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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>&#171; Une critique de solitude &#187;, un entretien avec Pascale Casanova r&#233;alis&#233; par Yves Lacascade (2/2)</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Une-critique-de-solitude-un-entretien-avec-5816</link>
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		<dc:date>2018-11-09T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascale Casanova</dc:creator>


		<dc:subject>Les pratiques du journalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Critique litt&#233;raire</dc:subject>
		<dc:subject>France Culture</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Je parlais des livres qui ne marchaient pas, je laissais de c&#244;t&#233; les livres qui n'avaient pas besoin de moi &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Journalisme-et-critique-litteraire-" rel="directory"&gt;Journalisme et critique litt&#233;raire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Les-pratiques-du-journalisme-+" rel="tag"&gt;Les pratiques du journalisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-France-Culture-+" rel="tag"&gt;France Culture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L109xH150/arton5816-705e2.jpg?1776732121' class='spip_logo spip_logo_right' width='109' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Une-critique-de-solitude-un-entretien-avec&#034;&gt;la suite&lt;/a&gt; et la fin de l'entretien que Pascale Casanova avait accord&#233; &#224; Yves Lacascade et qui fut initialement publi&#233; en 2017 dans le num&#233;ro 148-149 du &lt;i&gt;Journal des anthropologues&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nota : toutes les notes et introductions de liens sont d'Acrimed.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Force et fragilit&#233; d'un &#171; salon litt&#233;raire &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;- &lt;strong&gt;Yves Lacascade&lt;/strong&gt; &#8722; Je n'y avais jamais pens&#233;, mais si Bourdieu avait &#233;t&#233; en vie au moment de ton &#233;viction de France Culture, il aurait probablement fait un raffut de tous les diables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Pascale Casanova&lt;/strong&gt; &#8722; Sans doute, oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Tu aurais eu son soutien en plus de ceux de tous les grands &#233;crivains que tu as eus. Il aurait fait un papier ou une tribune pour d&#233;noncer et affirmer l'autonomie n&#233;cessaire de la critique &#224; l'&#233;gard de l'industrie culturelle et de toutes ces choses-l&#224;. C'&#233;tait &#231;a l'enjeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Oui, c'&#233;tait &#231;a la question mais aucun de mes sup&#233;rieurs de l'&#233;poque ne le comprenait. Se d&#233;fendre &#224; l'&#233;gard de l'industrie du livre, &#234;tre autonome, lutter sans rel&#226;che et avec beaucoup de difficult&#233;s pour conqu&#233;rir puis pour conserver et accro&#238;tre son autonomie : ils ne comprenaient m&#234;me pas de quoi il s'agissait, puisqu'ils &#233;taient eux-m&#234;mes, sans le savoir, sous l'emprise de cette industrie. D'ailleurs Fabienne Pascaud, &#224; &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N&#233;e en 1955, elle d&#233;buta en tant que journaliste &#224; T&#233;l&#233;rama en 1980 o&#249; elle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (avec qui ils ont cr&#233;&#233; le prix France Culture &#8211; &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce prix fut cr&#233;&#233; en 2006. Jusqu'en 2013 il &#171; r&#233;compensa &#187; des &#233;crivains de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) ou Laure Adler&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Directrice de France Culture de 1999 &#224; 2005. Sur son travail de mise au pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; France Culture invitaient beaucoup de libraires en pensant qu'ils &#233;taient plus libres dans leurs choix que les critiques, mais c'est une erreur compl&#232;te ! En r&#233;alit&#233;, les libraires doivent vendre des livres et font la promotion des livres qui se vendent bien, alors que les critiques, s'ils s'en donnent les moyens, peuvent, jusqu'&#224; un certain point, construire et pr&#233;server leur autonomie. Laure Adler croyait que la critique, c'&#233;tait un petit c&#233;nacle de copains et que les libraires &#233;taient ind&#233;pendants. Moi, je ne cherchais pas &#224; d&#233;fendre syst&#233;matiquement la position du critique, mais il me semblait que l'ind&#233;pendance critique &#233;tait une condition essentielle de sa r&#233;ussite. PB, lui, parlait de &#171; salon &#187;, il disait que mon &#233;mission &#233;tait comme un salon litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; &#199;a me semble parfaitement juste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; D'autant, disait-il, que les salons &#233;taient souvent tenus par des femmes dot&#233;es d'un &#171; habitus litt&#233;raire &#187; et qui invitaient des gens selon leurs go&#251;ts. Mon travail, ce n'&#233;tait pas de prendre la parole sur les livres, c'&#233;tait au contraire de la donner. Comme le disait PB, un salon se d&#233;finit &#224; travers ses participants et la personnalit&#233; (ou l'habitus) de celui ou de celle qui les r&#233;unit. Il prenait la m&#233;taphore de la danse : je menais la danse et l'autre acceptait ou non de se laisser conduire. Ceux qui dansaient bien acceptaient sans doute un peu de se &#171; soumettre &#187;, mais ce faisant, ils disaient des choses qu'ils n'auraient probablement pas dites ailleurs. J'avais une petite &#233;quipe d'intervenants r&#233;guliers, parmi lesquels Xavier Person&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir ici.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que j'aimais bien. Il &#233;tait d'un naturel plut&#244;t taiseux et il disait qu'il aimait bien cette &#233;mission parce qu'elle l'obligeait &#224; parler. Tu ne pouvais rien faire sans les participants que tu avais r&#233;unis : tu faisais avec eux. C'est ce que tu devais faire. Enfin, quand je dis &#171; tu &#187;, c'est de moi qu'il s'agissait ! Alors, &#231;a se d&#233;finissait, disait PB, par le choix des livres et des invit&#233;s. Mais comme c'&#233;tait une critique de solitude, je n'avais aucun alli&#233; &#224; France Culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; En fait, c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment la subjectivit&#233; de tes choix qui constituait l'une des garanties de la qualit&#233;, de l'originalit&#233; et de la coh&#233;rence, sur la dur&#233;e, du &#171; salon &#187;. Tout comme ce sont la subjectivit&#233; de l'&#233;diteur et la subjectivit&#233; de l'auteur qui constituent la condition et la garantie de leur autonomie respective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Oui, c'est &#231;a, exactement, selon la personne qui tient le salon. Mais &#231;a suppose et &#231;a forge un habitus tr&#232;s particulier, tr&#232;s diff&#233;rent dans chaque cas, et qu'il faut savoir d&#233;chiffrer pour comprendre ce qu'il veut. Pour tenir salon, il faut un &#171; habitus litt&#233;raire &#187; et tout d&#233;pend des crit&#232;res de choix, m&#234;me subjectifs, que cet habitus mobilise. Aujourd'hui, dans mes propres travaux, c'est vrai que je vise &#224; faire de la critique une science sociale, ou du moins une activit&#233; avec une composante et une vis&#233;e scientifiques plus marqu&#233;es en affirmant la primaut&#233; de certains crit&#232;res, au premier rang desquels l'histoire notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; C'est