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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>Les Nouveaux chiens de garde : Avant-propos &#224; la troisi&#232;me &#233;dition</title>
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		<dc:date>2022-02-24T14:28:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Halimi</dc:creator>


		<dc:subject>Pluralisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un texte de Serge Halimi.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Des-livres-presentations-et-extraits-" rel="directory"&gt;Des livres : pr&#233;sentations et extraits&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Pluralisme-+" rel="tag"&gt;Pluralisme&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L121xH150/arton6451-fac14.jpg?1726226059' class='spip_logo spip_logo_right' width='121' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions l'avant-propos de la troisi&#232;me &#233;dition des &lt;i&gt;Nouveaux chiens de garde&lt;/i&gt;, parue aux &#233;ditions &lt;a href=&#034;https://www.raisonsdagir-editions.org/catalogue/les-nouveaux-chiens-de-garde/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Raisons d'agir&lt;/a&gt; le 4 f&#233;vrier 2022.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;right&gt;&lt;i&gt;Nous n'accepterons pas &#233;ternellement que le respect&lt;br class='autobr' /&gt;
accord&#233; au masque des philosophes ne soit finalement&lt;br class='autobr' /&gt;
profitable qu'au pouvoir des banquiers.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Nizan, &lt;i&gt;Les Chiens de garde&lt;/i&gt;&lt;/right&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;La premi&#232;re &#233;dition de ce livre a &#233;t&#233; publi&#233;e il y a vingt-cinq ans. Un auteur est parfois tent&#233; d'exag&#233;rer l'actualit&#233; de ses ouvrages pr&#233;c&#233;dents pour en justifier la lecture quelques d&#233;cennies plus tard. Autant pr&#233;venir le lecteur que celui-ci s'inscrit dans un temps en partie r&#233;volu. Quiconque s'est habitu&#233; &#224; l'atmosph&#232;re &#233;lectrique faite de clans et de clashs des ann&#233;es 2020 peut &#224; peine imaginer l'homog&#233;n&#233;it&#233; id&#233;ologique des m&#233;dias &#224; la fin du si&#232;cle dernier et le ballet d'un quarteron de journalistes dominants &#233;voluant sur la sc&#232;ne politique avec la docilit&#233; d'un &#171; majordome anglais qui apporte des toasts beurr&#233;s au prince de Galles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lewis Lapham, L'Am&#233;rique ba&#238;llonn&#233;e, Paris, Saint-Simon, 2004, p.100-101.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Tout ceci cr&#233;ait l'ennui, un sentiment d'enfermement d'autant plus puissant que le discours m&#233;diatique dominant reposait sur une base sociologique en voie de r&#233;tr&#233;cissement. Et que, d&#233;j&#224;, le consensus n&#233;olib&#233;ral s'effritait. Un autre trait des ann&#233;es 1990 peut aujourd'hui para&#238;tre d&#233;fier l'entendement : les journalistes jouissaient d'un certain cr&#233;dit ; la plupart croyaient encore exercer leur magist&#232;re en toute ind&#233;pendance. Sugg&#233;rer que les propri&#233;taires des grands moyens d'information pouvaient vouloir orienter les contenus &#233;ditoriaux d&#233;clenchait donc des bouff&#233;es d'indignation vertueuses dont le lecteur se fera une id&#233;e en consultant l'annexe de ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, mille raisons militaient d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque contre cette illusion de libert&#233;. La prise en main de Canal Plus et de ses cha&#238;nes satellites par Vincent Bollor&#233; devrait l'avoir aujourd'hui dissip&#233;e. M. Bollor&#233; rach&#232;te &#224; tour de bras m&#233;dias et &#233;diteurs (Vivendi, Editis, Prisma), convoite Europe 1, &lt;i&gt;Paris Match&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Journal du dimanche&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, taille dans les d&#233;penses, &#233;crase les gr&#232;ves, &#233;pure les r&#233;dactions. Au mitan des ann&#233;es 1980, &#171; Canal &#187;, cr&#233;&#233;e &#224; la demande de Fran&#231;ois Mitterrand, confi&#233;e au d&#233;part &#224; l'un de ses proches, se voulait amusante, impertinente, plut&#244;t destin&#233;e &#224; un public qu'on n'appelait pas encore &#171; bourgeois-boh&#232;me &#187; &#8211; &#224; la fois amateur de cin&#233;ma, de football et de pornographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que M. Bollor&#233; y s&#233;vit, l'orientation &#233;ditoriale de la cha&#238;ne d'information du groupe s'est m&#233;tamorphos&#233;e. i-T&#233;l&#233; est devenu Cnews, a tripl&#233; son audience en offrant chaque soir l'antenne &#224; &#201;ric Zemmour jusqu'&#224; ce que, enhardi par sa notori&#233;t&#233;, le chroniqueur du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; devienne un des t&#233;nors de l'extr&#234;me droite. CNews a &#233;galement recrut&#233; tout ce que la francophonie compte d'&#233;ditorialistes obs&#233;d&#233;s par l'ins&#233;curit&#233;, l'&#171; ensauvagement &#187;, le &#171; grand remplacement &#187;. Pour que le tableau de son pluralisme soit tout &#224; fait complet, la cha&#238;ne diffuse chaque semaine une &#233;mission destin&#233;e aux catholiques int&#233;gristes. Ainsi, par la seule volont&#233; de M. Bollor&#233; dont la famille a pour devise &#171; &#192; genoux devant Dieu, debout devant les hommes &#187;, la messe du dimanche a remplac&#233; &#171; Le journal du hard &#187;. Rattacher l'orientation &#233;ditoriale d'un m&#233;dia &#224; l'identit&#233; de son propri&#233;taire ne devrait donc plus passer pour sacril&#232;ge. Il y a vingt-cinq ans, on nous opposait qu'il s'agissait l&#224; d'un &#171; faux proc&#232;s &#187; donnant &#171; une vision simpliste, platement d&#233;terministe &#187; de la r&#233;alit&#233;. D'autant plus fautive en v&#233;rit&#233; que la d&#233;ontologie des journalistes serait toujours assez puissante pour contredire un &#171; &#233;conomisme &#187; aussi rudimentaire. De telles d&#233;n&#233;gations, parfois sinc&#232;res, permettaient de l&#233;gitimer les pr&#233;tentions d&#233;mocratiques de l'information. Ainsi que celles de l'ordre social auquel elle &#233;tait &#8211; et demeure &#8211; encastr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps, cet ordre social n'avait pas eu grand-chose &#224; redouter. La s&#233;r&#233;nit&#233; de ses partisans les conduisait m&#234;me &#224; croire que la Terre promise &#233;tait en vue et &#224; entonner l'air de la &#171; fin de l'histoire &#187;, de la &#171; normalisation &#187; de la France. En janvier 1989, Alain Minc, dont on imagine mal aujourd'hui le r&#244;le qu'il joua &#224; cette &#233;poque &#8211; &#224; la fois industriel et essayiste, proche de la gauche de droite et de la droite de gauche, petit prodige de la classe dirigeante fran&#231;aise et boussole d'une bourgeoisie intellectuelle raisonneuse et pr&#233;tentieuse &#8211; avait r&#233;sum&#233; la satisfaction de ses client&#232;les : &lt;i&gt;&#171; La soci&#233;t&#233; fran&#231;aise a absorb&#233; toutes les contraintes &#233;conomiques. La grande l&#233;gitimit&#233; du gouvernement de gauche des ann&#233;es 1981 &#224; 1986 a &#233;t&#233; d'avoir fait rentrer la France dans l'&#233;conomie de march&#233;. [...] La France a formidablement chang&#233;. Au fond, ce pays &#233;tait le pays du dissensus, du retard &#233;conomique et de l'id&#233;ologie. [...] La modernisation &#233;conomique a &#233;t&#233; formidable et l'acceptation des contraintes &#233;conomiques internationales et des r&#232;gles de l'&#233;conomie de march&#233; s'est faite en quelques ann&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Minc, &#034;Radioscopie&#034;, France Inter, 18 janvier 1989.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/i&gt; Et l'homme qui se trouvait d&#233;j&#224; au carrefour des strat&#233;gies m&#233;diatiques des grands industriels fran&#231;ais (Bollor&#233;, Pinault, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, Lagard&#232;re) compl&#233;ta son tableau idyllique de la situation en &#233;voquant la presse : &lt;i&gt;&#171; Pour la premi&#232;re fois, le contre-pouvoir de la presse joue en France comme dans une vraie d&#233;mocratie [...]. Le travail qu'elle fait montre qu'elle s'&#233;rige enfin en contre-pouvoir. C'est formidable ! &#187;&lt;/i&gt; Formidable, en effet, que les journalistes s'&#233;puisent &#224; d&#233;noncer des &#171; scandales &#187; &#224; r&#233;p&#233;tition en &#233;vitant de les rattacher au syst&#232;me &#233;conomique qui les produit, formidable que le capitalisme se trouve ainsi purifi&#233; des scories susceptibles de le rendre impopulaire, formidable en somme que l'h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique b&#233;tonn&#233;e par le &#171; contre-pouvoir &#187; garantisse &#224; l'ordre social une s&#233;r&#233;nit&#233; presque absolue. Lors de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 1995, sans que cela semble &#233;trange, Minc appuya successivement le candidat lib&#233;ral &#201;douard Balladur et le dirigeant socialiste Lionel Jospin. Mauvaise pioche pour lui, mauvais pr&#233;sage pour ses amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;cennie de torpeur relative, de d&#233;syndicalisation, de d&#233;faites paraissait avoir assur&#233; la tranquillit&#233; des avocats du &#171; cercle de la raison &#187; quand l'orage se leva. D'importantes mobilisations sociales se form&#232;rent et elles n'&#233;pargn&#232;rent pas les socialistes qui depuis une d&#233;cennie se partageaient le pouvoir avec la droite en &#171; cohabitant &#187; avec elle dans une relative harmonie. Car apr&#232;s le virage de la &#171; rigueur &#187; (1983), la chute du mur de Berlin (1989), la guerre du Golfe (1990-1991), le trait&#233; de Maastricht (1992), on peinait &#224; distinguer ce qui opposait encore les deux &#171; camps &#187; en mati&#232;re de politique &#233;conomique et sociale, d'Europe, d'alliances internationales. Une telle &#232;re de la b&#233;atitude apais&#233;e, de la &#171; R&#233;publique du centre &#187;, du mol &#233;dredon, s'acheva au moment de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 1995. Cet ouvrage (qui fut r&#233;&#233;dit&#233; et compl&#233;t&#233; une dizaine d'ann&#233;es apr&#232;s sa premi&#232;re publication) insiste sur deux grandes occasions lors desquelles l'apparente paix des cimeti&#232;res fut interrompue par une insurrection populaire : en novembre-d&#233;cembre 1995, le refus du plan Jupp&#233; de r&#233;forme de la s&#233;curit&#233; sociale ; dix ans plus tard, le rejet du trait&#233; constitutionnel europ&#233;en. Chacun de ces soul&#232;vements suscita l'opposition f&#233;roce de la quasi-totalit&#233; des grands m&#233;dias, publics comme priv&#233;s. Malgr&#233; cela, le plan Jupp&#233; fut retir&#233; et le non l'emporta largement lors du r&#233;f&#233;rendum de mai 2005. La classe dirigeante et l'oligarchie m&#233;diatique qui lui servait de caisse de r&#233;sonance n'avaient plus l'habitude de tels revers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois les projets gouvernementaux rejet&#233;s par le peuple &#8211; la foule des manifestants en 1995, le vote majoritaire des &#233;lecteurs hostiles au trait&#233; europ&#233;en dix ans plus tard &#8211; furent finalement ent&#233;rin&#233;s gr&#226;ce &#224; des artifices de proc&#233;dure. La chose prit juste un peu plus de temps. Au final l'&#171; Europe &#187; a avanc&#233;, les r&#233;gimes sp&#233;ciaux de la s&#233;curit&#233; sociale ont &#233;t&#233; remis en cause, le statut des cheminots a disparu, la concurrence des chemins de fer s'est d&#233;ploy&#233;e. Pour ceux qui en doutaient encore il y a vingt-cinq ans, la preuve est faite que ce syst&#232;me social ne produira jamais, durablement, des politiques contraires aux int&#233;r&#234;ts de sa classe dirigeante. Retour &#224; l'envoyeur en somme. Cette ruse des gouvernants doubl&#233;e d'une forfaiture des &#233;lus produira n&#233;anmoins des effets qui, eux, n'ont pas disparu. En particulier l'amplification du soup&#231;on que la voie d&#233;mocratique est d'autant plus bouch&#233;e que l'ordre m&#233;diatique privil&#233;gie, accompagne, voire r&#233;clame un lib&#233;ralisme autoritaire chaque fois que l'apathie populaire c&#232;de la place &#224; la col&#232;re. Une porte a &#233;t&#233; secou&#233;e &#224; plusieurs reprises, mais son verrou n'a pas c&#233;d&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s cette r&#233;alisation am&#232;re, un bourgeonnement des r&#233;seaux sociaux enfante l'id&#233;e qu'il est devenu possible de contourner la porte verrouill&#233;e. Et de cr&#233;er &#224; c&#244;t&#233; d'elle des m&#233;dias ou des programmes qui &#233;chappent &#224; la pens&#233;e dominante, sans qu'un tel objectif r&#233;clame des investissements hors de port&#233;e. D&#232;s 2005, l'&#233;ditorialiste de France inter Bernard Guetta, ancien r&#233;dacteur en chef du &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt; et futur d&#233;put&#233; europ&#233;en d'Emmanuel Macron, s'inqui&#232;te que les m&#233;dias traditionnels (ceux que lui et ses amis quadrillent) soient en train de perdre la ma&#238;trise du d&#233;bat public : &lt;i&gt;&#171; La mobilisation, les conversions se font de bouche-&#224;-oreille, amplifi&#233;es par internet, ses &#8220;chats&#8221;, ses &#8220;blogs&#8221; &#187;&lt;/i&gt;. Progressivement, deux familles politiques oppos&#233;es vont manifester une dext&#233;rit&#233; particuli&#232;re dans l'art de se faire conna&#238;tre au-del&#224; de leur public habituel. D'un c&#244;t&#233;, la droite identitaire qui pourfend &#171; mondialisation heureuse &#187; non pas parce que celle-ci serait capitaliste mais en raison de sa nature mondiale vou&#233;e &#224; pr&#233;cipiter le m&#233;tissage des populations et la submersion de l'Occident. Face &#224; elle, une &#171; gauche culturelle &#187; fait le pari que le basculement du monde sera porteur de diversit&#233;, d'effacement des nations, de connexion instantan&#233;e entre les mouvements sociaux de la plan&#232;te. Elle ne se rallie pas au capitalisme, mais le prend surtout pour cible quand les pratiques des multinationales mettent en p&#233;ril la survie de la plan&#232;te ou quand les repr&#233;sentants des femmes et des minorit&#233;s ne trouvent pas leur place au sein de la classe dirigeante. Chacun de ces camps dispose de ses m&#233;dias, de ses sites, se pr&#233;tend assi&#233;g&#233; par un ennemi implacable autant que dangereux, et prend la douce habitude de ne plus fr&#233;quenter d'autre paysage que le sien. Ce qu'il peut faire gr&#226;ce &#224; la Toile vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Entre eux, le combat est parfois in&#233;gal, mais le tintamarre, permanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La place que ces deux camps ont conquis dans les d&#233;bats publics et sur les moteurs de r&#233;f&#233;rencement doit beaucoup au fait que les parts de march&#233; ne se gagnent plus au centre. D&#233;sormais, c'est l'exacerbation des divisions politiques &#8211; et surtout culturelles &#8211; qui alimente l'audience, mobilise les lecteurs et g&#233;n&#232;re du profit. Cette recette de la division, M. Bollor&#233; ne l'a pas invent&#233;e m&#234;me s'il a su en tirer le plus grand b&#233;n&#233;fice. En 2005, quand il lance sa nouvelle cha&#238;ne, Direct 8, il confie une de ses &#233;missions, &#171; Face &#224; Alain Minc &#187;, &#224; un visage familier. Quinze ans plus tard, l'intervenant vedette d'une autre cha&#238;ne du groupe Bollor&#233; a pour nom &#201;ric Zemmour. Et cette fois l'audience est au rendez-vous, sa seule pr&#233;sence &#224; l'antenne redresse les comptes de la cha&#238;ne. M. Bollor&#233;, tr&#232;s lib&#233;ral, autoritaire, &#233;tranger &#224; la &#171; R&#233;publique du centre &#187;, se r&#233;jouit sans doute que l'onctuosit&#233; pateline ne soit plus de saison. Et il encourage un journalisme de racolage destin&#233; &#224; l'extr&#234;me droite et des &#171; d&#233;bats &#187; qui ne co&#251;tent pas cher tout en rapportant gros&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui n'emp&#234;che pas Bernard-Henri L&#233;vy de lui servir de caution. Le 23 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s'il aime satisfaire ses caprices personnels (la messe, par exemple), c'est avant tout un entrepreneur capitaliste qui r&#233;pond &#224; une demande rentable &#224; un moment o&#249;, un peu partout, des publics enferm&#233;s dans leurs chambres d'&#233;cho respectives arment leurs convictions en choisissant des m&#233;dias qui confortent leurs obsessions. L'homog&#233;n&#233;it&#233; m&#233;diatique d'hier cr&#233;ait une sorte de torpeur. Celle d'aujourd'hui est caract&#233;ris&#233;e par la peur. Peur du terrorisme, de l'islam, de l'extr&#234;me droite, de la d&#233;sinformation, du &#171; politiquement correct &#187;, de la Russie, des vaccins. Les colporteurs de panique occupent le terrain. Car la mont&#233;e aux extr&#234;mes sur des sujets tr&#232;s balis&#233;s (ins&#233;curit&#233;, voile, discriminations) n'&#233;pargne pas la presse mod&#233;r&#233;e. Hier assise sur la manne publicitaire, elle recherchait une audience de masse qu'elle cajolait en simulant l'objectivit&#233;. Dor&#233;navant, elle aussi prosp&#232;re en alimentant des guerres culturelles aupr&#232;s de publics polaris&#233;s. Pour autant, l'univers des nouveaux chiens de garde des ann&#233;es 1990 n'a pas disparu. L'&#233;lection surprise de M. Donald Trump a certes dissip&#233; le mirage d'une soci&#233;t&#233; de march&#233; pacifi&#233;e par les vertus de l'&#233;ducation et de la communication. Le mouvement des Gilets jaunes a &#233;galement r&#233;v&#233;l&#233; les capacit&#233;s de mobilisation de groupes sociaux que la bourgeoisie imaginait inoffensifs en raison de leur isolement et de leur fragmentation. Mais le syst&#232;me qu'Alain Minc c&#233;l&#233;brait il y a trente ans reste solide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, il n'a pas fondamentalement chang&#233;. Le bruit de fond m&#233;diatique est plus &#226;pre, l'autorit&#233; des journalistes dominants moins assur&#233;e, et l'&#233;clat de certains des affid&#233;s du th&#233;oricien de &#171; la mondialisation heureuse &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Minc, La Mondialisation heureuse, Paris, Plon, 1997.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; Jean-Marie Colombani, Bernard-Henri L&#233;vy, Nicolas Sarkozy &#8211; a p&#226;li en m&#234;me temps que le sien. Mais d'autres les ont remplac&#233;s, comme Vincent Bollor&#233; qu'il a &#233;galement conseill&#233;. il y a vingt-cinq ans, on renvoyait les critiques de la pens&#233;e unique &#224; leur ignorance des lois de la pesanteur n&#233;olib&#233;rale, tr&#232;s largement popularis&#233;es du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; et de TF1 &#224; Arte. Une bonne &#171; p&#233;dagogie &#187; devait les instruire, les d&#233;niaiser de leur archa&#239;sme politique h&#233;ritier de tr&#232;s anciennes cat&#233;gories de pens&#233;e d&#233;mocratiques et r&#233;volutionnaires. Lesquelles de toute fa&#231;on s'effaceraient avec le temps, le passage des g&#233;n&#233;rations, l'empreinte de la &#171; modernit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;vidence, ce rem&#232;de naturel ne peut plus op&#233;rer quand un public appr&#233;ciable, jeune qui plus est, se dirige vers les informations &#171; alternatives &#187; dispens&#233;es par les blogs, comptes Twitter, cha&#238;nes YouTube qui prolif&#232;rent &#224; c&#244;t&#233; des grands m&#233;dias. Les fausses nouvelles deviennent alors un probl&#232;me, une obsession, puisque l'exclusivit&#233; de leur diffusion &#233;chappe d&#233;sormais &#224; ceux &#8211; journalistes et responsables politiques &#8211; qui en d&#233;tenaient le monopole. La demande du public &#233;tait proclam&#233;e sacr&#233;e tant qu'elle servait &#224; l&#233;gitimer la cr&#233;ation de nouvelles cha&#238;nes priv&#233;es qui toutes c&#233;l&#233;breraient l'entreprise et le royaume de la marchandise. Mais cette m&#234;me demande est r&#233;put&#233;e accoucher d'un monstre sit&#244;t qu'elle se porte vers des m&#233;dias qui contestent, &#224; tort ou &#224; raison, un &#171; politiquement correct &#187; que chacun voit prolif&#233;rer ailleurs que chez lui. Disqualifi&#233;s pour avoir relay&#233; trop ouvertement la pens&#233;e de march&#233;, les grands m&#233;dias mod&#233;r&#233;s esp&#232;rent &#234;tre r&#233;habilit&#233;s en prenant les habits de v&#233;rificateurs de la v&#233;rit&#233;. Pourtant, en mati&#232;re de propagande et de fausses nouvelles, difficile de faire plus percutant que la guerre d'Irak et le bobard des &#171; armes de destruction massive &#187; qui la justifia, ou le &#171; Russiagate &#187; qui, &#224; coups d'assertions mensong&#232;res sur une collusion entre le pr&#233;sident russe et son homologue am&#233;ricain, consuma la pr&#233;sidence de Donald Trump. Or, dans un cas comme dans l'autre, les principaux pourvoyeurs d'informations parano&#239;aques ne furent pas des d&#233;sax&#233;s op&#233;rant depuis l'Ukraine dans les profondeurs du web, mais le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Washington Post&lt;/i&gt;. C'est-&#224;-dire deux quotidiens trustant les prix Pulitzer et diffus&#233;s dans le monde entier aupr&#232;s d'une bourgeoisie p&#233;trie de culture et de civilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux journaux dont les m&#233;dias fran&#231;ais &#171; de qualit&#233; &#187; ne cessent de suivre les pas, m&#234;me si ceux-ci ont men&#233; &#224; des op&#233;rations de manipulation &#224; c&#244;t&#233; desquelles celles des complotistes pr&#233;sum&#233;s s'apparentent &#224; de l'artisanat. Les barons de l'information cit&#233;s dans ce livre ont qualifi&#233; de &#171; d&#233;lation &#187; le simple rappel de leurs propos publics, et de th&#233;orie du complot la mise en cause de leur r&#244;le au service de l'ordre social. Le journaliste, objectait par exemple Philippe Tesson, joue un r&#244;le &#171; second &#187; dans la stabilit&#233; du capitalisme, celui d'un &#171; simple agent de transmission &#187;. Remettre en cause ce syst&#232;me social revenait donc selon lui &#224; se d&#233;fier de la d&#233;mocratie puisque les d&#233;tenteurs du pouvoir politique &#233;taient &#233;lus et que les pouvoirs, &#233;conomiques comme m&#233;diatiques, d&#233;pendaient de la demande des clients. soudain, cette admirable transparence qui ignore les effets de domination, de monopole ou de propagande a cess&#233; d'&#234;tre mise en avant. Le ton est devenu plus &#226;pre, les mesures de censure et de coercition plus nombreuses, la libert&#233; d'expression moins d&#233;fendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que s'est-il pass&#233; ? Assur&#233;ment, les attaques terroristes ont jou&#233;. Le massacre &#224; l'arme automatique d'une r&#233;daction comptant les caricaturistes les plus appr&#233;ci&#233;s du pays, puis celui d'une centaine de participants &#224; un concert du vendredi soir &#224; Paris, sans oublier plus de 80 promeneurs &#233;cras&#233;s &#224; Nice un soir de 14 juillet, ne pouvaient que remettre en cause les c&#233;l&#233;brations d'une &#171; fin de l'histoire &#187; d&#233;j&#224; assombries par la r&#233;currence des crises financi&#232;res et des &#171; th&#233;rapies de choc &#187; qui immanquablement les suivaient. C'est toutefois avec le vote du Brexit, suivi quatre mois plus tard par l'&#233;lection de Donald Trump, que le consensus dominant se fissure pour de bon. Et que le durcissement devient nouveau mode de gouvernement. Pas seulement chez les &#171; hommes forts &#187; : du c&#244;t&#233; des lib&#233;raux aussi. Puisque nul parmi eux n'avait pr&#233;vu de tels camouflets &#233;lectoraux, c'est que le syst&#232;me avait &#233;t&#233; d&#233;voy&#233;, que la Russie s'en &#233;tait m&#234;l&#233;e et surtout que les &#233;lecteurs avaient trahi la confiance de la classe dirigeante en cessant d'accepter ses pr&#233;f&#233;rences. Le d&#233;raillement du r&#233;f&#233;rendum europ&#233;en avait servi de signal d'alerte en 2005, mais le train avait ensuite repris sa route. Cette fois l'accident &#233;tait plus inqui&#233;tant : il intervenait dans la capitale du monde et d&#233;fiait &#8211; la corr&#233;lation du vote en faveur du parti d&#233;mocrate avec le niveau de dipl&#244;me de l'&#233;lecteur le montrait assez &#8211; tout ce qu'elle comptait de gens civilis&#233;s, universitaires et journalistes m&#234;l&#233;s. R&#233;sultat, ceux-l&#224; m&#234;mes qui, quelques ann&#233;es plus t&#244;t, raillaient les pourfendeurs des m&#233;dias en les renvoyant &#224; leur pr&#233;tendue parano&#239;a, n'h&#233;sitent pas, apr&#232;s l'&#233;lection de Trump, &#224; pr&#233;tendre que le nouveau pr&#233;sident est tenu par le Kremlin depuis qu'il aurait &#233;t&#233; film&#233;, quelques ann&#233;es plus t&#244;t, en compagnie de prostitu&#233;es en train d'uriner dans une chambre d'h&#244;tel de Moscou. Les m&#234;mes refusaient aussi d'admettre qu'ils profitaient d'un conditionnement m&#233;diatique en objectant que l'&#233;mission d'un message ne disait rien de sa r&#233;ception, filtr&#233;e par l'intelligence des citoyens. Mais sit&#244;t que ceux-ci s'avisent de &#171; mal &#187; voter, leur intelligence pr&#233;sum&#233;e s'est &#233;vapor&#233;e. Et ils deviennent un troupeau de jobards manipul&#233;s par des clips russes de tr&#232;s m&#233;diocre qualit&#233;. La mise en avant de &#171; th&#233;ories du complot &#187; et l'id&#233;e d'un rapport &#233;troit entre &#233;tat de l'opinion et propagande d&#233;barquent alors dans le camp de ceux qui en r&#233;servaient l'exclusivit&#233; aux procureurs du journalisme de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le pouvoir et ses relais multiplient donc les instruments de &#171; d&#233;cryptage &#187;, les instances de v&#233;rification, les filtres de contr&#244;le. M. Macron a m&#234;me fait voter une loi contre les &#171; fake news &#187;, autrement dit contre la d&#233;sinformation non homologu&#233;e par les services de l'&#201;lys&#233;e et par les organes de presse qui leur servent de relais. son texte ne sanctionne donc ni l'homog&#233;n&#233;it&#233; id&#233;ologique et sociale des &#233;ditorialistes, ni l'intoxication publicitaire, ni les renvois d'ascenseur entre journalistes, ni la d&#233;tention des m&#233;dias par des milliardaires amis du pr&#233;sident de la R&#233;publique. Doit-on en d&#233;duire que le mouvement de critique des m&#233;dias n'a atteint aucun de ses objectifs ? Dans la mesure o&#249; la question du conditionnement m&#233;diatique, qui n'&#233;tait presque plus pos&#233;e &#224; la fin des ann&#233;es 1980, est devenue une obsession quotidienne, cette conclusion n'aurait gu&#232;re de sens. L'id&#233;e que l'information frelat&#233;e ne devrait pas &#234;tre une fatalit&#233; s'est install&#233;e. Mieux, en France ce r&#233;sultat a &#233;t&#233; atteint sans que les principaux critiques passent par les grands m&#233;dias, se soumettent &#224; leur filtre, se m&#233;tamorphosent eux-m&#234;mes en produit m&#233;diatique. ils ont ainsi d&#233;montr&#233; qu'on pouvait encore d&#233;fendre efficacement des id&#233;es en refusant la quincaillerie de provocations et de faux d&#233;bats qui transforme toutes les convictions en marchandises. La critique des m&#233;dias s'est install&#233;e dans le d&#233;bat public et elle a &#233;t&#233; constitu&#233;e en question politique, c'est-&#224;-dire justiciable d'une d&#233;lib&#233;ration collective. Par ailleurs, elle ne s'est pas content&#233;e, comme la chose &#233;tait courante il y a vingt-cinq ans, de cibler TF1 et la t&#233;l&#233;vision poubelle, histoire de sugg&#233;rer que des m&#233;dias plus nobles, c'est-&#224;-dire plus intellectuels, c'est-&#224;-dire fr&#233;quent&#233;s par la bourgeoisie cultiv&#233;e, &#233;taient aur&#233;ol&#233;s d'une autre l&#233;gitimit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Pierre Bourdieu, &#171; Le racisme de l'intelligence &#187;, in : Interventions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle a jug&#233; que la digue avait c&#233;d&#233; entre une presse &#171; vulgaire &#187; et sa concurrente &#171; de r&#233;f&#233;rence &#187;, entre une information populaire et une autre d'&#233;lite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire Patrick Champagne, &#171; La fin d'un magist&#232;re &#187;, in : La double (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et elle a r&#233;serv&#233; ses coups &#224; la seconde. Inutile n&#233;anmoins de dissimuler l'&#233;vidence : la popularit&#233; croissante de la critique des m&#233;dias, sa g&#233;n&#233;ralisation m&#234;me, ont accru le risque que celle-ci devienne banalis&#233;e, r&#233;cup&#233;r&#233;e, et surtout soit d&#233;voy&#233;e. La question essentielle de la d&#233;mocratisation de l'information, c'est-&#224;-dire la fin du monopole bourgeois sur celle-ci, n'est en effet presque jamais soulev&#233;e. Cette exigence, qui l'exprime aujourd'hui ? La dissimulation de la violence des rapports sociaux op&#233;rait autrefois gr&#226;ce &#224; un vocabulaire amidonn&#233; de triomphalisme et de &#171; bienveillance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se manifeste toujours d&#232;s lors que le combat contre cette domination sociale est presque syst&#233;matiquement pr&#233;sent&#233; comme moins prioritaire que d'autres. En particulier dans les m&#233;dias. La mise en cause des &#171; v&#233;rit&#233;s officielles &#187; est, quant &#224; elle, devenue un th&#232;me qu'agitent des groupuscules parano&#239;aques souvent proches de l'extr&#234;me droite afin de mieux r&#233;cuser toutes sortes de faits scientifiques ou historiques. Toutefois ce danger serait moindre si les gouvernants et les m&#233;dias dominants n'y avaient pas pr&#234;t&#233; le flanc en multipliant erreurs et manipulations. Est-il devenu &#224; ce point redoutable qu'il nous faudrait dor&#233;navant mod&#233;rer ou museler notre critique par crainte de &#171; faire le jeu de l'adversaire &#187; ? En v&#233;rit&#233;, rien ne lui serait plus profitable. D'une part, ce terrain porteur nous appartient. Par ailleurs, toute action politique et sociale comporte un risque de confusion ou d'amalgame. Nul ne peut agir collectivement ni agir tr&#232;s longtemps en ayant pour principal souci voire pour obsession unique d'&#233;viter les mauvaises fr&#233;quentations. Contester, manifester, voter, c'est accepter de c&#244;toyer des gens dont les id&#233;es diff&#232;rent des siennes en esp&#233;rant un jour les convaincre de rejoindre d'autres combats que celui qui vous r&#233;unit ce jour-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XIXe si&#232;cle, les critiques socialistes de la presse lui reprochaient non pas de se situer trop &#224; droite ou pas assez &#224; gauche, mais d'&#234;tre accapar&#233;e par la bourgeoisie. Les syndicalistes r&#233;volutionnaires fran&#231;ais avaient coutume de dire : &#171; n'ach&#232;te pas un journal : tu ram&#232;nerais un patron &#224; la maison. &#187; En d&#233;cembre 2018, au plus fort du mouvement des Gilets jaunes, deux intellectuels proches du pouvoir macronien ont confirm&#233; cette v&#233;rit&#233; sociale pour rameuter un parti de l'ordre qu'ils jugeaient insuffisamment mobilis&#233; contre des protestataires issus des milieux populaires : &#171; Les journalistes, avertissaient &#201;lie Cohen et G&#233;rard Grunberg, doivent se rappeler qu'ils ne sont pas de simples observateurs mais qu'ils font partie des &#233;lites dont le r&#244;le est aussi de pr&#233;server le pays du chaos&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;lie Cohen et G&#233;rard Grunberg, &#171; Les Gilets jaunes : une double r&#233;gression (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; En somme, ce sont plus que jamais d'autres structures, un autre syst&#232;me qu'il nous faut imaginer, r&#233;clamer et obtenir. sans &#171; &#233;lites &#187; et sans privil&#232;ges. Pour la presse comme pour le reste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Pierre Rimbert, &#171; Projet pour une presse libre &#187;, Le Monde Diplomatique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sans cette exigence, il n'y a pas de critique radicale des m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;&lt;strong&gt;Serge Halimi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lewis Lapham, &lt;i&gt;L'Am&#233;rique ba&#238;llonn&#233;e&lt;/i&gt;, Paris, Saint-Simon, 2004, p.100-101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Minc, &#034;Radioscopie&#034;, France Inter, 18 janvier 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui n'emp&#234;che pas Bernard-Henri L&#233;vy de lui servir de caution. Le 23 septembre 2021, il &#233;crit dans son bloc-notes du &lt;i&gt;Point&lt;/i&gt; : &#171; Vincent Bollor&#233; ne ressemble pas &#224; la caricature que l'on en fait. Un conservateur chr&#233;tien, certes oui, avec ce que l'alliage de ceux de termes induit de r&#233;probation chez les sp&#233;cialistes du proc&#232;s d'intention. Mais un extr&#233;miste, non. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Minc, &lt;i&gt;La Mondialisation heureuse&lt;/i&gt;, Paris, Plon, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Pierre Bourdieu, &#171; Le racisme de l'intelligence &#187;, &lt;i&gt;in : Interventions 1961-2001&lt;/i&gt;, Marseille, Agone, 2022 [2002].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire Patrick Champagne, &#171; La fin d'un magist&#232;re &#187;,&lt;i&gt; in : La double d&#233;pendance&lt;/i&gt;, Paris, Raisons d'Agir, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;lie Cohen et G&#233;rard Grunberg, &#171; Les Gilets jaunes : une double r&#233;gression &#187;, Telos, 7 d&#233;cembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Pierre Rimbert, &#171; Projet pour une presse libre &#187;, &lt;i&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/i&gt;, d&#233;cembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'art et la mani&#232;re d'ignorer la question des m&#233;dias</title>
