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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>Le marketing des quotidiens r&#233;gionaux, au coeur de la crise de la repr&#233;sentation citoyenne</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Le-marketing-des-quotidiens-regionaux-au-coeur-de-la-crise-de-la-representation</link>
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		<dc:date>2002-06-30T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Tailleur</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Comment le marketing &#171; nuit gravement &#187; au contenu et &#224; la fonction de la presse r&#233;gionale&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-PQR-Presse-quotidienne-regionale-" rel="directory"&gt;PQR : Presse quotidienne r&#233;gionale&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jean-Pierre Tailleur, auteur de &lt;a href='https://www.acrimed.org/Bevues-de-presse-de-Jean-Pierre-Tailleur-une-critique-qui-se-substituerait-a-d' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;B&#233;vues de presse. L'information aux yeux band&#233;es&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb_2A&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Editions du F&#233;lin, f&#233;vrier 2002, 239 pages, 19,80 euros.&#034; id=&#034;nh_2A&#034;&gt;*&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, nous a fait parvenir cette contribution au d&#233;bat sur la presse quotidienne r&#233;gionale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb_2A_2A&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les articles pr&#233;sent&#233;s comme des tribunes n'engagent pas n&#233;cessairement la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh_2A_2A&#034;&gt;**&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La presse quotidienne r&#233;gionale fran&#231;aise, ignor&#233;e ou m&#233;pris&#233;e, n'est pas en premi&#232;re ligne de la m&#233;diation sociale, alors qu'elle s'en targue souvent. Ses repr&#233;sentants fonctionnent beaucoup &#224; coup d'informations t&#233;l&#233;guid&#233;es par des communiqu&#233;s de presse de collectivit&#233;s locales ou d'entreprises. Comme beaucoup de titres sp&#233;cialis&#233;s, elle se contente trop souvent de transmettre au public des informations re&#231;ues et mises en forme. Dans le meilleur des cas, ce n'est pas de la publicit&#233;, mais c'est rarement du vrai journalisme de terrain. La raret&#233; des investigations dans les zones de non-droit, chez nos quotidiens r&#233;gionaux, illustre la coupure entre la repr&#233;sentation nationale et le pays r&#233;el, dont un votant sur cinq accepte les th&#232;ses de Jean-Marie Le Pen ou de Bruno M&#233;gret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes de marketing qui dirigent cette presse ne s'int&#233;ressent pas assez aux contenus. Dans les &#233;coles de management, on apprend pourtant que le &#034;marketing mix&#034; englobe le prix, la publicit&#233;, la distribution, le design (la forme) ainsi que les qualit&#233;s intrins&#232;ques du produit ou service commercialis&#233;. Mais les gestionnaires au coeur de la d&#233;mocratie fran&#231;aise semblent ignorer qu'il faut aussi investir dans les reportages pour fid&#233;liser davantage les lecteurs. Les efforts r&#233;cents du journal &lt;i&gt;Sud-Ouest&lt;/i&gt;, avec sa nouvelle formule lanc&#233;e d&#233;but 2002, sont prometteurs mais insuffisants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un colloque sur &#034;le marketing de la presse quotidienne r&#233;gionale&#034;, organis&#233; il y a quelques ann&#233;es, illustrait ce manque d'ambition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Colloque organis&#233; par le Syndicat de la presse quotidienne r&#233;gionale, sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sous pr&#233;texte que la fonction d'informer est particuli&#232;rement respectable, on ne s'interrogeait pas sur le bon accomplissement de cette mission par les quotidiens de province. Le mot &#034;service&#034; y &#233;tait employ&#233; dans un sens tr&#232;s restreint de distribution des journaux ou de gestion des r&#233;clamations de &#034;clients&#034; (annonceurs et lecteurs). Le travers de langage est tr&#232;s r&#233;v&#233;lateur : comme si dans un congr&#232;s bancaire, on avait discut&#233; uniquement d'assistance t&#233;l&#233;phonique, de mailing et de maillage par les agences, en oubliant le service principal, qui est de r&#233;pondre &#224; des besoins d'&#233;pargne et de financement. &#034;L'abonnement est le meilleur moyen de fid&#233;lisation&#034;, soutenait (&#224; tort) le directeur commercial des &lt;i&gt;Derni&#232;res nouvelles d'Alsace&lt;/i&gt;, confondant causes et r&#233;sultats. Son long expos&#233; sur &#034;les particularit&#233;s du marketing de la PQR&#034; &#233;tait int&#233;ressant, mais la n&#233;cessit&#233; d'informations pertinentes et compl&#232;tes dans les journaux, n'apparaissait qu'en filigrane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un d&#233;bat r&#233;cent sur la pollution &#224; la dioxine en Savoie et dans le Morbihan, lors de l'&#233;mission &#034;Arr&#234;t sur images&#034;, a donn&#233; un exemple &#233;clatant de d&#233;ficit de la repr&#233;sentation citoyenne dans nos provinces&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;France 5, 14 avril 2002.