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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>L'opinion publique n'existe pas</title>
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		<dc:date>2012-11-27T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Bourdieu</dc:creator>


		<dc:subject>Sondages</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un texte de Pierre Bourdieu paru en janvier 1973 dans &lt;i&gt;Les Temps modernes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Sondologie-et-sondomanie-Sondages-en-tous-genres-" rel="directory"&gt;Sondologie et sondomanie : Sondages en tous genres&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Sondages-+" rel="tag"&gt;Sondages&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est avec l'autorisation des ayants droit (qu'ils en soient vivement remerci&#233;s) que nous publions le texte de cet expos&#233; fait &#224; &lt;i&gt;Noroit &lt;/i&gt;(Arras) en janvier 1972, tel qu'il est paru dans &lt;i&gt;Les Temps modernes&lt;/i&gt;, n&#176;318, janvier 1973 (pp. 1292-1309).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je voudrais pr&#233;ciser d'abord que mon propos n'est pas de d&#233;noncer de fa&#231;on m&#233;canique et facile les sondages d'opinion, mais de proc&#233;der &#224; une analyse rigoureuse de leur fonctionnement et de leurs fonctions. Ce qui suppose que l'on mette en question les trois postulats qu'ils engagent implicitement. Toute enqu&#234;te d'opinion suppose que tout le monde peut avoir une opinion ; ou, autrement dit, que la production d'une opinion est &#224; la port&#233;e de tous. Quitte &#224; heurter un sentiment na&#239;vement d&#233;mocratique, je contesterai ce premier postulat. Deuxi&#232;me postulat : on suppose que toutes les opinions se valent. Je pense que l'on peut d&#233;montrer qu'il n'en est rien et que le fait de cumuler des opinions qui n'ont pas du tout la m&#234;me force r&#233;elle conduit &#224; produire des artefacts d&#233;pourvus de sens. Troisi&#232;me postulat implicite : dans le simple fait de poser la m&#234;me question &#224; tout le monde se trouve impliqu&#233;e l'hypoth&#232;se qu'il y a un consensus sur les probl&#232;mes, autrement dit qu'il y a un accord sur les questions qui m&#233;ritent d'&#234;tre pos&#233;es. Ces trois postulats impliquent, me semble-t-il, toute une s&#233;rie de distorsions qui s'observent lors m&#234;me que toutes les conditions de la rigueur m&#233;thodologique sont remplies dans la recollection et l'analyse des donn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On fait tr&#232;s souvent aux sondages d'opinion des reproches techniques. Par exemple, on met en question la repr&#233;sentativit&#233; des &#233;chantillons. Je pense que dans l'&#233;tat actuel des moyens utilis&#233;s par les offices de production de sondages, l'objection n'est gu&#232;re fond&#233;e. On leur reproche aussi de poser des questions biais&#233;es ou plut&#244;t de biaiser les questions dans leur formulation : cela est d&#233;j&#224; plus vrai et il arrive souvent que l'on induise la r&#233;ponse &#224; travers la fa&#231;on de poser la question. Ainsi, par exemple, transgressant le pr&#233;cepte &#233;l&#233;mentaire de la construction d'un questionnaire qui exige qu'on &#171; laisse leurs chances &#187; &#224; toutes les r&#233;ponses possibles, on omet fr&#233;quemment dans les questions ou dans les r&#233;ponses propos&#233;es une des options possibles, ou encore on propose plusieurs fois la m&#234;me option sous des formulations diff&#233;rentes. Il y a toutes sortes de biais de ce type et il serait int&#233;ressant de s'interroger sur les conditions sociales d'apparition de ces biais. La plupart du temps ils tiennent aux conditions dans lesquelles travaillent les gens qui produisent les questionnaires. Mais ils tiennent surtout au fait que les probl&#233;matiques que fabriquent les instituts de sondages d'opinion sont subordonn&#233;es &#224; une demande d'un type particulier. Ainsi, ayant entrepris l'analyse d'une grande enqu&#234;te nationale sur l'opinion des Fran&#231;ais concernant le syst&#232;me d'enseignement, nous avons relev&#233;, dans les archives d'un certain nombre de bureaux d'&#233;tudes, toutes les questions concernant l'enseignement. Ceci nous a fait voir que plus de deux cents questions sur le syst&#232;me d'enseignement ont &#233;t&#233; pos&#233;es