<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
	<link>https://www.acrimed.org/</link>
	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.acrimed.org/spip.php?id_auteur=196&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
		<url>https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L144xH69/siteon0-505bf.png?1776672965</url>
		<link>https://www.acrimed.org/</link>
		<height>69</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Raret&#233;, r&#233;cence et r&#233;ticence : sur la m&#233;diatisation de la &#171; d&#233;linquance environnementale &#187;</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Rarete-recence-et-reticence-sur-la-mediatisation</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Rarete-recence-et-reticence-sur-la-mediatisation</guid>
		<dc:date>2022-06-07T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gr&#233;gory Salle, Maxime Friot</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Entretien avec Gr&#233;gory Salle.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Medias-et-ecologie-" rel="directory"&gt;M&#233;dias et &#233;cologie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L111xH150/arton6487-65a70.jpg?1776752914' class='spip_logo spip_logo_right' width='111' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec le chercheur en sciences sociales (et &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/_Gregory-Salle_&#034;&gt;compagnon de route d'Acrimed&lt;/a&gt;) Gr&#233;gory Salle, auteur de &lt;a href=&#034;https://www.seuil.com/ouvrage/qu-est-ce-que-le-crime-environnemental-gregory-salle/9782021461558&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce que le crime environnemental ?&lt;/i&gt;, Seuil, 2022&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_13398 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L450xH610/questcequelecrimeenvironnemental-69cbe.jpg?1776752914' width='450' height='610' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Acrimed &#8212; On sait que le traitement m&#233;diatique de la question environnementale en g&#233;n&#233;ral &#171; &lt;i&gt;n'est pas &#224; la hauteur des enjeux&lt;/i&gt; &#187;, &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Medias-et-environnement-Amis-journalistes&#034;&gt;comme l'exprimaient par exemple des associations de journalistes sp&#233;cialis&#233;s en janvier&lt;/a&gt;. Dans le premier chapitre de &lt;i&gt;Qu'est-ce que le crime environnemental ?&lt;/i&gt;, tu t'int&#233;resses &#224; l'un des aspects de cette question. Et le premier constat que tu fais, quelle que soit l'acception du concept de &#171; crime environnemental &#187; (&#224; grands traits : une acception juridique qui prend en compte les atteintes ill&#233;gales &#224; l'environnement &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt; une acception sociologique qui inclut aussi certaines atteintes l&#233;gales), c'est celui de la &#171; &lt;i&gt;raret&#233; des sujets qui sont consacr&#233;s&lt;/i&gt; &#187; au &#171; &lt;i&gt;th&#232;me de la d&#233;linquance ou de la criminalit&#233; environnementale au cours des derni&#232;res d&#233;cennies&lt;/i&gt; &#187;. Peux-tu pr&#233;senter ta m&#233;thode de comptage et l'id&#233;e qui la guide ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Gr&#233;gory Salle &#8212;&lt;/strong&gt; &#192; vrai dire, ce comptage est fait lui aussi &#171; &#224; grands traits &#187; ! Dans le cadre de cet essai, je me suis content&#233; de pr&#233;senter les grandes lignes, de donner des ordres de grandeur, qui restent &#224; affiner. L'id&#233;e de d&#233;part, c'&#233;tait de v&#233;rifier l'impression selon laquelle des notions comme &#171; d&#233;linquance &#233;cologique &#187; ou &#171; criminalit&#233; environnementale &#187; n'avaient pas r&#233;ussi &#224; s'imposer dans le d&#233;bat public, en tout cas qu'elles n'&#233;taient pas d'usage courant ou r&#233;gulier dans le discours m&#233;diatique. A priori leur &#171; potentiel de succ&#232;s &#187; ne para&#238;t pas mince&#8230; Et il y a bien des termes qui, en quelques ann&#233;es, deviennent quasiment incontournables, pour le meilleur et pour le pire (&#171; r&#233;silience &#187;&#8230;). Pourquoi donc cet insucc&#232;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;thode est classique : il s'agit de constituer et d'exploiter un corpus, c'est-&#224;-dire un ensemble de textes &#233;tabli syst&#233;matiquement &#224; partir de crit&#232;res d&#233;termin&#233;s. Trois corpus en l'occurrence : un pour la presse &#233;crite, un autre pour la radio et un dernier pour la t&#233;l&#233;vision. Pour la presse &#233;crite, c'est devenu assez facile, car il existe des bases de donn&#233;es sp&#233;cialis&#233;es donnant acc&#232;s au contenu des principaux titres. On peut donc constituer des corpus &#224; partir de mots-cl&#233;s, comme &#171; d&#233;linquance &#233;cologique &#187;, &#171; crimes environnementaux &#187; ou &#171; &#233;cocriminalit&#233; &#187;. Il y a &#233;videmment des limites, notamment l'acc&#232;s r&#233;duit &#224; certains supports domin&#233;s dans le &#8212; et situ&#233;s &#224; gauche du &#8212; champ journalistique, alors m&#234;me qu'ils sont en g&#233;n&#233;ral en pointe sur le sujet. Tout d&#233;pend &#233;videmment de la zone du champ que l'on cherche &#224; couvrir. Pour la radio et la t&#233;l&#233;vision, on b&#233;n&#233;ficie des fonds (le &#171; d&#233;p&#244;t l&#233;gal &#187;) de l'Institut national de l'audiovisuel (INA). Outre le &lt;a href=&#034;http://inatheque.ina.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;catalogue en ligne&lt;/a&gt;, qui offre d&#233;j&#224; la possibilit&#233; de travailler de l'ext&#233;rieur, les antennes r&#233;gionales de l'INA proposent des outils permettant d'aller plus loin, en commen&#231;ant par l'&#233;coute ou le visionnage des programmes concern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut alors effectuer une analyse, statistique ou plus &#171; litt&#233;raire &#187;, de ces corpus. C'est-&#224;-dire &#233;tudier &#224; la fois la couverture m&#233;diatique (qui en parle et quand, pour le dire vite) et le traitement m&#233;diatique (comment on en parle quand on en parle), d'un point de vue quantitatif et/ou qualitatif. Il n'y a pas de repr&#233;sentation graphique dans le livre, sous forme d'histogrammes ou de courbes, parce que ce n'est pas l'esprit de la collection dans laquelle il est publi&#233;, mais &#233;videmment &#231;a s'y pr&#234;te tr&#232;s bien pour donner &#224; voir des fr&#233;quences ou des tendances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre d'une analyse plus fouill&#233;e, on peut interroger les corpus &#224; partir des questions que l'on se pose, en leur appliquant une grille d'interpr&#233;tation compos&#233;e &#224; partir de variables. Par exemple : tel ou tel article ou programme porte-t-il sur un cas fran&#231;ais ou &#233;tranger ? L'accent est-il mis sur les causes ou sur les cons&#233;quences ? Une imputation de responsabilit&#233; est-elle ou non d&#233;celable et, si oui, quel type d'acteur est vis&#233; : un individu, un groupe informel, une entreprise, etc. ? Le mot &#171; capitalisme &#187; (ou &#171; anthropoc&#232;ne &#187;, ou autre) y figure-t-il au moins une fois ? Ce ne sont l&#224; que des exemples, parmi de nombreuses possibilit&#233;s. C'est par exemple ce qu'avait fait il y a d&#233;j&#224; dix ans une &lt;a href=&#034;https://www.inatheque.fr/medias/inatheque_fr/fonds_audiovisuels/utilisation_des_fonds/rapport_gis_climat_ifp2012.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;quipe r&#233;unie par Jean-Baptiste Comby et Vincent Romanet&lt;/a&gt; concernant le &#171; changement climatique &#187;. En toute rigueur, ce travail reste &#224; faire dans le cas qui nous occupe ; ce sera l'&#233;tape d'apr&#232;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Pour l'heure, quel bilan tires-tu ? Tu fais &#233;tat non seulement de la raret&#233;, mais aussi de la r&#233;cence du traitement m&#233;diatique sur le sujet&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en effet ce qui appara&#238;t en premi&#232;re approche. D'une part, la tr&#232;s faible visibilit&#233; du th&#232;me de la d&#233;linquance ou de la criminalit&#233; environnementale &lt;i&gt;en tant que tel&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire formul&#233; dans ces termes et pas seulement dans ceux, moins stigmatisants, de l'atteinte, du dommage, etc. Et d'autre part le caract&#232;re tr&#232;s r&#233;cent de son apparition si l'on se donne un minimum de profondeur historique. On rep&#232;re alors des tentatives sans lendemain, comme celles de Roger Cans, journaliste au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, qui en 1991 emploie les expressions &#171; crimes &#233;cologiques &#187; et &#171; d&#233;lit &#233;cologique &#187; dans le titre de deux articles distincts (l'un au sujet de la guerre, l'autre &#224; propos de la r&#233;pression judiciaire des atteintes &#224; l'environnement). Non seulement cet usage ne fait pas tache d'huile, mais ces locutions sont quasiment absentes de la circulation m&#233;diatique pendant les ann&#233;es 1990, tous titres de presse confondus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se dire que ce constat n'est pas en soi une grande surprise : s'il y avait eu un battage m&#233;diatique autour de la &#171; d&#233;linquance &#233;cologique &#187; ou de la &#171; criminalit&#233; environnementale &#187;, exprim&#233;e ainsi, on s'en souviendrait&#8230; Et puis, cela refl&#232;te un probl&#232;me plus g&#233;n&#233;ral dans la m&#233;diatisation des questions environnementales, dont &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Medias-et-questions-environnementales-avec-H-Kempf-et-J-B-Comby-video-d-un&#034;&gt;Acrimed s'est r&#233;guli&#232;rement fait l'&#233;cho&lt;/a&gt;. Ceci dit, ce n'est pas si intuitif que &#231;a et on peut m&#234;me insister sur l'&#233;tonnement que cela pourrait ou devrait susciter. Compte tenu de la mont&#233;e en puissance des pr&#233;occupations environnementales, m&#234;me trop faible au vu de la gravit&#233; des enjeux, on pourrait s'attendre &#224; un recours de plus en plus fr&#233;quent &#224; de telles expressions, f&#251;t-ce de fa&#231;on plus ou moins discr&#232;te ou modeste. D'autant que, sur le papier au moins, elles ne paraissent pas d&#233;nu&#233;es de &#171; valeur journalistique &#187;. Or, tout compte fait, c'est tr&#232;s peu le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, cela ne veut pas dire que le th&#232;me lui-m&#234;me est absent du paysage m&#233;diatique. Au cours des ann&#233;es 2010, on le voit bien &#233;merger, d'abord sous l'expression &#171; pr&#233;judice &#233;cologique &#187;, puis sous le terme d'&#171; &#233;cocide &#187;, ind&#233;niablement frappant. Mais outre le caract&#232;re tardif d'une telle &#233;mergence, il est int&#233;ressant de noter que, contrairement &#224; des expressions comme &#171; cybercriminalit&#233; &#187; ou &#171; d&#233;linquance sexuelle &#187;, devenues courantes, les atteintes &#224; l'environnement sont rarement qualifi&#233;es m&#233;diatiquement comme des crimes ou des d&#233;lits, comme de la criminalit&#233; ou de la d&#233;linquance, y compris dans des cas o&#249; leur l&#233;galit&#233; est douteuse ou pourrait &#234;tre questionn&#233;e. Des termes qui, &lt;i&gt;a contrario&lt;/i&gt;, sont volontiers employ&#233;s &#224; propos de transgressions qui, en comparaison, peuvent &#234;tre jug&#233;es moins s&#233;rieuses, certaines atteintes aux biens ou &#224; la propri&#233;t&#233; par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;&#192; cet &#233;gard, quand des m&#233;dias parlent des atteintes &#224; l'environnement, tu observes une &#171; &lt;i&gt;r&#233;ticence journalistique &#224; utiliser une cat&#233;gorie telle que &#034;criminalit&#233; environnementale&#034;&lt;/i&gt; &#187;. Quels sont les cadrages qui lui sont pr&#233;f&#233;r&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut sch&#233;matiquement en distinguer trois, m&#234;me s'ils ne sont pas exclusifs. Un cadrage g&#233;n&#233;ral, en termes de dommages, d'atteintes, de nuisances, etc. Un autre en termes d'accident, qui pousse &#224; &#233;vacuer toute imputation de responsabilit&#233; ou &#224; minimiser le caract&#232;re pr&#233;visible voire la dimension structurelle d'un &#233;v&#233;nement, qui perd son caract&#232;re isol&#233; si on le replace dans une s&#233;rie. Et dans les cas consid&#233;r&#233;s comme les plus graves, un dernier en termes de catastrophe ou de d&#233;sastre. A priori, ces cadrages ne sont pas incompatibles avec une formulation en termes de d&#233;linquance ou de criminalit&#233; mais, de fait, ils tendent &#224; l'&#233;carter ou &#224; la recouvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler de drame, de d&#233;g&#226;t ou de tort fait &#224; la nature, ce n'est certes pas rien, mais &#231;a n'a pas la m&#234;me connotation et &#231;a ne v&#233;hicule pas les m&#234;mes repr&#233;sentations qu'une formulation en termes de d&#233;linquance ou de criminalit&#233;. C'est la m&#234;me chose pour des termes propres au langage juridique, comme &#171; infraction &#187; et plus encore &#171; contentieux &#187;, qui peuvent d&#233;signer des faits graves, mais qui charrient un effet de neutralisation. L'id&#233;e, banale mais cruciale, c'est que les mots font aussi les choses et qu'en cons&#233;quence, d&#233;signer une atteinte &#224; l'environnement comme relevant ou non de la &#171; d&#233;linquance &#187; ou de la &#171; criminalit&#233; &#187;, la qualifier ou non comme telle, ce n'est pas anodin. Et &#231;a l'est d'autant moins qu'ensuite, la qualification appelle la quantification (combien de d&#233;lits et de crimes, dans quels domaines, punis comment, etc.), avec tous les effets de validation suscit&#233;s par la production de chiffres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Ce qui soul&#232;ve aussi le probl&#232;me de la l&#233;galit&#233; et de l'ill&#233;galit&#233;, de ce qui est licite ou non&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, l'un des points importants, c'est de montrer que d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale les repr&#233;sentations m&#233;diatiques p&#226;tissent d'un certain l&#233;galisme. C'est-&#224;-dire qu'elles collent aux r&#232;gles &#233;tablies ou qu'elles s'y fient sans en questionner l'origine (les rapports de force dont elles d&#233;rivent) ou le sens (les principes sur lesquels elles reposent). Les normes juridiques, &#231;a ne vient pas de nulle part et &#231;a n'exprime pas magiquement un improbable &#171; int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#187;&#8230; Bien s&#251;r, la place manque g&#233;n&#233;ralement aux journalistes pour se livrer &#224; un tel exercice critique. Mais on ne peut s'emp&#234;cher de penser qu'il est tout de m&#234;me possible de le sugg&#233;rer en peu de mots, or c'est (tr&#232;s) rarement fait. La qualification m&#233;diatique tend alors &#224; conforter la qualification juridique ou judiciaire, et plus largement le discours officiel ou dominant, alors qu'elle pourrait marquer un &#233;cart, adopter un point de vue diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut s'en rendre compte par contraste, gr&#226;ce &#224; des contre-exemples r&#233;cents. Je pense tout particuli&#232;rement au &lt;a href=&#034;https://www.editionsladecouverte.fr/criminels_climatiques-9782348046773&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;livre de Micka&#235;l Correia &lt;i&gt;Criminels climatiques&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, qui porte sur les multinationales du capitalisme fossile. La qualification de &#171; criminel climatique &#187;, qui ne figure pas seulement sur la couverture mais se retrouve dans le livre, n'a (encore) rien d'officiel. Elle s'appuie sur une &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/2015/11/BONNEUIL/54139&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;suggestion de Christophe Bonneuil autour de l'id&#233;e de &#171; crime climatique &#187;&lt;/a&gt;, sur la base d'une analogie avec (la qualification de) l'esclavage. Au vu des descriptions qui suivent, le livre, &#233;loquemment construit autour d'une trilogie &#171; Conqu&#233;rir, exploiter, mentir &#187;, n'a aucun mal &#224; justifier la pertinence de cet usage. &#192; moins d'&#234;tre un ardent d&#233;fenseur du secteur fossile, on ne se dit pas : non, vraiment, il exag&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un cas isol&#233;. Le r&#233;cent appel de &lt;i&gt;Politis&lt;/i&gt; intitul&#233; &lt;a href=&#034;https://www.politis.fr/articles/2021/10/lappel-de-politis-pour-le-climat-votre-inaction-est-un-crime-43721/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Votre inaction est un crime ! &#187;&lt;/a&gt; en est une bonne illustration. Il s'agit bien de proposer une d&#233;signation de substitution par rapport &#224; la qualification juridique ou officielle. Mais pour l'instant, &#231;a reste l'exception qui confirme la r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Pour expliquer ces ph&#233;nom&#232;nes (raret&#233;, r&#233;cence et r&#233;ticence), tu mets l'accent sur une d&#233;pendance aux sources officielles. Tu &#233;cris notamment que &#171; &lt;i&gt;le traitement journalistique dominant de la question se caract&#233;rise [&#8230;] par sa soumission au calendrier et &#224; la communication des organisations internationales&lt;/i&gt; &#187;. Et dans une &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=wIfV_iKzp_Y&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;interview au M&#233;dia&lt;/a&gt; (janvier 2022), tu disais : &#171; &lt;i&gt;Il y a une d&#233;pendance &#224; la mani&#232;re dont les institutions internationales cadrent et formulent le probl&#232;me. Tr&#232;s g&#233;n&#233;ralement, les comptes rendus m&#233;diatiques s'appuient sur cette litt&#233;rature-l&#224;, s'en nourrissent mais sans la remettre en question.&lt;/i&gt; &#187; Est-ce que tu peux d&#233;velopper ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet aspect rejoint le pr&#233;c&#233;dent, dans la mesure o&#249; le l&#233;galisme que j'&#233;voquais, c'est aussi voire d'abord celui des organisations internationales, en particulier celles &#233;manant de l'Organisation des Nations unies ou gravitant dans son orbite. Ce l&#233;galisme-l&#224;, visible ou lisible dans les publications produites par ces organisations, n'est bien s&#251;r pas myst&#233;rieux. Ce qui pose probl&#232;me, c'est la fa&#231;on dont il impr&#232;gne la grande majorit&#233; des comptes rendus m&#233;diatiques. Autrement dit, c'est la tendance m&#233;diatique &#224; coller &#224; ce discours autoris&#233;, &#224; en adopter sans distance les partis pris, et du m&#234;me coup &#224; les diffuser et les l&#233;gitimer. Ce qui produit une double couche de fausse neutralit&#233;, d'autant plus difficile &#224; mettre en cause qu'elle fait part d'actes ou de ph&#233;nom&#232;nes objectivement choquants ou propres &#224; susciter l'indignation (le braconnage d'esp&#232;ces prot&#233;g&#233;es, par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car un discours coproduit par le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) et Interpol, comme c'est le cas pour la &#171; criminalit&#233; environnementale &#187; au cours des ann&#233;es 2010, &#231;a n'a rien de neutre, quand bien m&#234;me &#231;a se pr&#233;sente sous une forme document&#233;e et soign&#233;e. Ce n'est pas qu'il faille s'en d&#233;barrasser sous pr&#233;texte que &#231;a ne vaudrait rien ; c'est m&#234;me parfois pr&#233;cieux. Simplement qu'il faut tenir compte des conditions de production de ce genre de documents pour en appr&#233;cier le contenu. Un contenu qui, par exemple, passe sous silence l'&#233;change &#233;conomique et &#233;cologique in&#233;gal, dans le cadre des rapports de domination g&#233;opolitiques. Ou bien qui, en braquant l'attention sur le &#171; crime organis&#233; &#187; tel que l&#233;galement d&#233;fini, escamote le r&#244;le des grandes entreprises dans la destruction du vivant&#8230; mais aussi dans la d&#233;finition des normes l&#233;gales, par voie de lobbying. Et qui par cons&#233;quent ne livre qu'une repr&#233;sentation partielle, voire biais&#233;e du ph&#233;nom&#232;ne consid&#233;r&#233;. De ce point de vue, sa validation m&#233;diatique pose probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et elle pose d'autant plus probl&#232;me qu'elle a des effets sur le champ politique. Cet aspect est laiss&#233; de c&#244;t&#233; dans le livre, mais j'avais aussi travaill&#233; &#224; partir de la &lt;a href=&#034;https://www.vie-publique.fr/discours&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; collection des discours publics &#187;&lt;/a&gt;, une base de donn&#233;es libre d'acc&#232;s en ligne. Le site a chang&#233; depuis, compliquant l'actualisation des donn&#233;es, mais jusqu'en 2017 l'enjeu des crimes et d&#233;lits contre l'environnement &#233;tait en de&#231;&#224; de la marginalit&#233; politique. On &#233;tait plut&#244;t dans la quasi-inexistence ! L&#224; aussi, on voit des tentatives qui &#233;chouent, en particulier de la part de l'ancien journaliste et alors responsable politique No&#235;l Mam&#232;re, qui s'efforce en vain d'introduire cette question &#224; l'occasion de la campagne pr&#233;sidentielle de 2002, dans la foul&#233;e notamment du deuxi&#232;me Forum social mondial de Porto Alegre. On ne trouve ensuite que de tr&#232;s rares mentions isol&#233;es. Ce qui, en retour, n'est pas sans effet sur la prise en charge m&#233;diatique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Le travail d'enqu&#234;te et de reportage est donc indispensable pour sortir d'un tel traitement m&#233;diatique. Un travail qui est notamment assur&#233; par les m&#233;dias ind&#233;pendants (malgr&#233; des moyens limit&#233;s)&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet ! C'est d'ailleurs un travail bien plus difficile et exigeant que celui que j'ai r&#233;alis&#233; l&#224;, ce dont j'ai bien conscience. Sur un tel sujet, la difficult&#233; pratique, c'est bien souvent de savoir fouiner, insister quand on se heurte &#224; des refus, acc&#233;der aux coulisses, recueillir une parole qui soit autre chose que du pur discours officiel, etc., le tout en devant composer avec de fortes contraintes professionnelles. Je ne pouvais pas mentionner &#224; chaque fois tel ou tel effort en ce sens, et j'ai taill&#233; dans les r&#233;f&#233;rences &#171; m&#233;diatiques &#187; pour &#233;viter d'allonger les notes outre mesure, mais je cite quelques supports de sorte &#224; &#171; envoyer un signal &#187;, pour ainsi dire. Car &#233;videmment je suis nourri par ces efforts, qui ont contribu&#233; &#224; m'ouvrir les yeux, parall&#232;lement &#224; des lectures plus th&#233;oriques. Sur la question environnementale en g&#233;n&#233;ral comme sur les atteintes &#224; l'environnement en particulier, le travail fait par des journalistes dans divers m&#233;dias (du c&#244;t&#233; notamment de &lt;i&gt;Basta !&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, Mediapart, &lt;i&gt;Politis&lt;/i&gt;, Reporterre, etc.) est pr&#233;cieux et m&#234;me indispensable. De courts articles journalistiques pr&#233;cis et percutants, y compris dans la presse &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt;, en disent parfois autant sinon davantage que de longs et bavards articles universitaires, dans la sph&#232;re anglophone notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;&#8230; et aussi, parfois, par des m&#233;dias dominants, mais tu expliques &#8211; en &#233;tudiant le cas du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; &#8211; que ces enqu&#234;tes sont rel&#233;gu&#233;es et ne font pas la Une.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu fais sans doute r&#233;f&#233;rence &#224; un &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/planete/article/2014/06/25/la-criminalite-environnementale-explose_4444831_3244.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;article de R&#233;mi Barroux&lt;/a&gt; de juin 2014 qui, je le pr&#233;cise, a contribu&#233; &#224; m'orienter vers cette question. Cette notion de &#171; criminalit&#233; environnementale &#187; m'avait interpell&#233; &#224; l'&#233;poque, de m&#234;me que la coop&#233;ration entre Interpol et le PNUE qui est &#224; l'origine de l'article, et je me suis dit qu'il y avait mati&#232;re &#224; creuser&#8230; C'est un exemple auquel il est difficile de r&#233;sister, car il exprime de mani&#232;re flagrante le d&#233;calage entre la gravit&#233; du sujet trait&#233; (l'article fait quand m&#234;me froid dans le dos) et la fa&#231;on dont il est finalement pr&#233;sent&#233;, au terme je suppose d'un d&#233;bat interne &#224; la r&#233;daction, avec une accroche de premi&#232;re page au m&#234;me rang et au m&#234;me format que des &#233;v&#233;nements parfaitement anecdotiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, l'exemple du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; me fournit un argument &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt;. Comme sugg&#233;r&#233; tout &#224; l'heure, c'est sans doute le journal qui, au sein de la presse &#233;crite g&#233;n&#233;raliste, s'est le plus efforc&#233; de th&#233;matiser comme telle la d&#233;linquance ou la criminalit&#233; environnementale, aussi bien quantitativement que qualitativement. Ce qui en dit long sur le manque d'ampleur de la couverture m&#233;diatique en g&#233;n&#233;ral sur le sujet. D'autant que les limites ou les travers d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;s s'y retrouvent, y compris le manque de recul par rapport &#224; la documentation plus ou moins officielle, onusienne en particulier. Mais on peut dire la m&#234;me chose, plus g&#233;n&#233;ralement, sur les &#171; statistiques de la d&#233;linquance &#187;, par exemple, une question sur laquelle existent bon nombre de mises au point sociologiques dont on peine &#224; retrouver l'empreinte dans le gros du traitement m&#233;diatique sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Peut-on dire que dans le sens commun journalistique la &#171; criminalit&#233; environnementale &#187; est un concept qui, aujourd'hui, existe au mieux dans sa conception minimaliste (les atteintes &#224; l'environnement ill&#233;gales) ? Et, de ce fait, peut-on dire de cette conception qu'elle participe (&#224; sa mesure) &#224; la reproduction de l'ordre social et &#233;conomique tel qu'il est ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis bien tent&#233; de le dire, en effet ! C'est d'ailleurs en ce sens que, dans l'introduction du bouquin, r&#233;f&#233;rence est faite au concept de &#171; pouvoir symbolique &#187; chez Pierre Bourdieu. Lequel pouvoir, celui de nommer le r&#233;el dans des termes reconnus socialement, n'a rien de superficiel ou d'inconsistant, bien au contraire. C'est l&#224; au fond le probl&#232;me qui sous-tend le livre : quels sont les effets de pouvoir inh&#233;rents &#224; la d&#233;limitation, la d&#233;signation, la d&#233;nomination d'un ensemble de pratiques comme relevant ou non de la &#171; d&#233;linquance &#187; ou de la &#171; criminalit&#233; &#187; dite &#171; environnementale &#187; ? Tous ces termes posent probl&#232;me d'une fa&#231;on ou d'une autre, y compris celui d'environnement, qui suppose une coupure entre les &#234;tres humains et le reste du vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me sans entrer dans ce d&#233;bat, on peut prendre un exemple concret pour donner un aper&#231;u de ce dont il retourne, celui de la d&#233;forestation. La d&#233;forestation ill&#233;gale est volontiers stigmatis&#233;e. Tr&#232;s bien ; personne ne songe &#224; la d&#233;fendre, mis &#224; part ceux qui en tirent profit &#8211; pas seulement de purs &#171; r&#233;seaux criminels &#187;, loin de l&#224; ! Le probl&#232;me, c'est que l'op&#233;ration de d&#233;marcation dont proc&#232;de la notion de d&#233;forestation ill&#233;gale a pour effet, par contrecoup, de l&#233;gitimer ou d'innocenter la d&#233;forestation l&#233;gale, comme si celle-ci ne posait gu&#232;re probl&#232;me. Or rien n'est moins s&#251;r, c'est le moins que l'on puisse dire. Il faut donc s'interroger sur la ligne de partage &#233;tablie entre l&#233;galit&#233; et ill&#233;galit&#233;, dans ce domaine comme dans d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la raison pour laquelle l'objet d'&#233;tude, d'un point de vue sociologique, ce n'est pas la description de quelque chose qui serait tout pr&#234;t, bien balis&#233; et qui serait la d&#233;linquance ou la criminalit&#233; environnementale, mais plut&#244;t le travail de qualification et de quantification qui fait exister socialement quelque chose qui est connu et reconnu comme tel &#8212; comme c'est le cas pour la &#171; folie &#187;, la &#171; richesse &#187; ou le &#171; travail &#187;. &#199;a peut sembler ergoter, mais en fait c'est essentiel !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;Propos recueillis par &lt;strong&gt;Maxime Friot&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le conditionnement publicitaire : il fait quoi pour vous aujourd'hui ?</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Le-conditionnement-publicitaire-il-fait-quoi-pour-vous-aujourd-hui</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Le-conditionnement-publicitaire-il-fait-quoi-pour-vous-aujourd-hui</guid>