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les quotidiens concern&#233;s, le &lt;i&gt;Dauphin&#233; lib&#233;r&#233; &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;Ouest-France,&lt;/i&gt; &#233;taient totalement absents, curieusement. L'&#233;quipe de Daniel Schneidermann a &#233;galement montr&#233; que le correspondant local de ce dernier cumulait un poste de secr&#233;taire d'une mairie impliqu&#233;e dans la pol&#233;mique. Mais de tels constats, trop ponctuels, ne suffisent pas pour initier le n&#233;cessaire d&#233;bat sur les d&#233;faillances de cette presse du pays profond. Il y a pourtant un probl&#232;me, reconnaissent les professionnels eux-m&#234;mes, en se cantonnant dans les statistiques : en France, la presse vend moins d'exemplaires par habitant que chez ses voisins. Les remarques au sujet d'un mal qui serait sp&#233;cifique &#224; l'hexagone, touchant des institutions de premier plan comme les journaux, font toutefois long feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelques sorte, les patients donnent des signes inqui&#233;tants, lorsqu'on les compare au dynamisme de leurs confr&#232;res d'autres d&#233;mocraties ou quand on constate leur passivit&#233; face &#224; des m&#233;ga-scandales. Mais les m&#233;decins proposent des traitements qui oublient - et peuvent m&#234;me aggraver - la maladie. Parfois, les gestionnaires de la PQR se targuent d'employer des gadgets pour maintenir les ventes de leurs journaux. Ainsi, lors de ce rare colloque de la PQR, ce dirigeant du &lt;i&gt;T&#233;l&#233;gramme de Brest&lt;/i&gt;, fier de ses suppl&#233;ments &#034;sp&#233;cial ch&#244;mage&#034;, consistant &#224; publier gratuitement des demandes d'emploi. Cette &#034;m&#233;thode&#034; pour attirer le lecteur n'est pourtant pas plus efficace qu'une campagne publicitaire, se r&#233;sumant &#224; des coups ponctuels qui ne peuvent pas fid&#233;liser durablement un lectorat. D'autre part, le &#034;T&#233;l&#233;gramme&#034; se flattait de coop&#233;rer avec des institutions locales comme l'ANPE ou le groupe de distribution Leclerc. &#034;Le Cr&#233;dit Mutuel de Bretagne nous a appuy&#233; en associant son logo &#224; la s&#233;rie d'articles quotidiens parue sur deux mois&#034; se f&#233;licitait m&#234;me le repr&#233;sentant du journal brestois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette forme de connivence institutionnalis&#233;e et pr&#233;conis&#233;e provoque parfois des ricanements, en France, lorsqu'elle touche les journaux de pays anglo-saxons. Ainsi, lorsque le patron du&lt;i&gt; Los Angeles Times&lt;/i&gt; a annonc&#233; son souhait de briser le &#034;mur&#034; s&#233;parant r&#233;daction et service commercial. Cette strat&#233;gie d'homme de marketing venu de l'industrie agro-alimentaire a aussi scandalis&#233; les Am&#233;ricains. Il est tout de m&#234;me curieux de constater que les m&#234;mes pratiques, glorifi&#233;es par les patrons des journaux de la France profonde, ne font pas l'objet de la moindre pol&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre pays conna&#238;t une profonde crise de repr&#233;sentation citoyenne, comme cela a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; lors des &#233;lections pr&#233;sidentielles de 2002. Nos intellectuels devraient s'int&#233;resser &#224; cette exception culturelle, d'une presse quotidienne locale d&#233;pourvue d'investigation, et se satisfaisant de service informatif minimum. Cela permettra de comprendre, aussi, pourquoi de Lille &#224; Perpignan, la vie politique a sombr&#233; dans le dilemme entre le risque lep&#233;niste et la ris&#233;e chiraquienne. Les instituts de sondage ou les candidats de gauche non jospinienne ne doivent pas &#234;tre les seuls mis en examen de notre d&#233;mocratie en panne.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Pierre Tailleur&lt;br /&gt;
