#233; par le croquemitaine de l'&#233;dition), va-t-il &#224; nouveau c&#233;der devant l'offre g&#233;n&#233;reuse d'un grand groupe m&#233;diatique ou l'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;dition, &#171; Tomber de Charybde et Scylla &#187; se dit &#171; Tomber de Bollor&#233; en [*****] &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[**** Choisir entre Madrigall, M&#233;dia-Participation, Hachette, Actes Sud, Etc. &#8211; soit entre Gallimard-Flammarion-Minuit-Etc., Seuil-Etc., Grasset-Fayard-Etc., Payot-Textuel-Cambourakis-Etc.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute critique de Charybde qui &#233;pargne Scylla le favorise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appelons &#171; dilemme de Meurice &#187; celui auquel est confront&#233; tout auteur et autrice (de gauche) lorsque, bien qu'ayant l'embarras du choix, ils choisissent d'&#233;diter leurs livres dans un grand groupe &#233;ditorial ou l'autre, renfor&#231;ant par l&#224;-m&#234;me la capacit&#233; de nuisance qu'ils sont suppos&#233;s combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah, la douce inconsistance de ces universitaires, journalistes et consorts qui ne tirent jamais de cons&#233;quences : entre ceux dont les analyses nous sensibilisent aux d&#233;sordres climatiques et celles qui dirigent une organisation altermondialiste en &#233;tant &#233;dit&#233;s par les grands acteurs de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale&#8230; ceux qui publient des plaidoyers sur la libert&#233; d'expression chez des marques dont le propri&#233;taire se fait une sp&#233;cialit&#233; d'utiliser les proc&#232;s pour terroriser les critiques&#8230; sans parler de celles et ceux qui d&#233;filent et se font &#233;lire sous la banni&#232;re d'&#171; Un autre monde est possible &#187; en comptant toutefois sur les piliers de l'ordre qu'ils veulent abattre pour faire conna&#238;tre leur message.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est &#233;difiante, la d&#233;claration de Meurice avec laquelle &lt;a href=&#034;https://charliehebdo.fr/2022/09/culture/livres/guillaume-meurice-le-message-de-vincent-bollore-cest-si-je-veux-tecraser-je-tecrase/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; a choisi de titrer son entretien&lt;/a&gt; : &#171; Le message de Vincent Bollor&#233;, c'est : si je veux t'&#233;craser, je t'&#233;crase &#187;. On voit que le comique a retrouv&#233; sa verve et son impertinence. Mais enfin, quand on pense &#224; ceux que les Bollor&#233; et consorts &lt;i&gt;&#233;crasent vraiment&lt;/i&gt;, dans les ports et les for&#234;ts africaines, dans les entrep&#244;ts d'Editis et partout o&#249; ce genre de patron s&#233;vit, on peut se demander ce qui a &#233;t&#233; &#233;cras&#233; du porte-parole autoproclam&#233; auquel l'hebdomadaire a servi de porte-voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s tout, Meurice a touch&#233; des &#224;-valoir (certainement confortables) pour publier son livre chez Editis-LeRobert. &lt;i&gt;Win-Win&lt;/i&gt;. Et celui-ci, promu par la machine commerciale d'un grand groupe &#8211; avec, comme il dit, &#171; une belle mise en place chez les libraires, des rencontres pr&#233;vues dans des festivals &#187;, s'annon&#231;ait comme un succ&#232;s. &lt;i&gt;Win-Win&lt;/i&gt;. Mais Meurice est censur&#233; : il fait la une ici et l&#224; en victime expiatoire de l'embl&#232;me de la concentration des m&#233;dias et en combattant de la sacro-sainte libert&#233; d'expression. &lt;i&gt;Win-Win&lt;/i&gt;. Le livre ne paraissant pas, suivant les r&#232;gles contractuelles, il garde ses &#224;-valoir. &lt;i&gt;Win-Win&lt;/i&gt;. Son &#233;diteur ayant rompu le contrat unilat&#233;ralement, l'auteur gagnera certainement le proc&#232;s qu'il va lui intenter. &lt;i&gt;Win-Win&lt;/i&gt;. Enfin, m&#234;me Rima Abdul-Malak le sait : le jour de l'&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/09/13/le-groupe-editis-suspend-la-parution-d-un-livre-de-guillaume-meurice-juste-avant-sa-sortie_6141497_3234.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;annonce de sa censure par &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Meurice a &#171; re&#231;u une vingtaine de propositions &#187;. &lt;i&gt;Win-Win&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, Meurice est moins &#224; plaindre qu'&#224; envier &#8211; ce qui est une bonne nouvelle, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une moins bonne nouvelle, c'est qu'en faisant de Vincent Bollor&#233; le symbole de la concentration dans les m&#233;dias (dont l'&#233;dition), en se focalisant sur l'antifascisme, la censure et les coups d'&#233;clats de cette figure outranci&#232;re par l'affichage de son id&#233;ologie rance et la brutalit&#233; de sa gestion, on laisse de c&#244;t&#233; l'analyse du syst&#232;me de concentration capitalistique dont b&#233;n&#233;ficient &lt;i&gt;tous les grands groupes d'&#233;dition&lt;/i&gt;. Dans cette configuration, ils n'ont aucune difficult&#233; &#224; jouer les alli&#233;s de circonstance de #StopBollore en esp&#233;rant l'emporter sur leurs concurrents dans le partage de ce qui tombera de la table des n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tournez man&#232;ge !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Thierry Discepolo&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auteur de &lt;a href=&#034;https://agone.org/livres/latrahisondesediteurs&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La Trahison des &#233;diteurs&lt;/i&gt; [2011], Agone, 2017&lt;/a&gt; &#8212; troisi&#232;me &#233;dition &#224; para&#238;tre en f&#233;vrier 2023.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les articles publi&#233;s sous forme de &#171; tribune &#187; n'engagent pas collectivement l'association Acrimed, mais seulement leurs auteurs dont nous ne partageons pas n&#233;cessairement toutes les positions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quand France culture monte un tribunal d'exception contre Jean-Marc Rouillan</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Quand-France-culture-monte-un-tribunal-d</link>
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		<dc:date>2018-10-03T21:36:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Discepolo</dc:creator>


		<dc:subject>France Culture</dc:subject>
		<dc:subject>&#034;Bidonnages&#034;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; l'occasion de la sortie de son livre, la radio publique r&#233;&#233;crit l'histoire...&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Deontologie-Pratiques-et-transgressions-" rel="directory"&gt;&#171; D&#233;ontologie ? &#187; Pratiques et transgressions&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-France-Culture-+" rel="tag"&gt;France Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Bidonnages-+" rel="tag"&gt;&#034;Bidonnages&#034;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH123/arton5794-80c40.jpg?1726253858' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='123' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous, et sous forme de tribune&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les articles publi&#233;s sous forme de &#171; tribune &#187; n'engagent pas collectivement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un article consacr&#233; &#224; un montage d'archives assembl&#233; &#224; la va-vite sous le titre &lt;a href=&#034;https://www.franceculture.fr/histoire/action-directe-la-politique-et-le-terrorisme-islamique-par-jean-marc-rouillan-libre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Action directe, la politique et le terrorisme islamique selon Jean-Marc Rouillan &#187;&lt;/a&gt; et mis en ligne sur le site de France culture le mercredi 12 septembre 2018, alors que para&#238;t &lt;a href=&#034;https://agone.org/dixansdactiondirecte/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Dix ans d'Action directe&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; de Jean-Marc Rouillan.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En ouverture, une photo de la &lt;i&gt;&#171; reconstitution du meurtre de deux policiers avenue Trudaine, &#224; Paris &#187;&lt;/i&gt;. Le public de la sc&#232;ne est surtout compos&#233; de reporters entourant le juge Brugui&#232;re &#8211; qui semble sourire ? Mais ni Jean-Marc Rouillan ni aucun de trois autres membres d'Action directe cit&#233;s au-dessus du clich&#233; n'ont jamais &#233;t&#233; pr&#233;sents le jour des faits sur les lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le second paragraphe du montage, il est affirm&#233; que l'auteur est &lt;i&gt;&#171; libre de sa parole depuis le 18 mai 2018 pr&#233;cis&#233;ment, au terme d'une ultime peine, prononc&#233;e par la justice qui a estim&#233; Rouillan coupable d'apologie du terrorisme&lt;/i&gt; (&#8230;) &lt;i&gt;le 27 f&#233;vrier 2016 &#187;&lt;/i&gt;. Ce qui est faux. La date du 18 mai 2018 est celle &#224; laquelle Rouillan est sorti de sa conditionnelle, relative aux condamnations, entre 1988 et 1994, pour ses activit&#233;s au sein d'Action directe. Et c'est la raison pour laquelle il est &lt;i&gt;&#171; libre de sa parole &#187;&lt;/i&gt;, ou, pour &#234;tre pr&#233;cis, que ne p&#232;se plus sur lui l'interdit de parler publiquement des faits pour lesquels il a &#233;t&#233; condamn&#233; &#8211; en l'occurrence ceux qu'il relate dans le livre qui vient de para&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cid&#233;ment tr&#232;s mal inform&#233;e, la journaliste de France culture affirme que, &lt;i&gt;&#171; en rendant &lt;strong&gt;hommage&lt;/strong&gt; [dans une radio marseillaise &#8211; Radio Grenouille &#8211; le 23 f&#233;vrier 2016] aux terroristes islamistes, Rouillan &lt;strong&gt;a repouss&#233; de deux ans ses entraves&lt;/strong&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soulign&#233; par nous. Sur le contexte de cette interview et du traitement par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieuse qualification que celle d'un &lt;i&gt;&#171; hommage &#187;&lt;/i&gt; quand l'ancien militant d'Action directe d&#233;clarait ce jour-l&#224; &#224; l'antenne qu'il &#233;tait &lt;i&gt;&#171; absolument contre les id&#233;es r&#233;actionnaires &#187;&lt;/i&gt; de Daech, mouvement qu'il qualifiait de &lt;i&gt;&#171; tr&#232;s proche du capitalisme &#187;&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;&#171; bas&#233; sur le mortif&#232;re, le sacrifice, la mort &#187;&lt;/i&gt;. Certes, Rouillan a bien d&#233;clar&#233;, &#224; propos des attentats du 13 novembre 2015 : &lt;i&gt;&#171; Ils se sont battus courageusement dans les rues de Paris en sachant qu'il y avait pr&#232;s de 3 000 flics autour d'eux. [&#8230;] On peut dire plein de choses contre eux [&#8230;] mais pas que ces gamins sont des l&#226;ches. &#187;&lt;/i&gt; Toutefois, les journalistes de la radio nationale, qui n'ont vraisemblablement pas pris le temps d'&#233;couter l'&#233;mission sur la radio locale, se sont empar&#233;s de ces phrases pour instruire un proc&#232;s &#224; charge contre leur auteur avant m&#234;me que la justice ne se soit prononc&#233;e d&#233;finitivement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut bien s&#251;r penser que ces propos sont moralement condamnables. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car si Rouillan a bien &#233;t&#233; condamn&#233; pour &lt;i&gt;&#171; apologie de terrorisme &#187;&lt;/i&gt; &#224; la suite de cet entretien radiophonique, il est faux de dire que cette condamnation a &lt;i&gt;&#171; repouss&#233; de deux ans ses entraves &#187;&lt;/i&gt;. Le jugement de f&#233;vrier 2016 a &#233;t&#233; confirm&#233; en appel six mois plus tard et attend de passer en cassation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire la pr&#233;face &#224; Dix ans d'Action directe.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La journaliste de France culture confond cette affaire avec la rupture de conditionnelle prononc&#233;e en octobre 2008 par le juge d'application de peine &#224; la suite d'un entretien de Rouillan paru dans &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;, qui renvoya l'auteur en prison pendant deux ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire un historique de cette affaire, en particulier la campagne m&#233;diatique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement personne chez France culture ne semble avoir rien lu d'autre sur ce sujet, mais m&#234;me une lecture pr&#233;cise de l'article paru dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; le 12 septembre dernier semble inaccessible &#224; ces gens de radio : &lt;i&gt;Dix ans d'Action directe&lt;/i&gt; n'est pas &lt;i&gt;&#171; &lt;strong&gt;en partie&lt;/strong&gt; constitu&#233; de textes &#233;crits derri&#232;re les barreaux &#187; &lt;/i&gt;mais a &#233;t&#233; &lt;i&gt;int&#233;gralement&lt;/i&gt; &#233;crit en prison&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire le texte int&#233;gral de cette double page dans le dossier de presse sur le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi relier le quotidien &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; &#224; Action directe en invoquant la revendication de deux attentats en 1982 ? Toute personne m&#234;me peu inform&#233;e sur la p&#233;riode n'ignore pas que c'est plut&#244;t aupr&#232;s de l'Agence France Presse (AFP) que le groupe revendiquait alors ses actions. Si l'on voulait associer AD au &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; de cette p&#233;riode, on pourrait, par exemple, signaler l'entretien que Rouillan donna au quotidien en ao&#251;t de cette ann&#233;e-l&#224;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien cit&#233;, p. 196-198, dans Dix ans d'Action directe.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et s'il fallait parler de la &#171; longue histoire &#187; reliant l'ancien quotidien mao&#239;ste au groupe arm&#233;, il aurait mieux valu &#233;voquer, par exemple, le mois de mai 1976, quand &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; s'insurgeait contre la mort d'Ulrike Meinhof (RAF), qualifi&#233;e de &#171; crime d'&#201;tat &#187;, retrouvant ainsi (une derni&#232;re fois) le ton de &lt;i&gt;La Cause du peuple&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;&#171; L'ennemi, notre principal ennemi, c'est l'&#201;tat. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coinc&#233;e entre les maigres archives et l'&#233;troite culture politique qui lui a servi de base (le fabuliste des leaders de Mai 68 Patrick Rotman et un journal t&#233;l&#233;vis&#233; d'Antenne 2 qui, en 1986, &#233;voque encore l'ORTF des ann&#233;es De Gaulle), la fin de ce montage est centr&#233;e sur une &#233;mission de France culture &#224; laquelle Rouillan avait &#233;t&#233; invit&#233; &#224; parler de &#171; radicalisation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Jusqu'o&#249; pousser le concept de d&#233;radicalisation ? &#187;, Du Grain &#224; moudre, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moins pouvons-nous lire quelques d&#233;clarations de l'auteur. Sans doute inqui&#232;te que ses auditeurs puissent penser qu'elle valide les propos de Rouillan, la radio d'&#201;tat le qualifie de &lt;i&gt;&#171; funambule &#187;&lt;/i&gt; avant de constater qu'en effet, &#224; propos de Daech, celui-ci n'exprime &lt;i&gt;&#171; aucun soutien ni hommage explicite mais plut&#244;t par d&#233;saccord politique &#187; &lt;/i&gt;mais dit d&#233;j&#224; sur France culture ce qu'il dira quelques jours plus tard sur la radio marseillaise : &lt;i&gt;&#171; Je n'ai pas de sympathie politique avec leurs id&#233;es qui sont, pour moi, f&#233;odales. (&#8230;) Ce qui nous&lt;/i&gt; [militants r&#233;volutionnaires communistes] &lt;i&gt;diff&#233;rencie fondamentalement de ces militants islamistes, du GIA &#224; Daech, ce qui nous diff&#233;rencie nous, qui avons lutt&#233; jusqu'aux armes, c'est la joie de combattre. De vouloir se lib&#233;rer d'un monde qui &#233;tait mortif&#232;re. Qui est mortif&#232;re. Au contraire, tous les combattants islamistes sont tenus par l'id&#233;ologie mortif&#232;re que produit ce syst&#232;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, on trouve les analyses de Rouillan qui justifient le titre du montage de France culture : &lt;i&gt;&#171; J'ai essay&#233; de comprendre pourquoi nous, la gauche radicale, la gauche &#8220;extr&#233;miste&#8221; comme vous diriez, l'&#8220;ultragauche&#8221;&lt;/i&gt; [pour utiliser un terme journalistique], &lt;i&gt;on a perdu les quartiers populaires. Ma question c'est : &#8220;Comment eux ont-ils r&#233;ussi &#224; se d&#233;velopper, et pas nous ?