depuis Mai 1968, contre moins d'une vingtaine entre 1960 et 1968. Cela signifie que les probl&#233;matiques qui s'imposent &#224; ce type d'organisme sont profond&#233;ment li&#233;es &#224; la conjoncture et domin&#233;es par un certain type de demande sociale. La question de l'enseignement par exemple ne peut &#234;tre pos&#233;e par un institut d'opinion publique que lorsqu'elle devient un probl&#232;me politique. On voit tout de suite la diff&#233;rence qui s&#233;pare ces institutions des centres de recherches qui engendrent leurs probl&#233;matiques, sinon dans un ciel pur, en tout cas avec une distance beaucoup plus grande &#224; l'&#233;gard de la demande sociale sous sa forme directe et imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une analyse statistique sommaire des questions pos&#233;es nous a fait voir que la grande majorit&#233; d'entre elles &#233;taient directement li&#233;es aux pr&#233;occupations politiques du &#171; personnel politique &#187;. Si nous nous amusions ce soir &#224; jouer aux petits papiers et si je vous disais d'&#233;crire les cinq questions qui vous paraissent les plus importantes en mati&#232;re d'enseignement, nous obtiendrions s&#251;rement une liste tr&#232;s diff&#233;rente de celle que nous obtenons en relevant les questions qui ont &#233;t&#233; effectivement pos&#233;es par les enqu&#234;tes d'opinion. La question : &#171; Faut-il introduire la politique dans les lyc&#233;es ? &#187; (ou des variantes) a &#233;t&#233; pos&#233;e tr&#232;s souvent, tandis que la question : &#171; Faut-il modifier les programmes ? &#187; ou &#171; Faut-il modifier le mode de transmission des contenus ? &#187; n'a que tr&#232;s rarement &#233;t&#233; pos&#233;e. De m&#234;me : &#171; Faut-il recycler les enseignants ? &#187;. Autant de questions qui sont tr&#232;s importantes, du moins dans une autre perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les probl&#233;matiques qui sont propos&#233;es par les sondages d'opinion sont subordonn&#233;es &#224; des int&#233;r&#234;ts politiques, et cela commande tr&#232;s fortement &#224; la fois la signification des r&#233;ponses et la signification qui est donn&#233;e &#224; la publication des r&#233;sultats. Le sondage d'opinion est, dans l'&#233;tat actuel, un instrument d'action politique ; sa fonction la plus importante consiste peut-&#234;tre &#224; imposer l'illusion qu'il existe une opinion publique comme sommation purement additive d'opinions individuelles ; &#224; imposer l'id&#233;e qu'il existe quelque chose qui serait comme la moyenne des opinions ou l'opinion moyenne. L'&#171; opinion publique &#187; qui est manifest&#233;e dans les premi&#232;res pages de journaux sous la forme de pourcentages (60 % des Fran&#231;ais sont favorables &#224;...), cette opinion publique est un &lt;strong&gt; &lt;i&gt;artefact &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;pur et simple dont la fonction est de dissimuler que l'&#233;tat de l'opinion &#224; un moment donn&#233; du temps est un syst&#232;me de forces, de tensions et qu'il n'est rien de plus inad&#233;quat pour repr&#233;senter l'&#233;tat de l'opinion qu'un pourcentage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que tout exercice de la force s'accompagne d'un discours visant &#224; l&#233;gitimer la force de celui qui l'exerce ; on peut m&#234;me dire que le propre de tout rapport de force, c'est de n'avoir toute sa force que dans la mesure o&#249; il se dissimule comme tel. Bref, pour parler simplement, l'homme politique est celui qui dit : &#171; Dieu est avec nous &#187;. L'&#233;quivalent de &#171; Dieu est avec nous &#187;, c'est aujourd'hui &#171; l'opinion publique est avec nous &#187;. Tel est l'effet fondamental de l'enqu&#234;te d'opinion : constituer l'id&#233;e qu'il existe une opinion publique unanime, donc l&#233;gitimer une politique et renforcer les rapports de force qui la fondent ou la rendent possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant dit au commencement ce que je voulais dire &#224; la fin, je vais essayer d'indiquer tr&#232;s rapidement quelles sont les op&#233;rations par lesquelles on produit cet &lt;strong&gt; &lt;i&gt;effet de consensus&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;La premi&#232;re op&#233;ration, qui a pour point de d&#233;part le postulat selon lequel tout le monde doit avoir une