<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
	<link>https://www.acrimed.org/</link>
	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.acrimed.org/spip.php?id_auteur=177&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
		<url>https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L144xH69/siteon0-505bf.png?1776672965</url>
		<link>https://www.acrimed.org/</link>
		<height>69</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>La soci&#233;t&#233; &#233;cran</title>
		<link>https://www.acrimed.org/La-societe-ecran</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/La-societe-ecran</guid>
		<dc:date>2008-01-14T06:22:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Cusset</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;La r&#233;volution de la t&#233;l&#233;vision dans les ann&#233;es 80.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Televisions-" rel="directory"&gt;T&#233;l&#233;visions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sous forme de tribune&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les articles publi&#233;s sous forme de &#171; tribune &#187; n'engagent pas collectivement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, nous publions ci-dessous, avec l'autorisation de l'auteur (et avec des sous-titres de notre choix), un &#171; Intermezzo &#187; extrait de l'ouvrage de Fran&#231;ois Cusset&lt;i&gt; La D&#233;cennie. Le Grand cauchemar des ann&#233;es 80 &lt;/i&gt;(La D&#233;couverte, octobre 2006). Avant de &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article2801.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d&#233;battre avec son auteur, jeudi 31 janvier 2008, lors d'un Jeudi d'Acrimed &#224; Paris&lt;/a&gt; sur le th&#232;me suivant &#171; Le cauchemar m&#233;diatique des ann&#233;es 80 : extase t&#233;l&#233;visuelle et cynisme &#233;ditorial &#187; (&lt;i&gt;Acrimed&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les nouvelles guerres ont ceci d'extraordinaire que gr&#226;ce&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;&#224; la t&#233;l&#233;vision, elles font vivre plus de gens qu'elles n'en tuent &#187;.&lt;/i&gt; Patrick S&#233;bastien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficile de raconter la France des ann&#233;es 1980 sans raconter sa t&#233;l&#233;vision. Rien de plus ambivalent, pourtant, que le statut de la t&#233;l&#233;vision dans une telle histoire : transparente &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; opaque, elle est &#224; la fois ce qui nous montre l'id&#233;ologie des ann&#233;es 1980 en train de se faire, ce qui nous montre le monde &lt;i&gt;du point de vue&lt;/i&gt; des pouvoirs, et ce qui en dissimule les m&#233;canismes, ce qui produit non seulement mensonges et propagande mais, plus largement, la fiction d'un pur spectacle sans metteur en sc&#232;ne ni m&#234;me de monde ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#233;l&#233;vision, fen&#234;tre sur le pouvoir, est l'&#233;cran diaphane par lequel observer au plus pr&#232;s la production d'un discours et d'une vision du monde. Tout en &#233;tant, miroir d&#233;formant, ce qui fait &#233;cran &#224; une juste compr&#233;hension du monde, ce qui le d&#233;r&#233;alise et l'&#233;loigne toujours plus. Elle est l'&#233;cran de cette d&#233;cennie-l&#224;, &#233;cran de contr&#244;le autant qu'&#233;cran de fum&#233;e. Car elle est d'un c&#244;t&#233; le parfait reflet de tout ce qui s'y joue, &#224; commencer par la transformation de la t&#233;l&#233;vision aux mains de la g&#233;n&#233;ration soixante-huitarde dominant partout ailleurs &#8212; et qui en a fait l'instrument majeur de son pouvoir, de Bernard Tapie &#224; Pierre Lescure, Bernard Kouchner &#224; la productrice pionni&#232;re Pascale Breugnot. Et elle est en m&#234;me temps l'inflation, l'exag&#233;ration, la d&#233;formation s&#233;lective de tout ce qui s'y passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;volution de la t&#233;l&#233;vision&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
C'est que les ann&#233;es 1980 sont aussi celles de la r&#233;volution de la t&#233;l&#233;vision fran&#231;aise, qui prend une place, au fil de la d&#233;cennie, qu'elle n'avait jamais eue, tant dans la vie politique, &#233;conomique et culturelle qu'au c&#339;ur de l'existence quotidienne des Fran&#231;ais. Elle passe devant la presse magazine pour les recettes publicitaires d&#232;s 1983 (quand les spots sont autoris&#233;s sur FR3), imposant &#224; la presse &#233;crite sa concurrence et bient&#244;t ses m&#233;thodes. De 1980 &#224; 1989, voit le taux d'&#233;quipement des foyers en t&#233;l&#233;viseurs passe de 44 % &#224; 85 % (et pour les magn&#233;toscopes, de 1 % &#224; 31 %), l'offre de programmes d&#233;cuple presque (avec au moins quatre cha&#238;nes de plus), la diffusion de ses produits d&#233;riv&#233;s hebdomadaires (de &lt;i&gt;T&#233;l&#233;-7 jours &lt;/i&gt;&#224; &lt;i&gt;T&#233;l&#233;-poche&lt;/i&gt;) double pour atteindre bient&#244;t pr&#232;s de 30 millions de Fran&#231;ais, et la dur&#233;e moyenne pass&#233;e chaque jour devant le petit &#233;cran augmente de plus d'une heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle &#233;volution se poursuivra bien s&#251;r au-del&#224; des ann&#233;es 1980, au point qu'aujourd'hui, avec 77 300 heures pass&#233;es devant la t&#233;l&#233;vision pour une dur&#233;e de vie moyenne, soit plus de huit ans, elle est devenue la principale occupation des Fran&#231;ais (le ph&#233;nom&#232;ne est bien s&#251;r identique &#224; l'&#233;tranger), devant le travail et juste derri&#232;re&#8230; le sommeil. Cette explosion horaire s'est accompagn&#233;e d'une segmentation de plus en plus fine de la journ&#233;e, qui a permis &#224; la