		<dc:date>2011-02-23T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gr&#233;gory Salle</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Promotion exceptionnelle ! Plusieurs id&#233;ologies refourgu&#233;es pour le prix d'une.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Publicite-" rel="directory"&gt;Publicit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On connaissait la publicit&#233; clandestine fonctionnant au &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article3211.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; placement de produit &#187;&lt;/a&gt;. Une &#233;tape suppl&#233;mentaire est d&#233;sormais franchie : le placement de produit politique. Entre deux tranches de r&#233;clame publicitaire au discours modernis&#233;, vous reprendrez bien une part d'interview avec un ancien ministre ? Tout cela au service de l'information, cela va sans dire...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En juin 2010 sortait le premier num&#233;ro de &lt;i&gt;Brand's&lt;/i&gt;, distribu&#233; via l'enseigne Monoprix. &lt;i&gt;Brand's&lt;/i&gt; se pr&#233;sente alors, d'apr&#232;s l'&#233;ditorial (r&#233;dig&#233; par le directeur du marketing de &#171; l'offre Monoprix &#187;), comme un &#171; magazine &#187;. Mieux : comme un magazine d'&#171; information &#187;, concernant les marques et les produits. Une information d&#233;livr&#233;e par... les marques elles-m&#234;mes, qui financent ledit magazine, assurant sa gratuit&#233; pour l'heureux consommateur. Derri&#232;re &lt;i&gt;Brand's&lt;/i&gt;, tir&#233; &#224; 1,5 million d'exemplaires, on trouve la soci&#233;t&#233; TradeMag, sp&#233;cialis&#233;e dans la communication de la grande distribution, et plus particuli&#232;rement Henri Bach&#233;, vieux routier du milieu publicitaire et auteur de quelques campagnes &#224; succ&#232;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sans surprise, la presse la plus proche des milieux d'affaires relayait la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5214 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L412xH533/brands_1-417fc.jpg?1776752914' width='412' height='533' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'habillage &#233;ditorial de la promotion publicitaire&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
On pourrait s'amuser &#224; d&#233;cortiquer l'&#233;ditorial de pr&#233;sentation, sorte de concentr&#233; du discours publicitaire contemporain, expert dans le froncement de sourcils &#233;thique et la promotion d'un capitalisme repeint aux couleurs pastel : cool, ludique, responsable. Cependant, l'essentiel n'est pas ici d'analyser le discours publicitaire lui-m&#234;me. L'exercice est d&#233;sormais bien rod&#233;. D'ailleurs, il ne s'arr&#234;te pas au contenu du discours, ni &#224; l'imaginaire qu'il d&#233;veloppe (productivisme, consum&#233;risme, conformisme sous couvert de diff&#233;renciation, etc.), mais porte aussi sur ses conditions de production, sur les pratiques qui le concr&#233;tisent, etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire par exemple : Groupe Marcuse, De la mis&#232;re humaine en milieu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, ce contenu n'est nullement n&#233;gligeable. On sait que, g&#233;n&#233;ralement, la publicit&#233; flatte ou entretient divers st&#233;r&#233;otypes et pr&#233;jug&#233;s sociaux et qu'elle v&#233;hicule volontiers des valeurs peu port&#233;es &#224; l'&#233;mancipation, pour le dire d'un euph&#233;misme... Ce support n'&#233;chappe pas &#224; la r&#232;gle. Le familialisme en g&#233;n&#233;ral (l'importance disproportionn&#233;e et l'image par principe favorable accord&#233;es &#224; la famille dans la vie sociale), et l'&#233;quation pr&#233;tendument &#171; naturelle &#187; entre f&#233;minit&#233;, maternit&#233; et gestion domestique en particulier, sont par exemple &#224; l'honneur. La publicit&#233; de telle marque propose ainsi ing&#233;nument un &#171; petit probl&#232;me de calcul pour une maman &#187;, afin de mieux &#233;conomiser sur le lait en poudre de &#171; son &#187; b&#233;b&#233;... De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, l'impact de la publicit&#233; sur les repr&#233;sentations et les pratiques sociales n'est pas une question anodine, surtout depuis que les publicitaires ont convoqu&#233; les neurosciences pour donner naissance &#224; l'hybride inqui&#233;tant qu'est le &#171; neuromarketing &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire, de Marie B&#233;nilde, On ach&#232;te bien les cerveaux. La publicit&#233; et les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est, d&#232;s lors, pas sans int&#233;r&#234;t de se pencher sur les m&#233;tamorphoses de ce discours. On pourrait, au passage, discuter de la pertinence d'en parler au singulier, en postulant son homog&#233;n&#233;it&#233;. On peut en effet d&#233;celer diff&#233;rents registres de discours, plusieurs types de mises en sc&#232;ne, auxquels correspondent autant de tactiques d'accroche. Reste que &lt;i&gt;Brand's&lt;/i&gt; d&#233;ploie une strat&#233;gie globalement partag&#233;e par les &#171; marques &#187;. Il s'agit de proposer non des publicit&#233;s classiques, mais des annonces &#171; informatives &#187;, faites non seulement de slogans mais aussi de textes longs. Et, par l&#224;, d'anticiper ou de r&#233;pondre aux critiques qui font obstacle &#224; l'achat : tel produit r&#233;put&#233; trop calorique serait en fait bon pour la sant&#233;, tel autre se d&#233;clare &#171; solidaire &#187; des &#171; petits producteurs &#187; et partisan du &#171; d&#233;veloppement durable &#187;, etc. Bref, &lt;i&gt;Brand's&lt;/i&gt; est le support d'un renouvellement de la strat&#233;gie de communication des entreprises. Celles-ci pr&#233;tendent ici d&#233;voiler un pan des coulisses, mettre en avant une fibre philanthropique, nouer un rapport de confiance qui d&#233;passerait la seule transaction marchande, etc. On voit ici &#224; l'&#339;uvre un effort d'int&#233;gration de la critique. Une int&#233;gration qui s'ajuste &#224; un public cibl&#233;, consid&#233;r&#233; comme id&#233;alement r&#233;ceptif &#224; ce type de discours &#171; r&#233;nov&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Monoprix, c'est le haut de gamme du &#8220;mass market&#8221;, une enseigne fr&#233;quent&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, rien d'&#233;tonnant &#224; ce que les firmes fassent l'apologie de l'id&#233;ologie marchande et de la figure modernis&#233;e du consommateur &#233;clair&#233; ; ce dernier &#233;tant &#233;videmment pr&#233;sent&#233; non comme la cible d'une strat&#233;gie, mais comme le v&#233;ritable &#171; ma&#238;tre du jeu &#187;, dont on flatte la capacit&#233; de discernement et l'ind&#233;pendance de jugement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Ce magazine est con&#231;u avec les marques, il est financ&#233; par les marques. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'occasion, une variante des sciences humaines et sociales frelat&#233;e par un utilitarisme bas de gamme est appel&#233;e &#224; la rescousse. Il est question, dans le n&#176; 2, d'une &#171; &lt;i&gt;socioculture de la consommation&lt;/i&gt; &#187; qui valait bien qu'une psychosociologue de la consommation soit de la partie. Elle cosigne un texte explicatif dans lequel sont livr&#233;s les pr&#233;suppos&#233;s du projet : &lt;i&gt;Brand's&lt;/i&gt; se veut &#171; &lt;i&gt;une r&#233;ponse marketing &#224; la nouvelle socio-culture des consommateurs&lt;/i&gt; &#187;, un &#171; &lt;i&gt;m&#233;dia relationnel pour un meilleur transactionnel&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce texte, qui m&#233;riterait d'&#234;tre int&#233;gralement recopi&#233; et &#233;pluch&#233; &#224; lui seul, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jargon mis &#224; part, le discours publicitaire reste, y compris dans ses m&#233;tamorphoses, fid&#232;le &#224; sa vocation : rien de tr&#232;s surprenant. L'int&#233;r&#234;t essentiel est donc ailleurs. C'est que &lt;i&gt;Brand's&lt;/i&gt; se veut autre chose qu'un catalogue publicitaire, f&#251;t-il sophistiqu&#233;. Il revendique l'appellation, qui n'est pas anodine, de &#171; magazine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pose alors la question des effets de ces supports qu'on h&#233;site &#224; appeler &#171; m&#233;diatiques &#187; et qui entretiennent plus ou moins habilement la confusion entre information, communication et divertissement. Il y a plus de vingt ans, dans son &#233;tude de l' &#171; Internationale publicitaire &#187;, Armand Mattelart signalait combien l'expression m&#233;diatique tendait &#224; se conformer &#224; des canons esth&#233;tiques et s&#233;mantiques issus de la publicit&#233; en s'en trouvant remodel&#233;e non seulement formellement, mais aussi en profondeur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Armand Mattelart, L'Internationale publicitaire, La D&#233;couverte, 1989.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le processus n'a fait depuis que s'amplifier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette question avait d'ailleurs fait l'objet d'un &#171; jeudi d'Acrimed &#187;, en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais ici le ph&#233;nom&#232;ne est, en quelque sorte, inverse. La l&#233;gitimation de cet organe de diffusion passe par son rapprochement, au moins superficiel, vis-&#224;-vis du format d'un magazine ordinaire. Le conditionnement publicitaire passe pour partie par un discours de type &#233;ditorial qui pr&#233;tend informer, avertir, voire inviter le lecteur &#224; la vigilance ; ce lecteur qui, on l'a vu, n'est pas d&#233;peint comme un simple consommateur passif, mais comme &#171; &lt;i&gt;curieux de la vie, de la culture, de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditorial, n&#176; 1, juin 2010, p. 3. &#171; Nous voulons un magazine o&#249; les marques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ditorial du deuxi&#232;me num&#233;ro nous l'assure : &#171; &lt;i&gt;Ce concept de magazine, apr&#232;s l'effet de surprise, a &#233;t&#233; jug&#233; int&#233;ressant, pertinent, original&lt;/i&gt; &#187;. Un &#171; concept &#187;, rien de moins ! Il y a vingt ans, Deleuze et Guattari l'avaient annonc&#233; et d&#233;nonc&#233; : &#171; &lt;i&gt;le fond de la honte fut atteint quand l'informatique, le marketing, le design, la publicit&#233;, toutes les disciplines de la communication, s'empar&#232;rent du mot concept lui-m&#234;me, et dirent : c'est notre affaire, c'est nous les cr&#233;atifs, nous sommes les&lt;/i&gt; concepteurs ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze, F&#233;lix Guattari, Qu'est-ce que la philosophie ?, &#233;d. de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; en croire les supports sp&#233;cialis&#233;s, &lt;i&gt;Brand's&lt;/i&gt; ne serait ni un catalogue de produits pr&#233;sent&#233; comme un magazine (un &#171; magalogue &#187;), ni un magazine destin&#233; au consommateur d'une marque (un &#171; consumer magazine &#187;), ni un &#171; produit &#187; interm&#233;diaire. Mais quoi, exactement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le flou sur l'identit&#233; se v&#233;rifie... m&#234;me chez l'entreprise &#224; l'origine de &lt;i&gt;Brand's&lt;/i&gt;. Dans un document de pr&#233;sentation de vingt pages, on lit, sous la plume d'un consultant de TradeMag, que &lt;i&gt;Brand's&lt;/i&gt; est et n'est pas un magazine, d'o&#249; des guillemets pour mettre tout &#231;a en coh&#233;rence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; TradeMag cr&#233;e un v&#233;ritable nouveau m&#233;dia. Il a la forme d'un magazine, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le document livre au passage quelques postulats dans une rh&#233;torique plus franche, sur le double mode de la victimisation et de la contre-attaque, voire de la l&#233;gitime d&#233;fense. On y lit, entre autres, que &#171; &lt;i&gt;Trop souvent, l'information s'inscrit dans un esprit pol&#233;mique par des lobbies anti-marques&lt;/i&gt; &#187;. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t bien compris de livrer une &#171; &lt;i&gt;information utile, positive, optimiste&lt;/i&gt; &#187; &#8211; on remarquera au passage qu'un singe incarne visiblement l'esprit &#171; positif &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5216 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L424xH549/trademag-ac728.jpg?1776752914' width='424' height='549' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;lange des genres a d&#251; quelque peu heurter, puisque dans le deuxi&#232;me num&#233;ro, l'&#233;ditorialiste se sent oblig&#233; de pr&#233;ciser : &#171; &lt;i&gt;Nos lecteurs ont su faire la part des choses entre une publicit&#233; classique et une tonalit&#233; &#233;ditoriale informative&lt;/i&gt; &#187;. Un gros effort est n&#233;cessaire pour ne pas voir l&#224; une antiphrase, cette figure de style consistant &#224; employer une expression dans le sens contraire du sens v&#233;ritable... La frilosit&#233; de certaines &#171; marques &#187; devant cette initiative est ainsi &#233;voqu&#233;e &#224; mots feutr&#233;s. On peut en effet remarquer que, alors que la campagne de pr&#233;sentation annon&#231;ait une parution mensuelle, seuls deux num&#233;ros (juin puis d&#233;cembre 2010) &#233;taient parus en f&#233;vrier 2011. Le prix (35 000 &#8364; HT la simple page, 65 000 &#8364; HT la double page) serait-il jug&#233; excessif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, le meilleur est &#224; venir : car c'est &#224; un autre type de discours d&#233;passant le p&#233;rim&#232;tre restreint de l'annonce commerciale, un discours plus frontalement politique, que &lt;i&gt;Brand's&lt;/i&gt; sert de caisse de r&#233;sonance, ceci comme par incidence, mais avec une certaine force de frappe, vu l'ampleur de la diffusion.
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Messages politiques par la bande&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Le d&#233;guisement d'un magazine publicitaire en magazine dont la &#171; tonalit&#233; &#233;ditoriale &#187; serait &#171; informative &#187; commande de recourir &#224; des proc&#233;d&#233;s journalistiques. Pour ressembler &#224; un &#171; vrai &#187; magazine, un exercice s'impose : celui de l'interview. &lt;i&gt;Brand's&lt;/i&gt; s'adjoint pour cela les services d'une figure connue de la t&#233;l&#233;vision : le journaliste puis animateur et producteur Philippe Gildas. Passons sur les interviews de complaisance avec les &#171; vedettes &#187; (&#171; &lt;i&gt;Est-ce que tu as des lecteurs ou des lectrices qui te font le reproche, parfois, d'une &#233;criture trop riche ?&lt;/i&gt; &#187;, demande, visiblement sans rire, Philippe Gildas &#224; Katherine Pancol...) : le plus embarrassant est &#224; vrai dire que le chass&#233;-crois&#233; des styles fait qu'on se demande si un tel entretien est substantiellement pire que celui qu'on aurait pu lire dans bien des revues &#171; classiques &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus int&#233;ressant r&#233;side dans les interviews &#171; politiques &#187;. Elles distinguent &lt;i&gt;Brand's&lt;/i&gt; d'un &#171; vulgaire &#187; catalogue publicitaire. Or ces interviews permettent, mine de rien, de diffuser des messages d'autant plus discr&#232;tement que le support est cens&#233; se borner &#224; la dimension commerciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luc Ferry est ainsi longuement interview&#233; dans le premier num&#233;ro, sur six pages pleines (entrecoup&#233;es, &#233;videmment, de publicit&#233;s), sous le titre &#171; &lt;i&gt;L'homme de la vie bonne&lt;/i&gt; &#187;. Bien des passages pourraient &#234;tre relev&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut appr&#233;cier, par exemple, cette tr&#232;s p&#233;dagogique analogie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Luc Ferry fustige ainsi, tour &#224; tour, la crispation id&#233;ologique des enseignants ou l'&#233;garement farfelu des partisans de la d&#233;croissance. On se contentera ici d'un petit floril&#232;ge non exhaustif, directement en lien avec la critique des m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Op&#233;ration pr&#233;alable de l'interview : le d&#233;minage. On apprend que l'ancien ministre de l'&#201;ducation nationale et de la Recherche (2002-2004), membre de maints conseils et comit&#233;s officiels, n'a &#171; &lt;i&gt;jamais fait de politique de &lt;/i&gt; [s]&lt;i&gt;a vie&lt;/i&gt; &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Philippe Gildas : Question pr&#233;alable, Luc Ferry, qui &#234;tes-vous ? Un enseignant ? Un philosophe ? Un homme politique ? Un &#233;diteur ? Un journaliste ?&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8211; Luc Ferry : Non, un &#233;crivain c'est tout ! &lt;strong&gt;Un homme politique, certainement pas&lt;/strong&gt;, j'ai &#233;t&#233; ministre pendant deux ans, mais je n'ai &lt;strong&gt;jamais fait de politique de ma vie&lt;/strong&gt;. C'est vrai, on est venu me chercher pour me proposer ce poste de ministre. Je sais que &#231;a fait toujours sourire quand je dis &#231;a. C'est la v&#233;rit&#233;, &lt;strong&gt;je n'ai jamais &#233;t&#233; engag&#233; en politique d'aucune mani&#232;re&lt;/strong&gt;. Je n'ai jamais appartenu &#224; un parti, ni &#233;t&#233; militant d'aucune fa&#231;on. Je ne suis donc &lt;strong&gt;certainement pas un politique&lt;/strong&gt;. (...)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;ni forcen&#233; fait d'une pierre deux coups. Il profite aussi &#224; &lt;i&gt;Brand's&lt;/i&gt;, qu'on ne saurait bien s&#251;r, apr&#232;s une si robuste r&#233;cusation, accuser de biais partisan... Sur ce plan, nous le verrons, le magazine des marques sollicitera pour son deuxi&#232;me num&#233;ro Claude All&#232;gre, autre ancien ministre de l'&#201;ducation et de la Recherche (1997-2000) du temps de la &#171; gauche plurielle &#187;, conform&#233;ment sans doute &#224; ce que les &#233;diteurs se repr&#233;sentent &#234;tre un &#233;quilibre entre la droite et la gauche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notons que Luc Ferry mentionne nomm&#233;ment Claude All&#232;gre &#224; la fin de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; Luc Ferry qui, rappelons-le, n'a &#171; jamais fait de politique &#187; de sa vie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Philippe Gildas : La d&#233;mocratie reste encore l'un des meilleurs r&#233;gimes ?&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8211; Luc Ferry : (&#8230;) Il est assez frappant de voir que les Premiers ministres qui ont le plus souvent &#233;chou&#233; sont ceux qui ont &#233;t&#233; les plus courageux, les plus intelligents : ceux qui ont eu le courage de prendre l'opinion publique &#224; contre-pied &lt;strong&gt;parce qu'ils avaient raison et qu'ils d&#233;fendaient l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral&lt;/strong&gt;. Regardez Jupp&#233; en 1995 : &lt;strong&gt;tout le monde reconna&#238;t&lt;/strong&gt; que sa r&#233;forme du syst&#232;me social fran&#231;ais est bonne, mais il est &#233;ject&#233; assez rapidement, &lt;strong&gt;parce qu'il s'oppose &#224; la rue&lt;/strong&gt;. Prenez aujourd'hui la question des retraites. On voit bien que si on vit vingt ans de plus, il faut cotiser plus longtemps, sauf si on veut baisser le niveau des pensions, ou augmenter le taux des cotisations. &lt;strong&gt;On a aussit&#244;t toute la gauche qui intervient pour dire qu'il faut faire payer les riches ou taxer les banques, alors qu'elle sait que &#231;a ne r&#233;soudra pas le probl&#232;me.&lt;/strong&gt; On ne sauvera pas les retraites sans prendre des mesures qui seront impopulaires, comme de cotiser cinq ann&#233;es de plus. &lt;strong&gt;Tout le monde le sait, personne ne peut le nier&lt;/strong&gt;, et on n'y arrivera peut-&#234;tre pas. C'est &#231;a qui est tr&#232;s frappant dans la politique, quand la d&#233;magogie l'emporte sur l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le contexte de cette interview &#8211; pleine &#224; ras bord, donc, de pr&#233;suppos&#233;s, d'options et d'assertions &#233;minemment politiques &#8211; n'est pas innocent : l'entretien est rendu public en juin 2010, alors que la lutte autour de la question des retraites bat son plein. Mais allons : seuls des esprits parano&#239;aques pourraient y voir un moyen astucieux de peser sur les repr&#233;sentations sociales et, par extension, sur le d&#233;bat public !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dialogue relatif aux m&#233;dias n'est pas moins &#233;difiant. Le ministre et l'animateur expriment en effet un sens du pluralisme des sensibilit&#233;s fort &#233;triqu&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Philippe Gildas : (&#8230;) on trouve votre signature dans des quotidiens &lt;strong&gt;aux opinions tr&#232;s contrast&#233;es&lt;/strong&gt;.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8211; Luc Ferry : J'ai toujours pens&#233; qu'il fallait discuter avec tout le monde et qu'il fallait s'exprimer sur les choses publiques quand on a, ou qu'on croit avoir quelque chose &#224; dire. &lt;strong&gt;Je peux &#233;crire dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; tout autant que dans &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On appr&#233;ciera le sens du &#171; contraste &#187; de nos deux interlocuteurs. Si ces deux quotidiens ont assur&#233;ment des lignes &#233;ditoriales distinctes, les faire passer pour deux p&#244;les extr&#234;mes du champ journalistique para&#238;t pour le moins audacieux...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le n&#176; 2, le sous-titre &#233;voque d&#233;sormais un exercice ventriloque (&#171; &lt;i&gt;le magazine qui fait parler les marques&lt;/i&gt; &#187;), illustr&#233; par l'image d'une femme en p&#226;moison devant la s&#233;duction de la parole publicitaire. Une couverture qui emprunte ses codes aux magazines f&#233;minins ; l'identit&#233; de magazine est du reste r&#233;affirm&#233;e. L'&#233;ditorial joue &#224; nouveau sur la corde &#233;thique, en enfilant des mots-cl&#233;s qu'on croirait tir&#233;s d'un r&#233;pertoire du progressisme : &#171; &lt;i&gt;Ce sont elles&lt;/i&gt; [les marques] &lt;i&gt;qui innovent, qui investissent dans l'am&#233;lioration des produits, dans la di&#233;t&#233;tique, dans le bio. Ce sont elles qui &lt;strong&gt;d&#233;mocratisent&lt;/strong&gt; la qualit&#233;, qui communiquent les &lt;strong&gt;progr&#232;s&lt;/strong&gt;, qui permettent la &lt;strong&gt;diversit&#233;&lt;/strong&gt;, qui ouvrent le chemin et permettent aux marques de distributeurs d'exister&lt;/i&gt; &#187;. On notera tout de m&#234;me un essoufflement notable en fin de phrase, le naturel revenant au galop.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5215 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L412xH533/Brands_2-2cfe7.jpg?1776752914' width='412' height='533' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on l'a d&#233;j&#224; indiqu&#233;, c'est ici Claude All&#232;gre qui, apr&#232;s Luc Ferry, occupe le devant de la sc&#232;ne. Glissons au passage que le choix de ces deux anciens ministres n'appara&#238;t pas innocent dans le contexte actuel de soumission du syst&#232;me de l'enseignement sup&#233;rieur et de la recherche au dogme de l'&#171; innovation &#187;, laquelle est l'un des mots-cl&#233;s (et des mots d'ordre) du discours publicitaire pr&#233;sent. Les deux hommes sont en effet connus pour &#234;tre des partisans r&#233;solus du rapprochement entre l'univers scientifique et celui des entreprises priv&#233;es. Et ce n'est certainement pas un hasard si la sant&#233; et l'environnement, constitu&#233;s dans ces publicit&#233;s comme des sujets de pr&#233;occupation, figurent parmi les th&#232;mes prioritaires assign&#233;s &#224; la recherche...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude All&#232;gre peut en tout cas s'en donner &#224; c&#339;ur joie. Le titre de l'interview (toujours men&#233;e par Philippe Gildas) annonce assez clairement la couleur : &#171; &lt;i&gt;Je suis &#233;cologiste, pas &#233;colo-maniaque&lt;/i&gt; &#187;. L&#224; encore, bien des passages pourraient &#234;tre comment&#233;s : affirmations &#224; l'emporte-pi&#232;ce, ton tant&#244;t proph&#233;tique et tant&#244;t &#171; d&#233;cliniste &#187; mais toujours suffisant (&#171; &lt;i&gt;Si vous avez de bonnes rentr&#233;es aujourd'hui, c'est gr&#226;ce &#224; moi.&lt;/i&gt; &#187;) avec m&#234;me deux tentatives pour ressusciter le spectre moribond du sovi&#233;tisme. Tout n'est d'ailleurs pas sans int&#233;r&#234;t. Ce qui importe est que cette longue interview est en tout point politique (il y est question des retraites, de la la&#239;cit&#233;, etc.), y compris sur le plan symbolique, lorsque l'interview&#233; trace les fronti&#232;res du l&#233;gitime et de l'ill&#233;gitime : il se place ainsi dans le camp des &#171; &lt;i&gt;raisonnables&lt;/i&gt; &#187; en mati&#232;re d'&#233;cologie, rejetant par l&#224; m&#234;me ses adversaires dans le camp des fanatiques ou des imb&#233;ciles. Le moins que l'on puisse dire est que son interlocuteur n'est pas un contradicteur. Il lui sert volontiers la soupe, &#224; l'image de cet &#233;change r&#233;v&#233;lateur, hymne &#224; la suppression des postes dans la fonction publique et &#224; la comp&#233;tition entre territoires :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Philippe Gildas : Un mot de l'&#201;ducation nationale, votre seconde passion, apr&#232;s la plan&#232;te : le mammouth est toujours vivant ?&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8211; Claude All&#232;gre : (...) Il ne faut pas supprimer le minist&#232;re de l'&#201;ducation, mais il faut qu'il devienne un tout petit minist&#232;re d'orientation, d'impulsion, avec peu de monde. Que chaque r&#233;gion se d&#233;brouille et il y aura une &#233;mulation entre elles. Je ne touche pas &#224; l'&#233;galit&#233;, car l'&#233;galit&#233; cela n'existe pas. (...)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Bref, sous couvert d'interviews &#224; la bonne franquette, pas forc&#233;ment pires d'ailleurs que celles qu'on pourrait lire dans des journaux cens&#233;ment plus respectables, &lt;i&gt;Brand's&lt;/i&gt; d&#233;livre des messages politiques, clairement orient&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les responsables politiques &#171; officiels &#187; n'en ont d'ailleurs pas le monopole. Dans ce m&#234;me num&#233;ro, le consommateur a droit aux &#233;lucubrations du com&#233;dien Fabrice Luchini, moquant et pourfendant p&#234;le-m&#234;le Jean-Luc M&#233;lenchon, tenant suppos&#233; d'une &#171; &lt;i&gt;dictature du prol&#233;tariat marxiste&lt;/i&gt; &#187;, le Communisme (avec un grand C, comme le grand m&#233;chant Loup ?) et &#171; &lt;i&gt;l'id&#233;ologie hallucinante du Parti socialiste&lt;/i&gt; &#187;, tout en donnant quelque cr&#233;dit &#224; Dominique Strauss-Kahn, incarnation du &#171; &lt;i&gt;Parti socialiste normal&lt;/i&gt; et avant de s'autod&#233;signer, finalement, comme &#171; &lt;i&gt;anarchiste absolu&lt;/i&gt; &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, au travers de l'interview du pr&#233;sident d'Unilever France, &lt;i&gt;Brand's&lt;/i&gt; livre des messages d'une port&#233;e politique plus large, sugg&#233;rant les joies du salariat, la beaut&#233; de la vie en entreprise et la bonhomie de ces patrons pr&#233;sent&#233;s comme des gens &#171; comme vous et moi &#187;. Ceci au moyen d'un discours d'une apparence habilement &#233;quilibr&#233;e, typique de ce que des sociologues ont caract&#233;ris&#233; depuis une bonne d&#233;cennie comme le &#171; nouvel esprit du capitalisme &#187;, soit un pan essentiel de l'id&#233;ologie dominante contemporaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une introduction r&#233;cente, lire, de Luc Boltanski : Rendre la r&#233;alit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le chapeau de l'interview l'illustre parfaitement : &#171; &lt;i&gt;Nous rencontrons Bruno Wilvo&#235;t dans les bureaux d'Unilever France. C'est lui-m&#234;me qui vient nous chercher &#224; l'accueil. Ce qui frappe le plus est sa d&#233;contraction sportive et sa simplicit&#233;. Il nous conduit dans un open space qu'il partage avec ses collaborateurs, symbole d'une volont&#233; d'&#233;change et de d&#233;passement des contraintes hi&#233;rarchiques&lt;/i&gt; &#187;. Le reste de l'interview, qui regorge de bons sentiments, est &#224; l'avenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On connaissait la publicit&#233; clandestine sous forme de &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article3211.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; placement de produit &#187;&lt;/a&gt;, nouvel avatar de la &#171; r&#233;clame &#187; d'antan. Ici, sans avoir l'air d'y toucher, une discr&#232;te propagande politique est diffus&#233;e par la bande, sous couvert de publicit&#233;, de divertissement et d'information.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sans surprise, la presse la plus proche des milieux d'affaires relayait la nouvelle plusieurs mois avant la sortie : Philippe Larroque, &lt;a href=&#034;http://www.lefigaro.fr/medias/2010/01/15/04002-20100115ARTFIG00403-henri-bache-invite-du-buzz-media-.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Monoprix lance un magazine &#224; 1,5 million d'exemplaires &#187;&lt;/a&gt;, lefigaro.fr, 15/01/2010. Les citations ult&#233;rieures d'Henri Bach&#233; sont tir&#233;es de cet article. Les deux num&#233;ros de &lt;i&gt;Brand's&lt;/i&gt; parus jusqu'ici peuvent &#234;tre consult&#233;s et t&#233;l&#233;charg&#233;s [sur cette page (lien p&#233;rim&#233;, ao&#251;t 2013)].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire par exemple : Groupe Marcuse, &lt;i&gt;De la mis&#232;re humaine en milieu publicitaire&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, r&#233;&#233;d. 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire, de Marie B&#233;nilde, &lt;i&gt;On ach&#232;te bien les cerveaux. La publicit&#233; et les m&#233;dias&lt;/i&gt;, Raisons d'agir, 2007. Un &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article2549.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;extrait ici-m&#234;me&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Monoprix, c'est le haut de gamme du &#8220;mass market&#8221;, une enseigne fr&#233;quent&#233;e par des CSP+, o&#249;, en termes de mentalit&#233;s et socio-culturels, on trouve les clients les plus innovateurs, les plus &#8220;bio-citoyens&#8221;...&lt;/i&gt; &#187;, selon Henri Bach&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce magazine est con&#231;u avec les marques, il est financ&#233; par les marques. Acte commercial mais signe d'attention et de respect. Parce que le ma&#238;tre du jeu c'est vous.&lt;/i&gt; &#187; (&#201;ditorial, n&#176; 1, juin 2010, p. 3).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce texte, qui m&#233;riterait d'&#234;tre int&#233;gralement recopi&#233; et &#233;pluch&#233; &#224; lui seul, est t&#233;l&#233;chargeable &lt;a href=&#034;https://www.trademag.fr/docs/pourquoi_brand_s.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;via ce lien&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Armand Mattelart, &lt;i&gt;L'Internationale publicitaire&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette question avait d'ailleurs fait l'objet d'un &#171; jeudi d'Acrimed &#187;, en 1999, avec Marie B&#233;nilde, voir &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article210.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici m&#234;me&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditorial, n&#176; 1, juin 2010, p. 3. &#171; &lt;i&gt;Nous voulons un magazine o&#249; les marques prennent la parole sous forme &#233;ditoriale, expliquent le pourquoi, le comment, les raisons d'un nouveau produit &#224; des consommateurs &#233;clair&#233;s, lucides, critiques et &#224; la recherche de l'utile&lt;/i&gt; &#187;, expliquait Henri Bach&#233; dans l'article du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; d&#233;j&#224; cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Deleuze, F&#233;lix Guattari, &lt;i&gt;Qu'est-ce que la philosophie ?&lt;/i&gt;, &#233;d. de Minuit, 1991, p. 15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;TradeMag cr&#233;e un v&#233;ritable nouveau m&#233;dia. Il a la forme d'un magazine, le go&#251;t d'un magazine, mais ce n'est pas un magazine ! Un m&#233;dia 100 % communication informative efficace, d&#233;di&#233; &#224; l'innovation des grandes marques. Le seul &#8220;magazine&#8221; 100 % communication &#233;ditoriale.&lt;/i&gt; &#187; Ce document peut-&#234;tre t&#233;l&#233;charg&#233; &lt;a href=&#034;http://asp-indus.secure-zone.net/v2/147/163/175/pdfweb.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;via ce lien&lt;/a&gt;. On conseille fortement au lecteur de le t&#233;l&#233;charger pour mieux comprendre ce dont il est question ici.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut appr&#233;cier, par exemple, cette tr&#232;s p&#233;dagogique analogie politico-dentaire : &#171; &lt;i&gt;Les qualit&#233;s qui conviennent &#224; la conqu&#234;te du pouvoir, pour reprendre les cat&#233;gories de L&#233;on Blum, qui distingue entre conqu&#234;te et exercice, sont g&#233;n&#233;ralement assez contraires &#224; celles qu'il faudrait pour l'exercer. En clair, pour conqu&#233;rir le pouvoir il faut &#234;tre d&#233;magogue, et pour l'exercer il faudrait &#234;tre courageux. C'est un peu comme chez le dentiste&lt;/i&gt; &#187;. De Jean Jaur&#232;s &#224; Guy M&#244;quet en passant par L&#233;on Blum, l'usage droitier des grandes figures de la gauche fran&#231;aise est d&#233;cid&#233;ment d&#233;nu&#233; de scrupules...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notons que Luc Ferry mentionne nomm&#233;ment Claude All&#232;gre &#224; la fin de l'interview, ce qui est peut-&#234;tre &#224; l'origine de ce choix pour le num&#233;ro suivant. Ce dernier lui rend la politesse dans sa propre interview, en le citant sur un mode m&#233;lioratif.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une introduction r&#233;cente, lire, de Luc Boltanski : &lt;i&gt;Rendre la r&#233;alit&#233; inacceptable &#8211; &#224; propos de &#171; La production de l'id&#233;ologie dominante &#187;&lt;/i&gt;, Demopolis, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lire : D&#233;crocher la &#171; UNE &#187;, de Nicolas Hub&#233;</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Lire-Decrocher-la-UNE-de-Nicolas-Hube</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Lire-Decrocher-la-UNE-de-Nicolas-Hube</guid>