&#8221; Ils ne sont pas politis&#233;s &lt;/i&gt;[comme on entend souvent dire]&lt;i&gt;, mais quand m&#234;me : quand il a fallu l&#226;cher les Adidas pour aller se battre en Syrie, ils l'ont fait ! Ces jeunes des quartiers populaires sont politis&#233;s et on les m&#233;prise, ils sont totalement rejet&#233;s dans nos p&#233;riph&#233;ries et on ne leur donne m&#234;me pas l'analyse de dire qu'ils repr&#233;sentent une id&#233;e politique &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait pu s'attendre, de la part d'une journaliste de France culture, &#224; un peu de curiosit&#233; pour l'&#233;volution r&#233;cente de l'exercice de la justice et, en particulier, pour les conditions dans lesquelles Rouillan a &#233;t&#233; condamn&#233; pour &lt;i&gt;&#171; apologie du terrorisme &#187;&lt;/i&gt;. On aurait alors appris les difficult&#233;s que pose cette accusation depuis qu'en novembre 2014 elle peut &#234;tre jug&#233;e en comparution imm&#233;diate : parce qu'elle met en danger la libert&#233; d'expression ; en plus des probl&#232;mes d'application qu'elle rencontre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon Nadim Houry, directeur du programme &#171; Terrorisme et lutte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans non plus fouiller bien loin, France culture aurait aussi pu d&#233;couvrir comment, d&#233;but octobre 2016, quelque temps apr&#232;s la premi&#232;re condamnation de Rouillan pour &lt;i&gt;&#171; apologie du terrorisme &#187;&lt;/i&gt;, l'essayiste &#201;ric Zemmour donnait au mensuel &lt;i&gt;Causeur&lt;/i&gt; son appr&#233;ciation des terroristes de l'&#201;tat islamique, qu'il refusait de qualifier d'&lt;i&gt;&#171; esprits faibles &#187;&lt;/i&gt; avant d'affirmer qu'il &lt;i&gt;&#171; respecte des gens pr&#234;ts &#224; mourir pour ce en quoi ils croient &#187; &lt;/i&gt;et de pr&#233;ciser, &#224; propos de l'attentat du 14 juillet 2016 &#224; Nice : &lt;i&gt;&#171; Quand les gens agissent parce qu'ils pensent que leurs morts le leur demandent, il y a quelque chose de respectable. &#187; &lt;/i&gt;D&#233;but janvier 2017, quelque temps apr&#232;s la confirmation en appel de la condamnation de Rouillan, le parquet de Paris classait sans suite l'enqu&#234;te qu'il avait ouverte sur Zemmour pour &lt;i&gt;&#171; apologie du terrorisme &#187;&lt;/i&gt;, estimant que l'infraction &#233;tait &lt;i&gt;&#171; insuffisamment caract&#233;ris&#233;e &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Terrorisme : les propos-chocs d'&#201;ric Zemmour &#187; et &#171; Zemmour ne fait pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est difficile de ne pas se r&#233;jouir de cette d&#233;cision. Et en m&#234;me temps de ne pas se demander, en comparant les propos et les jugements, si l'on n'a pas affaire &#224; une illustration exemplaire du caract&#232;re vague de l'incrimination (qui est par principe &#224; proscrire en mati&#232;re p&#233;nale), sans parler du poids de l'identit&#233;, de l'histoire et des positions sociale et politique des accus&#233;s dans l'extensibilit&#233; des jugements et des probl&#232;mes que cela pose &#224; l'exercice de la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les tribunaux peinent &#224; appliquer la justice, les m&#233;dias ont-ils besoin d'ajouter ce lot d'injustice que rec&#232;le toute inexactitude ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thierry Discepolo&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les articles publi&#233;s sous forme de &#171; tribune &#187; n'engagent pas collectivement l'association Acrimed, mais seulement leurs auteurs dont nous ne partageons pas n&#233;cessairement toutes les positions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Soulign&#233; par nous. Sur le contexte de cette interview et du traitement par la justice, lire la pr&#233;face &#224; &lt;a href=&#034;https://agone.org/centmillesignes/jeregrette/enligne/1/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Je regrette&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut bien s&#251;r penser que ces propos sont moralement condamnables. Toutefois, selon la Ligue des droits de l'homme, en poursuivant Rouillan pour ses d&#233;clarations &#171; le parquet ne demande pas de sanctionner une apologie mais tente d'interdire une opinion dont il d&#233;forme sciemment le sens. Si l'on suit le parquet dans sa volont&#233; de limiter la libert&#233; d'expression aux seules opinions convenues, choquer ou critiquer deviendra bient&#244;t un d&#233;lit &#187; (&#171; La libert&#233; d'expression est un droit fondamental &#187;, LDHfrance.org, 31 mai 2016). Et pour Fionnuala N&#237; Aol&#225;in, &#171; rapporteuse sp&#233;ciale des Nations unies de la promotion et de la protection des droits de l'homme et des libert&#233;s fondamentales dans la lutte antiterroriste &#187;, qui a remis au gouvernement fran&#231;ais les &#171; conclusions pr&#233;liminaires &#187; de son rapport, celle-ci &#171; rel&#232;ve les risques d'atteintes aux droits de l'homme, &#224; la libert&#233; religieuse et &#224; la libert&#233; d'expression que comportent certaines mesures introduites dans le droit fran&#231;ais au nom de la lutte contre le terrorisme &#187; (cit&#233; par Jean-Baptiste Jacquin, &#171; Antiterrorisme : l'ONU s'inqui&#232;te de l'accumulation des lois fran&#231;aises &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 24 mai 2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire la pr&#233;face &#224; &lt;a href=&#034;https://agone.org/memoiressociales/dixansdactiondirecte/enligne/1/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Dix ans d'Action directe&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire un historique de cette affaire, en particulier la campagne m&#233;diatique qui la lance, dans &lt;a href=&#034;http://blog.agone.org/post/2009/11/24/Retour-sur-les-conditions-de-rupture-d-une-semi-liberte&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Retour sur les conditions de rupture d'une semi-libert&#233; &#187;&lt;/a&gt; ; et pour une analyse de la d&#233;cision de justice, lire &lt;a href=&#034;http://blog.agone.org/post/2010/01/29/Portrait-de-l-administration-penitentiaire-en-agent-litteraire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Portrait de l'administration p&#233;nitentiaire en agent litt&#233;raire &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire le texte int&#233;gral de cette double page dans le dossier de presse sur le site de l'&#233;diteur de &lt;a href=&#034;https://agone.org/memoiressociales/dixansdactiondirecte/?tab=articles&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Dix ans d'Action directe&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Il semble que la journaliste de France culture ait surtout &#233;t&#233; influenc&#233;e par l'&#233;dito qui accompagnait cet article. Disponible &#224; la m&#234;me adresse, on peut en lire le d&#233;montage sur le blog des &#233;ditions Agone, &lt;a href=&#034;http://blog.agone.org/post/2018/09/17/Joffrin-tel-quel&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Joffrin tel quel &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien cit&#233;, p. 196-198, dans &lt;i&gt;Dix ans d'Action directe&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Jusqu'o&#249; pousser le concept de d&#233;radicalisation ? &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-moudre/jusquou-pousser-le-concept-de-deradicalisation-0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Du Grain &#224; moudre&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, France culture, 10 f&#233;vrier 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon Nadim Houry, directeur du programme &#171; Terrorisme et lutte antiterroriste &#187; de l'ONG Human Rights Watch, &#171; les statistiques du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur indiquent que la police est intervenue dans plus de 2 300 cas en 2015 et 1 850 en 2016. Bien que toutes ces interventions polici&#232;res n'aient pas d&#233;bouch&#233; sur des poursuites, les statistiques du minist&#232;re de la Justice mentionnent 306 condamnations pour apologie du terrorisme pour la seule ann&#233;e 2016, dont 232 avec des peines de prison ferme. Selon le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, 20 % des personnes ayant fait l'objet d'une enqu&#234;te en vertu de cette disposition &#233;taient mineures, et 6 % avaient entre 10 et 14 ans. Ces cas n'impliquent g&#233;n&#233;ralement pas d'incitation directe &#224; la violence ; il s'agit plut&#244;t d'altercations entre la police et des individus sous l'emprise d'alcool, ou de provocations &#8211; parfois odieuses &#8211; prof&#233;r&#233;es dans des cours d'&#233;cole ou sur les r&#233;seaux sociaux. La plupart de ces cas n'ont pas de visibilit&#233; nationale et sont trait&#233;s par les tribunaux locaux en comparution imm&#233;diate &#187; (Nadim Houry, &#171; Atteintes &#224; la libert&#233; d'expression au nom de la lutte antiterroriste &#187;, &lt;i&gt;Just Security&lt;/i&gt;, 30 mai 2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Terrorisme : les propos-chocs d'&#201;ric Zemmour &#187; et &#171; Zemmour ne fait pas l'apologie du terrorisme, selon la justice &#187;, &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, 6 octobre 2016 et 17 janvier 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Au nom de l'ind&#233;pendance &#233;ditoriale et de la d&#233;fense du capitalisme national </title>
		<link>https://www.acrimed.org/Au-nom-de-l-independance-editoriale-et-de-la-defense-du-capitalisme-national</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Au-nom-de-l-independance-editoriale-et-de-la-defense-du-capitalisme-national</guid>
		<dc:date>2012-09-17T22:26:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Discepolo</dc:creator>


		<dc:subject>Livre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#192; propos de l'achat du groupe Flammarion par le groupe Gallimard...&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Edition-" rel="directory"&gt;&#201;dition&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans son livre &lt;i&gt;La trahison des &#233;diteurs&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publi&#233; chez Agone (Marseille, 2011).&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dont nous avions publi&#233; un extrait &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article3676.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici-m&#234;me&lt;/a&gt;, Thierry Discepolo pr&#233;sentait tous les vices de l'univers de l'&#233;dition. Dans la pr&#233;face de l'&#233;dition espagnole de son livre, que nous reproduisons ci-dessous, il revient longuement sur le rachat de Flammarion par Gallimard. (Acrimed)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une soumission pluris&#233;culaire aux volont&#233;s du pouvoir.&lt;/i&gt; Voil&#224; &#224; peu pr&#232;s les termes dans lesquels un historien d&#233;finit la tendance dominante de l'&#233;dition fran&#231;aise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire Jean-Yves Mollier, &#171; Les mutations de l'espace &#233;ditorial fran&#231;ais du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Avant de d&#233;montrer comment les &#233;diteurs les plus fameux ont perp&#233;tu&#233; cette position morale et politique sous l'Occupation, Jean-Yves Mollier rappelle que &#171; la d&#233;l&#233;gation volontaire des notables de l'industrie parisienne &#187;, conduite notamment par d'honorables &#233;diteurs, s'&#233;tait rendue &#171; &#224; l'&#201;lys&#233;e, le 19 d&#233;cembre 1851, afin d'offrir &#224; [Napol&#233;on III], l'auteur du coup d'&#201;tat perp&#233;tr&#233; dix-sept jours auparavant, &#8220;leurs remerciements pour avoir assur&#233; la d&#233;fense de l'ordre, de la famille et de la propri&#233;t&#233;&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Yves Mollier, &#171; L'&#233;dition fran&#231;aise dans la tourmente de la Seconde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. On retrouvera, &#171; presque inchang&#233;e &#224; l'&#233;t&#233; 1940, le symbole de cette attitude veule &#187;, pr&#233;cise l'historien. Entre-temps, &#171; sous la Commune comme pendant la Premi&#232;re Guerre mondiale, la profession ne brilla pas [non plus] par sa volont&#233; de donner la parole &#224; tous ceux qui exprimaient des opinions h&#233;t&#233;rodoxes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces temps sont r&#233;volus. Les choses ont chang&#233; du tout au tout : la censure n'est plus qu'un mauvais souvenir ; l'incitation au d&#233;sordre, &#224; l'amour libre et &#224; la r&#233;volte font l'objet du commerce le plus en cours chez les plus grands &#233;diteurs, qui rangent ces th&#232;mes, comme d'autres, par collections (&#233;ventuellement associ&#233;es &#224; leurs antidotes). Et l'&lt;i&gt;ind&#233;pendance &lt;/i&gt; (&#233;conomique, morale et politique) est chose si sacr&#233;e qu'en son nom le monde &#233;ditorial se partage entre deux camps irr&#233;ductibles. Du c&#244;t&#233; du vice, deux ou trois &#171; grands groupes &#187; aux intentions aussi douteuses que leurs capitaux (&#233;trangers, alli&#233;s &#224; des fonds de pension et m&#234;l&#233;s aux industries m&#233;diatiques, entre autres), dont les &#233;diteurs ont &#233;t&#233; r&#233;duits au r&#244;le de machines &#224; profit, propagande et divertissement. Du c&#244;t&#233; de la vertu, des centaines de petites maisons, appuy&#233;es sur une poign&#233;e de &#171; grands &#233;diteurs ind&#233;pendants &#187; (capital familial, c&#339;ur de m&#233;tier &#233;ditorial, etc.), garantissent les valeurs sacr&#233;es du m&#233;tier, le pluralisme et &lt;i&gt;notre&lt;/i&gt; libert&#233; d'expression, en assurant la reproduction du savoir et la p&#233;rennit&#233; du patrimoine culturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une affaire de gros sous et de transfert de propri&#233;t&#233; qui s'est d&#233;roul&#233;e alors que l'&#233;dition espagnole de ce livre &#233;tait pr&#233;par&#233;e &#233;claire quelques-unes des facettes de la fable de l'&#171; ind&#233;pendance &#233;ditoriale &#187;, int&#233;gr&#233;e au mod&#232;le de d&#233;mocratie o&#249; l'on nous fait vivre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but de l'ann&#233;e 2012, alors qu'on se pr&#233;parait en France &#224; respirer jusqu'au printemps suivant le rythme des sondages &#233;lectoraux, le petit monde de l'&#233;dition d&#233;couvrait un feuilleton &#224; suspense qui allait remplir les conversations englu&#233;es dans la monotonie du flux d&#233;tendu des rentr&#233;es litt&#233;raires. &#171; R&#233;uni jeudi 19 janvier &#224; Milan, le comit&#233; ex&#233;cutif de RCS Mediagroup a reconnu [...] r&#233;fl&#233;chir au &#8220;p&#233;rim&#232;tre du groupe&#8221; et [...] &#233;tudier l'int&#233;r&#234;t de conserver certaines activit&#233;s qui ne font pas partie de son c&#339;ur de m&#233;tier, dont sa filiale fran&#231;aise, [...] ainsi que ceux qui ne sont pas strat&#233;giques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La cession de Flammarion parmi les hypoth&#232;ses discut&#233;es par RCS &#187;, Livres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Autrement dit, avant de se recentrer sur les affaires (plus lucratives) que ses patrons connaissent le mieux (banques, assurance, batiment), et pour &#233;ponger ses dettes, le groupe italien met en vente le groupe Flammarion, dont il d&#233;tient 100 % du capital, acquis en 2000 aupr&#232;s des derniers descendants du fondateur &#233;ponyme. La d&#233;p&#234;che de &lt;i&gt;Livres Hebdo&lt;/i&gt; pr&#233;cisait qu'un mois plus t&#244;t ces &#171; rumeurs &#187; avaient &#233;t&#233; &#171; d&#233;menties &#187; par la direction de Flammarion mais concluait que &#171; deux offres de rachat &#187; auraient tout de m&#234;me &#233;t&#233; faites, dont celle d'Antoine Gallimard. Si l'int&#233;ress&#233; avait d&#233;j&#224; fait une premi&#232;re offre d'achat aux Italiens &#171; en difficult&#233; &#187; six mois plus t&#244;t&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pascal Fouch&#233;, cit&#233; in &#171; Flammarion - 1996-2012 : France-Italie et retour &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, celui-ci d&#233;mentait tout de m&#234;me la derni&#232;re rumeur en cours. (Les pratiques des grands de ce petit monde ressemblent parfois &#224; des cachoteries de cours d'&#233;cole maternelle.