t&#233;l&#233;vision de coloniser l'apr&#232;s-midi (la continuit&#233; de programmes est assur&#233;e d&#232;s 1982), le d&#233;but de matin&#233;e (T&#233;l&#233;-matin commence en 1986), et bien entendu la soir&#233;e et le d&#233;but de soir&#233;e &#8212; que les experts nomment, d&#232;s 1984, le &lt;i&gt;prime time &lt;/i&gt;et l'&lt;i&gt;access-prime time&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi sa puissance est-elle d'abord quantitative. Son pouvoir est m&#234;me celui d'une seule mesure chiffr&#233;e. En 1981, l'arriv&#233;e de la gauche au pouvoir est beaucoup moins d&#233;cisive, en ce sens, que la mise au point d'un dispositif audiom&#233;trique tenant dans un petit bo&#238;tier branch&#233; sur le poste : c'est l'invention d'un syst&#232;me de mesure passive de l'audience - l'audimat &#8211; autrement plus efficace que les questionnaires d'&#233;valuation utilis&#233;s jusqu'alors par le Centre d'&#233;tude de l'opinion. La production de contenus t&#233;l&#233;vis&#233;s ne d&#233;pendra plus, d&#232;s lors, que d'un seul argument, qui est d&#233;j&#224; d'usage courant &#224; cette &#233;poque dans toutes les industries culturelles, mais dont le petit &#233;cran va faire l'unique r&#232;gle intangible de la vie nationale : le pl&#233;biscite de l'audience, le succ&#232;s chiffr&#233; de tel ou tel programme. Puisque la majorit&#233; ne saurait avoir tort, le bo&#238;tier en question invente l'incontestable jugement populaire, et la l&#233;gitimation &lt;i&gt;populiste&lt;/i&gt;, de l'offre t&#233;l&#233;visuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les intellectuels qui se lancent dans la carri&#232;re au m&#234;me moment en savent quelque chose : critiquer sa r&#233;cente prestation t&#233;l&#233;vis&#233;e &#224; &#171; Apostrophes &#187;, se d&#233;fend Bernard-Henri L&#233;vy d&#232;s juillet 1977, reviendrait &#224; m&#233;priser les &#171; simples gens &#187; qui ont choisi de la regarder, et qu'il faut enfin lib&#233;rer de l'&#233;litisme jaloux ou de l'acad&#233;misme d'arri&#232;re-garde qui leur interdisent encore l'acc&#232;s aux &#171; id&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; R&#233;ponse aux ma&#238;tres-censeurs &#187;, Le Nouvel Observateur, 11 au 17 juillet 1977.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Un tel chantage tiendra lieu d&#233;sormais de seule justification, et souvent de seule r&#233;flexion sur l'impact du petit &#233;cran. Car malgr&#233; la pl&#233;thore d'essais sur le sujet, l'Hexagone peine alors (et toujours) &#224; &lt;i&gt;penser &lt;/i&gt;sa t&#233;l&#233;vision, &#224; produire la th&#233;orie de ses reflets t&#233;l&#233;visuels. Il faut dire qu'en France, la critique de la t&#233;l&#233;vision, diabolisante ou condescendante, celle des marxistes ou celle de l'&#233;lite culturelle, a longtemps domin&#233; la question. Et elle se prolonge au cours de la d&#233;cennie 1980 dans le discours &#171; t&#233;l&#233;phobe &#187; r&#233;current de la caste intellectuelle &#8212; qu'il s'agisse de reprocher au petit &#233;cran le nivellement de toutes nos valeurs, chez Finkielkraut, la d&#233;ch&#233;ance des liens collectifs et de l'esprit critique, comme chez le sociologue de la communication Lucien Sfez, ou plus classiquement la seule &#171; dictature de l'audimat &#187;, titre d'un essai de No&#235;l Mam&#232;re, lui-m&#234;me ancien pr&#233;sentateur pass&#233; &#224; la politique chez les Verts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lucien Sfez, Critique de la communication, Seuil, Paris, 1992 et No&#235;l (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au milieu des ann&#233;es 1980, une position &#171; postcritique &#187;, ou &#171; empirique &#187;, &#233;labor&#233;e au CNRS et dans l'universit&#233;, s'impose peu &#224; peu face &#224; ce moralisme t&#233;l&#233;phobique, en p&#234;chant cette fois au contraire par ang&#233;lisme t&#233;l&#233;&lt;i&gt;philique&lt;/i&gt; : des sp&#233;cialistes des m&#233;dias comme l'&#233;conomiste Jean-Louis Missika et le sociologue Dominique Wolton, proches des pouvoirs d'&#201;tat (celui-l&#224; a dirig&#233; le service de presse de Matignon, et celui-ci divers rapports gouvernementaux), analysent la t&#233;l&#233;vision comme un &#171; nouvel espace public &#187;, une d&#233;mocratie vulgaire mais juste, la nouvelle &#171; t&#233;l&#233;vision de soci&#233;t&#233; &#187; (et non plus d'&#201;tat) courant simplement &#171; les risques du pluralisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Louis Missika et Dominique Wolton, La folle du logis, La t&#233;l&#233;vision (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. On postule ainsi une relative neutralit&#233; du m&#233;dium t&#233;l&#233;vision, et applique &#224; son cas des id&#233;es de Tocqueville ou de Raymond Aron sur les paradoxes de la d&#233;mocratie, avanc&#233;es pourtant bien avant l'&#226;ge de la t&#233;l&#233;vision &#8212; parall&#232;lement &#224; l'essor des savoirs experts sur le petit &#233;cran, son audience, sa programmation, son &#233;conomie, qui voient exploser ce que G&#233;rard Genette nomme le &#171; m&#233;dialecte &#187;, jargon de praticiens largement import&#233; des &#201;tats-Unis. Mais en face, la t&#233;l&#233;vision, au nom de la noble exigence de l'Esprit, ou de la nostalgie des hi&#233;rarchies culturelles de jadis, est au contraire l'occasion d'exprimer une v&#233;ritable r&#233;pugnance pour la d&#233;mocratie. Car l'&#233;c&#339;urement des clercs devant la d&#233;ferlante d'&#233;missions bas de gamme et de s&#233;ries am&#233;ricaines, de l'irruption de &lt;i&gt;Dallas&lt;/i&gt; en 1982 jusqu'aux pr&#233;misses de la t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233;, est davantage un haut-le-c&#339;ur devant