		<link>https://www.acrimed.org/L-art-et-la-maniere-d-ignorer-la-question-des-medias</link>
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		<dc:date>2015-04-22T04:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Halimi</dc:creator>


		<dc:subject>Quels rapports aux m&#233;dias ?</dc:subject>
		<dc:subject>Lire - &#233;couter - voir</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Datant de 2007, une intervention de Serge Halimi qui n'a rien perdu de son actualit&#233;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Des-livres-presentations-et-extraits-" rel="directory"&gt;Des livres : pr&#233;sentations et extraits&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Quels-rapports-aux-medias-+" rel="tag"&gt;Quels rapports aux m&#233;dias ?&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Lire-ecouter-voir-+" rel="tag"&gt;Lire - &#233;couter - voir&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous reproduisons ci-dessous, avec son accord, un article de Serge Halimi (paru en 2007 et d&#233;j&#224; publi&#233; avec l'aimable autorisation des &lt;a href=&#034;http://atheles.org/editionsducroquant/champsocial/pouruneanalysecritiquedesmedias/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;ditions du Croquant&lt;/a&gt; sur le &lt;a href=&#034;http://www.homme-moderne.org/societe/media/halimi/pouracrimed/extraits1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site de l'Homme moderne&lt;/a&gt;). Cet article est extrait de &lt;i&gt;Pour une analyse critique des m&#233;dias &#8212; Le d&#233;bat public en danger&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publi&#233; sous la direction de Jacques Bouveresse et &#201;veline Pinto, Collection (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'a rien perdu de son actualit&#233;. (Acrimed)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1985, &#224; l'apog&#233;e de l'&#232;re Reagan, John Galbraith publia un texte titr&#233; &#171; Comment avoir la conscience tranquille face &#224; la pr&#233;sence des pauvres ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;John Galbraith, &#171; How to get the poor off our conscience &#187;, Harper's, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans cet article, l'&#233;conomiste recensait les techniques permettant, face &#224; la question des in&#233;galit&#233;s sociales, de ne rien entreprendre, mais sans se sentir coupable : invocation de l'&#171; effet pervers &#187; des solutions de redistribution propos&#233;es, obligation de recourir &#224; un &#201;tat qui d&#233;motive ceux qu'il aide, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons d'entreprendre un exercice du m&#234;me genre, mais sur le sujet qui nous r&#233;unit. La question serait alors : comment faire, quand on est un intellectuel, un chercheur, un universitaire, pour ne pas engager le combat pour les m&#233;dias tout en sachant, la plupart du temps, qu'il est d&#233;cisif, y compris dans l'univers des intellectuels ? Quand on est un intellectuel, un chercheur raisonnablement instruit de ce dont il s'agit, comment feindre de ne pas voir ce qu'on a vu et ce qu'on voit, avec d'autant plus d'application qu'on y a souvent int&#233;r&#234;t ? Certains d'entre nous se reconna&#238;tront peut-&#234;tre dans l'&#233;nonc&#233; des justifications qui vont suivre et peut-&#234;tre m&#234;me, moi compris, avons-nous d&#233;j&#224; eu recours &#224; plusieurs d'entre elles &#224; la fois. Mais on reproche souvent, &#224; juste titre, aux journalistes leur mauvaise gr&#226;ce &#224; se soumettre &#224; tout exercice d'&#171; objectivation &#187;, d'&#171; auto-analyse &#187; ou, pour le dire plus simplement, de retour critique sur leurs comportements. La m&#234;me r&#233;pugnance &#224; l'autocritique ne saurait-elle caract&#233;riser les universitaires, aussi &#233;clair&#233;s que prompts &#224; dispenser aux autres leur v&#233;rit&#233; sur le monde social ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette intervention fut suivie d'interpellations particuli&#232;rement v&#233;h&#233;mentes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES JUSTIFICATIONS LES PLUS FR&#201;QUEMMENT ENTENDUES PAR LES JOURNALISTES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#171; On ne conna&#238;t pas bien ces sujets-l&#224;. &#187;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2002, lors de l'universit&#233; d'&#233;t&#233; d'Attac, nous avons &#233;t&#233; quelques-uns &#224; analyser les rapports entre des contestataires et des m&#233;dias dominants que ces contestataires auraient eu beaucoup de raisons de contester. &#192; la fois parce que ces m&#233;dias appartiennent &#224; des grands groupes capitalistes et parce qu'ils diffusent une pens&#233;e, une orthodoxie, largement conformes aux int&#233;r&#234;ts de ces groupes, pour des raisons bien connues : pouvoir de l'actionnaire, commercialisation de l'information, r&#244;le et place de la publicit&#233;, formation et origine sociale des journalistes, etc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je renvoie ici aux interventions successives, lors de cette universit&#233; d'&#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons insist&#233; sur le constat suivant : lorsqu'un intervenant critique de l'ordre social va dans les m&#233;dias, il ne critique jamais l'ordre des m&#233;dias. Lors d'un des ateliers qui suivirent, Jos&#233; Bov&#233; intervint pour pr&#233;ciser qu'une des raisons de son mutisme sur le sujet &#233;tait qu'il ne ma&#238;trisait pas bien la question des m&#233;dias. Depuis, plusieurs ann&#233;es ont pass&#233; et on n'a pas observ&#233; de sa part ou de celle d'autres militants de gauche, d'extr&#234;me gauche, etc. un d&#233;sir &#233;perdu d'apprendre. Afin, le cas &#233;ch&#233;ant, de pouvoir faire avancer dans les m&#233;dias le travail d'&#233;ducation populaire auquel tous se disent tr&#232;s attach&#233;s, mais quand il s'agit d'autres th&#232;mes que les m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#171; Tout ce que vous dites, on le sait d&#233;j&#224;. &#187;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout &#231;a, on le sait d&#233;j&#224; &#187; est la plaidoirie habituelle de qui, ne souhaitant pas diffuser un savoir, pr&#233;texte qu'il est r&#233;pandu. Ceux qui, &#224; Sciences Po ou ailleurs, psalmodient leurs ritournelles l&#233;gitimistes ne se soucient pas en revanche de renouvellement intellectuel. Car, apr&#232;s tout, qu'il n'existe qu'&#171; une seule politique possible &#187;, que la France qui &#171; tombe &#187; ait besoin de &#171; r&#233;formes &#187;, que le peuple soit trop &#171; populiste &#187;, les patrons &#171; &#233;cras&#233;s par les charges &#187;, et le monde devenu &#171; de plus en plus complexe &#187;, on le sait d&#233;j&#224;. Cela n'emp&#234;che pas les chroniqueurs &#233;conomiques et les intellectuels de pouvoir de nous le r&#233;p&#233;ter matin, midi et soir. Pour, justement, qu'on ne l'oublie pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ailleurs, quand les premiers livres de la collection Raisons d'agir sont sortis en 1996-1997-1998, leurs auteurs ont eu plus d'une fois le sentiment que tout un savoir contestataire, dont on disait qu'il ne faisait que rab&#226;cher ce que chacun savait d&#233;j&#224;, int&#233;ressait encore bien du monde. L'un des bons moyens de ne pas engager les combats qui co&#251;tent est de feindre qu'ils ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; remport&#233;s. Et que l'exquise dignit&#233; qu'on s'attribue ne saurait se m&#234;ler &#224; une t&#226;che aussi vulgaire que l'instruction ordinaire &#224; destination de ceux qui ignorent ce que soi-m&#234;me et quelques autres, on a d&#233;j&#224; compris. La r&#232;gle qui devrait pr&#233;valoir serait plut&#244;t celle du : &#171; Ils continuent ? Alors nous aussi on continue. &#187; La critique sociale n'est pas un exercice de style destin&#233; &#224; &#234;tre &#233;l&#233;gant, original, salu&#233; par ses coll&#232;gues. Elle est la marque de la volont&#233; de transformer le monde social, ou au moins d'avoir des effets sur lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#171; Les m&#233;dias, c'est plus complexe que votre th&#233;orie du complot &#187;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le refrain des conservateurs, mais aussi celui d'essayistes, d'universitaires et de responsables associatifs, &#224; la fois capables d'appr&#233;cier l'impact politique croissant de la critique radicale des m&#233;dias, de mesurer les contraintes qu'elle risque d'imposer &#224; leur propre comportement d'auteur m&#233;diatis&#233;, et qui vont faire de la &#171; complexit&#233; &#187; de la presse un parapet les pr&#233;munissant de toute observation sardonique relative aux pr&#233;venances dont ils b&#233;n&#233;ficient dans les m&#233;dias. Ici, ils agiront un peu comme ces responsables politiques soucieux d'enterrer un probl&#232;me en affectant &#224; sa solution une commission d'experts, laquelle substituera de la confusion pr&#233;tendument &#233;rudite &#224; une &#171; simplicit&#233; &#187; trop propre &#224; enflammer les c&#339;urs et les esprits. Sous des formes assez peu diff&#233;rentes, Dominique Wolton, Cyril Lemieux, G&#233;raldine Muhlmann, et &lt;i&gt;alii&lt;/i&gt;, interpr&#232;tent cette partition. Un de ses choristes universitaires les plus &#233;prouv&#233;s, Philippe Corcuff, aime l'antienne de la complexit&#233; &#171; m&#233;lancolique &#187; l'opposant &#224; &#171; certaines tendances r&#233;gressives, en particulier une rh&#233;torique gauchiste enfermant la gauche dans une d&#233;nonciation simpliste du n&#233;olib&#233;ralisme et des m&#233;dias appr&#233;hend&#233;s comme des &#8216;&#8216;complots'' mal&#233;fiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lib&#233;ration, 19 octobre 2005. Dans une nouvelle tribune de Lib&#233;ration, le 20 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Quand il pr&#233;cise qui sont ces individus qui appr&#233;henderaient les m&#233;dias comme des &#171; complots mal&#233;fiques &#187;, Corcuff identifie plusieurs auteurs qui ont consacr&#233; une partie appr&#233;ciable de leur existence &#224; argumenter le contraire de ce qu'il leur impute. Quand on veut noyer son chien &#8212; ou la critique des m&#233;dias non consensuelle, non convenue, non labellis&#233;e par les journalistes dominants &#8212; on l'accuse d'avoir la rage...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En v&#233;rit&#233;, la connaissance de la r&#233;alit&#233; sociale ou politique, c'est aussi, parfois, la d&#233;couverte que les choses sont plus simples qu'on l'imaginait, que les pi&#232;ces s'embo&#238;tent, et pas n&#233;cessairement le d&#233;sir d'oublier les causalit&#233;s, les d&#233;terminismes, de tout nuancer afin de ne rien faire tant les choses seraient complexes, molles, enchev&#234;tr&#233;es. Plus prosa&#239;quement, s'il est un domaine dans lequel on peut aboutir &#224; une conclusion simple sans recourir &#224; la nuance et &#224; l'&#233;l&#233;gance, c'est celui-ci : l'exposition journalistique des individus est en g&#233;n&#233;ral proportionnelle &#224; leur disposition &#224; fustiger le simplisme de la critique radicale du journalisme. Qu'on ne cherche nulle &#171; th&#233;orie du complot &#187; dans cette observation tout &#224; fait ordinaire : un syst&#232;me qui fait appel &#224; vos menus services et qui vous promeut ne saurait &#234;tre enti&#232;rement mauvais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#171; &#199;a a toujours exist&#233;. &#187;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un historien &#171; m&#233;diatique &#187; comme Jean-No&#235;l Jeanneney, par ailleurs membre du conseil d'administration de la Soci&#233;t&#233; des lecteurs du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, s'est un peu fait une sp&#233;cialit&#233; de l'exercice consistant &#224; minorer les turpitudes du pr&#233;sent en invoquant les affres du pass&#233;. En mati&#232;re de presse, la situation actuelle est assur&#233;ment meilleure que celle de l'Ancien r&#233;gime ou, plus pr&#232;s de nous, de l'Occupation, sans doute pr&#233;f&#233;rable aussi &#224; la v&#233;nalit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e par le scandale de Panama, mais elle est aussi moins enviable que le bouillonnement pluraliste connu au moment de la Lib&#233;ration. Au reste, bien que l'esclavage ait jadis caract&#233;ris&#233; nos soci&#233;t&#233;s, le fait qu'il ait largement disparu ne nous conduit pas, j'imagine, &#224; estimer que les probl&#232;mes sociaux d'aujourd'hui seraient relatifs, voire anodins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re de m&#233;dias, le &#171; &#199;a a toujours exist&#233; &#187; s'accompagne souvent d'un &#171; C'&#233;tait encore pire du temps de l'ORTF &#187;. Il y a quelques ann&#233;es Patrick Poivre d'Arvor expliquait par exemple : &#171; Contrairement &#224; ce que croient les Fran&#231;ais, la libert&#233; est plus grande qu'on ne l'imagine, en tout cas elle est infiniment plus grande qu'il y a ne serait-ce que 25 ans [...] &#224; l'ORTF de l'&#233;poque. Aujourd'hui, on est enfin libres, les uns et les autres. &#187; Exigence d'inventaire... Quand Jean-Pierre Elkabbach, nomm&#233; PDG d'Europe 1 par Arnaud Lagard&#232;re en personne, interroge Arnaud Lagard&#232;re sur Europe 1, dans un studio nomm&#233; &#171; Lagard&#232;re &#187;, n'en viendrait-on pas &#224; regretter la sonnette avec laquelle Alain Peyrefitte convoquait les r&#233;dacteurs en chef du journal t&#233;l&#233;vis&#233; de l'ORTF ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#171; Moi, je connais quelqu'un qui se bat dans sa r&#233;daction. &#187;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le pr&#233;texte au mutisme qu'avancent presque tous ceux qui connaissent ces sujets (diff&#233;rent de la justification n&#176;1), qui savent que des logiques structurelles sont &#224; l'&#339;uvre (diff&#233;rent de la justification n&#176;3), qui n'ignorent pas que le p&#244;le commercial du journalisme est plus pesant encore qu'il y a trente ans (diff&#233;rent de la justification n&#176;4) et qui, pourtant, veulent croire &#8212; ou faire croire &#8212; qu'eux parviendront &#224; se pr&#233;server de la loi de la gravitation journalistique. Ou bien, on le verra plus bas, ils surestiment leurs capacit&#233;s man&#339;uvri&#232;res en imaginant qu'ils sortiront &#224; leur avantage de la rencontre m&#233;diatique. Ou bien ils susurrent qu'ils connaissent &#171; quelqu'un qui se bat dans sa r&#233;daction &#187; gr&#226;ce &#224; qui ils transformeront le plomb de la d&#233;sinformation en or de l'analyse sociale. Chaque m&#233;dia est en g&#233;n&#233;ral assez habile pour d&#233;p&#234;cher &#224; l'intellectuel critique des m&#233;dias, &#224; l'universitaire ou au contestataire du syst&#232;me un journaliste qui se pr&#233;sentera comme en sympathie ou en &#233;coute et qui, le cas &#233;ch&#233;ant, confiera quelques &#233;chos de boutique. &#192; charge de revanche. Ces &#233;claireurs (soucieux d'&#234;tre &#233;clair&#233;s) tutoient leurs interlocuteurs, disposent de leurs num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone portable. Ils font presque partie de la famille, surtout quand la famille se d&#233;chire et confie au journaliste &#171; ami &#187; la fonction de juge de paix &#8212; ou esp&#232;re alors utiliser ses articles ou indiscr&#233;tions pour affaiblir ses concurrents sans mettre directement la main &#224; la p&#226;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelqu'un qui se bat &#224; &lt;i&gt;Paris Match &lt;/i&gt;ou au &lt;i&gt;Monde des Livres &lt;/i&gt;n'emp&#234;chera jamais que &lt;i&gt;Paris Match &lt;/i&gt;fasse du &lt;i&gt;people&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;Le Monde des Livres &lt;/i&gt;de constituer, comme dit Jacques Bouveresse, un exemple d&#233;plorable de copinage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. son entretien avec Lib&#233;ration, 4-5 ao&#251;t 2001.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un article hors norme ne contredit pas l'existence d'une norme &#224; laquelle se plieront la masse des autres articles, y compris certains de ceux que r&#233;dige la personne &#171; qui se bat dans la r&#233;daction &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#171; Je ne peux pas risquer de griller mon terrain de recherche en d&#233;voilant ce que j'ai appris. &#187;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chercheurs cherchent. Et souvent ils trouvent, ou ils apprennent. Mais, comme ils ne le font pas toujours savoir, bien des disques durs gonflent sans que la transmission de la connaissance avance. Tout &#231;a, on le sait d&#233;j&#224; &#8230; puisque Nizan l'observait en 1932 dans &lt;i&gt;Les Chiens de garde &lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Que font les penseurs de m&#233;tier au milieu de ces &#233;branlements ? Ils gardent encore leur silence. Ils n'avertissent pas. Ils ne d&#233;noncent pas. Ils ne sont pas transform&#233;s. Ils ne sont pas retourn&#233;s. L'&#233;cart entre leur pens&#233;e et l'univers en proie aux catastrophes grandit chaque semaine, chaque jour, et ils ne sont pas alert&#233;s. Et ils n'alertent pas. L'&#233;cart entre leurs promesses et la situation des hommes est plus scandaleux qu'il ne fut jamais. Et ils ne bougent point. Ils restent du m&#234;me c&#244;t&#233; de la barricade. Ils tiennent les m&#234;mes assembl&#233;es, publient les m&#234;mes livres. Tous ceux qui avaient la simplicit&#233; d'attendre leurs paroles commencent &#224; se r&#233;volter, ou &#224; rire. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, la question &#224; r&#233;soudre n'est pas facile. Nombre d'interlocuteurs, de &#171; sources &#187;, ne s'expriment qu'&#224; condition que leurs propos demeurent tus, un peu comme le chr&#233;tien livre sa confession en confiance. Ceci dit, quelle serait l'utilit&#233; sociale d'un universitaire ou d'un chercheur, r&#233;tribu&#233; par la collectivit&#233;, qui ne diffuserait son savoir ni &#224; ses &#233;tudiants ni &#224; l'ext&#233;rieur ? Sa pr&#233;tention &#224; l'&#233;thique ou &#224; la biens&#233;ance peut appara&#238;tre utilitaire, carri&#233;riste, cynique. &#171; &lt;i&gt; En passant la ligne sacr&#233;e de la biens&#233;ance, on donne des armes &#224; ceux qui n'ont pour eux que le respect de la biens&#233;ance, qui fait la dignit&#233; du corps des professionnels&lt;/i&gt;, observait Pierre Bourdieu.&lt;i&gt; Je me suis dit qu'il n'est pas possible, quand on est un peu responsable, de garder le silence, de ne pas essayer de dire un peu de ce qu'on croit avoir appris, &lt;/i&gt;aux frais de tous&lt;i&gt;, sur ce monde&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bourdieu, in Yvette Delsaut et Marie-Christine Rivi&#232;re, Bibliographie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt; &#187; &#171; Aux frais de tous &#187; &#233;tait soulign&#233; dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#171; La science ne doit jamais para&#238;tre &#8216;&#8216;militante&#8221; &#187;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;tachement universitaire, destin&#233; &#224; pr&#233;server la science, y compris sociale, des impuret&#233;s de l'engagement est une question qui a d&#233;j&#224; vid&#233; des millions d'encriers. Transform&#233;s en cat&#233;chisme par nombre d'universitaires, la vulgate des textes de Max Weber opposant scientifique et politique constitue une croyance pesante, en particulier chez les universitaires assez rou&#233;s pour ne d&#233;busquer la &#171; croyance &#187; que chez les autres, plus militants ou plus courageux qu'eux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire sur le sujet le texte cinglant de Lucien S&#232;ve, &#171; Intellectuels (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Toutefois, l'engagement politique des &#171; savants &#187;, qui pourrait aller de soi eu &#233;gard &#224; la gen&#232;se m&#234;me du groupe des &#171; intellectuels &#187;, demeure exceptionnel et r&#233;serv&#233; &#224; des profils particuliers dans des conjonctures de fortes mobilisations. Pour la majorit&#233; des universitaires, l'investissement politique, sur la question des m&#233;dias (ou sur une autre) est jug&#233; &#224; la fois contre-productif et malvenu. Ils aspirent, nous le savons bien, &#224; mijoter tranquillement leur petite &#8212; ou leur grande &#8212; science dans leur petit coin, sans qu'il leur soit m&#234;me n&#233;cessaire de se pr&#233;valoir de quelque &#171; neutralit&#233; axiologique &#187; que ce soit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'emprunte une partie de ces r&#233;flexions &#224; Edward Said, Des intellectuels et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, de l'aveu d'Alain Minc lui-m&#234;me, des normaliens qu'on imagine de gauche n'ont pas h&#233;sit&#233;, pour compl&#233;ter leurs revenus, &#224; s'&#171; engager &#187; en devenant les suppl&#233;tifs r&#233;dactionnels des essais (semestriels) commis par le pr&#234;tre de la &#171; mondialisation heureuse &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Bourdieu a admis avoir &#233;t&#233; longtemps victime de &#171; ce moralisme de la neutralit&#233;, de la non-implication du scientifique &#187; qui lui a interdit de tirer certaines cons&#233;quences politiques de son travail d'enqu&#234;te. C'est press&#233; par un sentiment d'urgence politique et sociale qu'il s'est senti tenu de descendre plus carr&#233;ment dans l'ar&#232;ne. Mais de m&#234;me qu'il n'est pas envisageable de parler des m&#233;dias sans faire de politique, il n'est plus possible de &lt;i&gt;ne pas &lt;/i&gt;en parler en pr&#233;tendant demeurer neutre. Surtout quand on a d&#233;cid&#233; d'avoir recours aux avantages que la m&#233;diatisation procure. Car, dans une telle hypoth&#232;se, non seulement on ne fait rien contre un syst&#232;me de domination, mais on y collabore en affaiblissant le poids relatif de ceux qui s'y opposent, en se portant caution du syst&#232;me et du pluralisme qui le l&#233;gitime et dont il se pr&#233;vaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les non militants militent &#224; leur mani&#232;re. Leur d&#233;sint&#233;ressement scientifique est d'autant plus douteux qu'on peut parfois les soup&#231;onner de vouloir avant tout &#233;viter le parasitage de leurs micro-trouvailles par un &#171; savoir engag&#233; &#187; qui saurait se satisfaire des r&#233;sultats d'une recherche plus ancienne &#8212; et plus performante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#171; Ce n'est pas scientifique de donner des noms : &#231;a tape &#224; c&#244;t&#233;. &#187;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique radicale des m&#233;dias (Noam Chomsky, Pierre Bourdieu, Acrimed, &lt;i&gt;Le Plan B&lt;/i&gt;) ne s'interdit pas de d&#233;signer ceux qu'elle d&#233;signe. Or, quand il s'agit du monde intellectuel ou souvent de celui des m&#233;dias il faudrait dire sans dire. En tout cas, dire sans nommer. Nul ne reprocherait pourtant &#224; un &#233;conomiste ou &#224; un journaliste &#233;conomique de d&#233;signer Edouard Michelin, Bill Gates, les fr&#232;res Walton, Liliane Bettencourt. Quand il s'agit des m&#233;dias, on devrait en revanche essayer de comprendre et de faire comprendre, par exemple les logiques de connivence et d'inter-connaissances sans jamais identifier les agents de ces logiques. Car l&#224;, il para&#238;t que &#231;a ne se fait pas, que ce ne serait pas digne de la science&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en revient ici &#224; l'&#233;trange biens&#233;ance &#233;voqu&#233;e tout &#224; l'heure. Et qu'ajouter de plus &#224; la d&#233;claration d'intention de Pierre Bourdieu, proclam&#233;e dans les lignes m&#234;mes de la revue scientifique qu'il dirigeait : &#171; &lt;i&gt; Dans un univers o&#249; les positions sociales s'identifient souvent &#224; des &#8216;&#8216;noms&#8221;, la critique scientifique doit parfois prendre la forme d'une critique &lt;/i&gt;ad hominem&lt;i&gt;. Comme l'enseignait Marx, la science sociale ne d&#233;signe &#171; des personnes que pour autant qu'elles sont la personnification &#187; de positions ou de dispositions g&#233;n&#233;riques &#8212; dont peut participer celui qui les d&#233;crit. Elle ne vise pas &#224; imposer une nouvelle forme de terrorisme mais &#224; rendre difficiles toutes les formes de terrorisme&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;claration d'intention du n&#176; 5-6, novembre 1975, Actes de la Recherche en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; quelques-unes des techniques qui permettent &#224; des universitaires, &#224; des chercheurs, &#224; des intellectuels, de ne pas s'occuper, ou de mal s'occuper, de la question des m&#233;dias. Mais s'il y a le comment, il y a aussi le pourquoi. Apr&#232;s les raisons qu'on invoque, parfois de bonne foi, il y a celles qu'on a. Dans l'univers des chercheurs, des universitaires, les positions dans un espace social expliquent aussi les dispositions et les prises de position au cours d'un d&#233;bat &#224; caract&#232;re politique. Cette r&#232;gle, que d'aucuns savent diss&#233;quer quand il s'agit, par exemple, d'analyser la disposition des intellectuels r&#233;volutionnaires &#224; plier la science aux int&#233;r&#234;ts pr&#233;sum&#233;s du &#171; parti de la classe ouvri&#232;re &#187;, n'est pas forc&#233;ment moins probante &#8212; ou plus d&#233;sint&#233;ress&#233;e &#8212; quand on l'applique &#224; un savant, capable de d&#233;nicher la th&#233;orie des m&#233;dias la mieux ajust&#233;e &#224; ses priorit&#233;s de recherche et &#224; sa valorisation individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;POURQUOI ON NE VEUT PAS VOIR CE QU'ON VOIT &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Par int&#233;r&#234;t&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour certains intellectuels ou universitaires, qui ont d&#233;j&#224; accept&#233; l'implication dans le monde de l'entreprise et de la publicit&#233; - Alain Etchegoyen &#224; Usinor, Jorge Semprun &#224; Vivendi, Daniel Cohen &#224; la banque Lazard, Fran&#231;ois Ewald au Medef - l'int&#233;r&#234;t est assez clair m&#234;me si on peut toujours le maquiller sous les couleurs d'une ouverture &#224; la soci&#233;t&#233; civile, assur&#233;ment un peu diff&#233;rente de celle qui conduisit Robert Linhart &#224; devenir &#233;tabli. Or s'ouvrir &#224; la &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187; et &#224; ses gratifications mat&#233;rielles via le monde de l'entreprise m&#232;ne rarement &#224; d&#233;daigner l'univers des m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas d'un chercheur, une telle exposition m&#233;diatique peut s'accompagner d'avantages professionnels, universitaires par exemple (on parle alors de &#171; valorisation de la recherche &#187;) ou de facilit&#233;s d'&#233;dition (le livre command&#233; est r&#233;put&#233; pouvoir se vendre d&#232;s lors que l'auteur ne r&#233;pugne pas &#224; s'afficher). Inversement, ceux qui endosseraient les critiques radicales des m&#233;dias, voire les prolongeraient par leurs propres travaux, encourent rappels &#224; l'ordre puis mises &#224; l'index ; les pages &#171; Livres &#187; de certains p&#233;riodiques &#8212; &lt;i&gt;Le Monde, Lib&#233;ra&lt;/i&gt;tion, &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Les Inrockuptibles&lt;/i&gt;, en particulier &#8212; en fournissent des d&#233;monstrations probantes. On comprend, dans ces conditions, que le tressage de lauriers m&#233;diatiques soit devenu un petit commerce en expansion. Y compris chez les universitaires. Ils attaqueront volontiers TF1 (qui ne les conviera jamais sur un plateau, pour des raisons li&#233;es &#224; l'audimat), mais trouveront bien des m&#233;rites &#224; France Culture nonobstant toutes les normalisations et &#233;purations que cette station a subies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il s'agit, au contraire, de &lt;i&gt;ne pas &lt;/i&gt;s'impliquer, de &lt;i&gt;ne pas &lt;/i&gt;participer &#224; la controverse sur la question des m&#233;dias (quitte &#224; &#234;tre m&#233;diatis&#233; de temps en temps), l'int&#233;r&#234;t op&#232;re de mani&#232;re plus indirecte. Si des intellectuels, des chercheurs, des universitaires, ne se soucient pas des questions les plus centrales relatives &#224; l'information, c'est parfois qu'ils estiment qu'elles ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; tranch&#233;es scientifiquement et sont par cons&#233;quent peu productives. De fait, les questions relatives au contr&#244;le capitalistique de la presse, &#224; son pouvoir d'imposition id&#233;ologique, &#224; l'influence de la publicit&#233;, ont bien donn&#233; lieu &#224; une infinit&#233; d'&#233;tudes depuis un si&#232;cle. Nombre de chercheurs vont donc leur pr&#233;f&#233;rer des probl&#233;matiques lat&#233;rales, plus &#171; stimulantes &#187;, plus susceptibles de d&#233;boucher sur des publications cot&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; entendre les t&#233;moignages de syndicalistes dans des entreprises de presse, d'un c&#244;t&#233;, et les analyses de sociologues des m&#233;dias, de l'autre, on est d'ailleurs saisi par un contraste. Les premiers, bien qu'ils appartiennent g&#233;n&#233;ralement au p&#244;le le plus intellectuel des entreprises d'information (documentaristes, reporters chevronn&#233;s&#8230;), avancent des explications simples et souvent peu nombreuses de la d&#233;gradation de l'information : le contr&#244;le capitaliste, la concurrence qui pousse &#224; faire vite, &#224; faire pas cher pour faire comme les autres et pour faire de l'audience, la mise en place de hi&#233;rarchies militaires dans les r&#233;dactions. Certains universitaires au contraire, d&#233;veloppent des analyses toujours plus emberlificot&#233;es, qui excipent de la &#171; complexit&#233; du r&#233;el &#187; pour justifier &#224; la fois la prolongation de leurs travaux et leur non engagement dans des combats &#224; leurs yeux douteux parce qu'insuffisamment subtils. La volont&#233; de se distinguer de l'analyse produite par les journalistes eux-m&#234;mes, ne pousse-t-elle pas des &#171; scientifiques &#187; press&#233;s de &#171; rompre avec le sens commun &#187; &#224; explorer des voies imp&#233;n&#233;trables au profane afin de justifier leur position de savants au-dessus de la m&#234;l&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Pierre Rimbert, &#171; Les rapports entre journalistes et intellectuels : cul (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Par l'effet d'une peur l&#233;gitime.