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au stade semi-public de la publicit&#233; du destin des maisons d'&#233;dition, dans ce vieux jeu de soci&#233;t&#233; ouvert &#224; une poign&#233;e de joueurs, on ne parle pas encore de &#171; lettres &#187; mais seulement de &#171; chiffres &#187;. &#192; partir du milieu des ann&#233;es 1990, Flammarion avait introduit une partie de son capital en Bourse puis acquis plusieurs maisons, dont Casterman, et pris des participations dans le capital des Presses universitaires de France (PUF) et d'Actes Sud, passant alors de la quatri&#232;me &#224; la troisi&#232;me place dans le classement en chiffres d'affaires des groupes d'&#233;dition fran&#231;ais. La v&#233;n&#233;rable maison &#233;tait pr&#234;te pour &#234;tre vendue &#224; RCS Mediagroup qui venait de chercher, sans succ&#232;s, &#224; prendre une participation dans Gallimard. C'est donc douze ans apr&#232;s cette (bonne) affaire et un mois apr&#232;s le d&#233;ni de rumeur que, contre toute attente, &#171; Gallimard s'appr&#234;te &#224; faire une offre &#224; l'Italien RCS pour racheter sa filiale. [... Mais] si le PDG du groupe &#233;ponyme [...] r&#233;fute le chiffre de 198 millions d'euros avanc&#233; dans la presse pour la transaction, il ne souhaite pas communiquer le montant de son offre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pourquoi Antoine Gallimard s'int&#233;resse au groupe Flammarion &#187;, Livres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire est s&#233;rieuse, il est temps que la &lt;i&gt;Pravda&lt;/i&gt; de la profession se fasse l'&#233;cho de la noblesse des motivations d'Antoine Gallimard : d'abord, il &#171; place, parmi les raisons qui le pousse &#224; s'int&#233;resser &#224; Flammarion, &#8220;l'estime&#8221; qu'il porte &#8220;aux personnes qui y travaillent&#8221; &#187;. (Pour ceux qui s'&#233;tonnent de l'estime d'un patron pour des employ&#233;s, pr&#233;cisons qu'il ne s'agit que de Teresa Cremisi, vice-pr&#233;sident depuis 2010 de la branche &#233;ditoriale de RCS Media Group et PDG de Flammarion depuis 2005 apr&#232;s avoir &#233;t&#233; directrice &#233;ditoriale chez Gallimard pendant seize ans ce qui put ne pas &#234;tre sans avantages dans la transaction en cours.) Ensuite, si le rachat de Flammarion est pour le patron de Gallimard une &#171; &#8220;belle opportunit&#233;&#8221; qui ne peut qu'int&#233;resser un chef d'entreprise soucieux de son d&#233;veloppement &#187;, il faudrait faire preuve de courage &#171; dans un contexte difficile comme celui que traverse le livre aujourd'hui &#187;. (Entre parenth&#232;ses, rappelle tout de m&#234;me l'hebdomadaire, ce rachat hisserait le groupe Gallimard de la huiti&#232;me &#224; la troisi&#232;me place des &#233;diteurs fran&#231;ais, apr&#232;s Hachette et &#201;ditis.) Enfin, bien entendu, l'acheteur potentiel assure, comme toujours &#224; ce moment des transactions, que rien ne va changer, qu'il &#171; souhaite conserver l'autonomie des deux structures &#187;, etc., etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; paraissait l'&#233;dition fran&#231;aise de &lt;i&gt;La Trahison des &#233;diteurs&lt;/i&gt;, &#224; la fin de l'&#233;t&#233; 2011, on pouvait se demander au bout de combien de temps seraient caduques la structure des groupes d'&#233;dition et la &#171; Chronologie des cr&#233;ations, fusions et rachats des &#233;diteurs cit&#233;s &#187; pr&#233;sent&#233;s en annexe. La r&#233;ponse : neuf semaines. Et c'est Actes Sud et la famille Nyssen qui la donnait en rachetant H&#233;lium (maison cr&#233;&#233;e trois ans plus t&#244;t, l'ann&#233;e m&#234;me o&#249; &#201;ditis &#233;tait vendue au groupe espagnol Planeta par le fonds d'investissement Wendel). Ce qui faisait du &#171; petit &#233;diteur arl&#233;sien &#187;, derri&#232;re Hachette et &#201;ditis, le troisi&#232;me groupe d'&#233;dition fran&#231;ais en nombre de maisons absorb&#233;es. Suivant la musique bien connue des op&#233;rations de rachat, du c&#244;t&#233; de l'acquis, on d&#233;clame sa f&#233;licit&#233; : &#171; Je rejoins une famille dont je partage les valeurs de respect et de go&#251;t du livre &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Actes Sud rach&#232;te H&#233;lium &#187;, Livres Hebdo, 10 novembre 2011 de m&#234;me pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; ; et du c&#244;t&#233; de l'acqu&#233;reur on d&#233;cline le vocabulaire emprunt&#233; au super-pr&#233;dateur am&#233;ricain Wal-Mart : &#171; Le p&#244;le jeunesse d'Actes Sud compte d&#233;sormais un &lt;i&gt;quatri&#232;me &lt;/i&gt; &#233;diteur associ&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soulign&#233; par nous chez Wal-Mart, les employ&#233;s sont appel&#233;s des &#171; associ&#233;s &#187;. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Actes Sud, on reste toutefois ici dans la continuit&#233; de la strat&#233;gie &#224; l'&#339;uvre depuis 1987 et qui a pris son rythme de croisi&#232;re en 2000. En d&#233;posant &#224; son tour une offre de rachat de Flammarion, le &#171; petit &#233;diteur r&#233;gional &#187; change en revanche de cat&#233;gorie. Mais qu'on ne se m&#233;prenne pas. Si le &#171; contexte difficile que traverse le livre aujourd'hui &#187; n'avait pas fait reculer Antoine Gallimard, chez les Nyssen, il s'agit rien moins que d'une mission : &#171; Une vraie offre d'&#233;diteurs ind&#233;pendants [pour] cr&#233;er un nouveau p&#244;le &#233;ditorial important&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Paul Capitani, cit&#233; in Anne-Laure Walter, &#171; Tous int&#233;ress&#233;s &#187;, Livres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, d&#233;finit monsieur ; afin de &#171; pr&#233;server l'ind&#233;pendance de l'&#233;dition en France&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Silvie Ari&#232;s, &#171; Actes Sud-Flammarion : &#8220;Un r&#234;ve d'ind&#233;pendance&#8221; &#187;, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, pr&#233;cise madame en mars 2012. Le projet est coh&#233;rent, audacieux, d&#233;sint&#233;ress&#233; : arracher Flammarion au capitalisme &#233;tranger et le sauver des fonds de pension en s'appuyant sur l'autonomie d'un actionnariat familial et un appel &#224; la s&#233;dition contre les grands groupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ces ambitions d&#233;sint&#233;ress&#233;es accompagnent des accords financiers qui auraient fait de la nouvelle entit&#233; capitalistique ambitionn&#233;e par les Arl&#233;siens le troisi&#232;me groupe &#233;ditorial fran&#231;ais ne met pas en contradiction le sauveteur avec sa condamnation des grands groupes. Qu'Actes Sud se soit associ&#233; pour l'op&#233;ration aux &#233;ditions Albin Michel, li&#233;es de son c&#244;t&#233; au fonds Chequers Capital, ne doit pas troubler la puret&#233; des intentions m&#233;diatis&#233;es : sauver l'&#233;dition ind&#233;pendante des fonds de pension&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les batailles pour l'ind&#233;pendance &#233;ditoriale fran&#231;aise ne doivent pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'accord avec Albin Michel ayant fait long feu fin avril, Actes Sud candidatera un temps devant le groupe italien en solo, avec le soutien du Fonds strat&#233;gique d'investissement (FSI), d&#233;tenu &#224; 51 % par la Caisse des d&#233;p&#244;ts et &#224; 49 % directement par l'&#201;tat fran&#231;ais, qui se serait d&#233;clar&#233; &#171; pr&#234;t &#224; soutenir financi&#232;rement tout repreneur de l'Hexagone&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;lodie Cr&#233;z&#233;, &#171; Actes Sud cavale seul pour racheter Flammarion &#187;, Marsactu, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Autrement dit, une alliance vertueuse pour la protection du &#171; capitalisme national &#187; et la revitalisation d'un &#171; fleuron de l'&#233;dition ind&#233;pendante en France &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Faut-il s'offusquer de d&#233;couvrir que les &#201;tats peuvent perturber, malgr&#233; le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re qu'en d&#233;mocratie on ne d&#233;clare une guerre que contraint, forc&#233; et suivant les motifs les plus nobles, on n'y fait des affaires qu'au nom de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. &#192; l'automne 2000, lorsqu'il c&#232;de l'entreprise familiale au groupe Rizzoli-Corriere della Sera (RCS, dont Fiat est actionnaire), Charles-Henri Flammarion expliquait d&#233;j&#224; : &#171; Vous comprendrez que, si j'ai fait ce choix pour la maison que ma famille contr&#244;le et dirige depuis 1876, c'est par conviction profonde que cette d&#233;cision difficile est la meilleure pour l'avenir de nos marques, de nos auteurs, de nos lecteurs, de nos clients et de tous les collaborateurs engag&#233;s dans le d&#233;veloppement de Flammarion &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; dans &#171; Flammarion - 1996-2012 : France-Italie et retour &#187;, art. cit.&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; ailleurs, le m&#234;me digne h&#233;ritier dira que c'&#233;tait (aussi ?) le seul moyen de &#171; prot&#233;ger de l'imp&#244;t sur la fortune &#187; ses huit enfants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; dans Tant qu'il y aura des tomes, Les Dossiers du Canard encha&#238;n&#233;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans un monde parfait, c'est alors que le salon du livre de Paris battait son plein que le suspense fut le plus intense. Le soir de l'inauguration, de stand en stand, Antoine Gallimard pi&#233;tinait derri&#232;re le ministre de la Culture du moment, celle du futur ex-pr&#233;sident Nicolas Sarkozy ; mais pour le d&#233;jeuner dominical, le futur pr&#233;sident Fran&#231;ois Hollande aurait d&#233;jeun&#233; avec les patrons d'Actes Sud et apr&#232;s le caf&#233;, on aurait vu, dans les all&#233;es peupl&#233;es de lecteurs &#233;merveill&#233;s, le pr&#233;sident du SNE trottiner derri&#232;re le candidat du parti socialiste. Les &#233;diteurs &#233;talaient leurs livres et leurs auteurs sur leurs stands. Les folliculaires rivalisaient d'esprit que diable, c'est le monde des lettres ! On racontait dans la &lt;i&gt;Pravda&lt;/i&gt; comment la v&#233;n&#233;rable mari&#233;e avait &#171; quitt&#233; le giron familial et la France, enlev&#233;e par un bel Italien &#187;, pour revenir &#171; trop belle &#187; dix ans plus tard ; et on classait les soupirants dans l'ordre de l&#233;gitimit&#233; (nationale) : apr&#232;s Gallimard et Albin Michel-Actes Sud, la filiale du groupe espagnol Planeta, &#201;ditis, semble moins bienvenue ; mais mieux que HarperCollins, le secteur &#233;ditorial de Murdoch News Corp, et qu'un &#171; myst&#233;rieux fonds d'investissement [qui] inqui&#232;te beaucoup les salari&#233;s &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anne-Laure Walter, &#171; Flammarion, le bal des pr&#233;tendants &#187;, Livres Hebdo, 30 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mois plus tard, la grenouille arl&#233;sienne ayant &#233;t&#233; retoqu&#233;e d&#232;s le premier tour des ench&#232;res par la banque conseil de RCS Mediagroup, Albin Michel s'&#233;tant retir&#233;, Gallimard restait seul en lice pour acheter Flammarion fin juin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Deux finalistes se distinguent pour la reprise de Flammarion &#187;, La Croix, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Avec un chiffre d'affaires de 195 millions d'euros, Flammarion avait &#233;t&#233; vendu pour 155 millions d'euros en 2000 et revendu en 2012 pour 234 millions d'euros avec un chiffre d'affaires de 220 millions d'euros&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sources : Les &#201;chos-AFP, 30 ao&#251;t 2012.&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apprenant lors du salon du livre de Francfort que le groupe Flammarion avait &#233;t&#233; c&#233;d&#233; &#224; RCS Mediagroup, Antoine Gallimard aurait regrett&#233; cette perte avec une formule (litt&#233;raire) bien &#224; lui : &#171; C'est comme quand quelqu'un quitte la table dans une partie de cartes. &#187; Quatre ans plus tard, c'&#233;tait au tour du Seuil de &#171; quitter la partie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le rachat du Seuil par La Martini&#232;re-Chanel, lire infra, p. 110-111.&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'ind&#233;pendance &#233;ditoriale fran&#231;aise &#233;tait en grand danger. Heureusement, depuis, d'autres &#233;diteurs avaient suffisamment enfl&#233; (en achetant d'autres &#233;diteurs) pour renforcer les rangs et la fable des &#171; grands ind&#233;pendants &#187; qui garantissent notre ind&#233;pendance. Aussi comprend-on la fiert&#233; du directeur des &#233;ditions du Cercle de la Librairie lorsqu'il salue la mani&#232;re dont Gallimard a rendu Flammarion &#224; la France en faisant la preuve qu'&#171; une maison ind&#233;pendante croit encore suffisamment en l'avenir du livre pour investir dans l'&#233;dition au lieu de le laisser aux fonds d'investissements &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un quart du montant d'acquisition aurait &#233;t&#233; pay&#233; sur la tr&#233;sorerie du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En bon &#171; historien maison &#187;, Pascal Fouch&#233; conclut qu'au rang de troisi&#232;me groupe fran&#231;ais, apr&#232;s Hachette et &#201;ditis, Gallimard &#171; va, symboliquement, peser lourd &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Propos de Pascal Fouch&#233; cit&#233;s in &#171; Flammarion - 1996-2012 : France-Italie et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En multipliant par deux son chiffre d'affaires (plus de 500 millions d'euros), et presque autant son personnel (1 700 salari&#233;s) Gallimard a multipli&#233; par deux son ind&#233;pendance, autrement dit, la n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieusement, le dernier postulant au r&#244;le de &#171; grand ind&#233;pendant &#187; ne voit pas exactement cette affaire du m&#234;me &#339;il : Actes Sud, dont 27 % du capital &#233;tait encore d&#233;tenu par RCS Mediagroup, aurait annonc&#233; vouloir &#171; faire jouer le droit de pr&#233;emption sur ses actions, qu'elle avait n&#233;goci&#233; en cas de modification du capital de Flammarion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon Alain Beuve-M&#233;ry, &#171; Avec l'achat de Flammarion &#187;, art. cit.