l'irr&#233;ductible &#171; vulgarit&#233; &#187; du peuple, celui qui regarde ou celui qui s'exhibe, qu'un d&#233;go&#251;t plus critique face aux dispositifs cathodiques &#8212; comme on l'a vu encore &#224; propos de &#171; Loft Story &#187;. Pris entre la haine du grossier petit &#233;cran et l'&#233;loge de la d&#233;mocratie t&#233;l&#233;visuelle, ces dispositifs n'ont finalement jamais &#233;t&#233; pens&#233;s en tant que tels, du moins jusqu'&#224; une p&#233;riode tr&#232;s r&#233;cente : ni la strat&#233;gie des programmateurs, ni les m&#233;canismes de l'image, ni l'agencement sc&#233;nique et politique des &lt;i&gt;talk-shows&lt;/i&gt; n'ont fait l'objet en France d'&#233;tudes s&#233;rieuses au cours des ann&#233;es 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils l'auraient pourtant m&#233;rit&#233;, compte tenu de la m&#233;tamorphose que subit d'un bout &#224; l'autre de la d&#233;cennie l'offre t&#233;l&#233;visuelle fran&#231;aise. Des ann&#233;es 1970 aux ann&#233;es 1990, la t&#233;l&#233;vision n'est plus la m&#234;me &#8212; elle n'est plus la lucarne, mais le cadre g&#233;n&#233;ral. En 1980, l'enterrement de Sartre et les foules qu'il attire sont l'objet d'une s&#233;quence du Journal t&#233;l&#233;vis&#233;. En 1990, le dixi&#232;me anniversaire de sa mort est l'occasion d'une &#171; nuit Sartre &#187; sur Antenne 2, pr&#233;sent&#233;e en direct du Caf&#233; de Flore par Fr&#233;d&#233;ric Mitterrand. &#192; la fin des ann&#233;es 1970, la France s'entiche d'une vieille paysanne normande vantant une marque de machine &#224; laver. En janvier 1989, la disparition &#224; Saint-Hymer de Jeanne Denis, 95 ans, suscite un deuil national. Sous Giscard, la soir&#233;e parisienne s&#233;parait ceux qui la passaient devant le petit &#233;cran, avec pour vedettes d'alors les peu &lt;i&gt;glamour&lt;/i&gt; Denise Fabre, L&#233;on Zitrone et autre Roger Gicquel, et les habitu&#233;s du Palace et des Bains-Douches pr&#233;f&#233;rant les pistes de danse aux cha&#238;nes publiques. Sous Mitterrand, les premi&#232;res &#233;missions de minuit de Thierry Ardisson le samedi soir permettent &#224; 2 millions de Fran&#231;ais d'explorer sans se d&#233;placer la faune des Bains ou du Sh&#233;h&#233;razade, discoth&#232;ques parisiennes o&#249; sont tourn&#233;s respectivement &#171; Bains de Minuit &#187; et &#171; Lunettes noires pour nuits blanches &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant 1981, le journaliste charg&#233; d'interviewer les plus hauts personnages de l'&#201;tat leur servait avant tout de faire-valoir, une r&#232;gle du jeu qu'incarna longtemps le docile Michel Droit face au g&#233;n&#233;ral de Gaulle. Au d&#233;but de la d&#233;cennie 1990, de Karl Z&#233;ro &#224; Guillaume Durand, l'irr&#233;v&#233;rence complice et les questions (faussement) inquisitrices sont les seules r&#232;gles des discussions de plateau avec des politiques. Au-del&#224;, s&#233;ries am&#233;ricaines et jeux t&#233;l&#233;vis&#233;s ont prolif&#233;r&#233;, les &#233;missions de plateau se sont enti&#232;rement renouvel&#233;es, l'audace et la provocation planifi&#233;es ont succ&#233;d&#233; &#224; une placidit&#233; tranquille, et le strass et les paillettes, &#224; la cravate et au col roul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En une quinzaine d'ann&#233;es, la t&#233;l&#233;vision est pass&#233;e de vision du monde en monde parall&#232;le, autonome, coh&#233;rent. Elle a gliss&#233; de la foi dans les valeurs dominantes &#224; la croyance dans sa seule puissance, ou pour parler comme Serge Daney, du &#171; r&#233;f&#233;rentiel au r&#233;f&#233;rendum &#187;, de programmes renvoyant au monde ext&#233;rieur en tant que r&#233;f&#233;rent, &#224; des programmes ne renvoyant plus qu'&#224; leur seul pl&#233;biscite par l'audimat. L'information t&#233;l&#233;vis&#233;e, en effet, fut longtemps une branche ab&#226;tardie de la connaissance scolaire, et une vulgarisation des propagandes d'&#201;tat. Elle est devenue, sous le nom d'&#171; actualit&#233; &#187;, ce flux continu auquel tout le reste se rapporte. Elle est pass&#233;e elle-m&#234;me, en une d&#233;cennie, du journaliste au pr&#233;sentateur, du documentaire au seul document (le &lt;i&gt;scoop&lt;/i&gt;), du travelling qui contextualise au zoom qui focalise, et d'une d&#233;marche plus ou moins didactique &#224; cette &#171; prox&#233;mie phobique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Daney, Devant la recrudescence des vols de sacs &#224; main, Al&#233;as, 1999, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, pour reprendre une autre formule de Daney, qui permet &#224; la t&#233;l&#233;vision &#224; la fois de nous &#233;loigner du monde et de nous le rendre effrayant &#8212; de produire contin&#251;ment la peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meilleur exemple de cette fonction, d&#233;volue d&#233;sormais &#224; l'information, de vecteur id&#233;ologique et de production de la peur est peut-&#234;tre l'&#233;volution de la repr&#233;sentation de l'Islam &#224; la t&#233;l&#233;vision fran&#231;aise sur ces m&#234;mes quinze ann&#233;es. Un regard qui se veut neutre et se dit &#171; objectif &#187;, et qu'a pass&#233; en revue le chercheur Thomas Deltombe. En 1983, &#171; Dimanche Magazine &#187; oppose l'efficacit&#233; des cha&#238;nes de montage japonaises et les travailleurs immigr&#233;s de chez Renault avec leurs tentations &#171; gr&#233;vistes &#187;. En 1987, l'&#233;mission &#171; L'Islam en France &#187; embo&#238;te le pas, sous pr&#233;texte de les &#233;carter, aux discours du &lt;i&gt;Figaro Magazine &lt;/i&gt;sur l'immigration comme dissolution de l'identit&#233; nationale. En 1989-1990, une noria d'&#233;missions juxtaposent de fa&#231;on pernicieuse