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche, justement, n'est pas - ou n'est plus - un oc&#233;an d'&#233;toiles cartographi&#233; par un g&#233;ographe dont le seul souci serait de faire d&#233;couvrir les arcanes de la voie lact&#233;e. Elle est produite par un syst&#232;me &#233;conomique qui veut installer au sommet de la pyramide les outils intellectuels et les int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels lui permettant de se reproduire. Ailleurs, sur les contrebas de l'&#233;difice, la pr&#233;carit&#233; contrarie ou att&#233;nue les dispositions rebelles. Bourdieu r&#233;sumait : &#171; Vous voulez les faire bosser, rendez-les pr&#233;caires ! &#187; On pourrait compl&#233;ter : Vous voulez que les universitaires se montrent plus dociles face aux militaires, &#224; la police, au patronat, &#224; la Commission europ&#233;enne, aux multinationales de la presse ? Faites les d&#233;pendre, eux et leurs laboratoires, de partenariats avec la Nasa, l'Otan, le minist&#232;re de l'int&#233;rieur, les entreprises, la commission de Bruxelles. Sans oublier de les faire d&#233;pendre de la promotion de leurs travaux dans les m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car les pratiques n&#233;olib&#233;rales ont envahi toutes les sph&#232;res de la vie culturelle et sociale. Les universitaires sont de plus en plus d&#233;pendants de la commande, des appels d'offre, qui d&#233;terminent les moyens et donc la direction dans laquelle s'orienteront leurs recherches. Concernant la d&#233;pendance par rapport aux m&#233;dias, Michel Wieviorka, directeur d'&#233;tudes &#224; l'EHESS, a confi&#233; : &#171; Tous nos coll&#232;gues pr&#233;f&#232;rent un article dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, ou venir chez vous Alain Finkielkraut, plut&#244;t que d'attendre trois ans la publication d'un article dans une revue scientifique o&#249; on leur reprochera d'avoir oubli&#233; une virgule &#224; tel endroit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;mission &#171; R&#233;plique &#187;, France Culture, 19 mars 2003.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; On a quand m&#234;me rep&#233;r&#233; quelques chercheurs qui r&#233;sistent au d&#233;sir de passer chez Alain Finkielkraut&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'universit&#233; pratiquant d&#233;j&#224; la technique des promotions incestueuses, des comp&#232;res et des renvois d'ascenseur, la logique m&#233;diatique a peut-&#234;tre simplement confort&#233; certaines dispositions d&#233;j&#224; bien install&#233;es dans la cit&#233; savante. D'autant que conform&#233;ment &#224; une observation pessimiste formul&#233;e par Jacques Bouveresse, parfois, plus on sait comment les choses se passent, mieux on est instruit de la mani&#232;re d'en tirer parti, et moins on se montre dispos&#233; &#224; en bouleverser les r&#232;gles du jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Par souci de &#171; faire conna&#238;tre ses id&#233;es &#187;.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas de figure, il ne s'agit ni d'un calcul financier, ni d'un souci de promotion, de notori&#233;t&#233;, de carri&#232;re, mais de faire avancer, par des canaux qu'on sait impurs, des id&#233;es qui le sont moins. La d&#233;valorisation des pratiques militantes conduit &#224; ne pas imaginer d'autres mani&#232;res de transmettre un savoir que ceux qu'offre une tribune dans la presse &#171; de qualit&#233; &#187; ou un &#171; d&#233;bat &#187; dans les m&#233;dias. Ce genre de d&#233;pendance peut imposer au scientifique de ne pas dire des choses qu'il tiendrait pour importantes, mais qui seraient mal ajust&#233;es &#224; l'&#233;mission &#224; laquelle il participe &#8212; et mal accept&#233;es par l'h&#244;te qui le re&#231;oit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 2003, Jean-Luc Hees, alors directeur de France Inter, est amen&#233; &#224; s'expliquer sur le renvoi de Martin Winkler, que certains imaginent li&#233; aux pressions du lobby pharmaceutique (pour lequel Hees a fait des &#171; m&#233;nages &#187;). Hees expliqua plut&#244;t que le renvoi &#233;tait imputable au manque de reconnaissance de son ancien chroniqueur : &#171; Si moi je me conduis pas bien dans un d&#238;ner et que je suis pas r&#233;invit&#233;, je m'acharne pas &#224; sonner &#224; la porte, je reviens pas, j'essaie de me dire que la prochaine fois je me conduirai bien. M. Winkler doit beaucoup &#224; France Inter, je crois qu'il le sait. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains universitaires, intellectuels, chercheurs ont appris &#224; bien se conduire. Et plus ils sont nombreux &#224; &#234;tre sages, plus les r&#233;fractaires leur paraissent intempestifs. Toutes proportions gard&#233;es, la dynamique de la compromission m&#233;diatique rappelle alors une observation de Patrick Champagne relative au paysan qui rompt avec son milieu pour faire fortune &#224; la ville : le premier &#224; partir passe pour un tra&#238;tre ; le dernier &#224; le faire, pour un imb&#233;cile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Par exc&#232;s de confiance en soi et par refus de r&#233;fl&#233;chir &#224; la signification collective des choix individuels.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui n'a entendu, &#224; la suite d'une prestation m&#233;diatique rat&#233;e, l'intellectuel, le chercheur, l'universitaire, bl&#226;mer les journalistes en ces termes : &#171; Ils m'avaient promis de&#8230; ; c'est vrai, j'ai eu tort de leur faire confiance &#187;. C'est-&#224;-dire tort de croire qu'on me laisserait parler sans m'interrompre &#224; chaque instant, tort de penser qu'on ne couperait pas le passage auquel je tenais le plus (et qui me d&#233;douanait du reste), tort d'imaginer qu'on n'allait pas &#233;craser mon texte d'un titre me pla&#231;ant, contre mon gr&#233;, au c&#339;ur d'une pol&#233;mique concoct&#233;e par les m&#233;dias et dans laquelle je n'ai que faire. L'amusant dans ce registre, c'est qu'il conduit des &#171; savants &#187; qui consacrent leur existence &#224; &#233;laborer des codes permettant d'expliquer des comportements collectifs &#224; agir comme si l'exp&#233;rience des autres n'avait plus la plus petite utilit&#233; d&#232;s lors qu'il s'agissait d'eux. Chacun veut &#171; faire son exp&#233;rience &#187; et puis, exp&#233;rience faite, recommencer &#224; faire son exp&#233;rience pour &#234;tre dup&#233; &#224; nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une &#233;mission diffus&#233;e il y a quelques ann&#233;es sur LCI, la journaliste Daniela Lumbroso recevait l'auteur Patrick Poivre d'Arvor, par ailleurs responsable d'une autre &#233;mission &#171; culturelle &#187; sur LCI.) Suivent quelques extraits de leur dialogue : &lt;br class='autobr' /&gt;
DL : &#8212; &#192; propos du m&#233;pris des uns par les autres, &#224; un moment vous &#233;crivez &#224; propos des intellectuels : &#171; Ah, les mis&#233;rables intellectuels, on vous voit venir. La t&#233;l&#233;, vous d&#233;testez comme ce mis&#233;rable Artaban et pourtant vous ne r&#234;vez que d'une chose, c'est d'y passer. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
PPDA : &#8212; Daniela, vous en avez re&#231;u ici m&#234;me. J'en ai re&#231;u &#224; &#171; Place aux livres &#187;, j'en ai re&#231;u &#224; &#171; Ex libris &#187;, j'en ai re&#231;u dans le journal [de TF1] &#187;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
DL : &#8212; Et vous pensez que si on r&#234;ve de passer &#224; la t&#233;l&#233;vision, &#231;a emp&#234;che de critiquer la t&#233;l&#233;vision. C'est pas antinomique&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
PPDA : &#8212; Non, sauf qu'ils s'abstiennent en g&#233;n&#233;ral. Quand ils viennent, ils profitent et puis apr&#232;s ils critiquent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Par sous-estimation de l'importance de la question des m&#233;dias.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la r&#233;action du genre : &#171; Vous attachez trop d'importance &#224; ce sujet, il n'y a pas que &#231;a qui compte &#187;, etc. Ici, rien de nouveau sous le soleil : tous les militants de toutes les causes se voient un jour objecter le caract&#232;re trop obsessionnel ou trop exclusif de leur militantisme, en particulier par ceux qui font autre chose &#8212; ou qui ne font rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce reproche n'est pas n&#233;cessairement ill&#233;gitime. En th&#233;orie, quand on combat sur d'autres fronts, pris par d'autres urgences, on peut estimer que les bavures polici&#232;res, le racisme, le sexisme sont des questions &#171; secondaires &#187; ou subordonn&#233;es. Chacun est n&#233;anmoins fond&#233; &#224; s'interroger sur l'honn&#234;tet&#233; intellectuelle de qui minorerait l'importance des questions pr&#233;cit&#233;es si ce dernier se trouvait &#234;tre en m&#234;me temps CRS, propri&#233;taire d'esclaves ou souteneur. Or, trop souvent, ceux qui formulent des objections visant &#224; relativiser la place des m&#233;dias sont &#233;galement ceux qui s'emploient &#224; passer dans les m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il ne faut pas imaginer que l'invitation chez Ardisson, ce soit toujours les autres, jamais les universitaires. Un simple coup de fil peut faire fondre une banquise &#8230; Dominique Wolton, par exemple, a particip&#233; &#224; l'&#233;mission &lt;i&gt;Tout le monde en parle &lt;/i&gt;le 27 avril 2003. L'entretien &#8212; confus, bavard, anodin &#8212; fut suivi de cette phrase d'anthologie prononc&#233;e par l'animateur : &#171; Vous restez avec nous Dominique Wolton. C'est la premi&#232;re fois qu'un chercheur du CNRS participera &#224; notre &lt;i&gt;blind test&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le &#171; blind test &#187; est un jeu consistant &#224; identifier des chansons d&#232;s leurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Wolton avancera sans doute qu'il a touch&#233; ce soir-l&#224; un public plus socialement diversifi&#233; que celui auquel il s'adresse en capacit&#233; d'universitaire. Preuve qu'il serait, lui, vraiment d&#233;mocrate, davantage en tout cas que les &#171; &#233;litistes &#187; qui &#171; m&#233;prisent &#187; les m&#233;dias et qui ignorent les voies imp&#233;n&#233;trables de la &#171; r&#233;ception &#187; d'un programme de t&#233;l&#233;vision couramment d&#233;cri&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sans vouloir imputer &#224; des petits calculs les conclusions de Dominique Wolton, qu'on veut imaginer produites par ses seules recherches au CNRS, on con&#231;oit sans effort que notre chercheur m&#233;diatis&#233; n'appr&#233;cie gu&#232;re la critique radicale des m&#233;dias, mais aussi qu'il soit r&#233;guli&#232;rement invit&#233; par les journalistes &#224; la commenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Par lassitude&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand bien m&#234;me la connaissance du probl&#232;me et de son importance existerait chez les universitaires, quand bien m&#234;me ils n'auraient pas un int&#233;r&#234;t particulier &#224; dissimuler sa gravit&#233;, ils peuvent arguer de leur lassitude eu &#233;gard au peu d'effet des explications et des d&#233;nonciations pr&#233;c&#233;dentes. Quiconque a d&#233;j&#224; &#233;tudi&#233; et fait conna&#238;tre l'&#233;tendue des pressions industrielles et publicitaires sur l'information, les r&#233;seaux de connivence et les renvois d'ascenseur, ne peut avoir un jour &#233;chapp&#233; &#224; un tel sentiment de d&#233;couragement (&#171; &#199;a recommence ! &#187;) en mesurant les capacit&#233;s intactes d'une machine dont on a pourtant examin&#233; et d&#233;mont&#233; chacun des rouages. Philippe Cohen rappelle que, dans le cas de Bernard-Henri L&#233;vy, bien des intellectuels, des universitaires, ont tent&#233;, lors de la parution de ses trois ouvrages &#224; pr&#233;tention scientifique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La barbarie &#224; visage humain, L'id&#233;ologie fran&#231;aise, Le testament de Dieu. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'administrer une sorte de &#171; correction &#187; &#224; l'auteur. Mais notant que leurs coups, r&#233;els, n'avaient pas emp&#234;ch&#233; les livres suivants de l'imp&#233;trant philosophe de se vendre, ils ont renonc&#233;, comme s'ils sentaient que de toute fa&#231;on les m&#233;dias avaient pris le pas sur l'universit&#233;. La plupart d'entre eux se sont alors lass&#233;s de combattre avec les armes de l'intelligence une machine carburant &#224; la connivence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non contents de cesser de se battre, certains ont rejoint en rechignant la troupe de ceux qui d&#233;f&#232;rent aux logiques et aux contraintes de la m&#233;diatisation. Les mondes de l'universit&#233; et de l'intelligentsia n'&#233;tant pas beaucoup plus purs, moins sensibles que les autres, &#224; la concurrence et aux crocs-en-jambe, chacun peut toujours, s'il le souhaite, justifier ses compromissions par celles du coll&#232;gue, du rival, et par le d&#233;sir de ne pas trop leur abandonner le terrain. Ceux qui ont renonc&#233; en veulent parfois aux autres qui ne capitulent pas parce qu'ils estiment encore que &#171; ce n'est qu'un d&#233;but, continuons le combat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serge Halimi&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Publi&#233; sous la direction de Jacques Bouveresse et &#201;veline Pinto, Collection Champ social, &#201;ditions du Croquant, janvier 2007, 240 pages, pp.195-210.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;John Galbraith, &#171; How to get the poor off our conscience &#187;, &lt;i&gt;Harper's&lt;/i&gt;, novembre 1985. Traduit dans &lt;i&gt;Le Monde diplomatique &lt;/i&gt;d'octobre 2005 sous le titre &#171; &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2005/10/GALBRAITH/12812&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'art d'ignorer les pauvres&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette intervention fut suivie d'interpellations particuli&#232;rement v&#233;h&#233;mentes de la part de quelques participants &#224; la r&#233;union.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je renvoie ici aux interventions successives, lors de cette universit&#233; d'&#233;t&#233; d'Attac, de Gilles Balbastre, de Pierre Rimbert et de moi-m&#234;me sur ces sujets. L'analyse de la question particuli&#232;re des rapports entre contestataires et m&#233;dias a fait l'objet d'une publication en ligne &lt;a href=&#034;http://www.homme-moderne.org/societe/media/halimi/attac.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site de L'homme moderne&lt;/a&gt; et d'un travail plus universitaire : Serge Halimi et Pierre Rimbert, &#171; Contestation des m&#233;dias ou contestation pour les m&#233;dias &#187;, &lt;i&gt;in M&#233;dias et censure. Les figures de l'orthodoxie&lt;/i&gt;, sous la direction de Pascal Durand, Universit&#233; de Li&#232;ge, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 19 octobre 2005. Dans une nouvelle tribune de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, le 20 janvier 2006, Philippe Corcuff a pourfendu l'id&#233;e d'un &#171; &#8216;&#8216;grand complot n&#233;olib&#233;ral'' suppos&#233; r&#233;unir capitalistes-politiciens-intellectuels-journalistes, qui fait tellement fr&#233;tiller de manich&#233;isme quelques critiques simplistes des m&#233;dias et leurs lecteurs. &#187; Sur l'invention d'une &#171; th&#233;orie du complot &#187;, ensuite pr&#234;t&#233;e aux critiques radicaux de l'ordre m&#233;diatique, Serge Halimi et Arnaud Rindel, &#171; La conspiration : Quand les journalistes (et leurs favoris) falsifient l'analyse critique des m&#233;dias &#187;, &lt;i&gt;Agone&lt;/i&gt;, n&#176; 34, 2005 ; Patrick Champagne, &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article1572.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Philippe Corcuff, critique &#8216;&#8216;intelligent'' de la critique des m&#233;dias &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. son entretien avec &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 4-5 ao&#251;t 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bourdieu, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt;Yvette Delsaut et Marie-Christine Rivi&#232;re, &lt;i&gt;Bibliographie des travaux de Pierre Bourdieu&lt;/i&gt;, Le Temps des Cerises, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire sur le sujet le texte cinglant de Lucien S&#232;ve, &#171; Intellectuels communistes : peut-on en finir avec le parti pris ? &#187;, &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt;, n&#176; 15, janvier 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'emprunte une partie de ces r&#233;flexions &#224; Edward Said, &lt;i&gt;Des intellectuels et du pouvoir&lt;/i&gt;, Seuil, 1994, &#224; Russell Jacoby, &lt;i&gt;Dogmatic Wisdom : How the Culture Wars Divert Education and Distract America&lt;/i&gt; et, pour la France, &#224; Pierre Rimbert (lire en particulier &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article1809.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Les rapports entre journalistes et intellectuels : cul et chemise ? &#187;&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;claration d'intention du n&#176; 5-6, novembre 1975, &lt;i&gt;Actes de la Recherche en sciences sociales&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;in &lt;/i&gt;Pierre Bourdieu, &lt;i&gt;Interventions&lt;/i&gt;, Agone, Marseille, 2002, p. 129.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Pierre Rimbert, &#171; Les rapports entre journalistes et intellectuels : cul et chemise ? &#187;, art. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;mission &#171; R&#233;plique &#187;, France Culture, 19 mars 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le &#171; blind test &#187; est un jeu consistant &#224; identifier des chansons d&#232;s leurs premi&#232;res notes, chaque joueur appartenant &#224; une &#233;quipe de trois personnes affrontant une autre &#233;quipe. En sus de l'&#171; intellectuel &#187; de service, chaque &#233;quipe comprend souvent un comique ou une actrice plus ou moins habill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La barbarie &#224; visage humain&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'id&#233;ologie fran&#231;aise&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le testament de Dieu.&lt;/i&gt; Lire Ph. Cohen, &lt;i&gt;BHL&lt;/i&gt;, Fayard, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Journ&#233;e de la critique des m&#233;dias : &#171; &#192; quoi sert la critique des m&#233;dias ? &#187; </title>
		<link>https://www.acrimed.org/Journee-de-la-critique-des-medias-A-quoi-sert-la-critique-des-medias</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Journee-de-la-critique-des-medias-A-quoi-sert-la-critique-des-medias</guid>
		<dc:date>2015-02-06T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Halimi</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;bats d'Acrimed</dc:subject>
		<dc:subject>Quelle(s) critique(s) ?</dc:subject>
		<dc:subject>Quelles propositions ?</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un bilan, un combat - par Serge Halimi&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Premiere-journee-de-la-critique-des-medias-2015-" rel="directory"&gt;Premi&#232;re journ&#233;e de la critique des m&#233;dias (2015)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Debats-d-Acrimed-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats d'Acrimed&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Quelle-s-critique-s-+" rel="tag"&gt;Quelle(s) critique(s) ?&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Quelles-propositions-+" rel="tag"&gt;Quelles propositions ?&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article4545.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;premi&#232;re journ&#233;e de la critique des m&#233;dias&lt;/a&gt;, tenue le 31 janvier 2015, s'est achev&#233;e avec les interventions de Serge Halimi (&#171; &#192; quoi sert la critique des m&#233;dias ? &#187;) et d'Henri Maler (&#171; Nous avons des propositions &#187;). En attendant d'autres comptes rendus et d'autres textes, ainsi que la ou les vid&#233;os de la rencontre, nous publions la contribution de Serge Halimi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un peu plus de quinze ans apr&#232;s la renaissance d'une critique radicale des m&#233;dias, apr&#232;s des dizaines de livres, des documentaires &#224; succ&#232;s, des milliers de r&#233;unions publiques, on est en droit de se demander : &#224; quoi a-t-elle servi, &#224; quoi sert-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi sert-elle quand cet exercice devient un genre tellement courant qu'il dispose dor&#233;navant d'&#233;missions attitr&#233;es dans nombre de m&#233;dias ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi sert-elle quand n'importe quel moteur de recherche permet &#224; quiconque le souhaite de d&#233;nicher des propos de journalistes qui l'indignent, pour s'en d&#233;clarer ensuite indign&#233; sur son blog. Lequel n'est fr&#233;quent&#233; que par des gens tout aussi indign&#233;s d'avance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi sert-elle quand la d&#233;fiance envers les m&#233;dias est &#224; la fois g&#233;n&#233;ralis&#233;e et souvent sans cons&#233;quence. Car le discours m&#233;diatique - sur les privil&#232;ges suppos&#233;s des fonctionnaires, sur les dangers pr&#233;sent&#233;s comme imminents de la dette, etc. - demeure relay&#233; au quart de tour, y compris par ceux qui pr&#233;tendent qu'ils ne font pas confiance aux m&#233;dias ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi sert la critique des m&#233;dias quand des journalistes, qu'on entend et qu'on voit en permanence partout, pr&#233;tendent qu'ils sont les Jean Moulin d'aujourd'hui, les bannis des ondes, les Zola r&#233;actualisant J'accuse, les victimes de la presse d'industrie et du politiquement correct ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, &#224; quoi sert la critique des m&#233;dias quand elle est de plus en plus fr&#233;quemment d&#233;voy&#233;e par des groupuscules parano&#239;aques, en g&#233;n&#233;ral proches de l'extr&#234;me droite, qui cherchent &#224; faire de cette critique l'outil de leurs th&#233;ories du complot ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre critique des m&#233;dias devient alors pour eux un moyen de mettre en cause tout ce qu'ils appellent &#171; la version officielle &#187; des &#233;v&#233;nements (guerre, attentats, massacres, etc.) chaque fois que cette pr&#233;tendue &#171; version officielle &#187;, qui est parfois aussi la relation objective et froide des faits, ne correspond pas &#224; ce qui les arrange. Ce qui les arrange ? Un monde o&#249; tous les crimes sont toujours maniganc&#233;s et commis par la CIA, Isra&#235;l, les juifs, l'Empire, et en g&#233;n&#233;ral les quatre &#224; la fois. Avec, d'ailleurs, une efficacit&#233; telle qu'elle d&#233;couragerait n'importe qui de combattre ces puissances diaboliques - capables de toujours tout pr&#233;voir et d'&#234;tre toujours organisatrices de tout - autrement qu'en ricanant derri&#232;re son &#233;cran d'ordinateur qu'il n'est pas dupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre sommes-nous victimes de notre succ&#232;s : on a cr&#233;&#233; un terrain ; les autres ont d&#233;couvert que ce terrain &#233;tait fr&#233;quent&#233; ; et chacun vient y jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre hypoth&#232;se : nous ne sommes pas victimes de notre succ&#232;s, mais avons perdu. D'une part, parce que la r&#233;cup&#233;ration d'une fraction de nos analyses nous a banalis&#233;s, et nos analyses avec. Mais aussi parce que, dans la r&#233;alit&#233;, peu de choses ont chang&#233;. L'espace des m&#233;dias n'est gu&#232;re plus d&#233;mocratique qu'il y a quinze ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'en soyons pas trop surpris. Les id&#233;es peuvent devenir des forces mat&#233;rielles, mais encore faut-il qu'elles soient relay&#233;es au plan social et politique. Cela n'a pas &#233;t&#233; suffisamment le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains des principaux aspects de notre critique - et c'&#233;tait bien la n&#244;tre pas celle des autres - sont d&#233;sormais connus :&lt;br class='manualbr' /&gt;1. &#171; Des capitalistes s'emparent de la presse &#187;.&lt;br class='manualbr' /&gt;2. &#171; Des rapports &#233;troits existent entre hommes politiques, industriels et m&#233;dias, qui ruinent le postulat selon lequel les m&#233;dias seraient au service de l'information des citoyens &#187;. &lt;br class='manualbr' /&gt;3. &#171; La connivence, bien davantage que la concurrence ou l'&#233;mulation, marquent le monde du journalisme dominant, et le font ressembler &#224; univers de cumulards interchangeables et inamovibles dans un espace socialement clos. &#187; Le poids id&#233;ologique et la surface m&#233;diatique de ce journalisme dominant sont tels qu'ils nous font parfois oublier que l'univers social des m&#233;dias est largement habit&#233; par des salari&#233;s pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces critiques sont connues, et m&#234;me archi-connues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. &#171; Des capitalistes s'emparent de la presse &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est connu mais cette connaissance n'a apparemment aucune cons&#233;quence. Ces dix derni&#232;res ann&#233;es, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; puis &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; ont cess&#233; d'appartenir &#224; leurs journalistes et ils appartiennent dor&#233;navant l'un et l'autre &#224; un banquier et &#224; un industriel des t&#233;l&#233;communications. Edouard de Rothschild puis Patrick Drahi dans le premier cas, Matthieu Pigasse et Xavier Niel dans le second.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, tout candidat &#224; la direction du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; comme de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; est d'abord d&#233;sign&#233; par le (ou les) propri&#233;taires du titre. Ce n'&#233;tait pas le cas il y a quinze ans. Ainsi, alors m&#234;me que la critique radicale des m&#233;dias se d&#233;veloppait, le r&#244;le des actionnaires s'est consid&#233;rablement accru presque partout. Et celui des soci&#233;t&#233;s de r&#233;dacteurs s'est r&#233;duit d'autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le dire autrement, la liste des ma&#238;tres de la presse parisienne &#233;pouse aujourd'hui plus &#233;troitement qu'il y a quinze ans le classement des milliardaires fran&#231;ais. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Les &#201;chos&lt;/i&gt; de Bernard Arnault (1re fortune fran&#231;aise),
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; de Fran&#231;ois Pinault (3e),
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; de Serge Dassault (4e),
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; de Patrick Drahi (6e),
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; de Xavier Niel (7e),
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Direct Matin&lt;/i&gt; et Canal Plus de Vincent Bollor&#233; (10e).&lt;br class='manualbr' /&gt;Et je vous ai &#233;pargn&#233; Bouygues, Tapie, quelques autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;oise Giroud l'&#233;crivait d&#233;j&#224; - en son temps :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Journaliste, je d&#233;pends de ceux qui poss&#232;dent les journaux. Attendre des repr&#233;sentants du capital qu'ils vous fournissent gracieusement des armes - c'est-&#224;-dire en l'occurrence des journaux - pour s'&#233;lever contre une forme de soci&#233;t&#233; qui leur convient, et une morale qui est la leur, cela porte un nom : l'imb&#233;cillit&#233;. Mais la plupart de ceux qui travaillent dans les grands journaux sont, en gros, d'accord avec cette soci&#233;t&#233; et cette morale. Ils ne sont pas achet&#233;s ; ils sont acquis. La nuance est importante. Ceux qui ne sont pas achet&#233;s peuvent, en th&#233;orie, cr&#233;er d'autres organes pour exprimer leurs vues. En pratique, les fonds n&#233;cessaires &#224; la cr&#233;ation d'une telle entreprise ne se trouvent pas dans les poches des r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Sur tous ces plans, peu de choses ont chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, depuis quinze ans, quelque chose d'autre s'est modifi&#233;. Les industriels et banquiers s'emparent de la presse m&#234;me si &#231;a ne leur rapporte plus rien. Et les journalistes sont d'autant moins en mesure de s'opposer &#224; ces patrons et aventuriers que la presse va mal. Et que de tr&#232;s nombreux titres recherchent, d&#233;sesp&#233;r&#233;ment, les rares actionnaires que la presse int&#233;resse encore. Une presse qu'ils ach&#232;tent &#224; pr&#233;sent pour une fraction mis&#233;rable du prix qu'ils auraient pay&#233; il y a quinze ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s ses propri&#233;taires, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; perdait l'ann&#233;e derni&#232;re chaque jour 22.000 euros, soit pr&#232;s de 16 % de son chiffre d'affaires. Serge Dassault aurait perdu avec &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; 15 millions d'euros en moyenne par an depuis cinq ans. Bernard Arnault a accumul&#233; plus de 30 millions de pertes depuis le rachat des &lt;i&gt;&#201;chos&lt;/i&gt;. Claude Perdriel tournait &#224; 5 millions de d&#233;ficit avant qu'il ne c&#232;de son &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt; et Rue89 aux propri&#233;taires du Monde qui, eux aussi, perdent de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ach&#232;tent-ils encore des titres de presse, quand ils savent que &#231;a ne leur rapportera rien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Patrick Drahi, patron milliardaire de Numericable, a cependant d&#233;cid&#233; d'engloutir 14 millions d'euros dans le sauvetage de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, c'est qu'il en attend un autre retour sur investissement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour les g&#233;ants de l'industrie du num&#233;rique, il s'agit d'acheter &#224; bon prix des contenus pour leurs tuyaux. &#192; terme, l'&#233;dition num&#233;rique de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; pourrait, par exemple, devenir une prime offerte aux abonn&#233;s de Num&#233;ricable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas le seul motif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; On y regarde &#224; deux fois avant d'attaquer le patron d'un journal,&lt;/i&gt; rappelait Capital en ao&#251;t dernier. &lt;i&gt;L'obscur boss de Numericable, Patrick Drahi, n'&#233;tait qu'un &#034;nobody&#034; quand il est parti &#224; l'assaut de SFR. Moyennant quoi, il fut attaqu&#233; sur tous les fronts : exil fiscal, holdings douteuses aux Bahamas, nationalit&#233; fran&#231;aise incertaine... D'o&#249; Lib&#233;ration. Ce n'est pas TF1, bien s&#251;r, mais l'effet dissuasif n'est pas nul. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Xavier Niel, &lt;/i&gt; poursuivait le m&#234;me article de Capital, &lt;i&gt;est, lui, pass&#233; du statut de pirate des t&#233;l&#233;coms &#224; celui de membre de l'establishment depuis qu'il est devenu copropri&#233;taire du Monde en 2010. Et cela &#224; peu de frais : sa fortune varie chaque jour en Bourse de plus de 30 millions d'euros, la somme qu'il a investie dans le quotidien du soir. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les capitalistes s'emparent de la presse : la critique des m&#233;dias l'a beaucoup expliqu&#233;. On le sait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on sait aussi pourquoi &#231;a continue. Que sait-on &#233;galement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. &#171; Des rapports &#233;troits existent entre politiques et m&#233;dias &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces rapports, ce journalisme de r&#233;v&#233;rence ont fait l'objet d'innombrables enqu&#234;tes et d&#233;couvertes de notre part. Mais depuis Sarkozy, &#224; quoi bon perdre encore son temps &#224; d&#233;crypter quoi que ce soit ? Tout est devenu tellement aveuglant, il y a eu la soir&#233;e du Fouquet's, quand les grands patrons qui sont aussi de gros patrons de presse - Dassault, Arnault, Pinault, Bollor&#233;, Lagard&#232;re - furent ouvertement les piliers de la droite, de l'UMP, de Nicolas Sarkozy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que sait-on encore ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. &#171; La connivence, plus que la concurrence ou l'&#233;mulation, marquent le monde du journalisme &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, on le sait, mais d&#233;cid&#233;ment rien n'y fait l&#224; non plus. Le Point, dont Giesbert est l'&#233;ditorialiste vedette, consacre une partie de sa Une au livre de Franz-Olivier Giesbert. &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;, dont Jacques Julliard est &#233;ditorialiste, consacre un dossier ou un long article &#224; chaque livre de Jacques Julliard. Eric Zemmour, &#233;ditorialiste au &lt;i&gt;Figaro Magazine&lt;/i&gt;, fait la manchette du &lt;i&gt;Figaro Magazine&lt;/i&gt;. BHL, Attali, Barbier, Joffrin, Elkabbach, paraissent insubmersibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, bien s&#251;r, on aimerait varier les cibles, d&#233;crire autre chose que : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ce journalisme de r&#233;v&#233;rence, ce journalisme de classe,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; ces m&#233;dias de march&#233; avec ces &#233;conomistes &#224; gages qui conseillent des banques, qui si&#232;gent dans leurs conseils d'administration,