passionnant cette question des salons ! Il faudrait r&#233;fl&#233;chir au rapport entre l'existence ou l'&#233;mergence des salons et l'autonomie ou l'autonomisation des auteurs au sein du champ litt&#233;raire. Au fond, tu t'es battue &#224; France Culture pour avoir le droit de tenir salon, avec pour premi&#232;re condition d'existence de ton &#233;mission comme salon, la conqu&#234;te et la pr&#233;servation de ta propre autonomie au sein de la station mais &#233;galement, plus largement, au sein du champ litt&#233;raire. L'une renfor&#231;ant l'autre et r&#233;ciproquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Je me suis sans doute dirig&#233;e vers le salon quand je me suis pos&#233; le probl&#232;me de qui inviter, mais pas d'embl&#233;e du point de vue de la critique. Ou, pour le dire autrement, si mon &#233;mission a fonctionn&#233; comme un salon, cela s'est fait sans que je le d&#233;cide : ce fonctionnement s'est impos&#233; de lui-m&#234;me. Il se trouve que je ne choisissais jamais un auteur mais un livre et pour en parler, des gens dont je savais qu'ils pourraient parler des livres des autres sans &#171; int&#233;r&#234;t &#187; autre que le livre lui-m&#234;me, sans int&#233;r&#234;t autre que celui d'en parler le plus librement et le plus intelligemment possible. Ce qui pourrait d'ailleurs constituer en soi une d&#233;finition de l'autonomie critique et de l'autonomie de la critique, c'est-&#224;-dire une forme sp&#233;cifique de d&#233;sint&#233;ressement &#224; l'&#233;gard de tout ce qui ne rel&#232;ve pas du livre lui-m&#234;me et du d&#233;sir d'en parler publiquement. Et c'est &#231;a que rend possible et que pr&#233;serve le salon, &#224; condition qu'il int&#232;gre dans son fonctionnement ce principe d'autonomie. Moi, je parlais des livres qui ne marchaient pas, je laissais de c&#244;t&#233; les livres qui n'avaient pas besoin de moi. Je privil&#233;giais les textes bizarres, qui n'avaient pas, a priori, de l&#233;gitimit&#233; autre que celle que, d'embl&#233;e, je leur reconnaissais. C'&#233;tait pour moi une forme de cahier de charges minimal. M&#234;me si je ne sais plus tr&#232;s bien comment je parvenais &#224; faire le lien, &#224; faire le pont, entre les livres des gens inconnus et ceux des gens tr&#232;s connus que je choisissais chaque semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Il y a un rapport entre l'autonomie du champ &#224; l'&#233;gard de l'industrie et du march&#233;, et l'autonomie des agents &#224; l'int&#233;rieur de ce champ, donc avec leur propre libert&#233; d'auteur, d'&#233;diteur ou de critique. De ce point de vue, l'exercice de la subjectivit&#233; personnelle &#8722; mais d'une subjectivit&#233; &#171; libre &#187; &#8722; peut &#234;tre un rempart. Ce qui n'exclut pas la possibilit&#233; d'alliances en vue de la pr&#233;servation de cette autonomie. Dans l'histoire de la litt&#233;rature contemporaine d'ailleurs, il y a aussi des salons. Je pense &#224; celui de celle qui &#233;tait copine avec Joyce&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Oui, cette histoire inclut des rapports masculins/f&#233;minins tr&#232;s complexes. Ainsi, par exemple, Adrienne Monnier tenait une librairie dans les ann&#233;es 1920, rue de l'Od&#233;on, &#224; Paris, une sorte de biblioth&#232;que o&#249; venaient les &#233;crivains am&#233;ricains exil&#233;s. Elle choisissait ses invit&#233;s en fonction de ses go&#251;ts et elle organisait &#233;galement des conf&#233;rences, avec son amie Sylvia Beach.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Et &#231;a te parle comme comparaison ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Oui c'est pas mal ! C'est m&#234;me tr&#232;s bien ! Mais Adrienne Monnier est surtout connue pour avoir organis&#233; et financ&#233; une traduction de l'&#171; Ulysse &#187; de Joyce avec Valery Larbaud.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Lutter pour l'autonomie de la critique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Je reviens &#224; ce que tu disais de l'autonomie, par opposition &#224; la connivence : quand on &#233;tait auditeur de l'&#233;mission, que ce soit des jeudis, des mardis ou de l'Atelier, on savait que c'&#233;tait tout sauf un club de copains&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont on trouvera un &#171; bel &#187; exemple ici.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou d'amis, tout sauf un &#171; cercle d'admiration mutuelle &#187; pour reprendre l'expression de Norbert Elias. On le sentait sans que ce soit d&#233;montr&#233; ou dit. C'&#233;tait l'&#233;mission qui le disait. Aux yeux de beaucoup, je pense que tu as clairement incarn&#233; une certaine conception et m&#234;me une &#233;thique de la critique. Le probl&#232;me, c'est que France Culture &#233;tait loin de fonctionner comme un champ autonome ou comme une &#171; r&#233;publique des intellectuels &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P.C.&lt;/strong&gt; &#8722; Oui c'est &#231;a, parce qu'on d&#233;pendait beaucoup des &#233;diteurs en fait, et moi je ne voulais pas. Quant aux critiques, la profession des critiques, ils ne m'ont jamais reconnue et ne me connaissaient pas. J'&#233;tais tr&#232;s seule ! Alors c'&#233;tait dur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Oui parce que tes coll&#232;gues producteurs ne cherchaient pas n&#233;cessairement, eux, &#224; d&#233;fendre leur propre autonomie, et que cette bataille que tu menais &#224; France Culture n'avait donc rien de collectif. Il n'y avait pas, parmi vous, de vis&#233;e collective d'autonomie, d'autonomie au sein de la station et m&#234;me de la station elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Non, pas du tout. Mais c'est &#231;a, sans doute, oui, c'est bien dit, &#231;a me parle bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Et ta non-reconnaissance par les critiques, est-ce que &#231;a ne tenait pas aussi au m&#233;dium, au fait que ce soit la radio ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Oui, &#231;a tient peut-&#234;tre en partie au m&#233;dium.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Et au fait que tu ne viennes ni de la presse ni de l'&#233;dition, et que tu n'avais &#233;t&#233; adoub&#233;e ni par les patrons de presse ni par ceux de l'&#233;dition ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Oui, c'est possible. Ce que je repr&#233;sentais et la fa&#231;on dont je fonctionnais &#233;taient bizarres pour eux : ils ne comprenaient pas que je sois toute seule, que je me sois en quelque sorte auto-institu&#233;e, que je ne d&#233;pende de personne. Quand je recevais un &#171; conseil d'ami &#187;, de la part de la direction, je ne le suivais pas, alors que les patrons de presse disent &#224; leurs employ&#233;s litt&#233;raires : il faut faire ci et il faut faire &#231;a, &#233;crire sur untel ou unetelle. Et souvent, c'est pour copier les autres, parler de ce dont il faut parler parce que la concurrence en parle. R&#233;sultat, &#224; la fin, les &#233;crivains &#233;crivent tous le m&#234;me bouquin. Et les critiques tous le m&#234;me papier sur le m&#234;me bouquin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Il n'y avait rien de clairement sociologique dans l'&#233;mission, mais ce que moi j'ai pu en percevoir, de ma place d'auditeur, c'est notamment ta position sur la question des prix litt&#233;raires. &#199;a, &#231;a a &#233;t&#233; une bataille, j'imagine ? Y compris le prix France Culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Oui, c'&#233;tait tr&#232;s compliqu&#233;. Par exemple, dans &lt;i&gt;Livre