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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>Science et journalisme : l'exemple de la g&#233;n&#233;tique</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Science-et-journalisme-l-exemple-de-la-genetique</link>
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		<dc:date>2011-12-05T02:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bertrand Jordan</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Extraits du livre &lt;i&gt;Les Imposteurs de la g&#233;n&#233;tique &lt;/i&gt;de Bertrand Jordan.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Journalisme-et-sciences-" rel="directory"&gt;Journalisme et sciences&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous, avec l'autorisation de l'auteur, de larges extraits d'un chapitre &#8211; &#171; Anatomie d'une d&#233;formation &#187; &#8211; du livre de Bertrand Jordan, &lt;i&gt;Les Imposteurs de la g&#233;n&#233;tique&lt;/i&gt; (&#233;ditions du Seuil, 2000). Ils sont suivis de commentaires de l'auteur, r&#233;dig&#233;s &#224; l'occasion de cette publication. Intertitres d'Acrimed.
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce chapitre analyse, &#224; propos de la g&#233;n&#233;tique, une question plus g&#233;n&#233;rale : d'o&#249; viennent les d&#233;ficiences de l'information scientifique ? Ce sera l'objet du prochain Jeudi d'Acrimed, le 8 d&#233;cembre &#224; Paris : &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article3719.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Un autre journalisme scientifique est-il possible ? &#187;&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;Acrimed&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les m&#233;dias n'ont jamais autant parl&#233; de g&#233;n&#233;tique. Rien d'&#233;tonnant : c'est sans doute, parmi les sciences, celle qui a le plus progress&#233; au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es, et elle concerne tr&#232;s directement chacun de nous. Les m&#233;dias en parlent, mais l'information transmise est souvent partielle, d&#233;form&#233;e et parfois m&#234;me fausse : l'exemple du &#171; g&#232;ne de la criminalit&#233; &#187; n'est h&#233;las pas unique. Je pense surtout ici &#224; la grande presse et aux actualit&#233;s t&#233;l&#233;vis&#233;es. Les revues sp&#233;cialis&#233;es, les &#233;missions sp&#233;cifiques sont g&#233;n&#233;ralement de bonne tenue, mais leur audience reste limit&#233;e : le grand public, dont l'int&#233;r&#234;t pour les avanc&#233;es de la g&#233;n&#233;tique est manifeste, est assez mal inform&#233; par son quotidien, son hebdomadaire ou son journal t&#233;l&#233;vis&#233;. Du coup ses espoirs tout comme ses craintes sont parfois peu fond&#233;s. Essayons de comprendre les raisons de cet &#233;tat de fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du c&#244;t&#233; des journalistes scientifiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je commencerai par les journalistes scientifiques. Contrairement &#224; ce qu'imaginent na&#239;vement beaucoup de chercheurs, leur rang dans un quotidien ou un magazine n'est gu&#232;re enviable : la science y constitue souvent un secteur secondaire, moins prestigieux que la rubrique politique, celle de la mode ou des sports. Les moyens et le temps dont ils disposent sont donc tr&#232;s limit&#233;s. Et, bien que certains d'entre eux soient excellents, beaucoup souffrent d'une formation limit&#233;e &#224; un dipl&#244;me universitaire, et n'ont aucune exp&#233;rience directe du monde de la recherche. En outre, leurs objectifs de carri&#232;re visent souvent plus &#224; s'&#233;vader de cette &#171; orni&#232;re &#187; (la rubrique scientifique) qu'&#224; approfondir les diverses facettes de la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est lors d'un congr&#232;s d&#233;j&#224; ancien, &#224; P&#233;kin en 1986, que je fus pour la premi&#232;re fois confront&#233; directement &#224; cet &#233;tat de fait. Il s'agissait d'un colloque international sur le cancer organis&#233; par l'ARC, &#224; la grande &#233;poque du r&#232;gne de ce Crozemarie qui s'est depuis r&#233;v&#233;l&#233; &#234;tre un escroc d'envergure. En ce temps, nous nourrissions d&#233;j&#224; quelques doutes sur la rigueur de sa gestion : l'attribution des cr&#233;dits aux