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; cette petite soci&#233;t&#233; de connivence qui occupe le devant de la sc&#232;ne et qui dissimule tout un univers de journalisme pr&#233;caire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement voil&#224; : nous ne sommes pas l&#224; pour la beaut&#233; de l'art, pour jouer les virtuoses. Nous menons un combat. Ils nous imposent toujours les m&#234;mes : ce sont donc les m&#234;mes qu'on doit cibler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme la critique du capitalisme. On la conna&#238;t d&#233;j&#224;. Faut-il cesser de l'exposer &#224; ceux qui ne la conna&#238;traient pas ? &#192; ceux qui n'&#233;taient pas l&#224; quand d&#233;j&#224; on avait tout dit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes engag&#233;s dans la bataille des id&#233;es, nous faisons de la politique. Et nous ne pouvons donc avoir qu'une r&#232;gle : ils continuent, alors on continue aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique des m&#233;dias est &#224; la fois trop facile et elle n'est pas facile. Elle est trop facile pour les raisons que je viens d'&#233;voquer : les m&#234;mes font la m&#234;me chose depuis parfois trente ou quarante ans. Mais elle est difficile aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est handicap&#233;e par une illusion : celle qu'elle ne serait plus n&#233;cessaire. Non pas qu'elle serait inutile, parce que, comme on l'a vu, tout recommence toujours avec les m&#234;mes, ou d'autres identiques. Mais, nous dit-on souvent, parce que la critique des m&#233;dias serait devenue superflue en raison des nouvelles technologies. Et des enclaves lib&#233;r&#233;es que ces nouvelles technologies laisseraient appara&#238;tre. Ces enclaves donnent en effet le sentiment &#224; ceux qui les fr&#233;quentent que tout a chang&#233;. Cependant m&#234;me que, pour les autres, beaucoup plus nombreux, qui ne passent pas leur vie dans ces niches, sur ces blogs, ces forums, tout ou presque reste pareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, la critique est-elle encore utile ? Internet ne permet-il pas, comme certains le croient ou le disent, de se d&#233;gager du paysage m&#233;diatique dont la nocivit&#233; serait par cons&#233;quent amoindrie, et la mise en cause moins n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il y a Internet, les blogs que nous fr&#233;quentons, les sites dont on nous envoie les liens et qui nous font parfois croire que tout ce que nous savons est ouvert et utilis&#233; par tous les autres. Et que donc le savoir critique, universel, a gagn&#233;. Jusqu'au jour o&#249; nous d&#233;couvrons que nous ne sommes pas plus nombreux qu'avant &#224; lire, mais autrement, ce que nous lisons, &#224; partager les m&#234;mes passions et obsessions. Jusqu'au jour o&#249; nous d&#233;couvrons qu'en somme nous vivons toujours dans une bulle assez peu visit&#233;e. Jusqu'au jour o&#249; nous comprenons que Internet, qui est peut-&#234;tre pour nous un instrument de savoir et d'&#233;mancipation, est pour d'autres, plus puissants que nous, un instrument de d&#233;lation, de fichage, et une machine &#224; vendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peut &#234;tre que, en d&#233;finitive, le mieux pour &#233;chapper aux difficult&#233;s crois&#233;es de la r&#233;cup&#233;ration de notre travail par nos adversaires et de l'absence de r&#233;sultat concret, visible, de notre critique, serait de sortir de ces probl&#232;mes par le haut. En formulant des propositions &#224; la fois s&#233;rieuses et suffisamment radicales pour n'&#234;tre pas r&#233;cup&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissez-moi en rappeler une.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre dernier, Pierre Rimbert a pr&#233;sent&#233; dans les colonnes du &#171; Diplo &#187; un &#171; Projet pour une presse libre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Rimbert, &#171; Projet pour une presse libre &#187;, d&#233;cembre 2014.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est un outil p&#233;dagogique, pr&#233;cis, mais c'est aussi un instrument de mobilisation politique. P&#233;dagogique et pr&#233;cis parce qu'il s'appuie sur des dispositifs juridiques et institutionnels qui existent d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La s&#233;paration entre presse d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et presse r&#233;cr&#233;ative ou professionnelle comme crit&#232;re d'allocation d'aide de la collectivit&#233;. Cette s&#233;paration figure dans les premiers textes sur les tarifs postaux pr&#233;f&#233;rentiels de 1796 et court jusqu'&#224; l'article 39 bis A du code actuel des imp&#244;ts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette distinction est au c&#339;ur des Ordonnances de 1944.&lt;br class='manualbr' /&gt;2. La cr&#233;ation d'un service mutualis&#233; d'infrastructures de l'information pour la presse imprim&#233;e et en ligne. La mutualisation des infrastructures fonde les messageries de presse.&lt;br class='manualbr' /&gt;3. Le financement de l'ensemble par une cotisation information. La cotisation, c'est le principe de la s&#233;curit&#233; sociale (pour la sant&#233; et la retraite).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Projet pour une presse libre se contente de radicaliser ces principes pour en faire les points d'appui d'une strat&#233;gie de r&#233;appropriation d&#233;mocratique de la presse. Le contexte d'effondrement du syst&#232;me de la presse rend ces mesures plus audibles qu'il y a quinze ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il y a plus de terre promise que de terrain gagn&#233; &#187;&lt;/i&gt;, &#233;crivait Victor Hugo &#224; propos de la R&#233;volution fran&#231;aise. Mais le terrain que nous avons gagn&#233;, nous pouvons aussi le mesurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quinze ans, la critique radicale des m&#233;dias a &#233;t&#233; une composante essentielle des grandes batailles progressistes : &lt;br class='manualbr' /&gt;- sociales, comme au moment des grandes gr&#232;ves de d&#233;fense de la s&#233;curit&#233; sociale et des mobilisations contre la pr&#233;carit&#233; et le CPE en 2006 ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- diplomatiques, comme au moment de notre engagement contre les guerres du Kosovo, d'Afghanistan, d'Irak ;&lt;br class='manualbr' /&gt;- &#233;lectorale, puisqu'au fil des scrutins pr&#233;sidentiels, sans doute un peu gr&#226;ce &#224; nous, le nombre de candidats mettant en cause la partialit&#233; des m&#233;dias n'a cess&#233; de cro&#238;tre.&lt;br class='manualbr' /&gt;- Sans oublier ce grand moment du r&#233;f&#233;rendum sur le TCE, o&#249; notre travail a jou&#233; un r&#244;le non n&#233;gligeable dans la victoire du &#171; non &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons amoindri le prestige, le cr&#233;dit et le pouvoir de nuisance des grands m&#233;dias. Mais la structure &#233;conomique et sociale qui les conforte demeure en place. Il ne d&#233;pend pas seulement de nous qu'elle vacille, nous le savons. Mais nous escomptons qu'elle recevra ses prochains coups en Gr&#232;ce, en Espagne, ailleurs. Et l&#224; encore, nous serons du bon c&#244;t&#233;. Car nous sommes ici ce soir. Mais nous &#233;tions en Gr&#232;ce dimanche dernier, et &#224; Madrid tout &#224; l'heure quand s'est rassembl&#233;e une foule immense, drapeaux grecs et r&#233;publicains espagnols m&#234;l&#233;s, pour r&#233;clamer la fin des politiques d'aust&#233;rit&#233; europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur combat est le n&#244;tre. Et, d&#233;sormais, nous sommes pr&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serge Halimi&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Rimbert, &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2014/12/RIMBERT/51030&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Projet pour une presse libre &#187;&lt;/a&gt;, d&#233;cembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pour accueillir Noam Chomsky</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Pour-accueillir-Noam-Chomsky</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Pour-accueillir-Noam-Chomsky</guid>
		<dc:date>2010-06-02T05:30:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Halimi</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#8230; Et aller au-del&#224; des discours autoris&#233;s par les m&#233;dias dominants et intellectuels m&#233;diatiques.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Les-medias-francais-et-Noam-Chomsky-" rel="directory"&gt;Les m&#233;dias fran&#231;ais et Noam Chomsky&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous, sous forme de tribune et avec l'accord de son auteur, la pr&#233;sentation de Noam Chomsky &#224; La Mutualit&#233;, le 29 mai 2010 par Serge Halimi, directeur du &lt;i&gt;Monde Diplomatique&lt;/i&gt; : pour accueillir Noam Chomsky et aller au-del&#224; des discours autoris&#233;s par les m&#233;dias dominants et intellectuels m&#233;diatiques. Comme le montre le texte de la conf&#233;rence qu'il a prononc&#233;e &#224; la suite de cette pr&#233;sentation et qui est disponible &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-05-31-Chomsky&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site du Monde Diplomatique&lt;/a&gt;. (Acrimed)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je suis tr&#232;s heureux d'accueillir ici Noam Chomsky au nom du &lt;i&gt;Monde diplomatique&lt;/i&gt;, de l'association des Amis du Monde diplomatique qui a assur&#233; b&#233;n&#233;volement l'essentiel de l'organisation de cette r&#233;union et en votre nom &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fait trente ans que Chomsky n'&#233;tait pas venu en France. Non pas par accident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut l'avouer : il n'appr&#233;cie pas trop la sc&#232;ne intellectuelle fran&#231;aise, son moralisme hypocrite, la place qu'elle consacre &#224; des penseurs de petit calibre, presque toujours situ&#233;s dans un m&#234;me spectre id&#233;ologique tr&#232;s &#233;troit. Nous non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas tr&#232;s &#233;tonnant que ce petit groupe de garde barri&#232;res (&lt;i&gt;gate keepers&lt;/i&gt;) ait entendu &#233;loigner Chomsky de ses nombreux lecteurs fran&#231;ais potentiels. Car au fond sa parole et ses &#233;crits ont contredit presque point par point ce qu'eux-m&#234;mes entendaient faire de la pens&#233;e et de la politique, en France mais aussi ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui, au d&#233;but des ann&#233;es 80, d&#233;fendaient les tyrannies pro-occidentales en Am&#233;rique centrale au nom de ce qu'ils appelaient le combat pour le monde libre, pour les droits de l'homme, ceux qui signaient des p&#233;titions de soutien &#224; Ronald Reagan, largement relay&#233;es par la presse fran&#231;aise, ne pouvaient pas voir d'un tr&#232;s bon &#339;il le travail de Noam Chomsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un texte-p&#233;tition publi&#233; le 21 mars 1985, Bernard-Henri L&#233;vy, Patrick Wajsmann, Jean-Fran&#231;ois Revel, Emmanuel Leroy Ladurie et beaucoup d'autres annon&#231;aient, dramatiques, que le grand combat antitotalitaire se jouait en Am&#233;rique latine, et plus pr&#233;cis&#233;ment au Nicaragua : &lt;i&gt;&#171; La junte sandiniste&lt;/i&gt;, je cite le texte, &lt;i&gt;n'a jamais cach&#233; que son but est l'int&#233;gration de toute l'Am&#233;rique Centrale en une seule et m&#234;me entit&#233; marxiste-l&#233;niniste. &#187; &lt;/i&gt;[Pr&#233;cision ici : il ne s'agissait pas d'une &#8216;junte', mais d'un gouvernement l&#233;gal qui venait de remporter les &#233;lections et qui affrontait une insurrection arm&#233;e d'extr&#234;me droite, la contra.] &lt;i&gt; &#171; C'est pr&#233;cis&#233;ment l'objectif recherch&#233; par la strat&#233;gie sovi&#233;tique : forcer les Etats-Unis &#224; se retirer des r&#233;gions qui repr&#233;sentent une importance vitale pour eux-m&#234;mes et le Monde Libre. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment, les Etats-Unis, la CIA dans le cas d'esp&#232;ce, finan&#231;aient les escadrons de la mort au Guatemala, escadrons &#224; l'origine actifs dans une r&#233;pression sauvage qui provoqua la mort de 200 000 personnes. Pour l'essentiel des Mayas victimes d'une guerre d'extermination parce qu'ils &#233;taient soup&#231;onn&#233;s d'&#234;tre favorables &#224; des groupes insurg&#233;s de gauche. L&#224;, nos intellectuels et les m&#233;dias ne se mobilis&#232;rent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;tition de soutien &#224; l'extr&#234;me droite nicaraguayenne date d'il y a vingt-cinq ans.Depuis, les m&#234;mes, et de nouvelles g&#233;n&#233;rations d'intellectuels m&#233;diatiques conservateurs ont exerc&#233; une v&#233;ritable police de la pens&#233;e, appuy&#233;s par la plupart des grands journaux dans lesquels ces grands penseurs conservent table ouverte. Ces intellectuels pour m&#233;dias ont successivement soutenu la guerre du Golfe en 1991, celle du Kosovo en 1999, celle d'Afghanistan en 2001.Certains ont m&#234;me appuy&#233; la guerre d'Irak deux ans plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avouons-le, les &#171; guerres humanitaires &#187;, l' &#171; humanitarisme de guerre &#187;, les &#171; frappes chirurgicales &#187;, les &#171; bavures n&#233;cessaires &#187;, et tous ces autres termes orwelliens ont un peu moins la cote en ce moment. Les d&#233;sastres de la pr&#233;sidence Bush auront au moins servi &#224; &#231;a. Et, de ce fait, Noam Chomsky a moins mauvaise r&#233;putation qu'avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps, ses &#233;diteurs furent tr&#232;s rares. Il leur fallait bien du courage pour oser publier Noam Chomsky. Il y avait Acratie. Et Agone. C'&#233;tait &#224; peu pr&#232;s tout...Dor&#233;navant tout le monde ou presque publie Chomsky &#8211; ou aimerait le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps, les seuls m&#233;dias qui &#233;voquaient ses travaux furent des p&#233;riodiques libertaires. Et puis, pour l'essentiel, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; et l'&#233;mission de Daniel Mermet &lt;i&gt;L&#224;-bas si j'y suis&lt;/i&gt;. Dor&#233;navant, Chomsky est tr&#232;s demand&#233;. M&#234;me &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, l'hebdomadaire qui compte Claude Imbert, Alain Duhamel et Bernard-Henri L&#233;vy au nombre de ses chroniqueurs r&#233;guliers &#8211; un choix de gourmets &#8211; voulait publier un entretien avec Chomsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce plan au moins, les choses changent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la r&#232;gle habituelle - apr&#232;s l'ostracisme et le silence, la r&#233;cup&#233;ration &#8211; ne risque pas, je crois, de s'appliquer &#224; Noam Chomsky. Car il est, &#224; bien des &#233;gards, pour reprendre un mot fameux de Sartre dans &lt;i&gt;les Mains sales&lt;/i&gt;, &#171; non r&#233;cup&#233;rable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non r&#233;cup&#233;rable, parce qu'il s'en prend au c&#339;ur du syst&#232;me, &#224; son moteur. Ce que le syst&#232;me fait. Et pour qui il le fait. Non pas ce qu'il dit qu'il fait. Et ses bonnes intentions proclam&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non r&#233;cup&#233;rable, parce qu'il s'en prend au clerg&#233; s&#233;culier de ce syst&#232;me : les intellectuels de pouvoir - et les experts au service du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non r&#233;cup&#233;rable, parce qu'il s'en prend &#224; l'appareil de l&#233;gitimation du syst&#232;me et de ses intellectuels de cour. C'est-&#224;-dire les m&#233;dias de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non r&#233;cup&#233;rable, enfin, parce que tout cela Chomsky le fait sans emphase, sans &#233;lever la voix, sans se bercer de mots, mais en &#233;non&#231;ant des faits, des dates, des noms.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant de crimes impardonnables tant il est vrai qu'une critique sans cibles pr&#233;cises ne g&#234;ne personne. Et surtout pas les cibles qui ont &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;es. Epargn&#233;es parce qu'elles avaient le pouvoir de faire payer cher ceux qui les mettraient en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chomsky s'en prend au c&#339;ur du syst&#232;me : il interroge la l&#233;gitimit&#233; des actes du pouvoir. Une part importante de ses travaux a concern&#233; un aspect essentiel de la politique am&#233;ricaine &#8211; sa politique &#233;trang&#232;re, sa politique imp&#233;riale. D&#233;mocrates et r&#233;publicains se retrouvent dans l'id&#233;e que les Etats-Unis sont bons et qu'ils font le bien. Que c'est en tout cas leur intention. Parfois, admettent-ils, l'ex&#233;cution est d&#233;ficiente, mais le dessein &#233;tait bien de faire le bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour discuter rationnellement ce postulat, Chomsky n'a pas cherch&#233; &#224; provoquer, &#224; attirer l'attention des m&#233;dias par des actions d'&#233;clat. Il a lui-m&#234;me conduit ce qu'il recommande aux autres de faire : &lt;i&gt;&#171; un processus continu d'&#233;ducation, d'organisation, de r&#233;sistance et de construction d'alternatives. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or c'est un travail tr&#232;s fastidieux de confronter un &#233;nonc&#233; et une r&#233;alit&#233;. Il impose de s'informer en permanence, d'interroger, de comparer. De mettre en rapport des &#233;l&#233;ments que le flux de l'information tend &#224; s&#233;parer. De lutter contre l'amn&#233;sie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et alors, &#231;a ne colle pas toujours avec la bande dessin&#233;e officielle. Les m&#233;chants islamistes afghans ont d'abord &#233;t&#233; des gentils islamistes afghans. Ils sont aujourd'hui m&#233;chants et oppriment les femmes quand ils s'attaquent aux puissances occidentales. Ils &#233;taient gentils et ils exprimaient leur identit&#233; religieuse, certes un peu traditionaliste, quand ils opprimaient les femmes mais s'attaquaient &#224; l'Union sovi&#233;tique que Ronald Reagan qualifiait avec finesse d'empire du Mal. On est tout de m&#234;me pas oblig&#233; d'oublier cette histoire. Et Noam Chomsky nous la rappelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chomsky est &#233;galement non-r&#233;cup&#233;rable parce qu'il n'h&#233;site pas non plus &#224; s'en prendre aux intellectuels. Impossible en France d'&#233;voquer les intellectuels sans faire r&#233;f&#233;rence &#224; Zola, &#224; l'affaire Dreyfus, &#224; Sartre, aux porteurs de valises en Alg&#233;rie, &#224; Bourdieu, au soutien au mouvement social de novembre-d&#233;cembre 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, plus souvent, les intellectuels forment le clerg&#233; s&#233;culier du syst&#232;me. Chomsky a souvent mis en cause les &lt;i&gt;&#171; nouveaux mandarins &#187;&lt;/i&gt;, ces intellectuels de pouvoir au service de l'Etat et, souvent, du capital, des multinationales. La nocivit&#233; de leur action a prouv&#233; qu'il &#233;tait indispensable de ne pas laisser les &#171; savants &#187;, les &#171; experts &#187; s'occuper de ce qui nous regarde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans les d&#233;mocraties&lt;/i&gt;, nous explique Chomsky, &lt;i&gt;les id&#233;es impopulaires sont r&#233;duites au silence sans censure : l'&#233;ducation, la presse, les intellectuels d&#233;finissent les limites du discours acceptable. Et ils rendent moins n&#233;cessaire l'usage de m&#233;thodes coercitives, autoritaires, polici&#232;res. &#187; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les minorit&#233;s intelligentes, ou qui se croient telles, estiment en tout cas qu'elles ont vocation &#224; gouverner. Et que, lorsque ce pouvoir leur est d&#233;ni&#233;, c'est que le syst&#232;me ne fonctionne pas, qu'il y a une &#8216;crise des d&#233;mocraties'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes aujourd'hui le 29 mai. Il y a exactement cinq ans, une large majorit&#233; des Fran&#231;ais a vot&#233; contre un trait&#233; europ&#233;en. Les gouvernants, les deux principaux partis politiques, les m&#233;dias, les intellectuels dominants se sont &#233;trangl&#233;s devant tant d'audace. Et puis, ensemble, ils ont d&#233;cid&#233; que rien ne s'&#233;tait pass&#233;, que le trait&#233; refus&#233; serait mis en ouvre quand m&#234;me. Cela ne les a naturellement pas emp&#234;ch&#233;s de continuer &#224; protester contre tel ou tel manquement &#224; la d&#233;mocratie, surtout quand il intervenait &#224; l'&#233;tranger, de pr&#233;f&#233;rence dans un pays jug&#233; hostile aux int&#233;r&#234;ts occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, l'analyse critique des intellectuels et celle des m&#233;dias vont de pair. Car c'est ensemble qu'ils d&#233;finissent les limites &#224; ne pas d&#233;passer. Ce sont, nous dit Chomsky, &lt;i&gt;&#171; eux qui disent jusqu'o&#249; il est permis de s'aventurer. &#187; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec lui, aujourd'hui, nous sommes &#224; peu pr&#232;s assur&#233;s de nous aventurer au-del&#224; de ces discours autoris&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serge Halimi, 29 mai 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour &#233;couter l'intervention de Serge Halimi&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;div class=&#034;audio-wrapper&#034; style='width:400px;max-width:100%;'&gt; &lt;audio class=&#034;mejs mejs-4973 &#034; data-id=&#034;a2f69bf59ee30c497fc9d6db5291a4fe&#034; src=&#034;IMG/mp3/SergeHalimi.mp3&#034; type=&#034;audio/mpeg&#034; preload=&#034;none&#034; data-mejsoptions='{&#034;iconSprite&#034;: &#034;plugins-dist/medias/lib/mejs/mejs-controls.svg&#034;,&#034;alwaysShowControls&#034;: true,&#034;loop&#034;:false,&#034;audioWidth&#034;:&#034;100%&#034;}' controls=&#034;controls&#034; &gt;&lt;/audio&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;base64javascript89026478569e094fc287cb4.49110007&#034; title=&#034;PHNjcmlwdD4gdmFyIG1lanNwYXRoPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudC1hbmQtcGxheWVyLm1pbi5qcz8xNzcyODEzNjUxJyxtZWpzY3NzPSdwbHVnaW5zLWRpc3QvbWVkaWFzL2xpYi9tZWpzL21lZGlhZWxlbWVudHBsYXllci5taW4uY3NzPzE3NzI4MTM2NTEnOwp2YXIgbWVqc2xvYWRlcjsKKGZ1bmN0aW9uKCl7dmFyIGE9bWVqc2xvYWRlcjsidW5kZWZpbmVkIj09dHlwZW9mIGEmJihtZWpzbG9hZGVyPWE9e2dzOm51bGwscGx1Zzp7fSxjc3M6e30saW5pdDpudWxsLGM6MCxjc3Nsb2FkOm51bGx9KTthLmluaXR8fChhLmNzc2xvYWQ9ZnVuY3Rpb24oYyl7aWYoInVuZGVmaW5lZCI9PXR5cGVvZiBhLmNzc1tjXSl7YS5jc3NbY109ITA7dmFyIGI9ZG9jdW1lbnQuY3JlYXRlRWxlbWVudCgibGluayIpO2IuaHJlZj1jO2IucmVsPSJzdHlsZXNoZWV0IjtiLnR5cGU9InRleHQvY3NzIjtkb2N1bWVudC5nZXRFbGVtZW50c0J5VGFnTmFtZSgiaGVhZCIpWzBdLmFwcGVuZENoaWxkKGIpfX0sYS5pbml0PWZ1bmN0aW9uKCl7ITA9PT1hLmdzJiZmdW5jdGlvbihjKXtqUXVlcnkoImF1ZGlvLm1lanMsdmlkZW8ubWVqcyIpLm5vdCgiLmRvbmUsLm1lanNfX3BsYXllciIpLmVhY2goZnVuY3Rpb24oKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGU9ITAsaDtmb3IoaCBpbiBkLmNzcylhLmNzc2xvYWQoZC5jc3NbaF0pO2Zvcih2YXIgZiBpbiBkLnBsdWdpbnMpInVuZGVmaW5lZCI9PQp0eXBlb2YgYS5wbHVnW2ZdPyhlPSExLGEucGx1Z1tmXT0hMSxqUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KGQucGx1Z2luc1tmXSxmdW5jdGlvbigpe2EucGx1Z1tmXT0hMDtiKCl9KSk6MD09YS5wbHVnW2ZdJiYoZT0hMSk7ZSYmalF1ZXJ5KCIjIitjKS5tZWRpYWVsZW1lbnRwbGF5ZXIoalF1ZXJ5LmV4dGVuZChkLm9wdGlvbnMse3N1Y2Nlc3M6ZnVuY3Rpb24oYSxjKXtmdW5jdGlvbiBiKCl7dmFyIGI9alF1ZXJ5KGEpLmNsb3Nlc3QoIi5tZWpzX19pbm5lciIpO2EucGF1c2VkPyhiLmFkZENsYXNzKCJwYXVzaW5nIiksc2V0VGltZW91dChmdW5jdGlvbigpe2IuZmlsdGVyKCIucGF1c2luZyIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwbGF5aW5nIikucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNpbmciKS5hZGRDbGFzcygicGF1c2VkIil9LDEwMCkpOmIucmVtb3ZlQ2xhc3MoInBhdXNlZCIpLnJlbW92ZUNsYXNzKCJwYXVzaW5nIikuYWRkQ2xhc3MoInBsYXlpbmciKX1iKCk7YS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5IixiLCExKTsKYS5hZGRFdmVudExpc3RlbmVyKCJwbGF5aW5nIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlIixiLCExKTthLmFkZEV2ZW50TGlzdGVuZXIoInBhdXNlZCIsYiwhMSk7Zy5hdHRyKCJhdXRvcGxheSIpJiZhLnBsYXkoKX19KSl9dmFyIGc9alF1ZXJ5KHRoaXMpLmFkZENsYXNzKCJkb25lIiksYzsoYz1nLmF0dHIoImlkIikpfHwoYz0ibWVqcy0iK2cuYXR0cigiZGF0YS1pZCIpKyItIithLmMrKyxnLmF0dHIoImlkIixjKSk7dmFyIGQ9e29wdGlvbnM6e30scGx1Z2luczp7fSxjc3M6W119LGUsaDtmb3IoZSBpbiBkKWlmKGg9Zy5hdHRyKCJkYXRhLW1lanMiK2UpKWRbZV09alF1ZXJ5LnBhcnNlSlNPTihoKTtiKCl9KX0oalF1ZXJ5KX0pO2EuZ3N8fCgidW5kZWZpbmVkIiE9PXR5cGVvZiBtZWpzY3NzJiZhLmNzc2xvYWQobWVqc2NzcyksYS5ncz1qUXVlcnkuZ2V0U2NyaXB0KG1lanNwYXRoLGZ1bmN0aW9uKCl7YS5ncz0hMDthLmluaXQoKTtqUXVlcnkoYS5pbml0KTtvbkFqYXhMb2FkKGEuaW5pdCl9KSl9KSgpOzwvc2NyaXB0Pg==&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D'imaginaires &#171; th&#233;ories du complot &#187; comme arguments de propagande</title>
		<link>https://www.acrimed.org/D-imaginaires-theories-du-complot-comme-arguments-de-propagande</link>
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		<dc:date>2007-08-20T06:32:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Arnaud Rindel, Serge Halimi</dc:creator>


		<dc:subject>Daniel Schneidermann</dc:subject>
		<dc:subject>Philippe Val</dc:subject>
		<dc:subject>Philippe Corcuff</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;raldine Muhlmann</dc:subject>
		<dc:subject>&#034;Th&#233;ories du complot&#034;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Des amalgames enfantins, des insinuations diffamatoires et des impr&#233;cations sans r&#233;plique.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-2005-2012-Haro-sur-la-critique-des-medias-" rel="directory"&gt;2005-2012 : Haro sur la critique des m&#233;dias&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Daniel-Schneidermann-+" rel="tag"&gt;Daniel Schneidermann&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Philippe-Val-+" rel="tag"&gt;Philippe Val&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Philippe-Corcuff-+" rel="tag"&gt;Philippe Corcuff&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Geraldine-Muhlmann-+" rel="tag"&gt;G&#233;raldine Muhlmann&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Theories-du-complot-+" rel="tag"&gt;&#034;Th&#233;ories du complot&#034;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le texte dont nous publions ici une version &#233;court&#233;e est paru sous le titre &#171; La conspiration : Quand les journalistes (et leurs favoris) falsifient l'analyse critique des m&#233;dias &#187; dans Jean Bricmont et Julie Franck (sous la direction de), &lt;i&gt;Chomsky&lt;/i&gt;, Cahier de L'Herne, Paris, 2007, 356 pages, 39 &#8364;. Il est disponible dans sa &lt;a href=&#034;http://www.homme-moderne.org/societe/media/halimi/conspiration.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;version int&#233;grale sur le site de l'Homme moderne&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;Acrimed&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4270 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L200xH261/hernechomsky-15f09.jpg?1726253752' width='200' height='261' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;right&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour expliquer le fonctionnement des m&#233;dias de masse, nous ne recourons &#224; aucun moment &#224; l'hypoth&#232;se d'une conspiration.&lt;/i&gt; (Noam Chomsky et Edward S. Herman)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Noam Chomsky et Edward S. Herman, Manufacturing Consent. The Political (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[Les] pens&#233;es intentionnalistes et &#171; conspirationnistes &#187;, de Chomsky &#224; PLPL [&#8230;] tendent &#224; faire de l'intentionnalit&#233; malfaisante de quelques Puissants dans l'ombre (adoss&#233;s aux M&#233;dias) le principal dans les modes d'oppression&lt;/i&gt; (Philippe Corcuff)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Corcuff, &#171; Gauche de gauche : le cadavre bouge encore &#187;, octobre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'avoue que depuis quelques temps il m'arrive parfois d'entendre et de voir des choses que personne n'a jamais vues ni entendues&lt;/i&gt; (Nicolas Gogol, &lt;i&gt;Le journal d'un fou&lt;/i&gt;, 1835).&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/right&gt;