opinion, consiste &#224; ignorer les non-r&#233;ponses. Par exemple vous demandez aux gens : &#171; &#202;tes-vous favorable au gouvernement Pompidou ? &#187; Vous enregistrez 30 % de non-r&#233;ponses, 20 % de oui, 50 &lt;i&gt;% &lt;/i&gt;de non. Vous pouvez dire : la part des gens d&#233;favorables est sup&#233;rieure &#224; la part des gens favorables et puis il y a ce r&#233;sidu de 30 %. Vous pouvez aussi recalculer les pourcentages favorables et d&#233;favorables en excluant les non-r&#233;ponses. Ce simple choix est une op&#233;ration th&#233;orique d'une importance fantastique sur laquelle je voudrais r&#233;fl&#233;chir avec vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;liminer les non-r&#233;ponses, c'est faire ce qu'on fait dans une consultation &#233;lectorale o&#249; il y a des bulletins blancs ou nuls ; c'est imposer &#224; l'enqu&#234;te d'opinion la philosophie implicite de l'enqu&#234;te &#233;lectorale. Si l'on regarde de plus pr&#232;s, on observe que le taux des non-r&#233;ponses est plus &#233;lev&#233; d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale chez les femmes que chez les hommes, que l'&#233;cart entre les femmes et les hommes est d'autant plus &#233;lev&#233; que les probl&#232;mes pos&#233;s sont d'ordre plus proprement politique. Autre observation : plus une question porte sur des probl&#232;mes de savoir, de connaissance, plus l'&#233;cart est grand entre les taux de non-r&#233;ponses des plus instruits et des moins instruits. &#192; l'inverse, quand les questions portent sur les probl&#232;mes &#233;thiques, les variations des non-r&#233;ponses selon le niveau d'instruction sont faibles (exemple : &#171; Faut-il &#234;tre s&#233;v&#232;re avec les enfants ? &#187;). Autre observation : plus une question pose des probl&#232;mes conflictuels, porte sur un n&#339;ud de contradictions (soit une question sur la situation en Tch&#233;coslovaquie pour les gens qui votent communiste), plus une question est g&#233;n&#233;ratrice de tensions pour une cat&#233;gorie d&#233;termin&#233;e, plus les non-r&#233;ponses sont fr&#233;quentes dans cette cat&#233;gorie. En cons&#233;quence, la simple analyse statistique des non-r&#233;ponses apporte une information sur ce que signifie la question et aussi sur la cat&#233;gorie consid&#233;r&#233;e, celle-ci &#233;tant d&#233;finie autant par &lt;strong&gt; &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;probabilit&#233;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;qui lui est attach&#233;e&lt;strong&gt; &lt;i&gt; d'avoir une opinion &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;que par la probabilit&#233; conditionnelle d'avoir une opinion favorable ou d&#233;favorable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'analyse scientifique des sondages d'opinion montre qu'il n'existe pratiquement pas de probl&#232;me omnibus ; pas de question qui ne soit r&#233;interpr&#233;t&#233;e en fonction des int&#233;r&#234;ts des gens &#224; qui elle est pos&#233;e, le premier imp&#233;ratif &#233;tant de se demander &#224; quelle question les diff&#233;rentes cat&#233;gories de r&#233;pondants ont cru r&#233;pondre. Un des effets les plus pernicieux de l'enqu&#234;te d'opinion consiste pr&#233;cis&#233;ment &#224; mettre les gens en demeure de r&#233;pondre &#224; des questions qu'ils ne se sont pas pos&#233;es. Soit par exemple les questions qui tournent autour des probl&#232;mes de morale, qu'il s'agisse des questions sur la s&#233;v&#233;rit&#233; des parents, les rapports entre les ma&#238;tres et les &#233;l&#232;ves, la p&#233;dagogie directive ou non directive, etc., probl&#232;mes qui sont d'autant plus per&#231;us comme des probl&#232;mes &#233;thiques qu'on descend davantage dans la hi&#233;rarchie sociale, mais qui peuvent &#234;tre des probl&#232;mes politiques pour les classes sup&#233;rieures : un des effets de l'enqu&#234;te consiste &#224; transformer des r&#233;ponses &#233;thiques en r&#233;ponses politiques par le simple effet d'imposition de probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, il y a plusieurs principes &#224; partir desquels on peut engendrer une r&#233;ponse. Il y a d'abord ce qu'on peut appeler la &lt;strong&gt; &lt;i&gt;comp&#233;tence politique &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;par r&#233;f&#233;rence &#224; une d&#233;finition &#224; la fois arbitraire et