		<dc:date>2010-02-28T00:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gr&#233;gory Salle</dc:creator>


		<dc:subject>Lire - &#233;couter - voir</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Une &#233;tude sociologique comparative des facteurs qui d&#233;terminent les choix de premi&#232;re page des journaux allemands et fran&#231;ais.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Des-livres-presentations-et-extraits-" rel="directory"&gt;Des livres : pr&#233;sentations et extraits&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Lire-ecouter-voir-+" rel="tag"&gt;Lire - &#233;couter - voir&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pr&#233;sentation et sommaire du livre de Nicolas Hub&#233; &lt;i&gt;D&#233;crocher la &#034;UNE&#034;. Le choix des titres de premi&#232;re page de la presse quotidienne en France et en Allemagne (1945-2005)&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Strasbourg (coll. Sociologie politique europ&#233;enne), 2008, 398 p., 25&#8364;. Une simple proposition de lecture de l'ouvrage pour pouvoir le/en discuter.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;div class='spip_document_4854 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L256xH380/Hube-c2ddc.jpg?1776752914' width='256' height='380' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Issu d'une th&#232;se de science politique soutenue en 2005, l'ouvrage de Nicolas Hub&#233; ne se pr&#233;sente certes pas comme un livre de critique des m&#233;dias au sens o&#249; nous l'entendons. Il n'emp&#234;che que cette &#233;tude d&#233;gage des &#233;l&#233;ments originaux et instructifs, dont une perspective express&#233;ment critique peut s'emparer, pour peu qu'elle sache s'adosser, le cas &#233;ch&#233;ant, aux acquis de la recherche. Ce travail informe tant sur les conditions concr&#232;tes du travail journalistique (auxquelles l'auteur a &#233;t&#233; sensibilis&#233; en tant que pigiste pendant plus de deux ans &#224; &lt;i&gt;L'Alsace&lt;/i&gt; &#224; la fin des ann&#233;es 1990) que sur ses logiques structurelles d'&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t de prendre pour objet la &#171; Une &#187; est que, outre son int&#233;r&#234;t propre (elle est significativement la derni&#232;re page produite et modifi&#233;e de la journ&#233;e), il peut servir de poste d'observation des transformations (et/ou des continuit&#233;s) g&#233;n&#233;rales des normes et des pratiques journalistiques. Le r&#244;le endoss&#233; par la &#171; Une &#187; est en effet multiple. Elle est une accroche commerciale autant qu'informative. Elle doit inciter le lecteur potentiel &#224; se d&#233;lester de quelques pi&#232;ces, mais sans trop c&#233;der au racolage, car elle repr&#233;sente &#233;galement une &#171; carte de visite &#187; du journal r&#233;sumant mat&#233;riellement et symboliquement sa ligne &#233;ditoriale. En outre, sur le plan interne (au sein de chacun des titres) comme externe (entre les titres), la &#171; Une &#187; se situe au croisement de plusieurs dimensions structurelles et professionnelles relatives au traitement de l'actualit&#233; &#8211; la hi&#233;rarchie de l'information, la concurrence (et son corollaire la distinction) entre les titres, l'urgence inh&#233;rente &#224; la temporalit&#233; journalistique, etc. &#8211; et de valeurs qui entrent parfois en tension. Le livre prend ses distances avec la &#171; tentation naturaliste &#187; volontiers partag&#233;e par les journalistes, selon laquelle l'actualit&#233; &#171; s'imposerait &#187;, pour s'attacher &#224; d&#233;monter les rouages pratiques de sa construction. Dans cette optique, l'int&#233;r&#234;t de l'ouvrage tient &#224; plusieurs aspects m&#234;l&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &lt;strong&gt;La comparaison entre la France et l'Allemagne.&lt;/strong&gt; Sp&#233;cialement dans la mesure o&#249; la structure du march&#233; de la presse allemand, ainsi que la configuration du champ journalistique du pays, sont m&#233;connus. L'ouvrage s'ouvre d'ailleurs sur une &#233;nigme : comment se fait-il que les grands quotidiens fran&#231;ais aient, ces derni&#232;res ann&#233;es, modifi&#233; leurs maquettes &#224; un rythme presque fr&#233;n&#233;tique pour conqu&#233;rir de nouveaux lecteurs (ou plut&#244;t cesser d'en perdre), alors que rien de tel n'est observable outre-Rhin, o&#249; ces &#171; vitrines &#187; font montre d'une remarquable stabilit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une diff&#233;rence formelle et fonctionnelle entre les deux pays est d'embl&#233;e mise en relief. Si en France la &#171; Une &#187; est une accroche, &#224; l'inverse elle est en Allemagne la premi&#232;re page du premier cahier, le cahier politique. Autrement dit, elle ne se cantonne pas au r&#244;le d'annonce ou d'accroche : elle est d&#233;j&#224; un espace de r&#233;daction. Sur un plan plus g&#233;n&#233;ral, l'auteur souligne plusieurs distinctions quant aux march&#233;s de la presse respectifs des deux pays. En particulier, la g&#233;ographie politique propre &#224; l'organisation f&#233;d&#233;rale a une implication directe sur le march&#233; de la presse allemand : sa sectorisation. Les journaux y sont &#171; supra-r&#233;gionaux &#187; plut&#244;t que pleinement nationaux (&#171; &lt;i&gt;ils effectuent leurs ventes majoritairement dans une zone g&#233;ographique situ&#233;e autour de leurs lieux de production&lt;/i&gt; &#187;), d'o&#249; une diff&#233;rence dans le rapport concurrentiel objectif et subjectif qu'ils entretiennent. De m&#234;me, Nicolas Hub&#233; signale bien l'opposition entre, en France, une presse de kiosque, centr&#233;e principalement sur Paris, et en Allemagne une presse d'abonnement, qui plus est pourvue d'un fort ancrage r&#233;gional : il en r&#233;sulte un effet de concurrence moins fort et un investissement commercial plus faible dans la &#171; Une &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres diff&#233;rences, plus ou moins importantes, sont signal&#233;es au fur et &#224; mesure. On peut citer, entre autres, la faiblesse du journalisme d'investigation en Allemagne (et son moindre int&#233;r&#234;t pour les &#171; coulisses &#187; des &#233;v&#233;nements), la rivalit&#233; plus imm&#233;diate avec la presse r&#233;gionale dite de boulevard (publications type &lt;i&gt;tablo&#239;d&lt;/i&gt; qui servent de repoussoir &#224; la presse qui se veut de qualit&#233;), ou l'absence de journaux gratuits. Pour ce qui est du traitement en &#171; Une &#187;, l'auteur indique que m&#234;me si dans les deux pays les acteurs dominants sont favoris&#233;s, r&#232;gne en Allemagne une acception sensiblement plus &#171; l&#233;gitimiste &#187; de la politique, au sens o&#249; elle colle au champ politique professionnel. La propension &#224; valoriser des &#171; sujets de soci&#233;t&#233; &#187; est bien moindre qu'en France, o&#249; ceux-ci sont volontiers pris&#233;s. Dans la r&#233;daction des titres, les journaux allemands cultivent le conformisme, d'o&#249; l'uniformit&#233; qui domine entre les titres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &lt;strong&gt;La nature de la recherche men&#233;e&lt;/strong&gt;. Celle-ci combine plusieurs m&#233;thodes d'enqu&#234;te, dans une double approche qualitative et quantitative : observations directes, entretiens avec des salari&#233;s de la presse (r&#233;dacteurs, mais aussi personnels &#171; techniques &#187;) et analyse de discours (forme et contenu) par un codage et une cat&#233;gorisation des &#171; manchettes &#187; et des &#171; deuxi&#232;mes titres &#187;. Diff&#233;rents documents internes s'y ajoutent, de m&#234;me que des donn&#233;es chiffr&#233;es en partie calcul&#233;es par l'auteur. &#192; cet &#233;gard, l'ouvrage est agr&#233;ment&#233; de plus d'une cinquantaine de tableaux et graphiques apportant des cadrages quantitatifs aussi bien sur l'&#233;volution des styles de la &#171; Une &#187; que sur le type de formation des journalistes ou l'&#233;tendue de la diffusion des journaux. Les lieux d'enqu&#234;te composent somme toute, certes dans la mesure o&#249; il ne s'agit que des journaux dominants, un panel assez large de leurs sensibilit&#233;s id&#233;ologiques et (en Allemagne) de leur ancrage g&#233;ographique. Il s'agit principalement en France de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;L'Alsace&lt;/i&gt; (mais aussi &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;), et en Allemagne (de gauche &#224; droite en termes de positionnement politique, celui-ci &#233;tant plus ouvertement revendiqu&#233; qu'en France) la &lt;i&gt;Tageszeitung&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;Frankfurter Rundchau&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;S&#252;ddeutsche Zeitung&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;Frankfurter Allgemeine Zeitung&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;die Welt&lt;/i&gt;. L'auteur livre ainsi, &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; des descriptions &lt;i&gt;in situ&lt;/i&gt; ou des extraits d'entretiens, des aper&#231;us concrets des principes de s&#233;lection, des n&#233;gociations et des arbitrages qui pr&#233;sident &#224; tel ou tel choix de sujet ou de formulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. &lt;strong&gt;La dimension historique de l'ouvrage&lt;/strong&gt; (il faudrait peut-&#234;tre dire g&#233;n&#233;alogique pour plus d'exactitude, au sens o&#249; l'enqu&#234;te de l'auteur est guid&#233;e par une interrogation pr&#233;sente). &lt;i&gt;D&#233;crocher la &#171; Une &#187;&lt;/i&gt; propose une mise en perspective compar&#233;e sur soixante ans depuis l'apr&#232;s-guerre. Le c&#339;ur de la recherche lui-m&#234;me remonte jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 1970. D&#232;s lors, l'auteur met en miroir la forme et le contenu des manchettes et des seconds titres dans les deux pays, &#224; partir d'un &#233;chantillon pr&#233;lev&#233; au d&#233;but de chaque d&#233;cennie (1971, 1981, 1991, 2002). Ce choix est justifi&#233; (chap. II : &#171; Les transformations de la hi&#233;rarchie de l'information (1971-2002)) et l'auteur fait montre de prudence lorsqu'il expose ses r&#233;sultats, signalant ses limites, ses manques et ses biais. Quoi qu'il en soit, cette mise en perspective permet de revenir aux sources des divergences les plus fondamentales, et notamment de mettre en lumi&#232;re les &#171; &lt;i&gt;choix diam&#233;tralement oppos&#233;s pour assurer la libert&#233; de la presse&lt;/i&gt; &#187; effectu&#233;s par les deux pays &#224; l'issue de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale. Deux d&#233;finitions antagonistes de l'ind&#233;pendance journalistique se sont alors &#233;difi&#233;es. Pendant qu'en France, l'Etat est consid&#233;r&#233; comme un pr&#233;cieux garant, en RFA il est per&#231;u comme une grave menace, ce qui rend alors inacceptable l'aide financi&#232;re publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. &lt;strong&gt;L'insistance sur les dimensions &#233;conomique, sociale&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;et politique&lt;/strong&gt;. D&#233;finissant les entreprises de presse comme des &#171; &lt;i&gt;entreprises en repr&#233;sentation politique sous contrainte &#233;conomique &lt;/i&gt; &#187;, N. Hub&#233; aborde &#224; la fois la fonction sociale des journalistes et la dimension commerciale de la presse. Il confirme au passage des tendances relev&#233;es par d'autres travaux, par exemple sur le gain de l&#233;gitimit&#233; non seulement de l'actualit&#233; &#233;conomique, mais d'une approche &#233;conomique de l'actualit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir ici m&#234;me la pr&#233;sentation du livre Critique de la raison journalistique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme le r&#233;v&#232;le l'adoption croissante d'un vocabulaire marchand. Pour expliquer la logique concurrentielle qui pr&#233;side aux choix des &#171; Unes &#187;, l'auteur parle pour sa part d'une &lt;i&gt;&#171; rationalit&#233; boursi&#232;re de cotation &#187;&lt;/i&gt; quant au rapport &#224; la &#171; Une &#187; dans une optique concurrentielle. Il tente aussi de cerner de pr&#232;s les pratiques concr&#232;tes des journalistes. L'ouvrage donne ainsi beaucoup d'&#233;l&#233;ments sur les aspects organisationnels, sur le fonctionnement de la division du travail, sur l'&#233;volution de la r&#233;partition des postes ou des fonctions (le r&#244;le croissant des services commerciaux par exemple, ou le passage du secr&#233;tariat de r&#233;daction &#224; l'&#233;dition impliquant une coop&#233;ration accrue avec les r&#233;dacteurs) et sur les rapports de forces entre statuts au sein des r&#233;dactions. Il tente par ailleurs non seulement de rep&#233;rer des styles (verbaux ou vestimentaires), mais de saisir des &lt;i&gt;hexis&lt;/i&gt; (c'est-&#224;-dire des dispositions incorpor&#233;es, professionnelles ou plus largement politiques) propres aux diff&#233;rents journaux et &#224; celles et ceux qui les incarnent et les animent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans entrer dans le d&#233;tail, contentons-nous d'indiquer bri&#232;vement, en guise d'illustration, quelques &#233;l&#233;ments de d&#233;monstration expos&#233;s dans l'ouvrage. L'auteur insiste notamment sur le d&#233;placement, nettement plus sensible en France, de la dimension &#171; attractive &#187; de la premi&#232;re page, au d&#233;triment de sa dimension strictement informative. L'adoption d'un &#171; r&#233;f&#233;rentiel de march&#233; &#187; (entendu comme &#171; &lt;i&gt;un ensemble de prescriptions donnant du sens &#224; une action en d&#233;finissant des crit&#232;res de choix et des modes de d&#233;signation des objectifs&lt;/i&gt; &#187;, un ensemble qui en l'occurrence est explicitement orient&#233; par et pour le march&#233;) y est patente dans les ann&#233;es 1990, &#224; l'inverse de la presse quotidienne allemande. Celle-ci se caract&#233;rise par contraste par sa &#171; faible perm&#233;abilit&#233; &#187; au dit r&#233;f&#233;rentiel. La &#171; Une &#187; y est nettement moins investie en tant que vitrine d'une strat&#233;gie commerciale. La raison en est que la presse allemande ne se sent pas tenue par une crise du lectorat, donc par l'obligation d'engager une strat&#233;gie de reconqu&#234;te d'un public volatile, laquelle passerait n&#233;cessairement par une modification de la &#171; Une &#187;. Autrement dit, la soumission plus forte aux attentes suppos&#233;es du lectorat observable en France entra&#238;ne un effet de distinction plus fort de la manchette. Celle-ci se trouve alors au c&#339;ur m&#234;me des luttes concurrentielles entre titres, ce qui n'est gu&#232;re le cas outre-Rhin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, par rapport aux &#233;volutions observables en France, la presse allemande se distingue par une plus grande permanence &#224; tous les niveaux. Cette stabilit&#233; se retrouve dans la forme comme dans le fond : logiques d'&#233;criture, codes expressifs, valeurs professionnelles, division du travail, &#233;volutions des carri&#232;res, etc. M&#234;me le d&#233;m&#233;nagement de la capitale allemande de Bonn &#224; Berlin n'a pas suscit&#233; de changements profonds. Ce n'est pas que l'Allemagne d&#233;daigne la dimension commerciale, mais celle-ci est envisag&#233;e &#224; travers une grille de lecture politique plus ferme. Ce dernier aspect se r&#233;v&#232;le dans la moindre propension des journalistes allemands &#224; transiter d'un journal (et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; d'un groupe de presse) &#224; un autre, la part de l'affinit&#233; politique et de l'attachement personnel &#233;tant plus marqu&#233;e et plus ouvertement reconnue voire revendiqu&#233;e qu'en France, o&#249; la circulation d'agents dominants du champ journalistique au sein de titres apparemment bien diff&#233;rents est courante. La tradition allemande mise aussi davantage sur la recherche ou le maintien de la qualit&#233; &#224; plus long terme, faisant de la sobri&#233;t&#233; un gage de s&#233;rieux. Les journalistes allemands, dont l'auteur cerne le profil &#224; l'aide d'un regard sociographique, font preuve d'une plus grande distance objective et subjective envers les &#171; contraintes &#187; de la commercialisation et de la concurrence, au moins &#224; court terme, doubl&#233;e d'une plus grande r&#233;ticence &#224; se plier aux pr&#233;ceptes du marketing et du management, qui se sont impos&#233;s visiblement en France d&#232;s les ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, cette recherche n'est pas &#224; l'abri de toute critique, et l'on peut certainement discuter ou regretter tel ou tel point. Il s'agit seulement ici d'inviter &#224; la lecture d'un ouvrage qui d&#233;taille et incarne les logiques structurelles de ce qu'on peut appeler le &#171; tournant n&#233;olib&#233;ral &#187; de la presse, tout en relativisant son pouvoir de contrainte. L'exemple allemand permet ainsi de prendre ses distances avec les &#171; &#233;vidences &#187; convenues qui justifient un rabattage commercial &#224; outrance. Sur ce plan, il faudrait examiner l'articulation entre la presse et la t&#233;l&#233;vision, comme l'auteur le sugg&#232;re en conclusion, peut-&#234;tre en pr&#233;lude &#224; une prochaine recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#233;gory Salle&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;
&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Table des mati&#232;res&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
INTRODUCTION : QUESTIONS D'ACTUALIT&#201;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Des entreprises en repr&#233;sentation politique sous contrainte &#233;conomique&lt;br /&gt;
Penser l'actualit&#233; : le recours &#224; trois m&#233;thodes&lt;br /&gt;
Appr&#233;hender les valeurs de l'information&lt;br /&gt;
Comprendre les m&#233;canismes de choix de la &#171; Une &#187; en actes&lt;br /&gt;
Les configurations du journalisme&lt;br /&gt;
Choisir l'&#171; actualit&#233; politique &#187; : un aper&#231;u du livre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CHAPITRE I : L'&#201;TAT ET L'&#201;CONOMIE : LA CONSTRUCTION DE DEUX R&#201;F&#201;RENTIELS (1945-2005)&lt;br /&gt;
La rupture de 1945 : des choix diam&#233;tralement oppos&#233;s pour assurer la libert&#233; de la presse&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;1. La presse en Allemagne en 1945 : sortir de la domination politique de l'&#201;tat et accepter sa protection juridique&lt;br /&gt;
2. La situation de la presse en France &#224; la Lib&#233;ration : un service public de la presse&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Le kiosque &#224; Paris contre l'abonnement en Allemagne : deux march&#233;s diff&#233;remment structur&#233;s&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;1. Des diff&#233;rences cumulatives dans l'organisation &#233;conomique des espaces journalistiques&lt;br /&gt;
2. L'Allemagne : une croissance continue des ventes et des recettes publicitaires jusqu'au tournant des ann&#233;es 2000&lt;br /&gt;
3. Les quotidiens fran&#231;ais : une histoire marqu&#233;e par des crises cumul&#233;es du lectorat et de la publicit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CHAPITRE II : LES TRANSFORMATIONS DE LA HI&#201;RARCHIE DE L'INFORMATION (1971-2002)&lt;br /&gt;
Deux types d'actualit&#233; politique : les &#171; Unes &#187; en France et en Allemagne en 2002&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;1. Hi&#233;rarchie de l'information : la domination de la politique&lt;br /&gt;
2. Rh&#233;toriques de l'actualit&#233; politique : l'attention au jeu&lt;br /&gt;
3 L'actualit&#233; : une activit&#233; pour acteurs l&#233;gitimes&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Les transformations de l'&#233;criture de l'actualit&#233; (1971-2002)&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;1. La politique &#224; la &#171; Une &#187; : une domination confirm&#233;e&lt;br /&gt;
2. Des &#171; Unes &#187; avant tout informatives&lt;br /&gt;
3. L'&#233;criture de l'actualit&#233; : la permanence relative du jeu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CHAPITRE III : LA ROUTINE DE L'URGENCE : L'ORGANISATION COMMUNE DU TRAVAIL JOURNALISTIQUE&lt;br /&gt;
Des communaut&#233;s de journalistes&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;1. L'organisation de l'actualit&#233; : programmation et hi&#233;rarchisation&lt;br /&gt;
2. Les conf&#233;rences de r&#233;daction : une communaut&#233; &#233;ditoriale mise en sc&#232;ne&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Hi&#233;rarchisation et verbalisation de l'activit&#233; journalistique&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;1. Les r&#232;gles de la bonne &#171; Une &#187; : le &#171; bazar de la rationalit&#233; &#187;&lt;br /&gt;
2. &#171; Vendre &#187; son sujet dans les pages : le public mobilis&#233;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;L'&#233;criture de la &#171; Une &#187; : une activit&#233; traduite&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;1. Le choix du titre : la derni&#232;re &#233;tape d'un processus organisationnel de gestion de l'urgence&lt;br /&gt;
2. L'&#233;criture du titre : un travail de traduction du &#171; r&#233;el &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CHAPITRE IV : LES R&#201;DACTIONS ALLEMANDES : UNE FAIBLE PERM&#201;ABILIT&#201; AU R&#201;F&#201;RENTIEL DE MARCH&#201;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Un journalisme de desk : des journalistes polyvalents et des correspondants sp&#233;cialis&#233;s&lt;br /&gt;
1. Une double division du travail : entre sp&#233;cialisation th&#233;matique et r&#233;partition fonctionnelle des t&#226;ches&lt;br /&gt;
2. La recomposition de l'espace politique allemand : l'&#233;chec de la logique concurrentielle avec le d&#233;m&#233;nagement de Bonn &#224; Berlin&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&#171; Le changement dans la continuit&#233; &#187; : l'absence de rationalit&#233; concurrentielle de court terme&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;1. &#171; L'absence &#187; du marketing : un lectorat fid&#232;le et un personnel journalistique stable&lt;br /&gt;
2. Devenir journaliste et &#171; choisir son camp &#187; : &lt;i&gt;hexis&lt;/i&gt; journalistique et relations interpersonnelles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CHAPITRE V : L'UNIFORMISATION DU TRAVAIL JOURNALISTIQUE ET LE R&#201;F&#201;RENTIEL DE MARCH&#201; EN FRANCE&lt;br /&gt;
Transformations sociales et uniformisation des pratiques journalistiques&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;1. Rationalisation et logiques marketing : optimiser les effets de la &#171; Une &#187;&lt;br /&gt;
2. L'invention de nouvelles techniques distinctives : entre &#171; Une &#187; vendeuse et pages d'ouverture&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Nouveaux acteurs, nouvelles pratiques : l'adaptation aux contraintes commerciales&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;1. La rationalisation des organisations : l'adaptation des structures au discours marketing&lt;br /&gt;
2. Les transformations sociographiques des acteurs du changement marketing&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CONCLUSION&lt;br /&gt;
BIBLIOGRAPHIE&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir ici m&#234;me &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article3270.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la pr&#233;sentation du livre &lt;i&gt;Critique de la raison journalistique&lt;/i&gt; de Julien Duval&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Suicides &#224; France T&#233;l&#233;com selon RTL : &#171; Syndicats, circulez, y a rien &#224; voir &#187;</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Suicides-a-France-Telecom-selon-RTL-Syndicats-circulez-y-a-rien-a-voir</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Suicides-a-France-Telecom-selon-RTL-Syndicats-circulez-y-a-rien-a-voir</guid>
		<dc:date>2009-09-21T22:43:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gr&#233;gory Salle</dc:creator>


		<dc:subject>Alain-G&#233;rard Slama</dc:subject>
		<dc:subject>Anne-Sophie Mercier</dc:subject>
		<dc:subject>RTL</dc:subject>
		<dc:subject>Ivan Rioufol</dc:subject>
		<dc:subject>&#034; On refait le monde &#034;</dc:subject>
		<dc:subject>Christophe Hondelatte</dc:subject>