hebdo&lt;/i&gt;, qui est l'hebdomadaire des professionnels du livre, je suis catalogu&#233;e &#171; anti-prix &#187;. Tout le monde conna&#238;t la r&#233;alit&#233; des prix corrompus&#8230; plus que moi-m&#234;me qui ne m'en occupe pas beaucoup, dans le d&#233;tail, parce que &#231;a ne m'int&#233;resse pas tellement. Mais, &#231;a ne se dit pas. PB appelait &#231;a &#171; vendre la m&#232;che &#187;. Moi, j'ai dit ce que tout le monde savait, que tel jur&#233; du Goncourt &#233;tait publi&#233; en Pl&#233;iade en &#233;change de son vote lors de la d&#233;signation du laur&#233;at du prix, etc. Alors j'&#233;tais mal consid&#233;r&#233;e. Par exemple, quand il y a eu le prix France Culture-&lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt;, je n'ai rien eu &#224; dire de plus que les autres ni sur le prix ni sur cette alliance avec &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt; : je voyais que les autres se t&#233;l&#233;phonaient, par exemple, le num&#233;ro deux de France Culture et le num&#233;ro un de &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt;, et moi, je n'avais droit &#224; rien. Et donc, c'&#233;tait un prix que je r&#233;prouvais &#224; chaque fois. Mais je ne pouvais rien faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Mais tu ne le r&#233;prouvais pas parce que tu n'avais pas de voix pr&#233;pond&#233;rante, tu t'en fichais de &#231;a. Tu le r&#233;prouvais sur le principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Oui, c'est &#231;a, exactement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Et donc, comme tu le r&#233;prouvais sur le principe et qu'ils le savaient, &#231;a leur permettait de t'ignorer et &#231;a jouait contre toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Oui, c'est &#231;a, &#231;a me mettait dans mon tort. &#192; une &#233;poque, pour contrer la mont&#233;e en puissance des libraires (qui est une fa&#231;on de promouvoir, en la parant de vertus &#233;thiques, une logique purement marchande), j'ai pourtant essay&#233; de cr&#233;er un prix de la critique avec des gens que je trouvais &#171; autonomes &#187;. Mais pour diff&#233;rentes raisons, &#231;a n'a pas march&#233;, je me suis ramass&#233;e. Le fait que je sois une femme a peut-&#234;tre &#233;galement jou&#233; contre moi, du moins, c'est ce que je me suis dit. Et plus tard, sur les conseils de Bourdieu, je suis all&#233; voir P.O.L., l'&#233;diteur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Acronyme de Paul Otchakovsky-Laurens (1944-2018) qui fut le fondateur et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour lui proposer une alliance entre &#171; petits &#187; critiques et &#171; petits &#187; &#233;diteurs, mais il n'a pas compris du tout ce que je voulais faire et il m'a envoy&#233;e lui aussi sur les roses. C'&#233;tait encore flou, dans mon esprit, &#224; l'&#233;poque, mais il n'a pas du tout accroch&#233;. &#199;a supposait un peu d'imagination&#8230; Et depuis, de toute fa&#231;on, P.O.L. a &#233;t&#233; rachet&#233; par Gallimard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2003.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; J'ai tent&#233; la m&#234;me chose avec des petits &#233;diteurs de po&#233;sie : je me suis int&#233;ress&#233;e &#224; la po&#233;sie d'avant-garde, ultra formelle et l&#224;, comme les enjeux &#233;conomiques &#233;taient faibles et le march&#233; tr&#232;s restreint, l'accueil a &#233;t&#233; bien meilleur : ces &#233;diteurs &#233;taient contents qu'un m&#233;dia national s'int&#233;resse &#224; eux, et moi &#231;a m'allait tr&#232;s bien parce qu'&#224; mes yeux, le fait qu'il n'y ait pas d'argent en jeu garantissait la pr&#233;servation de l'autonomie de chacun, la mienne comprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Ce que tu fais entrevoir, ce sont des fonctionnements tr&#232;s particuliers, qui sont li&#233;s &#224; ce monde intellectuel, enfin surtout &#224; cette entreprise culturelle-l&#224;, France Culture, qui sont d'une tr&#232;s grande violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Ah oui, tu crois ? Moi, je crois que c'est pareil &#224; &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt; (j'avais des copines qui me racontaient ce qui s'y passait) et dans tous ces univers pseudo-culturels, non ? On d&#233;couvrait vite quel journaliste de &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt; &#233;tait bien ou pas, &#224; qui on pouvait ou non parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Et qu'est-ce qui fait qu'apparemment un type comme Serge Daney&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1944-1992. Critique de cin&#233;ma aux Cahiers du cin&#233;ma puis &#224; Lib&#233;ration. De (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, on ne l'a pas pers&#233;cut&#233; comme on t'a pers&#233;cut&#233;e, toi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Parce qu'il &#233;tait &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, et c'&#233;tait tr&#232;s diff&#233;rent &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, je pense. Et puis c'&#233;tait un homme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Non, mais quand il &#233;tait &#224; France Culture ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Il &#233;tait &#224; France Culture ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Oui, pendant une dizaine d'ann&#233;es, il a fait &lt;i&gt;Microfilms&lt;/i&gt;, il a pris la suite de Claude-Jean Philippe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1933-2016. Programmateur et pr&#233;sentateur du Cin&#233;-club sur Antenne 2 puis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui vient de mourir d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Oui, j'ai vu &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Moi, j'adorais Claude-Jean Philippe. Et quand il a arr&#234;t&#233;, Daney a pris la suite et moi, je me suis passionn&#233; pour cette &#233;mission, comme pour la tienne d'ailleurs Je pense d'ailleurs qu'il y a une comparaison &#224; faire entre toi et lui. Sauf que lui avait le monopole de la parole sur les films. Il parlait des films, et m&#234;me parlait tout court, inventait et &#233;crivait une parole sur le cin&#233;ma (qui, dans l'&#233;chelle des arts, demeure sans doute un art mineur cristallisant moins d'enjeux symboliques que la litt&#233;rature). Alors que toi, tu donnais la parole &#224; des critiques sur des auteurs. Tu t'effa&#231;ais donc &#224; la fois devant les auteurs et devant les critiques, chercheurs et traducteurs que tu invitais. Il s'agissait pour toi de donner la parole aux livres et aux auteurs que tu avais choisis, par la m&#233;diation d'autres lectures que la tienne, et non de prendre la parole sur eux. Ce qui constituait un dispositif tr&#232;s diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Oui, c'&#233;tait tr&#232;s diff&#233;rent. Mais il m'arrivait de prendre la parole. Je le faisais aussi pour &#231;a : pour qu'ils aient une id&#233;e du niveau de parole que je demandais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Daney est devenu un peu le &#171; pape &#187; de la critique cin&#233;matographique. Il avait une position marginale face &#224; l'industrie et au march&#233; mais &#233;tait dans une position dominante au sein de la critique. Il y aurait d'ailleurs s&#251;rement des comparaisons int&#233;ressantes &#224; faire entre la fa&#231;on dont la critique cin&#233;matographique et la critique litt&#233;raire se sont organis&#233;es et &#233;mancip&#233;es &#8722; de mani&#232;re in&#233;gale selon les &#233;poques &#8722; de l'industrie et