l&#233;gitime, c'est-&#224;-dire dominante et dissimul&#233;e comme telle, de la politique. Cette comp&#233;tence politique n'est pas universellement r&#233;pandue. Elle varie grosso modo comme le niveau d'instruction. Autrement dit, la probabilit&#233; d'avoir une opinion sur toutes les questions supposant un savoir politique est assez comparable &#224; la probabilit&#233; d'aller au mus&#233;e. On observe des &#233;carts fantastiques : l&#224; o&#249; tel &#233;tudiant engag&#233; dans un mouvement gauchiste per&#231;oit quinze divisions &#224; gauche du PSU, pour un cadre moyen il n'y a rien. Dans l'&#233;chelle politique (extr&#234;me-gauche, gauche, centre-gauche, centre, centre-droit, droite, extr&#234;me-droite, etc.) que les enqu&#234;tes de &#171; science politique &#187; emploient comme allant de soi, certaines cat&#233;gories sociales utilisent intens&#233;ment un petit coin de l'extr&#234;me-gauche ; d'autres utilisent uniquement le centre, d'autres utilisent toute l'&#233;chelle. Finalement une &#233;lection est l'agr&#233;gation d'espaces tout &#224; fait diff&#233;rents ; on additionne des gens qui mesurent en centim&#232;tres avec des gens qui mesurent en kilom&#232;tres, ou, mieux, des gens qui notent de 0 &#224; 20 et des gens qui notent entre 9 et 11. La comp&#233;tence se mesure entre autres choses au degr&#233; de finesse de perception (c'est la m&#234;me chose en esth&#233;tique, certains pouvant distinguer les cinq ou six mani&#232;res successives d'un seul peintre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette comparaison peut &#234;tre pouss&#233;e plus loin. En mati&#232;re de perception esth&#233;tique, il y a d'abord une condition permissive : il faut que les gens pensent l'&#339;uvre d'art comme une &#339;uvre d'art ; ensuite, l'ayant per&#231;ue comme &#339;uvre d'art, il faut qu'ils aient des cat&#233;gories de perception pour la construire, la structurer, etc. Supposons une question formul&#233;e ainsi : &#171; &#202;tes-vous pour une &#233;ducation directive ou une &#233;ducation non directive ? &#187; Pour certains, elle peut &#234;tre constitu&#233;e comme politique, la repr&#233;sentation des rapports parents-enfants s'int&#233;grant dans une vision syst&#233;matique de la soci&#233;t&#233; ; pour d'autres, c'est une pure question de morale. Ainsi le questionnaire que nous avons &#233;labor&#233; et dans lequel nous demandons aux gens si, pour eux, c'est de la politique ou non de faire la gr&#232;ve, d'avoir les cheveux longs, de participer &#224; un festival pop, etc., fait appara&#238;tre des variations tr&#232;s grandes selon les classes sociales. La premi&#232;re condition pour r&#233;pondre ad&#233;quatement &#224; une question politique est donc d'&#234;tre capable de la constituer comme politique ; la deuxi&#232;me, l'ayant constitu&#233;e comme politique, est d'&#234;tre capable de lui appliquer des cat&#233;gories proprement politiques qui peuvent &#234;tre plus ou moins ad&#233;quates, plus ou moins raffin&#233;es, etc. Telles sont les conditions sp&#233;cifiques de production des opinions, celles que l'enqu&#234;te d'opinion suppose universellement et uniform&#233;ment remplies avec le premier postulat selon lequel tout le monde peut produire une opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Deuxi&#232;me principe &#224; partir duquel les gens peuvent produire une opinion, ce que j'appelle l'&#171; &lt;strong&gt;ethos de classe&lt;/strong&gt; &#187; (pour ne pas dire &#171; &#233;thique de classe &#187;), c'est-&#224;-dire un syst&#232;me de valeurs implicites que les gens ont int&#233;rioris&#233;es depuis l'enfance et &#224; partir duquel ils engendrent des r&#233;ponses &#224; des probl&#232;mes extr&#234;mement diff&#233;rents. Les opinions que les gens peuvent &#233;changer &#224; la sortie d'un match de football entre Roubaix et Valenciennes doivent une grande partie de leur coh&#233;rence, de leur logique, &#224; l'ethos de classe. Une foule de r&#233;ponses qui sont consid&#233;r&#233;es comme des r&#233;ponses politiques, sont en r&#233;alit&#233; produites &#224; partir de l'ethos de classe et du m&#234;me coup peuvent rev&#234;tir une signification tout &#224; fait diff&#233;rente quand elles sont interpr&#233;t&#233;es sur le terrain politique. L&#224;, je dois faire r&#233;f&#233;rence &#224; une tradition sociologique, r&#233;pandue surtout