&#034; id=&#034;nh3-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Chaque acquisition par un &#171; grand ind&#233;pendant &#187; ne doit-elle pas &#234;tre salu&#233;e pour les deux parties comme une augmentation de l'&#171; ind&#233;pendance &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le concert de satisfaction des &#233;diteurs achet&#233;s, lire Thierry Discepolo, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Si, pour le malheur d'Actes Sud (et le n&#244;tre), Flammarion avait &#233;t&#233; rachet&#233; par un &#171; grand groupe &#187; qui plus est &#171; &#233;tranger &#187; ou associ&#233; &#224; un fonds de pension , nous aurions compris l'inqui&#233;tude des Nyssen (au nom de la protection de l'ind&#233;pendance &#233;ditoriale fran&#231;aise). Mais on sait bien que le destin des maisons recueillies par l'&#233;diteur ind&#233;pendant Gallimard n'a rien de commun avec celui des &#233;diteurs d'Hachette absorb&#233;es par le groupe Lagard&#232;re (mutinationale diversifi&#233;e entre autres dans l'armement) ou de l'avenir des maisons achet&#233;es en 2008 avec le lot &#201;ditis par le groupe espagnol Planeta (notamment diversifi&#233; dans le transport a&#233;rien). Tout diff&#233;rencie le (nouveau) troisi&#232;me groupe &#233;ditorial fran&#231;ais des deux premiers. Et il serait de mauvais go&#251;t de s'inqui&#233;ter que la r&#233;daction de l'&lt;i&gt;Air France' Magazine&lt;/i&gt; soit pr&#233;sid&#233;e par Antoine Gallimard et &#233;dit&#233;e par Gallimard Loisirs, tandis que les services publicitaires sont assur&#233;s par Lagard&#232;re Publicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but octobre 2012, ses emplettes ayant re&#231;u la b&#233;n&#233;diction de ladite &#171; Autorit&#233; de la Concurrence &#187;, Antoine s'en serait r&#233;jouit (et la &lt;i&gt;Pravda&lt;/i&gt; en liesse de rapporter aussit&#244;t ces r&#233;jouissances), car &#171; le rapprochement de deux grandes maisons fran&#231;aises permettent [&lt;i&gt;sic&lt;/i&gt;] de faire face aux d&#233;fis auxquels va &#234;tre confront&#233; le secteur de l'&#233;dition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Antoine Gallimard a sign&#233; l'acquisition du groupe Flammarion &#187;, Livres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Que s'est-il donc pass&#233; depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e 2006 o&#249; le patron &#233;ponyme avouait sa &#171; crainte des concentrations excessives sur le march&#233; du livre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Du pain sur la blanche. Strat&#233;gie &#233;ditoriale et gestion du fonds, crainte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; ? Nuisance lorsqu'elle est le fait de certains, la &#171; concentration &#187; serait-elle un bienfait entre les mains d'autres ? &#192; moins de confondre l'actionnaire majoritaire de la holding Madrigall avec l'&#171; &#233;dition &#187;, en quoi la d&#233;multiplication de son chiffre d'affaires et le nombre de ses salari&#233;s devrait-il r&#233;jouir quelqu'un ? Et en quoi les autres &#233;diteurs, les libraires et les lecteurs doivent-ils &#234;tre rassur&#233;s de voir les &#171; d&#233;fis auxquels va &#234;tre confront&#233; le secteur de l'&#233;dition &#187; r&#233;duits &#224; une affaires de gros entre une poign&#233;e d'h&#233;ritiers de livres et de banque ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette petite chronique d'une mise aux ench&#232;res illustre une nouvelle fois la n&#233;cessit&#233; de paver les bonnes affaires des meilleures intentions, le gagnant importe peu, le r&#233;sultat ne change rien d'essentiel. Doit-on en effet tenir comme une victoire de l'ind&#233;pendance et du livre qu'entre 2011 et 2012 Arnaud Lagard&#232;re ait recul&#233; de la 143e &#224; la 170e place des fortunes de France tandis qu'Antoine Gallimard a grimp&#233; de la 245e &#224; la 224e et Francis Esm&#233;nard (Albin Michel) de la 329e &#224; la 296e place&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sources : &#171; Les 500 plus grandes fortunes professionnelles de France &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? La croissance du capital d'une maison d'&#233;dition n'augmente que la capacit&#233; de nuisance sociale de son propri&#233;taire. Les perdants sont tous ceux qui continuent de tenir le livre pour un outil de lutte et d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thierry Discepolo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extrait de la pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;La Traici&#243;n de los editores&lt;/i&gt;, &#224; para&#238;tre en novembre 2012 chez Trama editorial (Madrid).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Publi&#233; chez Agone (Marseille, 2011).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire Jean-Yves Mollier, &#171; Les mutations de l'espace &#233;ditorial fran&#231;ais du XVIIIe au XXe si&#232;cle &#187;, &lt;i&gt;Actes de la recherche en sciences sociales&lt;/i&gt;, mars 1999, n&#176; 126-127, p. 29-38.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Yves Mollier, &#171; L'&#233;dition fran&#231;aise dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale &#187;, &lt;i&gt;Vingti&#232;me Si&#232;cle. Revue d'histoire&lt;/i&gt;, 2011/4, n&#176; 112, p. 127 citation &lt;i&gt;in &lt;/i&gt; Jean-Yves Mollier, &lt;i&gt;L'Argent et les Lettres : histoire du capitalisme d'&#233;dition&lt;/i&gt;, Fayard, 1988, p. 111.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La cession de Flammarion parmi les hypoth&#232;ses discut&#233;es par RCS &#187;,&lt;i&gt; Livres Hebdo&lt;/i&gt;, 20 janvier 2012 de m&#234;me pour toutes les citations de ce paragraphe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pascal Fouch&#233;, cit&#233; &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; &#171; Flammarion - 1996-2012 : France-Italie et retour &#187;, &lt;i&gt;Livres Hebdo&lt;/i&gt;, 27 juin 2012, de m&#234;me pour les informations sur Flammarion mentionn&#233;es dans le paragraphe suivant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Pourquoi Antoine Gallimard s'int&#233;resse au groupe Flammarion &#187;, &lt;i&gt;Livres Hebdo&lt;/i&gt;, 16 f&#233;vrier 2012, de m&#234;me pour toutes les citations de ce paragraphe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Actes Sud rach&#232;te H&#233;lium &#187;, &lt;i&gt;Livres Hebdo&lt;/i&gt;, 10 novembre 2011 de m&#234;me pour toutes les citations de ce paragraphe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Soulign&#233; par nous chez Wal-Mart, les employ&#233;s sont appel&#233;s des &#171; associ&#233;s &#187;. Sur la novlangue d'Actes Sud, lire Thierry Discepolo, &lt;i&gt;La Trahison des &#233;diteurs&lt;/i&gt;, Agone, 2011, &#171; Renouvellement par le haut du march&#233; &#233;ditorial : la galaxie Actes Sud &#187;, p. 78 et suiv.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Paul Capitani, cit&#233; &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Anne-Laure Walter, &#171; Tous int&#233;ress&#233;s &#187;, &lt;i&gt;Livres Hebdo&lt;/i&gt;, 23 mars 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Silvie Ari&#232;s, &#171; Actes Sud-Flammarion : &#8220;Un r&#234;ve d'ind&#233;pendance&#8221; &#187;, La Provence, 20 mars 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les batailles pour l'ind&#233;pendance &#233;ditoriale fran&#231;aise ne doivent pas s'arr&#234;ter &#224; ces contradictions apparentes : en 2004, pour sauver la d&#233;pouille de Vivendi Universal des griffes d'Hachette, les &#233;ditions Odile Jabob &#233;tait d&#233;j&#224; parties &#224; l'assaut des couloirs de Bruxelles aux c&#244;t&#233;s du fonds investissement am&#233;ricain Providence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;lodie Cr&#233;z&#233;, &#171; Actes Sud cavale seul pour racheter Flammarion &#187;, Marsactu, 2 mai 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Faut-il s'offusquer de d&#233;couvrir que les &#201;tats peuvent perturber, malgr&#233; le diktat de &#171; Bruxelles &#187; et de la mondialisation, la libre concurrence internationale dans ce genre de transaction ? Sur le r&#244;le de l'&#201;tat fran&#231;ais dans la cr&#233;ation du groupe Hachette-Lagard&#232;re, lire Thierry Discepolo, &lt;i&gt;La Trahison des &#233;diteurs&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, &#171; L'&#233;lection de la dynastie Lagard&#232;re au rang d'&#233;diteur officiel de la R&#233;publique &#187;, p. 61 et suiv.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans &#171; Flammarion - 1996-2012 : France-Italie et retour &#187;, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans &lt;i&gt;Tant qu'il y aura des tomes&lt;/i&gt;, Les Dossiers du Canard encha&#238;n&#233;, 2004, p. 59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anne-Laure Walter, &#171; Flammarion, le bal des pr&#233;tendants &#187;, &lt;i&gt;Livres Hebdo&lt;/i&gt;, 30 mars 2012, n&#176; 903.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Deux finalistes se distinguent pour la reprise de Flammarion &#187;, &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt;, 7 mai 2012 ; &#171; Gallimard seul en lice pour Flammarion &#187;, &lt;i&gt;Livres Hebdo&lt;/i&gt;, 21 mai 2012 ; &#171; Flammarion : RCS entre en n&#233;gociation avec Gallimard &#187;, &lt;i&gt;Livres Hebdo&lt;/i&gt;, 26 mai 2012 ; Alain Beuve-M&#233;ry, &#171; Avec l'achat de Flammarion, Gallimard cr&#233;e le troisi&#232;me groupe d'&#233;dition fran&#231;ais &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 27 juin 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sources : &lt;i&gt;Les &#201;chos&lt;/i&gt;-AFP, 30 ao&#251;t 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le rachat du Seuil par La Martini&#232;re-Chanel, lire &lt;i&gt;infra&lt;/i&gt;, p. 110-111.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un quart du montant d'acquisition aurait &#233;t&#233; pay&#233; sur la tr&#233;sorerie du groupe et le reste financ&#233; par un emprunt bancaire, apport&#233;e par BNP Paribas et Natixis ; et Antoine Gallimard envisagerait l'ouverture du capital de la holding familiale Madrigall (dont il d&#233;tient 60 % des parts) &#224; des investisseurs comme par exemple le Fonds strat&#233;gique d'investissement. (Sources : Nathalie Silbert, &#171; Le pari tr&#232;s calcul&#233; d'Antoine Gallimard &#187; et Anne Feitz, &#171; Comment Antoine Gallimard voit l'avenir avec Flammarion &#187;, resp. &lt;i&gt;Les &#201;chos&lt;/i&gt;, 6 septembre et 6 juillet 2012.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Propos de Pascal Fouch&#233; cit&#233;s &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; &#171; Flammarion - 1996-2012 : France-Italie et retour &#187;, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon Alain Beuve-M&#233;ry, &#171; Avec l'achat de Flammarion &#187;, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le concert de satisfaction des &#233;diteurs achet&#233;s, lire Thierry Discepolo, &lt;i&gt;La Trahison des &#233;diteurs&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 28-29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Antoine Gallimard a sign&#233; l'acquisition du groupe Flammarion &#187;, &lt;i&gt;Livres Hebdo&lt;/i&gt;, 5 octobre 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Du pain sur la blanche. Strat&#233;gie &#233;ditoriale et gestion du fonds, crainte des concentrations excessives sur le march&#233; du livre. Entretien avec Antoine Gallimard &#187;, par Ange-Dominique Bouzet et Claire Devarrieux, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 5 janvier 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sources : &#171; Les 500 plus grandes fortunes professionnelles de France &#187;, &lt;i&gt;Challenges&lt;/i&gt;, 12 juillet 2012, p. 140-168.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les cercles vertueux de la grande distribution (extrait de La trahison des &#233;diteurs)</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Les-cercles-vertueux-de-la-grande-distribution-extrait-de-La-trahison-des</link>
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		<dc:date>2011-09-19T23:27:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Discepolo</dc:creator>


		<dc:subject>Livre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;O&#249; il est question de dilemmes et de compromis&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Des-livres-presentations-et-extraits-" rel="directory"&gt;Des livres : pr&#233;sentations et extraits&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Livre-+" rel="tag"&gt;Livre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Parce que l'&#233;dition est un m&#233;dia (presque) comme les autres, Thierry Discepolo, &#233;diteur chez Agone, estime &#224; juste titre qu'elle ne doit pas &#234;tre absente de la critique des m&#233;dias. Dans son livre &lt;i&gt;La trahison des &#233;diteurs,&lt;/i&gt; publi&#233; chez Agone (Marseille, 2011) &#8211; dont nous reproduisons ci-dessous un extrait concernant la grande distribution &#8211;, il s'interroge sur les responsabilit&#233;s sociales et politiques de son m&#233;tier. Plus qu'une critique du mod&#232;le &#233;conomique de l'&#233;dition, cet ouvrage est un v&#233;ritable plaidoyer en faveur des artisans &#8211; et non des commer&#231;ants &#8211; du livre. Extrait. (&lt;i&gt;Acrimed&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les cercles vertueux de la grande distribution&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;dition fran&#231;aise ne manque pas de livres consacr&#233;s aux changements d'&#233;chelle (dans l'organisation &#233;conomique et sociale) qui fa&#231;onnent, au su et au vu de chacun, en toute l&#233;galit&#233;, sans violence de mauvais go&#251;t, un monde o&#249; la question m&#234;me de l'existence d'un type de vie, de culture, de commerce, etc. finit par ne plus se poser parce que ceux-ci n'ont simplement plus leur place. Par exemple, le livre d'un expert-comptable et d&#233;l&#233;gu&#233; consulaire &#224; la chambre de commerce et d'industrie de Paris sur &lt;i&gt;Les Coulisses de la grande distribution&lt;/i&gt;, justement &#233;dit&#233; par le deuxi&#232;me &#171; grand ind&#233;pendant &#187; fran&#231;ais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christian Jacquiau, Les Coulisses de la grande distribution, Albin Michel, 2000.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le propos de l'auteur, Christian Jacquiau, fut largement relay&#233; par plusieurs groupes &#233;cologistes, diverses associations de consommateurs, des syndicats comme la Conf&#233;d&#233;ration paysanne, des organisations politiques comme Attac ; au travers de conf&#233;rences, d'&#233;missions de radio (dont sur France Culture), de t&#233;l&#233;vision (France 5), et d'articles de presse plus ou moins issus des propos de l'auteur (par exemple dans &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;). Ce qui peut se comprendre &#233;tant donn&#233; l'importance du sujet et la qualit&#233; de la d&#233;monstration, ainsi que les effets politiques attendus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelques lignes, l'histoire de la grande distribution &#224; la fran&#231;aise, qui n'a pas beaucoup plus d'un demi-si&#232;cle d'existence, peut se r&#233;sumer &#224; la transformation d'un cercle suppos&#233; vertueux (des remises, consenties par les producteurs sur l'achat en grandes quantit&#233;s, r&#233;percut&#233;es aux clients) en un engrenage destructeur dont les producteurs et les consommateurs ne sont pas pr&#232;s de sortir. Apr&#232;s une &#232;re de fusions et concentrations sans &#233;quivalent, cinq centrales d'achat, qui se partagent 90 % du march&#233; alimentaire fran&#231;ais, imposent d&#233;sormais aux producteurs, sous le nom de &#171; marges arri&#232;re &#187;, une taxation arbitraire, qui d&#233;passe souvent aujourd'hui 50 % du prix du produit mis en vente. Les &#233;normes b&#233;n&#233;fices ainsi obtenus ne sont &#233;videmment pas r&#233;percut&#233;s aupr&#232;s du consommateur (s'ils l'ont jamais &#233;t&#233;) mais des actionnaires. La perp&#233;tuation de ce syst&#232;me s'explique en partie parce qu'il d&#233;gage d'&#233;normes moyens de corruption b&#233;n&#233;ficiant aux pouvoirs politiques : le &#171; droit &#187; d'installer un hypermarch&#233; se payerait d&#233;sormais en millions d'euros&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire la synth&#232;se que Christian Jacquiau a faite de son livre : &#171; Racket dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les quelques dommages bien connus de ce syst&#232;me bien install&#233;, signalons la disparition du commerce de proximit&#233;, l'&#233;crasement de l'agriculture &#224; taille humaine, les d&#233;localisations industrielles et importations massives, avec les bienfaits &#233;cologiques et avantages sociaux aff&#233;rents. On peut donc concevoir qu'en France, o&#249; la grande distribution bat tous les records de densit&#233; en Europe, &lt;i&gt;&#171; si le march&#233; &lt;/i&gt;[du livre]&lt;i&gt; se d&#233;veloppe, c'est essentiellement dans les grandes surfaces &#187;&lt;/i&gt;. Et que, rien ne devant entraver la &lt;i&gt;&#171; libert&#233; d'acc&#232;s au march&#233; &#187;&lt;/i&gt;, il faut y &#234;tre. Quels qu'en soient les effets d&#233;j&#224; r&#233;pertori&#233;s ? Auxquels le livre participe comme produit d'appel parmi les autres consommables culturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gaspillages&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;les intertitres sont d'Acrimed.