des questions sans rapport (la fatwa contre Salman Rushdie et le port du voile &#224; l'&#233;cole, le terrorisme et l'immigration) et intronisent des experts de l'Islam dont la liste ne variera plus, de Gilles Kepel &#224; Bruno Etienne. Et au d&#233;but des ann&#233;es 1990, le &#171; Droit de savoir &#187; sur TF1 et quelques autres magazines de reportages multiplient les faux t&#233;moignages (venus de &#171; complices &#187; de la cha&#238;ne, comme Rachid Kaci ou Mohammed Sifaoui), les montages biais&#233;s, les images st&#233;r&#233;otyp&#233;es (femmes toujours voil&#233;es ou hommes toujours barbus et en groupe) sinon les bidonnages purs et simples&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thomas Deltombe, L'Islam imaginaire. La construction m&#233;diatique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; si bien qu'apr&#232;s quinze ans de clich&#233;s t&#233;l&#233;visuels, les amalgames entre Islam et terrorisme, banlieue et violence, immigration et int&#233;grisme religieux sont tout bonnement in&#233;vitables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la propagande n'est-elle plus la m&#234;me qu'&#224; l'&#233;poque o&#249; le ministre de l'Information du g&#233;n&#233;ral de Gaulle, Alain Peyrefitte, pouvait pr&#233;senter la nouvelle mouture qu'il avait imagin&#233;e du Journal t&#233;l&#233;vis&#233;. Car la t&#233;l&#233;vision est pass&#233;e, sous Mitterrand, du &#171; tout &#201;tat &#187; au (presque) &#171; tout priv&#233; &#187;. La date charni&#232;re, ici, est moins la cr&#233;ation de Canal + ou la vente de TF1 que l'inauguration de la Haute autorit&#233; de l'audiovisuel, le 31 ao&#251;t 1982, s&#233;paration officielle de l'&#201;tat et de l'audiovisuel, comme la loi de 1905 avait s&#233;par&#233; l'&#201;glise de l'&#201;tat. Le tube cathodique distille dor&#233;navant une id&#233;ologie d'ensemble, compl&#232;te, prot&#233;iforme, r&#233;actionnaire et conviviale, li&#233;e &#224; son financement publicitaire et &#224; ses partenaires commerciaux, et qui n'est donc plus la seule vision des pouvoirs d'&#201;tat. Cette &#233;volution des programmes n'a &#233;t&#233; planifi&#233;e par aucune instance, et s'est faite aussi par t&#226;tonnements, soumission aux caprices des uns et aux airs du temps. Aussi n'a-t-elle pas emp&#234;ch&#233; la t&#233;l&#233;vision des ann&#233;es 1980 de produire quelques anomalies au pays des Patrick (Le Lay, Sabatier ou S&#233;bastien) &#8212; une poign&#233;e de programmes audacieux qui ont eu valeur de libert&#233;s de transition entre la t&#233;l&#233;vision doctrinale d'&#201;tat et la t&#233;l&#233;vision id&#233;ologique de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 1982 en est l'arch&#233;type, pour l'exp&#233;rience pionni&#232;re, f&#251;t-elle m&#233;diocre, du &#171; Collaro-show &#187;, ou pour &#171; Droit de r&#233;ponse &#187; de Michel Polac, dont la seule &#233;dition du 2 janvier (avec Renaud, Gainsbourg, Cavanna et l'&#233;quipe de &lt;i&gt;Hara-Kiri&lt;/i&gt;, dont le professeur Choron insultant tout le monde) choquera davantage les &#233;lites bien-pensantes que dix ans d'&#233;missions de Karl Z&#233;ro. C'est l'&#233;poque des &#171; Enfants du Rock &#187; de Pierre Lescure, bient&#244;t des premi&#232;res &#233;missions intimistes de Pascale Breugnot (de &#171; Moi, je &#187; &#224; &#171; Psy-show &#187;) qui d&#233;bordent encore de quelques impr&#233;vus avant de devenir des dispositifs r&#244;d&#233;s. C'est l'&#233;poque o&#249; Canal + invente pour ses premiers pas une langue et une conception nouvelles du divertissement t&#233;l&#233;vis&#233;. C'est m&#234;me l'&#233;poque o&#249; l'on h&#233;site encore &#224; diffuser (on ne le fera finalement pas) &lt;i&gt;France tour d&#233;tour deux enfants&lt;/i&gt;, la s&#233;rie de douze petits films d&#233;capants sur la France de ce tournant de d&#233;cennie command&#233;e en 1977 &#224; Jean-Luc Godard. Une t&#233;l&#233;vision de transition encore amateure, riche de ses enclaves, empruntant ses discours au cin&#233;ma ou &#224; la presse &#233;crite, mais que les bouleversements du paysage audiovisuel fran&#231;ais &#224; partir de 1986 vont vite aligner sur le mod&#232;le italo-am&#233;ricain du divertissement g&#233;n&#233;ralis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nouvelle sc&#233;nographie&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Au fil de la d&#233;cennie, la parole politique officielle &#224; la t&#233;l&#233;vision change radicalement : l'&#233;volution de sa mise en sc&#232;ne t&#233;l&#233;visuelle est m&#234;me un parfait r&#233;sum&#233; de la m&#233;tamorphose en question. En mai 1982, Antenne 2 inaugure &#171; L'Heure de v&#233;rit&#233; &#187; de Fran&#231;ois-Henri de Virieu. C'est un passage bient&#244;t oblig&#233; pour tous les t&#233;nors de droite et de gauche, mais que son interactivit&#233; nouvelle, assur&#233;e par le verdict final des t&#233;l&#233;spectateurs, et son atmosph&#232;re de &#171; ring &#187; (comme s'en &#233;meuvent les invit&#233;s soumis &#224; l'&#233;preuve) n'emp&#234;chent pas de maintenir un dispositif traditionnel : dialogue entre une personnalit&#233; politique et les professionnels de la presse parisienne, topographie du plateau reproduisant la hi&#233;rarchie sociale, rh&#233;torique rationnelle et didactique sur le mod&#232;le du texte &#233;crit. Mais d&#232;s la fin de la d&#233;cennie, ce type d'&#233;mission, dont l'audience chute, sera d&#233;programm&#233; ou repouss&#233; plus tard dans la soir&#233;e. Une nouvelle sc&#233;nographie de la parole politique s'impose alors : dispositif simplifi&#233;, th&#232;mes plus moraux ou personnels qu'&#233;conomiques ou sociaux, interlocuteurs ordinaires (t&#233;l&#233;spectateurs) ou atypiques (stars et provocateurs), parole intimiste et narrative, d&#251;ment &#171; oralis&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dispositif, quelques exp&#233;riences pionni&#232;res lui servent de test, et de cons&#233;cration. C'est d'abord le face-&#224;-face informel entre Fran&#231;ois Mitterrand et Yves Mourousi (&#171; &#199;a nous int&#233;resse, monsieur le pr&#233;sident &#187;), qui donna lieu la premi&#232;re fois, d&#233;but 1985, au num&#233;ro de s&#233;duction d&#8216;un pr&#233;sident &#224; la page, maniant le verlan et le techno-jargon en vogue (il s'y dit plut&#244;t &#171; c&#226;bl&#233; &#187; que &#171; branch&#233; &#187;). Il se dit m&#234;me, signe qu'une logique int&#233;gralement spectaculaire organise d&#233;j&#224; le rapport des politiques aux m&#233;dias, que Mitterrand aurait acc&#233;d&#233; finalement &#224; la demande de Mourousi pour avoir particuli&#232;rement appr&#233;ci&#233; son sketch polonais, quand il ouvrit le Journal t&#233;l&#233;vis&#233;, le jour de la visite &#224; Paris du g&#233;n&#233;ral Jaruzelski, en portant des lunettes noires et en saluant les t&#233;l&#233;spectateurs dans la langue de Waleza (&#171; Dziendobry ! &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste aussi, au m&#234;me moment, aux causeries t&#233;l&#233;vis&#233;es mensuelles du Premier ministre Laurent Fabius. Plus tard, en mai 1990, celui-ci ira jusqu'&#224; justifier son passage, en chemise rose et costume d&#233;contract&#233;, sur le plateau tr&#232;s bas-de-gamme de &#171; Si on se disait tout ? &#187; de Patrick Sabatier, en expliquant au &lt;i&gt;Nouvel Observateur &lt;/i&gt;qu'on ne rate pas une telle occasion de r&#233;v&#233;ler la v&#233;rit&#233; de l'homme priv&#233; : &lt;i&gt;&#171; ce n'est pas de la vari&#233;t&#233; [&#8230;], [c'est] montrer le bonhomme, et plus seulement le politique, l'homme derri&#232;re le personnage&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; in Le Nouvel Observateur, 24 au 30 mai 1990.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;. Mais c'est d&#232;s 1985 aussi que certains politiques jugent opportun d'aller pousser la chansonnette en &lt;i&gt;prime time&lt;/i&gt;, Lionel Jospin et Fran&#231;ois L&#233;otard ouvrant le bal en allant chanter, respectivement, &#171; Les Feuilles mortes &#187; et &#171; L'Ajaccienne &#187; sur le plateau de Patrick S&#233;bastien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s, en fin de d&#233;cennie, de l'&#233;mission &#171; Questions &#224; domicile &#187;, qui montre le politique dans son d&#233;cor intime et commentant sa vie quotidienne, ach&#232;ve ce processus d'&#171; intimisation &#187; de la parole politique &#8212; qui parle d&#232;s lors surtout la langue des m&#233;dias. Plus qu'un parti ou un programme, c'est la t&#233;l&#233;vision elle-m&#234;me d&#233;sormais qui s'exprime par la bouche des politiques qui y sont invit&#233;s. Double essor t&#233;l&#233;visuel de la politique-intime et de la politique-spectacle qui explique aussi, au fil des ann&#233;es 1980, la banalisation des th&#232;ses du Front national, dont le leader agit&#233; et ses provocations r&#233;guli&#232;res sont du pain b&#233;nit pour toutes les cha&#238;nes fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, la t&#233;l&#233;vision est devenue en France le lieu par excellence de production de la politique, en y instaurant le jeu m&#233;diatico-&#233;lectoral, la personnalisation de la vie publique et la r&#232;gle populiste du pl&#233;biscite chiffr&#233;. Mais elle l'est devenue aussi par d&#233;faut, en rognant &#224; ce point sur l'espace public traditionnel qu'elle en est d&#233;sormais l'ultime ersatz, peut-&#234;tre m&#234;me la derni&#232;re &lt;i&gt;sc&#232;ne&lt;/i&gt; d&#233;mocratique. Une sc&#232;ne o&#249; le souci de justice n'est plus que la hargne contagieuse des petits procureurs, o&#249; le probl&#232;me de la parole n'est plus que celui de sa mise en sc&#232;ne, et o&#249; la question de l'&#233;galit&#233; est devenue celle du quart d'heure de notori&#233;t&#233; de l'homme ordinaire. Et si elle a profond&#233;ment alt&#233;r&#233; le jeu politique, la t&#233;l&#233;vision a fait de m&#234;me pour les univers artistique, litt&#233;raire, scientifique, juridique ou &#233;conomique, qui &#224; leur tour sont d&#233;termin&#233;s de l'int&#233;rieur par le pl&#233;biscite de l'audience et la reproduction divertissante d'un discours consensuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, dans chaque cas, son impact consiste moins &#224; dicter leur contenu &#224; ces univers, &#224; leur inspirer de nouveaux discours, qu'&#224; simplement les formater. La grande affaire de la t&#233;l&#233;vision est son effet de &lt;i&gt;formatage&lt;/i&gt;, indissociable de la logique concurrentielle et publicitaire qu'impose le nouveau paysage audiovisuel des ann&#233;es 1980. Ce formatage rel&#232;ve &lt;i&gt;grosso modo&lt;/i&gt; du th&#233;or&#232;me un peu fruste auquel se r&#233;f&#232;re, pour recruter ses collaborateurs, le patron Bernard Tapie, qui n'est donc pas devenu par hasard l'&lt;i&gt;outsider&lt;/i&gt; le plus t&#233;l&#233;g&#233;nique de la d&#233;cennie : c'est sa &lt;i&gt;&#171; r&#232;gle des trois 20 &#187;&lt;/i&gt;, soit &lt;i&gt;&#171; les 20 centim&#232;tres du visage, les 20 premiers mots, les 20 premi&#232;res secondes&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Tapie, Gagner, Lafont, Paris, 1986 p. 124.