		<dc:subject>Jean-Luc Mano</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Des suicides si intimes et si complexes que les conditions de travail n'y seraient pour presque rien !&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Travail-salaires-emploi-etc-" rel="directory"&gt;Travail, salaires, emploi, etc.&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Alain-Gerard-Slama-+" rel="tag"&gt;Alain-G&#233;rard Slama&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Anne-Sophie-Mercier-+" rel="tag"&gt;Anne-Sophie Mercier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-RTL-+" rel="tag"&gt;RTL&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Yvan-Rioufol-+" rel="tag"&gt;Ivan Rioufol&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-On-refait-le-monde-+" rel="tag"&gt;&#034; On refait le monde &#034;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Christophe-Hondelatte-+" rel="tag"&gt;Christophe Hondelatte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Jean-Luc-Mano-+" rel="tag"&gt;Jean-Luc Mano&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chaque soir, de 19h15 &#224; 20h, Christophe Hondelatte (parfois remplac&#233; par l'un de ses acolytes) s'entoure d'une brochette de &#171; &lt;i&gt;pol&#233;mistes&lt;/i&gt; &#187; pour &#171; &lt;i&gt;refaire le monde&lt;/i&gt; &#187; sur RTL&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous avions d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; cette &#233;mission en 2005 : lire &#171; Sur RTL, &#034;On refait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour pr&#233;ciser la mesure de cette ambition dont l'intitul&#233; fait d&#233;j&#224; froid dans le dos, le site de la radio annonce le &#171; &lt;i&gt;concept&lt;/i&gt; &#187; de l'&#233;mission : &#171; &lt;i&gt;une grande libert&#233; de parole et de ton, une pointe d'impertinence, et beaucoup de pertinence !&lt;/i&gt; &#187;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 septembre dernier, Jean-Luc Mano, Alain-G&#233;rard Slama, Anne-Sophie Mercier et Ivan Rioufol se partageaient le micro. L'&#233;mission se cl&#244;t sur le nombre aberrant de suicides chez les salari&#233;s de France T&#233;l&#233;com dans la p&#233;riode r&#233;cente. Certes, il n'y a sans doute pas mati&#232;re &#224; s'&#233;tonner que le traitement de cette question sur RTL soit m&#233;diocre, voire franchement indigne. Mais on n'en attendait pas tant, c'est-&#224;-dire si peu : non seulement la question est trait&#233;e h&#226;tivement dans les toutes derni&#232;res minutes, mais elle fait l'objet de commentaires &#233;difiants. Avec une id&#233;e fixe et commune : exon&#233;rer l'organisation du travail comme facteur causal, pour mieux individualiser et psychologiser le probl&#232;me, &#224; l'encontre d'un si&#232;cle d'h&#233;ritage sociologique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Christophe Hondelatte lance ainsi le d&#233;bat :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je voudrais - il nous reste vraiment que quelques minutes &#8211; qu'on parle des suicides chez France T&#233;l&#233;com : il y a eu 22 suicides depuis janvier 2008, dont 6 suicides depuis mi-juillet sur l'ensemble des personnels France T&#233;l&#233;com. Avec un d&#233;bat qui a quand m&#234;me fait douter certains syndicats : est-ce qu'on peut faire un usage revendicatif de ces suicides, est-ce que ces suicides ont des explications li&#233;es aux conditions de travail, est-ce qu'on peut s'emparer syndicalement, politiquement d'&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;un&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; suicide pour en faire un combat syndical ? Voil&#224;, je vous pose la question, je vous laisse absolument libres d'intervenir dans l'ordre que vous voulez.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On peut difficilement imaginer une entr&#233;e en mati&#232;re plus biais&#233;e. Elle soul&#232;ve non pas une question, mais une s&#233;rie de questions distinctes, que leur succession amalgame au b&#233;n&#233;fice d'une mise en accusation du mouvement syndical &#224; peine voil&#233;e, bien que d&#233;guis&#233;e en interrogation. Non seulement Christophe Hondelatte se garde bien de mentionner le nom de ces syndicats qui &#171; doutent &#187;, mais en plus, gr&#226;ce &#224; un glissement subreptice du pluriel au singulier, la derni&#232;re question ne parle plus que d'&lt;i&gt;un&lt;/i&gt; suicide, effa&#231;ant du m&#234;me coup ce qui fonde la l&#233;gitimit&#233; de l'intervention syndicale : la fr&#233;quence inqui&#233;tante de leur nombre. Pour &#171; refaire le monde &#187;, on se garde donc de poser directement la vraie question qui m&#233;rite d'&#234;tre pos&#233;e : quelles sont ces conditions de travail qui contribuent &#224; pousser les agents de France T&#233;l&#233;com au suicide ? Et pour contourner cette question, il suffit de renvoyer &#224; un &#233;change d'opinions, comme si les connaissances sur les d&#233;g&#226;ts sociaux de la souffrance au travail &#233;taient inexistantes. En r&#233;alit&#233;, celles-ci sont document&#233;es, si bien que la charge de la preuve incombe &#224; ceux qui pr&#233;tendent que tous ces suicides &lt;i&gt;ne&lt;/i&gt; sont &lt;i&gt;pas&lt;/i&gt; li&#233;s aux conditions de travail. Comment croire qu'ils ne sont rien d'autre qu'un soubresaut statistique r&#233;sultant de l'addition de hasards individuels ? On demande &#224; voir la d&#233;monstration&#8230; et ce n'est pas ici qu'on l'obtient, loin s'en faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour &#233;viter le reproche de la critique facile, effor&#231;ons-nous d'&#234;tre indulgent, d'invoquer une certaine maladresse de formulation, d'admettre qu'il y a peut-&#234;tre, dans le fond de la question pos&#233;e par l'animateur, un enjeu &#233;thique et politique r&#233;el, dont il serait possible de faire un usage pertinent ou en tout cas contr&#244;l&#233;. Difficile &#224; savoir tant la suite ne fait pas dans la nuance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Requiem pour Durkheim ? L'h&#233;ritage sociologique enterr&#233; vivant en direct sur RTL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Acte I : l'&#233;vidence (Jean-Luc Mano)&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;La&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; r&#233;ponse &#224; votre question est relativement, enfin, directe : &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;non &#233;videmment&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. D&#232;s l'instant o&#249; on consid&#232;re que le suicide c'est un acte intime &#8211; et c'est sans doute l'un des plus intimes, peut-&#234;tre m&#234;me le plus intime qu'on puisse accomplir &#8211; son interpr&#233;tation est forc&#233;ment extr&#234;mement compliqu&#233;e. La plupart des psychologues, des psychanalystes s'accordent &#224; reconna&#238;tre que souvent il y a un faisceau multiple de raisons, et qu'il n'y a pas qu'un d&#233;terminant, et donc : ce n'est pas un argument de tract, &#231;a ne peut pas &#234;tre un argument de tract&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Non, &#233;videmment&lt;/i&gt; &#187; : un chroniqueur de l'envergure de Jean-Luc Mano (qui dans une vie ant&#233;rieure a commenc&#233; sa carri&#232;re &#224; &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;&#8230;) ne se soucie pas de se donner le temps de la r&#233;flexion. La question para&#238;t m&#234;me inutile puisque la r&#233;ponse est l&#224;, toute pr&#234;te, &#171; &#233;vidente &#187; ; c'est d'ailleurs &#171; &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; &#187; r&#233;ponse, non &#171; une &#187; opinion. Si l'interpr&#233;tation des suicides est, selon lui, &#171; &lt;i&gt;forc&#233;ment extr&#234;mement compliqu&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, mani&#232;re noble de noyer le poisson, on constate que sa r&#233;ponse, elle, ne s'embarrasse gu&#232;re de cette exigence de complexit&#233;. De la dimension intime incontestable de chaque suicide &#224; l'omission de toute dimension sociale, il y a de nombreux pas que Jean-Luc Mano franchit d'un seul coup. Et, plus grossi&#232;rement encore, il conclut &#224; l'omission de la dimension sociale de leur accumulation. M&#234;lant fausse &#233;vidence et argument d'autorit&#233;, il r&#233;cuse ce qu'il d&#233;signe comme &#171; un argument de tract &#187;, formule qui cache mal un m&#233;pris de principe pour l'action syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument d'autorit&#233; &#8211; quand Jean-Luc Mano fait parler, &#224; la mani&#232;re d'un ventriloque, &#171; la plupart &#187; des psychologues et des psychanalystes &#8211; est totalement s&#233;lectif. Excluant toute une partie des professionnels, les m&#233;decins et les sociologues du travail par exemple, il place d&#233;j&#224; le d&#233;bat sur un terrain psychologique, et non sociologique. Et puis, qui convoque-t-il exactement, en faisant croire &#224; un consensus des experts du psychisme ? On aimerait bien en savoir un peu plus sur ces sources qui l'autorisent &#224; cong&#233;dier absolument le r&#244;le de l'organisation du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, il ne s'agit pas de Christophe Dejours, sp&#233;cialiste reconnu de la souffrance au travail. Car l'auteur de &lt;i&gt;Travail, usure mentale&lt;/i&gt; raccorde lui explicitement les suicides aux transformations de l'organisation du travail, lesquelles sont &#233;troitement li&#233;es &#224; la privatisation de l'entreprise. En ao&#251;t 2009, il faisait d&#233;j&#224; part de sa col&#232;re vis-&#224;-vis du d&#233;ni de cette dimension, rappelant &#224; cette occasion que les suicides au travail ne sont pas un ph&#233;nom&#232;ne &#233;ternel, mais ont une histoire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je suis en col&#232;re, car cet &#233;v&#233;nement souligne une d&#233;gradation du &#034;vivre ensemble&#034; chez France T&#233;l&#233;com qui, depuis sa privatisation, pratique une r&#233;organisation d'une grande brutalit&#233;, d'apr&#232;s les enqu&#234;tes dont j'ai eu connaissance. Je suis effondr&#233;, car cela montre que le travail que nous avons essay&#233; de faire, depuis les premiers suicides au travail, il y a une douzaine d'ann&#233;es, pour favoriser la prise de conscience de la souffrance au travail, est sans effet.&lt;/i&gt; (&#8230;) &lt;i&gt;Il y a trente ou quarante ans, le harc&#232;lement, les injustices existaient, mais il n'y avait pas de suicides au travail. Leur apparition est li&#233;e &#224; la d&#233;structuration des solidarit&#233;s entre les salari&#233;s. Celles-ci ont &#233;t&#233; broy&#233;es par l'&#233;valuation individuelle des performances, qui cr&#233;e de la concurrence entre les gens, de la haine m&#234;me. Cette &#233;valuation doit &#234;tre remise en question, et je connais des entreprises qui le font. Il faut se r&#233;interroger sur ce qu'est le travail collectif, la coop&#233;ration. Cette derni&#232;re passe par l'instauration de r&#232;gles de m&#233;tier, qui organisent le &#034;vivre ensemble&#034;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien de Christophe Dejours dans Le Monde : &#171; Le suicide au travail est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le pauvre Jean-Luc Mano n'a vraiment pas de chance : non seulement nombre de travaux r&#233;cents d&#233;mentent l'&#233;vidence de sa prise de position, mais il ignore que c'est notamment en prenant pour objet le suicide que la sociologie (particuli&#232;rement la sociologie fran&#231;aise), a jet&#233; ses fondements. &#201;mile Durkheim (1858-1917) dans &lt;i&gt;Le suicide&lt;/i&gt;, paru en 1897, avait d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233; que les causes du suicide sont &#224; chercher au-del&#224; de la complexion individuelle, du temp&#233;rament personnel, des difficult&#233;s existentielles priv&#233;es et surmont&#233; la repr&#233;sentation atomiste et psychologisante du suicide comme ph&#233;nom&#232;ne purement &#171; intime &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En effet, explique Durkheim, &#171; La cause productrice du ph&#233;nom&#232;ne &#233;chappe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d'un si&#232;cle plus tard, l'information n'est pas parvenue &#224; Jean-Luc Mano qui ne sait rien sans doute, des travaux qui ont discut&#233;, corrig&#233; et parfois invalid&#233; sous certains aspects l'&#339;uvre pionni&#232;re de Durkheim, mais sans retour en arri&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#233;ritier de Durkheim, Maurice Halbwachs (1877-1945) est ainsi l'auteur d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Acte II : la science (Alain-G&#233;rard Slama)&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette premi&#232;re sentence d&#233;finitive et indiscutable, il convenait d'&#233;lever le d&#233;bat. Par chance, c'est au tour d'Alain-G&#233;rard Slama, l'intellectuel patent&#233; de la bande (apr&#232;s l'histoire des id&#233;es politiques, il enseigne d&#233;sormais &#224; Sciences Po les rapports entre le droit et la litt&#233;rature), de prendre la parole. Et fid&#232;le &#224; ce statut, il entreprend d'&#233;lever le niveau, t&#226;che au demeurant fort peu p&#233;rilleuse, en parlant sociologie. C'est en tout cas ce qu'il fait croire pendant quelques secondes, avant d'entamer une curieuse spirale, qui s'ach&#232;vera en chute libre. La &#171; d&#233;monstration &#187; s'op&#232;re en trois temps, comme &#224; l'Ecole Normale Sup&#233;rieure, dont il est issu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Premier temps : invoquer la science.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Alors l&#224;, je me r&#233;f&#233;rerai &#224; un livre, pardon, qui &#233;tait la th&#232;se de Jean Baechler sur le suicide&#8230;&lt;/i&gt; [Mano : &#171; &lt;i&gt;&#231;a peut arriver, hein, de citer un livre, c'est pas&#8230;&lt;/i&gt; &#187;] &lt;i&gt;&#8230; Oh oui mais c'est un vieux livre l&#224;, &#231;a nous renvoie, &#231;a va encore nous nous renvoyer aux calendes grecques &#231;a&lt;/i&gt; [Mano : &#171; &#8230; &lt;i&gt;d&#233;j&#224;&#8230; num&#233;ris&#233; par Google&lt;/i&gt; &#187; ; on entend Hondelatte rire &#224; ce formidable trait d'esprit]. &lt;i&gt;Mais ce livre est int&#233;ressant parce qu'il reposait sur des donn&#233;es statistiques. Et quelles &#233;taient les statistiques sur lesquelles il s'appuyait ? Elles montraient que le suicide est le plus souvent une d&#233;marche strat&#233;gique. Autrement dit le suicid&#233; a besoin &#224; travers son geste d'envoyer un message &lt;/i&gt;contre&lt;i&gt; : contre sa belle-m&#232;re, contre l'entreprise qui l'emploie, contre etc., de &lt;/i&gt;faire payer aux autres&lt;i&gt; en quelque sorte, par le sacrifice de soi, les souffrances qu'il a endur&#233;es&lt;/i&gt;. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Admirons la man&#339;uvre. D'abord, Alain-G&#233;rard Slama r&#233;ussit la performance de citer le travail sociologique le moins &#233;clatant sur la question, mais qui a le &#171; m&#233;rite &#187; d'&#234;tre l'&#339;uvre d'un intellectuel notoirement class&#233; &#224; droite. Ce choix a donc un sens politique clair : valider par une caution scientifique (l'usage magique de la r&#233;f&#233;rence statistique, comme si les illustres pr&#233;d&#233;cesseurs de Baechler ignoraient la quantification) une conception r&#233;ductrice du suicide, comme action strat&#233;gique d'un individu uniquement m&#251; par le libre-arbitre afin d'&#233;mettre d'un message. Nouvelle mani&#232;re, aux apparences savantes, de rabattre le sens du ph&#233;nom&#232;ne sur l'individu. Et, par l&#224; m&#234;me, d'exon&#233;rer toute influence des conditions sociales et, en particulier, des conditions de travail. Donc, par extension, de maintenir l'honorabilit&#233; de l'ordre &#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est loin de Durkheim, dont les positions politiques furent pourtant mod&#233;r&#233;es, lorsqu'il expliquait que &#171; &lt;i&gt;l'alt&#233;ration du temp&#233;rament moral&lt;/i&gt; &#187; r&#233;v&#233;l&#233;e par le suicide &#171; &lt;i&gt;atteste une alt&#233;ration profonde de notre structure sociale&lt;/i&gt; &#187;, ajoutant que pour &#171; &lt;i&gt;gu&#233;rir l'une, il est donc n&#233;cessaire de r&#233;former l'autre&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 446. Durkheim faisait ainsi du suicide un t&#233;moin fiable, une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. R&#233;former la structure sociale, &#224; commencer par l'organisation du travail ? Mais vous n'y pensez pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Deuxi&#232;me temps : revenir au point de d&#233;part. Le suicide ayant selon Alain-G&#233;rard Slama une vis&#233;e strat&#233;gique, celle-ci est &#233;lev&#233;e au rang de cause, au point que les conditions de travail ne sont plus qu'une cible &#233;ventuelle. Une cible qui, d'ailleurs, est peut-&#234;tre vis&#233;e &#224; mauvais escient par les suicid&#233;s-strat&#232;ges, comme semble le sugg&#233;rer A-G. Slama lorsqu'il &#233;carte une partie essentielle de l'enjeu comme &#233;tant une &#171; autre affaire &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Alors, en faire &#233;tat au nom du respect d&#251; &#224; l'acte du suicid&#233;, c'est un peu ambivalent. Parce que peut-&#234;tre que l'intention du suicid&#233; &#233;tait justement qu'on en parle de son suicide, et qu'on r&#232;gle des comptes avec ceux qu'il pointe du doigt. La question est de savoir &#233;videmment si ceux qu'il pointe du doigt le m&#233;ritent, &#231;a c'est une autre affaire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous voil&#224; donc bien avanc&#233;s. Mais on n'a encore rien vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, apr&#232;s un envol p&#233;nible et un vol plan&#233; incertain, la spirale argumentative d'Alain-G&#233;rard Slama amorce une chute brutale et finit par s'&#233;craser au sol avec fracas. Car voici comment &#8211; accrochez-vous bien &#8211; l'agr&#233;g&#233; de lettres ach&#232;ve, sans transition aucune, sa prise de parole :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Et quand dans l'entreprise en question vous avez 22 suicides, c'est quand m&#234;me beaucoup en un an, il y a quand m&#234;me quelque chose qui ne tourne pas rond,&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt; et je trouve que France Telecom de toute fa&#231;on pousse un petit peu trop ses tarifs&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;sinvolture cynique et ind&#233;cente ne sera pas la derni&#232;re sortie du savant homme&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Acte III : la r&#233;flexion (Anne-Sophie Mercier)&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pouvait s'attendre &#224; ce que, en tant que journaliste &#224; &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, Anne-Sophie Mercier r&#233;introduise un peu de conscience sociale dans ce d&#233;bat, ou un peu de consistance explicative, en rappelant par exemple les liens entre les formes extr&#234;mes d'expression de la souffrance au travail et ses formes moins dramatiques (stress, consommation de tranquillisants, absent&#233;isme, etc.). Voyons.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Moi je ne pense pas qu'on puisse en faire un, moi non plus je vois pas comment on peut en faire un combat syndical, c'est trop complexe, trop intime, trop d&#233;licat. En revanche, il peut y avoir une r&#233;flexion sur des m&#233;thodes de management qui peuvent &#234;tre particuli&#232;rement atroces de la part de petits chefaillons, qui mettent les gens en ins&#233;curit&#233;, soi-disant pour accro&#238;tre les performances, pour les faire bosser, pour les faire se remettre en question, tous ces petits chefaillons qui&lt;/i&gt; [verbe inaudible] &lt;i&gt;l'essentiel du management, et qui trouvent l&#224;-dedans des justifications &#224; leurs actes, ils n'ont pas le sentiment de sadiser&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;et pourtant ils sadisent profond&#233;ment. Peut-&#234;tre qu'il y aurait une r&#233;flexion &#224; avoir dans les &#233;coles de commerce&lt;/i&gt;. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Anne-Sophie Mercier s'indigne elle aussi&#8230; de l'intervention du mouvement syndical et reprend &#224; son compte l'argument central de nos &#171; pol&#233;mistes &#187; : un nombre exceptionnellement &#233;lev&#233; de suicides se produit sur une courte p&#233;riode dans la m&#234;me entreprise, et il est ill&#233;gitime que les syndicats, organisations de d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des salari&#233;s, s'emparent de la question ! Pourquoi ? Parce que l'explication de ces suicides est d&#233;cr&#233;t&#233;e commod&#233;ment impossible, pour cause d'intimit&#233; et de complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anne-Sophie Mercier est &#233;galement indign&#233;e par le comportement des &#171; petits chefaillons &#187;. Fort bien. Mais c'est encore une fa&#231;on d'individualiser le probl&#232;me en concentrant l'attention sur des individus d&#233;viants et minoritaires, sans mettre en cause les logiques &#233;conomiques et sociales dont ils sont les agents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, ne boudons pas notre plaisir, et appr&#233;cions tout de m&#234;me la conclusion en forme de gag involontaire : confier aux lieux de production de l'id&#233;ologie manag&#233;riale &#8211; dont le document divulgu&#233; par Bakchich.info le 15 septembre constitue un &#233;chantillon suffisamment &#233;loquent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Le clin deuil de France T&#233;l&#233;com &#224; ses salari&#233;s &#187;.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#8211; la t&#226;che de &#171; r&#233;fl&#233;chir &#187; aux maux qu'elle engendre&#8230; Comment ne pas rester admiratif devant une telle prouesse : cong&#233;dier le mouvement syndical, invit&#233; &#224; se taire sur les suicides (et les conditions de travail qui les favorisent ?) et confier la r&#233;flexion sur le management aux &#233;coles de commerce&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour d'autres aper&#231;us de la &#171; pens&#233;e &#187; d'Anne-Sophie Mercier, se reporter (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auditeurs qui ont r&#233;ussi &#224; tenir jusqu'ici sont r&#233;compens&#233;s : la d&#233;mystification aura lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Acte IV : la clairvoyance (Ivan Rioufol)&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le clairvoyant Ivan Rioufol, dernier &#224; intervenir, sait en effet nous dessiller et d&#233;signer les bonnes cibles. Il commence par disqualifier l'expression des revendications syndicales en l'assimilant &#224; une s&#233;ance de spiritisme : il affirme fi&#232;rement qu'on &#171; &lt;i&gt;ne fait pas parler les morts&lt;/i&gt; &#187;. Et il a bien compris, lui, le but r&#233;el des man&#339;uvres indignes des syndicats :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Oui, eh bien on ne fait pas parler les morts, et donc cette r&#233;cup&#233;ration syndicale est d'autant plus choquante qu'on voit bien quel est le gros fil rouge qui est tress&#233; l&#224;-dessus, c'est de dire que depuis qu'il y a la privatisation de France T&#233;l&#233;com, il y a eu des cadences, des stress, et des choses comme &#231;a &lt;/i&gt;(sic)&lt;i&gt;, qui ont fait en sorte que les employ&#233;s sont, se sentent malheureux &lt;/i&gt;[Mercier : &#171; &lt;i&gt;&#231;a peut arriver, &#231;a peut arriver&lt;/i&gt; &#187;]&lt;i&gt;. Il est de dire que la privatisation rend malheureux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comme on peut le constater, Ivan Rioufol n'a, lui, recours &#224; aucun &#171; gros fil rouge &#187; pour cong&#233;dier les syndicats et d&#233;fendre contre vents et mar&#233;es la privatisation en sugg&#233;rant qu'elle n'a rien &#224; voir l&#224;-dedans. Il a, h&#233;las, &#224; peine le temps de d&#233;rouler sa &#171; pens&#233;e &#187; (on pouvait escompter quelque avis tranch&#233; sur l'indolence coupable des fonctionnaires)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Alain-G&#233;rard Slama en effet lui vole le mot de la fin : &#171; &lt;i&gt;C'est surtout un moyen de p&#233;naliser le fameux harc&#232;lement moral dont on abuse beaucoup&lt;/i&gt; &#187;&#8230; De m&#234;me que France T&#233;l&#233;com &#171; &lt;i&gt;pousse un peu trop sur les tarifs&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;nonciation de ces &#171; abus &#187; ne suffit pas pour que celui qui, parmi les nombreuses positions qu'il occupe, est membre de la commission nationale consultative des droits de l'homme, soit &#233;lu par les auditeurs, selon la coutume de l'&#233;mission, &#171; langue de vip&#232;re &#187; du jour, titre qui vient r&#233;compenser le plus pol&#233;mique des pol&#233;mistes. Ce soir l&#224;, l'heureux &#233;lu est Jean-Luc Mano. Il gagne une tribune le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Nos quatre commentateurs de l'&#233;mission refont donc le monde dans le m&#234;me sens : en le faisant tourner sur lui-m&#234;me pour pr&#233;server le &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt;. Ce mouvement giratoire sur place fait sans doute partie du &#171; concept &#187; de l'&#233;mission, bien pens&#233; pour &#233;viter de d&#233;sorienter l'auditeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, cette &#233;mission ne r&#233;sume pas le traitement m&#233;diatique des suicides &#224; France T&#233;l&#233;com, comme on a pu s'en rendre compte ces deux derni&#232;res semaines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple, apr&#232;s le 23&#232;me suicide, qui eut lieu trois jours apr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il ne s'agit apr&#232;s tout que de quatre &#233;ditorialistes en roue libre, qui profitent de positions privil&#233;gi&#233;es dont b&#233;n&#233;ficient bien peu de journalistes, &#224; commencer par ceux qui voudraient enqu&#234;ter sur les effets sociaux nocifs des transformations de l'organisation du travail dans l'industrie et les services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en trois minutes, en ajustant leur d&#233;bit sur le temps dont ils disposent, quatre &#233;l&#233;phants m&#233;diatiques, cornaqu&#233;s par un bateleur, ont enterr&#233; une nouvelle fois les suicid&#233;s de France T&#233;l&#233;com, et avec eux, le mouvement syndical et tous ceux pour lesquels la souffrance au travail est devenu insupportable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecoutez, c'est un grand moment de radio :
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;
&lt;object type=&#034;application/x-shockwave-flash&#034; data=&#034;http://www.acrimed.org/IMG/swf/pixplayer.swf&#034; id=&#034;audioplayer197&#034; height=&#034;24&#034; width=&#034;290&#034;&gt;
&lt;param name=&#034;wmode&#034; value=&#034;transparent&#034;&gt;
&lt;param name=&#034;movie&#034; value=&#034;http://www.acrimed.org/IMG/swf/pixplayer.swf&#034;&gt;
&lt;param name=&#034;FlashVars&#034; value=&#034;playerID=197&amp;bg=0xf8f8f8&amp;leftbg=0xeeeeee&amp;lefticon=0x666666&amp;rightbg=0xcccccc&amp;rightbghover=0x999999&amp;righticon=0x666666&amp;righticonhover=0xFFFFFF&amp;text=0x666666&amp;slider=0x666666&amp;track=0xFFFFFF&amp;border=0x666666&amp;loader=0x9FFFB8&amp;soundFile=http://www.acrimed.org/IMG/mp3/Hondelatte_suicides_FT_080909_2.mp3&#034;&gt;
&lt;param name=&#034;quality&#034; value=&#034;high&#034;&gt;
&lt;param name=&#034;menu&#034; value=&#034;false&#034;&gt;
&lt;param name=&#034;bgcolor&#034; value=&#034;#FFFFFF&#034;&gt;
&lt;span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/IMG/mp3/Hondelatte_suicides_FT_080909_2.mp3&#034; rel=&#034;enclosure&#034;&gt;http://www.acrimed.org/IMG/mp3/Hondelatte_suicides_FT_080909_2.mp3&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;
&lt;/object&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;b&gt;Format &lt;i&gt;mp3&lt;/i&gt; - Dur&#233;e : 3' 29&#034; - T&#233;l&#233;chargeable &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/IMG/mp3/Hondelatte_suicides_FT_080909_2.mp3&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Gr&#233;gory Salle (Merci &#224; Paul pour le signalement)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous avions d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; cette &#233;mission en 2005 : lire &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article2180.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Sur RTL, &#034;On refait le monde&#034; contre les gr&#232;ves &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entretien de Christophe Dejours dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; : &#171; Le suicide au travail est le plus souvent li&#233; &#224; une transformation de l'organisation &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 14 ao&#251;t 2009. L'entretien est lisible en int&#233;gralit&#233; sur &lt;a href=&#034;http://colblog.blog.lemonde.fr/2009/08/17/christophe-dejours-suicide-et-travail-que-faire/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;le blog du psychiatre et psychanalyste Christian Colbeaux &#171; Colblog &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En effet, explique Durkheim, &#171; &lt;i&gt;La cause productrice du ph&#233;nom&#232;ne &#233;chappe n&#233;cessairement &#224; qui n'observe que des individus ; car elle est en dehors des individus. Pour la d&#233;couvrir, il faut s'&#233;lever au-dessus des suicides particuliers et apercevoir ce qui fait leur unit&#233;&lt;/i&gt;. (&#8230;) &lt;i&gt;En effet, si, au lieu de n'y voir que des &#233;v&#233;nements particuliers, isol&#233;s les uns des autres et qui demandent &#224; &#234;tre examin&#233;s chacun &#224; part, on consid&#232;re l'ensemble des suicides commis dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e pendant une unit&#233; de temps donn&#233;e, on constate que le total ainsi obtenu n'est pas une simple somme unit&#233;s ind&#233;pendantes, un tout de collection, mais qu'il constitue par lui-m&#234;me un fait nouveau et &lt;/i&gt;sui generis&lt;i&gt;, qui a son unit&#233; et son individualit&#233;, sa nature propre par cons&#233;quent, et que, de plus, cette nature est &#233;minemment sociale&lt;/i&gt;. &#187; &#187;(E. Durkheim, &lt;i&gt;Le suicide&lt;/i&gt;, PUF, 1930 [1897], p. 366-367 et p. 8). Une nature &#171; &#233;minemment sociale &#187; qu'il sait r&#233;sumer avec force : &#171; &lt;i&gt;Chaque soci&#233;t&#233; a donc, &#224; chaque moment de son histoire, une aptitude d&#233;finie pour le suicide&lt;/i&gt; &#187;, autrement dit &#171; &lt;i&gt;Chaque soci&#233;t&#233; est pr&#233;dispos&#233;e &#224; fournir un contingent d&#233;termin&#233; de morts volontaires&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 10 et 14.). Il se trouve que le terme &#171; soci&#233;t&#233; &#187; inclut, au m&#234;me titre que la religion, la famille ou la patrie, les groupes professionnels et corporations, entendus comme &#171; &lt;i&gt;association de tous les travailleurs du m&#234;me ordre&lt;/i&gt; &#187; ; on dirait aujourd'hui : l'entreprise. Durkheim y voyait en effet un milieu social propice, &#224; condition d'&#234;tre organis&#233; judicieusement, &#224; g&#233;n&#233;rer une &#171; &lt;i&gt;puissance morale&lt;/i&gt; &#187;, faite notamment de solidarit&#233;, apte &#224; r&#233;duire les tendances suicidog&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H&#233;ritier de Durkheim, Maurice Halbwachs (1877-1945) est ainsi l'auteur d'un autre ouvrage fondateur, &lt;i&gt;Les causes du suicide&lt;/i&gt; (1930), qui en r&#233;vise certaines th&#232;ses, en reconsid&#233;rant notamment les rapports entre niveaux individuel et collectif. Mais tout s&#233;pare de telles lectures critiques de l'ignorance totale et d&#233;complex&#233;e qui a cours ici.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 446. Durkheim faisait ainsi du suicide un t&#233;moin fiable, une pierre de touche de la coh&#233;sion sociale : &#171; &lt;i&gt;Ce que prouve ce nombre exceptionnellement &#233;lev&#233; de morts volontaires, c'est l'&#233;tat de perturbation profonde dont souffrent les soci&#233;t&#233;s civilis&#233;es et il en atteste la gravit&#233;. On peut m&#234;me dire qu'il en donne la mesure&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 450.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &lt;a href=&#034;http://www.bakchich.info/Le-clin-deuil-de-France-Telecom-a,08691.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Le clin deuil de France T&#233;l&#233;com &#224; ses salari&#233;s &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour d'autres aper&#231;us de la &#171; pens&#233;e &#187; d'Anne-Sophie Mercier, se reporter aux &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/mot227.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;articles qui la mentionnent&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple, apr&#232;s le 23&#232;me suicide, qui eut lieu trois jours apr&#232;s l'&#233;mission de RTL, on a pu ainsi entendre, par exemple, le r&#233;dacteur en chef de la revue &lt;i&gt;Sant&#233; &amp; Travail&lt;/i&gt; Fran&#231;ois Desriaux, le 14 septembre sur France Inter (au journal de 9h du &#171; Sept/Dix &#187;), parler d'un &#171; d&#233;voiement &#187; de la m&#233;decine du travail. Critiquant les mesures prises, alors que le ph&#233;nom&#232;ne &#233;tait si pr&#233;occupant que le ministre du Travail Xavier Darcos se voyait contraint de convoquer le PDG de l'entreprise, il rappelait en effet que les m&#233;decins du travail ne sont pas au service de l'entreprise, mais de la sant&#233; publique et des salari&#233;s, quand on leur sommait de participer &#224; l' &#171; &lt;i&gt;adaptation de l'homme au travail&lt;/i&gt; &#187; au lieu de l'inverse. Il ne se montrait pas &#233;tonn&#233; du ph&#233;nom&#232;ne &#233;tant donn&#233; le bouleversement des syst&#232;mes instaur&#233;s de coop&#233;ration au travail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Redoutez-vous la rentr&#233;e sociale ? &#187; : une question qui &#171; d&#233;range &#187; France Inter</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Redoutez-vous-la-rentree-sociale-une-question-qui-derange-France-Inter</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Redoutez-vous-la-rentree-sociale-une-question-qui-derange-France-Inter</guid>