parmi certains sociologues de la politique aux &#201;tats-Unis, qui parlent tr&#232;s commun&#233;ment d'un conservatisme et d'un autoritarisme des classes populaires. Ces th&#232;ses sont fond&#233;es sur la comparaison internationale d'enqu&#234;tes ou d'&#233;lections qui tendent &#224; montrer que chaque fois que l'on interroge les classes populaires, dans quelque pays que ce soit, sur des probl&#232;mes concernant les rapports d'autorit&#233;, la libert&#233; individuelle, la libert&#233; de la presse, etc., elles font des r&#233;ponses plus &#171; autoritaires &#187; que les autres classes ; et on en conclut globalement qu'il y a un conflit entre les valeurs d&#233;mocratiques (chez l'auteur auquel je pense, Lipset, il s'agit des valeurs d&#233;mocratiques am&#233;ricaines) et les valeurs qu'ont int&#233;rioris&#233;es les classes populaires, valeurs de type autoritaire et r&#233;pressif. De l&#224;, on tire une sorte de vision eschatologique : &#233;levons le niveau de vie, &#233;levons le niveau d'instruction et, puisque la propension &#224; la r&#233;pression, &#224; l'autoritarisme, etc., est li&#233;e aux bas revenus, aux bas niveaux d'instruction, etc., nous produirons ainsi de bons citoyens de la d&#233;mocratie am&#233;ricaine. &#192; mon sens ce qui est en question, c'est la signification des r&#233;ponses &#224; certaines questions. Supposons un ensemble de questions du type suivant : &#202;tes-vous favorable &#224; l'&#233;galit&#233; entre les sexes ? &#202;tes-vous favorable &#224; la libert&#233; sexuelle des conjoints ? &#202;tes-vous favorable &#224; une &#233;ducation non r&#233;pressive ? &#202;tes-vous favorable &#224; la nouvelle soci&#233;t&#233; ? etc. Supposons un autre ensemble de questions du type : Est-ce que les professeurs doivent faire la gr&#232;ve lorsque leur situation est menac&#233;e ? Les enseignants doivent-ils &#234;tre solidaires avec les autres fonctionnaires dans les p&#233;riodes de conflit social ? etc. Ces deux ensembles de questions donnent des r&#233;ponses de structure strictement inverse sous le rapport de la classe sociale : le premier ensemble de questions, qui concerne un certain type de novation dans les rapports sociaux, dans la forme symbolique des relations sociales, suscite des r&#233;ponses d'autant plus favorables que l'on s'&#233;l&#232;ve dans la hi&#233;rarchie sociale et dans la hi&#233;rarchie selon le niveau d'instruction ; inversement, les questions qui portent sur les transformations r&#233;elles des rapports de force entre les classes suscitent des r&#233;ponses de plus en plus d&#233;favorables &#224; mesure qu'on s'&#233;l&#232;ve dans la hi&#233;rarchie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, la proposition &#171; Les classes populaires sont r&#233;pressives &#187; n'est ni vraie ni fausse. Elle est vraie dans la mesure o&#249;, devant tout un ensemble de probl&#232;mes comme ceux qui touchent &#224; la morale domestique, aux relations entre les g&#233;n&#233;rations ou entre les sexes, les classes populaires ont tendance &#224; se montrer beaucoup plus rigoristes que les autres classes sociales. Au contraire, sur les questions de structure politique, qui mettent en jeu la conservation ou la transformation de l'ordre social, et non plus seulement la conservation ou la transformation des modes de relation entre les individus, les classes populaires sont beaucoup plus favorables &#224; la novation, c'est-&#224;-dire &#224; une transformation des structures sociales. Vous voyez comment certains des probl&#232;mes pos&#233;s en Mai 1968, et souvent mal pos&#233;s, dans le conflit entre le parti communiste et les gauchistes, se rattachent tr&#232;s directement au probl&#232;me central que j'ai essay&#233; de poser ce soir, celui de la nature des r&#233;ponses, c'est-&#224;-dire du principe &#224; partir duquel elles sont produites. L'opposition que j'ai faite entre ces deux groupes de questions se ram&#232;ne en effet &#224; l'opposition entre deux principes de production des opinions : un principe proprement politique et un principe &#233;thique, le probl&#232;me du conservatisme des classes populaires &#233;tant le produit de l'ignorance de cette distinction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet d'imposition de probl&#233;matique, effet exerc&#233; par toute enqu&#234;te d'opinion et par toute interrogation politique (&#224; commencer par l'&#233;lectorale), r&#233;sulte du fait que les questions pos&#233;es dans une enqu&#234;te d'opinion ne sont pas des questions qui se posent r&#233;ellement &#224; toutes les personnes interrog&#233;es et que les r&#233;ponses ne sont pas interpr&#233;t&#233;es en fonction de la probl&#233;matique par rapport &#224; laquelle les diff&#233;rentes cat&#233;gories de r&#233;pondants ont effectivement r&#233;pondu. Ainsi &lt;strong&gt; &lt;i&gt;la probl&#233;matique dominante&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;dont la liste des questions pos&#233;es depuis deux ans par les instituts de sondage fournit une image, c'est-&#224;-dire la probl&#233;matique qui int&#233;resse essentiellement les gens qui d&#233;tiennent le pouvoir et qui entendent &#234;tre inform&#233;s sur les moyens d'organiser leur action politique, est tr&#232;s in&#233;galement ma&#238;tris&#233;e par les diff&#233;rentes classes sociales. Et, chose importante, celles-ci sont plus ou moins aptes &#224; produire une contre-probl&#233;matique. &#192; propos du d&#233;bat t&#233;l&#233;vis&#233; entre Servan-Schreiber et Giscard d'Estaing, un institut de sondages d'opinion avait pos&#233; des questions du type : &#171; Est-ce que la r&#233;ussite scolaire est fonction des dons, de l'intelligence, du travail, du m&#233;rite ? &#187; Les r&#233;ponses recueillies livrent en fait une information (ignor&#233;e de ceux qui les produisaient) sur le degr&#233; auquel les diff&#233;rentes classes sociales ont conscience des lois de la transmission h&#233;r&#233;ditaire du capital culturel : l'adh&#233;sion au mythe du don et de l'ascension par l'&#233;cole, de la justice scolaire, de l'&#233;quit&#233; de la distribution des postes en fonction des titres, etc., est tr&#232;s forte dans les classes populaires. La contre-probl&#233;matique peut exister pour quelques intellectuels mais elle n'a pas de force sociale bien qu'elle ait &#233;t&#233; reprise par un certain nombre de partis, de groupes. La v&#233;rit&#233; scientifique est soumise aux m&#234;mes lois de diffusion que l'id&#233;ologie. Une proposition scientifique, c'est comme une bulle du pape sur la r&#233;gulation des naissances, &#231;a ne pr&#234;che que les convertis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On associe l'id&#233;e d'objectivit&#233; dans une enqu&#234;te d'opinion au fait de poser la question dans les termes les plus neutres afin de donner toutes les chances &#224; toutes les r&#233;ponses. En r&#233;alit&#233;, l'enqu&#234;te d'opinion serait sans doute plus proche de ce qui se passe dans la r&#233;alit&#233; si, transgressant compl&#232;tement les r&#232;gles de l'&#171; objectivit&#233; &#187;, on donnait aux gens les moyens de se situer comme ils se situent r&#233;ellement dans la pratique r&#233;elle, c'est-&#224;-dire par rapport &#224; des opinions d&#233;j&#224; formul&#233;es ; si, au lieu de dire par exemple &#171; II y a des gens favorables &#224; la r&#233;gulation des naissances, d'autres qui sont d&#233;favorables ; et vous ?... &#187;, on &#233;non&#231;ait une s&#233;rie de prises de positions explicites de groupes mandat&#233;s pour constituer les opinions et les diffuser, de fa&#231;on que les gens puissent se situer par rapport &#224; des r&#233;ponses d&#233;j&#224; constitu&#233;es. On parle commun&#233;ment de &#171; prises de position &#187; ; il y a des positions qui sont d&#233;j&#224; pr&#233;vues et on les &lt;i&gt;prend. &lt;/i&gt;Mais on ne les prend pas au hasard. On prend les positions que l'on est pr&#233;dispos&#233; &#224; prendre en fonction de la position que l'on occupe dans un certain champ. Une analyse rigoureuse vise &#224; expliquer les relations entre la structure des positions &#224; prendre et la structure du champ des positions objectivement occup&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si les enqu&#234;tes d'opinion saisissent tr&#232;s mal les &#233;tats virtuels de l'opinion et plus exactement les mouvements d'opinion, c'est, entre autres raisons, que la situation dans laquelle elles appr&#233;hendent les opinions est tout &#224; fait artificielle. Dans les situations o&#249; se constitue l'opinion, en particulier les situations de &lt;i&gt;crise, &lt;/i&gt;les gens sont devant des opinions constitu&#233;es, des opinions soutenues par des groupes, en sorte que choisir entre