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;. Le format est aussi celui des diff&#233;rents usages des t&#233;l&#233;spectateurs en mati&#232;re de changement de cha&#238;ne, la g&#233;n&#233;ralisation de la t&#233;l&#233;commande au milieu des ann&#233;es 1980 favorisant l'hyperfragmentation des programmes : il y a non seulement le &lt;i&gt;zapping&lt;/i&gt;, mais aussi ses variantes mises &#224; jour outre-Atlantique sous les noms de &#171; &lt;i&gt;zipping&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;flipping&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;grazing&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le format d&#233;signe &#233;galement le r&#244;le-cl&#233; du montage, qui est d'abord s&#233;lection, d&#233;sorganisation et recombinaison du r&#233;el, et qui consiste surtout, comme le dit Pierre Bourdieu, &#224; &lt;i&gt;&#171; cacher en montant&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bourdieu, Sur la t&#233;l&#233;vision, Liber-Raisons d'agir, Paris, 1996, p. 32.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;. Le format, c'est aussi celui, bient&#244;t dominant, du &lt;i&gt;talk-show&lt;/i&gt;, qui organise la parole selon quelques r&#232;gles immuables : sa bri&#232;vet&#233;, ses petites variations, son extr&#234;me simplification, sa mise en sc&#232;ne physique et sonore, et l'embrigadement de ses &#233;nonciateurs &#8212; ceux qui d&#233;rogent en direct &#224; ces r&#232;gles de bonne communication sont d'ailleurs si rares, aujourd'hui comme hier, qu'en voir passer un &#224; l'&#233;cran fait toujours figure de petit &#233;v&#233;nement. Et le format le plus d&#233;cisif est celui qu'impose &#224; chaque &#233;mission le d&#233;coupage de la grille de programmes en fonction des coupures publicitaires : &#224; cette fragmentation obligatoire du flux des programmes, tout doit contribuer, le maintien d'un rythme continu mais aussi l'organisation de chaque section d'un programme (entre deux spots) comme une entit&#233; autonome, par sa th&#233;&#226;tralisation, son suspense provisoire, sa temporalit&#233; propre. C'est cette m&#234;me contrainte de format qui a impos&#233; la pens&#233;e-minute dans le champ intellectuel, la petite phrase dans le jeu politique, ou encore partout ailleurs ces &#171; d&#233;bats d'id&#233;es &#187; que la t&#233;l&#233;vision annexe et qu'elle &#171; [lance] comme des tubes &#187;, ainsi que le notait Daniel Schneidermann en 1989 : &lt;i&gt;&#171; Heidegger &#233;tait-il nazi ? La France est-elle en d&#233;clin ? L'&#233;galitarisme est-il condamn&#233; ? Un d&#233;bat m&#233;diatique se reconna&#238;t &#224; ce qu'il appelle une r&#233;ponse par oui ou par non. &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;Au bout d'un certain temps, l'id&#233;e s'&#233;puise d'elle-m&#234;me, press&#233;e jusqu'&#224; la derni&#232;re minute. Il est temps de passer au d&#233;bat suivant&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Schneidermann, O&#249; sont les cam&#233;ras ? Trait&#233; de la gloire m&#233;diatique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le format est bel et bien le facteur-cl&#233;. C'est ce qu'avait compris R&#233;gis Debray en 1979 lorsqu'il avan&#231;ait, dans &lt;i&gt;Le Pouvoir intellectuel en France&lt;/i&gt;, que le d&#233;clin intellectuel du marxisme et l'ascension &#224; sa place d'un nouveau moralisme de la d&#233;mocratie &#233;taient moins le fait d'une guerre entre clercs oppos&#233;s que des nouvelles r&#232;gles audiovisuelles &#8212; auxquelles la morale d&#233;mocratique est parfaitement ajust&#233;e, avec ses coups de force et ses petites phrases, l&#224; o&#249; le marxisme, lourd et explicatif, n'est plus adapt&#233; du tout &#224; l'&#232;re du petit &#233;cran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ce qu'avait compris BHL lui-m&#234;me qui, malgr&#233; ses odes &#224; la neutralit&#233; des m&#233;dias, fut pris bient&#244;t en flagrant d&#233;lit d'optimisation sc&#233;nique de sa t&#233;l&#233;g&#233;nique pr&#233;sence : pour &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; &#171; Grand Echiquier &#187; sur Antenne 2, le 20 octobre 1985, il a tout organis&#233;, commandant le d&#233;cor &#224; Andr&#233;e Putman, le mobilier &#224; Starck, les &#339;uvres d'art &#224; C&#233;sar, un d&#233;fil&#233; au styliste Yamamoto, des chansons &#224; Gainsbourg et Michel Boujenah, la lecture de ses textes &#224; Sami Frey et jusqu'au passage amical &lt;i&gt;&#171; &#224; l'improviste &#187; &lt;/i&gt;de Raquel Welsh. &lt;i&gt;&#171; Vive le spectacle &#187;&lt;/i&gt;, disait-il d&#233;j&#224; en 1980, prenant alors bien soin d'associer ce slogan provocateur &#224; l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique de la morale antitotalitaire : &lt;i&gt;&#171; [surtout] quand, par le spectacle, nous devenons contemporains, imm&#233;diatement voisins, des charniers et des holocaustes&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde, 20 janvier 1980 (entretien).&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;. Que le spectacle p&#251;t les d&#233;r&#233;aliser, les banaliser, les normaliser m&#234;me ne lui est jamais venu &#224; l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le format, enfin, est celui des postures spectatrices. C'est l'alignement invisible devant un m&#234;me &#233;cran de corps plus ou moins absorb&#233;s, de corps reli&#233;s par leur seule l&#233;thargie, leur &lt;i&gt;interpassivit&#233; &lt;/i&gt;en quelque sorte (par opposition &#224; l'interactivit&#233;), des corps r&#233;unis seulement d&#233;sormais par cette communaut&#233; d'&#233;cran. Une &#171; t&#233;l&#233;vision c&#233;r&#233;monielle &#187; les rassemble, du couronnement de la reine d'Angleterre au Mondial de Football, qu'ont analys&#233;e les chercheurs Daniel Dayan et Elihu Katz pour comprendre le r&#244;le de ces &lt;i&gt;&#171; &#233;v&#233;nements publics qui existent, mais n'ont plus besoin d'avoir lieu&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Dayan et Elihu Katz, La T&#233;l&#233;vision