		<dc:date>2009-09-07T22:49:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gr&#233;gory Salle</dc:creator>


		<dc:subject>Sondages</dc:subject>
		<dc:subject>France Inter</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats audiovisuels</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Interrogation &#233;quivoque, sondage inepte et pronostics intuitifs en guise de commentaires d'actualit&#233;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Mobilisations-sociales-en-France-2009-2012-" rel="directory"&gt;Mobilisations sociales en France (2009-2012)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Sondages-+" rel="tag"&gt;Sondages&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-France-Inter-+" rel="tag"&gt;France Inter&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Debats-audiovisuels-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats audiovisuels&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au seuil de la rentr&#233;e, les d&#233;bats sur France Inter sont d&#233;cid&#233;ment toujours aussi approfondis, contradictoires, et fid&#232;les &#224; la vocation autoproclam&#233;e de faire entendre &#171; la diff&#233;rence &#187;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28 ao&#251;t 2009, pour sa derni&#232;re de l'&#233;t&#233;, l'&#233;mission &#171; &#199;a vous d&#233;range &#187;, consacr&#233;e &#224; &#171; l'actualit&#233; de la semaine vue par la presse &#233;crite &#187; &#8211; actualit&#233; si possible &#171; d&#233;rangeante &#187; voire &#171; inqui&#233;tante &#187; &#8211;, a ainsi &#233;pous&#233; le mod&#232;le des combats inoffensifs mis en sc&#232;ne par &#171; Le t&#233;l&#233;phone sonne &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; &#034;Le T&#233;l&#233;phone sonne&#034; du vendredi : petites &#034;pol&#233;miques&#034; entre habitu&#233;s &#187;.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Derni&#232;re &#187; oblige, l'ambiance se pr&#234;tait sans doute au rel&#226;chement et les attabl&#233;s (Yves Thr&#233;ard, Laurent Joffrin, Fr&#233;d&#233;ric Lema&#238;tre) riront volontiers en s'&#233;loignant du th&#232;me principal. Il est vrai que l'ordre du jour &#233;tait, comment dire, parfaitement insignifiant : il ne s'agissait apr&#232;s tout que de la question sociale&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un sondage de pacotille propice &#224; un d&#233;bat en toc&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier grincement de dents de l'auditeur avide d'&#233;claircissements sur la situation sociale d&#232;s le sondage factice qui accompagne l'interrogation et fonde l'alibi participatif de l'&#233;mission. La question pos&#233;e, &#171; &lt;i&gt;Redoutez-vous la rentr&#233;e sociale ?&lt;/i&gt; &#187;, est pour le moins &#233;quivoque. Elle rend en particulier impossible de d&#233;m&#234;ler deux dimensions fonci&#232;rement distinctes. D'une part, une dimension objective : estimer &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; que la rentr&#233;e sociale sera effectivement conflictuelle ou non. D'autre part, une dimension subjective : se d&#233;clarer favorable ou non &#224; la situation que l'on estime probable. On peut ainsi &#171; redouter &#187; la rentr&#233;e sociale pour des raisons parfaitement oppos&#233;es, selon que l'on se f&#233;licite ou que l'on d&#233;plore des mobilisations sociales fortes ou non. Cette incertitude est r&#233;duite &#224; n&#233;ant par un sondage qui, de plus, ne propose que les trois pseudo-r&#233;ponses m&#233;caniques les plus simplistes (oui - non - ne se prononce pas). Litt&#233;ralement un non-sens, qui autorise toutes les interpr&#233;tations, aussi arbitraires (et impossibles &#224; discerner rigoureusement) les unes que les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Laurent Joffrin souligne &#171; &lt;i&gt;l'ambigu&#239;t&#233; f&#233;conde de la question&lt;/i&gt; &#187;, on croira, l'animateur en t&#234;te, &#224; de l'ironie, voire de la critique. Mais non : la question est &#224; ses yeux &#171; &lt;i&gt;bien pos&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. Il est vrai qu'il en modifie la formulation, involontairement semble-t-il, en lui substituant une autre question, &#224; peine plus &#233;clairante : &#171; &lt;i&gt;Faut-il redouter la rentr&#233;e sociale ?&lt;/i&gt; &#187;. Quant &#224; l'animateur Philippe Bertrand, en faisant mine de clarifier le d&#233;bat en analysant les interpr&#233;tations possibles, il l'introduit en fait dans la confusion, ou plut&#244;t l'installe sur des pr&#233;suppos&#233;s aussi tacites que discutables :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Alors pour amorcer le d&#233;bat, nous vous soumettons depuis ce matin une interrogation sur la rentr&#233;e sociale, peut-&#234;tre agit&#233;e, sur les craintes qu'elle susciterait. Vous la redoutez actuellement &#224; 31%, et vous ne la redoutez pas &#224; 53,4%, et encore 15,6% de votants qui ne se prononcent pas&#8230; Comme &#224; chaque fois donc il y a plusieurs lectures qui peuvent &#234;tre faites de&#8230; 31% c'est une proportion on va dire, assez faible... Alors un : Y aura-t-il une r&#233;elle rentr&#233;e ? Pour ce faire il faudrait d&#233;j&#224; une sortie, or la situation de crise est permanente. Ou alors vous &#234;tes vraiment optimiste, et cette rentr&#233;e ne sera pas n&#233;cessairement plus tendue que cela. Ou alors vous avez suffisamment recharg&#233; les batteries pour affronter les adversit&#233;s propres &#224; toute rentr&#233;e. Voil&#224; toutes les possibilit&#233;s ; il y en a peut-&#234;tre d'autres&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Tel est l'empilement d&#233;cousu, riche de contradictions et d'impens&#233;s, servi en guise de pistes de compr&#233;hension. Il r&#233;v&#232;le en m&#234;me temps le postulat implicite du d&#233;bat : se fondant sur l'&#233;quation qui fait correspondre &#171; optimisme &#187; et absence de rentr&#233;e sociale &#171; agit&#233;e &#187;, la question pos&#233;e part donc du principe tacite que faire l'&#233;conomie d'un conflit social &#224; la rentr&#233;e serait une bonne chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des g&#233;n&#233;ralit&#233;s creuses aux pr&#233;suppos&#233;s douteux&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; un tremplin id&#233;al pour le journaliste du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; qui, apr&#232;s avoir rappel&#233; qu'un tel sujet est pour les journalistes un &#171; marronnier &#187; et que des raisons de fond justifierait une rentr&#233;e sociale chaude, peut affirmer qu'il est &#171; &lt;i&gt;plut&#244;t assez optimiste&lt;/i&gt; &#187; &#8211; un optimisme conforme &#224; l'&#233;quation ci-dessus. Des bons points sont ainsi distribu&#233;s au changement d'attitude des syndicats, cens&#233;s d&#233;laisser une culture d'affrontement et de refus au profit d'une attitude &#171; constructive &#187;, cette mue &#233;tant consid&#233;r&#233;e comme forc&#233;ment raisonnable. Le journaliste peut alors se r&#233;jouir sobrement que la &#171; grogne &#187; (terme s&#233;mantiquement charg&#233; qui sugg&#232;re quelque tropisme bestial des salari&#233;s, comme nous l'avons plusieurs fois relev&#233; ici m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir dans notre lexique journalistique : &#171; grogne &#187;.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) soit &#171; &lt;i&gt;tr&#232;s canalis&#233;e&lt;/i&gt; &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;N&#233;anmoins, je serais plut&#244;t assez optimiste, parce que, je ne sais pas si c'est le contexte politique &#8211; sans doute &#8211;, mais c'est aussi le contexte &#233;conomique qui a fait changer d'attitude les syndicats. Je trouve que depuis quelques ann&#233;es, et c'est particuli&#232;rement vrai cette ann&#233;e, les syndicats ont chang&#233; d'attitude. Ils &#233;taient dans une attitude, dans une posture d'affrontement, de refus de toutes les r&#233;formes, que le pouvoir soit de gauche ou de droite, alors qu'aujourd'hui, je trouve que ces syndicats ont une attitude davantage constructive.&lt;/i&gt; (&#8230;) &lt;i&gt;Ce qui fait que la grogne, si grogne il y a, elle est tr&#232;s canalis&#233;e, et on a vu pendant le premier semestre, alors que la situation n'&#233;tait gu&#232;re brillante, que, eh bien, certes on a eu, contrairement aux autres pays, ces manifestations quasiment mensuelles, mais d'une certaine fa&#231;on c'&#233;tait un exutoire qui permettait que justement il n'y ait pas de d&#233;bordements outre cela. Et manifestations mensuelles qui c'est vrai ont commenc&#233; &#224; des chiffres importants : on a eu un million, puis deux millions, puis c'est tr&#232;s vite retomb&#233;. Donc je dirais qu'il y a une situation sociale dans notre pays qui n'est absolument pas explosive, alors que d'aucuns, y compris d'ailleurs dans la majorit&#233;, si tant est qu'ils soient encore dans la majorit&#233; comme Dominique de Villepin, nous promettaient, souvenez-vous, ou analysaient la situation comme une situation quasi insurrectionnelle. On en est tr&#232;s tr&#232;s loin&lt;/i&gt;. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'optimisme &#187; est donc de mise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les conditions d'engagement d'un d&#233;bat factice autour d'une question mal pos&#233;e sont r&#233;unies, c'est aussi que, on l'a compris, nous sommes entre gens de bonne compagnie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont en effet les pr&#233;pos&#233;s au d&#233;bat ? Laurent Joffrin (directeur de la publication et de la r&#233;daction de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;), Yves Thr&#233;ard (directeur adjoint de la r&#233;daction du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;), Fr&#233;d&#233;ric Lema&#238;tre (r&#233;dacteur en chef du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;). C'est-&#224;-dire, outre l'originalit&#233; &#233;bouriffante de tels commentateurs, des protagonistes qui partagent et cumulent trois grandes caract&#233;ristiques statutaires. Premi&#232;rement, il ne s'agit pas de journalistes sp&#233;cialis&#233;s sur les questions sociales, mais d'&#233;ditorialistes g&#233;n&#233;ralistes, parfois multicartes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On lit ainsi sur le blog de Yves Thr&#233;ard : &#171; Je suis directeur adjoint de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et volontiers tout-terrain, capables de disserter sur tout, pour peu qu'on le leur demande. Deuxi&#232;mement, il s'agit encore moins de ces soutiers du journalisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Evoqu&#233;s, par exemple, par Fr&#233;d&#233;ric Lordon dans &#171; Critique des m&#233;dias et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui s'&#233;chinent tant bien que mal au sein des r&#233;dactions &#224; r&#233;&#233;quilibrer la hi&#233;rarchie de l'information, mais au contraire de patrons de presse, du moins leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s. Troisi&#232;mement, il ne s'agit pas de porte-parole de m&#233;dias peu visibles ou minoritaires, auxquels la radio offrirait une tribune nouvelle, mais de repr&#233;sentants des trois quotidiens dominants ; &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; n'ayant par exemple pas droit de cit&#233;. On comprend mieux la minceur des d&#233;saccords et l'&#233;change d'amabilit&#233;s auxquels se r&#233;duit, pour l'essentiel, la discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurent Joffin donne d'abord l'impression de d&#233;jouer l'uniformit&#233; en moquant la position de son confr&#232;re du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; et en semblant adopter, certes mollement, une position progressiste retournant la question initiale : ne faut-il pas plut&#244;t craindre une absence de mouvements sociaux, synonyme de d&#233;sespoir et de r&#233;signation ? Las : c'est aussit&#244;t pour expliquer que les revendications dans les entreprises n'ont &#171; &lt;i&gt;pas pour but d'emp&#234;cher les restructurations&lt;/i&gt; &#187;, mais seulement d'am&#233;liorer les indemnisations des licenci&#233;s ; preuve &#224; ses yeux d'une &#171; &lt;i&gt;prise de conscience&lt;/i&gt; &#187; et de la &#171; &lt;i&gt;responsabilit&#233;&lt;/i&gt; &#187; croissante des syndicats et des salari&#233;s. On voit que la crise du capitalisme n'a pas fait vaciller les certitudes de la gauche &#171; moderne &#187;. M&#234;me la tonalit&#233; &#171; sociale &#187; de la conclusion est sur le fond un peu incertaine, car elle a l'air de croire (maladresse d'expression ?) en l'existence d'une pr&#233;tendue fatalit&#233; &#233;conomique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La question est bien pos&#233;e, c'est-&#224;-dire effectivement il faut redouter (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On saura tout de m&#234;me gr&#233; au directeur de la r&#233;daction de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; d'&#233;voquer, &#224; propos de la modestie de ces indemnisations, le traitement relativement privil&#233;gi&#233; dont b&#233;n&#233;ficient les journalistes&#8230; du moins quand ils sont en CDI&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il explique en effet que tous les journalistes licenci&#233;s ont droit &#224; un mois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste de l'&#233;mission confirmera l'apologie plus ou moins ouverte de la &#171; responsabilisation &#187; des syndicats, du dialogue social et de la conciliation, toutes choses oppos&#233;es &#224; une logique d'affrontement disqualifi&#233;e comme nuisible par nature. Lorsque le deuxi&#232;me (et dernier) auditeur critique les propos tenus sur le syndicalisme, pour s'inqui&#233;ter du risque d'amollissement des organisations syndicales, ses propos sont accueillis avec condescendance (on entend m&#234;me l'un des protagonistes ricaner discr&#232;tement). Laurent Joffrin ne prend pas la peine de r&#233;pondre ou de rebondir, pour cause d'incompr&#233;hension attribu&#233;e &#224; l'auditeur (il consid&#232;re qu'il est bien all&#233; dans le m&#234;me sens que l'objection de ce dernier) ; quant &#224; Yves Thr&#233;ard, il nous rassure : temp&#233;rance ne signifie pas reniement. La confrontation d'id&#233;es contradictoires bat donc son plein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une question sociale si cruciale&#8230; qu'elle se perd en cours de route&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un d&#233;saccord semble pointer son nez ? Il est alors converti en une boutade sur la fragilit&#233; sinon l'impossibilit&#233; de l'exercice des pr&#233;dictions&#8230; qui finit par faire place au dit exercice :&lt;br class='manualbr' /&gt;- Ph. Bertrand : &lt;i&gt;&#171; Fr&#233;d&#233;ric, je l'ai vu sourire aux propos d'Yves Thr&#233;ard, je me suis dit bon, il y a peut-&#234;tre du d&#233;saccord ou une autre lecture&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- F. Lema&#238;tre : &lt;i&gt;&#171; Ben disons que je faisais du mauvais esprit : je me dis que comme on a jamais pr&#233;vu une rentr&#233;e sociale agit&#233;e, on est incapable de pr&#233;voir les mouvements sociaux, peut-&#234;tre que si mon confr&#232;re du &lt;/i&gt;Figaro&lt;i&gt; est si optimiste, pensant qu'il n'y aura pas de rentr&#233;e agit&#233;e, peut-&#234;tre que finalement la pr&#233;diction de Laurent Joffrin va se r&#233;aliser et qu'il y aura une rentr&#233;e agit&#233;e&lt;/i&gt;. (&#8230;) &lt;i&gt;Donc, puisqu'il faut se lancer, moi je vais avoir un pronostic : moi je ne pense pas que la rentr&#233;e de septembre sera agit&#233;e, surtout qu'il y a des congr&#232;s syndicaux prochainement, en particulier celui de la CGT en d&#233;cembre. En revanche, si on a un sc&#233;nario noir &#8211; &#233;chec de Pittsburgh sur les bonus, si on apprend donc en janvier que les banques occidentales, et y compris fran&#231;aises ont vers&#233; quand m&#234;me des bonus qui para&#238;tront d&#233;lirants, et si le ch&#244;mage continue d'augmenter en 2010, je ne suis pas s&#251;r que le d&#233;but de l'ann&#233;e 2010 sera aussi calme que ne l'est l'automne 2009. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abstraction faite du contenu des prises de position, la superficialit&#233; et le dilettantisme des d&#233;bats autour d'un sujet pourtant crucial ne manquent pas d'&#233;tonner. Le sujet passionne d'ailleurs tellement les quatre commentateurs qu'ils l'abandonnent d&#232;s qu'ils en ont l'occasion. La premi&#232;re pause musicale lance ainsi une minute de digression sur la rentr&#233;e&#8230; discographique des Beatles. Plus tard, la deuxi&#232;me partie de l'&#233;mission chassera visiblement sans regret le sujet principal, pour se consacrer &#224; l'actualit&#233; du Parti socialiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'on aura alors droit &#224; un autre d&#233;bat de haute tenue, le probl&#232;me &#233;tant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On aura par ailleurs droit en fin de banquet &#224; des consid&#233;rations sur la taxe carbone. L'analyse des enjeux de la rentr&#233;e sociale se limite en fait &#224; des consid&#233;rations, g&#233;n&#233;rales dans le forme et discutables sur le fond, sur les &#233;volutions du syndicalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cerise sur le g&#226;teau, une d&#233;monstration par l'exemple&#8230; &#224; l'envers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier auditeur &#224; intervenir &#233;voque un effet d'intoxication g&#233;n&#233;r&#233;, &#224; ses yeux, par la surexposition m&#233;diatique de la grippe A, avec pour cons&#233;quence de rel&#233;guer la question sociale. Conjurant le spectre largement imaginaire d'une critique c&#233;dant &#224; quelque th&#233;orie du complot, Laurent Joffrin tient &#224; mettre les choses au point : on accusera toujours les m&#233;dias d'en faire soit trop, soit pas assez et, certes, cette question &#233;tant importante, elle est beaucoup trait&#233;e. &#171; &lt;i&gt;De l&#224; &#224; dire que ce n'est pas&#8230; que c'est organis&#233; pour faire oublier les difficult&#233;s sociales : non, je ne crois pas. En tout cas, ce n'est pas l'esprit dans lequel nous travaillons. &lt;/i&gt; &#187;. Mais s'il r&#233;cuse ainsi l'id&#233;e d'un objectif concert&#233; ou d'une fonction de diversion pr&#233;m&#233;dit&#233;e et assum&#233;e comme telle, Laurent Joffrin ne veut et ne peut rien savoir de l'hypoth&#232;se d'une diversion involontaire, sociologiquement produite, notamment par une hi&#233;rarchisation de l'information domin&#233;e par la mise en relief des ph&#233;nom&#232;nes les plus spectaculaires et in&#233;dits. Les morts d'enfants provoqu&#233;es par la faim sont autrement plus nombreuses que celles que provoque la grippe A ; mais le premier chiffre est d'une telle banalit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un type de distraction quasi machinale que nous offre la suite de la discussion : une digression de &lt;i&gt;plusieurs minutes&lt;/i&gt; autour&#8230; de la grippe A et de son traitement m&#233;diatique et politique. Il faudra attendre l'intervention d'un auditeur pour que l'on revienne au sujet central, abandonn&#233; en cours de route et amput&#233; d'une partie notable du temps d&#233;j&#224; chiche qui lui &#233;tait allou&#233;, au profit d'un th&#232;me totalement diff&#233;rent cens&#233;&#8230; ne pas lui faire &#233;cran !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une digression sur la grippe A partie de l'id&#233;e que le sujet ne fait pas diversion : apr&#232;s un tel paradoxe, on ne s'&#233;tonne plus de rien. Et surtout pas du fait que l'&#233;mission passe le relais &#224; un interlude boursier, aux antipodes de toute pr&#233;occupation sociale, puis aux gros titres de l'information, au premier rang desquels figure&#8230; la grippe A.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#233;gory Salle&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;div class='spip_document_4712 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/pdf/171Rentree_sociale_2009.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 97.2 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1776673245' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/center&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article3200.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &#034;Le T&#233;l&#233;phone sonne&#034; du vendredi : petites &#034;pol&#233;miques&#034; entre habitu&#233;s &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir dans notre lexique journalistique : &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/mot1037.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; grogne &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On lit ainsi &lt;a href=&#034;http://blog.lefigaro.fr/threard/yves-threard.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le blog de Yves Thr&#233;ard&lt;/a&gt; : &#171; Je suis directeur adjoint de la r&#233;daction du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; (et &#233;ditorialiste) depuis 2000. Je fais partie de l'&#233;quipe de pol&#233;mistes de l'&#233;mission On refait le monde sur RTL (19h15-20h) pr&#233;sent&#233;e par Nicolas Poincar&#233;. Je participe au Club BFM TV de Ruth Elkrief (g&#233;n&#233;ralement le mardi de 12h45 &#224; 13h20), au Match d'IT&#233;l&#233; anim&#233; par Laurent Bazin (le vendredi de 8h15 &#224; 8h20 avec Maurice Szafran) et j'interviens r&#233;guli&#232;rement sur LCP, Public S&#233;nat, LCI, France Inter ou encore BFM Radio. Enfin, je donne un cours &#224; Sciences Po Paris (en cinqui&#232;me ann&#233;e) sur les politiques &#233;ditoriales. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Evoqu&#233;s, par exemple, par Fr&#233;d&#233;ric Lordon dans &#171; Critique des m&#233;dias et critique dans les m&#233;dias &#187; paru sur le blog &#171; La pompe &#224; phynance &#187; et reproduit &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article3198.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici m&#234;me&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;La question est bien pos&#233;e, c'est-&#224;-dire effectivement il faut redouter que s'installe dans le monde salarial une forme de r&#233;signation totale &#224; la fatalit&#233;. Ce serait mauvais &#224; mon avis&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il explique en effet que tous les journalistes licenci&#233;s ont droit &#224; un mois de salaire par ann&#233;e de pr&#233;sence, contrairement &#224; d'autres salari&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Les salari&#233;s qui ne sont pas dans ces secteurs l&#224;, comme le journalisme ou comme d'autres, eux ils ont droit &#224; un dixi&#232;me de mois par ann&#233;e de pr&#233;sence&#8230; C'est pas du tout pareil&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'on aura alors droit &#224; un autre d&#233;bat de haute tenue, le probl&#232;me &#233;tant pour l'essentiel rabattu sur la guerre des &lt;i&gt;ego&lt;/i&gt; et la question des alliances &#233;lectorales, sans pr&#233;occupation pour l'effritement des bases id&#233;ologiques du socialisme fran&#231;ais ; au contraire, les commentateurs assurent que le PS a plus d'id&#233;es qu'on ne le croit et jugent inopportune l'id&#233;e d'un changement de nom du parti.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Portail &#034;Orange&#034; sonde la l&#233;gendaire paresse des enseignants</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Le-Portail-Orange-sonde-la-legendaire-paresse-des-enseignants</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Le-Portail-Orange-sonde-la-legendaire-paresse-des-enseignants</guid>
		<dc:date>2009-07-02T05:42:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gr&#233;gory Salle</dc:creator>


		<dc:subject>Orange</dc:subject>
		<dc:subject>Enseignants</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cole, universit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un &#171; d&#233;bat relanc&#233; &#187; avec &#233;quilibre et rigueur.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-L-ecole-les-enseignants-" rel="directory"&gt;L'&#233;cole, les enseignants&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Orange-+" rel="tag"&gt;Orange&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Enseignants-+" rel="tag"&gt;Enseignants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Ecole-universite-+" rel="tag"&gt;&#201;cole, universit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; signal&#233; la propagande sourde distill&#233;e par des portails Internet apparemment inoffensifs (abstraction faite du d&#233;versement publicitaire qu'ils g&#233;n&#232;rent&#8230;) &#224; travers le cas des gr&#232;ves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Yahoo !, portail antigr&#232;ve de l'UMP ? &#187; et &#171; Yahoo ! s'insurge contre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette fois, le portail Orange lance un vrai d&#233;bat de soci&#233;t&#233; : &#171; Les enseignants sont-ils plus absents que les autres ? &#187; Une question on ne peut plus &#171; neutre &#187;, motiv&#233;e par une &#171; &lt;i&gt;&#233;tude confidentielle &#233;voqu&#233;e par RTL&lt;/i&gt; &#187;. Autrement dit, l'alliance de la fiabilit&#233; et de la rigueur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le portail Orange est un amalgame indistinct de services, d'&#171; informations &#187; et de publicit&#233;s. Un bandeau sur la s&#233;curit&#233; routi&#232;re en France c&#244;toie celui d'un site destin&#233; &#224; retrouver ses anciens camarades de classe ; une r&#233;clame qui promet la bonne m&#233;thode de r&#233;gime est voisine d'une distribution de sondages du conglom&#233;rat BVA-Orange-&lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;-France Inter. Plus bas, un bandeau d&#233;roule des br&#232;ves h&#233;t&#233;rog&#232;nes (en l'occurrence, un crash a&#233;rien, un incendie d'appartement mortel, la chute des permis de construire, l'&#233;tat de la dette publique, la hausse du ch&#244;mage au Japon&#8230;), le tout compl&#233;t&#233; par les &#171; commentaires &#187; des internautes. La liste n'est pas exhaustive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un sondage pour commencer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Merveille de d&#233;mocratie d'opinion &#224; la sauvette, au milieu de ce fatras tr&#244;ne la &#171; question du jour &#187;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;div class='spip_document_4654 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L404xH364/Orange_enseignants-5f4d3.jpg?1776745121' width='404' height='364' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les enseignants sont-ils plus absents que les autres ? &#187; Quels &#171; autres &#187; au juste ? Les autres travailleurs ? Les autres fonctionnaires ? Les autres fain&#233;ants ? La question ne le pr&#233;cise pas. Quoiqu'il en soit, trois choix s'offrent au r&#233;pondant sollicit&#233;. En premier, &#224; gauche : &#171; Oui, c'est scandaleux. &#187; Sur la m&#234;me ligne, &#224; droite : &#171; Non, absolument pas. &#187; En dessous, &#224; gauche, &#171; &#199;a s'explique ! &#187; De quoi faire rougir le moins scrupuleux des sondeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mod&#232;le d'&#233;quilibre, donc, qui oppose &#224; un seul &#171; non &#187; cat&#233;gorique, deux &#171; oui &#187; &#8211; un m&#233;chant et un gentil. Le &#171; absolument pas &#187;, qui r&#233;cuse l'affirmation en &#171; d&#233;bat &#187;, peut difficilement contrebalancer le &#171; c'est scandaleux &#187;, qui en propose un commentaire. Et il est impossible de choisir un &#171; non &#187; nuanc&#233;, du type &#171; pas vraiment, mais il est scandaleux d'essayer de le faire croire avec ce type de sondages &#187;, de m&#234;me qu'il est impossible d'&#234;tre &#171; sans opinion &#187;. Mieux, la question pos&#233;e passe &#224; la trappe le fait que l'&#233;tude mobilis&#233;e ne concerne que les enseignants du primaire. Pourquoi s'embarrasser de pr&#233;cisions quand on veut faire simple ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; Et un peu d'analyse pour aller plus loin&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sondage n'est pas seul ; il est adoss&#233; &#224; l'article suivant :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants du primaire prennent deux fois plus de cong&#233;s maladie que les salari&#233;s du priv&#233; : c'est ce qu'a r&#233;v&#233;l&#233; lundi une &#233;tude &#171; confidentielle &#187; &#233;voqu&#233;e par RTL.&lt;br /&gt;