Auteur de&lt;i&gt; &#034;B&#233;vues de presse&#034; (&lt;/i&gt;Editions du F&#233;lin, 2002), essai sur le &#034;mal fran&#231;ais&#034; &#224; travers les journaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb_2A&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh_2A&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes _2A&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;*&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Editions du F&#233;lin, f&#233;vrier 2002, 239 pages, 19,80 euros.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb_2A_2A&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh_2A_2A&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes _2A_2A&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;**&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les articles pr&#233;sent&#233;s comme des tribunes n'engagent pas n&#233;cessairement la responsabilit&#233; d'Acrimed&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Colloque organis&#233; par le Syndicat de la presse quotidienne r&#233;gionale, sur &#034;le marketing de la PQR&#034; (1999). Nous citons un dossier d'un demi millier de pages, r&#233;sumant les interventions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;France 5, 14 avril 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Journalistes et entreprises : promiscuit&#233; et passivit&#233;</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Journalistes-et-entreprises-promiscuite-et-passivite</link>
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		<dc:date>2000-12-31T23:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Tailleur</dc:creator>


		<dc:subject>Presse &#233;conomique</dc:subject>
		<dc:subject>Fran&#231;ois d'Orcival</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;D&#233;pendance financi&#232;re et manque de moyens des publications &#233;conomiques fran&#231;aises.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Economie-" rel="directory"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Presse-economique-+" rel="tag"&gt;Presse &#233;conomique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Francois-d-Orcival-+" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois d'Orcival&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La plupart des publications &#233;conomiques fran&#231;aises sont contr&#244;l&#233;es par des grands groupes industriels. Au del&#224; de cette d&#233;pendance financi&#232;re, c'est le manque de moyens accord&#233;s aux reportages qui limite le contrepouvoir des journalistes charg&#233;s de suivre l'actualit&#233; des entreprises&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Version originale d'un article publi&#233; dans &#034;Le Monde diplomatique&#034; en sept. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Montpellier, fin 1998. R&#233;unies dans une salle du Corum, le centre de conf&#233;rences et de spectacles de la capitale languedocienne, plusieurs centaines de personnes &#233;coutent Ivan Leva&#239;. Le directeur d&#233;l&#233;gu&#233; du quotidien &#233;conomique &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt; s'exprime sur une question, &#034; Entreprises : faut il avoir les m&#233;dias en horreur ? &#034;, lors d'un d&#233;bat qui met la presse en position d'accus&#233;e, et les entreprises en position de victimes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;bat organis&#233; par l'Agence de presse &#233;conomique, correspondante de La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#034; Prenez le Revenu fran&#231;ais qui, dans un long article, recommande a ses lecteurs de ne pas acheter des actions Michelin &#034;, expose Ivan Leva&#239;. &#034; De quel droit peut-on attaquer une entreprise &#224; partir d'une analyse trop boursi&#232;re et juridique, sans assez faire r&#233;f&#233;rence a sa r&#233;alit&#233; industrielle ? &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reportage incrimin&#233; parait pourtant &#233;crit dans le respect des r&#232;gles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Revenu fran&#231;ais du 13 novembre 1998, article de premi&#232;re page intitul&#233; &#034; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il pr&#233;sente sur cinq pages les performances industrielles et financi&#232;res de Michelin, avec un aper&#231;u sur ses grands concurrents. &#034; Il a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; par un bon connaisseur du secteur, qui a enqu&#234;t&#233; durant plus de deux mois aupr&#232;s des analystes fran&#231;ais et &#233;trangers &#034; r&#233;pond Gilles Coville, le directeur de la r&#233;daction du &lt;i&gt;Revenu fran&#231;ais&lt;/i&gt;, interrog&#233; quelques semaines plus tard. Mais Ivan Leva&#239; semble ignorer le devoir de la presse d'alerter le public - les petits porteurs d'actions dans le cas des journaux patrimoniaux comme &lt;i&gt;Le Revenu fran&#231;ais&lt;/i&gt; - sur la situation financi&#232;re d'une entreprise. Seul un des deux patrons appel&#233;s a d&#233;battre avec lui, d&#233;fend furtivement le r&#244;le de contrepouvoir des m&#233;dias, mais toujours au service de l'entreprise. &#034; Les questions des journalistes peuvent nous aider a nous interroger sur notre strat&#233;gie &#034;, rel&#232;ve l'industriel de Perpignan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antinomiques, les libert&#233;s d'enqu&#234;ter et d'entreprendre ? Seulement 9 % des journalistes se sentent respect&#233;s par les entreprises&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sondage r&#233;alis&#233; par le cabinet d'audit Deloitte &amp; Touche (octobre 