du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Et il avait conquis une r&#233;putation en tant que tel, il &#233;tait respect&#233; en tant que tel, je pense. Moi, je n'avais pas conquis ni impos&#233; de respect du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Tu l'as toujours senti que tu n'&#233;tais absolument pas respect&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Oui, toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Et est-ce que tu as conclu des alliances avec des auteurs qui te permettaient de r&#233;&#233;quilibrer les choses ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Non, et &#231;a m'&#233;nervait beaucoup justement parce que les auteurs ne comprenaient rien et les sociologues qui passaient non plus. Beaucoup de sociologues sont pass&#233;s, qui faisaient des th&#232;ses sur cette &#233;mission ou sur France culture, sur le fonctionnement, les prises de parole, les prises de d&#233;cision, etc. Ils ne comprenaient rien du tout. Ils ne voyaient rien, ils ne saisissaient rien de ce qui faisait la sp&#233;cificit&#233; de cette entreprise. C'&#233;tait une f&#233;odalit&#233;. Ils ne comprenaient pas du tout ce qui s'y passait. Le premier et le seul, c'&#233;tait Bourdieu. Il avait une grande intuition des situations des autres, je pense. Je l'ai compris quand il m'a dit qu'il &#233;tait comme une &#233;ponge, c'est-&#224;-dire qu'il absorbait tout. Par exemple, quand il voulait donner la parole &#224; des femmes dans une assembl&#233;e, il savait que &#231;a allait &#234;tre difficile et qu'elles r&#233;pondraient mal &#224; sa sollicitation, mais que s'il ne le faisait pas, de toutes fa&#231;ons, elles ne parleraient jamais. Alors, c'est pour &#231;a qu'il employait cette m&#233;taphore de l'&#233;ponge. Il s'impr&#233;gnait des trucs des autres quoi, tu vois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Mais c'est aussi un peu valable pour toi, dans ton propre rapport aux textes, &#224; la litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Peut-&#234;tre, oui. Je crois qu'il aimait bien ce rapport aux textes et &#224; la litt&#233;rature, lui aussi. Des rapports tr&#232;s d&#233;mystifi&#233;s, r&#233;alistes et tr&#232;s diff&#233;rents de ceux des &#171; litt&#233;raires &#187; qu'il c&#244;toyait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Et les auteurs ne cherchaient pas &#224; faire alliance avec toi parce que tu n'avais pas de pouvoir : tu n'es pas &#233;ditrice. On passe une fois dans ton &#233;mission, c'est formidable, on esp&#232;re y repasser, mais il n'y a pas vraiment de raison de faire alliance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; En plus, comme j'&#233;tais tr&#232;s sauvage, c'&#233;tait difficile. Et puis, il n'y avait aucune raison de faire alliance avec moi puisque je n'avais aucun pouvoir. J'&#233;tais dans une position minoritaire, et m&#234;me r&#233;solument solitaire, et je n'aurais sans doute pas d&#251;, m&#234;me si la sociologie m'a quand m&#234;me bien aid&#233;e. Je crois que c'est pour &#231;a que je me suis mise &#224; la sociologie : parce que &#231;a permet de combattre plus efficacement. Mais il n'y a que tr&#232;s peu de gens qui comprennent pourquoi il s'agit de lutter et non d'appliquer simplement une th&#233;orie. Il s'agit de s'engager dans ce truc-l&#224;. Et il y a peu de gens qui comprennent &#231;a. Et les gens de lettres souvent moins que les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Il y a des auteurs qui le comprennent : ceux dont vous parliez &#224; L'Atelier, aux jeudis ou aux mardis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; : Oui, c'est vrai. Pas tous mais beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Et quand tu &#233;cris sur Kafka&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kafka en col&#232;re, Seuil, 2011.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est pour montrer qu'il a compris &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Oui, c'est vrai et Beckett&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Beckett l'abstracteur. Anatomie d'une r&#233;volution litt&#233;raire, Seuil, 1997.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Et tes auditeurs aussi le comprenaient, je crois, ils comprenaient qu'il y avait un lien entre la fa&#231;on dont vous parliez des auteurs et la fa&#231;on dont ces auteurs eux-m&#234;mes envisageaient la litt&#233;rature. J'avais l'impression que &#231;a me connectait avec quelque chose en moi. Je sentais que nous &#233;tions engag&#233;s sur le m&#234;me front et j'attendais de l'&#233;mission qu'elle me dise lequel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Ah oui ? H&#233; bien peut-&#234;tre moi aussi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Et s&#251;rement toi aussi, oui. Ce qui &#233;tait peut-&#234;tre une fa&#231;on, pour moi, de faire d&#233;j&#224; de la sociologie ou de la litt&#233;rature &#8722; ou de se pr&#233;parer &#224; en faire &#8722; et de se forger un habitus &#224; la fois sociologique et litt&#233;raire. L'un n'allant probablement, dans ce cas de figure, pas sans l'autre. Et dont PB sans doute lui-m&#234;me &#233;tait dot&#233; et qu'il a port&#233; dans la sociologie comme d'autres l'ont port&#233; en litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Oui, c'est &#231;a, avec l'id&#233;e que c'est plus int&#233;ressant quand c'est comme &#231;a. On est comme &#231;a, on n'y peut rien. On a envie de &#231;a, on n'y peut rien. Dans quel but ? On ne sait pas. Alors, il faut savoir, comme dit PB, faire de n&#233;cessit&#233; vertu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;center&gt;***&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt; &#171; &lt;i&gt;France Culture aurait d&#251; &#234;tre un univers de gens cultiv&#233;s donc agr&#233;ables. Dans les faits c'&#233;taient des tueurs&lt;/i&gt; &#187; disait Pascale Casanova.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisse cet entretien &#234;tre lu par les travailleurs domin&#233;s de l'espace intellectuel et culturel : ils y trouveront une analyse lucide et des armes pour tenir, se prot&#233;ger et lutter contre les tueurs et toutes les formes de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;No hay caminos, hay que caminar&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N&#233;e en 1955, elle d&#233;buta en tant que journaliste &#224; &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt; en 1980 o&#249; elle gravit les &#233;chelons pour en devenir en 2005 la directrice de la r&#233;daction. Elle est &#171; sp&#233;cialis&#233;e &#187; dans l' &#171; avant-garde &#187; th&#233;&#226;trale consacr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce prix fut cr&#233;&#233; en 2006. Jusqu'en 2013 il &#171; r&#233;compensa &#187; des &#233;crivains de la simili avant-garde. Il a &#233;t&#233; remplac&#233; en 2014 par le &#171; prix du roman des &#233;tudiants France Culture-&lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Directrice de France Culture de 1999 &#224; 2005. Sur son travail de mise au pas (n&#233;olib&#233;rale) de France Culture, voir notre copieux &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/+-Laure-Adler-+&#034;&gt;dossier&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;https://vacarme.org/auteur639.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dont on trouvera un &#171; bel &#187; exemple &lt;a href=&#034;http://www.homme-moderne.org/plpl/n0/p8.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Acronyme de Paul Otchakovsky-Laurens (1944-2018) qui fut le fondateur et dirigeant de la maison d'&#233;dition P.O.L. de 1983 &#224; sa mort. Y ont &#233;t&#233; notamment publi&#233;s Robert Bober, Olivier Cadiot, Marguerite Duras, Harry Mathews, Georges Perec, Christian Prigent, Christophe Tarkos...