Selon ce rapport, 45 % des professeurs des &#233;coles ont pos&#233; au moins un cong&#233; maladie pendant l'ann&#233;e scolaire 2007-2008, alors que &#171; 22 % des actifs en entreprise ont d&#233;pos&#233; un arr&#234;t de travail l'an dernier &#187;.&lt;br /&gt;
&#171; Le pic d'absence est constat&#233; &#224; la fin du premier trimestre, avant et apr&#232;s les vacances de No&#235;l, avec les grippes et les gastro-ent&#233;rites saisonni&#232;res, et une remont&#233;e au mois de mai &#187;, explique le site de RTL.&lt;br /&gt;
Le d&#233;bat est relanc&#233; : pour Patrick Gonthier, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'Unsa Education, &#171; les pressions sur les professeurs sont de plus en plus importantes &#187; et cela explique aussi une partie des arr&#234;ts maladie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un m&#233;tier de contact&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Pour Dominique, principal d'un coll&#232;ge, &#233;galement interview&#233; par RTL, &#171; il y a &#224; la base un manque de formation &#187;. Il dit regretter l'&#233;poque o&#249; les enseignants avaient &#171; des cours de morale professionnelle &#187;.&lt;br /&gt;
Le nouveau ministre de l'Education nationale, Luc Chatel, &#233;galement porte-parole du gouvernement, a imm&#233;diatement r&#233;pondu qu'il ne fallait pas &#171; stigmatiser une profession &#187;.&lt;br /&gt;
&#171; On a plus de chances d'&#234;tre malade quand on travaille en contact du public que lorsqu'on est seul dans son bureau &#187;, a-t-il expliqu&#233;, ajoutant que le probl&#232;me &#233;tait surtout &#171; d'optimiser le niveau des remplacements &#187;.&lt;br /&gt;
&#171; Sur 10 jours d'absence d'un enseignant du premier degr&#233;, seuls 6 seraient r&#233;ellement remplac&#233;s &#187;, indique LeParisien.fr.&lt;br /&gt;
Et vous, qu'en pensez-vous ? Croyez-vous aux r&#233;sultats de cette &#233;tude &#171; confidentielle &#187; ? Les enseignants en g&#233;n&#233;ral sont-ils selon vous trop absents ? Ou ont-il de bonnes raisons de l'&#234;tre ?&lt;br /&gt;
Aur&#233;lie Blondel (Bazikpress)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Puisqu'on trouve un peu de tout et de rien dans ce commentaire, r&#233;sumons-nous. Une &#171; &lt;i&gt;&#233;tude confidentielle&lt;/i&gt; &#187;, qui ne permet de conna&#238;tre ni le mode de production des chiffres (donc d'en appr&#233;cier la validit&#233;), ni le commanditaire de l'&#233;tude en question ; le fait qu'elle soit du pain b&#233;nit pour le gouvernement est sans doute une co&#239;ncidence&#8230; Ensuite, p&#234;le-m&#234;le : une comparaison avec les &#171; &lt;i&gt;actifs en entreprise&lt;/i&gt; &#187; qui &#233;rige du m&#234;me coup la firme priv&#233;e en norme. Une consid&#233;ration m&#233;dicale qui sugg&#232;re implicitement, en citant No&#235;l et le mois de mai, des arr&#234;ts maladie de complaisance destin&#233;s &#224; faciliter l'organisation des vacances. Un &#171; &lt;i&gt;d&#233;bat relanc&#233;&lt;/i&gt; &#187; : certes, gr&#226;ce &#224; cette &#171; &#233;tude confidentielle &#187; et providentielle, amplifi&#233;e par un sondage et un article qui, sous couvert de constater la r&#233;surgence d'un &#171; d&#233;bat &#187;, s'emploient &#224; le l&#233;gitimer, sinon &#224; le cr&#233;er de toutes pi&#232;ces. Un seul syndicat convoqu&#233;, notoirement mod&#233;r&#233;, et dont l'explication avalise tacitement la question pos&#233;e. Des enseignants qui n'ont pas &#233;t&#233; &#171; form&#233;s &#224; la morale professionnelle &#187; (en seraient-ils &#224; ce point d&#233;pourvus ?). Un nouveau ministre camp&#233; dans la position confortable de d&#233;fenseur du corps enseignant ; difficile d'&#234;tre intronis&#233; de mani&#232;re plus bienveillante, surtout quand les dizaines de milliers de postes supprim&#233;s dans l'&#233;ducation en quelques ann&#233;es ne sont tout bonnement pas mentionn&#233;s. Et une derni&#232;re question en forme d'alternative, dont les deux termes accr&#233;ditent l'id&#233;e que, bonnes raisons ou pas, les enseignants sont plus absents que ces &#171; autres &#187; myst&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un onglet permet d'approfondir, si l'on peut dire, le sujet. Il permet de &#171; consulter les arguments &#187;. L&#224; encore, la couleur est annonc&#233;e d'entr&#233;e de jeu. Premier intertitre : &#171; &lt;i&gt;Les parents d&#233;noncent souvent l'absent&#233;isme des enseignants.&lt;/i&gt; &#187; Voil&#224; un d&#233;bat pos&#233; sur de bons rails ! Le texte commence ainsi : &#171; &lt;i&gt;Les absences des professeurs, tr&#232;s visibles, sont vivement d&#233;nonc&#233;es par les familles. Les chiffres r&#233;v&#233;l&#233;s lundi relancent le d&#233;bat.&lt;/i&gt; &#187; Plus bas, diverses prises de position, comme celle d'Olivier, qui d&#233;plore un &#171; &lt;i&gt;probl&#232;me de management&lt;/i&gt; &#187; et r&#233;clame que le directeur d'&#233;tablissement soit &#171; &lt;i&gt;v&#233;ritablement le patron des enseignants&lt;/i&gt; &#187;. Le deuxi&#232;me intertitre, &#171; &lt;i&gt;Pourquoi les profs ont plus de raisons de s'absenter&lt;/i&gt; &#187;, homologue les chiffres sans sourciller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut attendre la fin du texte pour quelques nuances et contradictions. Mais l&#224; encore, c'est plut&#244;t flou. On lit ainsi la n&#233;cessit&#233; de ne pas g&#233;n&#233;raliser (&#171; &lt;i&gt;Des chiffres &#224; consid&#233;rer avec pr&#233;caution&lt;/i&gt; &#187;), mais on ne peut pas dire que le portail Orange ait &#233;t&#233; tr&#232;s pointilleux en la mati&#232;re, ni qu'il ait mis en relief cette n&#233;cessit&#233;. On lit aussi que, selon le repr&#233;sentant de l'Unsa, cette &#233;tude &#171; &lt;i&gt;contredit d'autres &#233;tudes du minist&#232;re&lt;/i&gt; &#187;. On ne saura pas lesquelles&#8230; mais on apprend par la bande que la pseudo-&#233;tude &#171; confidentielle &#187; (et qui, d&#233;sormais, ne l'est plus tant que &#231;a) pourrait ainsi provenir du minist&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon un article du site LePoint.fr, &#171; L'absent&#233;isme des instits : l'auteur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats du sondage, bien qu'approximatifs tant le graphique est grossier, ne sont alors gu&#232;re &#233;tonnants. Le 30 juin au soir, le &#171; Oui, c'est scandaleux &#187; est largement en t&#234;te, avec environ 55 %, le &#171; Non, absolument pas &#187; est nettement derri&#232;re, avec environ 25 %, talonn&#233; par le &#171; &#199;a s'explique &#187;, avec environ 20 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain de la &#171; fuite &#187;, apr&#232;s avoir fait quelque bruit, l'&#233;tude commandit&#233;e par le minist&#232;re a les honneurs du journal de 20 heures de France 2. Mais, comme l'a relev&#233; &#171; Arr&#234;t sur images &#187;, le reportage rend compte de la fragilit&#233; des chiffres qui &#233;meuvent tant les commentateurs empress&#233;s et David Pujadas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur le site d'Asi : Daniel Schneidermann, &#034;Absent&#233;isme : petit probl&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On attend avec impatience un sondage relan&#231;ant le d&#233;bat : &#171; Tous les &#233;trangers sont-ils des voleurs ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#233;gory Salle&lt;br class='manualbr' /&gt;- Merci &#224; Alain pour le signalement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article3059.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Yahoo !, portail antigr&#232;ve de l'UMP ? &#187;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article3091.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Yahoo ! s'insurge contre la gr&#232;ve en Guadeloupe &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon un article du site LePoint.fr, &lt;a href=&#034;http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2009-06-30/info-lepoint-fr-l-absenteisme-des-instits-l-auteur-du-rapport/920/0/357162&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; L'absent&#233;isme des instits : l'auteur du rapport &#187;&lt;/a&gt;, ces chiffres &#171; &lt;i&gt;proviennent d'un audit command&#233; il y a un an par l'&#233;quipe de Xavier Darcos &#224; un cabinet de consultants priv&#233;, Roland Berger&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur le site d'Asi : &lt;a href=&#034;http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=2109&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Daniel Schneidermann, &#034;Absent&#233;isme : petit probl&#232;me de m&#233;diarithm&#233;tique&#034;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une d&#233;mystification en trompe-l'&#339;il : Marianne et l'&#171; ins&#233;curit&#233; &#187;</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Une-demystification-en-trompe-l-oeil-Marianne-et-l-insecurite</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Une-demystification-en-trompe-l-oeil-Marianne-et-l-insecurite</guid>
		<dc:date>2009-06-14T22:56:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gr&#233;gory Salle</dc:creator>


		<dc:subject>Marianne</dc:subject>
		<dc:subject>&#034;ins&#233;curit&#233;&#034;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Sous couvert de d&#233;monter les ressorts d'un &#171; &lt;i&gt;matraquage politique et m&#233;diatique&lt;/i&gt; &#187;, l'hebdomadaire obscurcit le d&#233;bat qu'il pr&#233;tend &#233;clairer.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Les-pyromanes-de-l-insecurite-" rel="directory"&gt;Les pyromanes de l'ins&#233;curit&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Marianne-66-+" rel="tag"&gt;Marianne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-insecurite-+" rel="tag"&gt;&#034;ins&#233;curit&#233;&#034;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il n'a &#233;chapp&#233; &#224; personne que la veille de l'&#233;ch&#233;ance des europ&#233;ennes a vu monter d'un cran l'instrumentalisation &#233;lectoraliste du th&#232;me s&#233;curitaire. Et chacun garde en m&#233;moire les effets politiques de la surexploitation m&#233;diatique de ce motif au moment de la campagne pr&#233;sidentielle et l&#233;gislative de 2002, effets qui perdurent &#224; des degr&#233;s variables jusqu'&#224; aujourd'hui. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars dernier, dans un article de &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;, le journaliste Fr&#233;d&#233;ric Ploquin semblait vouloir nous &#233;clairer sur la question&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F. Ploquin, &#171; Ins&#233;curit&#233; : c'est pire qu'avant &#187;, Marianne, n&#176; 622, 21-27 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mieux, il pr&#233;tendait faire coup double : d&#233;voiler les mensonges pr&#233;sidentiels et renvoyer les autres m&#233;dias &#224; leurs responsabilit&#233;s. Le probl&#232;me est qu'en fin de compte, sa contre-enqu&#234;te &#233;gare au moins autant qu'elle n'&#233;claire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Racoler pour d&#233;voiler ?&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les six pages de l'article s'annoncent audacieuses. Elles ne promettent rien de moins qu'une double d&#233;mystification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re d&#233;mystification : divulguer un &#171; &lt;i&gt;secret de fabrique des chiffres de la d&#233;linquance&lt;/i&gt; &#187; d'autant plus difficile &#224; d&#233;busquer qu'il &#171; &lt;i&gt;se niche dans la culture du r&#233;sultat ch&#232;re au chef de l'&#201;tat&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cible pr&#233;sidentielle est claire d&#232;s la couverture du num&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;div class='spip_document_4639 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L184xH248/Marianne-insecurite-1-couv-8b88e.jpg?1776732145' width='184' height='248' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le titre de &#171; Une &#187; (&#171; &lt;i&gt;Enqu&#234;te. Le gouvernement et les m&#233;dias le cachent. Ins&#233;curit&#233;, c'est de pire en pire&lt;/i&gt; &#187;), sous forme de halo de lumi&#232;re sur fond noir, compl&#232;te le titre &#171; &lt;i&gt;Le divorce&lt;/i&gt; &#187; et le sous-titre &#171; &lt;i&gt;Pourquoi les Fran&#231;ais le l&#226;chent&lt;/i&gt; &#187; qui encadrent le visage de Nicolas Sarkozy. On notera en passant que ce titre fracassant fait &#233;cho &#224; d'autres &#171; Unes &#187; de &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;. Avant le divorce, il y eut la s&#233;paration, que l'hebdomadaire annon&#231;ait un an auparavant en titrant sur la couverture du num&#233;ro dat&#233; 15 mars&#8230; 2008 : &#171; La France le quitte &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me d&#233;voilement annonc&#233; : la complicit&#233; ou le mutisme des autres m&#233;dias qui, aux yeux de l'auteur de l'article, ne font pas leur travail. Obnubil&#233;s par les faits divers (de ce point de vue, on verra que l'arroseur se trouve vite arros&#233;), ils ne s'empressent gu&#232;re de relever l'&#233;cart entre les effets d'annonce et les pratiques r&#233;elles, &#171; &lt;i&gt;comme si toute contre-enqu&#234;te &#233;tait interdite sur ces chiffres certifi&#233;s conforme qui viennent chaque mois rassurer les Fran&#231;ais&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article d&#233;bute en prenant ses distances &#224; l'encontre de la &#171; &lt;i&gt;chanson douce&lt;/i&gt; &#187; pr&#233;sidentielle (celle qui clame que la d&#233;linquance d&#233;gringole) comme du &#171; &lt;i&gt;fracas des faits divers&lt;/i&gt; &#187; mis en sc&#232;ne par les m&#233;dias. Et il se cl&#244;t sur la mention d'un &#171; &lt;i&gt;matraquage politique et m&#233;diatique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de bien nouveau, au fond : &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; se pr&#233;sente comme l'hebdomadaire qui pourfend la &#171; pens&#233;e unique &#187; et la collusion des &#233;lites politiques et m&#233;diatiques. &#192; grand renfort de &#171; Unes &#187; racoleuses, comme nous l'avions relev&#233; ici m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire : &#171; Les &#171; Unes &#187; racoleuses de Marianne.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;se pr&#233;sente et se vend comme l'hebdomadaire de la politique sarkophage (LA politique, c'est lui) et des vraies r&#233;v&#233;lations (la dissimulation, ce sont les autres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; pr&#233;tend donc, sur la question dite &#171; de l'ins&#233;curit&#233; &#187;, faire acte de salubrit&#233; publique. &#171; &lt;i&gt;Le gouvernement le cache&#8230;&lt;/i&gt; &#187; lit-on en exergue sur la premi&#232;re double page, &#224; c&#244;t&#233; du titre, avec en contrepoint une citation attribu&#233;e &#224; un &#171; responsable du Syndicat national des officiers de police &#187; : &#171; &lt;i&gt;Les statistiques, c'est une fa&#231;ade, une grande illusion&lt;/i&gt; &#187;, cette derni&#232;re expression &#233;tant surlign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;div class='spip_document_4640 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L291xH146/Marianne_insecurite-2-efa04.jpg?1776732145' width='291' height='146' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;On admettra sans peine qu'il est toujours utile de remettre en cause, comme le fait l'auteur de l'article, des statistiques officielles &#224; la fois facilement manipulables par les gouvernants et volontiers f&#233;tichis&#233;es ou, du moins, accept&#233;es sans distance critique par les gouvern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les raisons de se montrer vigilants sont connues. Il est ainsi arriv&#233; que des journalistes citent le &#171; th&#233;or&#232;me de Demonque &#187;, datant du d&#233;but des ann&#233;es 1980, selon lequel &#171; &lt;i&gt;sur une courte p&#233;riode, les statistiques de la d&#233;linquance varient en proportion inverse de la popularit&#233; du ministre de l'Int&#233;rieur aupr&#232;s des agents charg&#233;s du collationnement des donn&#233;es qui les fondent&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce &#171; th&#233;or&#232;me &#187; ironique, du nom du pseudonyme d'un fondateur de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle sugg&#233;rait d&#233;j&#224; en une formule humoristique les pr&#233;cautions d'interpr&#233;tation requises. Mais il est toujours bon de les rappeler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de fait, on trouve dans l'article des exemples qui, pris isol&#233;ment, sont tout &#224; fait instructifs sur les mani&#232;res de gonfler ou de r&#233;tr&#233;cir des chiffres, sur les contingences pratiques parfois triviales qui pr&#233;sident &#224; la fabrication des statistiques, sur la fragilit&#233; voire l'artificialit&#233; de certains indicateurs, sur l'absurdit&#233; des raisonnements comptables et leurs effets nocifs sur les pratiques professionnelles. Le journaliste sugg&#232;re aussi, sans h&#233;las pousser le raisonnement, que l'exhortation au rendement policier touche les populations les plus visibles et les plus vuln&#233;rables au contr&#244;le : petits consommateurs de stup&#233;fiants, prostitu&#233;es, immigr&#233;s clandestins, &#171; bronz&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la forme, cependant, le ton racoleur coutumier de l'hebdomadaire incite d'embl&#233;e &#224; la m&#233;fiance. La grossi&#232;ret&#233; de la mise en page - dont l'auteur de l'article n'est certainement pas responsable - en est la premi&#232;re illustration. Il y a d'abord la taille d&#233;mesur&#233;e du titre de l'article, qui clame en caract&#232;res &#233;normes qu'en mati&#232;re d'ins&#233;curit&#233;, c'est &#171; pire qu'avant &#187;. Le surtitre &#171; France &#187;, lui, permet de sugg&#233;rer une sp&#233;cificit&#233; fran&#231;aise qui pourrait en r&#233;alit&#233; pr&#234;ter franchement &#224; la relativisation. En outre, le sens de la photographie qui abrite ces titres n'est pas clair. Elle montre la r&#233;union &#224; un carrefour de plusieurs agents en patrouille entour&#233;s de fourgons policiers, la nuit, en milieu urbain, dans ce qu'on suppose &#234;tre une banlieue &#171; sensible &#187; bien qu'en l'occurrence il semble que le calme r&#232;gne. Est-ce &#224; dire qu'une telle pr&#233;sence polici&#232;re est en elle-m&#234;me un facteur d'ins&#233;curit&#233; ? Tel ne sera pas, on s'en doute, le propos de l'article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le fond, si la contre-enqu&#234;te donne quelques &#233;l&#233;ments sur les conditions de production et d'usage des statistiques polici&#232;res, c'est sans pousser l'investigation tr&#232;s loin, et surtout en entretenant quelques pr&#233;jug&#233;s communs au passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques d&#233;veloppements curieux...&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains passages sonnent d'abord curieusement. L'un d'eux &#233;voque ainsi, pour la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dant 2002, sans s'y attarder tant elle irait sans dire, l'&#171; &lt;i&gt;incapacit&#233; du gouvernement socialiste &#224; communiquer sur le sujet&lt;/i&gt; [de l'ins&#233;curit&#233;], &lt;i&gt;englu&#233; dans un carcan id&#233;ologique qui le coupait de la r&#233;alit&#233; du quotidien des Fran&#231;ais&lt;/i&gt; &#187;. Voil&#224; qui est &#233;trange ! Car si une chose marque bien l'&#232;re de la gauche plurielle, c'est au contraire une capacit&#233; in&#233;dite &#224; discourir sur le sujet, doubl&#233;e d'une mise au pas id&#233;ologique, avec l'abandon d'un discours alternatif. On voit mal quel &#171; carcan &#187; a frein&#233; la conversion des &#233;lites socialistes lorsqu'elles se sont activement &#233;vertu&#233;es &#224; promouvoir la s&#233;curit&#233; une &#171; valeur de gauche &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les origines r&#233;centes de la &#171; quasi obsession s&#233;curitaire &#187;, voir le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Expliquer que le gouvernement socialiste n'a pas su prendre le train s&#233;curitaire en marche (sinon le fournir g&#233;n&#233;reusement en combustible) rel&#232;ve de ces pr&#233;jug&#233;s largement partag&#233;s par les m&#233;dias dont &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; pr&#233;tend se distinguer et en dit d&#233;j&#224; long sur les pr&#233;suppos&#233;s de l'article, malgr&#233; sa pr&#233;tention &#224; d&#233;voiler une v&#233;rit&#233; cach&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lieu commun, donc&#8230; et autorit&#233; m&#233;diatiquement et politiquement consacr&#233;e : un paradoxe de l'article est qu'il convoque pour seule caution &#171; scientifique &#187; Alain Bauer, qui joua un r&#244;le &#233;minent dans la conversion &#171; s&#233;curitaire &#187; du PS... avant de se voir d&#233;cerner une &#171; chaire &#187; universitaire &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt; sur ordre du chef de l'&#201;tat &lt;i&gt;himself&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple L. Bonelli, &#171; Du cheval de M. Sarkozy &#187;, Le Monde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Certes, le journaliste marque avec lui une certaine prise de distance, en le d&#233;signant comme le &#171; &lt;i&gt;grand manitou des statistiques de la d&#233;linquance&lt;/i&gt; &#187; et comme &#171; &lt;i&gt;M. Statistiques du gouvernement&lt;/i&gt; &#187;, mais pas au point de se priver de ses services, par exemple quand il s'appuie sur les &#171; aveux &#187; du &#171; manitou &#187; (&#171; &lt;i&gt;En mati&#232;re de crime organis&#233; et de vol &#224; main arm&#233;e, on assiste &#224; une v&#233;ritable perte de contr&#244;le de la situation&lt;/i&gt; &#187;) pour prouver une pr&#233;tendue inefficacit&#233; gouvernementale en mati&#232;re de r&#233;pression. Non seulement l'auteur de l'article ne s'appuie &lt;i&gt;que&lt;/i&gt; sur Alain Bauer, dont le moins que l'on puisse dire est qu'il est tr&#232;s contest&#233; par les sp&#233;cialistes (aucun statisticien n'est pourtant convi&#233; pour donner la r&#233;plique ou apporter un &#233;clairage diff&#233;rent), mais surtout le journaliste &#233;lude la dimension strat&#233;gique du discours qu'il reprend : dire que l'on perd le contr&#244;le, c'est aussi un moyen pour r&#233;clamer davantage de contr&#244;le&#8230; L'objet d'une v&#233;ritable contre-enqu&#234;te ne serait-il pas de s'interroger &#224; ce sujet ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se demander en outre si la critique des autres m&#233;dias n'est pas un simple rideau de fum&#233;e. L'article mentionne en effet, pour illustrer &#171; &lt;i&gt;le risque d'un d&#233;cha&#238;nement de violence et un important pr&#233;judice moral&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;le traumatisme subi par le fameux &#034;papy&#034; d'Orl&#233;ans, dont le visage tum&#233;fi&#233; fit la une des journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s &#224; la veille du premier tour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2002&lt;/i&gt; &#187;. Or, la propri&#233;t&#233; distinctive de cette affaire est ailleurs. Tremplin de choix pour l'exploitation du motif s&#233;curitaire, elle a pr&#233;cis&#233;ment servi de pierre de touche pour appr&#233;cier les effets pervers&#8230; du traitement m&#233;diatique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple L. Mucchielli, &#171; Retour sur la mise en sc&#232;ne t&#233;l&#233;visuelle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le fait est connu, pourtant l'article n'en dit mot. En revanche, il remet sur le tapis l'un des faits divers qu'il reprochait &#224; ses coll&#232;gues de monter en &#233;pingle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, outre l'attribution au seul chef de l'&#201;tat de la responsabilit&#233; d'une politique, l'article proc&#232;de &#224; une myst&#233;rieuse distinction entre Mich&#232;le Alliot-Marie et Nicolas Sarkozy. &#192; l'inverse de son sup&#233;rieur hi&#233;rarchique, notre ministre de l'Int&#233;rieur serait selon lui &#171; &lt;i&gt;convaincue que &#034;s&#233;curit&#233; ne rime pas forc&#233;ment avec K&#228;rcher&#034;. Il &#233;tait temps&#8230;&lt;/i&gt; &#187; On se demande bien o&#249; le journaliste est all&#233; p&#234;cher cette opposition, bien faite pour renforcer une vision excessivement personnalis&#233;e, donc superficielle, du jeu politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les quelques remarques qui pr&#233;c&#232;dent ne sont que des sympt&#244;mes mineurs. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, l'article souffre dans son ensemble d'un manque de coh&#233;rence qui fragilise une d&#233;monstration par ailleurs biais&#233;e par des partis pris id&#233;ologiques mal dissimul&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; &lt;strong&gt;au service d'une d&#233;monstration fragile et tendancieuse.&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord un probl&#232;me de logique dans la d&#233;monstration. On voit mal, en effet, comment il est possible d'affirmer avec assurance que l'&#171; ins&#233;curit&#233; &#187; (dans l'acception r&#233;ductrice du terme qui a ici seule voix au chapitre) grimpe en fl&#232;che, alors m&#234;me que l'on vient de divulguer le manque de fiabilit&#233; des outils qui sont cens&#233;s la mesurer et les al&#233;as du travail policier dont elles d&#233;pendent ! Le journaliste a entre autres point&#233; du doigt les multiples mani&#232;res de &#171; faire du chiffre &#187; en transformant en &#171; affaires &#187; ce qui n'en &#233;tait pas, avec pour effet d'exag&#233;rer la d&#233;linquance r&#233;elle&#8230; Comment donc statuer avec certitude sur les &#233;volutions r&#233;elles des conduites ill&#233;gales, sauf bien s&#251;r pour jouer au pompier pyromane ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette incoh&#233;rence est plus g&#233;n&#233;ralement le reflet du caract&#232;re fourre-tout des pi&#232;ces &#224; conviction &#233;num&#233;r&#233;es par l'auteur au fil de son article. Difficile de d&#233;noncer en effet une &#171; &lt;i&gt;grande illusion&lt;/i&gt; &#187; quand on contribue &#224; m&#234;ler des choses h&#233;t&#233;rog&#232;nes : &#171; &lt;i&gt;la petite cuisine du &#034;taux d'&#233;lucidation&#034;&lt;/i&gt; &#187;, les violences familiales, &#171; &lt;i&gt;l'explosion des gardes &#224; vue&lt;/i&gt; &#187;, l'&#171; &lt;i&gt;arnaque&lt;/i&gt; &#187; des voitures br&#251;l&#233;es, les &#171; &lt;i&gt;sept ans perdus&lt;/i&gt; &#187; concernant les &#171; &lt;i&gt;quartiers sensibles&lt;/i&gt; &#187; (une expression dont le journaliste aurait d&#251; se m&#233;fier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Sylvie Tissot, &#171; L'invention des quartiers sensibles &#187;, Le Monde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), les &#171; &lt;i&gt;chiffres en trompe l'&#339;il&lt;/i&gt; &#187; de l'immigration, la &#171; &lt;i&gt;flamb&#233;e des braquages&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parti pris du m&#233;lange&#8230; et parti pris du silence. L'article, en effet, s'ouvre sur une analogie avec Bernard Madoff et les &#171; escrocs du capitalisme &#187;&#8230; pour se focaliser ensuite exclusivement sur les infractions ordinaires, et plus pr&#233;cis&#233;ment sur les ill&#233;galismes populaires. Le journaliste pointe les effets pervers du pseudo-rendement policier, qui s'effectue &#171; &lt;i&gt;quitte &#224; privil&#233;gier la facilit&#233; ou la chasse au faci&#232;s au d&#233;triment de la traque des vrais voyous&lt;/i&gt; &#187;. Mais de quels &#171; vrais voyous &#187; s'agit-il ? Peut-&#234;tre des patrons voyous : on ne peut pas dire que l'actualit&#233; ne nous en fournisse pas un g&#233;n&#233;reux contingent. Mais non. Le journaliste ne manque pas de bl&#226;mer les manouches qui s'attaquent aux riches dans leurs villas, ou de d&#233;plorer le nombre de &#171; &lt;i&gt;larcins &#034;anecdotiques&#034;&lt;/i&gt; &#187; qui &#171; &lt;i&gt;passent &#224; la trappe&lt;/i&gt; &#187;. En revanche, &lt;i&gt;exit&lt;/i&gt; la d&#233;linquance en col blanc et la criminalit&#233; d'affaires, dont les co&#251;ts sociaux sont incomparablement plus &#233;lev&#233;s et touchent le plus grand nombre. Par cons&#233;quent, l'article contribue &#224; reconduire une repr&#233;sentation fauss&#233;e de la &#171; d&#233;linquance &#187;. Il occulte le fait que cette repr&#233;sentation r&#233;sulte d'une construction intellectuelle et institutionnelle ; autrement dit que sa d&#233;finition d&#233;pend de l'&#233;tat des rapports de forces sociaux. Ne serait-il pas raisonnable de consid&#233;rer comme une forme de d&#233;linquance certaines atteintes industrielles &#224; la sant&#233; ou l'environnement ? De tels agissements menacent assur&#233;ment notre s&#233;curit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous am&#232;ne au troisi&#232;me probl&#232;me : il n'est question dans cet article que de l'acception la plus r&#233;ductrice du terme &#171; ins&#233;curit&#233; &#187;. Elle se limite &#224; ce qui concerne l'int&#233;grit&#233; corporelle d'une part, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de l'autre. C'est se faire de cette notion, comme de nos existences, une id&#233;e bien pauvre, qui &#233;lude l'ins&#233;curit&#233; sociale (professionnelle, salariale, sanitaire, etc.). La &#171; contre-enqu&#234;te &#187; se garde bien de mettre en rapport ces diff&#233;rentes formes d'ins&#233;curit&#233; pour d&#233;terminer la &#171; s&#251;ret&#233; &#187; du pays. Elle se dispense m&#234;me de toute consid&#233;ration sur les &#171; causes &#187; de la d&#233;linquance, qui, si elles sont tout &#224; fait insuffisantes lorsqu'elles envisagent celle-ci comme un ensemble de ph&#233;nom&#232;nes identifi&#233;s une fois pour toutes, ont le m&#233;rite d'&#233;voquer la question sociale. Or celle-ci est ici compl&#232;tement invisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ressort-il au fond de cet article, dont on pouvait avoir l'impression qu'il faisait pi&#232;ce &#224; quelques pr&#233;jug&#233;s ? En r&#233;alit&#233;, il ne met pas en cause le projet pr&#233;sidentiel, ni ses pr&#233;suppos&#233;s ou sa teneur id&#233;ologique, mais seulement sa r&#233;alisation. Que d&#233;plore-t-il ? Que Nicolas Sarkozy n'a pas tenu ses promesses s&#233;curitaires. Que le grand chambardement qu'il avait promis n'a pas lieu. Que la r&#233;pression annonc&#233;e montre des signes de faiblesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur s'inqui&#232;te ainsi des troubles &#224; l'ordre public non d&#233;tect&#233;s par le radar policier, comme du nombre d'affaires class&#233;es sans suite. Il regrette l'insuffisance des moyens allou&#233;s &#224; la justice et regrette que seules quelques malheureuses places de prison suppl&#233;mentaires aient &#233;t&#233; construites. Il se scandalise aussi de ce que toutes les reconduites &#224; la fronti&#232;res prononc&#233;es ne sont pas ex&#233;cut&#233;es : &#171; &lt;i&gt;une infime minorit&#233;&lt;/i&gt; &#187; seulement, et qui, en plus, se permet de revenir et parfois d'engranger une prime !