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions se posent donc aux &#233;diteurs. Du moins aux ind&#233;pendants. Et encore seulement &#224; quelques-uns d'entre eux. La plupart n'ont pas le choix. Ceux qui ont &#233;t&#233; d&#233;livr&#233;s des soucis de gestion par la vertu des &#233;conomies d'&#233;chelle vendent leurs livres o&#249; et comment on leur dit de les vendre. Tandis que le plus grand nombre est condamn&#233; &#224; faire de n&#233;cessit&#233; vertu : les tirages n&#233;cessaires pour qu'un livre soit vendu en supermarch&#233; sont tr&#232;s au-del&#224; de ce qu'ils peuvent esp&#233;rer &#8211; ou, parfois, de ce qu'ils peuvent risquer. Les grandes surfaces ne sont pas seulement l'univers des grandes quantit&#233;s, elles sont aussi celui du grand gaspillage. Qu'il faut pouvoir s'offrir. Ce syst&#232;me est toutefois presque parfait : les livres destin&#233;s &#224; &#234;tre majoritairement vendus dans les supermarch&#233;s ont &#233;t&#233;, sauf erreur de parcours, &#233;dit&#233;s pour y &#234;tre majoritairement vendus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces erreurs, il y a quelques fausses erreurs de parcours : les prix litt&#233;raires, qui, &#233;ventuellement &#233;crits hors crit&#232;res de grande distribution, sont, une fois &#171; &#233;lus &#187;, pr&#233;par&#233;s pour &#234;tre vendus en supermarch&#233;s. Mais il y a aussi, parmi ces erreurs, quelques vraies erreurs de parcours. La possibilit&#233; de diffusion d'un titre dans le circuit de la grande distribution est plus ou moins d&#233;cid&#233;e suivant la liste des meilleures ventes donn&#233;es par les magazines. O&#249; se glissent parfois des surprises, qui ne sont pas forc&#233;ment de bonnes nouvelles pour tout le monde&#8230; &#192; la mort de Julien Gracq, son roman le plus connu, &lt;i&gt;Le Rivage des Syrtes&lt;/i&gt;, s'est retrouv&#233; dans cette situation. Un ordinateur a donc envoy&#233; plusieurs commandes par centaines d'exemplaires au distributeur de Jos&#233; Corti, qui dut s'ex&#233;cuter (au risque de tomber sous l'accusation de &#171; refus de vente &#187;). R&#233;sultat : pr&#232;s de 90 % d'invendus, retourn&#233;s en si mauvais &#233;tat qu'ils ont &#233;t&#233; d&#233;truits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &lt;i&gt;&#171; affiner l'offre libraire &#187;&lt;/i&gt;, des cr&#233;atifs &#224; gages ont invent&#233; les &#171; Centres culturels &#187; (Leclerc) et les &#171; Cultura &#187; (Auchan), qui ressemblent, au premier coup d'&#339;il, plus &#224; des librairies que de b&#234;tes rayons de supermarch&#233;. Une partie de la production &#233;ditoriale y est en effet pr&#233;sente, ce qui augmente la &#171; diversit&#233; &#187; et am&#233;liore la fonction de produit d'appel fix&#233;e aux livres. Avec les effets pr&#233;visibles sur ceux qui n'ont pas &#233;t&#233; con&#231;us pour ce destin : entre 90 et 100 % de retour pour des ventes annuelles de l'ordre de quelques centaines d'euros, au mieux, sur l'ensemble de ces enseignes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chiffres fournis par les &#233;ditions Agone, Anacharsis, Champ Vallon, Cheyne, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du d&#233;veloppement du march&#233; du livre &lt;i&gt;&#171; essentiellement dans les grandes surfaces &#187;&lt;/i&gt; se pose aussi aux auteurs de ces livres cajol&#233;s par les amoureux des lettres et du d&#233;bat d'id&#233;es. C'est en effet un peu de leur faute, sugg&#232;re Antoine Gallimard : dans cette &lt;i&gt;&#171; atmosph&#232;re tr&#232;s concurrentielle, marqu&#233;e par le besoin de reconnaissance, d'argent, etc., les auteurs sont de plus en plus demandeurs de succ&#232;s, il faut &#224; la fois &#233;tablir des scores et s'inscrire dans la dur&#233;e.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Cela fait toujours des petits d&#233;g&#226;ts collat&#233;raux. J'ai deux amis &#233;crivains : Pascal Quignard, longtemps, j'ai esp&#233;r&#233; avoir le Gon&#173;court avec lui, finalement il l'a eu chez Grasset ; et Fran&#231;ois Weyergans, dont j'&#233;tais assez proche, pareil&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Du pain sur la blanche. Strat&#233;gie &#233;ditoriale et gestion du fonds, crainte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t donc la r&#233;ponse de ces deux auteurs-l&#224;, et de leurs semblables. Ces briseurs d'amiti&#233; vendraient p&#232;re et m&#232;re et se vendraient eux-m&#234;mes &#224; n'importe qui pour voir leurs livres vendus en piles dans les supermarch&#233;s ; o&#249; ils ne se rendront toutefois jamais en personne, certainement pas, mais qui veulent bien, quand on sait les inviter, se montrer, parfois, discr&#232;tement, au public des librairies de qualit&#233;, des librairies de fonds, des librairies ind&#233;pendantes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dilemmes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que le contenu (ou m&#234;me la qualit&#233;) des livres n'ait ici aucune importance pour la d&#233;monstration &#8211; puisqu'on ne s'occupe que des effets sociaux du monopole des grandes surfaces &#8211;, on pourrait tout de m&#234;me pr&#233;senter ces dilemmes aux auteurs de livres politiques. Surtout &#224; ceux qui &#233;crivent sur ce monde non seulement pour le faire comprendre mais aussi pour le changer &#8211; en particulier lorsque le changement pour lequel ils s'agitent passe par la lutte contre les &#171; puissances d'argent &#187; et leur poids sur le destin de nos soci&#233;t&#233;s. Peut-&#234;tre Christian Jacquiau n'est-il pas de ceux-l&#224; ? Mais on pourrait tout de m&#234;me lui demander ce qu'il pense des pratiques commerciales de vente en grandes surfaces de l'&#233;diteur des &lt;i&gt;Coulisses de la grande distribution&lt;/i&gt;. Et s'il a &#233;t&#233; satisfait de la prestation de Mille et Une Nuits pour son livre suivant, sur les &lt;i&gt;Coulisses du commerce &#233;quitable &lt;/i&gt; ? &#171; Satisfait &#187; en quels termes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains &#233;diteurs ne manquent ni d'imagination ni de bonnes raisons pour couvrir leurs (grosses) affaires. Lorsque est annonc&#233;e en France la parution de &lt;i&gt;Ce que j'ai vraiment dit &#224; Zidane&lt;/i&gt;, par le footballeur italien Marco Materazzi, son &#233;diteur, Le Rocher, nous explique que ce livre &lt;i&gt;&#171; hilarant et explosif &#187;&lt;/i&gt;, &#233;dit&#233; &lt;i&gt;&#171; simultan&#233;ment en Espagne, en Allemagne, en Su&#232;de, en Pologne, en R&#233;publique tch&#232;que, au Japon et en Chine &#187;&lt;/i&gt;, se serait &lt;i&gt;&#171; d&#233;j&#224; vendu &#224; plus de 100 000 exemplaires en Italie &#187;&lt;/i&gt;. Et l'hebdomadaire &lt;i&gt;Marianne &#171; esp&#232;re qu'il se vendra comme des petits pains, car les droits d'auteur seront vers&#233;s &#224; l'UNICEF &#187;&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec un peu plus d'inventivit&#233; commerciale, Albin Michel aurait pu proposer &#224; Christian Jacquiau d'accompagner son livre d'une campagne publicitaire (relay&#233;e par &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; et d'autres supporters humanitaires) annon&#231;ant qu'il reverserait ses droits d'auteur &#224; trois caisses de soutien : au commerce de proximit&#233;, &#224; l'agriculture biologique et aux victimes des d&#233;localisations. (Le principe de g&#233;n&#233;rosit&#233; dont a fait preuve Marco Materazzi devrait &#234;tre &#233;tendu aux livres qui analysent l'&#233;crasement des classes laborieuses, et/ou s'opposent &#224; la vente d'armes, et/ou d&#233;noncent les politiques racistes du gouvernement Sarkozy, etc. Une r&#233;partition &#224; &#233;tablir suivant la mani&#232;re dont les livres sont produits par des partenaires &#233;ditoriaux plus ou moins associ&#233;s &#224; ces bienfaits sociaux. Par exemple ceux qu'on appelle les &#171; beaux livres &#187;, mont&#233;s en Inde, corrig&#233;s en Tunisie et fabriqu&#233;s en Chine &#8211; pratique largement r&#233;pandue de Hachette &#224; Gallimard en passant par tous les &#171; grands &#233;diteurs ind&#233;pendants &#187;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout auteur soucieux des effets politiques, directs et indirects, de ce qu'il &#233;crit ne devrait-il pas commencer par se demander si la modification des consciences &#224; laquelle il &#339;uvre n'est pas ruin&#233;e par sa participation &#224; l'irrigation &lt;i&gt;de fait&lt;/i&gt;, gr&#226;ce aux bons soins de son &#233;diteur, du syst&#232;me de la grande distribution ? Et si cette participation renforce la valeur d'une d&#233;monstration dont la diffusion d&#233;pend &lt;i&gt;de fait &lt;/i&gt;du bon fonctionnement d'un syst&#232;me dont il a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; qu'il est nuisible au monde dans lequel on vit ? Ce qui ne constitue pas non plus une illustration id&#233;ale du monde dans lequel on aimerait vivre. Ni une action qui participe &lt;i&gt;de fait &lt;/i&gt;&#224; sa r&#233;alisation ici et maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Compromis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que ce compromis (tactique, &#233;videmment), pour &lt;i&gt;&#171; diffuser ses id&#233;es au plus grand nombre &#187;&lt;/i&gt;, pass&#233; avec les &lt;i&gt;&#171; grands &#187;&lt;/i&gt; &#233;diteurs, n'est pas n&#233;cessaire. De m&#234;me que les supermarch&#233;s ne sont pas indispensables pour qu'un livre touche des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers de lecteurs. Plusieurs (petits) &#233;diteurs ind&#233;pendants qui n'existaient pas, pour la plupart, voil&#224; vingt ans en font la preuve r&#233;guli&#232;rement. Sans avoir recours &#224; la grande distribution, des livres aussi diff&#233;rents que &lt;i&gt;L'Insurrection qui vient &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;Une histoire populaire des &#201;tats-Unis &lt;/i&gt;se sont vendus &#224; 50 000 exemplaires &#8211; et le &lt;i&gt;Petit cours d'autod&#233;fense intellectuelle &lt;/i&gt;presque au double ; la premi&#232;re &#233;dition des &lt;i&gt;Nouveaux Chiens de garde &lt;/i&gt;et de &lt;i&gt;Sur la t&#233;l&#233;vision &lt;/i&gt;ont d&#233;pass&#233; les 200 000 ventes dans les seules librairies. La courte nouvelle de politique-fiction &lt;i&gt;Matin brun &lt;/i&gt;a &#233;t&#233; vendue en librairie &#224; un million et demi d'exemplaires en douze ans &#8211; et encore en 2010 &#224; 80 000 exemplaires. Quant &#224; l'hostie cathartique &lt;i&gt;Indignez-vous !&lt;/i&gt;, les libraires en auraient fait avaler &#224; eux seuls plus d'un million d'exemplaires &#224; leurs clients en quelques mois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Insurrection qui vient, du Comit&#233; invisible, 128 p., 7 &#8364;, La Fabrique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui avait &#233;t&#233; illustr&#233; voil&#224; trente ans par J&#233;r&#244;me Lindon pour la Fnac (alors embl&#232;me du &lt;i&gt;discount &lt;/i&gt;multim&#233;dias) est toujours valable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me Lindon, La FNAC et les livres, Minuit, 1978.&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : les moyennes et grandes surfaces ne sont capables que d'acc&#233;l&#233;rer la vente de livres dont le travail de d&#233;couverte et d'installation a &#233;t&#233; fait au pr&#233;alable dans le seul lieu r&#233;unissant les comp&#233;tences n&#233;cessaires pour ce travail : la librairie. Comme syst&#232;me socio-&#233;conomique global, la grande distribution ne profite qu'aux productions industrielles (les meilleures ventes de 2010 &#233;taient encore des livres de r&#233;gime) et aux &#233;diteurs dont c'est le m&#233;tier d'en produire. L'&#233;mergence &#233;pisodique de best-sellers non planifi&#233;s ne change rien &#224; la situation normale d'une gestion rationalis&#233;e de la consommation de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque o&#249; fut lanc&#233;e la bataille pour le prix unique du livre, les d&#233;fenseurs du &lt;i&gt;&#171; droit au rabais &#187;&lt;/i&gt; invoquaient la &lt;i&gt;&#171; d&#233;mocratisation de la culture &#187;&lt;/i&gt;, acc&#233;l&#233;r&#233;e en France avec l'introduction du livre de poche par Hachette au d&#233;but des ann&#233;es 1950. Aujourd'hui, les vertueux qui d&#233;fendent la vente de livres dans les supermarch&#233;s invoquent l'urgence et les b&#233;n&#233;fices (politiques, bien s&#251;r) de l'acc&#232;s aux classes populaires ; les mieux intentionn&#233;s parlent m&#234;me d'&#171; &#233;ducation populaire &#187;. Ce qui en dit long sur la vision (mis&#233;rabiliste) du monde social que se font ces bienveillant-e-s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thierry Discepolo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extrait de &lt;i&gt;La Trahison des &#233;diteurs &lt;/i&gt; (Agone, 2011), dont la conclusion est &#224; t&#233;l&#233;charger &lt;a href=&#034;http://atheles.org/lyber_pdf/lyber_433.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre int&#232;gre trois textes &#233;crits entre 2009 et 2010 :&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;a href=&#034;http://blog.agone.org/post/2009/09/25/Les-miseres-de-l-edition-independante-racontees-par-Eric-Vigne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Les mis&#232;res de l'&#233;dition ind&#233;pendante racont&#233;es par &#201;ric Vigne &#187;&lt;/a&gt;, Blog.agone.org, 25 septembre 2009&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;a href=&#034;http://blog.agone.org/post/2009/10/07/La-mule-du-baron-a-la-decouverte-du-marche-de-la-consommation-contestataire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La mule du baron &#224; la d&#233;couverte du march&#233; de la consommation contestataire &#187;&lt;/a&gt;, Blog.agone.org, 7 octobre 2009&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article3480.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Notes sur la pratique d'une politique &#233;ditoriale &#187;&lt;/a&gt;, Acrimed.org, 18 novembre 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autres extraits post&#233;s en 2011 :&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;a href=&#034;http://blog.agone.org/post/2011/02/01/L-anticapitalisme-de-Kempf-a-Guillebaud&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; L'&#034;anticapitalisme&#034; d'Herv&#233; Kempf &#224; Jean-Claude Guillebaud &#187;&lt;/a&gt;, Blog.agone.org, 4 f&#233;vrier 2011&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;a href=&#034;http://blog.agone.org/post/2011/09/21/Fourniture-en-gros-et-mi-gros-de-la-concentration-editoriale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Fourniture en gros et mi-gros de la concentration &#233;ditoriale &#187;&lt;/a&gt;, Blog.agone.org, 21 septembre 2011&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christian Jacquiau, &lt;i&gt;Les Coulisses de la grande distribution&lt;/i&gt;, Albin Michel, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire la synth&#232;se que Christian Jacquiau a faite de son livre : &#171; Racket dans la grande distribution &#8220;&#224; la fran&#231;aise&#8221; &#187; et &#171; Les enseignes de l'extorsion &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, d&#233;cembre 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;les intertitres sont d'Acrimed.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chiffres fournis par les &#233;ditions Agone, Anacharsis, Champ Vallon, Cheyne, L'&#201;clat, La Fabrique, La Fosse aux ours et J&#233;r&#244;me Millon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Du pain sur la blanche. Strat&#233;gie &#233;ditoriale et gestion du fonds, crainte des concentrations excessives sur le march&#233; du livre. Entretien avec Antoine Gallimard &#187;, par Ange-Dominique Bouzet et Claire Devarrieux, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 5 janvier 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Insurrection qui vient&lt;/i&gt;, du Comit&#233; invisible, 128 p., 7 &#8364;, La Fabrique, 2007 ; &lt;i&gt;Une histoire populaire des &#201;tats-Unis&lt;/i&gt;, de Howard Zinn, 812 p., 28 &#8364;, Agone, 2002 ; &lt;i&gt;Petit cours d'autod&#233;fense intellectuelle&lt;/i&gt;, de Normand Baillargeon, 344 p., 20 &#8364;, Lux, 2005 ; &lt;i&gt;Les Nouveaux Chiens de garde&lt;/i&gt;, de Serge Halimi (112 p., 30 F) et &lt;i&gt;Sur la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, de Pierre Bourdieu (96 p., 30 F), Raisons d'agir (1997 et 1996) ; &lt;i&gt;Matin brun&lt;/i&gt;, de Franck Pavloff, 32 p., 1 &#8364;, Cheyne, 1998. Quant &#224; &lt;i&gt;Indignez-vous !&lt;/i&gt;, de St&#233;phane Hessel (32 p., 3 &#8364;, Indig&#232;ne, 2010), les ventes se r&#233;partissent entre : 40 % en librairies, 25 % en cha&#238;nes sp&#233;cialis&#233;es (Fnac, etc.), 15 % en grossistes, 10 % en grandes surfaces et 8 % en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me Lindon, &lt;i&gt;La FNAC et les livres&lt;/i&gt;, Minuit, 1978.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Notes sur la pratique d'une politique &#233;ditoriale </title>
		<link>https://www.acrimed.org/Notes-sur-la-pratique-d-une-politique-editoriale</link>