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1944-1992. Critique de cin&#233;ma aux &lt;i&gt;Cahiers du cin&#233;ma&lt;/i&gt; puis &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;. De 1985 &#224; 1990 il fut le producteur/pr&#233;sentateur sur France Culture de l'&#233;mission hebdomadaire &lt;i&gt;Microfilms&lt;/i&gt;. Fondateur en 1992 de la revue &lt;i&gt;Trafic&lt;/i&gt; &#233;dit&#233;e par P.O.L.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1933-2016. Programmateur et pr&#233;sentateur du &lt;i&gt;Cin&#233;-club&lt;/i&gt; sur Antenne 2 puis France 2 de 1971 &#224; 1994. Producteur sur France Culture de 1976 &#224; 1984 de l'&#233;mission hebdomadaire &lt;i&gt;Le Cin&#233;ma des cin&#233;astes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Kafka en col&#232;re&lt;/i&gt;, Seuil, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Beckett l'abstracteur. Anatomie d'une r&#233;volution litt&#233;raire&lt;/i&gt;, Seuil, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Une critique de solitude &#187;, un entretien avec Pascale Casanova r&#233;alis&#233; par Yves Lacascade (1/2)</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Une-critique-de-solitude-un-entretien-avec</link>
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		<dc:date>2018-11-07T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascale Casanova</dc:creator>


		<dc:subject>France Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Critique litt&#233;raire</dc:subject>
		<dc:subject>Les pratiques du journalisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; On &#233;tait des intermittents ad vitam &#230;ternam. &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Journalisme-et-critique-litteraire-" rel="directory"&gt;Journalisme et critique litt&#233;raire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-France-Culture-+" rel="tag"&gt;France Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Critique-litteraire-+" rel="tag"&gt;Critique litt&#233;raire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Les-pratiques-du-journalisme-+" rel="tag"&gt;Les pratiques du journalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L109xH150/arton5814-1a87a.jpg?1776732121' class='spip_logo spip_logo_right' width='109' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pascale Casanova est morte le 29 septembre. Nous lui avons aussit&#244;t rendu &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Hommage-a-Pascale-Casanova&#034;&gt;hommage&lt;/a&gt;. Mais, pour donner des cl&#233;s de compr&#233;hension de son parcours et des conditions dans et contre lesquelles elle a d&#251; lutter sans r&#233;pit pour produire une critique et une science des &#339;uvres litt&#233;raires sur l'antenne de France culture, il nous a paru n&#233;cessaire de mettre en ligne un entretien qu'elle avait accord&#233; &#224; Yves Lacascade et qui fut initialement publi&#233; en 2017 dans le num&#233;ro 148-149 du &lt;i&gt;Journal des anthropologues&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont le th&#232;me &#233;tait &#171; Litt&#233;RATURES &amp; Sciences sociales en qu&#234;te du r&#233;el &#187;&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En lisant cet entretien comment ne pas penser &#224; &lt;i&gt;La mis&#232;re du monde&lt;/i&gt; ? C'est qu'en r&#233;alisant son auto-socio-analyse avec l'aide d'Yves Lacascade, Pascale Casanova &#171; vend la m&#232;che &#187; et dissipe les faux-semblants dans lesquels baignent et communient bien des producteurs culturels : elle donne &#224; voir une violence symbolique multiforme (souvent genr&#233;e) et ses agents, qui s'exerce et qui exercent en coulisses, et qu'elle a d&#233;cid&#233;, &#224; l'occasion de cet entretien, de rendre publique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous remercions chaleureusement Yves Lacascade et les responsables du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nota : toutes les notes et introductions de liens sont d'Acrimed.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;Apprendre &#224; travailler et &#224; survivre &#224; France Culture&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;- &lt;strong&gt;Yves Lacascade&lt;/strong&gt; &#8722; Comment as-tu commenc&#233; &#224; travailler &#224; France Culture ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Pascale Casanova&lt;/strong&gt; &#8722; Je crois que c'&#233;tait par un membre de l'&#233;quipe du Panorama (YL : Magazine de l'actualit&#233; culturelle diffus&#233; sur France Culture du lundi au samedi &#224; partir de 1968. Il a pris fin &#224; la suite du suicide en 1998, sur son lieu de travail, de Michel Bydlowski qui en assurait la direction depuis la mise &#224; la retraite de Jacques Duchateau.) : comme ils cherchaient des gens en province, il m'a propos&#233; d'y participer. &#192; l'&#233;poque, au Panorama, il y avait des sujets sur les expos &#224; Bordeaux, &#224; Lyon, et donc moi je faisais de petits reportages sur ce qui se passait dans ma r&#233;gion, du journalisme culturel en quelque sorte. Je lisais &lt;i&gt;La Nouvelle R&#233;publique&lt;/i&gt; pour avoir des id&#233;es de sujet. J'avais &#233;t&#233; mise en contact avec Duchateau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Duchateau, 1924-2017, fut de 1973 &#224; 1997 le producteur d&#233;l&#233;gu&#233; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; par l'un de mes professeurs en licence et ma&#238;trise de lettres &#224; Tours. Voil&#224;, c'est comme &#231;a que je suis entr&#233;e peu &#224; peu. Je &#171; montais &#187; &#224; Paris pour commenter en direct mes reportages. &#199;a a d&#251; durer trois ou quatre ans. Et puis l'&#233;mission s'est allong&#233;e et Duchateau m'a propos&#233; de venir plus souvent et de faire d'autres sujets. Je faisais aussi des choses au mois d'ao&#251;t : je lan&#231;ais des d&#233;bats, des magazines, des choses enregistr&#233;es, pas en direct, mais des bobinos, des rediffusions. Duchateau me le faisait faire aussi &#224; No&#235;l, quand les autres n'&#233;taient pas l&#224;. C'&#233;tait tr&#232;s technique. &#199;a faisait partie de l'apprentissage. &#199;a m'apprenait &#224; causer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Tu es vraiment entr&#233;e alors &#224; la Maison de la radio, et pour apprendre &#224; y faire diff&#233;rentes choses&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Oui, c'est &#231;a. J'aimais bien, m&#234;me si je ne savais pas trop quoi en penser&#8230; C'est venu &#224; moi comme &#231;a, je n'ai pas choisi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Et petit &#224; petit, c'est au Panorama que tu as trouv&#233; ta place ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Oui, c'est &#231;a. Duchateau m'a propos&#233; d'y participer plus souvent. C'&#233;tait un &#233;norme boulot parce que c'&#233;tait une &#233;mission quotidienne, il y avait donc beaucoup de choses &#224; faire. On &#233;tait quatre &#224; faire tout le travail : Michel Bydlowski&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1946-1998, il avait d&#233;but&#233; au Panorama en 1972.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Nadine Vasseur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir son blog.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, lui et moi. Deux fois par semaine, je faisais le programme et je pr&#233;sentais. J'&#233;tais charg&#233;e de la litt&#233;rature &#233;trang&#232;re : il fallait lire six &#224; huit livres par semaine, et on devait inviter les membres de l'&#233;quipe, les Dadoun&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N&#233; en 1928, Roger Dadoun est professeur &#233;m&#233;rite &#224; Paris VII.