1996) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#034; L'information &#233;conomique semble accept&#233;e plus comme un mal n&#233;cessaire que comme une manifestation importante et naturelle de la d&#233;mocratie &#034; r&#233;sumait l'ancien journaliste du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; Alain Vernholes, pr&#233;sident de l'Association des journalistes &#233;conomiques et financiers, lors d'un autre colloque sur &#034; les journalistes &#233;conomiques face aux pouvoirs &#034; (septembre 1997). Les entreprises doivent pourtant se rassurer. &#034; Les relations entre entreprises et journalistes sont bonnes et continuent de s'am&#233;liorer &#034; conclut une enqu&#234;te de l'Union des annonceurs, publi&#233;e en avril 1998. &#034; Les relations de confiance sont fr&#233;quentes, l'amiti&#233; n'est pas loin &#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette promiscuit&#233; est tout d'abord un &#233;tat de fait li&#233; a la r&#233;alit&#233; capitalistique de la presse &#233;conomique fran&#231;aise, de &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt;, propri&#233;t&#233; du groupe LVMH depuis 1993, au &lt;i&gt;Nouvel &#233;conomiste&lt;/i&gt;, bimensuel appr&#233;ci&#233; pour son impertinence et repris derni&#232;rement par Paul Dubrule et G&#233;rard P&#233;lisson, le duo fondateur du groupe h&#244;telier Accor. En 1998, Vivendi - multinationale active dans la t&#233;l&#233;phonie, le traitement des eaux et les travaux publics notamment - a pris le contr&#244;le d'une multitude de magazines &#233;conomiques et professionnels (dont &lt;i&gt;L'Expansion, La Vie fran&#231;aise, L'Usine nouvelle&lt;/i&gt;), quelques mois apr&#232;s que Dassault eut acquis le &lt;i&gt;Journal des finances&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Valeurs actuelles&lt;/i&gt;. La radio &#233;conomique BFM est &#233;galement en partie d&#233;tenue par le constructeur d'avions, alors que sa concurrente Radio Classique vient d'&#234;tre achet&#233;e par LVMH. &#034; La France est le seul pays o&#249; les grands groupes de communication d&#233;pendent autant des commandes de l'Etat &#034;, note Nicolas Brimo, journaliste au Canard encha&#238;n&#233;, faisant &#233;galement r&#233;f&#233;rence au groupe Matra-Hachette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette interf&#233;rence des milieux d'affaires, peu compr&#233;hensible d'un point de vue strictement financier - &#034; Acheter un journal, c'est &#233;conomiquement sans int&#233;r&#234;t, d'autant plus que les journalistes sont difficiles a g&#233;rer &#034; souligne un r&#233;dacteur d'&lt;i&gt;Investir&lt;/i&gt; (groupe LVMH) - nuit-elle a la pratique du journalisme &#233;conomique en France ? Le mensuel &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, le quotidien &lt;i&gt;Les Echos&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Le Revenu fran&#231;ais&lt;/i&gt;, d&#233;tenus par des groupes sp&#233;cialis&#233;s dans les m&#233;dias, sont-ils plus ind&#233;pendants que leurs confr&#232;res d&#233;j&#225; cit&#233;s ? &#034; Etre publi&#233; par un groupe sp&#233;cialis&#233; dans la presse (le britannique Pearson) nous conf&#232;re une grande s&#233;curit&#233; &#034; r&#233;pond Nicolas Beytout dans une interview par courrier &#233;lectronique ; le r&#233;dacteur en chef des Echos se garde cependant de juger ses confr&#232;res. &#034; Nous n'avons jamais subi la moindre pression de nos actionnaires. Si nous cherchions a changer la v&#233;rit&#233; pour lui plaire ou ne pas lui d&#233;plaire, nous perdrions la confiance de nos lecteurs, qui sont des gens intelligents &#034; assure de son cot&#233; Damien Dufour, pr&#233;sident du directoire du Groupe Expansion (filiale de Vivendi), en s'appuyant sur deux exemples tir&#233;s de ses magazines. &#034; En 1995, &lt;i&gt;L'Expansion&lt;/i&gt; a fait une analyse critique de Pierre Suard, a l'&#233;poque PDG de notre maison m&#232;re Alcatel-Alshtom (quelques mois apr&#232;s sa mise en examen). Et &lt;i&gt;La Vie fran&#231;aise&lt;/i&gt; (magazine sp&#233;cialis&#233; dans la gestion de patrimoine) a d&#233;j&#225; conseill&#233; aux d&#233;tenteurs d'actions Vivendi de prendre leurs b&#233;n&#233;fices. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;rard N&#233;gr&#233;anu, r&#233;dacteur en chef adjoint de &lt;i&gt;La Vie fran&#231;aise&lt;/i&gt;, ajoute qu'il a d&#233;j&#225; conseill&#233; a ses lecteurs de vendre des titres de soci&#233;t&#233;s cousines, comme Canal Plus. Deux autres journalistes des publications dirig&#233;es par Damien Dufour confirment &#233;galement les propos de ce dernier sur leur marge de man&#339;uvre &#233;ditoriale, mais restent sur le qui-vive. &#034; Il est encore trop t&#244;t pour juger. Pour l'instant tout se passe bien parce que le groupe Vivendi se porte bien. Mais qu'adviendra-t-il de notre ind&#233;pendance le jour o&#249; il conna&#238;tra de s&#233;rieuses difficult&#233;s ? &#034; se