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		<dc:date>2010-11-18T03:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Discepolo</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;De l'&#233;dition en g&#233;n&#233;ral, et d'Agone en particulier.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Edition-" rel="directory"&gt;&#201;dition&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est extrait d'une intervention au colloque organis&#233; par Jacques Bouveresse le vendredi 28 mai 2010 au Coll&#232;ge de France, sur le th&#232;me &#171; Rationalit&#233;, v&#233;rit&#233; et d&#233;mocratie - Bertrand Russell, George Orwell, Noam Chomsky &#187; ; les vid&#233;os des conf&#233;rences sont t&#233;l&#233;chargeables sur la &lt;a href=&#034;http://www.college-de-france.fr/default/EN/all/phi_lan/audio_video.jsp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;page de la chaire de philosophie du langage et de la connaissance&lt;/a&gt;. Une version compl&#232;te est parue dans la &lt;a href=&#034;http://www.agone.org/agone44/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;revue &lt;i&gt;Agone&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (n&#176; 44, 2010), qui rassemble les interventions du colloque.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comme producteur de &#171; propagande &#187; &#8211; cet ensemble de textes, de sons et d'images qui participe &#224; maintenir en l'&#233;tat l'ordre social &#8211;, le m&#233;tier d'&#233;diteur tient une position paradoxale par bien des aspects. D'un c&#244;t&#233;, sa marque (le nom de la maison d'&#233;dition) est bien visible sur le produit &#171; livre &#187; ; de l'autre, tout un chacun est en droit de se demander ce qu'il fait. L'&#233;diteur n'est ni l'auteur, qui a &#233;crit le livre, ni l'imprimeur, qui l'a fabriqu&#233;. Pour une part, il est responsable de la mise en circulation de milliers de phrases ; pour une autre, il ne peut en r&#233;clamer la paternit&#233; &#8211; il ne les a pas &#233;crites. Quelle l&#233;gitimit&#233; cet interm&#233;diaire trop visible a-t-il de revendiquer les id&#233;es que portent les livres inscrits dans son catalogue ? Suffit-il de dire que, sans son travail (la transformation de manuscrits en livres), de telles id&#233;es ne pourraient &#234;tre sorties de l'anonymat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet de mon intervention n'est pas d'expliquer en quoi consiste la &#171; transformation d'un manuscrit en livre &#187; mais de m'appuyer sur la position sp&#233;cifique de l'&#233;diteur, un m&#233;tier qui m&#234;le indissociablement l'argent et les id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de production, &#224; l'intersection d'activit&#233;s intellectuelles et commerciales, fait de l'&#233;dition un bon exemple des modalit&#233;s d'action et des marges de man&#339;uvre de ceux qui inscrivent leur m&#233;tier, sinon leur vie, dans un projet d'&#233;mancipation collectif et individuel. Des insatisfaits du monde tel qu'il va (tr&#232;s mal, &#224; leurs yeux). Des r&#234;veurs persuad&#233;s qu'un ordre social plus juste est ad&#233;quat avec leur conception de la soci&#233;t&#233; : un partage &#233;galitaire des bienfaits et des corv&#233;es qu'il faut r&#233;aliser ici-bas pour bien vivre ensemble le temps de nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est courant de formuler ces questions en termes d'ad&#233;quation entre nos id&#233;es et nos pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les m&#233;tiers du livre, cela revient &#224; se demander si nous sommes condamn&#233;s &#224; ne pouvoir esp&#233;rer mieux que faire confiance en l'efficacit&#233; des id&#233;es par elles-m&#234;mes qu'en &#233;diteurs fid&#232;les nous diffusons avec les livres que nous &#233;ditons. Autrement dit, la diffusion des &#171; bonnes &#187; id&#233;es et des analyses &#171; justes &#187; suffit-elle ? Que valent des id&#233;es et des analyses qui ne sont pas au moins d&#233;j&#224; mises en pratique par leurs premiers promoteurs ? Ne serait-ce que pour voir si &#231;a &#171; marche &#187; ? R&#233;aliser d&#233;j&#224;, un peu, les fins qu'on se raconte dans les moyens qu'on se donne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi &#233;diter les essais d'un Jacques Bouveresse sur les mirages du relativisme postmoderne et sur l'utilit&#233; du concept de v&#233;rit&#233; lorsqu'on veut comprendre et agir dans ce monde ? Les textes d'un George Orwell sur les liens entre la possibilit&#233; d'une v&#233;rit&#233; fond&#233;e sur les faits et la libert&#233; r&#233;elle des gens ? Les livres d'un Noam Chomsky sur l'id&#233;e que l'exercice de la rationalit&#233; est coh&#233;rent avec une organisation sociale capable de satisfaire &lt;i&gt;&#171; le besoin humain, fondamental s'il en est, de spontan&#233;it&#233;, de cr&#233;ativit&#233;, de solidarit&#233; et de justice sociale &#187;&lt;/i&gt; ? Pourquoi &#233;diter les livres de ces m&#234;mes auteurs sur les conditions intellectuelles et pratiques des politiques d'&#233;mancipation &#8211; des auteurs pour qui la mainmise de quelques tyrannies priv&#233;es sur les syst&#232;mes d'information est incompatible avec l'instauration d'une soci&#233;t&#233; &#233;galitaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur le m&#233;tier d'&#233;diteur&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les sous-titres sont d'Acrimed.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En situation de m&#233;diateur, l'&#233;diteur transmet aux lecteurs une production qui d&#233;pend de trois domaines avec lequel l'&#233;dition en sciences sociales entretient des relations &#224; la fois de compl&#233;mentarit&#233; et de concurrence &#8211; voire d'antagonisme : les m&#233;dias, les militants, l'universit&#233; (et en g&#233;n&#233;ral le monde de l'enseignement et de la recherche). Ces trois champs fournissent &#224; la fois la plus grande partie des textes et, en retour, constituent trois domaines privil&#233;gi&#233;s de l&#233;gitimation et de prescription des livres produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'un des domaines par excellence du d&#233;ni d'argent qu'est ici le monde de la culture en g&#233;n&#233;ral, et de l'&#233;dition en sciences humaines en particulier, il n'en reste pas moins qu'&#233;diteurs et auteurs de tous acabits partagent le projet commun de vendre autant de livres que possible. Ce qui n'est pas suffisant pour &#234;tre longtemps d'accord : reste &#224; converger sur la mani&#232;re de les faire, ces livres, de les donner &#224; lire, et de les vendre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car une ligne &#233;ditoriale n'est pas faite que de th&#233;ories : les id&#233;es diffus&#233;es sous la forme mat&#233;rielle d'un livre ont des co&#251;ts de production, un prix de revient et font l'objet d'un commerce, indissociablement symbolique et financier. Tout contrat d'auteur, qui d&#233;finit les moyens qu'on se donne pour arriver aux fins qu'on ne s'avoue pas toujours, peut &#234;tre vu comme l'ensemble des r&#232;gles qui fixent la transformation d'id&#233;es en gloire et en argent. Mais un contrat ne dit pas grand-chose de l'ad&#233;quation entre ces moyens, ces fins et le propos de l'auteur qui a convaincu l'&#233;diteur d'en faire un livre. D'autant plus si on attend de ces id&#233;es quelques effets sur le monde social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des divergences peuvent donc appara&#238;tre &#224; l'&#233;preuve de cette alchimie tr&#232;s prosa&#239;que, une fois pass&#233;e la lune de miel &#8211; ce moment o&#249; l'&#233;diteur et l'auteur s'unissent autour du texte ; o&#249; les phrases de l'un se glissent sous la couverture de l'autre ; o&#249; les pens&#233;es de l'un se reconnaissent dans les phrases de l'autre, qui voit d&#233;j&#224; son nom en haut de la page.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le champ d'origine de l'auteur peut alors avoir son importance, ainsi que les relations qu'il entretient avec les autres domaines : par exemple un universitaire engag&#233; en politique, un chercheur tenant les m&#233;dias pour le canal privil&#233;gi&#233; de diffusion de son savoir, ou, &#224; l'inverse, farouchement enferm&#233; dans la science et n'&#233;crivant que pour ses pairs. (&#201;videmment, ce sont l&#224; des exemples simples : dans la r&#233;alit&#233;, toutes les combinaisons, y compris les plus contradictoires, sont possibles.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des premi&#232;res fois o&#249; j'ai &#233;t&#233; amen&#233; &#224; parler des tensions &#224; l'&#339;uvre entre th&#233;orie et pratique dans l'&#233;dification d'une politique &#233;ditoriale, la question au programme n'&#233;tait pas, &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, de critiquer l'ordre social dominant ni d'agir pour un monde meilleur sans attendre les lendemains qui chantent. J'avais &#233;t&#233; invit&#233; &#224; un colloque tout &#224; fait savant sur la &#171; circulation des biens symboliques &#187;. &#192; titre d'&#233;diteur de livres de sciences humaines, j'intervenais au c&#244;t&#233; d'Andr&#233; Schiffrin, le fameux &#233;diteur franco-am&#233;ricain. Sous l'intitul&#233; &#171; Les enjeux de l'&#233;dition en sciences humaines &#187;, on nous avait demand&#233; de traiter des effets de la concentration &#233;ditoriale mondialis&#233;e, et notamment de la situation fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le rappelle Andr&#233; Schiffrin dans son dernier livre, la description qu'il avait faite, voil&#224; dix ans, de la situation de l'&#233;dition dans le monde anglo-saxon avait &#233;t&#233; jug&#233;e &lt;i&gt;&#171; certes critique et tout &#224; fait regrettable &lt;/i&gt;[mais]&lt;i&gt; tout &#224; fait impossible au pays de l'exception fran&#231;aise &#187;&lt;/i&gt;. Cinq ans plus tard, on assistait &#224; l'effondrement de Vivendi. Issu en 1998 de la G&#233;n&#233;rale des eaux, ce groupe emportait avec lui un tiers de l'&#233;dition fran&#231;aise &#8211; des maisons comme Plon, Laffont, Nathan, Bordas, Pocket. Bien s&#251;r, la glissade n'&#233;tait pas all&#233;e tr&#232;s loin : le groupe Hachette s'&#233;tait tout de suite plac&#233; en repreneur. Il s'en &#233;tait donc fallu de peu que la France ne d&#233;passe les &#201;tats-Unis dans le domaine de la concentration &#233;ditoriale. Mais ce rachat avait &#233;t&#233; invalid&#233; par la justice europ&#233;enne, appel&#233;e &#224; l'aide par un groupe d'&#233;diteurs et de librairies. La situation &#233;tait &#224; ce point d&#233;sesp&#233;r&#233;e que le baron Ernest-Antoine Seilli&#232;re, pr&#233;sident de Wendel Investissement et ancien patron des patrons fran&#231;ais, avait pu passer pour un &#171; chevalier blanc &#187;, en reprenant, sous le nom d'&#171; Editis &#187;, une partie de Vivendi &#8211; et Hachette gardant le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; notre colloque sur le &#171; march&#233; des biens symboliques &#187;. Les universitaires qui nous avaient invit&#233;s l'avaient donc fait sur la base du constat suivant : le gigantisme des groupes d'&#233;dition, la fusion de leurs activit&#233;s avec l'industrie du divertissement et leur soumission aux logiques de profit, tout cela met en danger le type de livre qu'ils &#233;crivent, lisent et discutent. Schiffrin et moi-m&#234;me, qui travaillons dans des maisons ind&#233;pendantes et &#224; but non lucratif, &#233;tions donc assez bien plac&#233;s pour illustrer, y compris par la pratique, les analyses qu'on nous avait demand&#233;es. Qui plus est, ces analyses n'&#233;taient pas compl&#232;tement inconnues des sociologues et des historiens de la culture qui nous avaient invit&#233;s. Partagions-nous pour autant les m&#234;mes enjeux quant &#224; l'&#233;dition en sciences sociales et humaines ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question m&#233;ritait en effet d'&#234;tre pos&#233;e. Car les livres de nos interlocuteurs, pour la plupart de ceux que j'avais lus, &#233;taient essentiellement parus chez trois &#233;diteurs : La D&#233;couverte, marque alors r&#233;cemment acquise par le baron Seilli&#232;re avec le lot Editis ; Seuil, maison rachet&#233;e, via La Martini&#232;re (num&#233;ro un mondial du livre illustr&#233;), par Chanel 5, groupe comprenant, entre autres, les couverts Guy Degrenne, les montres Bell &amp; Ross, les fusils de chasse Holland &amp; Holland et les maillots de bain Eres ; enfin Fayard, enseigne du plus grand groupe de presse et d'&#233;dition fran&#231;ais, par ailleurs &#233;galement marchand d'armes, le groupe Matra-Hachette-Lagard&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon que nous &#233;tions &#233;diteurs ind&#233;pendants ou chercheurs pay&#233;s par l'&#201;tat, tirions-nous donc les m&#234;mes cons&#233;quences de la connaissance que nous avions des dangers que font peser sur nos livres l'app&#233;tit croissant des grands groupes sur le secteur &#233;ditorial ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut m&#234;me se demander si certains en tiraient la moindre cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est parfois du monde universitaire comme de ce que Karl Kraus d&#233;crivait de la politique autrichienne : &lt;i&gt;&#171; Ce qui est d&#233;solant, ce n'est pas que les &#233;v&#233;nements&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;n'ont pas de fondement mais qu'ils n'ont aucune cons&#233;quence. Il y a tant de choses qui arrivent &#8211; et il n'arrive rien.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;La diplomatie est un terrain o&#249; la chute d'une feuille engendre un s&#233;isme &#8211; mais ici la terre se fissure et aucune feuille ne tombe d'un seul arbre. La chose est int&#233;ressante, on en parle mais on n'en tire aucune cons&#233;quence. On s'occupe du d&#233;clin du monde aussi longtemps qu'il est actuel mais on n'en tire toujours aucune cons&#233;quence. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra m'objecter que ces chercheurs, en scientifiques cons&#233;quents, n'ont pas &#224; s'occuper de politique mais seulement de diffuser leur savoir de la fa&#231;on la plus efficace possible. Je dois donc insister : il ne s'agit pas ici de critiquer l'industrie de l'armement ou celle du luxe, ni m&#234;me les nuisances socio-&#233;conomiques bien connues des fonds d'investissement. Il ne s'agit pas non plus de s'interroger sur les avantages, pour un acteur politique comme la dynastie Lagard&#232;re, bien connue pour son progressisme, son d&#233;sint&#233;ressement et son humanisme, d'&#234;tre propri&#233;taire de la station de radio Europe 1, de plusieurs grands magazines, du principal r&#233;seau de distribution de presse et, accessoirement, de b&#233;n&#233;ficier du prestige du Coll&#232;ge de France, dont Fayard &#233;dite notamment l'ensemble des le&#231;ons inaugurales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;dition selon le baron Seilli&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me contente (puisque c'est le souci des universitaires qui ne tirent aucune cons&#233;quence) de rappeler un danger : celui que font peser sur la possibilit&#233; m&#234;me de leurs livres les multinationales. Jusqu'&#224; quand les fabricants de fusils de chasse ou de missiles, de maillots de bain ou de livres illustr&#233;s vont-ils passer leur temps et risquer leur argent &#224; essayer de faire des profits avec des livres ? Nous avons au moins d&#233;j&#224; la r&#233;ponse pour le baron Seilli&#232;re : trois ans. C'est la p&#233;riode au bout de laquelle Editis a &#233;t&#233; vendu &#224; Planeta, g&#233;ant espagnol d'&#233;dition et de communication, &#233;galement diversifi&#233; dans le transport a&#233;rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait &#233;difiant d'entrer dans le d&#233;tail des trois ans de gestion du groupe Editis par le baron Seilli&#232;re &#8211; ainsi l'int&#233;ressement des dirigeants et l'absence d'augmentation de salaire des employ&#233;s, les d&#233;parts syst&#233;matiquement non remplac&#233;s, un contr&#244;le drastique des co&#251;ts et un marketing agressif. Mais revenons sur les auteurs de livres exigeants en sciences humaines qui d&#233;plorent (ne serait-ce que pour eux-m&#234;mes) la mainmise des multinationales sur l'&#233;dition sans en tirer la moindre cons&#233;quence : leur situation cr&#233;e au moins un probl&#232;me (disons moral et politique) assez classique, celui du transfert aux tyrannies priv&#233;es d'une production financ&#233;e par l'argent