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Spire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antoine Spire, n&#233; en 1946, participa sur France Culture de 1976 &#224; 1999 &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et tout &#231;a&#8230; On les mettait sur tel ou tel livre selon leurs comp&#233;tences ou leurs int&#233;r&#234;ts. Mais statutairement, je n'&#233;tais qu'animatrice. Ce n'est qu'au bout d'une dizaine d'ann&#233;es qu'un coll&#232;gue producteur m'a dit que pour la retraite, il valait mieux &#234;tre producteur, avec un statut de cadre. Moi, jusque-l&#224;, j'avais accept&#233; la hi&#233;rarchie instaur&#233;e par Duchateau entre Bydlowski, producteur d&#233;l&#233;gu&#233;, et moi, simple pr&#233;sentatrice, alors qu'on faisait exactement le m&#234;me boulot. &#199;a a dur&#233; comme &#231;a une quinzaine d'ann&#233;es en tout, de CDD en CDD. Nous &#233;tions les petites mains qui travaill[ions] pour le chef, qui pouvait nous retirer un bouquin et le donner &#224; quelqu'un d'autre, sur un coup de t&#234;te, pour le seul plaisir de nous diviser. On avait un statut proche de celui de travailleurs journaliers. On &#233;tait des intermittents &lt;i&gt;ad vitam &#230;ternam&lt;/i&gt;. Ce dont je ne me suis rendue compte que tr&#232;s tard. Jusqu'&#224; ce qu'ils d&#233;cident de me mettre dehors&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'article que nous avions consacr&#233; &#224; ce sujet.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, s&#251;rement parce que je n'&#233;tais pas assez docile ni servile &#224; leur go&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Comment as-tu obtenu ta propre &#233;mission hebdomadaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; &#199;a s'est fait apr&#232;s pas mal de p&#233;rip&#233;ties, &#224; l'occasion d'un changement de direction g&#233;n&#233;rale. J'avais acquis de l'autorit&#233; et de la connaissance, et l'une &#224; travers l'autre. De l'autorit&#233; en mati&#232;re de litt&#233;rature&#8230; et puis, dans le cadre de Panorama, je faisais d&#233;j&#224; une &#233;mission un peu dissidente qui &#233;tait Le club de la presse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une fois par semaine Pascale Casanova recevait un auteur d'un ouvrage en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'abord sous l'autorit&#233; d'Antoine Spire, puis de Jean-Maurice de Montremy&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N&#233; en 1952, le baron Jean-Maurice Waldruche de Montr&#233;my est un descendant de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et enfin de mani&#232;re ind&#233;pendante. Mais le probl&#232;me, c'est que je devais rendre des comptes &#224; Duchateau et &#224; France Culture. J'avais en quelque sorte deux directions qui chacune, &#224; travers moi, voulait la peau de l'autre. L'une ou l'autre pouvait nous emp&#234;cher de parler de tel ou tel livre, il fallait se bagarrer tout le temps. Bourdieu m'aidait &#224; r&#233;sister, &#224; parer les coups, &#224; me d&#233;fendre face &#224; la toute-puissance de ces types. Et au fond, c'est pour &#231;a que j'ai fait une th&#232;se et que j'ai &#233;crit un livre : pour essayer de me d&#233;barrasser de ces gens-l&#224; et de l'angoisse qu'ils faisaient peser sur moi. Sur les conseils de Pierre Bourdieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Donc, ton champ de bataille, pendant longtemps, &#231;a a &#233;t&#233; France Culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Oui, longtemps. Et puis, j'ai pris conscience que le boulot &#233;tait fait surtout par des filles, domin&#233;es, qui avaient fait des &#233;tudes incompl&#232;tes. Bourdieu m'a aid&#233;e &#224; en prendre conscience, m'a autoris&#233;e &#224; le penser. Dans un monde &#171; normal &#187;, France Culture aurait d&#251; &#234;tre un univers de gens cultiv&#233;s donc agr&#233;ables. Dans les faits c'&#233;taient des tueurs. Tu comprends ? Et je n'avais pas beaucoup d'alli&#233;s, pas des puissants, seulement des alter ego qui faisaient aussi les programmes, des producteurs et des productrices comme moi, qui aimaient bien leur travail et m'aidaient &#224; tenir le coup. Il y avait aussi une domination et une pression sexuelles. Et si, comme moi, on refusait la r&#232;gle du jeu, on &#233;tait mort tr&#232;s vite. Je ne suis pas morte tr&#232;s vite parce que j'&#233;tais un peu con, je crois, et que je ne comprenais pas bien ce qui se passait. C'est Bourdieu qui me l'expliquait, en fait. Et apr&#232;s, c'&#233;tait comme si j'allais au bureau avec un pistolet et un gilet pare-balles, comme dans les films am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Mais c'&#233;tait aussi violent que &#231;a, d&#232;s le d&#233;part ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Non, mais c'est arriv&#233; tr&#232;s vite, parce que tr&#232;s vite j'ai refus&#233; de coucher, alors je n'&#233;tais plus dans le bon camp. Oui, c'&#233;tait comme &#231;a et c'est comme &#231;a que j'ai appris la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Tu en as parl&#233; avec Bourdieu de &#231;a ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; J'en ai parl&#233; sans en parler, de fa&#231;on voil&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; En m&#234;me temps, tu n'as jamais d&#233;nonc&#233; cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Non, je pense que je n'&#233;tais pas assez politis&#233;e &#224; l'&#233;poque. Aujourd'hui, je ne r&#233;agirais pas du tout pareil. Mais je culpabilise beaucoup en pensant que je n'ai rien fait et que je suis rest&#233;e trop longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Oui, toi, tu investissais tout &#231;a dans ton rapport &#224; la litt&#233;rature, et dans ton rapport au travail. Ton objectif, c'&#233;tait : ils n'auront pas ma peau, je tiendrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Oui, c'est &#231;a, il s'agissait de me bagarrer pour ne pas me faire virer simplement parce que je ne respectais pas la r&#232;gle du jeu. Il fallait donc &#233;laborer des strat&#233;gies pour tenir le coup, et c'est vrai que l&#224;, Bourdieu m'a aid&#233;e, un peu comme un coach, un coach de luxe [rires]. Je pense que c'est le premier qui a compris dans quelle situation j'&#233;tais. Et quand j'ai eu Les jeudis litt&#233;raires puis Les mardis litt&#233;raires puis L'Atelier litt&#233;raire, je me suis bagarr&#233;e pour obtenir ce que je voulais : une vraie ind&#233;pendance. Et je l'ai acquise peu &#224; peu, en la faisant, en action. Mais chaque ann&#233;e l'&#233;mission pouvait &#234;tre retir&#233;e de la grille. La nouvelle direction nous disait qu'on &#233;tait rempla&#231;able n'importe quand par n'importe qui. On nous le r&#233;p&#233;tait beaucoup. Ce qui voulait dire : vous n'existez pas ! On pouvait &#234;tre fichu dehors, du jour au lendemain, ce qui est arriv&#233; &#224; Antoine Spire par exemple, parce qu'il s'&#233;tait accroch&#233; avec la directrice g&#233;n&#233;rale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En juin 1999 Laure Adler, alors directrice de France Culture, supprima (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Sans que tu aies de ligne &#233;ditoriale particuli&#232;rement claire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Oui, c'est &#231;a. L'id&#233;e, c'&#233;tait que mon go&#251;t suffisait, mes joies suffisaient &#224; faire une &#233;mission document&#233;e et originale. Mais on ne pouvait pas le dire &#231;a, en fait. Et moi, je me sentais forte avec Bourdieu &#171; dans la poche &#187;. Moi, je savais, mais mes chefs, eux, ne comprenaient pas bien ce que je faisais. Certains consid&#233;raient que je parlais de livres trop difficiles. Je ne choisissais pas un auteur mais un livre et quand c'&#233;taient des romans, c'&#233;tait parce qu'ils &#233;taient innovants formellement ou bien c'&#233;taient des essais. Comme &lt;i&gt;Histoire d'un crime&lt;/i&gt; de Victor Hugo qui avait &#233;t&#233; publi&#233; par Hazan aux &#233;ditions La Fabrique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;2009 (premi&#232;re publication en 1877).