&lt;p&gt;Vouloir transformer toute analyse des structures de l'&#233;conomie et de l'information en &#171; th&#233;orie du complot &#187; ne constitue pas une falsification ordinaire. Elle s'inscrit dans une logique d'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis un quart de si&#232;cle, la contre-r&#233;volution n&#233;olib&#233;rale, la d&#233;composition des r&#233;gimes &#171; communistes &#187; et l'affaiblissement des syndicats ont concouru &#224; la renaissance puis &#224; l'h&#233;g&#233;monie d'une pens&#233;e individualiste. Les institutions collectives sont d&#233;mantel&#233;es ; celles que l'on &#233;difie sur leurs d&#233;combres privil&#233;gient le consommateur d&#233;saffili&#233;, l'&#171; individu sujet &#187;. Dor&#233;navant per&#231;ues comme &#171; marxistes &#187; et donc d&#233;valu&#233;es &#224; l'&#233;gal des r&#233;gimes qui se pr&#233;tendaient tels, les analyses structurelles de l'histoire, de la politique et des m&#233;dias sont par cons&#233;quent d&#233;daign&#233;es. Le refus de postuler que la spontan&#233;it&#233; des &#171; acteurs &#187; et l'&#233;lan imp&#233;tueux des &#171; droits de l'homme &#187; seraient les principes essentiels guidant la mondialisation expose au risque d'&#234;tre qualifi&#233; d'archa&#239;que, d'extr&#233;miste ou de parano&#239;aque. Et la trappe de la &#171; fin des id&#233;ologies &#187; condamne &#224; la pendaison les &#171; grands r&#233;cits collectifs &#187; construits autour d'une histoire sociale conflictuelle. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'app&#233;tit &#224; traquer partout les fragments d'une pens&#233;e individualiste en consonance avec l'air du temps, l'acharnement &#224; secourir des penseurs prestigieux de leurs &#233;garements suppos&#233;s n'&#233;pargnent plus ni Marx ni Proudhon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple la r&#233;cente biographie de Karl Marx (Jacques Attali, Karl (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Certains intellectuels et journalistes, autrefois issus de la gauche contestataire et qui dor&#233;navant convoitent d'autres espaces politiques, plus moelleux, n'ont en effet de cesse de reconstruire les r&#233;f&#233;rences qui les ont structur&#233;s politiquement pour pouvoir ensuite pr&#233;tendre &#234;tre demeur&#233;s fid&#232;les &#224; leurs engagements pass&#233;s, mais une fois ceux-ci compris avec un surcro&#238;t de maturit&#233; &#8212; et dig&#233;r&#233;s. N&#233;anmoins, quand les &#171; classiques &#187; de la contestation demeurent encore en vie, la relecture d&#233;-radicalis&#233;e de leurs travaux requiert leur concours (Toni Negri, J&#252;rgen Habermas). Chaque fois que l'assistance de ce dernier n'est pas acquise &#8212; ou quand il est certain que sa r&#233;cup&#233;ration sera impossible &#8212; le recyclage manipulateur doit c&#233;der le pas &#224; l'opposition frontale. Et alors, &#224; la guerre comme &#224; la guerre : contre les pourfendeurs de la &#171; complexit&#233; &#187;, la fin justifie les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte g&#233;n&#233;ral qu'il convient de replacer la stigmatisation de quiconque &#8212; Chomsky ou un autre &#8212; entreprend d'&#233;tudier un ensemble de contraintes syst&#233;miques, donc collectives, pour tenter d'en d&#233;duire le comportement vraisemblable des agents d'un champ donn&#233; (&#233;conomique, culturel, m&#233;diatique)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire, pour d'autres exemples : &#171; La critique des m&#233;dias &#187;, Pour Lire Pas Lu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e que des pesanteurs sociales produisent des effets distincts de ceux qu'enfanterait la seule volont&#233; des individus incommode assez naturellement tous ceux qui privil&#233;gient des d&#233;terminations priv&#233;es plus ou moins d&#233;politis&#233;es : choix du sujet, aptitude &#224; l'&#171; &#233;thique &#187; salvatrice qui prot&#232;ge le syst&#232;me contre ses &#171; exc&#232;s &#187;. A travers cette grille de lecture strictement individualiste, la critique d'une institution ne peut qu'appara&#238;tre comme une mise en cause de la moralit&#233; des individus qui la compose ; un dysfonctionnement g&#233;n&#233;ral - autre que ponctuel - ne saurait exister s'il n'a &#233;t&#233; intentionnellement et collectivement planifi&#233;. La multiplication des critiques formul&#233;es &#224; l'encontre des grands m&#233;dias a donc &#233;t&#233; trait&#233;e par ces m&#234;mes m&#233;dias comme un suppos&#233; &#171; retour des th&#233;ories du complot &#187;. Leur int&#233;r&#234;t affich&#233; pour ce th&#232;me a, comme souvent, &#171; spontan&#233;ment &#187; co&#239;ncid&#233; avec une recrudescence des essais diffus&#233;s en librairie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'ann&#233;e 2005 v&#238;t ainsi fleurir les ouvrages, couvertures de presse et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'ensemble s'est traduit par l'assimilation de plus en plus fr&#233;quente de toute critique de l'institution m&#233;diatique &#224; des conspirations imaginaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;mission &#171; Arr&#234;t sur images &#187; en a fourni r&#233;cemment deux exemples. Devant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;- I -&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;D'embl&#233;e, il faut souligner le paradoxe de la plupart des attaques contre &#171; Pierre Bourdieu &#187; ou &#171; Noam Chomsky &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Souvent il s'agit de noms g&#233;n&#233;riques qui permettent d'affecter de ne pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . On reproche &#224; ces deux auteurs de ne pas reconna&#238;tre le caract&#232;re presque spontan&#233; de la transformation &#233;conomique du dernier quart de si&#232;cle, li&#233;e &#224; des ph&#233;nom&#232;nes pos&#233;s comme &#171; naturels &#187; et d&#233;tach&#233;s d'une intention politique et sociale (&#171; mondialisation &#187;, &#171; r&#233;volution technologique &#187;). N&#233;anmoins, on les pourfend simultan&#233;ment pour avoir &#233;nonc&#233; que des d&#233;terminations collectives contraindraient la volont&#233; individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La juxtaposition de ces deux reproches aboutit &#224; sugg&#233;rer que l'homme serait autonome vis-&#224;-vis de son groupe social, mais la soci&#233;t&#233; des hommes impuissante contre le march&#233;. D&#233;duire les comportements des particuliers de leur socialisation (y compris par l'information, plus ou moins biais&#233;e, qu'ils re&#231;oivent sur leur environnement) et chercher &#224; expliquer des politiques &#233;conomiques par les int&#233;r&#234;ts d'une classe au pouvoir oblige &#224; devoir se d&#233;fendre de croire en un &#171; &lt;i&gt;ordre n&#233; d'un complot &#224; la mani&#232;re d'un nouveau protocole des Sages de Sion&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Site ultra lib&#233;ral du Chat borgne, .&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est imputer une vision sociale bien na&#239;ve, pour ne pas dire enfantine &#224; des intellectuels radicaux. Plut&#244;t que n&#233;e dans le cerveau de &#171; Chomsky &#187; ou de &#171; Bourdieu &#187;, on la croit volontiers produite par celui d'un adolescent projetant sur eux ses fantasmes n&#233;s d'une fr&#233;quentation trop exclusive des romans d'espionnage et des s&#233;ries t&#233;l&#233;vis&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire l'article de Laurent Joffrin, alors directeur de la r&#233;daction de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1988, l'&#233;conomiste Edward S. Herman et le linguiste Noam Chomsky publient un ouvrage devenu l'une des r&#233;f&#233;rences de la critique radicale des medias, &lt;i&gt;Manufacturing Consent. Political economy of the mass media &lt;/i&gt;(&lt;i&gt;La fabrication du consentement. L'&#233;conomie politique des m&#233;dias de masse&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Noam Chomsky et Edward S. Herman, Manufacturing Consent, op. cit. Quinze ans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les auteurs y argumentent que les entreprises m&#233;diatiques, loin d'&#233;clairer la r&#233;alit&#233; du monde social, v&#233;hiculent une image de ce monde conforme aux int&#233;r&#234;ts des pouvoirs &#233;tablis (&#233;conomiques et politiques).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;actions de la plupart des journalistes en vue sont &#224; l'image du commentaire de Tom Wolfe, &#233;crivain am&#233;ricain &#8211; et p&#232;re du &#171; nouveau journalisme &#187;. Il tranche avec d&#233;dain : &#171; &lt;i&gt;C'est la vieille th&#233;orie de la cabale qui veut que quelque part autour d'un bureau feutr&#233; une bande de capitalistes tire les ficelles. Ces bureaux n'existent pas. Je regrette d'avoir &#224; le dire &#224; Noam Chomsky&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire Mark Achbar, Manufacturing Consent. Noam Chomsky and the media, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Depuis lors, le linguiste n'a cess&#233; de r&#233;p&#233;ter que son analyse ne reposait sur aucune forme de conspiration. Et qu'il avan&#231;ait &lt;i&gt;&#171; exactement l'inverse &#187;&lt;/i&gt; de la caricature que Tom Wolfe lui pr&#234;tait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui pouvait &#224; la rigueur passer pour un malentendu en 1988 est devenu, en g&#233;n&#233;ral sous des plumes infiniment moins talentueuses et divertissantes que celle de Tom Wolfe, un proc&#233;d&#233; de disqualification ordinaire. Il est d'autant plus courant quand ses utilisateurs, situ&#233;s sur l'espace progressiste de la com&#232;te politique, per&#231;oivent en Chomsky un emp&#234;cheur de moraliser en rond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, pays o&#249; cette campagne ne para&#238;t conna&#238;tre aucun r&#233;pit, ce sont donc surtout des p&#233;riodiques et des intellectuels catalogu&#233;s &#224; &#171; gauche &#187; qui se sont acharn&#233;s &#224; falsifier les travaux et les conclusions du linguiste am&#233;ricain afin de maintenir vivace sa &#171; mauvaise r&#233;putation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire Jean Bricmont, &#171; Folies &amp; raisons d'un processus de d&#233;nigrement. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la r&#233;daction de &lt;i&gt;Manufacturing Consent&lt;/i&gt;, Chomsky et Herman pressentaient l'orage &#224; venir. &#171; Les critiques institutionnelles, telles que celle que nous pr&#233;sentons dans cet ouvrage sont souvent discr&#233;dit&#233;s par les commentateurs de l'establishment comme &#233;tant des &#8220;th&#233;ories du complot&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Noam Chomsky et Edward S. Herman, Manufacturing Consent. The Political (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Pour tenter d'y rem&#233;dier, ils prenaient soin de pr&#233;ciser, d&#232;s la pr&#233;face : &#171; Pour expliquer le fonctionnement des m&#233;dias de masse, nous ne recourons &#224; aucun moment &#224; l'hypoth&#232;se d'une conspiration &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette double pr&#233;caution aurait d&#251; para&#238;tre inutile. Aux yeux d'un lecteur normalement constitu&#233;, l'analyse propos&#233;e dans &lt;i&gt;Manufacturing Consent&lt;/i&gt; a en effet &#224; peu pr&#232;s autant de chances de passer pour une th&#233;orie du complot qu'un champ de tournesols pour une batterie de casseroles. Le propos du livre souligne que les forces qui conduisent les m&#233;dias &#224; produire une information politiquement et socialement orient&#233;e, loin d'&#234;tre enfant&#233;es par l'amoralit&#233; de certains individus, tiennent avant tout &#224; des m&#233;canismes inscrits dans la structure m&#234;me de l'institution m&#233;diatique &lt;strong&gt;&#8211;&lt;/strong&gt; son mode d'organisation et de fonctionnement en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Chomsky et Herman, ces m&#233;canismes op&#232;rent sous forme de &#171; filtres &#187;, de &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt; facteurs institutionnels qui fixent les limites &#224; ne pas franchir dans la diffusion des faits et leur interpr&#233;tation, au sein des institutions &#224; caract&#232;re id&#233;ologique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peter Mitchel et John Schoeffel, Understanding Power. The indispensable (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier filtre tient &#224; la nature des propri&#233;taires des m&#233;dias dominants. D&#233;tenus par des oligopoles priv&#233;s, ces moyens d'information et de communication sont mus par la logique du profit maximum. &lt;br /&gt;
Le second filtre renvoie aux sources de financement des grandes entreprises m&#233;diatiques. Leurs recettes proviennent principalement de leurs clients &lt;strong&gt;&#8211;&lt;/strong&gt; les annonceurs &lt;strong&gt;&#8211;&lt;/strong&gt; auxquels elles vendent des taux d'audience. &lt;br /&gt;
Le troisi&#232;me filtre concerne les sources d'information privil&#233;gi&#233;es par les journalistes. &lt;br /&gt;
Le quatri&#232;me correspond aux protestations adress&#233;es aux responsables de la presse, lesquelles contribuent &#224; appr&#233;cier les limites de ce qui est diffusable sans risque. &lt;br /&gt;
Le dernier filtre est celui des pr&#233;suppos&#233;s id&#233;ologiques dominants, int&#233;rioris&#233;s par les journalistes et qui guident leur interpr&#233;tation de l'actualit&#233; comme le compte rendu qu'ils en font. Dans les ann&#233;es 80, le pr&#233;suppos&#233; dominant &#233;tait l'id&#233;ologie anticommuniste. Il est d&#233;sormais &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt; &lt;i&gt;surpass&#233; par une force id&#233;ologique plus puissante encore, celle de la croyance dans le &#8220;miracle du march&#233;&#8221; (selon l'expression de Reagan)&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Noam Chomsky et Edward S. Herman, Manufacturing Consent, op. cit., p. XVII.&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cadre d'interpr&#233;tation g&#233;n&#233;ral d&#233;termine le traitement r&#233;serv&#233; aux politiques, gouvernements et interlocuteurs &#171; orthodoxes &#187;. Ils sont syst&#233;matiquement valoris&#233;s et leurs erreurs, voire leurs crimes, paraissent toujours moins atroces que ceux que commettraient des &#171; dissidents &#187; au syst&#232;me de croyance dominant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces cinq filtres ont une particularit&#233; commune. Tous favorisent le contr&#244;le et l'orientation de l'information dans un sens conforme aux int&#233;r&#234;ts priv&#233;s. &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt; &lt;i&gt;Les m&#234;mes sources de pouvoir sous jacentes qui poss&#232;dent les m&#233;dias et les financent en tant qu'annonceurs, qui jouent le r&#244;le de &#8220;d&#233;finisseur primaire&#8221; des &#8220;nouvelles&#8221;, qui produisent les &#8220;tirs de barrage&#8221; et les experts orthodoxes, jouent &#233;galement un r&#244;le cl&#233; dans la d&#233;finition des principes de base et des id&#233;ologies dominantes&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p.XI&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;- II -&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Sorti &#224; Paris en 1993 sous le titre &lt;i&gt;Chomsky, les m&#233;dias et les illusions n&#233;cessaires,&lt;/i&gt; le documentaire de Peter Wintonick et Marc Achbar (&lt;i&gt;Manufacturing Consent : Noam Chomsky and the media)&lt;/i&gt; a permis de constater que, malgr&#233; les pr&#233;cautions des auteurs, l'assimilation de leur travail sur les m&#233;dias &#224; une &#171; th&#233;orie du complot &#187; est aussi ancienne que r&#233;currente. Pas une r&#233;union publique film&#233;e par les r&#233;alisateurs ne semble se tenir sans qu'un participant n'entreprenne de demander des comptes &#224; Chomsky sur les d&#233;lires parano&#239;aques qui lui sont imput&#233;es. Alors, de d&#233;bats en conf&#233;rences, le linguiste r&#233;p&#232;te. &lt;i&gt;&#171; Une des donn&#233;es structurelles du capitalisme entrepreneurial est que les &#8220;joueurs&#8221; doivent accro&#238;tre leurs profits et leurs parts de march&#233;s &#8211; s'ils ne le font pas, ils seront &#233;limin&#233;s de la partie. Aucun &#233;conomiste ne l'ignore : ce n'est pas une th&#233;orie du complot de le souligner, c'est simplement prendre en compte un fait caract&#233;ristique de cette institution&lt;/i&gt; Noam Chomsky &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Peter Mitchel et John Schoeffel, &lt;i&gt;Understanding Power&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p.26.]] &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais rien n'y fait. En 2002, l'&#233;ditorialiste Philippe Val, patron d'un hebdomadaire satirique longtemps class&#233; &#224; gauche, &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, inquiet de l'influence radicale de Noam Chomsky, entreprend de la contrecarrer dans trois &#233;ditoriaux successifs, d'autant plus vindicatifs qu'ils fourmillaient d'erreurs. La transcription en fran&#231;ais d'une des conf&#233;rences du linguiste, donn&#233;e onze ans plus t&#244;t&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Noam Chomsky, Propaganda, Le F&#233;lin, coll. &#171; Danger Public &#187;, Paris, 2002. Il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a suffi &#224; Philippe Val pour aboutir &#224; ce verdict : &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt; &lt;i&gt;Pour lui &lt;/i&gt;[Chomsky]&lt;i&gt;, l'information &lt;/i&gt;[&#8230;]&lt;i&gt; n'est que propagande&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Val, &#171; Noam Chomsky dans son mandarom &#187;, Charlie Hebdo, 19 juin 2002.&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Une fois de plus, Chomsky rab&#226;chera alors : &lt;i&gt;&#171; Je n'ai jamais dit que tous les m&#233;dias n'&#233;taient que propagande. Loin de l&#224;. Ils offrent une grande masse d'informations pr&#233;cieuses et sont m&#234;me meilleurs que par le pass&#233; &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;mais il y a beaucoup de propagande&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Noam Chomsky, T&#233;l&#233;rama, 07 mai 2003.&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pire sourd&#8230; Au m&#234;me moment, Daniel Schneidermann, journaliste sp&#233;cialis&#233; dans l'observation des m&#233;dias, &#171; r&#233;sume &#187; &#224; son tour &#171; &lt;i&gt;la th&#232;se &lt;/i&gt;[...]&lt;i&gt; du linguiste Noam Chomsky &lt;/i&gt; &#187; : &lt;i&gt;&#171; Asservis au lobby militaro industriel, ob&#233;issant au doigt et &#224; l'&#339;il &#224; des consignes politiques, ils &lt;/i&gt;[les m&#233;dias]&lt;i&gt; n'ont de cesse de d&#233;biter des futilit&#233;s au kilom&#232;tre, pour emp&#234;cher &#034;la masse imb&#233;cile&#034; de r&#233;fl&#233;chir &#224; l'essentiel&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Schneidermann, Le cauchemar m&#233;diatique, Deno&#235;l Impact, Paris, 2003, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt; &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1996, Edward Herman avait pourtant lui aussi pr&#233;cis&#233; les choses : &lt;i&gt;&#171; Nous avons soulign&#233; que ces filtres fonctionnement essentiellement par l'interm&#233;diaire des actions ind&#233;pendantes de nombreux individus et organisations, qui peuvent parfois, mais pas toujours, avoir des points de vue similaires et des int&#233;r&#234;ts communs. En bref, le mod&#232;le de propagande d&#233;crit un syst&#232;me de traitement et de r&#233;gulation d&#233;centralis&#233; et &#8220;non-conspiratonniste&#8221; s'apparentant &#224; un syst&#232;me de march&#233;, bien que le gouvernement ou un ou plusieurs acteurs priv&#233;s puissent parfois prendre des initiatives et mettre en &#339;uvre une action coordonn&#233;e des &#233;lites sur un sujet pr&#233;cis&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edward S. Herman, &#171; The propaganda model revisited &#187;, Monthly Review, New (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si je parlais de l'Union Sovi&#233;tique&lt;/i&gt;, compl&#233;tait Chomsky, &lt;i&gt;et que je disais, &#8220;regardez, voici ce que le bureau politique a d&#233;cid&#233;, et ensuite le Kremlin a fait &#231;a&#8221;, personne ne qualifierait cela de &#8220;th&#233;orie conspirationniste&#8221; &#8211; tout le monde comprendrait que je parle seulement de d&#233;cisions planifi&#233;es. Seulement voil&#224;, ironisait le linguiste, &#171; ici, personne ne planifie jamais rien : nous agissons guid&#233;s uniquement pas une sorte de bienveillance universelle, en tr&#233;buchant de temps en temps ou en faisant parfois des erreurs. [&#8230;] D&#232;s que vous d&#233;crivez des r&#233;alit&#233;s &#233;l&#233;mentaires, et attribuez une rationalit&#233; minimale aux pouvoirs en place&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;c'est une th&#233;orie conspirationniste&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Understanding Power, op. cit., p.390.&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peine perdue. En 2004, G&#233;raldine Muhlmann publie &lt;i&gt;Du journalisme en d&#233;mocratie&lt;/i&gt;. Le livre, qui lui vaut aussit&#244;t un d&#233;luge de critiques louangeuses, r&#233;sume les 400 pages de &lt;i&gt;Manufacturing Consent&lt;/i&gt; en une douzaine de lignes attribuant doctement aux deux auteurs un &lt;i&gt;&#171; sch&#233;ma public innocent / journalistes malfaisants, le premier &#233;tant pris en otage par les seconds&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;raldine Muhlmann, Du journalisme en d&#233;mocratie, Payot, Paris, 2004, p.28.&#034; id=&#034;nh4-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nombre des louanges que lui vaut ce r&#233;sum&#233; particulier, G&#233;raldine Muhlmann re&#231;oit ceux de Philippe Corcuff. Cet universitaire lyonnais a fait de la &#171; complexit&#233; &#187; une de ses marques de fabrique (au point qu'il est sans doute l'un des seuls au monde &#224; avoir compris le sens et l'int&#233;r&#234;t du concept, assur&#233;ment complexe, de &#171; social-d&#233;mocratie libertaire &#187; dont il est l'auteur). Il d&#233;couvre pourtant &#224; son tour en Pierre Bourdieu, en Noam Chomsky (mais aussi en Acrimed et en &lt;i&gt;PLPL&lt;/i&gt;) une &lt;i&gt;&#171; rh&#233;torique du &#8220;complot&#8221;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; qui valorise &#171; &lt;i&gt; l'intentionnalit&#233; de quelques acteurs &#8220;puissants&#8221; &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Corcuff, &#171; De quelques aspects marquants de la sociologie de Pierre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il a fallu assur&#233;ment que Philippe Corcuff empile tous ses talents de ma&#238;tre de conf&#233;rences en science politique, de militant de la LCR et de membre du conseil scientifique d'Attac pour que l'analyse &#171; structurelle &#187; des m&#233;dias se voit ainsi ramen&#233;e &#224; la &#171; rh&#233;torique de quelques acteurs &#187;. Cette prouesse lui a valu d'&#234;tre &#224; son tour encens&#233; par Edwy Plenel, ancien directeur de la r&#233;daction du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, qui d&#233;sormais s'inqui&#232;te lui aussi de &#171; &lt;i&gt;cette vision du monde&lt;/i&gt; &#187; dans laquelle &lt;i&gt;&#171; il n'y a place que pour des machinations individuelles&lt;/i&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edwy Plenel, Proc&#232;s, Stock, 2005, p.78. Un an plus t&#244;t, Edwy Plenel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;- III -&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Ces charges incessantes pr&#233;sentent une caract&#233;ristique commune : elles se limitent toutes &#224; d&#233;pr&#233;cier les &lt;i&gt;conclusions&lt;/i&gt; de Chomsky, sans jamais &#233;voquer les preuves qui viennent les &#233;tayer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examiner les faits rapport&#233;s par les auteurs avant de pr&#233;tendre trancher sur leur interpr&#233;tation devrait constituer un pr&#233;alable &#224; toute discussion s&#233;rieuse. Mais on per&#231;oit aussit&#244;t le probl&#232;me qui na&#238;trait de tels scrupules. Il faudrait alors se frotter &#224; la masse d'observations &#8211; rigoureuses et d&#233;taill&#233;es &#8211; pr&#233;sent&#233;es par Chomsky et Herman pour fonder leurs analyses. Et si au terme d'un tel examen, on devait admettre la r&#233;alit&#233; des d&#233;formations rapport&#233;es, il ne suffirait plus de discr&#233;diter l'explication avanc&#233;e par les auteurs : il deviendrait urgent d'en proposer une autre. La tentative de ramener cette d&#233;sinformation &lt;i&gt;ordinaire&lt;/i&gt; &#224; des &#171; emballements &#187; &lt;i&gt;extra-ordinaires&lt;/i&gt; ou &#224; des &#171; imperfections in&#233;vitables &#187; ne saurait suffire &#8211; surtout apr&#232;s que chacun ait signifi&#233; &#224; quel point le r&#244;le de l' &#171; information &#187; constituait un marqueur fondamental entre d&#233;mocratie et dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;nonciation de la pr&#233;tendue th&#233;orie du complot de Chomsky &#8211; et de ceux qui en France, recourent au m&#234;me type d'analyse institutionnelle &#8211; se limite donc, sagement, &#224; marteler un reproche infond&#233;. Aux yeux de la masse des non-lecteurs des travaux incrimin&#233;s, la r&#233;p&#233;tition de la m&#234;me imputation vaudra confirmation de sa v&#233;racit&#233; &#8211; et invitation &#224; ne pas s'ab&#238;mer dans une lecture pr&#233;sent&#233;e comme aussi fruste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les assauts r&#233;p&#233;t&#233;s contre la critique radicale des m&#233;dias d&#233;voilent par ailleurs une contradiction intellectuelle. D'une part, les assaillants reprochent aux deux critiques de d&#233;fendre l'id&#233;e d'une conspiration ourdie dans l'ombre. Mais, au m&#234;me moment, ils rel&#232;vent que cette &#171; th&#233;orie du complot &#187; a recours &#224; des documents publics, &#224; des citations de presse, preuve que cette critique se r&#233;fute d'elle-m&#234;me, et que la couverture m&#233;diatique des sujets controvers&#233;s serait en r&#233;alit&#233; ad&#233;quate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, d&#232;s lors que, de l'aveu m&#234;me de ses adversaires, la critique radicale s'appuie sur des documents publics, des int&#233;r&#234;ts transparents et publiquement &#233;nonc&#233;s, comment pourrait-elle renvoyer &#224; des comploteurs tapis dans d'obscurs &#171; bureaux feutr&#233;s &#187; ? La r&#233;ponse est d&#233;j&#224; trouv&#233;e : puisque que la critique des m&#233;dias &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; une &#171; th&#233;orie du complot &#187;, la transparence des logiques qu'elle &#233;claire&#8230; prouve son ineptie ! Nicole Bacharan, charg&#233;e de cours &#224; l'Institut d'&#233;tudes politiques de Paris, explique ainsi, matoise : &lt;i&gt;&#171; Ce qui &#224; mon sens&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;d&#233;fait totalement la th&#233;orie du complot &#224; cet &#233;gard, c'est que c'est tr&#232;s, tr&#232;s clair. Les int&#233;r&#234;ts &lt;/i&gt;[...] &lt;i&gt;ne sont pas cach&#233;s, il n'y a pas besoin d'aller soulever des coins d'ombre&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nicole Bacharan, &#171; De quoi j'me m&#234;le : Tous manipul&#233;s ? &#187;, Arte, 13 avril 2004.&#034; id=&#034;nh4-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il vaut ici de noter que la charg&#233;e de cours est &#233;galement une commentatrice, aussi omnipr&#233;sente que peu reconnue par ses pairs universitaires, de la politique am&#233;ricaine dans les m&#233;dias fran&#231;ais. La surface journalistique est d'ailleurs en g&#233;n&#233;ral proportionnelle &#224; la disposition &#224; fustiger&#8230; le simplisme de la critique radicale du journalisme. Qu'on ne cherche nulle &#171; th&#233;orie du complot &#187; dans cette remarque ancr&#233;e dans une observation psychologique tout &#224; fait ordinaire : un syst&#232;me qui fait appel &#224; vous (et qui vous r&#233;mun&#232;re, vous promeut) ne saurait jamais &#234;tre tout &#224; fait mauvais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Odieux quand on cro&#238;t le d&#233;busquer sous la plume de Chomsky (qui n'y a jamais recours), l'usage, usuel, d'un champ lexical &#171; conspirationniste &#187; ne provoque en revanche aucune protestation quand on le retrouve dans la bouche ou dans les textes des avocats du syst&#232;me social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, lors des gr&#232;ves du printemps 2003, le ministre de l'&#233;ducation nationale fran&#231;ais de l'&#233;poque, le philosophe m&#233;diatique Luc Ferry, s'indignait du comportement des enseignants en d&#233;non&#231;ant &#224; plusieurs reprises &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt; &lt;i&gt;une campagne de d&#233;sinformation&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Luc Ferry, &#171; Pi&#232;ce &#224; conviction &#187;, France 3, 5 juin 2003.&#034; id=&#034;nh4-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;. Deux ans plus tard, les lyc&#233;ens en col&#232;re lui parurent &lt;i&gt;&#171; manipul&#233;s &#187; &lt;/i&gt;par leurs professeurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Ferry / Julliard &#187;, LCI, 12 f&#233;vrier 2005.&#034; id=&#034;nh4-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Curieusement, nul ne reprocha &#224; l'essayiste-ministre de propager une image simpliste et uniforme d'un corps de m&#233;tier, ou une vision &#171; conspirationniste &#187; d'un mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, G&#233;raldine Muhlmann n'est pas souvent soup&#231;onn&#233;e de d&#233;fendre une th&#233;orie du complot, d'exag&#233;rer le caract&#232;re secret et les ressorts inavou&#233;s des dynamiques sociales quand elle s'interroge sur l'utilit&#233; du journalisme qui devrait davantage &lt;i&gt;&#171; aller voir o&#249; en g&#233;n&#233;ral personne ne va, dans les lieux cach&#233;s&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;raldine Muhlmann, &#171; Id&#233;es &#187;, RFI, 16 mai 2004, 0h10 TU (Temps Universel).&#034; id=&#034;nh4-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;. Le m&#234;me reproche ne fut pas non plus oppos&#233; &#224; Laurent Joffrin lorsqu'il s'exclama qu'&#171; &lt;i&gt;&#233;videmment, les pouvoirs cachent les choses&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BFM, 15 octobre 2004, 13h30.&#034; id=&#034;nh4-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, pas plus qu'&#224; Daniel Schneidermann au moment o&#249; le chroniqueur du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; &#233;crivait : &lt;i&gt;&#171; Etre journaliste, c'est ne croire rien ni personne, savoir que tous mentent, qu'il faut tout v&#233;rifier en permanence&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Schneidermann, Du journalisme apr&#232;s Bourdieu, Editions Fayard, 1999, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;. D&#233;sinformation, tromperies, v&#233;rit&#233;s cach&#233;es, mensonges, complicit&#233;&#8230; quel critique des m&#233;dias, m&#234;me radical, emploierait impun&#233;ment un tel vocabulaire ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cela sans compter les p&#233;riodiques qui titrent r&#233;guli&#232;rement sur des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les pourfendeurs de l'&#171; analyse institutionnelle &#187; sont en peine &#8211; et pour cause &#8211; d'expliquer en quoi celle-ci constituerait une vision &#171; conspirationniste &#187;, ils proc&#232;dent par amalgame. Si ce n'est toi, c'est donc ton fr&#232;re&#8230; Ainsi, se penchant sur le terreau ayant favoris&#233; l'irruption de Thierry Meyssan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans son ouvrage, L'Effroyable imposture (Carnot, Paris, 2002), Thierry (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sur la sc&#232;ne m&#233;diatique, Daniel Schneidermann a associ&#233; dans un m&#234;me passage X-files, Michael Moore, David Vincent (h&#233;ros d'une s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e des ann&#233;es 60 ayant pour th&#232;me l'invasion extra-terrestre), le film &lt;i&gt;JFK&lt;/i&gt; d'Oliver Stone (attribuant l'assassinat de Kennedy &#224; un complot) et &lt;i&gt;&#171; la th&#232;se depuis de longues d&#233;cennies du linguiste Noam Chomsky&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Schneidermann, Le Cauchemar M&#233;diatique, op. cit., pp.121-122. On (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le camp des parano&#239;aques est d&#233;limit&#233; avec &#233;norm&#233;ment de g&#233;n&#233;rosit&#233;, les arri&#232;re-pens&#233;es qu'on lui pr&#234;te sont plus &#233;troites. Pour G&#233;raldine Muhlmann, la critique radicale qui &lt;i&gt;&#171; n'est pas claire sur ses implicites&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;raldine Muhlmann, &#171; La critique en reste au coup de gueule &#187; (entretien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187;, aurait tendance &#224; &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt; &lt;i&gt;glisser, parfois, sur une pente antid&#233;mocratique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;raldine Muhlmann, &#171; Le travail du regard chez le journaliste &#187; (entretien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;. Nicolas Weill, journaliste au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, f&#233;licita aussit&#244;t la philosophe amie des m&#233;dias d'avoir per&#231;u cette &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt; &lt;i&gt;tendance non assum&#233;e &#224; l'antid&#233;mocratisme&lt;/i&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;. Il regrettait cependant que &lt;i&gt;&#171; L'analyse n'a&lt;/i&gt;[it]&lt;i&gt; pas &#233;t&#233; pouss&#233;e jusqu'au point o&#249; la critique du journalisme au XIXe et au d&#233;but du XXe si&#232;cle &#233;pouse un autre ph&#233;nom&#232;ne : celui de l'antis&#233;mitisme&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nicolas Weill, &#171; Le journalisme au-del&#224; du m&#233;pris &#187;, Le Monde des livres, 2 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, des &#233;lites intellectuelles et m&#233;diatiques reprochent &#224; l'analyse institutionnelle tout et son contraire, exigent d'elle qu'elle respecte des principes qu'ils n'appliquent pas aux autres, la r&#233;duisent &#224; une vague opinion en occultant toute la part d'argumentation rationnelle qui fonde sa l&#233;gitimit&#233;, n'informent pas sur cette critique (et ne s'informent sans doute pas eux m&#234;me &#224; son sujet), limitent leurs seuls &#171; arguments &#187; &#224; des amalgames enfantins, des insinuations diffamatoires et des impr&#233;cations sans r&#233;plique. Ces attaques rec&#232;lent par cons&#233;quent toutes les caract&#233;ristiques de la propagande&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serge Halimi &amp; Arnaud Rindel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;janvier 2006&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.homme-moderne.org/societe/media/halimi/conspiration.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Version int&#233;grale sur le site de l'Homme moderne&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;Acrimed&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Noam Chomsky et Edward S. Herman, Manufacturing Consent. The Political Economy of the Mass Media, Pantheon Books, New York, (1998) 2002, p.IX.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Corcuff, &#171; Gauche de gauche : le cadavre bouge encore &#187;, octobre 2004 &lt;span class='ressource spip_out'&gt;&lt;&lt;a href=&#034;http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=10032&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://bellaciao.org/fr/article.php...&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt;