des opinions, c'est tr&#232;s &#233;videmment choisir entre des groupes. Tel est le principe de &lt;strong&gt; &lt;i&gt;l'effet de politisation &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;que produit la crise : il faut choisir entre des groupes qui se d&#233;finissent politiquement et d&#233;finir de plus en plus de prises de position en fonction de principes explicitement politiques. En fait, ce qui me para&#238;t important, c'est que l'enqu&#234;te d'opinion traite l'opinion publique comme une simple somme d'opinions individuelles, recueillies dans une situation qui est au fond celle de l'isoloir, o&#249; l'individu va furtivement exprimer dans l'isolement une opinion isol&#233;e. Dans les situations r&#233;elles, les opinions sont des forces et les rapports d'opinions sont des conflits de force entre des groupes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre loi se d&#233;gage de ces analyses : on a d'autant plus d'opinions sur un probl&#232;me que l'on est plus int&#233;ress&#233; par ce probl&#232;me, c'est-&#224;-dire que l'on a plus int&#233;r&#234;t &#224; ce probl&#232;me. Par exemple sur le syst&#232;me d'enseignement, le taux de r&#233;ponses est tr&#232;s intimement li&#233; au degr&#233; de proximit&#233; par rapport au syst&#232;me d'enseignement, et la probabilit&#233; d'avoir une opinion varie en fonction de la probabilit&#233; d'avoir du pouvoir sur ce &#224; propos de quoi on opine. L'opinion qui s'affirme comme telle, spontan&#233;ment, c'est l'opinion des gens dont l'opinion a du poids, comme on dit. Si un ministre de l'&#201;ducation nationale agissait en fonction d'un sondage d'opinion (ou au moins &#224; partir d'une lecture superficielle du sondage), il ne ferait pas ce qu'il fait lorsqu'il agit r&#233;ellement comme un homme politique, c'est-&#224;-dire &#224; partir des coups de t&#233;l&#233;phone qu'il re&#231;oit, de la visite de tel responsable syndical, de tel doyen, etc. En fait, il agit en fonction de ces forces d'opinion r&#233;ellement constitu&#233;es qui n'affleurent &#224; sa perception que dans la mesure o&#249; elles ont de la force et o&#249; elles ont de la force parce qu'elles sont mobilis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de pr&#233;voir ce que va devenir l'Universit&#233; dans les dix ann&#233;es prochaines, je pense que l'&lt;strong&gt;opinion mobilis&#233;e&lt;/strong&gt; constitue la meilleure base. Toutefois, le fait, attest&#233; par les non-r&#233;ponses, que les dispositions de certaines cat&#233;gories n'acc&#232;dent pas au statut d'opinion, c'est-&#224;-dire de discours constitu&#233; pr&#233;tendant &#224; la coh&#233;rence, pr&#233;tendant &#224; &#234;tre entendu, &#224; s'imposer, etc., ne doit pas faire conclure que, dans des situations de crise, les gens qui n'avaient aucune opinion choisiront au hasard : si le probl&#232;me est politiquement constitu&#233; pour eux (probl&#232;mes de salaire, de cadence de travail pour les ouvriers), ils choisiront en termes de comp&#233;tence politique ; s'il s'agit d'un probl&#232;me qui n'est pas constitu&#233; politiquement pour eux (r&#233;pressivit&#233; dans les rapports &#224; l'int&#233;rieur de l'entreprise) ou s'il est en voie de constitution, ils seront guid&#233;s par le syst&#232;me de dispositions profond&#233;ment inconscient qui oriente leurs choix dans les domaines les plus diff&#233;rents, depuis l'esth&#233;tique ou le sport jusqu'aux pr&#233;f&#233;rences &#233;conomiques. L'enqu&#234;te d'opinion traditionnelle ignore &#224; la fois les groupes de pression et les dispositions virtuelles qui peuvent ne pas s'exprimer sous forme de discours explicite. C'est pourquoi elle est incapable d'engendrer la moindre pr&#233;vision raisonnable sur ce qui se passerait en situation de crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons un probl&#232;me comme celui du syst&#232;me d'enseignement. On peut demander : &#171; Que pensez-vous de la politique d'Edgar Faure ? &#187; C'est une question tr&#232;s voisine d'une enqu&#234;te &#233;lectorale, en ce sens que c'est la nuit o&#249; toutes les vaches sont noires : tout le monde est d'accord grosso modo sans savoir sur quoi ; on sait ce que signifiait le vote &#224; l'unanimit&#233; de la loi Faure &#224; l'Assembl&#233;e nationale. On demande ensuite : &#171; &#202;tes-vous favorable &#224; l'introduction de la politique