&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. (Hazan est quelqu'un que j'aime beaucoup), et dont un com&#233;dien que j'avais rencontr&#233; a fait des lectures &#224; l'antenne. Cette fois-l&#224;, il y avait aussi de Biasi, je crois. C'&#233;tait apr&#232;s son Flaubert&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre-Marc de Biasi, Flaubert, Grasset, 2009.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il m'&#233;nervait un peu parce je consid&#233;rais qu'il avait piqu&#233; des trucs &#224; PB (YL : Voir l'entretien entre Pierre Bourdieu et Pierre-Marc de Biasi in Martin J.-P. (dir), &lt;i&gt;Bourdieu et la litt&#233;rature&lt;/i&gt;, 2010, &#201;ditions C&#233;cile Defaut.), sans le dire. C'&#233;tait beaucoup de boulot.&lt;/p&gt;
&lt;/br&gt;
&lt;h3 class='article_intertitres'&gt;La rencontre et le compagnonnage avec Pierre Bourdieu&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Peux-tu nous rappeler les conditions dans lesquelles tu as rencontr&#233; Pierre Bourdieu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; J'ai rencontr&#233; PB &#224; l'occasion de la r&#233;alisation de son &lt;a href=&#034;https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/le-bon-plaisir-pierre-bourdieu-1ere-diffusion-23061990&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bon plaisir&lt;/a&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette &#233;mission d'une dur&#233;e de trois heures fut diffus&#233;e sur France Culture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je ne l'avais pas encore beaucoup lu &#224; l'&#233;poque, m&#234;me si plusieurs personnes de mon entourage avaient beaucoup de respect pour lui : Didier, mon compagnon ou encore Jean-Pierre Salgas de Panorama&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N&#233; en 1953, Jean-Pierre Salgas a &#233;t&#233; critique &#224; Panorama de 1984 &#224; 1999, il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; Tours, d'o&#249; je venais et o&#249; j'avais fait des &#233;tudes de lettres, le patron de la sociologie, c'&#233;tait Touraine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Touraine, n&#233; en 1925, fut membre de la socialement toxique Fondation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et c'est vrai qu'il ne m'attirait pas du tout et que la sociologie ne me disait rien (d'autant que mon p&#232;re &#233;tait psychanalyste). Mais avant qu'on ne me demande de faire Le bon plaisir, je savais tr&#232;s peu de PB et de son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Comment se sont pass&#233;es la rencontre avec lui et la fabrication de l'&#233;mission ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; La fabrication a dur&#233; trois ou quatre mois et il a &#233;t&#233; tr&#232;s patient : il ne donnait jamais l'impression d'&#234;tre press&#233;. Il venait quelquefois pour faire un raccord de quelques secondes et restait longtemps. De mon c&#244;t&#233;, j'&#233;tais tr&#232;s fi&#232;re de r&#233;aliser cette &#233;mission avec Jacques Taroni&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le r&#233;alisateur, disparu en 2016.&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. PB riait et se moquait un peu de moi quand je parlais d'&#171; art radiophonique &#187; mais apr&#232;s avoir vu Taroni au travail, il riait moins. On s'est un peu accroch&#233;s sur la musique : il ne tenait pas &#224; afficher ses go&#251;ts en la mati&#232;re (la musique &#233;tait importante pour lui : il voulait &#234;tre chef d'orchestre quand il &#233;tait jeune, puis critique d'art, et avait jou&#233; du violon). J'ai eu beaucoup de mal &#224; le faire changer d'avis. Mais il &#233;tait compl&#232;tement diff&#233;rent des gens qu'on rencontrait quotidiennement &#224; France Culture. Il s'int&#233;ressait &#224; toi et te posait des questions, ce qui, dans ce boulot, &#233;tait tr&#232;s tr&#232;s rare. Tr&#232;s vite, il a fait parler les techniciens qui travaillaient avec nous : il &#233;tait ravi d'&#234;tre parvenu &#224; inverser la situation, d'&#234;tre pass&#233; de la position d'interview&#233; &#224; celle d'intervieweur. C'&#233;tait quelqu'un qui riait beaucoup, qui &#233;tait tr&#232;s enthousiaste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Quel impact cette rencontre a-t-elle eu sur toi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Je crois que je fais partie des gens qui ont &#233;t&#233; totalement transform&#233;s par leur rencontre avec PB. Il s'est beaucoup int&#233;ress&#233; &#224; ma situation &#224; France Culture qui &#233;tait, comme je te l'ai expliqu&#233;, assez domin&#233;e et difficile. &#192; son contact, j'ai donc op&#233;r&#233; une esp&#232;ce de &#171; (re)conversion intellectuelle &#187;, moi qui &#233;tais litt&#233;raire. Il m'a propos&#233; un sujet de th&#232;se et je me suis inscrite avec lui. J'ai &#233;t&#233; suivre ses cours au Coll&#232;ge de France et je suis un peu entr&#233;e dans sa &#171; tribu &#187;. Il &#233;tait tr&#232;s enthousiaste, se mettait au boulot tout de suite, te parlait tr&#232;s bien de ce que tu faisais. Il donnait l'impression de s'int&#233;resser &#224; des choses auxquelles personne d'autre ne s'int&#233;ressait, mais qui &#233;taient justement les plus importantes. Il s'impr&#233;gnait de tout. Voir un grand intellectuel au travail, &#231;a t'apprend &#224; travailler. Tu d&#233;couvres que c'est s&#233;rieux, que &#231;a ne rigole pas. Il m'a enseign&#233; le r&#233;alisme du travail intellectuel : comment on se met au travail, comment on &#233;crit et que ce n'est pas du blablabla abstrait et sans enjeu, que ce sont des choses tr&#232;s concr&#232;tes et qui comptent. C'est ce que j'ai compris avec lui. On retrouve d'ailleurs ce m&#234;me &#171; r&#233;alisme &#187; dans son rapport avec la litt&#233;rature en tant qu'objet sociologique, ce refus du mysticisme ou de la mythologie, attitude qui d&#233;plait beaucoup aux litt&#233;raires mais qui pourtant n'a rien d'antilitt&#233;raire. Il ne rend pas la litt&#233;rature moins int&#233;ressante, bien au contraire, en montrant par exemple ce qu'elle peut avoir de r&#233;volutionnaire ou d'extraordinaire, au sens propre. Je suivais ses conseils, par exemple : &#171; Ne lisez pas, vous lirez apr&#232;s &#187;, pour ne pas s'emp&#234;cher de r&#233;fl&#233;chir par soi-m&#234;me. C'est quand m&#234;me beaucoup, dans la vie, de rencontrer quelqu'un qui vous permette de penser des choses que l'on ne s'autorisait pas &#224; penser avant. Il disait aussi : &#171; On ne sait pas exactement ce qu'on fait quand on &#233;crit et ce n'est qu'apr&#232;s-coup qu'on comprend vraiment ce que l'on a fait. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; Quel &#233;tait son rapport &#224; la litt&#233;rature ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; Il &#233;tait en train de finir &lt;i&gt;Les R&#232;gles de l'art&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Seuil, 1992. &#201;dition revue et corrig&#233;e, &#171; Points essais &#187;, 1998.