public. Au-del&#224; des ann&#233;es n&#233;cessaires &#224; sa formation (sur le budget de l'&#201;ducation nationale), le salaire et les moyens de travail d'un chercheur sont &#233;galement pay&#233;s par la lev&#233;e d'imp&#244;ts ; mais les livres qu'il donne &#224; &#233;diter (con&#231;us sur son temps de travail) sont convertis par l'&#233;diteur en chiffre d'affaires sans autres frais de production. Cela peut-il laisser indiff&#233;rents tous ceux qui s'inqui&#232;tent du r&#244;le des grands groupes sur l'organisation sociale du monde dans lequel nous vivons ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On contourne souvent ces difficult&#233;s en invoquant le fait que les livres exigeants de sciences humaines, r&#233;put&#233;s invendables, co&#251;tent plus d'argent &#224; l'&#233;diteur qu'ils n'en rapportent. Ce qui ne convient pas du tout &#224; l'image d'impitoyables gestionnaires que les grands capitaines d'industrie (&#233;ditoriale) donnent d'eux-m&#234;mes. Ainsi, la vente par Wendel de son groupe d'&#233;dition &#224; Planeta lui aurait permis de r&#233;aliser un b&#233;n&#233;fice record de 300 % : acquis avec une mise de fonds de 225 millions d'euros, Editis a &#233;t&#233; revendu plus d'un milliard. C'est bien la preuve qu'on peut faire beaucoup d'argent avec l'&#233;dition. Certes pas tant en vendant des livres qu'en achetant et en vendant les maisons elles-m&#234;mes. Mais pour que la seconde op&#233;ration puisse &#234;tre r&#233;alis&#233;e, il faut bien que la premi&#232;re la rende possible. Et pour cela il faut bien que des livres continuent de para&#238;tre et d'&#234;tre vendus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce stade, on doit se demander pourquoi le baron Seilli&#232;re (moins connu pour sa bienveillance et son int&#233;r&#234;t &#224; l'&#233;gard de la culture que pour ses positions r&#233;actionnaires et sa rapacit&#233; en affaires) ne s'est pas d&#233;barrass&#233; tout de suite des marques d'Editis qui publiaient des livres peu rentables ; et d'abord de La D&#233;couverte (comme dit Schiffrin, &lt;i&gt;&#171; la derni&#232;re grande maison d'&#233;dition de gauche &#187;&lt;/i&gt;), dont la production de livres exigeants (et r&#233;put&#233;s peu rentables) s'accompagnait de propos critiquant la vision du monde de l'ancien patron des patrons fran&#231;ais. Sans aucun doute parce que cette maison, comme les autres, a particip&#233; &#224; l'obtention du remarquable taux de croissance de 19,11 % pr&#233;alable &#224; l'op&#233;ration mirobolante r&#233;alis&#233;e par Wendel. Mais aussi parce que &lt;i&gt;diversification&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;surproduction&lt;/i&gt; sont des cl&#233;s indispensables pour arriver en ordre de bataille sur le terrain de la distribution et de la vente. Nous voici rendus au plus sombre de l'alchimie de la diffusion des id&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La surproduction est d'abord un instrument d'occupation du terrain : la surface en m&#232;tres carr&#233;s de tables d'exposition et en m&#232;tres lin&#233;aires d'&#233;tag&#232;res de librairies est limit&#233;e. Ainsi les livres se poussent-ils les uns les autres d'une parution &#224; l'autre &#8211; celui qui produit le plus se donnant les moyens de rendre les concurrents moins visibles. Naturellement, la surproduction d&#233;pend des capacit&#233;s de financement : plus le groupe est grand et plus importants sont ses moyens financiers &#8211; pour ne citer qu'un chiffre, prenons les quatre milliards d'euros de tr&#233;sorerie dont disposait Lagard&#232;re lorsqu'il a mis la main sur Time Warner Book, devenant l'un des premiers groupes mondiaux d'&#233;dition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la surproduction est aussi la base d'une alliance entre m&#233;dias et &#233;dition, qui fournit le flux continuel d'amn&#233;sie et de distraction n&#233;cessaire pour garder en &#233;tat de consommation maximale le monde social dans lequel on nous fait vivre. Dans les librairies comme ailleurs, la surproduction entretient la &#171; tyrannie de la nouveaut&#233; &#187;, favorisant les livres vite faits et vite vendus, qui ne se chassent pas seulement les uns les autres mais surtout chassent les livres exigeants. D'autant que ceux-ci ne sont ni vite faits ni vite vendus : ils demandent des comp&#233;tences et du temps, qui p&#232;sent sur le type de livre &#233;dit&#233; et sur leurs conditions de rentabilit&#233; &#8211; car l'&#233;dition de livres exigeants peut &#234;tre rentable, mais jamais au point de satisfaire un objectif de croissance &#224; deux chiffres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour aborder maintenant les avantages de la diversification, il faut dire quelques mots du fonctionnement de la diffusion en librairie. Un &#233;diteur ne pr&#233;sente (presque) jamais directement ses livres aux libraires : il d&#233;l&#232;gue cette t&#226;che &#224; un partenaire, son diffuseur, qui envoie des professionnels de la repr&#233;sentation faire leur tourn&#233;e dans les librairies avec un catalogue rassemblant les nouveaut&#233;s d'un ensemble de maisons d'&#233;dition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diversification de la production r&#233;pond &#224; la diversit&#233; des types de librairies, qualit&#233; indispensable pour entrer dans le plus grand nombre de lieux de vente et donc pour placer le plus grand nombre d'exemplaires possible. Une diversit&#233; qui peut produire de curieux m&#233;langes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un choix dans le catalogue de trois groupes de diffusion en mars 2010. Chez Editis, le commercial pr&#233;sentait Les Jours heureux. Le programme du Conseil national de la R&#233;sistance de mars 1944 : comment il a &#233;t&#233; &#233;crit et mis en &#339;uvre, et comment Sarkozy acc&#233;l&#232;re sa d&#233;molition, titre paru &#224; La D&#233;couverte et sign&#233; par un groupe de &#171; Citoyens r&#233;sistants d'hier et d'aujourd'hui &#187; ; chez le m&#234;me diffuseur, le Cherche midi sortait Success stories fran&#231;aises &#224; l'export, un livre qui &#171; &lt;i&gt;s'adresse&lt;/i&gt; [explique l'&#233;diteur] &lt;i&gt;aux cadres dirigeants souhaitant d&#233;velopper leurs activit&#233;s &#224; l'&#233;tranger&lt;/i&gt; &#187; et qui propose &#171; &lt;i&gt;les bases d'une r&#233;flexion sur leur strat&#233;gie&lt;/i&gt; [ainsi qu']&lt;i&gt;un tour d'horizon exhaustif des march&#233;s, des opportunit&#233;s et des difficult&#233;s inh&#233;rentes &#224; chaque pays&lt;/i&gt; &#187;. Au sein du groupe Hachette, pour la seule marque Fayard, un repr&#233;sentant pla&#231;ait les livres de personnalit&#233;s assez connues pour se passer de commentaires : 1940, l'ann&#233;e noire, de l'historien Jean-Pierre Az&#233;ma ; et M&#233;lancolie fran&#231;aise, de l'&#233;ditorialiste &#201;ric Zemmour. Quant au repr&#233;sentant d'Union Distribution, il avait en catalogue, un mois plus t&#244;t, sous la seule enseigne Flammarion, le livre du chercheur en biologie mol&#233;culaire Gilles-&#201;ric S&#233;ralini, Ces OGM qui changent le monde, et celui du pr&#233;sentateur t&#233;l&#233; Philippe Gildas pr&#233;fac&#233; par son comp&#232;re Antoine de Caunes, Comment r&#233;ussir &#224; la t&#233;l&#233;vision quand on est petit, breton, avec de grandes oreilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On imagine bien que les conditions commerciales conc&#233;d&#233;es &#224; une librairie par un repr&#233;sentant (c'est-&#224;-dire sa remise) d&#233;pendent du volume des commandes. On comprend tout de suite qu'un libraire obtiendra d'autant plus facilement de bonnes remises qu'il acceptera la (sur)production commerciale et m&#233;diatique composant la plus grande partie des catalogues des grands groupes. Plus une librairie dispose de grandes surfaces et plus son volume de vente s'accro&#238;t, lui permettant de n&#233;gocier les meilleures remises, y compris sur des livres peu commerciaux. Une n&#233;gociation interdite &#224; la plupart des petits libraires qui limitent leurs commandes aux seuls titres exigeants ; et qui, s'ils ne vendent pas assez, seront sanctionn&#233;s par une baisse de leur remise. Ainsi les grands groupes favorisent-ils un monde de partenaires sociaux &#224; leur mesure ; et c'est donc &#171; tout naturellement &#187; que les libraires de centre-ville sont remplac&#233;s par des enseignes de &#171; grandes marques &#187;, qui seules d&#233;gagent les marges suffisantes pour survivre &#224; la sp&#233;culation sur le montant des pas-de-porte dans le cadre des op&#233;rations de gentrification qu'analysent les livres exigeants que ne pourront plus vendre les libraires disparus. Les choses sont bien faites &#8211; si l'on peut dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle situation vaut donc son pesant de dilemme du point de vue des auteurs de livres savants qui d&#233;plorent (ne serait-ce que pour eux-m&#234;mes, mais sans en tirer les cons&#233;quences) la mainmise des multi nationales sur l'&#233;dition. Mais ces dilemmes vont en s'aggravant pour les auteurs de livres &#224; vis&#233;es politiques. En particulier, pour en revenir au d&#233;but de cette intervention, lorsque ces auteurs partagent avec leur &#233;diteur la pr&#233;f&#233;rence pour un ordre social fond&#233; sur un partage &#233;galitaire des bienfaits et des corv&#233;es qu'il faut r&#233;aliser ici-bas pour bien vivre ensemble le temps de nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, plut&#244;t que nous &#233;vader dans le beau ciel de ces id&#233;es, replongeons dans la matrice de leur commerce sous forme de livres. Si, comme on l'a vu, ceux qui ach&#232;tent et vendent les entreprises peuvent faire beaucoup d'argent, en revanche, dans les soutes des maisons d'&#233;dition qui font leurs livres et dans celles des librairies qui les diffusent, on retrouve les conditions habituelles des m&#233;tiers qui rapportent peu et demandent beaucoup de travail. (&#192; l'&#233;vidence, c'est une r&#232;gle g&#233;n&#233;rale) Donnons donc une image de ce qu'il se passe lorsque le repr&#233;sentant d'une multinationale pousse la porte d'une librairie pour placer la production du mois : sans parler de son salaire (dont l'int&#233;ressement est &#233;videmment dict&#233; par les plans m&#233;dias et autres campagnes promotionnelles), ce repr&#233;sentant ne repr&#233;sente pas seulement des livres mais tout le r&#244;le &#233;conomique et social de son groupe (qui n'a m&#234;me pas besoin d'&#234;tre en accord avec le contenu des livres qu'il &#233;dite). Il est aussi le portefaix de sa politique salariale et de ses modalit&#233;s de production (la saisie des textes sera r&#233;alis&#233;e en Inde et les livres fabriqu&#233;s en Chine). Sans parler du r&#244;le de son employeur au plus haut niveau de l'&#201;tat &#8211; ainsi les relations privil&#233;gi&#233;es que Seilli&#232;re et Lagard&#232;re entretiennent avec un gouvernement dont on sait quels groupes sociaux il favorise par des mesures comme le &#171; bouclier fiscal &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux libraires qui enregistrent les commandes d'Hachette, d'Editis ou de Volumen, les mieux pay&#233;s touchent un salaire mensuel de 1 500 euros &#8211; pr&#233;cis&#233;ment le montant de la prime d&#233;risoire que les syndicats ont p&#233;niblement r&#233;ussi &#224; obtenir pour les employ&#233;s d'Editis apr&#232;s la vente qui aurait rapport&#233; au PDG du groupe un gain de plus de 11 millions d'euros, &#224; l'ensemble des hauts dirigeants la somme de 37 millions d'euros, et &#224; Ernest-Antoine Seilli&#232;re en particulier une prime sp&#233;ciale de plusieurs millions d'euros&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue socio-&#233;conomique, ces libraires (qui repr&#233;sentent, comme les employ&#233;s d'Editis c&#233;d&#233;s &#224; Planeta, le sort du plus grand nombre) entretiennent naturellement une tout autre relation avec la petite &#233;dition ind&#233;pendante. Et ce sur plusieurs points, qui d'ailleurs convergent : les groupes &#233;ditoriaux, de plus en plus soumis aux diktats du profit, abandonnent les livres de sciences humaines exigeants ; cette production est d&#233;sormais reprise par un nombre croissant de maisons qui les &#233;ditent pour leurs qualit&#233;s intellectuelles &#8211; et parfois les effets politiques attendus de leur mise en circulation en accord avec les id&#233;es qu'ils portent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;dition selon Agone&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans la maison au nom de laquelle j'interviens ici, tous les employ&#233;s re&#231;oivent le m&#234;me salaire (de l'ordre du Smic) : on ne gagne aux &#233;ditions Agone (organis&#233;es sous forme associative) que le produit de son travail, et aucun actionnaire n'y pr&#233;l&#232;ve sa d&#238;me. Cela permet de limiter quelques contradictions dans l'usage qui est fait de l'argent public &#8211; dont les subventions accord&#233;es par l'&#201;tat et les collectivit&#233;s territoriales &#8211; et d'entretenir une tout autre relation (intellectuelle et politique) avec les livres des anarchistes et des socialistes r&#233;volutionnaires qui composent une bonne part de notre catalogue ; ainsi que, d'un point de vue tout aussi politique, avec notre ligne &#233;ditoriale, notamment fond&#233;e sur une r&#233;appropriation du rationalisme des Lumi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est assez courant de critiquer le marketing et la publicit&#233; comme un ensemble de pratiques socialement nuisibles, une forme de manipulation et de tromperie. Mais &#233;tant donn&#233; l'efficacit&#233; partout reconnue de ces techniques pour augmenter la diffusion et la vente, faut-il s'en priver parce qu'on &#233;dite des livres qui portent ces critiques ? Chez Noam Chomsky, le marketing est d&#233;crit comme &#171; &lt;i&gt;une mani&#232;re de cr&#233;er des besoins artificiels, de contr&#244;ler la fa&#231;on dont les gens pensent et regardent les choses&lt;/i&gt; &#187;. Un propos qui prend donc place dans une analyse plus globale du r&#244;le de la propagande en d&#233;mocratie, o&#249; les m&#233;dias tiennent bien s&#251;r le r&#244;le-titre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un sujet en soi &#8211; qui prend d'ailleurs une place importante dans la ligne &#233;ditoriale d'Agone ; un sujet que je n'aurai le temps de traiter qu'en illustration des cons&#233;quences que nous en tirons pour faire un peu mieux qu'esp&#233;rer en l'efficacit&#233; par elles-m&#234;mes des id&#233;es que nous publions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant au plus simple, on doit pouvoir synth&#233;tiser les analyses que nous avons publi&#233;es sur les m&#233;dias par la th&#232;se suivante : en tant que syst&#232;me, les m&#233;dias sont partie prenante d'un ensemble plus large (comprenant les industries des relations publiques et du divertissement, le marketing, l'&#201;cole, etc.) ; cet ensemble assure, dans les d&#233;mocraties formelles, l'incorporation, la reproduction et le maintien non-violent d'un ordre social injuste ; il participe &#224; maintenir en place les structures du pouvoir et de l'argent ; il favorise les penchants &#224; la soumission et au narcissisme ; il nous d&#233;tourne de nos id&#233;es ridicules d'&#233;galit&#233; et d'autonomie dans nos propres affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprendra que les &#233;ditions Agone n'ont pas plus d'attach&#233; de presse que de service marketing. De m&#234;me, nous ne pratiquons pas le service de presse, cet usage qui consiste &#224; envoyer, par lots, des livres comme des &#233;chantillons, d'ailleurs trait&#233;s comme tels : listes d'auteurs et de titres, extraits et comptes rendus mont&#233;s avec plus ou moins de bonheur entre des marronniers, des &#171; Points de vue &#187; et des pages de publicit&#233;s&#8230; Il n'est pas de mani&#232;re plus efficace de neutraliser le potentiel critique ou novateur d'un propos, de d&#233;truire plus vite le travail lent, fouill&#233;, que r&#233;clame l'&#233;dition de livres exigeants ; un travail qui s'oppose par nature aux poncifs et aux pr&#234;ts-&#224;-penser dont les m&#233;dias sont les premiers producteurs et les principaux amplificateurs. M&#234;me quand, r&#233;sultat hasardeux des contradictions propres au champ m&#233;diatique, les analyses que nous &#233;ditons sont respect&#233;es, il faut bien voir que celles-ci participent d'abord &#224; donner l'illusion de la pluralit&#233;, &#224; masquer le travail quotidien et ravageur de la propagande m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels que soient les b&#233;n&#233;fices attendus des &#233;chos m&#233;diatiques dans la diffusion de nos id&#233;es, leurs effets seront donc globalement plus nuisibles qu'utiles, un &#233;chec plut&#244;t qu'un succ&#232;s. Car enfin, que valent les critiques du caract&#232;re liberticide et pathog&#232;ne du capitalisme ou celles du monde du travail sous r&#233;gime n&#233;olib&#233;ral lorsque leur diffusion d&#233;pend des valeurs et des pratiques de ceux qui perp&#233;tuent cet ordre social ? Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; convaincus par les id&#233;es des livres que nous &#233;ditons (souvent du seul fait de leurs exigences intellectuelles et ind&#233;pendamment de tout contenu politique), une d&#233;monstration reste &#224; faire : celle de notre capacit&#233; &#224; nous passer de ce que ces livres d&#233;signent comme contraire &#224; l'organisation du monde dans lequel nous souhaitons vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, cela n'est pas une t&#226;che facile. En plus de renverser les obstacles inscrits au plus profond de nous-m&#234;mes et port&#233;es par la structure objective de l'organisation sociale, de lutter contre un ordre &#233;conomique d&#233;favorable aux activit&#233;s peu rentables, de faire face aux ambigu&#239;t&#233;s du r&#244;le de l'&#201;tat (naturellement au service des classes dirigeantes), il faut r&#233;sister au flot quotidien de la t&#233;l&#233;vision, &#224; l'industrie du divertissement et &#224; tout ce qui l'accompagne. L'&#233;nergie qu'il faut mobiliser pour emp&#234;cher que les choses ne s'aggravent est &#224; l'&#233;vidence &#233;norme. Mais pour conclure dans le ton de l'optimisme si particulier de Chomsky : nous savons ce qui nous attend si nous laissons faire les choses &#8211; &#171; &lt;i&gt;&#224; cette r&#233;serve pr&#232;s, comme chaque fois : si nous le permettons. Ce n'est pas une n&#233;cessit&#233;, c'est une affaire de choix&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thierry Discepolo&lt;br /&gt;