dans les lyc&#233;es ? &#187; L&#224;, on observe un clivage tr&#232;s net. Il en va de m&#234;me lorsqu'on demande : &#171; Les professeurs peuvent-ils faire gr&#232;ve ? &#187; Dans ce cas, les membres des classes populaires, par un transfert de leur comp&#233;tence politique sp&#233;cifique, savent quoi r&#233;pondre. On peut encore demander : &#171; Faut-il transformer les programmes ? &#202;tes-vous favorable au contr&#244;le continu ? &#202;tes-vous favorable &#224; l'introduction des parents d'&#233;l&#232;ves dans les conseils des professeurs ? &#202;tes-vous favorable &#224; la suppression de l'agr&#233;gation ? etc. &#187; Sous la question &#171; &#234;tes-vous favorable &#224; Edgar Faure ? &#187;, il y avait toutes ces questions et les gens ont pris position d'un coup sur un ensemble de probl&#232;mes qu'un bon questionnaire ne pourrait poser qu'au moyen d'au moins soixante questions &#224; propos desquelles on observerait des variations dans tous les sens. Dans un cas les opinions seraient positivement li&#233;es &#224; la position dans la hi&#233;rarchie sociale, dans l'autre, n&#233;gativement, dans certains cas tr&#232;s fortement, dans d'autres cas faiblement, ou m&#234;me pas du tout. Il suffit de penser qu'une consultation &#233;lectorale repr&#233;sente la limite d'une question comme &#171; &#234;tes-vous favorable &#224; Edgar Faure ? &#187; pour comprendre que les sp&#233;cialistes de sociologie politique puissent noter que la relation qui s'observe habituellement, dans presque tous les domaines de la pratique sociale, entre la classe sociale et les pratiques ou les opinions, est tr&#232;s faible quand il s'agit de ph&#233;nom&#232;nes &#233;lectoraux, &#224; tel point que certains n'h&#233;sitent pas &#224; conclure qu'il n'y a aucune relation entre la classe sociale et le fait de voter pour la droite ou pour la gauche. Si vous avez &#224; l'esprit qu'une consultation &#233;lectorale pose en une seule question syncr&#233;tique ce qu'on ne pourrait raisonnablement saisir qu'en deux cents questions, que les uns mesurent en centim&#232;tres, les autres en kilom&#232;tres, que la strat&#233;gie des candidats consiste &#224; mal poser les questions et &#224; jouer au maximum sur la dissimulation des clivages pour gagner les voix qui flottent, et tant d'autres effets, vous conclurez qu'il faut peut-&#234;tre poser &#224; l'envers la question traditionnelle de la relation entre le vote et la classe sociale et se demander comment il se fait que l'on constate malgr&#233; tout une relation, m&#234;me faible ; et s'interroger sur la fonction du syst&#232;me &#233;lectoral, instrument qui, par sa logique m&#234;me, tend &#224; att&#233;nuer les conflits et les clivages. Ce qui est certain, c'est qu'en &#233;tudiant le fonctionnement du sondage d'opinion, on peut se faire une id&#233;e de la mani&#232;re dont fonctionne ce type particulier d'enqu&#234;te d'opinion qu'est la consultation &#233;lectorale et de l'effet qu'elle produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, j'ai bien voulu dire que l'opinion publique n'existe pas, sous la forme en tout cas que lui pr&#234;tent ceux qui ont int&#233;r&#234;t &#224; affirmer son existence. J'ai dit qu'il y avait d'une part des opinions constitu&#233;es, mobilis&#233;es, des groupes de pression mobilis&#233;s autour d'un syst&#232;me &lt;i&gt;d'int&#233;r&#234;ts &lt;/i&gt;explicitement formul&#233;s ; et d'autre part, des dispositions qui, par d&#233;finition, ne sont pas opinion si l'on entend par l&#224;, comme je l'ai fait tout au long de cette analyse, quelque chose qui peut se formuler en discours avec une certaine pr&#233;tention &#224; la coh&#233;rence. Cette d&#233;finition de l'opinion n'est pas mon opinion sur l'opinion. C'est simplement l'explicitation de la d&#233;finition que mettent en &#339;uvre les sondages d'opinion en demandant aux gens de prendre position sur des opinions formul&#233;es et en produisant, par simple agr&#233;gation statistique d'opinions ainsi produites, cet artefact qu'est l'opinion publique. Je dis simplement que l'opinion publique dans l'acception implicitement admise par ceux qui font des sondages d'opinion ou ceux qui en utilisent les r&#233;sultats, je dis simplement que cette opinion-l&#224; n'existe pas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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