demandent-ils sous couvert de l'anonymat, a l'instar de la plupart de leurs confr&#232;res interrog&#233;s pour cette enqu&#234;te (certains ont m&#234;me insist&#233;, vu le faible effectif de leurs r&#233;dactions, pour que le nom de leur publication ne soit pas cit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt;, un des rares organes de presse qui ait connu un conflit ouvert entre ses actionnaires et ses r&#233;dacteurs, est souvent mentionn&#233; comme exemple d'interf&#233;rence. Sa r&#233;daction s'est notamment plaint, en janvier 1998, d'une revue de presse d'Ivan Leva&#239; intitul&#233;e &#034; Diorissime &#034;, a la gloire d'une marque de LVMH, tandis que les dirigeants du groupe s'inqui&#233;taient du bruit fait autour de la baisse de ses ventes en Asie. &#034; Les articles sur LVMH sont sous haute surveillance parce que (le PDG) Bernard Arnault ne supporte pas les graphes montrant une chute de ses titres. L'int&#233;r&#234;t de notre actionnaire passe avant celui du lecteur &#034; estime un membre de la r&#233;daction de &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt;. Mais la direction du quotidien rejette ces accusations, avec les m&#234;mes raisonnements que Damien Dufour chez Vivendi. Quant a l'article favorable a Christian Dior, Ivan Leva&#239;, interrog&#233; apr&#232;s son intervention de Montpellier, plaide la bonne foi et le d&#233;sint&#233;r&#234;t financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture comparative d'une trentaine d'articles de &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt; et de son concurrent &lt;i&gt;Les Echos&lt;/i&gt;, consacr&#233;s ces derniers mois a la tentative de prise de contr&#244;le du maroquinier italien Gucci par le groupe sp&#233;cialis&#233; dans les produits de luxe, apporte quelques &#233;clairages. Il y a en effet des diff&#233;rences de traitement de l'actualit&#233; de LVMH entre les deux quotidiens, mais elles sont l&#233;g&#232;res. Le 19 f&#233;vrier 1999, par exemple, dans un article sur les r&#233;ticences des dirigeants de Gucci, &lt;i&gt;Les Echos&lt;/i&gt; &#233;voquent en quelques mots l'impact n&#233;gatif sur le cours de l'action LVMH, alors qu'a &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt;, c'est l'omerta. Le 9 juillet, lorsque les Italiens annoncent leur alliance avec le groupe Pinault-Printemps-Redoute, &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt; indique que LVMH n'a pas encore dit son dernier mot, alors que pour Les Echos, la victoire de PPR est d&#233;finitivement acquise. &#034; C'est vrai, il y a quelques diff&#233;rences, mais sans que cela m&#233;rite un proc&#232;s pour connivence &#034;, estime le directeur d&#233;l&#233;gu&#233; de La Tribune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pressions de LVMH sur son journal, qui prend soin de rappeler a qui il appartient dans tout article le concernant, sont en effet minimes si on les compare, par exemple, a celles exerc&#233;es chez Dassault sur l'hebdomadaire &lt;i&gt;Valeurs actuelles&lt;/i&gt;. Des interf&#233;rences qui d&#233;passent les intentions affich&#233;es par les descendants de Marcel Dassault, d'en faire un d&#233;fenseur des id&#233;es lib&#233;rales... ou bien un &#233;quivalent fran&#231;ais de l'hebdomadaire de r&#233;f&#233;rence anglais &lt;i&gt;The Economist&lt;/i&gt; ! Le 6 juin 1998, peu de temps apr&#232;s avoir &#233;t&#233; achet&#233; par l'avionneur, le magazine a vocation g&#233;n&#233;raliste et patrimoniale a publi&#233; quatre pages &#224; la gloire de son nouvel actionnaire ; pr&#233;sent&#233;es comme un scoop sur un projet d'avion supersonique, elles &#233;taient sign&#233;es par le directeur de la r&#233;daction en personne, Fran&#231;ois d'Orcival. Le 12 juin 1999, &lt;i&gt;Valeurs actuelles&lt;/i&gt; a consacr&#233; 22 de ses 114 pages au Salon du Bourget, dans un dossier-catalogue favorable a l'aviation fran&#231;aise. &#034; Ce n'est pas du journalisme, ils font honte a notre m&#233;tier, mais il s'agit d'un cas extr&#234;me &#034; commente le porte-parole d'un groupe de presse concurrent... dont les journalistes n'ont jamais enqu&#234;t&#233; sur ces interf&#233;rences. Fran&#231;ois d'Orcival, quant a lui, n'a pas voulu r&#233;pondre a nos questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, &#224; la d&#233;pendance financi&#232;re, et &#224; l'indulgence &#224; l'&#233;gard de groupes de presse concurrents, on ajoute les pressions publicitaires ou bien les affinit&#233;s culturelles m&#234;l&#233;es de fascination r&#233;ciproque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon une enqu&#234;te dirig&#233;e par Alain Accardo, (Journalistes pr&#233;caires, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, toute la presse &#233;conomique peut a des degr&#232;s divers &#234;tre accus&#233;e de connivence. &#034; Plus grave que la pression des actionnaires, il y a les conditions dans lesquelles s'exerce le m&#233;tier des