laboratoires nous paraissait arbitraire et peu transparente. Mais nous &#233;tions loin de nous douter qu'une fraction importante des dons &#233;tait d&#233;tourn&#233;e &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; des soci&#233;t&#233;s-&#233;cran, dans un but d'enrichissement personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le congr&#232;s comportait un programme scientifique s&#233;rieux, et rassemblait une brochette d'experts am&#233;ricains et fran&#231;ais de haut niveau. Sa tenue en Chine pouvait se justifier : ce pays offre la possibilit&#233; d'&#233;tudier de grandes populations tr&#232;s homog&#232;nes, solidement encadr&#233;es par un Parti tentaculaire, et qui se pr&#234;tent bien aux &#233;tudes &#233;pid&#233;miologiques destin&#233;es &#224; r&#233;v&#233;ler les facteurs de risque. Les scientifiques am&#233;ricains en avaient per&#231;u l'int&#233;r&#234;t, et pr&#233;sentaient par exemple d'int&#233;ressants travaux sur l'incidence du cancer du nasopharynx au sein de deux provinces peupl&#233;es chacune de plusieurs millions de paysans, ayant la m&#234;me alimentation mais employant des combustibles diff&#233;rents pour le foyer &#224; feu ouvert de leurs cahutes. Des groupes aussi statiques, aussi homog&#232;nes constituent un outil id&#233;al pour des &#233;pid&#233;miologistes, &#224; l'inverse de la population mobile et diversifi&#233;e des &#201;tats-Unis pour laquelle la constitution des &#233;chantillons-t&#233;moin est souvent un redoutable casse-t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce colloque &#233;tait aussi, et surtout, une op&#233;ration publicitaire pour l'ARC. Tenu au Great Wall Sheraton Hotel de P&#233;kin, dans une d&#233;bauche de luxe &#224; l'am&#233;ricaine assez choquante face au d&#233;nuement visible dans les rues de la ville, il rassemblait une quarantaine de chercheurs, et un nombre nettement plus &#233;lev&#233; de journalistes. Proportion tout &#224; fait incongrue : la presse est d'habitude peu pr&#233;sente dans nos congr&#232;s. En fait, ils avaient &#233;t&#233; invit&#233;s par l'ARC afin d'assurer la couverture de cet &#171; &#233;v&#232;nement &#187;, et la promotion du pr&#233;sident Crozemarie. Dans l'ensemble, je fus tr&#232;s surpris de leurs centres d'int&#233;r&#234;t, et plut&#244;t d&#233;&#231;u par leur niveau de connaissances. Sans doute un peu innocent &#224; l'&#233;poque, je fus choqu&#233; de d&#233;couvrir que leur pr&#233;occupation essentielle n'&#233;tait pas d'appr&#233;hender l'&#233;volution des connaissances sur le cancer, mais de savoir si Thierry le Luron (alors r&#233;cemment disparu) &#233;tait mort du sida comme en courait apparemment la rumeur...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple, d&#233;j&#224; ancien, est sans doute caricatural. Il faut reconna&#238;tre que ces journalistes effectuent leur travail dans des conditions souvent difficiles. Manque de consid&#233;ration, et donc de moyens, au sein de leur journal ; exigence du sensationnel, de l'information-choc qui fait vendre, amenant parfois la toute-puissante r&#233;daction &#224; coiffer, contre la volont&#233; du journaliste, un article relativement mesur&#233; d'un titre accrocheur (et faux) ; imp&#233;ratifs de l'actualit&#233;, obligeant &#224; &#171; couvrir &#187; un &#233;v&#232;nement en catastrophe, sans recul et sans possibilit&#233; d'effectuer les v&#233;rifications n&#233;cessaires. Du coup, il est fr&#233;quent qu'un scientifique interrog&#233; par un journaliste n'ait pas communication du texte de son &#171; interview &#187; avant parution. C'est d'autant plus g&#234;nant qu'il est courant d'encadrer de guillemets des phrases que le lecteur consid&#232;re d&#232;s lors comme citation &lt;i&gt;verbatim&lt;/i&gt;, alors qu'elles sont compos&#233;es par l'intervieweur et cens&#233;es r&#233;sumer la position du chercheur. Les contresens ne sont pas rares. Leurs cons&#233;quences peuvent &#234;tre redoutables, pour la r&#233;putation personnelle de celui qui s'est fait pi&#233;ger, mais aussi du fait des contre-v&#233;rit&#233;s ainsi rev&#234;tues de son autorit&#233; et largement diffus&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du c&#244;t&#233; des chercheurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pauvre scientifique, victime des m&#233;dias ! Est-il totalement innocent ? En g&#233;n&#233;ral, non. Parfois, inconscient ou na&#239;f, il d&#233;bite un cours magistral qui t&#233;moigne certes de son haut niveau de connaissances mais reste totalement obscur pour son interlocuteur. Souvent aussi le chercheur, le nez dans ses exp&#233;riences, ignorant les sensibilit&#233;s du monde ext&#233;rieur, emploie sans pr&#233;cautions un jargon de laboratoire riche en raccourcis aussi commodes que scabreux. &#171; Le g&#232;ne de la schizophr&#233;nie &#187;, l'expression est employ&#233;e dans l'&#233;quipe pour faire court, et chacun est conscient (du moins je l'esp&#232;re !) que ce terme d&#233;signe en fait &#171; un g&#232;ne, encore hypoth&#233;tique, dont nos &#233;tudes indiquent qu'il pourrait se situer vers le milieu du bras long du chromosome 11, et dont un all&#232;le particulier, dans les familles finlandaises que nous avons &#233;tudi&#233;es, ferait passer le risque de schizophr&#233;nie pour ses porteurs de 1 % &#224; 20 % &#187;. Si le raccourci est employ&#233; sans pr&#233;cautions, le journaliste qui recherche un &lt;i&gt;scoop&lt;/i&gt; susceptible d'attirer ses lecteurs et de plaire &#224; son r&#233;dacteur en chef risque tout naturellement de prendre l'interlocuteur au mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de cette na&#239;vet&#233;, les chercheurs ont une tendance bien compr&#233;hensible &#224; exag&#233;rer la port&#233;e de leurs travaux, &#224; privil&#233;gier l'importance de ce qui est leur fonds de commerce et leur raison sociale. Cette g&#233;n&#233;tique &#224; laquelle ils consacrent leur vie professionnelle, cet ADN qu'ils s'attachent &#224; collecter, extraire, cloner, cartographier, s&#233;quencer, ces g&#232;nes qu'ils mettent parfois des ann&#233;es &#224; identifier, tendant vers eux l'effort de toute une &#233;quipe tenaill&#233;e par la crainte de se faire &#171; griller &#187; par un laboratoire concurrent, n'est il pas normal qu'ils finissent par en faire l'alpha et l'om&#233;ga de la vie, par en privil&#233;gier le r&#244;le au d&#233;triment de tout le reste ? Il faut du temps, le temps de la r&#233;flexion, celui aussi de la confrontation avec des personnes d'autres horizons, pour prendre le recul n&#233;cessaire et situer un travail de recherche par rapport &#224; la probl&#233;matique de l'existence et aux enjeux de notre soci&#233;t&#233;. Dans la course au r&#233;sultat, &#224; la publication, qui conditionne de plus en plus la survie d'une &#233;quipe, dans la comp&#233;tition souvent tr&#232;s dure qui se d&#233;veloppe sur le plan international, ce recul n&#233;cessaire est souvent oubli&#233;, et peut alors alimenter toutes sortes de d&#233;viations m&#233;diatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;viation est moins excusable si elle devient syst&#233;matique. Le cas est plus fr&#233;quent que ne le pense, &#224; tort h&#233;las, un public souvent encore persuad&#233; qu'un chercheur est par d&#233;finition honn&#234;te, s&#233;rieux et fiable. Il y a parmi nous, comme partout, quelques cabotins : personnages suffisants, imbus de leur importance, et qui, parce qu'ils ont un jour particip&#233; &#224; une avanc&#233;e importante de la science, se croient autoris&#233;s &#224; donner doctement leur avis sur une multitude de sujets dont ils n'ont souvent qu'une id&#233;e assez vague. Cela arrange les journalistes, qui n'aiment pas multiplier les interlocuteurs et pour lesquels il est commode de s'adresser toujours aux m&#234;mes. Il se trouve aussi des scientifiques pour utiliser les m&#233;dias, consciemment ou non. Certains contrebalancent de cette mani&#232;re la mise en cause de leurs r&#233;sultats par leurs pairs, et font ainsi, sur les &#233;crans ou dans la grande presse, la promotion de d&#233;couvertes sur la m&#233;moire de l'eau, ou celle du vaccin qu'ils pourraient mettre au point tr&#232;s vite... si seulement on leur en donnait les moyens. D'autres font carr&#233;ment de la r&#233;clame commerciale : simultan&#233;ment responsables d'un laboratoire universitaire et actionnaires d'une compagnie de biotechnologie, ils gonflent l'importance de r&#233;sultats r&#233;cemment obtenus dans le premier et dont l'application industrielle est confi&#233;e &#8211; parfois au m&#233;pris des r&#232;gles l&#233;gales &#8211; &#224; la seconde. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'exag&#233;rons rien, ces d&#233;viations ne concernent qu'une minorit&#233; : certains scientifiques assurent fort bien leur r&#244;le p&#233;dagogique et m&#233;diatique, d'autres g&#232;rent avec rigueur leur double appartenance au monde de la recherche et &#224; celui de l'industrie. Plus r&#233;pandue, plus grave sans doute est la relative indiff&#233;rence qui r&#232;gne dans le milieu scientifique vis-&#224;-vis de la &#171; vulgarisation &#187;. La nuance p&#233;jorative attach&#233;e &#224; ce terme n'est pas fortuite, et, malgr&#233; les vertueuses d&#233;clarations d'intention officielles, cette activit&#233; n'est pas prise tr&#232;s au s&#233;rieux par l'&lt;i&gt;establishment&lt;/i&gt;. Elle est plus consid&#233;r&#233;e comme l'apanage de chercheurs vieillissants, ou m&#234;me rat&#233;s, que comme une activit&#233; normale faisant partie int&#233;grante du r&#244;le du scientifique ; et les commissions qui r&#232;glent l'avancement des chercheurs consid&#232;rent leurs activit&#233;s dans ce domaine avec plus de suspicion que de bienveillance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du c&#244;t&#233; des publics&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos concitoyens, enfin, sont mal arm&#233;s pour se faire une image coh&#233;rente et correcte de la g&#233;n&#233;tique. L'int&#233;r&#234;t du public est vif, l'audience des revues sp&#233;cialis&#233;es en t&#233;moigne, tout comme le renouveau des &#233;missions t&#233;l&#233;vis&#233;es sur le sujet. Mais la nouvelle g&#233;n&#233;tique est devenue une &#171; science dure &#187; : moins r&#233;barbative dans sa formulation que les math&#233;matiques pures ou la physique quantique, elle exige n&#233;anmoins un ensemble &#233;tendu de connaissances et une certaine familiarit&#233; avec les chiffres. Or notre culture nationale reste essentiellement litt&#233;raire. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'y ajoute une certaine paresse intellectuelle, conduisant &#224; accepter sans r&#233;ticence des explications que l'on sent simplistes afin de s'&#233;viter l'effort d'appr&#233;hender la complexit&#233; du r&#233;el. Simplification &#224; laquelle concourent tout naturellement les m&#233;dias, terrifi&#233;s &#224; l'id&#233;e de lasser leur audience et de perdre ainsi un point d'audimat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre pays, la vision de la g&#233;n&#233;tique a &#233;t&#233; fortement influenc&#233;e par l'action de l'Association Fran&#231;aise contre les Myopathies et par le retentissement des T&#233;l&#233;thons annuels gr&#226;ce auxquels elle finance aides aux malades et recherches sur les affections h&#233;r&#233;ditaires et sur leur th&#233;rapie. L'AFM a fait faire de tr&#232;s grands progr&#232;s &#224; la g&#233;n&#233;tique, et en a puissamment popularis&#233; le r&#244;le et la d&#233;marche. C'est gr&#226;ce &#224; elle que la plupart des Fran&#231;ais ont d&#233;couvert l'ADN, les g&#232;nes et leur r&#244;le dans certaines maladies. Pourtant, et malgr&#233; toutes les pr&#233;cautions prises, je crains que son effort n'ait aussi contribu&#233; &#224; renforcer les tendances que je d&#233;nonce. Organiser un T&#233;l&#233;thon afin de collecter plusieurs centaines de millions de francs dont la majeure partie sera consacr&#233;e &#224; la recherche sur les g&#232;nes am&#232;ne fatalement &#224; insister sur leur importance, quelquefois de mani&#232;re excessive, et ainsi &#224; participer &#224; ce mouvement d'opinion g&#233;n&#233;ral. L'action extraordinairement positive de l'AFM s'inscrit ainsi, malgr&#233; elle, dans une tendance qui privil&#233;gie les explications g&#233;n&#233;tiques ; elle a parfois aussi contribu&#233; &#224; entretenir un optimisme exag&#233;r&#233; quant aux retomb&#233;es &#224; court terme de ces recherches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de ces influences convergentes, il n'est pas &#233;tonnant que la g&#233;n&#233;tique donne lieu dans les m&#233;dias &#224; tant d'exag&#233;rations, de d&#233;formations, de craintes inutiles et d'espoirs mal fond&#233;s. On peut certes r&#234;ver que les r&#233;dacteurs en chef accordent subitement plus d'importance &#224; une information pr&#233;cise et mesur&#233;e qu'aux chiffres de vente, que la science en g&#233;n&#233;ral et la biologie en particulier prennent enfin dans notre enseignement et surtout notre culture une place plus en rapport avec leur importance. Plus modestement, que les chercheurs fassent plus d'efforts pour r&#233;fl&#233;chir sur le sens social de leurs travaux et pour les pr&#233;senter sous une forme accessible &#8211; qui imposera pourtant, sachons-le, un certain effort au public. C'est &#224; l'&#233;vidence un travail de longue haleine, pourtant important et n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bertrand Jordan&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;