. Philippe Corcuff est un universitaire fran&#231;ais, par ailleurs chroniqueur &#224; Charlie Hebdo au moment de ses attaques contre Bourdieu, Chomsky et, plus g&#233;n&#233;ralement, contre la critique radicale des m&#233;dias - dont PLPL (Pour lire pas lu) &#233;tait, avec le site Acrimed (Action Critique M&#233;dia), l'un des principaux organes. Au nom d'Acrimed, le sociologue Patrick Champagne a r&#233;pliqu&#233; au chroniqueur de Charlie Hebdo dans &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article1572.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Philippe Corcuff, critique &#8220;intelligent&#8221; de la critique des m&#233;dias &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple la r&#233;cente biographie de Karl Marx (Jacques Attali, &lt;i&gt;Karl Marx ou l'esprit du monde&lt;/i&gt;, Fayard, 2005), de laquelle l'essayiste, ancien conseiller de Fran&#231;ois Mitterrand, puis banquier, retient surtout que l'auteur du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#171; &#233;crit tout le temps qu'il est pour la mondialisation, qu'il est pour le capitalisme, qu'il est pour le lib&#233;ralisme &#233;conomique, qu'il est pour la bourgeoisie. &#187; &lt;/i&gt;(France culture, 22 juin 2005). Une &#171; lecture &#187; martel&#233;e tout au long de son interminable tourn&#233;e de promotion m&#233;diatique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire, pour d'autres exemples : &#171; La critique des m&#233;dias &#187;, &lt;i&gt;Pour Lire Pas Lu&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;PLPL&lt;/i&gt;) n&#176;20, Juin-Aout 2004 ; &#233;galement la rubrique &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/rubrique246.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Haro sur la critique des m&#233;dias &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'ann&#233;e 2005 v&#238;t ainsi fleurir les ouvrages, couvertures de presse et dossiers sp&#233;ciaux consacr&#233;s &#224; ce th&#232;me. Entre autres : Antoine Vitkine, &lt;i&gt;Les nouveaux imposteurs&lt;/i&gt;, La martini&#232;re, Paris, 2005 ; V&#233;ronique Campion-vincent, &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; parano. Th&#233;ories du complot, menaces et incertitudes&lt;/i&gt;, Payot, 2005 ; Pierre-Andr&#233; Taguieff, &lt;i&gt;La foire aux illumin&#233;s. Esot&#233;risme, th&#233;orie du complot, extr&#233;misme&lt;/i&gt;, Mille et une nuits, 2005 ; Fr&#233;d&#233;ric Charpier, &lt;i&gt;L'Obsession du complot&lt;/i&gt;, Bourin &#233;diteur, 2005. La sortie de ces ouvrages fut accompagn&#233;e &#8211; au moins pour les trois premiers - d'articles de presse &#233;logieux dans les principaux quotidiens et hebdomadaires et de multiples apparitions m&#233;diatiques de leurs auteurs. De son c&#244;t&#233;, le magazine &lt;i&gt;TOC&lt;/i&gt; consacra un dossier &#224; &#171; La mode des complots &#187; (mars 2005). &lt;i&gt;Le magazine Litt&#233;raire&lt;/i&gt; fit de m&#234;me avec &#171; La paranoia &#187; (juillet-aout 2005) avant que &lt;i&gt;Le Monde 2&lt;/i&gt; ne s'int&#233;resse au &#171; retour des th&#233;ories du complot &#187; (5 novembre 2005). L'ann&#233;e 2005 vit &#233;galement la parution d'une bande dessin&#233;e de Will Eisner sur l'histoire des Protocoles des Sages de Sion (&lt;i&gt;Le Complot&lt;/i&gt;, Grasset), ainsi que la sortie dans les salles de cin&#233;ma d'un documentaire du cin&#233;aste am&#233;ricain Marc Levin sur le m&#234;me th&#232;me (&lt;i&gt;Les protocoles de la rumeur&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'&#233;mission &#171; Arr&#234;t sur images &#187; en a fourni r&#233;cemment deux exemples. Devant la mise en question de l'image que ses reportages v&#233;hiculent de l'Islam, le journaliste Mohamed Sifaoui r&#233;pliqua aussit&#244;t : &#171; &lt;i&gt;En gros, si je r&#233;sume, c'est : depuis 30 ans, tous les m&#233;dias fran&#231;ais se sont mis d'accord, parce qu'il y a un &#233;norme complot contre la communaut&#233; musulmane,&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;cette d&#233;marche intellectuellement est totalement insens&#233;e et idiote, parce que elle repose d&#233;j&#224; sur une question de complot&lt;/i&gt; &#187; (France 5, 16 octobre 2005). Deux mois plus tard, interrog&#233; sur les menaces de sanction des industriels envers les journalistes qui se risqueraient &#224; critiquer leur produits, Alain Grang&#233;-Cabane, pr&#233;sident de la F&#233;d&#233;ration des industries de la parfumerie, r&#233;torque &#224; son tour : &#171; &lt;i&gt;Je me demande si c'est pas un peu aussi la th&#233;orie du complot qui surgit partout. Les horribles annonceurs seraient l&#224; pour essayer d'&#233;touffer la v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;. &#187; (France 5, 4 d&#233;cembre 2005).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Souvent il s'agit de noms g&#233;n&#233;riques qui permettent d'affecter de ne pas r&#233;pondre directement &#224; d'autres intervenants envers qui on souhaite feindre le m&#233;pris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Site ultra lib&#233;ral du Chat borgne, &lt;span class='ressource spip_out'&gt;&lt;&lt;a href=&#034;http://www.chatborgne.com/accueil/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.chatborgne.com/accueil/&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt;
.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire&lt;i&gt; &lt;/i&gt;l'article de Laurent Joffrin, alors directeur de la r&#233;daction de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, assimilant les analyses de Pierre Bourdieu et consorts &#224; une &lt;i&gt;&#171; vision fantasmagorique, d&#233;structurante et parano&#239;aque du&lt;/i&gt; &lt;i&gt;monde &#187;&lt;/i&gt;, un &#171; &lt;i&gt;bizarre croisement entre X-files et Maurice Thorez &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Lib&#233;ration, &lt;/i&gt;12 mai 1998). Maurice Thorez fut secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Parti communiste fran&#231;ais de 1930 &#224; 1964.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Noam Chomsky et Edward S. Herman, &lt;i&gt;Manufacturing Consent&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;. Quinze ans plus tard, cet ouvrage a &#233;t&#233; (tr&#232;s approximativement) traduit en fran&#231;ais sous le titre (incongru) de &lt;i&gt;La Fabrique de l'opinion publique. La politique &#233;conomique des m&#233;dias am&#233;ricains&lt;/i&gt; (Le Serpent &#224; plumes, 2003).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire Mark Achbar, &lt;i&gt;Manufacturing Consent. Noam Chomsky and the media&lt;/i&gt;, Editions Black Rose Books, Montr&#233;al, Qu&#233;bec, 1994, p.61.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire Jean Bricmont, &#171; Folies &amp; raisons d'un processus de d&#233;nigrement. Lire Noam Chomsky en France &#187;, postface &#224; Noam Chomsky, &lt;i&gt;De la guerre comme politique &#233;trang&#232;re des Etats-Unis&lt;/i&gt;, Agone, Coll. &#171; El&#233;ments &#187;, Marseille, 3e ed., (2001) 2004, p.227-257.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Noam Chomsky et Edward S. Herman, Manufacturing Consent. The Political Economy of the Mass Media, Pantheon Books, New York, (1998) 2002, p.lx.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Peter Mitchel et John Schoeffel, &lt;i&gt;Understanding Power. The indispensable Chomsky&lt;/i&gt;, (The New York Press, New York, 2002) Vintage, Londres, 2003, p.26&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Noam Chomsky et Edward S. Herman, &lt;i&gt;Manufacturing Consent, op. cit.&lt;/i&gt;, p. XVII.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p.XI&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Noam Chomsky, &lt;i&gt;Propaganda,&lt;/i&gt; Le F&#233;lin, coll. &#171; Danger Public &#187;, Paris, 2002. Il s'agit de la conf&#233;rence &#171; Media Control : The Spectacular Achievements of Propaganda &#187; (Seven Stories Press, New York, 1997) donn&#233;e par Chomsky le 17 mars 1991.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Val, &#171; Noam Chomsky dans son mandarom &#187;, &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, 19 juin 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Noam Chomsky, &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt;, 07 mai 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Schneidermann, &lt;i&gt;Le cauchemar m&#233;diatique&lt;/i&gt;, Deno&#235;l Impact, Paris, 2003, p. 121-122.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edward S. Herman, &#171; The propaganda model revisited &#187;, Monthly Review, New York, juillet 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Understanding Power&lt;/i&gt;, op. cit., p.390.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G&#233;raldine Muhlmann, &lt;i&gt;Du journalisme en d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, Payot, Paris, 2004, p.28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Corcuff, &#171; De quelques aspects marquants de la sociologie de Pierre Bourdieu &#187;, octobre 2004, &lt;span class='ressource spip_out'&gt;&lt;&lt;a href=&#034;http://calle-luna.org/article.php3?id_article=136&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://calle-luna.org/article.php3?...&lt;/a&gt;&gt;&lt;/span&gt;
. Philippe Corcuff est coutumier de l'administration d'une preuve par voie de citation trafiqu&#233;e. Il lui arrive ainsi r&#233;guli&#232;rement de r&#233;sumer le discours de certains auteurs en encadrant de guillemets des termes (en l'occurrence, celui de &#171; complot &#187;, ou de &#171; grand complot n&#233;olib&#233;ral &#187;) auxquels ceux-ci n'ont recours que pour en r&#233;cuser l'usage[[Lire, pour plus de d&#233;tails : Patrick Champagne, &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/ article 1572.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Philippe Corcuff, critique &#8220;intelligent&#8221; de la critique des m&#233;dias &#187;&lt;/a&gt;, avril 2004,.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edwy Plenel, &lt;i&gt;Proc&#232;s&lt;/i&gt;, Stock, 2005, p.78. Un an plus t&#244;t, Edwy Plenel vitup&#233;rait d&#233;j&#224; cette &#171; &lt;i&gt;critique destructrice et mortif&#232;re&lt;/i&gt; &#187; et saluait avec enthousiasme la publication des essais de G&#233;raldine Muhlmann (&lt;i&gt;Le Monde 2&lt;/i&gt;, 9 avril 2004).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nicole Bacharan, &#171; De quoi j'me m&#234;le : Tous manipul&#233;s ? &#187;, Arte, 13 avril 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Luc Ferry, &#171; Pi&#232;ce &#224; conviction &#187;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; France 3, 5 juin 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Ferry / Julliard &#187;, LCI, 12 f&#233;vrier 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G&#233;raldine Muhlmann, &#171; Id&#233;es &#187;, RFI, 16 mai 2004, 0h10 TU (Temps Universel).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BFM, 15 octobre 2004, 13h30.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Schneidermann, &lt;i&gt;Du journalisme apr&#232;s Bourdieu&lt;/i&gt;, Editions Fayard, 1999, p.41.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cela sans compter les p&#233;riodiques qui titrent r&#233;guli&#232;rement sur des complots, des v&#233;rit&#233;s cach&#233;es et des forces occultes de tous ordres. Voir &#224; ce sujet le montage de &#171; Unes &#187; et de titres de presse r&#233;alis&#233; par &lt;i&gt;PLPL&lt;/i&gt; : &#171; Leur th&#233;orie du complot &#187;, &lt;i&gt;Pour Lire Pas Lu&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;PLPL&lt;/i&gt;) n&#176;20, juin-aout 2004, p.12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans son ouvrage, &lt;i&gt;L'Effroyable imposture&lt;/i&gt; (Carnot, Paris, 2002), Thierry Meyssan affirmait, entre autres, qu'aucun avion ne s'&#233;tait &#233;cras&#233; sur le Pentagone le 11 septembre 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Schneidermann, &lt;i&gt;Le Cauchemar M&#233;diatique&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, pp.121-122. On retrouve le m&#234;me type d'amalgame dans l'essai d'Antoine Vitkine, &lt;i&gt;Les nouveaux imposteurs&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;). Notons au passage qu'il est assez paradoxal d'associer Chomsky &#224; la th&#233;orie conspirationniste sur la mort de Kennedy qu'il a pourtant rejet&#233;e &#224; plusieurs reprises tr&#232;s clairement, en argumentant de fa&#231;on d&#233;taill&#233;e (voir Noam Chomsky, &lt;i&gt;Rethinking Camelot. JFK, the Vietnam War and U.S. Political Culture&lt;/i&gt;, South End Press, Boston, 1993). Il l'a m&#234;me qualifi&#233;e d' &#171; &lt;i&gt;extr&#234;mement improbable&lt;/i&gt; &#187;, soulignant que &#171; &lt;i&gt;personne n'a pu jusqu'&#224; pr&#233;sent avancer ne serait-ce qu'une raison plausible&lt;/i&gt; &#187;. Il ajoutait que &#171; &lt;i&gt;l'&#233;nergie et la passion qui sont mises dans ce genre de choses&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;sont particuli&#232;rement auto-destructricse&lt;/i&gt; &#187; et qu'il serait souhaitable de faire un &#171; &lt;i&gt;effort s&#233;rieux&lt;/i&gt; &#187; pour &#171; &lt;i&gt;oublier tout cela&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Understanding Power&lt;/i&gt;, op. cit., p.326-331 et 348-351). De mani&#232;re assez originale (et qui en dit long sur sa ma&#238;trise des sujets qu'il traite), cet assassinat est justement pour Antoine Vitkine le &#171; &lt;i&gt;seul complot majeur &#187; &lt;/i&gt;qui soit&lt;i&gt; &#171; encore non &#233;clairci &#187;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Les Nouveaux imposteurs&lt;/i&gt;, op.cit., p.17). Et c'est Vitkine qui accuse Chomsky, entre autres, de contribuer &#224; maintenir vivace les th&#233;ories du complot&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G&#233;raldine Muhlmann, &#171; La critique en reste au coup de gueule &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; (entretien avec Olivier Costemalle et Catherine Mallaval), &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 19 juin 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G&#233;raldine Muhlmann,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt; &lt;/i&gt;Le travail du regard chez le journaliste &#187; (entretien avec Rapha&#235;l Enthoven), &lt;i&gt;Lire&lt;/i&gt;, mai 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nicolas Weill, &#171; Le journalisme au-del&#224; du m&#233;pris &#187;, &lt;i&gt;Le&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Monde des livres&lt;/i&gt;, 2 avril 2004. Pour une analyse plus d&#233;taill&#233;e de ce texte, Lire Henri Maler, &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article1557.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; contre &#8220;les critiques antim&#233;dias&#8221;, antid&#233;mocrates et antis&#233;mites &#187;&lt;/a&gt;, 26 avril 2004].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gloire &#224; nouzautres, par les h&#233;ros du Nouvel Observateur (2001-2005)</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Gloire-a-nouzautres-par-les-heros-du-Nouvel-Observateur-2001-2005</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Gloire-a-nouzautres-par-les-heros-du-Nouvel-Observateur-2001-2005</guid>
		<dc:date>2006-06-30T07:46:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Halimi</dc:creator>


		<dc:subject>Le Nouvel Obs</dc:subject>
		<dc:subject>Laurent Joffrin</dc:subject>
		<dc:subject>Jean Daniel</dc:subject>
		<dc:subject>Connivences</dc:subject>
		<dc:subject>Airy Routier</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;De l'autoc&#233;l&#233;bration consid&#233;r&#233;e comme un art.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Presse-ecrite-" rel="directory"&gt;Presse &#233;crite&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-Nouvel-Observateur-11-+" rel="tag"&gt;Le Nouvel Obs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Laurent-Joffrin-+" rel="tag"&gt;Laurent Joffrin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Jean-Daniel-+" rel="tag"&gt;Jean Daniel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Connivences-+" rel="tag"&gt;Connivences&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Airy-Routier-+" rel="tag"&gt;Airy Routier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; la lecture du suppl&#233;ment &#171; T&#233;l&#233;Cin&#233;RadioMusiquesDVDInternet &#187; du &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt; du jeudi 22 juin 2006, monument de papier &#233;rig&#233; de son vivant &#224; la m&#233;moire de Jean Daniel (lire : &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article2395.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Gloire &#224; toi Jean Daniel &#187; !&lt;/a&gt; &#187;), nous est revenu confus&#233;ment le souvenir de quelques pr&#233;c&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur rappel devrait plaire &#224; Laurent Joffrin, auteur d'inoubliables le&#231;ons de d&#233;ontologie &#224; opposer, pour reprendre sa propre expression, aux &#171; &lt;i&gt;condamnations sommaires venues le plus souvent des &#233;mules de Pierre Bourdieu&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ouverture d'une pseudo-enqu&#234;te annonc&#233;e &#224; la &#171; Une &#187; du num&#233;ro dat&#233; du 30 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Emule &#187; ou pas, Serge Halimi, dans &lt;i&gt;Les Nouveaux chiens de garde&lt;/i&gt;, r&#233;&#233;dition de novembre 2005 p. 124-126, rel&#232;ve... (&lt;i&gt;Acrimed&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Face au &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, le critique est d&#233;sarm&#233;.&lt;/strong&gt; Hormis &lt;i&gt;Le Figaro &lt;/i&gt;du temps d'Alain Peyrefitte et de Franz-Olivier Giesbert (qui pouvaient obtenir la publication dans leur journal de &lt;i&gt;quinze &lt;/i&gt;articles diff&#233;rents &#224; la gloire d'un de leurs ouvrages&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce propos Jean Bothorel, Le Bal des Vautours, Paris, G&#233;rard de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;...), rares sont les publications qui servent avec autant d'acharnement de d&#233;pliant promotionnel aux &#339;uvres de ses chefs, d&#233;j&#224; lou&#233;s ailleurs. La &#171; privatisation &#187; du &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt; par ses dirigeants n'emp&#234;che nullement son actuel directeur de la r&#233;daction de dispenser &#224; intervalles r&#233;guliers des le&#231;ons de d&#233;ontologie &#224; ses confr&#232;res. Mieux vaut esp&#233;rer par cons&#233;quent que Laurent Joffrin, car c'est de lui qu'il s'agit, ne voit pas ce qui se trame dans sa maison. Expliquons-le-lui. Un livre de Jean Daniel mobilise &#224; r&#233;p&#233;tition dans les colonnes de son journal sa r&#233;daction et ses &#171; amis &#187; (Erik Orsenna, Hubert V&#233;drine, R&#233;gis Debray), sans doute press&#233;s par le ma&#238;tre lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;mission de t&#233;l&#233;vision de Jean Daniel - ou sur Jean Daniel - est acclam&#233;e avant sa diffusion et lors de chacune de ses rediffusions sur quelque cha&#238;ne que ce soit. Quand Jean Daniel obtient un prix, c'est l'avalanche ! La rubrique &#171; En hausse &#187; de l'hebdomadaire informe, bien s&#251;r, comme en 1999 : &lt;i&gt;&#171; Jean Daniel a re&#231;u&lt;/i&gt; &lt;i&gt;le prix M&#233;diterran&#233;e qui r&#233;compense chaque ann&#233;e un&lt;/i&gt; &lt;i&gt;ouvrage traitant d'un sujet m&#233;diterran&#233;en. Le jury, pr&#233;sid&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;par Jean d'Ormesson et Fran&#231;ois Nourissier, l'a distingu&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;pour son livre &lt;/i&gt;Carnets. Avec le temps&lt;i&gt;, publi&#233; chez&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Grasset. &#187; &lt;/i&gt;M&#234;me chose en 2004 : &lt;i&gt;&#171; Reconnu comme l'un des &#233;v&#233;nements importants de l'agenda culturel d'Europe et&lt;/i&gt; &lt;i&gt;d'Am&#233;rique latine, le prix Prince des Asturies 2004 de la&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Communication et des Humanit&#233;s, l'un des plus prestigieux&lt;/i&gt; &lt;i&gt;d'Espagne, a &#233;t&#233; d&#233;cern&#233; mercredi 30 juin &#224; Jean&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Daniel. &#187; &lt;/i&gt;Re-belotte en 2005 : &lt;i&gt;&#171; Jean Daniel s'est vu attribuer&lt;/i&gt; &lt;i&gt;pour l'ensemble de son &#339;uvre &lt;/i&gt;[...] &lt;i&gt;le grand prix&lt;/i&gt; &lt;i&gt;international Viareggio, consid&#233;r&#233; depuis un demi-si&#232;cle&lt;/i&gt; &lt;i&gt;en Italie comme l'une des distinctions litt&#233;raires les plus&lt;/i&gt; &lt;i&gt;prestigieuses. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dira : vous savez, c'est Jean Daniel, son immodestie est l&#233;gendaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il l'a lui-m&#234;me admis : &#171; La musique de ces &#233;loges m'a gris&#233; et quand elle a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! &#192; ceci pr&#232;s que Laurent Joffrin - qui n'est pas Jean Daniel : l'un a fr&#233;quent&#233; Nasser, Sartre et Camus, l'autre tutoie Sarkozy - est tout aussi sensible aux flatteries que ses subordonn&#233;s lui servent. Il fut &#171; en hausse &#187; en 2001 : &lt;i&gt;&#171; Laurent Joffrin,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;directeur de la r&#233;daction du &lt;/i&gt;Nouvel Observateur&lt;i&gt;, a re&#231;u&lt;/i&gt; &lt;i&gt;le prix du M&#233;morial, prix litt&#233;raire d&#233;cern&#233; par la ville&lt;/i&gt; &lt;i&gt;d'Ajaccio, pour son ouvrage &lt;/i&gt;Les Batailles de Napol&#233;on &lt;i&gt;paru aux &#201;ditions du Seuil. &#187; &lt;/i&gt;Et encore &#171; en hausse &#187; l'ann&#233;e suivante : &lt;i&gt;&#171; Laurent Joffrin a re&#231;u le prix du Livre politique 2002 &lt;/i&gt;[...], &lt;i&gt;d&#233;cern&#233; au directeur de la r&#233;daction du &lt;/i&gt;Nouvel Observateur &lt;i&gt;par un jury pr&#233;sid&#233; par Blandine Kriegel&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2004, les membres du jury &#233;taient : Jean-Michel Blier (France Info), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Directeur adjoint du &lt;i&gt;Nouvel Observateur &lt;/i&gt;et responsable de ses pages &#171; Livres &#187;, J&#233;r&#244;me Garcin appr&#233;cie lui aussi l'encensoir maison. En 2003, nous apprit-on, il a &lt;i&gt;&#171; re&#231;u le prix P&#233;gase de l'&#339;uvre culturelle d&#233;cern&#233; par la F&#233;d&#233;ration fran&#231;aise d'&#233;quitation pour son livre &lt;/i&gt;Perspectives cavali&#232;res &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;. Un an plus tard, la r&#233;&#233;dition du&lt;i&gt; &lt;/i&gt;m&#234;me ouvrage chevalin &#224; destination d'un public scolaire&lt;i&gt; &lt;/i&gt;nous fut d&#251;ment annonc&#233;e par son journal. Lou&#233;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;soit &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur &lt;/i&gt;qui nous tient inform&#233;s de l'essentiel. Le cas &#233;ch&#233;ant, l'hebdomadaire mitonne lui-m&#234;me les prix... qu'il s'attribue. Le 29 janvier 2005, avec sans doute un zeste d'ironie, &lt;i&gt;Le Figaro &lt;/i&gt;annon&#231;a :&lt;i&gt; &#171; L&lt;/i&gt;e &lt;i&gt;neuvi&#232;me prix de la une de presse a &#233;t&#233; d&#233;cern&#233; au &lt;/i&gt;Nouvel Observateur [...]. &lt;i&gt;Le jury, pr&#233;sid&#233; par Laurent Joffrin, directeur de la r&#233;daction du &lt;/i&gt;Nouvel Observateur&lt;i&gt;, a examin&#233; plus de quatre cents unes avant de faire son choix. &#187; &lt;/i&gt;Un choix de gourmet !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Serge Halimi, &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Les Nouveaux chiens de garde&lt;/i&gt;, r&#233;&#233;dition de novembre 2005 p. 124-126.&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Pour m&#233;moire&lt;/strong&gt; : Dans le dossier annonc&#233; &#224; la &#171; Une &#187; du num&#233;ro dat&#233; du 30 octobre 2003 sous le titre &#171; La face cach&#233;e du journalisme &#187;, repris en page 12 avec pour surtitre cette pleurnicherie victimaire : &#171; Enqu&#234;te sur une profession qu'on aime ha&#239;r &#187;, on pouvait lire ces d&#233;licates proclamations :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Laurent Joffrin : &#171; &lt;i&gt;Les d&#233;rives que nous constatons (y compris &#224; &#034;l'Obs&#034; parfois), les influences publicitaires ou financi&#232;res que nous pointons dans trop d'organes de presse sont l'objet d'un combat au sein des r&#233;dactions et non d'une soumission automatique. C'est pour pr&#233;venir cette soumission, pour aider &#224; ce combat que nous avons voulu montrer cette &#034;face cach&#233;e&#034; du journalisme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Airy Routier : &#171; &lt;i&gt;Il n'est pas question, ici, de donner des le&#231;ons &#224; nos confr&#232;res. D'autant que &#034;le Nouvel Obs&#034; ne peut s'exempter des critiques. &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Ainsi sommes-nous sans doute trop attentifs aux &#034;amis de la maison&#034;.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187; (soulign&#233; par nous)&lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Le m&#234;me : &#171; &lt;i&gt;Nous pensons que la situation d'ensemble, en r&#233;alit&#233;, ne cesse de s'am&#233;liorer. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Dans l'article sign&#233; Sophie des D&#233;serts, Airy Routier et Olivier Toscer : &#171; &lt;i&gt;Faut-il en conclure que les journaux d&#233;tenus par les groupes industriels sont musel&#233;s ? Que le flambeau de la libert&#233; de la presse n'est plus brandi que par la t&#233;l&#233;vision publique - paradoxe ! -, par &#034;le Monde&#034;, &#034;le Parisien&#034;, &#034;les Echos&#034;, &#034;Capital&#034;, &#034;le Canard encha&#238;n&#233;&#034;, &#034;Marianne&#034;, &#034;le Nouvel Observateur&#034; et quelques autres, qui forment le dernier carr&#233; des journaux financi&#232;rement ind&#233;pendants de la grande industrie ? Non. Car &lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;les r&#233;dactions ont une vie propre, une autonomie li&#233;e &#224; leur culture, &#224; leur histoire, et les propri&#233;taires sont les premiers &#224; s'en rendre compte.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &#187; (soulign&#233; par nous).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Acrimed&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En ouverture d'une pseudo-enqu&#234;te annonc&#233;e &#224; la &#171; Une &#187; du num&#233;ro dat&#233; du 30 octobre 2003 sous le titre &#171; La face cach&#233;e du journalisme &#187;. Lire ici m&#234;me : &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article1326.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;Le Nouvel Obs&lt;/i&gt; et les journalistes : d&#233;sinformer pour informer ? &#187;&lt;/a&gt; et ci-dessous. (&lt;i&gt;note d'Acrimed&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &#224; ce propos Jean Bothorel, &lt;i&gt;Le Bal des Vautours&lt;/i&gt;, Paris, G&#233;rard de Villiers/ Jean Picollec, 1996. L'auteur de ce livre, journaliste au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; fut licenci&#233; peu apr&#232;s la parution de son ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il l'a lui-m&#234;me admis : &lt;i&gt;&#171; La musique de ces &#233;loges m'a gris&#233; et quand elle a cess&#233; j'ai trouv&#233; amer de ne plus l'entendre &#187; &lt;/i&gt;(Jean Daniel, &lt;i&gt;Cet &#233;tranger qui me ressemble, &lt;/i&gt;Paris, Grasset, 2004, p. 222).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 2004, les membres du jury &#233;taient : Jean-Michel Blier (France Info), G&#233;rard Courtois &lt;i&gt;(Le Monde)&lt;/i&gt;, Jean-Michel Helvig &lt;i&gt;(Lib&#233;ration)&lt;/i&gt;, Anita Hausser (LCI), Catherine P&#233;gard &lt;i&gt;(Le Point)&lt;/i&gt;, Arlette Chabot, Mich&#232;le Cotta, Jean-Pierre Elkabbach, Bernard Guetta, Laurent Joffrin, Alain-G&#233;rard Slama, etc. Alain Duhamel obtint le prix du Livre politique en 1999, Alexandre Adler en 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En guise de prologue : &#171; Les cabris de Maastricht &#187; (Les Nouveaux chiens de garde)</title>