journalistes, qui ne les incite pas a faire de l'investigation &#034; souligne Guillaume Duval, r&#233;dacteur en chef adjoint du mensuel macro&#233;conomique ind&#233;pendant &lt;i&gt;Alternatives Economiques&lt;/i&gt;. Le Canard encha&#238;n&#233;, symbole d'opposition, tr&#232;s solide financi&#232;rement et ind&#233;pendant lui aussi, serait-il le seul support qui puisse r&#233;sister a l'&#233;ventuelle pression de groupes attach&#233;s a d&#233;fendre leurs int&#233;r&#234;ts ? L'hebdomadaire satirique s'est par exemple permis, le 14 octobre 1998, d'&#233;mettre des r&#233;serves sur la sant&#233; financi&#232;re de Vivendi, groupe qui a b&#233;n&#233;fici&#233; d'une couverture favorable de l'ensemble des m&#233;dias, sous le titre de premi&#232;re page &#034; Le rapport qui douche le p&#233;d&#233;g&#233; de Vivendi &#034;. Mais le &lt;i&gt;Canard&lt;/i&gt;, dont les effectifs sont limit&#233;s et se consacrent surtout a l'actualit&#233; politique, se contente de jouer les francs-tireurs, avec les armes de la d&#233;nonciation et du ricanement. L'article en question, reprenant les extraits d'un rapport confidentiel d'une filiale du Cr&#233;dit lyonnais, n'&#233;tait pas le fruit d'un travail d'investigation ; il se limitait a pr&#233;senter les extraits d'une &#233;tude, parmi d'autres, sur les perspectives financi&#232;res de l'ex-Compagnie g&#233;n&#233;rale des eaux. &#034; Nous pouvons difficilement mener de longues enqu&#234;tes de fonds sur des grands groupes, parce que notre r&#233;putation leur fait peur et nous ferme des portes &#034; reconna&#238;t Nicolas Brimo, auteur de l'article sur Vivendi. Ce type de scoop illustre les m&#233;rites du &lt;i&gt;Canard&lt;/i&gt;, mais aussi son manque de cr&#233;dibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France dispose cependant d'une publication reconnue pour sa capacit&#233; a mener de longs reportages d'investigation sur des entreprises puissantes, le mensuel &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;. Ce magazine contr&#244;l&#233; par le groupe d'&#233;dition allemand Bertelsmann, via sa filiale fran&#231;aise Prisma Presse dirig&#233;e par Axel Ganz, dispose d'une solidit&#233; financi&#232;re &#233;tablie sur une politique de fid&#233;lisation des lecteurs avant celle des annonceurs. Il se permet notamment, depuis plus de deux ans, d'&#234;tre en conflit ouvert avec Intermarch&#233;, suite a un article qui n'a pas plu a la cha&#238;ne de distribution [&lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, avril 1997. Lire &#224; ce sujet l'edito du REC dans son numero de novembre, et &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 13/1/98]. Mais cette ind&#233;pendance, qualifi&#233;e de &#034;b&#233;ton&#034; par une journaliste qui suit pour un autre journal des entreprises couvertes par &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, ne l'emp&#234;che pas de souffrir d'un conformisme d'un autre niveau, li&#233; justement a sa politique de s&#233;duction des lecteurs. &#034; Notre libert&#233; est fond&#233;e sur un paradoxe : nous avons exploit&#233; a fond les r&#232;gles du marketing, qui nous incitent a n&#233;gliger certains secteurs &#233;conomiques. Nous privil&#233;gions la couverture de firmes comme Nike ou Carrefour, au d&#233;triment de groupes moins grand public mais aussi importants comme Saint-Gobain ou Alstom &#034; note un journaliste de &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;. La mise en sc&#232;ne de l'information, caract&#233;ris&#233;e par une compartimentation de l'actualit&#233; destin&#233;e &#224; faciliter la lecture, peut m&#234;me nuire, parfois, a la qualit&#233; de l'information. &#034; Il nous arrive d'exag&#233;rer sur la r&#233;alit&#233; d'une soci&#233;t&#233;, afin qu'elle puisse 'entrer' dans une rubrique &#034; reconna&#238;t un autre membre de cette r&#233;daction, dont la direction n'a pas r&#233;pondu a nos questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de journalistes partagent les valeurs et les convictions des milieux d'affaires, sans donner assez d'importance aux autres centres d'int&#233;r&#234;t de la soci&#233;t&#233;. &#034; Presque partout, la logique lib&#233;rale semble tenir lieu de ligne r&#233;dactionnelle. On encourage la concurrence lorsqu'il s'agit de services publics, forc&#233;ment appel&#233;s a p&#233;ricliter, et on approuve les concentrations lorsqu'il s'agit de soci&#233;t&#233;s priv&#233;es &#034;, soutient Jean-Marie Gisclard au Groupe Expansion. Charg&#233; de cours a l'universit&#233; de Lille, il est un des rares journalistes &#233;conomiques a s'&#234;tre exprim&#233; publiquement sur ces questions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Remarques publi&#233;es dans le courrier des lecteurs du Monde, le 10 f&#233;vrier 1998.