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'auteur sugg&#232;re aussi un l&#233;ger chantage, lorsqu'il explique que les &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Libre &#224; &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; et &#224; l'auteur de l'article de prendre ainsi position. Mais ce n'est ni la conclusion logique d'une contre-enqu&#234;te approfondie ni l'expression politique d'une opposition effective &#224; la politique conduite par Nicolas Sarkozy. Car sous son antisarkozysme apparent, l'article en appelle finalement&#8230; &#224; plus de sarkozysme. Les mailles du filet de la soci&#233;t&#233; de contr&#244;le sont trop l&#226;ches, l'appareil p&#233;nal trop cl&#233;ment. Sous pr&#233;texte de d&#233;chiffrer les discours officiels, &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; joue sur les peurs sociales et entonne le chant de la r&#233;pression. Au Front national, on ne s'y est pas tromp&#233;. Un tel &#171; constat &#187; a tout d'une aubaine, si bien que l'article est relay&#233; sur le site de Bruno Gollnisch&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#233;gory Salle&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;F. Ploquin, &#171; &lt;i&gt;Ins&#233;curit&#233; : c'est pire qu'avant&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;, n&#176; 622, 21-27 mars 2009. Sauf mention contraire, les citations en sont issues.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire : &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article2950.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Les &#171; Unes &#187; racoleuses de &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce &#171; th&#233;or&#232;me &#187; ironique, du nom du pseudonyme d'un fondateur de la sociologie de la police en France, voir &lt;a href=&#034;http://www.penombre.org/05/10.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une page consacr&#233;e dans les archives du site de l'association P&#233;nombre&lt;/a&gt;. &#171; &lt;i&gt;L'association P&#233;nombre offre un espace de r&#233;flexions et d'&#233;changes sur l'usage du nombre dans le d&#233;bat public &lt;/i&gt; &#187;, peut-on lire sur &lt;a href=&#034;http://www.penombre.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;son site&lt;/a&gt;. Elle traque les m&#233;susages, conscients ou non, des chiffres, notamment sur l'ins&#233;curit&#233;, ainsi que nous avions d&#233;j&#224; eu l'occasion de le mentionner en juin 2005. Lire : &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article2021.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Ins&#233;curit&#233; : les tripatouillages de Villepin &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les origines r&#233;centes de la &#171; quasi obsession s&#233;curitaire &#187;, voir le documentaire &lt;a href=&#034;http://www.collectifpanic.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Braves gens, n'ayez plus peur &#187;, r&#233;alis&#233; par le collectif Panic !&lt;/a&gt; On trouvera facilement en ligne des travaux sur le tournant ou, plut&#244;t, la d&#233;gringolade s&#233;curitaire du PS, notamment chez &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2003/02/BONELLI/9984&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Laurent Bonelli&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.vacarme.org/article521.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fabien Jobard&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.laurent-mucchielli.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Laurent Mucchielli&lt;/a&gt;, Lo&#239;c Wacquant, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple L. Bonelli, &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2009/02/BONELLI/16787&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Du cheval de M. Sarkozy &#187;, &lt;i&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/i&gt;, f&#233;vrier 2009&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple L. Mucchielli, &lt;a href=&#034;http://www.groupeclaris.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Retour sur la mise en sc&#232;ne t&#233;l&#233;visuelle de l'&#034;ins&#233;curit&#233;&#034; : suite et fin de l'obscure affaire Paul Voise &#187; sur le site de groupe Claris&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Sylvie Tissot, &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2007/10/TISSOT/15252&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; L'invention des quartiers sensibles &#187;, &lt;i&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/i&gt;, octobre 2007&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'auteur sugg&#232;re aussi un l&#233;ger chantage, lorsqu'il explique que les &#171; &lt;i&gt;attaques r&#233;p&#233;t&#233;es contre les petits commer&#231;ants risquent de peser sur le climat politique&lt;/i&gt;. A fortiori&lt;i&gt; en p&#233;riode de crise&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Est-ce &#224; dire que l'extension et l'approfondissement du quadrillage policier nous sauveront du fascisme ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Du vitriol &#224; la tisane : Bernard Maris commente Alain Minc</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Du-vitriol-a-la-tisane-Bernard-Maris-commente-Alain-Minc</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Du-vitriol-a-la-tisane-Bernard-Maris-commente-Alain-Minc</guid>
		<dc:date>2009-04-07T06:54:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gr&#233;gory Salle</dc:creator>


		<dc:subject>Alain Minc</dc:subject>
		<dc:subject>Bernard Maris</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comment et pourquoi l'ancien &#233;conomiste h&#233;t&#233;rodoxe est pass&#233; du sarcasme &#224; la louange, en ressemblant de plus en plus &#224; celui qu'il fustigeait hier.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Economie-" rel="directory"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Alain-Minc-+" rel="tag"&gt;Alain Minc&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Bernard-Maris-+" rel="tag"&gt;Bernard Maris&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les analyses r&#233;alis&#233;es ici m&#234;me sur les &#171; voix enchanteresses de l'&#233;conomie &#187; &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article2908.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur France Inter&lt;/a&gt;, puis &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article3110.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur France Culture&lt;/a&gt;, soulevaient accessoirement le &#171; cas &#187; de Bernard Maris, l'&#233;conomiste de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;. Fallait-il encore classer l'&#233;conomiste parmi les h&#233;t&#233;rodoxes, sinon les h&#233;r&#233;tiques ? Nous avions conclu que non, tant sa pr&#233;sence m&#233;diatique et surtout le contenu de ses interventions ont d&#233;riv&#233; vers une acceptation aimablement critique de l'ordre &#233;tabli, tandis que ses railleries &#224; l'&#233;gard des &#233;conomistes m&#233;diatiques se sont &#233;vapor&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notons qu'en 2005, le journal CQFD l'avait class&#233; parmi les &#171; faux amis &#187;.&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sa r&#233;cente recension du dernier &#171; essai &#187; d'Alain Minc dans l'hebdomadaire &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; en est une illustration frappante. Le r&#233;sultat devient cruel pour l'auteur d&#232;s lors que ses lecteurs se souviennent de ce que qu'il &#233;crivait sur le m&#234;me &#171; objet &#187; quinze ans plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Co&#239;ncidence : le test comparatif que nous proposons est publi&#233; au moment o&#249; il est question que le grand moraliste Philippe Val prenne la direction de France Inter. Deux trajets ind&#233;pendants l'un de l'autre ? Ce serait une bien &#233;trange&#8230; co&#239;ncidence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans son intervention sur &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article3075.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Les m&#233;dias et la crise &#187;&lt;/a&gt;, lors d'un r&#233;cent &#171; Jeudi d'Acrimed &#187;, Fr&#233;d&#233;ric Lordon s'amusait au jeu du avant/apr&#232;s. En comparant les propos contrast&#233;s pour ne pas dire carr&#233;ment contradictoires tenus par les m&#234;mes personnalit&#233;s (&#233;conomistes en t&#234;te) avant et apr&#232;s la crise actuelle du capitalisme, il mettait en &#233;vidence de furieux retournements de vestes sur un temps parfois tr&#232;s court. Or, il y a aussi les conversions de longue dur&#233;e, celles qui courent, comme ici, sur quinze ans. Peut-&#234;tre moins spectaculaires, elles n'en sont pas moins tout aussi saisissantes. Preuve en est la lecture successive des deux textes qui suivent. M&#234;me &#224; plus de quinze ans d'intervalle, on peine &#224; croire que c'est la m&#234;me personne qui tient la plume ; une plume qui, outre son ton flatteur, flirte dangereusement avec la &#171; vacuit&#233; &#187; qu'elle d&#233;non&#231;ait jadis chez celui dont elle assure, aujourd'hui, la promotion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois ces deux textes lus, il sera temps de se demander s'ils t&#233;moignent d'une conversion strictement intellectuelle ou politique qui, &#224; ce titre, n'int&#233;resse que secondairement la critique des m&#233;dias, ou si elle n'est pas le sympt&#244;me d'une transformation de la place occup&#233;e par Bernard Maris et &lt;i&gt;Charlie Hebdo &lt;/i&gt;dans l'espace m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par le dernier texte paru&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Texte 1 : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, n&#176; 622, mars 2009.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur est pr&#233;sent&#233; comme &#171; &#233;conomiste et chroniqueur &#224; &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B. Maris, &#171; Mes enfants, &#233;coutez bien m&#232;re-grand Minc&#8230; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son dernier ouvrage, pour faire valoir ses choix politico-&#233;conomiques, l'essayiste et conseiller des patrons se faire conteur et use de m&#233;taphores&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Minc, dans son nouvel essai*, file des m&#233;taphores plus qu'il ne prend des paris &#8211; &#171; &lt;i&gt;Le jour o&#249; la France comptera plus d'habitants que l'Allemagne&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Le Jour o&#249; les Asiatiques rafleront tous les Prix Nobel&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Le jour o&#249; Isra&#235;l attaquera les installations nucl&#233;aires iraniennes &#187;, &#171; Le jour o&#249; le terrorisme menacera de faire exploser une arme nucl&#233;aire tactique&lt;/i&gt; &#187;, etc. Dix dates et 10 annonces, toutes plausibles, sur ce qui nous attend. Certes, l'avenir n'est jamais fait du pr&#233;sent et encore moins du probable. Qui pouvait imaginer, en 1900, que quatorze ans plus tard l'Europe se lancerait dans la plus sanglante guerre civile de son histoire et d&#233;ciderait de son suicide ? Qui a pr&#233;vu les attaques du 11 septembre ? Tchernobyl ? Qui imaginait que le virus du sida ravagerait l'Afrique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les choix d'Alain Minc sont ceux de la politique et de la puissance&lt;/strong&gt;. Le jour o&#249; l'Allemagne est d&#233;pass&#233;e par la France en termes de population&#8230; Quelle revanche ! Les victoires napol&#233;oniennes furent celles de la d&#233;mographie : une &#233;norme arm&#233;e, dans le pays le plus peupl&#233; d'Europe, et bien conduite de surcro&#238;t. Plus tard, le complexe fran&#231;ais fut celui de la population. Et voici que la France redevient la premi&#232;re ! Avec quelles capacit&#233;s, en termes de jeunesse, d'espoir, de nouvelles technologies ! &#171; &lt;i&gt;Le meilleur &#233;talon de la confiance est de faire des enfants.&lt;/i&gt; &#187; Curieuse France qui ne sait pas qu'elle d&#233;borde de confiance, cette confiance qui est le premier facteur de production, avant le capital et le travail&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Jour o&#249; les Asiatiques rafleront tous les Prix Nobel&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#187;&#8230;&lt;/strong&gt; Ce jour les grandes &#233;coles prendront enfin peur, et l'on commencera peut-&#234;tre &#224; songer &#224; la s&#233;lection des &#233;tudiants dans les universit&#233;s. Ce moment ne sera qu'un juste retour des choses, cependant. Les Chinois ont tout invent&#233;. Tout. L'imprimerie, le papier, la poudre, la boussole, l'horloge, le gouvernail d'&#233;tambot, la navigation &#224; voile qui permit aux Europ&#233;ens de conqu&#233;rir le monde. Tout invent&#233; et rien appliqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes enfants, &#233;coutez bien m&#232;re-grand Minc ! Chaque m&#233;taphore induit sa petite morale : les jeunes blancs qui se r&#233;voltent en ont marre du ch&#244;mage et de la discrimination positive qui, &#224; force, finit par les p&#233;naliser&#8230; Le bouchon de la m&#233;taphore est all&#233; un peu loin, mais on a compris : sortons de la crise, vite !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le jour o&#249; Isra&#235;l attaquera le monde&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &#187; est le plus cr&#233;dible&lt;/strong&gt;. C'est demain. L'efficacit&#233; nucl&#233;aire d'Isra&#235;l est impressionnante. L'attaque r&#233;ussit, les Am&#233;ricains n'y peuvent rien, et Isra&#235;l &#171; &lt;i&gt;t&#233;moignage admirable des m&#233;rites historiques de la d&#233;raison&lt;/i&gt; &#187; choisit d'&#234;tre le bouc &#233;missaire du monde au nom de sa tranquillit&#233; : &#171; &lt;i&gt;La psychologie de l'an&#233;antissement demeure l'ADN Isra&#235;l&lt;/i&gt;. &#187;. Mais, pirouette de l'auteur : &#171; &lt;i&gt;La clef du drame est &#224; T&#233;h&#233;ran&#8230; Dans cette partie d'&#233;checs, le joueur isra&#233;lien est pr&#233;visible ; l'Iranien non.&lt;/i&gt; &#187; Pr&#233;visible dans sa folie, a-t-on envie de dire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aucun de ces contes ne laisse indiff&#233;rent&lt;/strong&gt;. Et le style rapide, m&#234;lant l'humour et juste ce qu'il faut d'angoisse, n'y est pas pour rien. Vous ne voulez pas que le russe Gazprom rach&#232;te Total ? Faites l'Europe, et armez-la juridiquement ! Vous ne voulez pas que la Chine envahisse Ta&#239;wan ? Par piti&#233;, laissez-la mener sa croissance ! Voulez-vous sauver la presse, &#233;viter que Google ne rach&#232;te le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; pour 1 dollar ? R&#233;fl&#233;chissez &#224; la nature d'Internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces contes du futur &#233;branl&#233;, avouons notre pr&#233;f&#233;rence frissonnante pour Isra&#235;l attaquant l'Iran et l'Allemagne rattrap&#233;e par la France. D&#233;cid&#233;ment, la puissance des nations est bien ce qui ranime le plus les passions, m&#234;me de lecture !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;Dix jours qui &#233;branl&#232;rent le monde&lt;/i&gt;, Grasset, 132 p, 9&#8364;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Soulignons que ce texte occupe la moiti&#233; d'une double page correspondant &#224; une rubrique &#171; forum &#187;, en l'occurrence autour de la question &#171; &#192; quoi sert Alain Minc ? &#187;. L'autre moiti&#233; est occup&#233;e par un article cosign&#233; par Eric Conan et Nicolas Domenach, intitul&#233; &#171; Un symbole de l'&#233;puisement des &#233;lites n&#233;olib&#233;rales &#187;, critiquant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une critique au demeurant circonstanci&#233;e et insipide, l'article consistant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; certains propos r&#233;cents de celui que les deux auteurs d&#233;signent comme &#171; l'intellectuel organique du CAC 40 &#187;. Dans la division du travail intellectuel donc, ou plut&#244;t dans ces affrontements de pacotille pris&#233;s par &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;, Bernard Maris endosse donc express&#233;ment un r&#244;le d'appui &#224; l'essayiste m&#233;diatique. Or, plus de quinze ans plus t&#244;t, le m&#234;me Bernard Maris n&#8216;avait pas encore d&#233;couvert le talent d'Alain Minc ; celui-ci faisait m&#234;me partie de ses cibles de pr&#233;dilection&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Texte 2 : &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, novembre 1993. &lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Tir&#233; d'un recueil des articles de B. Maris : &lt;i&gt;Parlons pognon, mon petit. Le&#231;ons d'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, Syros, 1994]&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B. Maris, &#171; Alain Minc, l'&#233;conomiste qui a plus de centim&#232;tres que de neurones &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La secr&#233;taire de r&#233;daction me t&#233;l&#233;phone, minaudante : &#171; Tonton Bernard&#8230; Si tu nous faisais l'&#233;conomie vue par Alain Minc&#8230; Il passe &#224; la t&#233;l&#233;, en ce moment&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler d'Alain Minc ! Oui, Minc&#8230; Le ravi ahuri de sa vacuit&#233;, l'homme aux id&#233;es glissantes comme des merdes, le minet des t&#233;l&#233;s, le nain des affaires, le commissionnaire du patronat qui commet r&#233;guli&#232;rement son petit livre comme d'autres leur petite commission, le gourou des premi&#232;res ann&#233;es de Sciences Po et d'une intelligentsia compos&#233;e de pygm&#233;es, le cr&#233;tin qui ferait passer R&#233;gis Debray pour un penseur et Jacques Attali pour un savant&#8230; Attali avait au moins le m&#233;rite de plagier. De temps en temps, il recopiait de-ci de-l&#224; quelques id&#233;es. Celui-l&#224; creuse sa t&#234;te, tellement vide que &#231;a lui fout le vertige, et nous expose le r&#233;sultat, aussi brillant qu'un courant d'air dans du papier alu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t qu'il vient d'&#233;taler son imb&#233;cillit&#233; multiforme dans un livre intitul&#233; &lt;i&gt;Le Nouveau Moyen &#194;ge&lt;/i&gt;. Dans deux ans, il &#233;crira &lt;i&gt;Demain la Renaissance&lt;/i&gt;, et dans trois &lt;i&gt;&#192; demain les Lumi&#232;res&lt;/i&gt;. M&#233;connaissant totalement son &#233;poque, il &#233;tait &#224; craindre qu'il ignor&#226;t les pr&#233;c&#233;dentes, et imagin&#226;t le Moyen &#194;ge &#224; peu pr&#232;s comme Clavier dans &lt;i&gt;Les Visiteurs&lt;/i&gt; : &#171; Un monde frileux, repli&#233; sur lui-m&#234;me en f&#233;odalit&#233;s. &#187; Quelle honte ! Devrait lire Villon ou Rabelais au lieu des journaux financiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les efforts d'une Anne Sinclair soudain intelligente, le pauvre gar&#231;on ne put rien dire en &#233;conomie, faute d'avoir la moindre lueur en la mati&#232;re, ce qu'il avait d&#233;montr&#233; comme chef d'entreprise, en faisant plonger sa bo&#238;te, Cerus, et s'&#234;tre fait plumer (en compagnie du nullissime de La Geni&#232;re) par Carlo De Benedetti au moment du rachat de la G&#233;n&#233;rale en Belgique. Preuve qu'il faut fesser les petits gar&#231;ons, ils en redemandant : Minc se dresse sur la pile de coussins pr&#233;par&#233;e par Anne Sinclair, et se d&#233;clare outr&#233; que De Benedetti, soup&#231;onn&#233; de corruption, se soit fait incarc&#233;rer trois heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Balladurien de gauche&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosissant, il annonce que le monde devient plus incertain, plus flou, difficile &#224; analyser, mais que lui se pr&#233;pare &#224; nous l'expertiser. On attend, angoiss&#233;. Il se lance alors dans des platitudes : &#171; L'Europe n'est plus adapt&#233;e, l'Am&#233;rique n'est plus un leader, les capitaux circulent &#187; (je n'invente rien), d&#233;montrant que le monde n'est pas de plus en plus compliqu&#233;, mais que lui, Minc, est de plus en plus abruti. Il ajoute que les Chinois ont, je cite, le &#171; chromosome capitaliste &#187;&#8230; Bref.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre autres d&#233;monstrations d'analphab&#233;tisme, il ass&#232;ne que &#171; les Cort&#232;s franquistes ont lanc&#233; la d&#233;mocratie &#187; &#8211; &#231;a, fallait vraiment oser ! &#8211; et qu'il faut r&#233;fl&#233;chir sur la popularit&#233; des fascistes italiens. Qu'est-ce &#224; dire, jeune niais ? On joue les muscadins, maintenant ? Non, car l'idiot s'avoue, sans rire, de &#171; g&#244;che &#187;. Balladur a donc de beaux jours devant lui. D'ailleurs, Balladur repr&#233;sente une &#171; conscience collective &#187; et Bayrou est un type bien. On retient un hoquet, mais voil&#224; que l'homoncule se paie les &#233;colos, qui &#171; choisissent la nature contre la culture &#187;. Evidemment, si la culture, c'est Minc, on ne le leur reprochera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Minc conclut que &#171; les villes, c'est un grave probl&#232;me &#187; &#8211; on ne rit pas &#8211;, et que le pays a besoin de cadres, dans les partis et les syndicats. On devine qu'il propose ses services. On le plaint, car m&#234;me le PS n'en voudrait pas comme comptable. Il allait sauver sa mise en se d&#233;clarant contre l'ignoble projet de &#171; perp&#233;tuit&#233; r&#233;elle &#187; de M&#233;haignerie, mais se coula aussit&#244;t en lab&#233;lisant la d&#233;mocrate chr&#233;tienne &#171; grand courant moral &#187;. La d&#233;mocratie chr&#233;tienne ! Le ciment du p&#233;tainisme ! De Pinochet ! De Franco ! Allez, Rideau.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Rideau ? Nous l'avons dit : au titre de la critique des m&#233;dias, c'est moins l'&#233;volution de Bernard Maris en tant que telle qui nous importe que ce qu'elle r&#233;v&#232;le. Depuis longtemps &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, sous l'impulsion de Philippe Val et de son propre aveu, a tent&#233; de devenir un petit m&#233;dia pr&#233;sent dans la cour des grands&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire ici m&#234;me &#171; Une histoire de Charlie hebdo &#187; et ces confidences de 2005 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;conomiste (Bernard Maris) a accompagn&#233;, puis soutenu ce nouvel &#233;lan impuls&#233; par le moraliste (Philippe Val) : un &#233;lan qui les a conduit, successivement, tous deux &#224; France Inter ! Devenu un chroniqueur de plus en plus sollicit&#233; et l'interlocuteur attitr&#233; et de plus en plus complaisant de Jean-Marc Sylvestre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pourrait, ici aussi, s'amuser au jeu des comparaisons, en exhumant par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; Oncle Bernard &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pseudonyme de Bernard Maris &#224; Charlie hebdo.&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a renonc&#233; &#224; la satire en laissant la place &#224; Bernard Maris. De l&#224; &#224; penser que l'existence &#8211; ou l'excellence &#8211; sociale d&#233;termine la conscience, il n'y a qu'un pas que l'on peut franchir plus souplement : dis-moi quelle position tu occupes dans l'espace m&#233;diatique, quelle trajectoire t'y a conduit et quelles sont les dispositions qu'elles actualisent, je ne serais pas &#233;tonn&#233; qu'elles conditionnent tes prises de position&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#233;gory Salle&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notons qu'en 2005, le journal &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; l'avait class&#233; parmi les &lt;a href=&#034;http://cequilfautdetruire.org/spip.php?article621&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; faux amis &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une critique au demeurant circonstanci&#233;e et insipide, l'article consistant en une d&#233;fense de Fran&#231;ois Bayrou contre les amalgames sugg&#233;r&#233;s par Alain Minc d&#233;celant chez l'homme politique des relents de catholicisme r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire ici m&#234;me &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article2960.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Une histoire de Charlie hebdo &#187;&lt;/a&gt; et ces confidences de 2005 au magazine &lt;i&gt;TOC&lt;/i&gt; (relev&#233;es dans notre article &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article1936.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Philippe Val, critique, strat&#232;ge et ... psychiatre &#187;&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;J'ai de la chance&lt;/i&gt;, explique le patron de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;car &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;j'ai en quelque sorte &#8220;h&#233;rit&#233;&#8221; d'un titre l&#233;gendaire que j'exploite&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;Son image est assez complexe et pas toujours porteuse. Son existence est l&#233;gitime, mais son contenu pas toujours. C'est le paradoxe. Dans mon cas, il m'a sembl&#233; plus int&#233;ressant de d&#233;penser de l'argent dans la production du journal lui-m&#234;me. Je pr&#233;f&#232;re que le &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;budget octroy&#233; &#224; la masse salariale&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; soit plus important que le budget de la communication&lt;/i&gt; [...] &#171; &lt;i&gt;La seconde chose que j'ai essay&#233; de faire, c'est de &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;l&#233;gitimer le titre aux yeux des gens qui constituent le milieu de l'information et avec qui j'entretiens des rapports cordiaux&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Le vrai danger pour un journal c'est d'&#234;tre marginal. On peut avoir de grosses ventes et &#234;tre marginal. A l'inverse, un journal peut faire tr&#232;s peu de ventes et &#234;tre important. Il faut accepter d'&#234;tre minoritaire et refuser d'&#234;tre marginal. Evidemment, &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;il ne faut &#234;tre minoritaire qu'un temps&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, sinon le march&#233; vous tue.&lt;/i&gt; &#187; [C'est nous qui soulignons].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pourrait, ici aussi, s'amuser au jeu des comparaisons, en exhumant par exemple cet extrait d'un texte de 1992 &#224; nouveau tir&#233; du recueil &lt;i&gt;Parlons pognon, mon petit&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;&#171; Le matin, tous les matins sur France Inter, jour apr&#232;s jour, un hurluberlu du nom de Jean-Marc Sylvestre parle d'&#233;conomie. Ce type est d'une nullit&#233; astronomique. &#192; donner le vertige &#224; un Haroun Tazieff. Son discours est vide. Compl&#232;tement. Il ne dit pas plus que &#034;les affaires, c'est les affaires, et si &#231;a ne s'arrange pas demain, &#231;a ira mieux apr&#232;s-demain, &#224; moins que &#231;a n'aille plus mal&#034;. Mais il termine toujours son trou d'air par : &#034;L'indice Nikkei, &#224; Tokyo, patins et couffins %.&#034; Ha ! Frissons de myst&#232;re. &#199;a y est, on le sent, ton indice statistique ! Fort, Sylvestre, plus fort ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pseudonyme de Bernard Maris &#224; &lt;i&gt;Charlie hebdo&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un journal de France Inter : la hi&#233;rarchie de l'information ? Disparue ou molest&#233;e&#8230; </title>