c&#233;r&#233;monielle. Anthropologie et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;. Cette posture du t&#233;l&#233;spectateur proc&#232;de aussi d'une r&#233;gression fusionnelle, intra-ut&#233;rine, de ce que les psychanalystes appellent une &#171; pseudo-sublimation &#187; et une &#171; forclusion parano&#239;de du r&#233;el &#187; : l'abandon &#224; un certain ordre imaginaire et le retour &#224; l'enfance, chez le t&#233;l&#233;spectateur absorb&#233;, lui permettent de substituer &#224; une soci&#233;t&#233; qui fait peur l'illusion de la toute-puissance de son d&#233;sir. Mais cette m&#234;me posture renvoie aussi &#224; l'intrusion par l'&#233;cran, au c&#339;ur du foyer, de l'autre et du lointain, cette &lt;i&gt;&#171; intrusion [de l'&#233;tranger] chez moi et par moi d&#233;sir&#233;e &#187;&lt;/i&gt; dont Jacques Derrida notait qu'elle renforce, en r&#233;action, le d&#233;sir d'&#234;tre chez soi, de n'en plus sortir, et qu'elle s'oppose d&#232;s lors, presque sym&#233;triquement, &#224; ce qu'il appelle l'&#171; hospitalit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Derrida et Bernard Stiegler, Echographies. De la t&#233;l&#233;vision, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; : en ce sens, individualisme et x&#233;nophobie, m&#233;fiance et d&#233;sabusement, ces traits connus des ann&#233;es 1980, sont peut-&#234;tre des effets de la &lt;i&gt;posture t&#233;l&#233;spectatrice&lt;/i&gt; beaucoup plus que d'une &#233;volution sociologique ou id&#233;ologique sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces histoires de format rappellent aussi que la t&#233;l&#233;vision doit son triomphe, en particulier pendant cette d&#233;cennie-l&#224;, &#224; sa totale absence de contenu propre, &#224; sa dimension de communication pure, d'autant plus fluide qu'elle ne v&#233;hicule &lt;i&gt;rien&lt;/i&gt;, sauf une fascination ravie &#8212; et l'autopromotion de ce vide par lui-m&#234;me. La t&#233;l&#233;vision n'a qu'une basse id&#233;e d'elle-m&#234;me, comme en t&#233;moignent constamment ce m&#233;pris que lui vouent ceux qui la font (ce m&#233;pris qui est comme inclus dans l'image), mais aussi le m&#233;pris que se sentent oblig&#233;s de lui adresser les t&#233;l&#233;spectateurs dans leur bonne volont&#233; t&#233;l&#233;phobe : ils enragent en 1991 contre cette guerre par &#233;crans interpos&#233;s, mais ne manquent pas un seul d&#233;tail de l'op&#233;ration &#171; Temp&#234;te du d&#233;sert &#187;, et pesteront quelques ann&#233;es plus tard contre la vulgarit&#233; de &#171; Loft Story &#187;, sans en rater bien s&#251;r une seule journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la t&#233;l&#233;vision, ajoutent-ils aussit&#244;t, apporte aussi la seule preuve valable de quelque chose, puisqu'elle nous le rend visible &#8212; vieille croyance tenace dans le statut du visible comme crit&#232;re ultime de v&#233;rit&#233;. C'est qu'elle est, surtout, le seul &lt;i&gt;m&#233;ta&lt;/i&gt;-m&#233;dia, celui qui absorbe tous les autres, qui est vierge de tout contenu pr&#233;&#233;tabli, et qui, en fin de compte, parle en continu avant tout &lt;i&gt;de lui-m&#234;me&lt;/i&gt;. C'est m&#234;me ce cran-l&#224;, d&#233;cisif, que fait franchir &#224; la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise sa t&#233;l&#233;vision des ann&#233;es 1980 : en exhibant moins un quelconque contenu que juste son propre enthousiasme t&#233;l&#233;visuel, elle ouvre un gouffre o&#249; tout semble appel&#233; &#224; dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir des ann&#233;es 1980, la t&#233;l&#233;vision ne cessera plus de se raconter. Certes, la &#171; r&#233;flexivit&#233; t&#233;l&#233;visuelle &#187;, comme l'appellent les chercheurs, a toujours exist&#233;, mais avant 1980, elle &#233;tait encore didactique, li&#233;e &#224; la participation du t&#233;l&#233;spectateur : des &#233;missions des ann&#233;es 1970 comme &#171; Vocations &#187;, &#171; Bo&#238;te &#224; malices &#187; ou &#171; T&#233;l&#233;tests &#187; (qui invite &#224; reconna&#238;tre, sur trois t&#233;moignages pr&#233;sent&#233;s &#224; l'&#233;cran, les deux qui sont faux) pariaient chez le spectateur sur une certaine critique de la repr&#233;sentation, sur un jeu avec les codes narratifs du petit &#233;cran, sur un &#171; &#233;veil de la conscience t&#233;l&#233;spectatrice &#187;, comme l'esp&#233;rait le pionnier Jean Frapat. &#192; partir des ann&#233;es 1980, des &#233;missions &lt;i&gt;sur &lt;/i&gt;la t&#233;l&#233;vision comme &#171; T&#233;l&#233;th&#232;que &#187;, &#171; Bonjour la t&#233;l&#233; &#187; ou &#171; Trente ans de t&#233;l&#233;vision &#187; ne v&#233;hiculent plus que l'amour cathodique et la nostalgie des vieux programmes, mais aussi, plus prosa&#239;quement, la concurrence entre cha&#238;nes, qui d&#233;clinent ainsi, au second degr&#233;, leurs programmes-f&#233;tiches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On montera d'un cran encore en 1992 avec la mort en direct de La Cinq, et ces semaines d'agonie au cours desquelles l'ex-cha&#238;ne &#224; scandales s'est mise &#224; parler d'elle-m&#234;me, de sa naissance, de ses changements de propri&#233;taire, de sa fin probable : cette fois, c'est s&#251;r, &lt;i&gt;&#171; La Cinq est une personne&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Virginie Spies, La T&#233;l&#233;vision dans le miroir. Th&#233;orie, histoire et analyse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;. La t&#233;l&#233;vision est ainsi pass&#233;e du statut de m&#233;dium de &lt;i&gt;contenu&lt;/i&gt; (f&#251;t-il biais&#233;) &#224; celui de pur m&#233;dium de &lt;i&gt;s&#233;duction&lt;/i&gt;, all&#233;g&#233;e de tout bagage et entour&#233;e de l'aura que conf&#232;re le narcissisme