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une pr&#233;occupation partag&#233;e par certains de ses confr&#232;res aux Etats-Unis avec plus de r&#233;sonance, car contrairement a la France, on y dispose d'une presse &#233;crite sp&#233;cialis&#233;e dans l'introspection des m&#233;dias&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une dizaine de publications am&#233;ricaines, notamment la Columbia journalism (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fa&#231;on dont la presse a trait&#233; une petite entreprise de 20 salari&#233;s, Info Elec, sp&#233;cialis&#233;e dans les films pour circuits imprim&#233;s, illustre cette &#233;troitesse de vue. Conseill&#233;e par un ancien responsable communication de grands groupes industriels, cette soci&#233;t&#233; a, d'apr&#232;s son PDG, fait l'objet de plus de 200 articles, relay&#233;s par une vingtaine d'&#233;missions de t&#233;l&#233;vision, depuis l'&#233;t&#233; 1996, lorsqu'elle a annonc&#233; le d&#233;m&#233;nagement de son si&#232;ge au Royaume Uni pour des raisons fiscales. Jusque l&#224;, seule la presse sp&#233;cialis&#233;e en &#233;lectronique avait &#233;crit sur elle. Pourtant, environ 250 autres soci&#233;t&#233;s auraient &#233;galement pris la m&#234;me d&#233;cision, depuis, sans que les journalistes, a de tr&#232;s rares exceptions pr&#232;s, aient voulu ou pu briser le mur de discr&#233;tion qui les entoure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ph&#233;nom&#232;ne de soci&#233;t&#233; ou coup artificiellement entretenu par les m&#233;dias ? Les journaux ont, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, soit reproduit l'annonce d'Info Elec sans r&#233;pondre a cette question, soit critiqu&#233; cette op&#233;ration a partir de donn&#233;es erron&#233;es sur la r&#233;alit&#233; sociale britannique. &#034; Notre succ&#232;s m&#233;diatique est essentiellement d&#251; au fait que nous avons propos&#233; des chiffres concrets a la presse &#034; explique le PDG, Olivier Cadic. A savoir un compte de r&#233;sultat comparatif de sa soci&#233;t&#233;, montrant qu'en 1995, au Royaume Uni, elle aurait gagn&#233; 1,5 millions de francs, contre les 400 000 francs effectivement r&#233;alis&#233;s en France. Rares sont les publications qui ont refait un calcul comparatif des deux fiscalit&#233;s, ou bien &#233;voqu&#233; le possible lien entre la faiblesse des imp&#244;ts et le mauvais niveau d'&#233;ducation des travailleurs britanniques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'essentiel du Management, f&#233;vrier 1998. Le PDG d'Info Elec affirme que &#034; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De son c&#244;t&#233;, Olivier Cadic reproche a la presse d'avoir pass&#233; sous silence les entraves de l'administration fran&#231;aise contre les d&#233;localisations &#034; justifi&#233;es par des charges sociales et fiscales excessives &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insuffisance de moyens et de temps consacr&#233;s aux reportages se traduit, dans la pratique, par le recours a un nombre limit&#233; de sources. Si nous reprenons l'exemple des articles sur Michelin ou LVMH/Gucci d&#233;j&#224; mentionn&#233;s, les journalistes ont essentiellement interrog&#233; des analystes financiers ou bien des voix autoris&#233;es des entreprises concern&#233;es. &#034; Citer syst&#233;matiquement un ouvrier ou un repr&#233;sentant du personnel dans un article traitant de la situation financi&#232;re d'une entreprise s'apparente trop a une greffe artificielle &#034;, explique Gilles Coville, le directeur de la r&#233;daction du &lt;i&gt;Revenu fran&#231;ais&lt;/i&gt;. &#034; Nous sommes davantage multisources lorsque nous traitons des th&#232;mes de port&#233;e plus g&#233;n&#233;rale, comme les 35 heures &#034;. Un travail de reportage pourtant d'autant plus n&#233;cessaire que, avec la terreur du ch&#244;mage, &#233;quilibrer une enqu&#234;te avec l'interview de syndicalistes ne suffit plus. &#034; M&#234;me les repr&#233;sentants du personnel pratiquent la langue de bois aujourd'hui, par corporatisme, et pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de leur entreprise &#034;, note Jean-Fran&#231;ois Julliard, journaliste au &lt;i&gt;Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture des crit&#232;res d'&#233;valuation des journalistes d'un magazine &#233;conomique fran&#231;ais reconnu et contr&#244;l&#233; par un grand groupe est &#233;loquente. On y insiste sur le respect des d&#233;lais et la qualit&#233; du style d'&#233;criture, mais rien sur la v&#233;rification des faits ou sur la repr&#233;sentativit&#233; des sources. Dans l'indiff&#233;rence de ses confr&#232;res, un journaliste de cette r&#233;daction a notamment pris pour habitude de citer les propos g&#233;n&#233;raux et anodins de myst&#233;rieux &#034; analystes &#034; et &#034; observateurs &#034;, sans indication de leurs noms ou de leur profession. &#034; Difficile de l'accuser de bidonnage, m&#234;me si tout porte a croire qu'il a invent&#233; ou repris ces citations sur Internet ou sur une publication