&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commentaires de l'auteur &lt;/strong&gt;(3 d&#233;cembre 2011)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte ci-joint est extrait d'un livre publi&#233; il y a plus de dix ans &lt;i&gt;(Les Imposteurs de la g&#233;n&#233;tique&lt;/i&gt;, Bertrand Jordan, &#233;ditions du Seuil, 2000)&lt;/i&gt;. Les critiques s&#233;v&#232;res qu'il renferme, notamment &#224; l'&#233;gard de certains journalistes scientifiques, m'avaient valu &#224; l'&#233;poque quelques inimiti&#233;s&#8230; &#192; la relecture, je n'y trouve rien d'excessif. Bien s&#251;r, le monde a chang&#233; depuis, mais pour l'essentiel les probl&#232;mes &#233;voqu&#233;s restent d'actualit&#233; &#8211; certains sont m&#234;me devenus plus aigus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes d'&#233;volutions positives, on peut constater que la culture du grand public &#224; l'&#233;gard de la g&#233;n&#233;tique s'est am&#233;lior&#233;e, que des entit&#233;s comme l'ADN, par exemple, sont aujourd'hui famili&#232;res. Mais la g&#233;n&#233;tique et la g&#233;nomique ont fait de tels progr&#232;s dans l'intervalle que le d&#233;calage reste tout aussi criant. Il me semble aussi que la qualification des journalistes scientifiques est aujourd'hui meilleure (surtout par rapport &#224; l'&#233;chantillon assez particulier dont je parlais dans ce texte), et qu'ils jouissent de plus de consid&#233;ration et de stabilit&#233; dans leur profession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins des tendances lourdes jouent en sens inverse, et font que, au total, la situation est plut&#244;t pire aujourd'hui qu'en 1990. La biologie (singuli&#232;rement la g&#233;nomique) est devenue une science r&#233;clamant de gros moyens, et simultan&#233;ment tous les syst&#232;mes de financement se sont mis &#224; insister sur les retomb&#233;es &#233;conomiques et m&#233;dicales. Dans la course aux contrats qui est aujourd'hui indispensable &#224; la survie d'un laboratoire (c'&#233;tait beaucoup moins vrai il y a dix ans), il est essentiel de mettre en avant les applications des recherches men&#233;es, et cela pousse souvent &#224; en exag&#233;rer l'importance et la proximit&#233; dans le temps. Le discours des chercheurs tend de plus en plus &#224; &#234;tre biais&#233; en ce sens, ce qui facilite naturellement les d&#233;rapages m&#233;diatiques. D'autant plus que m&#234;me les &#171; grandes &#187; revues de r&#233;f&#233;rence comme &lt;i&gt;Nature&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Science&lt;/i&gt; donnent elles aussi dans le spectaculaire afin d'accro&#238;tre leur lectorat, et sont sans doute influenc&#233;es dans leur processus d'acceptation par le c&#244;t&#233; m&#233;diatique (ou non) de telle ou telle avanc&#233;e scientifique. Enfin l'interp&#233;n&#233;tration de plus en plus pouss&#233;e entre recherche fondamentale et industrie biotechnologique (qui est en soi positive) peut elle aussi pousser le chercheur &#224; un optimisme exag&#233;r&#233;, lorsqu'en d&#233;pend la lev&#233;e de fonds de sa &lt;i&gt;start up&lt;/i&gt; en &lt;i&gt;biotech&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conf&#233;rence sur le journalisme scientifique &#224; l'occasion de laquelle est repris ce chapitre me semble donc tout &#224; fait n&#233;cessaire, et je souhaite qu'elle donne lieu &#224; des r&#233;flexions de fond mais aussi qu'elle d&#233;bouche sur des actions concr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marseille, le 3 d&#233;cembre 2011&lt;br&gt;
Bertrand Jordan&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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