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		<dc:date>2004-09-30T11:47:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Halimi</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Le rappel des outrances de la propagande pass&#233;e permet de prendre la mesure de la troublante unanimit&#233; des discours pr&#233;sents&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Referendum-de-2005-" rel="directory"&gt;R&#233;f&#233;rendum de 2005 &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Les cabris de Maastricht &#187; sont de retour. Le rappel des outrances de la propagande pass&#233;e permet de prendre la mesure de la troublante unanimit&#233; des discours pr&#233;sents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous publions donc, avec l'autorisation de l'auteur et de l'&#233;diteur, en pr&#233;lude &#224; un dossier sur le traitement m&#233;diatique du r&#233;f&#233;rendum sur le projet de constitution europ&#233;enne ce texte extrait des &lt;i&gt;Nouveaux chiens de garde &lt;/i&gt;(pp. 27-31), de Serge Halimi, ouvrage paru en 1997 aux &#233;ditions Liber-Raisons d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'abord quelques mots d'Acrimed, en guise de pr&#233;ambule.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2004 : Le retour des cabris&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 23 septembre 2004, un auditeur de France Inter &#171; exprime sa col&#232;re &#187; que l'antenne de la radio nationale s'appr&#234;te &#224; &#171; nous refaire le coup de Maastricht &#187; &#224; force de propagande pour le &#171; oui &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La matin&#233;e sur France Inter avait en effet &#233;t&#233; exemplaire de ce point de vue : &#233;ditos de Pierre Le Marc et de Bernard Guetta paraphrasant l'un et l'autre la position de Lionel Jospin favorable au &#171; oui &#187;, qui d&#233;j&#224; faisait la &#171; une &#187; du Nouvel Observateur. Est-il normal d'ailleurs que tous les &#233;ditorialistes de France Inter, radio publique, d&#233;fendent cette m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
position : Bernard Guetta en militant avou&#233; et r&#233;p&#233;titif du f&#233;d&#233;ralisme europ&#233;en, St&#233;phane Paoli qui ramena ce matin l&#224; presque chaque probl&#232;me &#224; la n&#233;cessit&#233; de davantage d'Europe alors m&#234;me qu'il conduisait un entretien avec Fran&#231;ois Bayrou d&#233;j&#224; favorable au &#171; oui &#187; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
St&#233;phane Paoli a cru r&#233;pondre &#224; l'interpellation de l'auditeur en annon&#231;ant ... que Laurent Fabius serait bient&#244;t invit&#233; &#224; exprimer sa position. Comme si c'&#233;tait une marque de la magnanimit&#233; de France Inter que de ne pas interdire carr&#233;ment l'expression des hommes politiques favorables au &#171; non &#187;, &#233;tant bien entendu qu'ils ne disposent eux d'aucun&lt;br class='autobr' /&gt;
appui &#233;ditorial &#224; l'antenne (chroniques, animateurs r&#233;guliers, etc.). Et qu'au contraire, ils sont presque assur&#233;s que Bernard Guetta interviendra apr&#232;s eux pour souligner l'inanit&#233; de leurs propos (ce qu'il fit d&#232;s le lendemain dans le cas de ceux de Laurent Fabius, dans une chronique au titre impayable de &#171; Eh bien, d&#233;battons ! &#187;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, m&#234;me en s'appliquant, il n'est pas certain que France Inter - on pourrait dire la m&#234;me chose de l'entretien quotidien conduit par Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1, ou, naturellement, des commentaires du Monde - parviendra tout &#224; fait &#224; &#233;galer le ton propagandiste de la campagne de Maastricht en septembre 1992. Raison de plus de lutter contre l'amn&#233;sie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1992 : &#171; Les cabris de Maastricht &#187;&lt;/strong&gt;, par Serge Halimi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'horlogerie de notre syst&#232;me d&#233;mocratique s'est d&#233;traqu&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, une &#171; &lt;i&gt;campagne de presse obs&#233;dante&lt;/i&gt; &#187;, des &#171; &lt;i&gt;journalistes insidieux&lt;/i&gt; &#187; : l'appr&#233;ciation d'un grand hebdomadaire et la d&#233;nonciation des m&#233;dias par Fran&#231;ois Mitterrand remontaient &#224; l' &#171; affaire Habache &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La venue en f&#233;vrier 1992 du leader palestinien dans un h&#244;pital parisien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du d&#233;bat sur le trait&#233; de Maastricht, l'&#171; horlogerie &#187; para&#238;t avoir mieux fonctionn&#233;, en faveur du &#8220;oui&#8221; : le pouvoir socialiste, les chefs de la droite et le patronat ont eu pour caisse de r&#233;sonance une presse respectueuse et quasiment unanime. Sous la pression de leurs lecteurs, certains des grands quotidiens d'information nationaux ont h&#233;sit&#233; mais, lorsque est venu pour eux &#171; &lt;i&gt;le temps de conclure&lt;/i&gt; &#187;, le &#171; &lt;i&gt;long et passionn&#233; d&#233;bat&lt;/i&gt; &#187; a d&#233;bouch&#233; sur un &#171; &lt;i&gt;oui critique&lt;/i&gt; &#187; (Alain Peyrefitte, &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;). &lt;br /&gt;
D'autres ont conclu avec plus d'allant, souvent &#224; coups d'&#233;ditoriaux intemp&#233;rants, r&#233;p&#233;titifs et sommaires. Alors directeur du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, Jacques Lesourne prit la plume pour annoncer qu' &#171; &lt;i&gt;un non au r&#233;f&#233;rendum serait pour la France et l'Europe la plus grande catastrophe depuis les d&#233;sastres engendr&#233;s par l'arriv&#233;e de Hitler au pouvoir&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la presse hebdomadaire, jamais sans doute depuis la guerre du Golfe elle n'avait &#224; ce point d&#233;montr&#233; le caract&#232;re factice du pluralisme qu'elle affiche. Devant &#171; &lt;i&gt;un enjeu fondamental et dramatique&lt;/i&gt; &#187; pour les uns, la menace d' &#171; &lt;i&gt;une France &#233;cartel&#233;e&lt;/i&gt; &#187; pour les autres, &#171; &lt;i&gt;les avantages du oui &lt;/i&gt; &#187; apparurent d'autant plus formidables qu'il n'y avait &#171; &lt;i&gt;pas de non tranquille. Va donc pour le catastrophisme s'il est de bon aloi &lt;/i&gt; &#187; (Claude Imbert, &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;). &lt;br /&gt;
Bien s&#251;r, l'&#233;lecteur pouvait ne pas lire les quatre piliers hebdomadaires de la pens&#233;e unique en France. Alors dirig&#233; par Jean-Fran&#231;ois Kahn, &lt;i&gt;L'Ev&#233;nement du Jeudi&lt;/i&gt; fut simplement un peu plus emport&#233; que les autres. Mais, qu'il s'agisse du &lt;i&gt;Point&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; ou du &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, les couvertures d'apocalypse d&#233;voilaient assez vite la diversit&#233; de l'information et des commentaires qui seraient servis. Et, en septembre 1992, m&#234;me &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt;, qu'on imaginait &#224; cent lieues d'un tel d&#233;bat, sauta sur l'&#171; &lt;i&gt;occasion urgente&lt;/i&gt; &#187; de &#171; &lt;i&gt;r&#233;aliser l'Europe mon&#233;taire&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les radios &#224; la fois gratuites et &#8220;g&#233;n&#233;ralistes&#8221; devaient-elles, en plus, &#234;tre ouvertes aux deux France, celle du &#8220;oui&#8221; et celle du &#8220;non&#8221; ? C'e&#251;t &#233;t&#233; alimenter une vieille cassure que venaient d'enterrer les meetings communs d'Elisabeth Guigou et de Val&#233;ry Giscard d'Estaing, de Fran&#231;ois L&#233;otard et de Pierre B&#233;r&#233;govoy. Afin de s'&#233;pargner un tel danger, on limita la parole &#233;ditoriale &#224; ceux qui la d&#233;tenaient d&#233;j&#224; dans une presse &#233;crite tout acquise &#224; la modernit&#233; europ&#233;enne. &lt;br /&gt;
Vous ne l'avez pas lu dans &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; ou dans &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; ? Vous l'entendrez sur Europe 1. Vous l'avez mal entendu sur RTL ? Relisez &lt;i&gt;Le Nouvel Economiste&lt;/i&gt;. Quant &#224; &lt;i&gt;L'heure de v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt; de France 2, dont tous les journalistes habituels furent des militants du &#8220;oui&#8221;, il suffisait, pour retrouver son animateur, Fran&#231;ois- Henri de Virieu, de l'&#233;couter sur RMC commenter ainsi l'&#233;mission t&#233;l&#233;vis&#233;e que TF1, Guillaume Durand et Jean d'Ormesson avaient servie au pr&#233;sident de la R&#233;publique : &#171; &lt;i&gt;Tout ayant &#233;t&#233; dit soit par les journalistes, soit par l'&#233;chantillon de la SOFRES, la pr&#233;sence de Philippe S&#233;guin&lt;/i&gt; [partisan du &#8220;non&#8221;] &lt;i&gt;n'&#233;tait absolument pas n&#233;cessaire &#224; la clarification du d&#233;bat&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si le &#171; d&#233;bat &#187; &#233;tait clair, l'enjeu n'&#233;tait pas toujours le m&#234;me. &#171; &lt;i&gt;Voulons-nous assurer la paix en Europe et y faire bient&#244;t une monnaie qui sera la plus forte du monde ?&lt;/i&gt; &#187;, interrogeait l'un. &#171; &lt;i&gt;Lundi, on va &#234;tre soit plus puissant, soit moins puissant&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;pondait l'autre. &#171; &lt;i&gt;Le non discr&#233;dite la France, le oui renforce sa main&lt;/i&gt; &#187;, tranchait un troisi&#232;me. &lt;br /&gt;
Ces discordances paraissant modestes, on r&#233;ussit, sur une radio o&#249; huit &#233;ditorialistes sur neuf avaient d&#233;clar&#233; &#224; l'antenne leur pr&#233;f&#233;rence &#8220;maastrichienne&#8221;, &#224; trouver mati&#232;re &#224; controverse en opposant l'&#233;ditorial d'un directeur d'hebdomadaire favorable au &#8220;oui&#8221; &#224; celui d'un directeur de quotidien lui aussi favorable au &#8220;oui&#8221;. Un &#8220;d&#233;bat&#8221; &#233;cologiste opposa sur France Inter Brice Lalonde &#224; Antoine Waechter, pour une fois d'accord l'un avec l'autre et... avec le trait&#233; de Maastricht. &lt;br /&gt;
Sur Europe 1, il y eut chaque dimanche un &#8220;face-&#224;-face&#8221; entre deux journalistes (Serge July et Alain Duhamel) partisans de la ratification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ceux que Bernard Pivot appela l' &#171; &lt;i&gt;arrogante nomenklatura des nantis et des m&#233;diatis&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, le &#171; &lt;i&gt;rassemblement ronflant de ceux que la vie a combl&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, il n'y eut apparemment que pl&#232;be ignorante et fanatique. &#171; &lt;i&gt;Bandits&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;gang des d&#233;molisseurs&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;rongeurs&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;fossoyeurs de l'esp&#233;rance&lt;/i&gt; &#187;, fourriers des &#171; &lt;i&gt;nazillons de Rostock&lt;/i&gt; &#187;, de &#171; &lt;i&gt;Munich&lt;/i&gt; &#187;, de la &#171; &lt;i&gt;barbarie&lt;/i&gt; &#187;, de la &#171; &lt;i&gt;tribalisation du continent&lt;/i&gt; &#187;, tous ceux qui, selon la sobre expression de Jean-Fran&#231;ois Kahn, pr&#233;f&#233;raient &#171; &lt;i&gt;un non barbel&#233; &#224; un oui d'ouverture&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;la logique de l'&#233;puration ethnique &#224; celle de l'int&#233;gration europ&#233;enne&lt;/i&gt; &#187; furent donc remis &#224; leur place et menac&#233;s du pire : la d&#233;mission de M. Delors, &#224; l'&#233;poque pr&#233;sident de la Commission de Bruxelles. &#171; Les guerres, &#231;a suffit comme &#231;a ! &#187; proclam&#232;rent &#224; l'unisson ceux qui, deux ans plus t&#244;t, s'&#233;taient montr&#233;s moins jaur&#233;siens face aux Irakiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui dit presse dit revue de presse. &lt;br /&gt;
Sur France Inter, lorsque Ivan Leva&#239; faisait un effort d'&#233;quilibre - dont on sentait bien qu'il lui co&#251;tait - le &#8220;oui&#8221; disposait encore de citations &#224; la fois beaucoup plus copieuses et infiniment plus enthousiastes que le &#8220;non&#8221; : &#171; &lt;i&gt;La lecture du texte&lt;/i&gt; [c'&#233;tait d&#233;j&#224; le deuxi&#232;me] &lt;i&gt;d'Edgar Morin m'appara&#238;t presque obligatoire&lt;/i&gt; &#187;, nous pr&#233;cisa-t-il. Et quand &#171; &lt;i&gt;le Figaro comptabilise les derniers arguments du oui&lt;/i&gt; &#187;, nul besoin de craindre que la &lt;i&gt;Revue de presse&lt;/i&gt; un peu borgne de France Inter ne soit pas l&#224; pour les comptabiliser avec lui.&lt;br /&gt;
Le directeur de l'information de la station ne s'avoua-t-il pas &#171; &lt;i&gt;fascin&#233; et saisi&lt;/i&gt; &#187; par la campagne de M. Giscard d'Estaing, &#171; &lt;i&gt;tr&#232;s impressionn&#233;&lt;/i&gt; &#187; par celle de M. Barte, &#171; &lt;i&gt;impressionn&#233; par la tr&#232;s grande qualit&#233;&lt;/i&gt; &#187; de celle de M. Rocard et m&#234;me, gageure supr&#234;me, &#171; &lt;i&gt;saisi par la qualit&#233; du discours&lt;/i&gt; &#187; de M. Fabius. &#171; &lt;i&gt;Il n'y a que des gens du oui&lt;/i&gt; &#187;, lui fit alors remarquer, fac&#233;tieux, l'un des journalistes de la station.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#8220;non&#8221; s'exprima, mais moins souvent et devant un micro tendu en embuscade. Avec Jean-Pierre Elkabbach, les questions d'Europe 1 se firent militantes. &#171; &lt;i&gt;Pour &#233;viter de ne dire que des slogans&lt;/i&gt; &#187;, il interrompit Philippe de Villiers. Et Pierre Messmer se vit pr&#233;sent&#233; ainsi : &#171; &lt;i&gt;Int&#233;griste du gaullisme, il dit non &#224; Maastricht en faisant parler le g&#233;n&#233;ral de Gaulle vingt-deux ans apr&#232;s sa mort&lt;/i&gt; &#187;. Avec M. Giscard d'Estaing, l'entr&#233;e en mati&#232;re avait &#233;t&#233; plus pr&#233;venante : &#171; &lt;i&gt;Vous avez fait en faveur du oui une magnifique campagne &#224; fa fois p&#233;dagogique et raisonnable&lt;/i&gt; &#187;. Lorsque les partisans du &#8220;oui&#8221; furent trait&#233;s avec moins de chaleur, ils s'en offusqu&#232;rent. Sur France 2, le premier ministre, Pierre B&#233;r&#233;govoy, r&#233;pliqua vertement &#224; un journaliste impertinent : &#171; &lt;i&gt;J'ai tout mon temps, et vous aussi j'esp&#232;re&lt;/i&gt; &#187;. C'est vrai, l'antenne lui appartenait.&lt;br /&gt;
Ils eurent tout leur temps. Pendant une &#233;mission de trois heures diffus&#233;e sur TF 1, interrog&#233; par trois journalistes partisans du &#8220;oui&#8221; et par un panel repr&#233;sentatif, qui r&#233;v&#233;la l'&#233;mergence insolite de G&#233;n&#233;ration Ecologie au rang de principal parti du pays, le pr&#233;sident de la R&#233;publique, qui venait fort opportun&#233;ment d'annoncer qu'il souffrait d'un cancer d&#233;couvert onze ans plus t&#244;t, affronta bri&#232;vement M. S&#233;guin vers 11 heures du soir. Le quotidien anglais &lt;i&gt;The Guardian&lt;/i&gt; compara la soir&#233;e &#224; une &#171; &lt;i&gt;publicit&#233; politique en faveur de l'Europe unie&lt;/i&gt; &#187;. Cinq ans plus tard, l'un des participants, Jean d'Ormesson avoua qu'il s'agissait bien d'&#171; &lt;i&gt;une &#233;mission de propagande&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appuy&#233; par &lt;i&gt;L'Ev&#233;nement du Jeudi&lt;/i&gt;, M. Fabius se plaignit n&#233;anmoins : &#171; &lt;i&gt;Le non, du point de vue des m&#233;dias, &#231;a int&#233;resse plus&lt;/i&gt; &#187;. Le conseil sup&#233;rieur de l'audiovisuel r&#233;v&#233;la que pendant l'&#233;t&#233;, le &#8220;oui&#8221; avait dispos&#233; d'un temps d'antenne sup&#233;rieur au &#8220;non&#8221; : 46% de plus sur TF1, 53% sur Antenne 2, 191% sur FR3. &#171; &lt;i&gt;La campagne a &#233;t&#233; monopolis&#233;e par le non pendant les vacances&lt;/i&gt; &#187;, jugea pourtant Alain Duhamel, d'autant plus hostile aux monopoles m&#233;diatiques qu'il &#233;tait &#224; l'&#233;poque &#224; la fois &#233;ditorialiste &#224; europe 1, au &lt;i&gt;Point&lt;/i&gt;, au &lt;i&gt;Quotidien de Paris&lt;/i&gt; et journaliste &#224; France 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des correspondants fran&#231;ais &#224; Tokyo avaient indiqu&#233; : &#171; Maastricht : le Japon voterait oui &#187;. L'information fut confirm&#233;e par le premier secr&#233;taire de la mission japonaise &#224; Bruxelles. Quant &#224; l'Am&#233;rique, l'envoy&#233; sp&#233;cial du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, Stanley Hoffmann, le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; et le candidat Bill Clinton annonc&#232;rent tous qu'elle pr&#233;f&#233;rait de loin Maastricht &#224; son rejet. Peu importa au &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, &#224; ce point partisan qu'il en devint lassant. L'hebdomadaire publia donc un article titr&#233; : &#171; &#201;tats-Unis, Japon : pourquoi Maastricht leur fait peur ? &#187;. &lt;br /&gt;
Et M. B&#233;r&#233;govoy fut appuy&#233; par nombre de commentateurs quand, un an apr&#232;s la guerre du Golfe, il annon&#231;a que si le &#8220;non&#8221; l'emportait, la France ne pourrait pas &#171; &lt;i&gt;r&#233;sister demain au pr&#233;sident Bush&lt;/i&gt; &#187;...lui-m&#234;me favorable au trait&#233; ! Tout fut &#224; l'avenant. Le succ&#232;s du Syst&#232;me mon&#233;taire europ&#233;en (SME) augurait bien de celui de la monnaie unique ? Son implosion rendit cette derni&#232;re encore plus n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin il y eut les petites manipulations. M. S&#233;guin se montrant vite l'un des avocats les plus performants du &#8220;non&#8221;, on lui imputa de souhaiter &#171; &lt;i&gt;secr&#232;tement&lt;/i&gt; &#187; la victoire du &#8220;oui&#8221;. &lt;br /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Si c'est non, il y aura une bourrasque mon&#233;taire. Si c'est oui, il v aura une baisse des taux d'int&#233;r&#234;t &lt;/i&gt; &#187;, avait promis Dominique Strauss-Kahn, alors ministre de l'Industrie. Ce fut &#8220;oui&#8221; : les taux d'int&#233;r&#234;t mont&#232;rent. &lt;br /&gt;
Pierre B&#233;r&#233;govoy l'avait bien annonc&#233; : &#171; &lt;i&gt;Si l'on est bien inform&#233;, on doit choisir de voter oui&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_292 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.acrimed.org/IMG/pdf/40Europe_Cabris.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 125.6 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1760743042' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La venue en f&#233;vrier 1992 du leader palestinien dans un h&#244;pital parisien provoque un scandale m&#233;diatique. Le 4 f&#233;vrier, le pr&#233;sident de la R&#233;publique, Fran&#231;ois Mitterrand, admoneste la&lt;br class='autobr' /&gt;
presse, &#224; travers Henri Sannier et Patrick Poivre d'Arvor : &#171; &lt;i&gt;Depuis six jours vous ne parlez que de cela&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;Tout est tomb&#233; dans la trappe pour tout centrer sur ce que l'on appelle l'affaire Habache&lt;/i&gt; &#187;. (note d'Acrimed)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Droit de r&#233;ponse &#224; Philippe Val, psychiatre, historien et patron de presse </title>
		<link>https://www.acrimed.org/Droit-de-reponse-a-Philippe-Val-psychiatre-historien-et-patron-de-presse</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Droit-de-reponse-a-Philippe-Val-psychiatre-historien-et-patron-de-presse</guid>
		<dc:date>2003-12-26T13:42:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Halimi</dc:creator>


		<dc:subject>Droit de r&#233;ponse</dc:subject>
		<dc:subject>Charlie Hebdo</dc:subject>
		<dc:subject>PLPL</dc:subject>
		<dc:subject>Editorial</dc:subject>
		<dc:subject>Philippe Val</dc:subject>
		<dc:subject>Observatoire fran&#231;ais des m&#233;dias</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;... et auteur d'un inoubliable &#233;ditorial intitul&#233; &#171; La presse a besoin de flics &#187;. Serge Halimi r&#233;plique &#224; ce grand moraliste.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Leurs-critiques-et-la-notre-" rel="directory"&gt;Leurs critiques et la n&#244;tre&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Droit-de-reponse-+" rel="tag"&gt;Droit de r&#233;ponse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Charlie-Hebdo-+" rel="tag"&gt;Charlie Hebdo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-PLPL-+" rel="tag"&gt;PLPL&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Editorial-+" rel="tag"&gt;Editorial&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Philippe-Val-+" rel="tag"&gt;Philippe Val&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Observatoire-francais-des-medias-+" rel="tag"&gt;Observatoire fran&#231;ais des m&#233;dias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mis en cause dans &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; dat&#233; du mercredi 24 d&#233;cembre 2003, et plus pr&#233;cis&#233;ment dans un article de Philippe Val titr&#233; &#171; La presse a besoin de flics &#187; (Lire : &lt;a href='https://www.acrimed.org/Philippe-Val-se-charge-de-l-epuration-de-l-Observatoire-francais-des-medias' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Philippe Val se charge de l'&#233;puration de l'Observatoire Fran&#231;ais des m&#233;dias&lt;/a&gt;), Serge Halimi a demand&#233; au directeur de la publication de l'hebdomadaire sus-nomm&#233; de bien vouloir publier le droit de r&#233;ponse suivant conform&#233;ment &#224; l'article 13 de la Loi du 29 juillet 1881 sur la Presse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Titre et sous-titre d'Acrimed&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis que Philippe Val et moi avons d&#233;fendu des orientations oppos&#233;es au moment de la guerre de l'OTAN au Kosovo, les sujets de d&#233;saccord entre nous se sont multipli&#233;s. Nos divergences portent d&#233;sormais sur : Noam Chomsky, la critique des m&#233;dias et de l'imp&#233;rialisme, Attac, l' &#171; extr&#234;me gauche &#187;, le Proche-Orient, &#171; l'antiam&#233;ricanisme &#187;, etc. Je n'aurais &#233;t&#233; ni &#233;tonn&#233; ni choqu&#233; par un &#233;ditorial de votre r&#233;dacteur en chef analysant, vigoureusement mais honn&#234;tement, l'antipathie que lui inspire une &#171; gauche de gauche &#187; qui a eu l'audace de se dispenser de ses conseils. C'est malheureusement de tout autre chose qu'il s'agit avec cet article du 24 d&#233;cembre, qui m&#233;lange &#224; dessein en vue de me confondre des analyses politiques qu'il d&#233;sapprouve et des citations de &lt;i&gt;PLPL&lt;/i&gt; qui s'inscrivent dans la tradition de la satire et du pamphlet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aurais pu trouver d&#233;risoire qu'une conscience morale aussi p&#233;n&#233;tr&#233;e de sa propre importance que celle de Philippe Val intervienne aupr&#232;s de Daniel Mermet, mais aussi de la direction d'Attac pour obtenir d'eux que l'Observatoire fran&#231;ais des m&#233;dias (OFM) me &lt;i&gt;&#171; d&#233;nonce &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#171; publiquement &#187;&lt;/i&gt;, me &lt;i&gt;&#171; demande de m'excuser clairement &#187; &lt;/i&gt;ou m'exclue, conform&#233;ment, si j'ai bien compris, au combat que le r&#233;dacteur en chef de &lt;i&gt;Charlie Hebdo &lt;/i&gt;a engag&#233;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;contre la d&#233;lation publique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aurais pu trouver d&#233;sopilant que le patron d'un hebdomadaire qui se proclame h&#233;ritier de &lt;i&gt;Hara Kiri&lt;/i&gt; me chapitre, tel un vieux cur&#233;, pour des formulations que &lt;i&gt;PLPL&lt;/i&gt;, journal de b&#233;n&#233;voles auquel je participe (sans en &#234;tre ni &lt;i&gt;&#171; le fondateur &#187;&lt;/i&gt; ni l'auteur &lt;i&gt;&#171; de la plupart des articles &#187;&lt;/i&gt;) emploie &#224; l'encontre de plusieurs barons des m&#233;dias.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;La distance et l'humour semblent &#233;chapper &#224; votre patron sit&#244;t que lui-m&#234;me ou un de ses tr&#232;s puissants amis journalistes en sont les cibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aurais pu trouver distrayant que l'&#233;ditorial de Philippe Val, tiss&#233; de citations tronqu&#233;es ou invent&#233;es, me reproche de &lt;i&gt;&#171; citer mes phrases&lt;/i&gt; [celles de Philippe Val] &lt;i&gt;en les tronquant &#187;&lt;/i&gt;. J'aimerais d'ailleurs que vous retrouviez celles dans lesquelles j'assimilerais la Cor&#233;e du Nord &#224; &lt;i&gt;&#171; un mod&#232;le de d&#233;mocratie &#187; &lt;/i&gt;et exprimerais mon souhait d'une alliance avec les &lt;i&gt;&#171; islamistes &#187;&lt;/i&gt; ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre jours avant le texte de Philippe Val, Bernard-Henri L&#233;vy s'est livr&#233; &#224; une charge identique contre moi en employant le m&#234;me type de proc&#233;d&#233;s (&lt;i&gt;Lib&#233;ration, &lt;/i&gt;20 d&#233;cembre 2003.) Leur reprise dans vos colonnes m'interdit, par respect pour vos lecteurs, de juger l'affaire d&#233;risoire, d&#233;sopilante ou distrayante. D'autant que non content de les induire en erreur - ce genre de chose doit comporter quelques pr&#233;c&#233;dents - Philippe Val mobilise aussi contre moi ses comp&#233;tences de psychiatre : &lt;i&gt;&#171; obsession maladive &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; d&#233;ch&#233;ance morale qui fait piti&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Je n'ai pas per&#231;u dans ces formulations - ou dans celle de &lt;i&gt;&#171; machine &#224; d&#233;lation morbide &#187; &lt;/i&gt;r&#233;serv&#233;e &#224; l'Observatoire des m&#233;dias - un mode d'humour quelconque. Et j'&#233;viterai de mon c&#244;t&#233; la facilit&#233; consistant &#224; rapprocher ce style tr&#232;s m&#233;dical (maladie, d&#233;ch&#233;ance, morbide) du langage &lt;i&gt;&#171; des feuilles d'extr&#234;me droite des ann&#233;es 30. &#187; &lt;/i&gt;Philippe Val n'&#233;tant pas davantage historien que psychiatre, seule sa m&#233;connaissance de cette presse peut expliquer qu'il y compare &lt;i&gt;PLPL&lt;/i&gt;, un bimestriel satirique&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#224; peu pr&#232;s aussi proche de l'extr&#234;me droite antis&#233;mite que &lt;i&gt;Charlie Hebdo &lt;/i&gt;l'est des fid&#232;les de Mgr Lefebvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En v&#233;rit&#233;, votre patron est bien conscient de tous ces trucages, tout comme les autres membres et collaborateurs de votre r&#233;daction. J'esp&#232;re que ces derniers auront au moins la libert&#233; de faire part de leur sentiment dans vos colonnes&lt;i&gt; &lt;/i&gt;sans encourir de sanction. Il est h&#233;las permis d'en douter puisque, &#233;voquant mes rapports conflictuels avec &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, Philippe Val sugg&#232;re que j'aurais d&#251; &#171; d&#233;missionner &#187; du &lt;i&gt;Monde diplomatique &lt;/i&gt;avant de critiquer l'actionnaire principal de mon employeur. Pour reprendre sa formule, cela m'aurait &#233;pargn&#233; le &lt;i&gt;&#171; destin lamentable de parasite dans la charpente &#187;&lt;/i&gt;. En somme, &#171; tu te tais ou tu prends la porte &#187;... Votre r&#233;dacteur en chef adjoint, Bernard Maris, n'aura aucun mal &#224; d&#233;crypter dans une de ses prochaines chroniques ce discours de (petit) fauve patronal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me demande, au total, de quelle dignit&#233; peut encore se pr&#233;valoir un &#233;ditorialiste qui r&#233;serve ses mises au pilori les plus venimeuses &#224; des gens dont il sait d'avance qu'ils ne disposent pas des grands m&#233;dias pour r&#233;pondre aux attaques dont ils sont l'objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Serge Halimi&lt;br /&gt;
Le 26 d&#233;cembre 2003&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Lire &#233;galement : &lt;a href='https://www.acrimed.org/Philippe-Val-se-charge-de-l-epuration-de-l-Observatoire-francais-des-medias' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Philippe Val se charge de l'&#233;puration de l'Observatoire Fran&#231;ais des m&#233;dias&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Titre et sous-titre d'Acrimed&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les tripatouillages du Le Monde (2) : &#171; R&#233;flexions sur un journalisme ordinaire &#187;</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Les-tripatouillages-du-Le-Monde-2-Reflexions-sur-un-journalisme-ordinaire</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Les-tripatouillages-du-Le-Monde-2-Reflexions-sur-un-journalisme-ordinaire</guid>
		<dc:date>2003-12-12T20:58:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Halimi</dc:creator>


		<dc:subject>&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;</dc:subject>
		<dc:subject>Droit de r&#233;ponse</dc:subject>
		<dc:subject>Edwy Plenel</dc:subject>
		<dc:subject>Reportages / enqu&#234;tes</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;diateur</dc:subject>
		<dc:subject>PLPL</dc:subject>
		<dc:subject>Entretiens en tous genres</dc:subject>