spontan&#233; &#8212; je parle de moi car je ne sais rien d'autre. Cette tentation est celle de tous les m&#233;dias g&#233;n&#233;ralistes au cours de la d&#233;cennie, de la radio &#224; la publicit&#233; et m&#234;me au journal &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; (avec ses num&#233;ros sp&#233;ciaux sur lui-m&#234;me, &#171; Je t'aime moi non plus &#187; ou &#171; Les ann&#233;es Lib&#233; &#187;). Mais la t&#233;l&#233;vision en est l'unique source, et le mod&#232;le sans cesse renouvel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, un autre sc&#233;nario e&#251;t &#233;t&#233; possible &#8212; au vu des premi&#232;res ann&#233;es exp&#233;rimentales, des enclaves inventives, ou des usages plus locaux et plus engag&#233;s qu'on a pu faire ici et l&#224;, plus r&#233;cemment, des ondes hertziennes ou satellite. Si la t&#233;l&#233;vision est au c&#339;ur de l'id&#233;ologie 80, ne serait-ce que parce qu'elle ne cesse d'exhiber la servitude, celle des invit&#233;s ou des victimes, des spectateurs ou des joueurs, elle aurait pu tout aussi bien &#234;tre le lieu d'un travail critique sur ce tournant id&#233;ologique, comme quelques &#233;missions ont bien tent&#233; de le faire. Autrement dit, si la soci&#233;t&#233; t&#233;l&#233;visuelle des ann&#233;es 1980 est une soci&#233;t&#233;-&lt;i&gt;&#233;cran&lt;/i&gt;, opaque &#224; elle-m&#234;me et faussement transparente, c'est moins le m&#233;dium lui-m&#234;me qui est en cause que l'usage qui en fut fait, un usage qui n'a plus cess&#233; depuis lors de se g&#233;n&#233;raliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, pour retrouver un usage critique possible de la t&#233;l&#233;vision, il faut se souvenir que ses contraintes (ou ses limites) elles-m&#234;mes peuvent &#234;tre r&#233;appropri&#233;es, d&#233;tourn&#233;es, lui &#233;chapper. Il faut garder &#224; l'esprit, contre le simplisme des t&#233;l&#233;phobes aussi bien que le cynisme des t&#233;l&#233;philes, une distinction capitale, celle qu'avan&#231;aient en 1980 Gilles Deleuze et F&#233;lix Guattari entre &lt;i&gt;&#171; l'asservissement machinique &#187;&lt;/i&gt;, cette absorption de chacun dans le dispositif technique du pouvoir, et &lt;i&gt;&#171; l'assujettissement social &#187;&lt;/i&gt;, qui laisse la place &#224; une certaine production de soi par les contraintes elles-m&#234;mes du dispositif : on peut faire de la t&#233;l&#233;vision une arme, en ce sens, si on la d&#233;tourne du bain intimiste et narcissique o&#249; elle flotte depuis les ann&#233;es 1980, car &#171; un peu de subjectivation nous &#233;loignait de l'asservissement machinique, mais beaucoup nous y ram&#232;ne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze, Mille plateaux, Minuit, Paris, 1980, p. 572.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. On a &#233;t&#233; trop longtemps asservis au petit &#233;cran, le temps est venu de ne lui &#234;tre qu'&lt;i&gt;assujetti&lt;/i&gt; &#8212; ce serait d&#233;j&#224; &#231;a.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les articles publi&#233;s sous forme de &#171; tribune &#187; n'engagent pas collectivement l'Association Acrimed, mais seulement leurs auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; R&#233;ponse aux ma&#238;tres-censeurs &#187;, &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, 11 au 17 juillet 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lucien Sfez, &lt;i&gt;Critique de la communication&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1992 et No&#235;l Mam&#232;re, &lt;i&gt;La dictature de l'audimat&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, Paris, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Louis Missika et Dominique Wolton, &lt;i&gt;La folle du logis, La t&#233;l&#233;vision dans les soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratique&lt;/i&gt;s, Gallimard, Paris, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Daney, &lt;i&gt;Devant la recrudescence des vols de sacs &#224; main&lt;/i&gt;, Al&#233;as, 1999, pp. 176-177.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Thomas Deltombe, &lt;i&gt;L'Islam imaginaire. La construction m&#233;diatique de l'islamophobie en France, 1975-2005&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, Paris, 2005, notamment pp. 53, 75-76, 132-138 et 191-192.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; &lt;i&gt;in Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, 24 au 30 mai 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Tapie, &lt;i&gt;Gagner&lt;/i&gt;, Lafont, Paris, 1986 p. 124.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bourdieu, &lt;i&gt;Sur la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, Liber-Raisons d'agir, Paris, 1996, p. 32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Schneidermann, &lt;i&gt;O&#249; sont les cam&#233;ras ? Trait&#233; de la gloire m&#233;diatique&lt;/i&gt;, Belfond, Paris, 1989, p. 221.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 20 janvier 1980 (entretien).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Dayan et Elihu Katz, &lt;i&gt;La T&#233;l&#233;vision c&#233;r&#233;monielle. Anthropologie et histoire en direct&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Derrida et Bernard Stiegler, &lt;i&gt;Echographies. De la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, Galil&#233;e/INA, Paris, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Virginie Spies, &lt;i&gt;La T&#233;l&#233;vision dans le miroir. Th&#233;orie, histoire et analyse des &#233;missions r&#233;flexives&lt;/i&gt;, L'Harmattan, Paris, 2004, p. 338.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Deleuze, &lt;i&gt;Mille plateaux&lt;/i&gt;, Minuit, Paris, 1980, p. 572.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