Directeur des &#233;ditions Agone&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les sous-titres sont d'Acrimed.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les mots &#171; critique litt&#233;raire &#187; appellent le mot &#171; complaisance &#187; aussi s&#251;rement que le veau appelle la sauce Marengo</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Les-mots-critique-litteraire-appellent-le-mot-complaisance-aussi-surement-que</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Les-mots-critique-litteraire-appellent-le-mot-complaisance-aussi-surement-que</guid>
		<dc:date>2005-09-18T22:01:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Discepolo</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#171; [...] le journalisme litt&#233;raire a instaur&#233; [...] un syst&#232;me de suivisme moutonnier et de plagiat bien compris. &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Journalisme-et-critique-litteraire-" rel="directory"&gt;Journalisme et critique litt&#233;raire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Aucun journal d&#233;pendant des publicit&#233;s que font passer les &#233;diteurs ne prendra le risque d'en &#234;tre priv&#233;, et si les plus intelligents parmi les &#233;diteurs comprennent sans doute que les choses n'iraient pas plus mal pour eux si la critique de complaisance &#233;tait abolie, ils ne peuvent la supprimer, pour une raison identique &#224; celle qui emp&#234;che les nations de d&#233;sarmer - parce que personne ne veut &#234;tre le premier &#224; commencer. La critique de complaisance a encore de nombreux, tr&#232;s nombreux beaux jours devant elle.&lt;/i&gt; &#187; George Orwell (1936)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En Autriche, voil&#224; soixante-dix ans, Karl Kraus d&#233;chirait &#224; belles dents le monde des lettres de son temps, &#233;crivains et journalistes dans la m&#234;me assiette : &#171; &lt;i&gt;Au commencement, il y avait le service de presse, et quelqu'un le re&#231;ut, envoy&#233; par l'&#233;diteur. Alors il r&#233;digea un compte-rendu. Puis il &#233;crivit un livre, que l'&#233;diteur accepta et qu'il transmit comme service de presse. Celui qui le re&#231;ut fit de m&#234;me. Et c'est ainsi que se constitua la litt&#233;rature contemporaine.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire Karl Kraus, Troisi&#232;me Nuit de Walpurgis, Agone, 2005.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la m&#234;me &#233;poque, en Angleterre, George Orwell &#233;crivait qu'&#171; &lt;i&gt;&#224; premi&#232;re vue, le march&#233; du livre se r&#233;duit &#224; une cynique et banale escroquerie. Z &#233;crit un livre qui est &#233;dit&#233; par Y et critiqu&#233; par X, dans le W... Si la critique est mauvaise, Y ne passera pas de publicit&#233; dans le W..., de sorte que X devra choisir entre parler d'un &#8220;chef d'&#339;uvre imp&#233;rissable&#8221; et se faire flanquer &#224; la porte&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte paru sous le titre &#171; Plaidoyer pour le roman &#187; dans le New English (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on n'avait pris le soin de pr&#233;ciser territoires et dates, quel lecteur aurait pu deviner que ces propos ne s'adressaient pas &#224; la rentr&#233;e litt&#233;raire qui nous tombe dessus, avec la m&#234;me monotonie que l'an dernier, et que l'ann&#233;e d'avant, nous faisant d&#233;j&#224; redouter l'ann&#233;e prochaine ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La rentr&#233;e litt&#233;raire 2005 annonce 663 romans. Seulement deux de plus que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romancier lui-m&#234;me, Orwell faisait d&#233;j&#224; le constat suivant : &#171; &lt;i&gt;Il est &#224; peine besoin de signaler que le prestige du roman est actuellement tr&#232;s entam&#233; - au point que l'affirmation &#8220;Je ne lis jamais des romans&#8221;, que l'on avan&#231;ait il y a seulement une douzaine d'ann&#233;es avec une nuance d'excuses dans la voix, est aujourd'hui toujours assen&#233;e sur un ton d'orgueil triomphant&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;George Orwell, &#171; Plaidoyer pour le roman &#187;, op. cit., p. 318-319.&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; et il poursuit : &lt;i&gt;&#171; Le fait demeure que le roman courant, le roman disons banalement m&#233;diocre, est g&#233;n&#233;ralement trait&#233; par le m&#233;pris, alors que l'on continue &#224; reconna&#238;tre comme dignes d'attention le recueil d'essais critiques tout aussi banalement m&#233;diocre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 319.&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait facilement pr&#233;tendre que le roman (et notamment le genre qui domine chez nos officines de l&#233;gitimation) est une forme intellectuelle m&#233;prisable (raval&#233;e au rang de passe-temps de m&#233;nag&#232;re ou de cadre sup&#233;rieur en week-end). Et que son d&#233;clin nous importe peu, &#224; nous, &#171; gens cultiv&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; l'instar d'Orwell, il nous semble au contraire que &#171; &lt;i&gt;le roman m&#233;rite d'&#234;tre sauv&#233; et que, pour se faire, il faut amener les gens intelligents &#224; le prendre au s&#233;rieux &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Notre &#233;crivain britannique se propose donc d'examiner &#171; &lt;i&gt;la raison principale du manque de consid&#233;ration dont souffre actuellement le roman&lt;/i&gt; &#187;. Eh bien, voil&#224; un &#171; actuellement &#187; qui dure encore : &#171; &lt;i&gt;Le probl&#232;me, &lt;/i&gt;&#233;crit-il,&lt;i&gt; c'est que le roman est condamn&#233; par le battage fait autour de lui. Demandez &#224; n'importe quelle personne pourquoi elle &#8220;ne lit jamais de roman&#8221; et vous d&#233;couvrirez qu'au fond c'est le plus souvent &#224; cause de la r&#233;pugnante prose que d&#233;bitent les fabricants d'&#233;loges &#224; la commande.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; En presqu'un si&#232;cle, la &#171; r&#233;clame &#187; n'a pas chang&#233; de ficelles : &#171; &lt;i&gt;Si vous arrivez &#224; lire ce livre sans hurler de plaisir, c'est que votre &#226;me est insensible.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme aujourd'hui, le lecteur des pages litt&#233;raires de la presse d'alors &#233;tait donc enseveli sous d'&#171; imp&#233;rissables chefs-d'&#339;uvre &#187; qu'il ne pouvait n&#233;gliger au risque de &#171; perdre son &#226;me &#187;. Qui plus est, apr&#232;s avoir difficilement jet&#233; son d&#233;volu sur l'un d'eux, il prenait le risque de &#171; se sentir bien coupable &#187; s'il &#233;chouait &#224; &#171; hurler de plaisir &#187;. &#201;videmment, les contemporains d'Orwell qui avaient l'&#339;il un peu &#233;duqu&#233; ne se laissaient pas prendre au pi&#232;ge : &#171; &lt;i&gt;Quand on vous serine que tous les romans sont, sans exception, d'&#233;clatantes manifestations du g&#233;nie humain, il est bien naturel d'en conclure qu'ils sont &#233;galement bons &#224; jeter au panier&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 320.&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi alors la presse litt&#233;raire pers&#233;v&#232;re-t-elle &#224; fondre la critique dans le commerce ? D'autant que la tendance s'est acc&#233;l&#233;r&#233;e avec l'arriv&#233;e de nouveaux supports. Passons pudiquement sur la t&#233;l&#233;vision, o&#249; le pr&#233;sentateur pommad&#233; fait peser sur ses &#171; assistantes &#187; le travail de mise en fiches norm&#233;es de livres norm&#233;s dont il parlera avec l'auteur pommad&#233; sans les avoir jamais ouverts. Plus exemplaire encore de cette collusion est la presse gratuite en ligne, &#233;tant plus que les autres encore d&#233;pendante des annonceurs et soumettant ses r&#233;dacteurs aux conditions de travail les plus pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix ans apr&#232;s son &#171; Plaidoyer pour le roman &#187;, Orwell livrait les &#171; Confessions d'un critique litt&#233;raire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte paru le 3 mai 1946 dans Tribune, &#233;dit&#233; en fran&#231;ais in George Orwell, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On y retrouve le m&#234;me pauvre h&#232;re de critique litt&#233;raire, condamn&#233; &#224; &#233;crire sur des livres parfois de plusieurs centaines de pages, qu'il n'aura jamais le temps de lire et auquel il ne comprendra rien (sauf s'il s'agit des inepties habituelles), mais dont il est condamn&#233; &#224; faire l'&#233;loge en tant de mots, tissant les m&#234;mes &#171; &lt;i&gt;formules &#233;cul&#233;es - &#8220;Un livre que personne ne devrait manquer &lt;/i&gt;[...] &lt;i&gt;Quelque chose de m&#233;morable &#224; chaque page&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;On appr&#233;ciera tout particuli&#232;rement les chapitres consacr&#233; &#224;...&#8221; - qui vont s'agglutiner comme de la limaille de fer&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 223.&#034; id=&#034;nh6-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'aurait-il pas d&#251; plut&#244;t &#233;crire, &#224; propos d'une production qu'on lui impose et dont il devrait bien voir qu'elle est pour l'essentiel &#171; &lt;i&gt;inodore et incolore, d&#233;pourvue de vie et de toute ambition affich&#233;e&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Voici des livres dont la m&#233;diocrit&#233; m&#234;me n'a rien de remarquable. &#187; Mais non, pour gagner sa cro&#251;te et garder sa petite place, il va devoir distribuer une &#171; poign&#233;e de louanges outranci&#232;res &#224; peu pr&#232;s aussi sinc&#232;res que le sourire aguicheur d'une prostitu&#233;e &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;George Orwell, &#171; Plaidoyer pour le roman &#187;, op. cit., p. 322.&#034; id=&#034;nh6-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une loi d'airain, et hormis quelques critiques ayant conquis le droit de m&#233;dire - ce qui ne veut pas dire qu'ils livrent pour autant leurs v&#233;ritables sentiments... -, la pi&#233;taille doit admirer sur une &#233;chelle de valeur qui semble devoir monter comme une vis sans fin : &#171; &lt;i&gt;Une palpitante aventure o&#249; flamboient les passions, un chef-d'&#339;uvre absolu qui vous remue jusqu'au fond de l'&#226;me, une inoubliable saga qui durera tant que durera la langue anglaise, etc. (Quant &#224; un livre qui serait r&#233;ellement bon, n'en parlons pas, il ferait exploser le thermom&#232;tre.) &lt;/i&gt; &#187; Doit-on s'&#233;tonner que le lecteur un tant soit peu lucide d&#233;tourne la t&#234;te, &#233;c&#339;ur&#233;, apr&#232;s avoir pers&#233;v&#233;r&#233; trop longtemps dans la fr&#233;quentation des pages litt&#233;raires, &#224; lutter contre &#171; &lt;i&gt;l'absurdit&#233; qu'un roman dot&#233; d'une r&#233;elle valeur passe inaper&#231;u, simplement parce qu'il a &#233;t&#233; encens&#233; &#224; l'&#233;gal de la foutaise&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 323.&#034; id=&#034;nh6-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des lecteurs savent bien que le journalisme litt&#233;raire a instaur&#233; pour le plus grand b&#233;n&#233;fice mutuel des affaires et de la paresse intellectuelle un syst&#232;me de suivisme moutonnier et de plagiat bien compris. Ce que nous apprend la lecture d'Orwell, de Kraus et d'autres, c'est que ces pratiques sont aussi anciennes que la profession &#224; son stade industriel. Y'a-t-il l&#224; de quoi d&#233;sesp&#233;rer ? En rien. La critique passe, la litt&#233;rature continue, &#224; c&#244;t&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thierry Discepolo, septembre 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Article paru dans &#171; La gazette des &#233;ditions Agone &#187;, septembre 2005, n&#176; 6 (reproduit ici avec l'autorisation de l'auteur) - Voir le site des &lt;a href=&#034;http://atheles.org/agone/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Editions Agone&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire Karl Kraus, &lt;i&gt;Troisi&#232;me Nuit de Walpurgis&lt;/i&gt;, Agone, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Texte paru sous le titre &#171; Plaidoyer pour le roman &#187; dans le &lt;i&gt;New English Weekly&lt;/i&gt; des 12 et 19 novembre 1936, &#233;dit&#233; en fran&#231;ais &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; George Orwell, &lt;i&gt;Essais, articles, lettres&lt;/i&gt;, Ivr&#233;a-Encyclop&#233;die des nuisances, 1995, volume I, p. 320.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La rentr&#233;e litt&#233;raire 2005 annonce 663 romans. Seulement deux de plus que l'an dernier et une augmentation de 20 % en cinq ans. La production stagnerait-elle apr&#232;s avoir doubl&#233; depuis 1990 ? Sont &#224; la source de cette avalanche 144 &#233;diteurs, mais moins de dix d'entre eux (dont Fayard, Gallimard, Albin Michel, Actes Sud, Le Seuil, Grasset et Flammarion) en publient plus de 20 %...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;George Orwell, &#171; Plaidoyer pour le roman &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 318-319.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; Ibid&lt;/i&gt;., p. 319.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; Ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; Ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; Ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; Ibid&lt;/i&gt;., p. 320.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Texte paru le 3 mai 1946 dans &lt;i&gt;Tribune&lt;/i&gt;, &#233;dit&#233; en fran&#231;ais &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; George Orwell, &lt;i&gt;Essais, articles, lettres&lt;/i&gt;, Ivr&#233;a-Encyclop&#233;die des nuisances, 1995, volume IV, p. 222-225.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt; Ibid&lt;/i&gt;., p. 223.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;George Orwell, &#171; Plaidoyer pour le roman &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 322.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 323.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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