		<link>https://www.acrimed.org/Un-journal-de-France-Inter-la-hierarchie-de-l-information-Disparue-ou-molestee</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Un-journal-de-France-Inter-la-hierarchie-de-l-information-Disparue-ou-molestee</guid>
		<dc:date>2009-02-19T07:52:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gr&#233;gory Salle</dc:creator>


		<dc:subject>France Inter</dc:subject>
		<dc:subject>Faits divers</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comment ensevelir l'information &#233;conomique, sociale et politique sous une avalanche de faits divers.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Faits-et-mefaits-divers-" rel="directory"&gt;Faits et m&#233;faits divers&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-France-Inter-+" rel="tag"&gt;France Inter&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Faits-divers-+" rel="tag"&gt;Faits divers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La guigne a d&#233;but&#233; t&#244;t ce vendredi 13 (f&#233;vrier 2009) : d&#232;s 7h30 exactement, l'heure du journal d'Agn&#232;s Bonfillon sur France Inter. Celui-ci n'eut qu'un avantage : acc&#233;l&#233;rer subitement le r&#233;veil de l'auditeur ensommeill&#233;. Il assiste en effet m&#233;dus&#233; &#224; une hi&#233;rarchie de l'information sens dessus dessous, noyant pendant douze minutes tout ce qui ressemble de pr&#232;s ou de loin &#224; de l'information &#233;conomique, sociale et politique sous une avalanche de faits divers crapuleux ou sordides, dont la surexploitation complaisante est &#224; peu pr&#232;s inversement proportionnelle au volume d'informations propos&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les titres annonc&#233;s par la pr&#233;sentatrice donnent d&#233;j&#224; le ton&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;cisons que celle-ci n'est mentionn&#233;e ici que parce qu'elle incarne des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans l'ordre et sans coupure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Peut-&#234;tre le d&#233;nouement dramatique dans l'affaire Oph&#233;lie, cette &#233;tudiante fran&#231;aise disparue il y a deux mois &#224; Budapest. Un corps a &#233;t&#233; retrouv&#233; sur les berges du Danube hier, une autopsie est en train d'&#234;tre pratiqu&#233;e. Vingt ans de prison ferme pour l'agresseur de Sh&#233;razade, br&#251;l&#233;e &#224; 60% il y a trois ans. Il a &#233;t&#233; rendu coupable de tentative d'assassinat. Matinale en direct de la Guadeloupe sur France Inter, vous le disiez Nicolas &lt;/i&gt;[Demorand]&lt;i&gt; : Pointe-&#224;-Pitre o&#249; les n&#233;gociations ont &#233;t&#233; rompues hier soir avec les m&#233;diateurs. Quatre semaines de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, qui s'&#233;tendent d&#233;sormais &#224; la Martinique et &#224; la R&#233;union. Il n'y aurait aucun survivant : un petit avion de ligne s'est &#233;cras&#233; ce matin au nord de l'&#201;tat de New York sur une maison de banlieue. Nous parlerons &#233;galement dans ce journal d'un chantage fait aux cafetiers de Carpentras : un corbeau les menace de repr&#233;sailles s'ils servent des habitants d'origine maghr&#233;bine&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul ne doute qu'il y ait l&#224; des drames affligeants ; reste que cet ordre du jour est d&#233;j&#224; en soi fort discutable, d'autant que la seule information politique (sur cinq) est trait&#233;e dans l'ensemble de l'&#233;mission, cette &#233;dition sp&#233;ciale du &#171; Sept dix &#187; ayant lieu &#224; Pointe-&#224;-Pitre. Ce ne sont pourtant pas les sujets int&#233;ressant la collectivit&#233; qui manquent, surtout lorsque l'on vit une crise historique du capitalisme dont les effets sociaux d&#233;sastreux font plus que commencer &#224; se faire sentir. Comme on va le voir, le d&#233;veloppement de ces &#171; accroches &#187; n'arrange rien &#224; l'affaire, bien au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. L'affaire Oph&#233;lie (2'40)&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une retranscription quasi int&#233;grale est ici n&#233;cessaire pour faire sentir l'insistance outranci&#232;re d'un traitement qui n'en finit plus. Agn&#232;s Bonfillon d&#233;bute en jouant la corde sensible : &#171; &lt;i&gt;Depuis deux mois sa famille vit une attente insoutenable : ces derni&#232;res heures sont s&#251;rement pires. Un corps a &#233;t&#233; retrouv&#233; sur les rives du Danube hier. Il pourrait bien s'agir d'Oph&#233;lie, cette &#233;tudiante fran&#231;aise disparue en d&#233;cembre dernier&lt;/i&gt; &#187;. Elle lance alors un reportage qui passe la parole &#224; une cons&#339;ur qui a manifestement &#233;t&#233; sp&#233;cialement d&#233;p&#234;ch&#233;e pour l'occasion &#224; Budapest :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est jeudi soir &#224; 18h heure de Paris que la police hongroise a &#233;t&#233; alert&#233;e. Des bateliers ont aper&#231;u un corps de femme sur les bords du Danube, le long de l'&#238;le de Csepel, qui se trouve &#224; environ 6 km au sud de Budapest. Selon la police, ce cadavre pourrait &#234;tre celui d'Oph&#233;lie Bretnacher, l'&#233;tudiante fran&#231;aise de 22 ans, disparue dans la nuit du 4 d&#233;cembre dernier dans la capitale hongroise. Oph&#233;lie avait pass&#233; la soir&#233;e dans une discoth&#232;que du centre de Budapest avec des amis, et &#233;tait repartie seule &#224; pied. Selon les premiers &#233;l&#233;ments recueillis, il semblerait que les v&#234;tements du corps retrouv&#233; correspondent &#224; ceux qu'Oph&#233;lie portait le soir de sa disparition. Mais la police ne peut rien confirmer pour l'instant. La seule chose visible, a d&#233;clar&#233; le commandant de police Gabor Toth, c'est que le corps a s&#233;journ&#233; dans l'eau pendant plus de deux mois. La police hongroise a demand&#233; une autopsie &#224; des m&#233;decins l&#233;gistes, et des tests ADN vont &#234;tre effectu&#233;s pour d&#233;terminer si le corps retrouv&#233; est bien celui d'Oph&#233;lie&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allant au-del&#224; de ce qui est requis pour comprendre la situation, la journaliste ne nous &#233;pargne donc aucun &#233;l&#233;ment circonstanciel, m&#234;me le plus trivial au regard du drame. On verra par la suite que des informations d'une toute autre ampleur n'auront pas droit &#224; une telle profusion de d&#233;tails. La pr&#233;sentation n'&#233;vite pas non plus les redondances &#8211; cela ne fait pourtant que commencer &#8211; ce qui est d'autant plus probl&#233;matique que le tout est largement gorg&#233; de conditionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le dossier n'est pas clos. Pour bien se faire entendre des auditeurs sans oreilles ou sans c&#339;ur, Agn&#232;s Bonfillon reprend la parole pour rajouter une couche&#8230; d'&#233;motion bien plus que d'information : &#171; &lt;i&gt;Attente insoutenable pour la famille d'Oph&#233;lie mais &#233;galement pour ses amis, ses proches, et les &#233;tudiants de son &#233;cole de Reims qui depuis deux mois se sont mobilis&#233;s pour retrouver la jeune fille. Tous attendent les r&#233;sultats de l'autopsie avec une grande inqui&#233;tude&lt;/i&gt; &#187;. La journaliste passe la parole &#224; un autre journaliste, qui embraye : &#171; &lt;i&gt;&#192; Budapest comme en France, pas de r&#233;actions d&#233;finitives, mais beaucoup d'&#233;motion. On reste dans le non-dit ; Guillaume conna&#238;t bien Oph&#233;lie, il est lui aussi &#233;tudiant &#201;rasmus en Hongrie, il s'est beaucoup mobilis&#233;. Il a distribu&#233; des photos de la jeune fille, affich&#233; des portraits ; hier soir il restait tr&#232;s prudent &lt;/i&gt; &#187;. Prudente, la r&#233;daction de France Inter l'est beaucoup moins : son filet d'information d&#233;j&#224; incertain s'amenuise &#224; vue d'&#339;il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc autour de l'ami de la victime putative (on l'a entendu, la chose n'est pas s&#251;re ce matin-l&#224;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis, les analyses ADN ont confirm&#233; que le corps retrouv&#233; est bien celui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) de parler : &#171; &lt;i&gt;Ce que j'ai compris, c'est qu'il fallait bien faire une autopsie pour voir qui &#233;tait la fille, c'est tout ce que je sais. Une jeune fille, donc, qui doit correspondre &#224; la description &#224; mon avis d'Oph&#233;lie, donc apr&#232;s j'en sais pas plus pour le moment&lt;/i&gt; [suit un extrait difficilement audible dans lequel on comprend que le jeune homme attend pour se prononcer] &#187;. Aucune information suppl&#233;mentaire donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journaliste reprend (&#171; &lt;i&gt;En France aussi on attend l'autopsie. Le comit&#233; de soutien d'Oph&#233;lie a multipli&#233; les d&#233;marches : rassemblements &#224; Paris, marches silencieuses, cha&#238;nes humaines, r&#233;seaux sur Internet&lt;/i&gt; &#187;) avant de laisser s'exprimer le Pr&#233;sident du comit&#233; de soutien d'Oph&#233;lie. Ce dernier livre en une phrase l'essence du reportage, celle d'un quasi vide : &#171; &lt;i&gt;Un petit peu comme tout le monde, on est un peu sous le choc de cette annonce, &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;il y a pas plus d'informations pour l'instant que &#231;a&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, mais on est clairement sous le choc. Le premier sentiment qu'on a, c'est que tout &#231;a est bizarre, tout &#231;a malheureusement est bizarre. Si d'aventure c'&#233;tait elle, c'est clair que aujourd'hui notre premi&#232;re pens&#233;e va pour la famille, qui est dans l'attente depuis deux mois et demi et qui va encore l'&#234;tre en attendant le r&#233;sultat de l'autopsie. On continue quoi qu'il arrive d'esp&#233;rer&#8230;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'on tourne en rond depuis le d&#233;but du reportage sur le m&#234;me manque d'&#233;l&#233;ments concrets et confirm&#233;s, ce qui est &#233;trange pour une affaire plac&#233;e en &#171; une &#187;, le journaliste r&#233;p&#232;te &#224; nouveau des choses qui ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dites : &#171; &lt;i&gt;Les faits sont troublants : la jeune fille retrouv&#233;e porte le m&#234;me type de v&#234;tements qu'Oph&#233;lie, son corps est rest&#233; plus de deux mois dans l'eau ; selon la police, il y a de grandes chances que ce soit l'&#233;tudiante r&#233;moise &lt;/i&gt; &#187;. Agn&#232;s Bonfillon termine : &#171; &lt;i&gt;La police hongroise, qui a pr&#233;vu de donner une conf&#233;rence de presse dans la matin&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. On est alors saisi d'une id&#233;e incongrue : et si les journalistes avaient attendu cette conf&#233;rence de presse avant de faire durer 2'40 sur un contenu si fragile ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. L'affaire Sh&#233;razade (12'').&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal encha&#238;ne sur la condamnation &#224; vingt ans de prison ferme de l'agresseur de Sh&#233;razade. Le fait divers, m&#234;me s'il a &#233;t&#233; largement m&#233;diatis&#233;, n'est nullement anecdotique : l'homme avait arros&#233; d'essence puis br&#251;l&#233; la jeune femme, son ancienne petite amie parce qu'elle refusait de l'&#233;pouser. Mais on en saura pas plus : aucune information, si ce n'est le fait que les jur&#233;s ont suivi les r&#233;quisitions du procureur. Sh&#233;razade a donc droit, elle, &#224; un peu plus de dix secondes, en deuxi&#232;me position tout de m&#234;me de l'information nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Une &#171; information France Inter &#187; : gang et tortures (1'40)&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vient le tour d'une &#171; information France Inter &#187; &#8211; on sait qu'il faut parfois se m&#233;fier de ce genre d'exclusivit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment &#171; Tripatouillages sur &#034;l'ultra gauche&#034;, en direct de France (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; nouveau un fait divers&#8230; et &#224; nouveau beaucoup de conditionnel : &#171; &lt;i&gt;Cinq personnes ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es mardi dernier dans le 19e arrondissement de Paris : toutes sont soup&#231;onn&#233;es d'appartenir &#224; un gang qui aurait agress&#233; neuf personnes depuis septembre dernier, &#224; chaque fois dans ce quartier sensible de la capitale. Parmi les victimes, certaines ont &#233;t&#233; tortur&#233;es&#8230;&lt;/i&gt; &#187;. Viennent les pr&#233;cisions d'un journaliste, qui &#233;voque surtout le pistage de la police judiciaire &#224; partir de la plainte de deux victimes, avant de laisser la parole &#224; l'une d'entre elles en pr&#233;cisant au pr&#233;alable : &#171; &lt;i&gt;agress&#233; alors qu'il sortait d'un cin&#233;ma du 19e arrondissement, il est tra&#238;n&#233; dans une cave d'un immeuble voisin. Objectif des agresseurs : voler sa carte bleue et obtenir par tous les moyens ses codes bancaires&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au tour du r&#233;cit de la victime. En tendant l'oreille, on entend les coupures du montage : ce n'est donc pas tout &#224; fait une parole brute qui s'exprime. Une nouvelle fois, on a droit aux d&#233;tails &#233;prouvants du passage &#224; tabac&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pour bien &#234;tre s&#251;r que je donnais les bons codes, ben ils m'ont tortur&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. R&#233;cit l&#233;gitime d'une victime ? Sans doute. Mais exposition complaisante, flattant une curiosit&#233; malsaine, tout autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On r&#233;entend le journaliste (&#171; &lt;i&gt;Bilan : colonne vert&#233;brale ab&#238;m&#233;e, fracture du plancher orbital et quelques gros h&#233;matomes. De son c&#244;t&#233; le gang s'enfuit avec trois cents euros&#8230;&lt;/i&gt; &#187;), puis on passe &#224; l'avocat de la victime. Il &#233;voque ce que l'auditeur avait d&#233;j&#224; compris tout seul : une &#171; &lt;i&gt;s&#233;rie d'agressions en bande avec des violences qui sont absolument inou&#239;es au regard du butin&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;v&#233;lant un &#171; &lt;i&gt;m&#233;pris manifeste pour l'int&#233;grit&#233; physique et la vie d'autrui&lt;/i&gt; &#187;. Le journaliste termine sur la garde &#224; vue et la mise en examen probable des suspects. Pour l'instant, beaucoup de victimes et de policiers ; en revanche, aucune information &#233;conomique, politique ou sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. Un nouveau fait divers&#8230; (22'')&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s bient&#244;t cinq minutes de faits divers criminels, peut-&#234;tre allons nous passer &#224; une information nationale d' &#171; int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#187; ? Peine perdue. Le sillon est si bien trac&#233; qu'Agn&#232;s Bonfillon continue sur sa lanc&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Nous vous parlions hier de la disparition d'une grand-m&#232;re et de son petit-fils de trois ans&lt;/i&gt; (&#8230;). &lt;i&gt;Hier les deux corps ont &#233;t&#233; retrouv&#233;s dans la voiture de la septuag&#233;naire&lt;/i&gt; (&#8230;). &lt;i&gt;Aucune piste n'est &#233;cart&#233;e par les enqu&#234;teurs, y compris celui du suicide, sachant qu'il y a dix-neuf ans le fils de la famille s'&#233;tait tu&#233; de la m&#234;me fa&#231;on, au m&#234;me endroit, et que les gendarmes n'ont relev&#233; aucune trace de freins&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en Guadeloupe et Martinique (2'40)&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un petit &lt;i&gt;jingle&lt;/i&gt;, sans doute pour se remettre de ses &#233;motions apr&#232;s un tel d&#233;luge de cadavres, enfin une information : la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en Guadeloupe. Bien &#233;videmment, celle-ci &#171; &lt;i&gt;paralyse totalement l'&#238;le&lt;/i&gt; &#187;. L'enlisement des n&#233;gociations est &#233;voqu&#233;, puis la vie ch&#232;re &#171; &lt;i&gt;au c&#339;ur du probl&#232;me&lt;/i&gt; &#187;, avant qu'un reportage pr&#233;cise, &#171; &lt;i&gt;pour comprendre l'&#233;quation&lt;/i&gt; &#187;, les sp&#233;cificit&#233;s d'une &#233;conomie antillaise &#171; &lt;i&gt;sous perfusion&lt;/i&gt; &#187;. Apr&#232;s le reportage, assez d&#233;taill&#233; et qui a le m&#233;rite de traiter &#233;conomiquement du probl&#232;me en signalant notamment que &lt;i&gt;&#171; les richesses tiennent en peu de mains &#187;&lt;/i&gt; (blanches), Agn&#232;s Bonfillon reprend : &#171; &lt;i&gt;Quatri&#232;me semaine de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en Guadeloupe donc, de paralysie&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pourrait discuter des connotations p&#233;joratives de ce motif de la &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; ; idem en Martinique depuis une semaine&lt;/i&gt; (&#8230;) &lt;i&gt;Autrement dit le mouvement commence &#224; faire t&#226;che d'huile&#8230;&lt;/i&gt; &#187;. L'enjeu est donc de taille : va-t-on par cons&#233;quent avoir droit &#224; la parole d'un protagoniste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui&#8230; et non. C'&#233;tait trop beau : voil&#224; qu'on nous fait pleurer sur le sort des professionnels du tourisme en m&#233;tropole, &#171; &lt;i&gt;tr&#232;s inquiets&lt;/i&gt; &#187;. &#192; qui offre-t-on le droit de s'exprimer publiquement ? Pas &#224; un gr&#233;viste, bien &#233;videmment, mais au Pr&#233;sident du syndicat national des agences de voyage. Qui entonne une complainte pr&#233;visible : &#171; &lt;i&gt;On ne conna&#238;t que des annulations et des reports. Autrement dit, c'est plus de 10000 ou de 15000 personnes qui sont retenues par&#8230; cette non-possibilit&#233; de donner des services de qualit&#233;. &#201;conomiquement, c'est aussi dramatique parce que c'est une chute du chiffre d'affaires qu'on peut chiffrer entre 10 et 15 millions d'euros. Il faudra des mois pour rattraper cette image de marque. Pour le touriste potentiel, nos amis antillais sont en train de scier la branche du tourisme sur laquelle ils auraient pu reposer une part de leur avenir&lt;/i&gt; &#187;. Sans commentaires. L'&#233;mission enti&#232;re &#233;tant consacr&#233;e &#224; cette question, esp&#233;rons qu'il y ait eu quelques effets de compensation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6. Au fait, un d&#233;tail (52'') : r&#233;cession &#233;conomique, licenciements et patrons voyous&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; une sixi&#232;me position peu honorable qu'on retrouve ce qui pouvait l&#233;gitimement pr&#233;tendre au rang d'information majeure, m&#233;ritant &#233;claircissements et approfondissement (le PIB fran&#231;ais &lt;i&gt;recule&lt;/i&gt; !) : la r&#233;cession &#233;conomique en France. &lt;i&gt;&#171; Christine Lagarde prononce d&#233;sormais ce mot, jusqu'ici tabou &#187;&lt;/i&gt;, nous explique-t-on, pour mentionner ensuite la &#171; &lt;i&gt;baisse des pr&#233;visions&lt;/i&gt; &#187; de la ministre, euph&#233;misme poli pour d&#233;signer (et d&#233;nier) des effets d'annonce notoirement manipulateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la question sociale n'est certes pas compl&#232;tement &#233;vacu&#233;e, son cadrage est soigneusement contr&#244;l&#233; : &#171; &lt;i&gt;De nombreux secteurs sont touch&#233;s de plein fouet par la crise, et puis, comme ArcelorMittal, il y a des investisseurs &#233;trangers qui malgr&#233; des b&#233;n&#233;fices pr&#233;f&#232;rent retirer leurs billes. C'est le cas de l'am&#233;ricain Atmel : vingt millions d'euros de profits et le g&#233;ant am&#233;ricain de composants &#233;lectroniques veut se d&#233;barrasser de son site &#224; Rousset dans les Bouches du Rh&#244;ne. 1400 salari&#233;s sont concern&#233;s. Le groupe avait pourtant touch&#233; des subventions pour venir s'installer dans la commune et&lt;/i&gt; [fut] &lt;i&gt;m&#234;me exon&#233;r&#233; de taxe professionnelle pendant dix ans, on en reparle dans le journal de 8h. Au chapitre plans sociaux, selon &lt;/i&gt;Le Parisien&lt;i&gt;, Air France envisage la suppression d'au moins 1000 postes&lt;/i&gt; &#187;. Certes, on ne s'attendait pas &#224; un expos&#233; percutant et encore moins subversif des dommages sociaux cr&#233;&#233;s par l'accumulation du capital. Mais tout cela est un peu juste pour qui ne peut attendre &#171; le journal de 8h &#187;, sans compter la banalisation de ces expressions d&#233;voy&#233;es devenues faussement &#171; naturelles &#187; (&#171; plans sociaux &#187;) qui appellent un chat un chien. On ne parle ici ni de d&#233;linquance (&#233;conomique), ni d'ins&#233;curit&#233; (salariale), termes dont on conna&#238;t par ailleurs la fortune m&#233;diatique. Et la chose ne m&#233;rite, semble-t-il, que 52 secondes. De plus, l&#224; encore, les licenci&#233;s n'ont pas voix au chapitre. Cette lacune est particuli&#232;rement flagrante quand on la rapproche de la pluralit&#233; des prises de parole au cours du premier sujet de la matin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7. Mais revenons &#224; l'essentiel&#8230; les faits divers : &#171; Un corbeau &#224; Carpentras &#187; (1'30)&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qui esp&#233;rait un &lt;i&gt;crescendo&lt;/i&gt; qualitatif dans le traitement de l'information, la d&#233;ception est rude. C'est en effet un nouveau fait divers, assur&#233;ment peu glorieux, qui prolonge cette tranche d'information d&#233;j&#224; &#233;difiante. Il s'agit cette fois d'un &#171; corbeau raciste &#187; &#224; Carpentras. &#171; &lt;i&gt;Depuis plusieurs jours, des patrons de bar re&#231;oivent des lettres de menaces, d'intimidation : on leur demande&lt;/i&gt; (&#8230;) &lt;i&gt;de ne plus servir les clients d'origine maghr&#233;bine&lt;/i&gt; &#187;. Reportage : &#171; &#034;&lt;i&gt;Pour l'identit&#233; fran&#231;aise&#034; : c'est le titre de cette missive r&#233;dig&#233;e dans un fran&#231;ais ch&#226;ti&#233;, entrecoup&#233; d'injures racistes&#8230;&lt;/i&gt; &#187;. La journaliste donne la parole &#224; une patronne de bistrot qui a re&#231;u une telle lettre : &#171; &lt;i&gt;Ben y avait beaucoup de propos malveillants, des menaces, que si on servait les magh&#8230; la soci&#233;t&#233; maghr&#233;bine, on devrait s'attendre &#224; des repr&#233;sailles&lt;/i&gt; &#187;. Puis &#8211; journalisme d'investigation oblige &#8211; on tend le micro au patron du caf&#233; d'en face, l&#233;gitimement choqu&#233; par les propos racistes qu'il a aussi re&#231;u. Puis vient le tour d'Hakim, &#171; &lt;i&gt;un habitu&#233;&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;accoud&#233; au comptoir&lt;/i&gt; &#187;, lui aussi &#171; &lt;i&gt;indign&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On piste enfin &#171; &lt;i&gt;l'&#233;motion&lt;/i&gt; &#187; jusqu'&#224; la mairie, dont le premier adjoint est &#171; &lt;i&gt;issu de l'immigration&lt;/i&gt; &#187;. Il a lui aussi re&#231;u des lettres anonymes. Mais son indignation, ou en tout cas ce qu'en ont conserv&#233; les journalistes, s'exprime en termes tr&#232;s peu politiques et tr&#232;s marchands : &#171; &lt;i&gt;C'est d&#233;testable que des gens n'aient pas &#233;volu&#233;, c'est d&#233;testable dans le sens o&#249; la population issue de l'immigration, c'est une client&#232;le comme une autre et qu'elle consomme&lt;/i&gt; &#187;. Discours marchand&#8230; redoubl&#233; d'un discours un tantinet policier, &#224; propos des &#171; mesures &#224; prendre &#187; : &#171; &lt;i&gt;On est attentifs. On va prendre des mesures sp&#233;cifiques pour surveiller chaque bar, mais on surveille l'ensemble des commerces de la ville&lt;/i&gt; &#187;. Surveiller les commerces pour combattre le racisme, voil&#224; qui est novateur et promet d'&#234;tre efficace. En compl&#233;ment, les lettres ont &#233;t&#233; envoy&#233;es &#224; la police scientifique pour analyse. Tout ceci ayant d&#233;j&#224; dur&#233; 1'30, on se demande bien combien durera le reportage le jour o&#249; les r&#233;sultats seront connus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8. Un &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;crash&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; a&#233;rien sur une maison de banlieue (15'')&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auditeur qui serait d&#233;j&#224; en manque de chair fra&#238;che peut se rassasier de l'information suivante : un &lt;i&gt;crash&lt;/i&gt; a&#233;rien sur une maison de banlieue aux Etats-Unis. On ne sait pas combien de passagers comptait l'appareil, mais on sait qu'il n'y a aucun survivant. Cela fait donc beaucoup de morts, mais &#233;trangers : ils comptent moins, la queue de peloton du journal suffira. Leur place est du reste plus enviable que celle conc&#233;d&#233;e &#224; la politique &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9. La politique &#233;trang&#232;re ? Bien s&#251;r ! Seize secondes.&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vraiment, trois fois rien : Abdelaziz Bouteflika est candidat &#224; sa propre succession. H&#233;las, il n'y a &#171; &lt;i&gt;aucun suspense&lt;/i&gt; &#187;, sa r&#233;&#233;lection est &#171; &lt;i&gt;&#233;vidente&lt;/i&gt; &#187;. Pourquoi donc perdre du temps en faisant davantage qu'exp&#233;dier en une phrase le fait que l'opposition boycotte le scrutin ? Sans doute ne faut-il pas chercher querelle &#224; un r&#233;gime ami. Rien sur la situation politique en Alg&#233;rie, donc. Il est bien plus important de traiter d'un sujet d'urgence, qui permet de boucler la boucle&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10. D&#233;j&#224; en manque de sang ? C'est l'heure de&#8230; &#171; Crim' expo &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230; &#171; &lt;i&gt;Les s&#233;ries t&#233;l&#233;vis&#233;es sur la police scientifique font un tabac !&lt;/i&gt; &#187; exulte Agn&#232;s Bonfillon sans dissimuler son plaisir. Cette d&#233;claration de la plus haute importance permet d'encha&#238;ner sur l'exposition &#171; Crim'expo &#187; &#224; la Cit&#233; des sciences. Incontestablement, depuis dix minutes de journal, le th&#232;me criminel avait &#233;t&#233; dramatiquement n&#233;glig&#233;. La journaliste est ravie : &#171; &lt;i&gt;Jusqu'en janvier 2010, vous pouvez, quel que soit votre &#226;ge, endosser le r&#244;le d'un policier charg&#233; de r&#233;soudre un meurtre&#8230; &lt;/i&gt; &#187;. Le reportage, plac&#233; sous le signe ludique de Sherlock Holmes et rythm&#233; par des voix d'enfants, permet de faire passer la pilule polici&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal se termine sur la musique de &lt;i&gt;Psychose&lt;/i&gt;, pour accompagner une plaisanterie d'Agn&#232;s Bonfillon&lt;i&gt; &lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Et dire qu'on est vendredi 13 ! Tremblez, tremblez, tremblez&#8230;&lt;/i&gt; &#187;. H&#233;las, l'auditeur, croyant avoir compos&#233; le num&#233;ro de la police plut&#244;t qu'&#233;cout&#233; les informations sur une grande cha&#238;ne de radio publique, est trop h&#233;b&#233;t&#233; pour avoir envie de rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#233;gory Salle&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pr&#233;cisons que celle-ci n'est mentionn&#233;e ici que parce qu'elle incarne des routines dont elle est loin d'&#234;tre la seule responsable.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Depuis, les analyses ADN ont confirm&#233; que le corps retrouv&#233; est bien celui de la jeune femme fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article3012.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article3012.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Tripatouillages sur &#034;l'ultra gauche&#034;, en direct de France Inter&lt;/a&gt; &#187;&lt;/a&gt;, suivi des &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article3020.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; excuses &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Pour bien &#234;tre s&#251;r que je donnais les bons codes, ben ils m'ont tortur&#233; pendant ces deux longues heures, donc &#224; trois sur moi, s'acharner, coups de crosse de revolver sur le cr&#226;ne&#8230; Puis ils m'ont br&#251;l&#233; des cigarettes, enfin une cigarette sur la peau, ils m'ont tordu le doigt, ils ont failli le casser d'ailleurs, j'ai pas encore r&#233;cup&#233;r&#233; toute la mobilit&#233; de mon doigt. Ils m'ont aussi foutu quasiment &#224; poil &#224; quatre pattes&#8230; avec une tentative de viol. Ils ont simul&#233; mon ex&#233;cution &#224; l'arme &#224; feu en me pointant le canon du revolver sur la t&#234;te sur la nuque. Donc du coup au bout d'un moment, voil&#224; on re&#231;oit des centaines de coups, mais en fait on les sent plus vraiment quoi ; on est un peu un sac &#224; patates au sol et puis on attend que &#231;a se passe quoi. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pourrait discuter des connotations p&#233;joratives de ce motif de la &#171; paralysie &#187;, qui sugg&#232;re l'inactivit&#233; ou l'inertie l&#224; o&#249; il se d&#233;roule au contraire, d'une certaine mani&#232;re, une intense activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