		<dc:subject>Observatoire fran&#231;ais des m&#233;dias</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Une lettre de Serge Halimi &#224; Daniel Psenny, journaliste du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, charg&#233; d'&#171; informer &#187; les lecteurs de ce journal sur l'Observatoire Fran&#231;ais des m&#233;dias.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Leurs-critiques-et-la-notre-" rel="directory"&gt;Leurs critiques et la n&#244;tre&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-Monde-+" rel="tag"&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Droit-de-reponse-+" rel="tag"&gt;Droit de r&#233;ponse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Edwy-Plenel-+" rel="tag"&gt;Edwy Plenel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Reportages-enquetes-+" rel="tag"&gt;Reportages / enqu&#234;tes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Mediateur-+" rel="tag"&gt;M&#233;diateur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-PLPL-+" rel="tag"&gt;PLPL&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Entretiens-en-tous-genres-+" rel="tag"&gt;Entretiens en tous genres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Observatoire-francais-des-medias-+" rel="tag"&gt;Observatoire fran&#231;ais des m&#233;dias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une lettre &#224; Daniel Psenny, journaliste du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, charg&#233; d'&#171; informer &#187; les lecteurs de ce journal sur l'Observatoire Fran&#231;ais des m&#233;dias.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Monsieur, &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous m'avez appel&#233;, le 21 novembre 2003, pour me faire part du caract&#232;re, selon vous &#171; &lt;i&gt;int&#233;ressant &lt;/i&gt; &#187;, de mon intervention au cours du Forum social europ&#233;en, le 13 novembre pr&#233;c&#233;dent. A d&#233;faut d'un entretien, que je ne vous ai pas accord&#233;, vous souhaitiez au moins rendre compte de cette intervention dans vos colonnes. Elle avait en effet pour th&#232;me &#171; Critique des m&#233;dias et critique dans les m&#233;dias &#187;, un sujet sur lequel vous acheviez un article. Je vous ai donc envoy&#233; ce texte, disponible sur le site d'Acrimed&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contestation des m&#233;dias ou contestation dans les m&#233;dias ? (Note d'Acrimed).&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dont une version plus compl&#232;te para&#238;tra tr&#232;s prochainement aux Presses de l'Universit&#233; de Li&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous imaginez donc mon &#233;merveillement - car, d&#233;cid&#233;ment, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; peut encore me surprendre - quand, dans votre article du 9 d&#233;cembre dernier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les d&#233;buts h&#233;sitants de l'Observatoire fran&#231;ais des m&#233;dias &#187;&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, j'ai d&#233;couvert que le propos de 2700 mots environ que vous jugiez &#034; &lt;i&gt;int&#233;ressant&lt;/i&gt; &#034; avait &#233;t&#233; ramen&#233; &#224; huit mots (en comptant le &#034; &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; &#034; et le &#034; &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; &#034;), eux-m&#234;mes tron&#231;onn&#233;s en trois morceaux. Je cite : &lt;i&gt;&#034; ogre m&#233;diatique &#034;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#034; question de la m&#233;diatisation &#034;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#034; militants anticapitalistes. &#034; &lt;/i&gt;De ce tripatouillage, vos lecteurs, dont vous m&#233;prisez depuis longtemps l'intelligence et le discernement, ne sauront rien sans doute dans vos colonnes. Je n'y sollicite plus de droit de r&#233;ponse depuis que j'ai &#233;t&#233; instruit, &#224; plusieurs reprises, comme beaucoup d'autres, de l'usage que vous en faisiez. Toutefois, les centaines de milliers d'entre eux qui ont la sagesse de s'informer sur l'information en lisant autre chose que &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; compareront utilement l'original de mon intervention et ce que votre scrupuleuse honn&#234;tet&#233; en a retenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans votre article, vous &#233;voquez &#233;galement &lt;i&gt;PLPL&lt;/i&gt;. Pourtant, comme vous le savez tr&#232;s bien, ce journal n'est pas partie prenante de l'Observatoire fran&#231;ais des m&#233;dias, objet pr&#233;sum&#233; de votre &#171; enqu&#234;te &#187;. Que certains de ses membres y collaborent ou le lisent n'est pas davantage proscrit que la participation &#224; la r&#233;daction du &lt;i&gt;Monde diplomatique&lt;/i&gt;, ou m&#234;me la lecture (parfois &#233;prouvante) du &lt;i&gt;Monde. &lt;/i&gt;Un peu comme votre quotidien, mais de mani&#232;re beaucoup plus consciente sans doute, &lt;i&gt;PLPL &lt;/i&gt;m&#234;le d'ailleurs les registres de l'information et de la distraction. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de notre conversation t&#233;l&#233;phonique, vous n'avez en tout cas jamais &#233;voqu&#233; cette question de &lt;i&gt;PLPL &lt;/i&gt;avec moi. Cela vous e&#251;t &#233;pargn&#233; quelques &#034; erreurs &#034;. Dans le cas d'esp&#232;ce, l'information destin&#233;e &#224; vos lecteurs - ou les r&#232;glements de compte de votre directeur de la r&#233;daction dont j'ai cru deviner la plume un peu lourde - ajoute &#224; la citation d&#233;tach&#233;e de son contexte, tronqu&#233;e, ou falsifi&#233;e (malgr&#233; les guillemets dont votre m&#233;diateur disait qu'ils &#233;taient sacr&#233;s), l'usage immod&#233;r&#233; de l'auto-plagiat ou du remplissage : vous reprenez en effet tr&#232;s exactement contre &lt;i&gt;PLPL &lt;/i&gt;les termes et l'esprit d'un encadr&#233;, non sign&#233; lui aussi, d&#233;j&#224; paru dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 26 f&#233;vrier 2003. C'est-&#224;-dire &#224; une &#233;poque o&#249;, plut&#244;t que l'Observatoire fran&#231;ais des m&#233;dias, qui n'existait pas, il vous fallait, vous vous en souvenez sans doute, disqualifier par voie d'association acrobatique Pierre P&#233;an et Philippe Cohen. Votre directeur de la r&#233;daction a admis r&#233;cemment que votre r&#233;ussite en la mati&#232;re avait &#233;t&#233; inf&#233;rieure &#224; ses esp&#233;rances. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je relis avec ravissement &#171; Le livre de Style du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; &#187; compl&#233;tant ainsi gr&#226;ce &#224; vous la recension d&#233;j&#224; &#233;paisse des manquements r&#233;guliers (Pinault, etc.) que vous y apportez. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous souhaite une tr&#232;s belle carri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serge Halimi&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div &lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Lire &lt;a href='https://www.acrimed.org/Les-tripatouillages-du-Le-Monde-1-contre-Acrimed-et-l-Observatoire-francais-des' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Les tripatouillages du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; contre Acrimed... et l'Observatoire fran&#231;ais des m&#233;dias (1)&lt;/a&gt;.&lt;br/&gt;
Et &lt;a href='https://www.acrimed.org/La-face-cachee-judeophobie-contre-francophobie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; La face cach&#233;e &#187; : jud&#233;ophobie contre francophobie ?&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.acrimed.org/Deux-lettres-sans-echo-de-Serge-Halimi-au-mediateur-du-Monde' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Deux lettres sans &#233;cho de Serge Halimi au m&#233;diateur du &lt;i&gt;Monde &lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://www.acrimed.org/A-propos-de-PLPL-le-Monde-diplo-repond-au-Monde' class=&#034;spip_in&#034;&gt;A propos de &lt;i&gt;PLPL&lt;/i&gt; : le &lt;i&gt;Monde diplo&lt;/i&gt; r&#233;pond au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. &lt;br/&gt;
Plus largement, voir nos rubriques &lt;a href='https://www.acrimed.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=204'&gt;&#034;La face cach&#233;e du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;&#034;&lt;/a&gt; et &lt;a href='https://www.acrimed.org/-Le-groupe-Le-Monde-81-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, un &#034;quotidien de r&#233;f&#233;rence&#034;...&lt;/a&gt; &lt;i&gt;(note d'Acrimed)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href='https://www.acrimed.org/Contestation-des-medias-ou-contestation-pour-les-medias' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Contestation des m&#233;dias ou contestation dans les m&#233;dias ?&lt;/a&gt; &lt;i&gt;(Note d'Acrimed)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les d&#233;buts h&#233;sitants de l'Observatoire fran&#231;ais des m&#233;dias &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Contestation des m&#233;dias ou contestation pour les m&#233;dias ? </title>
		<link>https://www.acrimed.org/Contestation-des-medias-ou-contestation-pour-les-medias</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Contestation-des-medias-ou-contestation-pour-les-medias</guid>
		<dc:date>2003-11-21T16:30:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Halimi</dc:creator>


		<dc:subject>Quels rapports aux m&#233;dias ?</dc:subject>
		<dc:subject>Quelle(s) critique(s) ?</dc:subject>
		<dc:subject>2003 - Forum Social Europ&#233;en</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; ...au lieu de combattre les ressorts d'une information pervertie par les techniques du marketing, certains contestataires ont d&#233;cid&#233; d'y collaborer activement &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Que-faire-face-aux-medias-" rel="directory"&gt;Que faire face aux m&#233;dias ?&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Quels-rapports-aux-medias-+" rel="tag"&gt;Quels rapports aux m&#233;dias ?&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Quelle-s-critique-s-+" rel="tag"&gt;Quelle(s) critique(s) ?&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-2003-Forum-Social-Europeen-+" rel="tag"&gt;2003 - Forum Social Europ&#233;en&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Intervention de Serge Halimi au s&#233;minaire : &#171; Observation et critique des m&#233;dias : les m&#233;dias et les luttes sociales &#187;, &#224; Ivry, Forum social europ&#233;en, 14 novembre 2003.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une transformation des rapports entre les m&#233;dias et l'&#233;conomie est intervenue au cours des vingt derni&#232;res ann&#233;es. Auparavant, la radio-t&#233;l&#233;vision, souvent publique et les journaux commentaient l'&#233;conomie de march&#233;, en g&#233;n&#233;ral avec complaisance, mais comme un sujet qui leur &#233;tait ext&#233;rieur. D&#233;sormais, les m&#233;dias dominants ne sont plus seulement des relais id&#233;ologiques de la mondialisation capitaliste : ils en sont eux-m&#234;mes des acteurs de premier plan. Autrefois associ&#233;s, le parti de la presse et celui de l'argent ont dor&#233;navant op&#233;r&#233; leur fusion. Qu'elles soient cot&#233;es en Bourse ou qu'elles s'appr&#234;tent &#224; l'&#234;tre, qu'elles soient tenues ou d&#233;tenues par des groupes industriels, qu'elles b&#233;n&#233;ficient de la manne publicitaire ou qu'elles aient profit&#233; de la bulle Internet, les soci&#233;t&#233;s de presse ont un int&#233;r&#234;t direct &#224; la perp&#233;tuation et m&#234;me &#224; l'&#233;panouissement du capitalisme de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pose d&#232;s lors, la question du rapport que les mouvements qui s'opposent au capitalisme entretiennent avec les m&#233;dias qui incarnent et promeuvent le capitalisme. Et le paradoxe surgit aussit&#244;t : jamais les liens entre la presse et de l'argent n'ont &#233;t&#233; aussi prononc&#233;s ; jamais cependant la critique des m&#233;dias par ceux qui revendiquent &#171; un autre monde &#187; n'a paru aussi apeur&#233;e, honteuse, inexistante. Le paradoxe est terrible : la critique des m&#233;dias est un &#233;l&#233;ment fondateur de la critique du capitalisme et de la soci&#233;t&#233; de consommation. Or cette critique est ignor&#233;e ou torpill&#233;e depuis des ann&#233;es par les chefs m&#233;diatis&#233;s de cette contestation, dont certains ont accept&#233; de se pr&#234;ter &#224; toutes les mises en sc&#232;ne m&#233;diatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains groupes contestataires pensent se servir des grands moyens de communication sans s'y asservir. Pour ne pas avoir &#224; aborder cette question de la r&#233;cup&#233;ration par les m&#233;dias, ils d&#233;clarent qu'elle est secondaire, voire d&#233;pass&#233;e. Ils expliquent que la m&#233;diatisation va leur permettre, sinon de briser le consensus lib&#233;ral, du moins de faire entendre leur petite musique alternative, que leur m&#233;diatisation va compenser leur absence de relais institutionnels, en particulier dans les partis politiques. &lt;br /&gt;
Accepter sans les discuter le postulat qu'on va compenser par la m&#233;diatisation l'absence de relais politiques, le postulat que, gr&#226;ce &#224; la t&#233;l&#233;vision, on va s'adresser aux groupes sociaux qu'on ne peut plus mobiliser autrement, constituerait une d&#233;sertion intellectuelle. Elle est d'autant plus inexcusable que la situation actuelle n'est pas in&#233;dite. En 1981, l'historien am&#233;ricain Christopher Lasch expliquait d&#233;j&#224; : &lt;i&gt;&#171; Une observation superficielle pourrait faire croire que de nouveaux moyens de communication donnent aux artistes et aux intellectuels la possibilit&#233; de toucher un public plus large que celui dont ils ont jamais pu r&#234;ver. Or, au contraire, les nouveaux m&#233;dias se bornent &#224; universaliser les effets du march&#233;, en r&#233;duisant les id&#233;es au statut de marchandises&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christopher Lasch, Culture de masse ou culture populaire ?, Climats, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;D&#233;sormais, cette question de la m&#233;diatisation se pose aussi aux militants anticapitalistes. L'ogre m&#233;diatique, tr&#232;s friand de nouveaux produits, ne peut en effet se satisfaire d'un nombre trop limit&#233; de clients. &lt;br /&gt;
Un &lt;i&gt;Guerilla kit,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Nouveau guide militant&lt;/i&gt; qui vient d'&#234;tre publi&#233; par La D&#233;couverte fait l'inventaire de ce qu'il appelle les &lt;i&gt;techniques des nouvelles luttes anticapitalistes&lt;/i&gt;. Mais, dans son chapitre &#171; Face aux m&#233;dias &#187;, il n'est plus du tout question de gu&#233;rilla. Le lecteur apprend au contraire, je cite, &lt;i&gt;&#171; comment faire un communiqu&#233; de presse &#187; &lt;/i&gt;avec&lt;i&gt; &#171; un titre accrocheur, un texte concis &#187;&lt;/i&gt;. Ce souci est justifi&#233; comme suit : &lt;i&gt;&#171; Les journalistes qui font de l'info en temps r&#233;el sont des gens press&#233;s. Il faut leur m&#226;cher le travail. Le communiqu&#233;, structur&#233; comme une d&#233;p&#234;che d'agence, doit comporter des formules directement r&#233;utilisables par les journalistes &#187;&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
Plus loin, le guide explique &#171; &lt;i&gt;comment faire passer sa parole &#224; la t&#233;l&#233;&lt;/i&gt; &#187;, puis &#171; &lt;i&gt;comment savoir si votre action sera m&#233;diatique&lt;/i&gt; &#187; : &lt;i&gt;&#171; plus vous pouvez cocher de cases dans la liste suivante, plus votre action aura de chances de passer dans les m&#233;dias &#187;&lt;/i&gt;. Les cases choisies sont : actualit&#233;, nouveaut&#233;, dramatisation, conflictualit&#233;, perturbation, VIP, symbolique, insolite, scandale et pol&#233;mique, etc. (pp. 190-192.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, au lieu de combattre les ressorts d'une information pervertie par les techniques du marketing, certains contestataires ont d&#233;cid&#233; d'y collaborer activement. Ils pensent sans doute, sinc&#232;rement, que la critique du capitalisme a tout &#224; gagner d'une m&#233;diatisation accrue. Mais qu'a-t-elle &#224; perdre ? Quels sont les revers de ces m&#233;dailles m&#233;diatiques ? A quels compromis doit-on se r&#233;signer lorsqu'on choisit de &lt;i&gt;parler pour les m&#233;dias&lt;/i&gt; ? &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;Parler pour les m&#233;dias, c'est ent&#233;riner l'id&#233;e que les m&#233;dias ont le droit de distribuer la parole dans la soci&#233;t&#233;. C'est accepter que les journalistes s&#233;lectionnent les mouvements et leurs porte-parole. Or la presse accorde prioritairement son attention &#224; ceux qui se plient aux attentes et aux clich&#233;s de la profession. La contestation risque alors de se porter sur le terrain des journalistes et s'exprimer &#224; leurs conditions. Elle va devenir spectacle. Sa mise en sc&#232;ne mobilisera des slogans qui sonnent comme de la publicit&#233; ou des titres de presse, plut&#244;t que des mots d'ordre &#171; revendicatifs &#187;, jug&#233;s ennuyeux, &#171; corporatistes &#187;, sans humour. Passer du &#171; nouveau &#187; &#224; l'&#171; archa&#239;que &#187;, c'est risquer le trou noir m&#233;diatique et l'oubli. &#171; Nouvelles &#187; en 1998, les luttes des ch&#244;meurs n'inspirent plus aux m&#233;dias que la commis&#233;ration r&#233;serv&#233;e aux combats &#171; traditionnels &#187;, &#171; corporatistes &#187; - et donc ex&#233;cut&#233;s dans les journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s en deux mots d&#233;daigneux. &lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Cette attention s&#233;lective des m&#233;dias agit sur la conduite des mouvements contestataires : on va choisir une forme d'action non pas en fonction de ses effets attendus sur l'issue du conflit mais en imaginant qu'elle int&#233;ressera davantage les journalistes. Les actions m&#233;diatiques deviennent ainsi des actions &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; les m&#233;dias. Sans que leurs initiateurs se demandent toujours si la pr&#233;sence de cam&#233;ras permet de remporter la victoire dans les faits, pas seulement dans les sommaires des journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s. C'est aussi la question qu'il conviendra de se poser &#224; propos de ce forum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bienveillance de la presse dominante ne se conserve qu'au prix de concessions permanentes. Il faut ne pas franchir les &#171; lignes jaunes &#187; pr&#233;alablement trac&#233;es par les journalistes, au-del&#224; desquelles, affirment-ils, l' &#171; opinion &#187; va l&#226;cher le mouvement : le piquet de gr&#232;ve, parce que la gr&#232;ve entrave le droit au travail ; l'interruption des examens, parce qu'elle contredit le droit aux &#233;tudes ; l'annulation des festivals, parce qu'elle met en cause le droit au loisir, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun sait pourtant qu'aucun mouvement social ou presque n'aurait abouti, y compris dans un cadre d&#233;mocratique, s'il n'avait pas, &#224; un moment donn&#233;, contest&#233; la l&#233;gitimit&#233; de la l&#233;galit&#233;. Ni le combat syndical, ni le mouvement des Noirs am&#233;ricains, ni la lutte des femmes pour la l&#233;galisation de l'avortement. Mais, cela, les m&#233;dias dominants n'en ont cure. L'ordre social leur para&#238;t naturel. Ils &#171; &#233;lisent &#187; donc plus naturellement les mouvements qui se montrent dispos&#233;s &#224; accepter des &#171; r&#233;formes &#187;, surtout si leurs repr&#233;sentants sont pr&#234;ts &#224; en &#171; d&#233;battre &#187; dans une &#233;mission. Ceux qui d&#233;passent les bornes sont en revanche qualifi&#233;s d'extr&#233;mistes, d'irresponsables, de preneurs d'otages, d'anarchistes, de populistes ou de fossoyeur de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me qu'ils s&#233;lectionnent les mouvements contestataires, les m&#233;dias choisissent les porte-parole les plus conformes aux exigences professionnelles des journalistes et les plus prompts &#224; s'y soumettre. Ces intervenants ont appris qu'il fallait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- se montrer disponible : aller dans les m&#233;dias avant de s'interroger sur la n&#233;cessit&#233; d'y aller, &#234;tre toujours joignable, y compris pendant une r&#233;union, pour pouvoir r&#233;pondre &#224; l'urgence m&#233;diatique et, le cas &#233;ch&#233;ant, ne pas rater une &#233;ventuelle proposition d'&#233;mission ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- accepter de se plier aux d&#233;lais de bouclage et aux dur&#233;es d'entretien impos&#233;s par les journalistes : rendre son article &#224; l'heure convenue, marchander son temps d'antenne (aussi long que possible) et, pour les plus aguerris, son heure de passage (&lt;i&gt;prime time&lt;/i&gt;) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- se r&#233;signer au choix par le journaliste de l'extrait, en g&#233;n&#233;ral microscopique, jug&#233; &#171; significatif &#187; ; retenir cet extrait s&#233;lectionn&#233; par les m&#233;dias pour le marteler lors des prochains entretiens (ce qui facilitera le travail des autres journalistes) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;enfin, accepter la personnalisation des luttes collectives&lt;/strong&gt;. Les repr&#233;sentants de la contestation sont somm&#233;s de d&#233;voiler une partie de leur vie de famille, de leurs go&#251;ts, de leurs aventures personnelles, plus souvent qu'on ne leur propose de d&#233;tailler les objectifs, les combats et la pens&#233;e des mouvements collectifs qu'ils sont cens&#233;s repr&#233;senter. Or ce principe de personnification, qui est aussi un principe de d&#233;politisation, constitue un des rouages du jeu politicien. Comment contester cette d&#233;rive &#224; l'am&#233;ricaine quand on en a soi-m&#234;me &#233;t&#233; l'acteur consentant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains contestataires c&#232;dent &#224; toutes ces exigences d'autant plus facilement qu'ils ont nou&#233; des relations de confiance, de complicit&#233;, voire d'amiti&#233; avec les journalistes charg&#233;s de couvrir leur action. Pourtant, m&#234;me sympathique, un &#171; rubricard &#187; politique privil&#233;giera toujours l'expos&#233; des divergences internes de l'organisation qu'il &#171; couvre &#187;. Sym&#233;triquement il va minorer les travaux et les r&#233;flexions de l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces contraintes professionnelles s'ajoutent des pesanteurs d'ordre social. Les journalistes dominants recherchent des interlocuteurs qui leur ressemblent. Spontan&#233;ment, ils jugeront &#171; meilleur &#187;, plus int&#233;ressant, plus percutant, celui ou celle qui s'exprimera avec leurs mots et leur syst&#232;me de r&#233;f&#233;rence. Ainsi, peu &#224; peu, les m&#233;dias, plus que les militants, vont &#171; &#233;lire &#187; et rendre c&#233;l&#232;bres les repr&#233;sentants du mouvement, eux-m&#234;mes pr&#233;-s&#233;lectionn&#233;s dans le pool de ceux qui consentent &#224; la m&#233;diatisation et &#224; ses figures impos&#233;es. Or, les crit&#232;res d'excellence m&#233;diatique sont tr&#232;s diff&#233;rents des crit&#232;res d'engagement militant. L'autorit&#233; militante s'appuie sur l'exp&#233;rience, le savoir-faire, la camaraderie, l'aptitude &#224; payer de sa personne, etc. En revanche, l'autorit&#233; m&#233;diatique se jauge &#224; la fr&#233;quence des passages &#224; l'antenne, &#224; l'aisance dans les &#171; d&#233;bats &#187;, &#224; l'&#233;paisseur du carnet d'adresses, au nombre de langues que l'on parle, au nombre de petites phrases reprises par un quotidien de r&#233;f&#233;rence. Le choix d'une forme d'autorit&#233; plut&#244;t que de l'autre ne peut rester sans cons&#233;quences : pendant que les m&#233;dias offrent &#224; certains d'&#234;tre vus, de discourir, de voyager, de participer &#224; des colloques, d' &#171; avoir son visage sur la photo &#187;, ils taisent l'existence d'autres qui, dans l'anonymat des luttes &#171; ordinaires &#187;, des enveloppes qu'on affranchit, des r&#233;unions locales qu'on organise, constituent le mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Analysant la d&#233;rive narcissique de l'organisation &#233;tudiante radicale am&#233;ricaine des ann&#233;es 60, le SDS, Christopher Lasch a soulign&#233; en 1981 :&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;L'attention que leur portaient les m&#233;dias transformait la nature m&#234;me de leur mouvement. En esp&#233;rant manipuler les m&#233;dias &#224; ses propres fins, le SDS finit par se retrouver dans l'obligation de servir les int&#233;r&#234;ts de ces m&#233;dias. Et les m&#233;dias choisissaient, en vue de les rendre c&#233;l&#232;bres, les responsables du mouvement qui correspondaient le plus fid&#232;lement &#224; ce que doit &#234;tre un dirigeant d'opposition pour se conformer &#224; ce que les clich&#233;s pr&#233;fabriqu&#233;s attendent de lui&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler pour les m&#233;dias pose deux probl&#232;mes principaux : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Parler &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; les m&#233;dias, c'est parfois devancer leurs exigences. &lt;/strong&gt;R&#233;pondre s&#233;ance tenante aux injonctions des journalistes interdit toute consultation pr&#233;alable de la base. Ces r&#233;actions &#224; chaud posent le probl&#232;me de leur l&#233;gitimit&#233;. Le rythme tr&#233;pidant des m&#233;dias diff&#232;re de celui, plus lent, de la &lt;i&gt;d&#233;lib&#233;ration collective&lt;/i&gt; et de l'&lt;i&gt;organisation d&#233;mocratique&lt;/i&gt;. &lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Parler &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; les m&#233;dias, c'est se taire &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;sur&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; les m&#233;dias. &lt;/strong&gt;Se croyant tributaires des m&#233;dias pour exister, les mouvements qui pr&#233;tendent vouloir changer le monde ont renonc&#233; &#224; faire leur travail d' &#171; &#233;ducation populaire &#187; sur la question du r&#233;gime de propri&#233;t&#233; des m&#233;dias, du statut social des journalistes et des animateurs qui les invitent, du r&#244;le jou&#233; par les moyens d'information et de communication dans la mise en place et dans l'imposition de la pens&#233;e de march&#233;. &lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anticapitaliste perd souvent sa voix et ses moyens au moment de p&#233;n&#233;trer dans les studios d&#233;tenus par le capitalisme m&#233;diatique. Ceux qui contestent le pouvoir des multinationales se trouvent comme frapp&#233;s d'amn&#233;sie lorsqu'une filiale de ces entreprises les convie &#224; palabrer dans un studio. &lt;br /&gt;
Le 22 octobre 2001, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; a officialis&#233; le principe de son introduction en Bourse. Ceux qui combattent la dictature des march&#233;s financiers n'ont pas critiqu&#233; cette d&#233;cision. Peut-&#234;tre pr&#233;f&#232;rent-ils conserver le droit de publier, de temps &#224; autre, une tribune dans les pages &#171; d&#233;bats &#187; de ce quotidien. &lt;br /&gt;
Le mois dernier, l'imposition, d'un responsable du &lt;i&gt;Monde &lt;/i&gt;&#224; la pr&#233;sidence du directoire de &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;e contre l'avis de 73% des salari&#233;s de T&#233;l&#233;rama. Cette nouvelle manifestation de la dictature du capital dans une entreprise de presse n'a pas suscit&#233; la moindre r&#233;action officielle du Parti communiste, des Verts, d'Attac, de la CGT, de Sud, de la LCR, etc. &lt;br /&gt;
Les contestataires ont peur des m&#233;dias et de leur pouvoir. Ils ont peur du pouvoir qu'ils ont conc&#233;d&#233; aux m&#233;dias. Et ils ne font rien pour engager la bataille politique qui remettrait en cause le mode d'appropriation des grands moyens d'information. Si &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, Acrimed, &lt;i&gt;PLPL&lt;/i&gt;, demain l'Observatoire fran&#231;ais des m&#233;dias n'avaient pas &#233;voqu&#233; ces batailles-l&#224;, nul n'en parlerait aujourd'hui. Et surtout pas les grands m&#233;dias. &lt;br /&gt;
En 1972, pourtant, le programme commun de gouvernement sign&#233; par le Parti socialiste et par le Parti communiste fran&#231;ais soulignait : &lt;i&gt;&#171; Il existe une contradiction entre le caract&#232;re public de l'information et le caract&#232;re de plus en plus priv&#233; des moyens d'information &lt;/i&gt;[...] &lt;i&gt;Tant qu'un petit nombre de groupes financiers pourra contr&#244;ler les moyens d'expression comme les moyens de production, on ne saurait parler valablement de la libert&#233; de la presse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Programme commun de gouvernement du parti communiste et du parti socialiste, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Aujourd'hui, la contradiction est plus forte encore qu'en 1972, le caract&#232;re de l'information plus priv&#233; qu'avant, le nombre des groupes financiers qui contr&#244;lent les moyens d'expression plus r&#233;duit que jamais. Pourtant, les contestataires se taisent avec application. Les propositions gouvernementales avanc&#233;es par le Parti socialiste il y a trente ans nous para&#238;traient-elles aujourd'hui trop gauchistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appropriation des moyens de communication par des multinationales, statut social des journalistes dominants, r&#244;le des m&#233;dias dans l'imposition de la pens&#233;e de march&#233; : dans tous ces domaines, ne pas avancer de critique, et ne pas avancer dans la critique, c'est reculer. &lt;br /&gt;
L'exemple britannique le montre assez. En 1992, les conservateurs d&#233;jouent les pronostics en remportant les &#233;lections g&#233;n&#233;rales. Imputant leur d&#233;faite au militantisme droitier des m&#233;dias d&#233;tenus par le groupe Murdoch, les travaillistes d&#233;cident de pactiser avec Murdoch. Et pour y parvenir, Blair n'h&#233;site pas &#224; ajuster ses propositions politiques aux pr&#233;f&#233;rences du milliardaire australo-am&#233;ricain. Il va le voir en Australie (22 heures de vol dans chaque sens) et d&#233;clare devant ses cadres sup&#233;rieurs r&#233;unis dans une &#238;le priv&#233;e : &lt;i&gt;&#171; Sur certains points, Thatcher et Reagan ont eu raison. Mettre davantage l'accent sur l'entreprise. R&#233;compenser le succ&#232;s au lieu de le p&#233;naliser. Casser les corporations associ&#233;es &#224; la bureaucratie d'Etat. &#187; &lt;/i&gt;C'est aussi pour ne pas contredire Murdoch qui ex&#232;cre les syndicats que Blair promet, avant m&#234;me d'arriver au pouvoir, qu'il&lt;i&gt; &lt;/i&gt;, je cite, &lt;i&gt;&#171; laissera la loi britannique demeurer la plus restrictive du monde occidental en mati&#232;re de droit syndical&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;The Times, 31 mars 1997. Cit&#233; par John Rentoul, Tony Blair, Prime Minister, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Tant d'&#233;gards m&#233;ritaient r&#233;compense : en 1997 et en 2002, la presse Murdoch d&#233;cida d'appuyer une gauche aussi intelligente... &lt;br /&gt;
Aspirons-nous &#224; finir comme Tony Blair ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie de m&#233;diatisation conduit &#224; sacrifier un travail de fond, de critique et d'&#233;ducation populaire. Elle risque de d&#233;naturer le mouvement anticapitaliste, de d&#233;tourner les militants de l'action collective. &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;L'exp&#233;rience historique concr&#232;te de tous ceux qui ont essay&#233; d'instrumentaliser les m&#233;dias de masse &#224; des fins critiques, subversives et r&#233;volutionnaires&lt;/i&gt;, rappelait Christopher Lasch, &lt;i&gt;est que de telles tentatives sont vou&#233;es &#224; l'&#233;chec. Les militants politiques qui cherchent &#224; changer la soci&#233;t&#233; feraient mieux de se consacrer au travail de longue haleine que suppose l'organisation politique plut&#244;t que d'organiser un mouvement en se fiant &#224; des miroirs&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christopher Lasch, op. cit ., pp. 59-60.&#034; id=&#034;nh9-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serge Halimi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette intervention reprend les grandes lignes d'un article, co-r&#233;dig&#233; par Pierre Rimbert et par moi-m&#234;me, &#171; La r&#233;cup&#233;ration de la contestation par les m&#233;dias &#187;, publi&#233; par &lt;i&gt;Agone &lt;/i&gt;n&#176;26-27. Et qu'on peut lire, sous une forme l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente, &lt;a href=&#034;http://www.homme-moderne.org/societe/media/halimi/attac.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site de L'Homme moderne&lt;/a&gt; ainsi que &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article.php3?id_article=259&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site d'Acrimed&lt;/a&gt; sous le titre &#171; Identit&#233; d'Attac et rapport aux m&#233;dias &#187;. Une version plus d&#233;taill&#233;e de ce propos sera prochainement publi&#233;e aux Editions de l'Universit&#233; de Li&#232;ge.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christopher Lasch, Culture de masse ou culture populaire ?, Climats, Castelnau-le-Lez, 2001, p. 59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Programme commun de gouvernement du parti communiste et du parti socialiste, Editions sociales, 1972, p. 163.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;The Times, 31 mars 1997. Cit&#233; par John Rentoul, Tony Blair, Prime Minister, Warner Books, Londres, 2001, p. 311.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christopher Lasch, op. cit ., pp. 59-60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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