concurrente &#034;, confie une de ses consoeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pratique, destin&#233;e a dissimuler un d&#233;ficit de reportage, est r&#233;v&#233;latrice du manque de temps et de contr&#244;le de qualit&#233; dans certaines r&#233;dactions. Tir&#233;e par le succ&#232;s des reportages du magazine &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, la presse &#233;conomique a cependant d&#233;velopp&#233; ses efforts en mati&#232;re d'enqu&#234;tes de terrain ces derni&#232;res ann&#233;es. En d&#233;cembre dernier, un num&#233;ro de &lt;i&gt;L'Expansion&lt;/i&gt; consacr&#233; aux &#034;world companies&#034; (aux entreprises multinationales), r&#233;servait un chapitre aux inqui&#233;tudes des ouvriers face aux restructurations mises en oeuvre par celles-ci. &#034; Nous n'aurions peut-&#234;tre pas estim&#233; utile d'effectuer cette enqu&#234;te il y a dix ans &#034;, reconna&#238;t Damien Dufour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une sensibilisation des lecteurs sur les silences des m&#233;dias reste n&#233;cessaire pour inciter les journaux &#233;conomiques &#224; effectuer davantage d'enqu&#234;tes approfondies. Lors des Rencontres de P&#233;trarque, diffus&#233;es par France Culture au mois d'ao&#251;t 1999, une vingtaine de personnalit&#233;s du monde intellectuel et politique ont discut&#233; pendant plus de huit heures sur la place des m&#233;dias dans notre soci&#233;t&#233;. Comme Ivan Leva&#239; cit&#233; plus haut, dans la m&#234;me ville du sud de la France, la grosse majorit&#233; des intervenants s'est davantage inqui&#233;t&#233; de l'agressivit&#233; des journalistes, que de leur indulgence a l'&#233;gard des pouvoirs &#233;tablis. &#034; Je r&#234;ve de pouvoir attaquer la presse passive, domestiqu&#233;e, comme on le fait avec celle qui enfreint la vie priv&#233;e &#034; s'est content&#233; de souligner un intervenant italien, sans bousculer le consensus ambiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Pierre Tailleur&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adresses &#233;lectroniques : jptaille@teleline.es OU jptailleur@libertysurf.fr&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Version originale d'un article publi&#233; dans &#034;Le Monde diplomatique&#034; en sept. 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;bat organis&#233; par l'Agence de presse &#233;conomique, correspondante de &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt; en Languedoc-Roussillon (17 novembre 1998).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Revenu fran&#231;ais&lt;/i&gt; du 13 novembre 1998, article de premi&#232;re page intitul&#233; &#034; Michelin, achetez ses pneus, pas ses titres &#034;. Ivan Leva&#239; a par ailleurs rappel&#233; qu'il a des contacts privil&#233;gi&#233;s avec Fran&#231;ois Michelin : avec son confr&#232;re Yves Messarovitch du Groupe Expansion, il vient de publier une interview fleuve de l'industriel de Clermont-Ferrand (&lt;i&gt;Et pourquoi pas ?&lt;/i&gt;, Grasset, octobre 1998).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sondage r&#233;alis&#233; par le cabinet d'audit Deloitte &amp; Touche (octobre 1996) sur &#034; la perception des entreprises par les journalistes &#233;conomiques et sociaux &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon une enqu&#234;te dirig&#233;e par Alain Accardo, (&lt;i&gt;Journalistes pr&#233;caires&lt;/i&gt;, Editions Le Mascaret, 1998), la pr&#233;carit&#233; croissante de cette profession influe sur le contenu de l'information. Beaucoup de journalistes trouvent dans les relations privil&#233;gi&#233;es avec les entreprises et leurs dirigeants un statut social qui compense la faiblesse de leurs revenus. Lire &#233;galement &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; de d&#233;cembre 1998, sur les connivences de la presse avec les annonceurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Remarques publi&#233;es dans le courrier des lecteurs du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, le 10 f&#233;vrier 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une dizaine de publications am&#233;ricaines, notamment la &lt;i&gt;Columbia journalism review&lt;/i&gt;, sortent r&#233;guli&#232;rement de longues enqu&#234;tes - et pas seulement des &#233;ditos - sur les questions de d&#233;ontologie et les pressions &#233;conomiques exerc&#233;es sur la presse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'essentiel du Management&lt;/i&gt;, f&#233;vrier 1998. Le PDG d'Info Elec affirme que &#034; d'autres magazines ont v&#233;rifi&#233; le comparatif d&#232;s le mois d'octobre 96 &#034;, mais sans les citer. Lire &#233;galement &#034; L'industrie britannique confront&#233;e au d&#233;ficit de son mod&#232;le &#034; dans &lt;i&gt;L'Usine nouvelle&lt;/i&gt; du 14 janvier 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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