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et parlait beaucoup de Flaubert. Il l'avait beaucoup lu, notamment toute sa correspondance. Il le citait souvent. Il connaissait des passages par c&#339;ur. Il se vivait lui-m&#234;me comme un &#171; sociologue maudit &#187; au sens o&#249; l'on parle des &#171; po&#232;tes maudits &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;Y. L.&lt;/strong&gt; &#8722; En quoi ta collaboration avec PB a-t-elle modifi&#233; ta pratique sur le plan de la critique litt&#233;raire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;strong&gt;P. C.&lt;/strong&gt; &#8722; &#199;a a modifi&#233; ma perception des &#233;crivains et mon int&#233;r&#234;t pour eux. Ce qui m'int&#233;ressait d&#233;sormais, c'&#233;tait surtout le chemin qu'ils avaient parcouru pour en arriver l&#224;, alors qu'avant je me contentais de leurs livres. J'ai gagn&#233; aussi en ind&#233;pendance et en autonomie au sein de la cha&#238;ne. J'ai cherch&#233; &#224; &#234;tre de plus en plus autonome, sans doute en comprenant ce que Bourdieu, lui aussi, avait voulu faire. En plus de me faire r&#233;diger ma th&#232;se treize ou quatorze fois [rires]&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Th&#232;se dont est tir&#233; La R&#233;publique mondiale des lettres, Seuil, 1999. &#201;dition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, PB m'a donn&#233; par exemple l'id&#233;e de r&#233;aliser un entretien avec Juan Benet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1927-1993. Voir cette page.&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que j'admirais &#233;norm&#233;ment. J'ai &#233;t&#233; &#233;galement recueillir des r&#233;cits de vie aupr&#232;s de Rachid Boudjedra&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N&#233; en 1941.&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de Claude Simon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1913-2005. prix Nobel de litt&#233;rature 1985. Voir cette page et celle-ci.&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'Edward Sa&#239;d&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1935-2003. Son premier livre traduit en fran&#231;ais fut L'Orientalisme : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Mais je suis demeur&#233;e non l&#233;gitime parmi les sociologues parce que trop marqu&#233;e &#171; litt&#233;raire &#187; et non l&#233;gitime parmi les litt&#233;raires parce que non normalienne et trop &#171; sociologue &#187;&#8230; De sorte que je suis rest&#233;e dans cet entre-deux. Je travaille aujourd'hui &#224; faire de la critique litt&#233;raire une science sociale ou, tout au moins, une pratique au service des sciences sociales et j'&#233;cris des livres pour mettre en &#339;uvre la part litt&#233;raire de la th&#233;orie bourdieusienne. Ce qui est une fa&#231;on de m'&#233;loigner de la critique telle qu'elle est ordinairement pratiqu&#233;e. Sans rompre totalement avec ce qui fait la force de la critique (sa libert&#233;), il me semble qu'on doit pouvoir tendre vers la scientificit&#233; et se mettre d'accord sur quelques crit&#232;res qui permettraient d'&#233;valuer tel ouvrage ou telle &#339;uvre en les repla&#231;ant dans un champ litt&#233;raire donn&#233; &#224; un moment donn&#233; de son histoire. C'est une voie qui est explor&#233;e &#233;galement par Gis&#232;le Sapiro&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sociologue n&#233;e en 1965 qui a notamment dirig&#233; L'espace intellectuel en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/br&gt;(&lt;i&gt;Note : la suite de l'entretien est &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Une-critique-de-solitude-un-entretien-avec-5816&#034;&gt;disponible ici&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dont le th&#232;me &#233;tait &#171; Litt&#233;RATURES &amp; Sciences sociales en qu&#234;te du r&#233;el &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous remercions chaleureusement Yves Lacascade et les responsables du &lt;i&gt;Journal des anthropologues&lt;/i&gt; de nous avoir donn&#233; l'autorisation de reproduire cet entretien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Duchateau, 1924-2017, fut de 1973 &#224; 1997 le producteur d&#233;l&#233;gu&#233; de Panorama.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1946-1998, il avait d&#233;but&#233; au Panorama en 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;http://nadinevasseur.blogspot.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;son blog&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N&#233; en 1928, Roger Dadoun est professeur &#233;m&#233;rite &#224; Paris VII.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antoine Spire, n&#233; en 1946, participa sur France Culture de 1976 &#224; 1999 &#224; Panorama, Voix du silence, Le bon plaisir, &#192; voix nue, Staccato.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Apres-le-licenciement-de-Pascale-Casanova-un-hommage-d-ecrivains&#034;&gt;l'article que nous avions consacr&#233; &#224; ce sujet&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une fois par semaine Pascale Casanova recevait un auteur d'un ouvrage en sciences sociales r&#233;cent et l'interrogeait sans complaisance ni connivence en compagnie de trois ou quatre journalistes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N&#233; en 1952, le &lt;a href=&#034;https://gw.geneanet.org/virgile81?lang=en&amp;n=waldruche+de+montremy&amp;oc=0&amp;p=jean+maurice&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;baron Jean-Maurice Waldruche de Montr&#233;my&lt;/a&gt; est un descendant de la dynastie des de Wendel. Ce cousin du baron Ernest-Antoine Seilli&#232;re de Laborde repr&#233;sente un cas d'utilisation d'un capital social cons&#233;quent dans l'espace intellectuel : il aura &#233;t&#233; simultan&#233;ment ou successivement responsable des pages litt&#233;raires de &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt;, r&#233;dacteur en chef de &lt;i&gt;Lire&lt;/i&gt;, producteur sur RFI de La grande affiche, pigiste de luxe au &lt;i&gt;JDD&lt;/i&gt;, participant au Panorama de France Culture, r&#233;dacteur en chef de &lt;i&gt;Notre Histoire&lt;/i&gt;, journaliste &#224; &lt;i&gt;Livres-Hebdo&lt;/i&gt;, fondateur-dirigeant des &#233;ditions Alma, etc. Pascale Casanova n'avait pas une pareille ascendance garantissant un tel capital social. Comme elle le montre dans cet entretien, elle &#233;tait dans une situation de tr&#232;s grande pr&#233;carit&#233; et son destin sur France Culture fut bris&#233; par des apparatchiks de la &#171; culture &#187; de mani&#232;re compl&#232;tement arbitraire. Le baron-journaliste, lui, a toujours eu un portefeuille tellement diversifi&#233; de participations dans diff&#233;rents secteurs de l'espace intellectuel qu'il n'a jamais eu &#224; se demander comment faire pour tout simplement survivre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En juin 1999 Laure Adler, alors directrice de France Culture, supprima l'&#233;mission &lt;a href=&#034;https://www.acrimed.org/Sur-la-suppression-de-l-emission-Staccato&#034;&gt;Staccato&lt;/a&gt; dont Antoine Spire &#233;tait le fondateur et animateur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;2009 (premi&#232;re publication en 1877).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre-Marc de Biasi, &lt;i&gt;Flaubert&lt;/i&gt;, Grasset, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette &#233;mission d'une dur&#233;e de trois heures fut diffus&#233;e sur France Culture le 23 juin 1990. Y livr&#232;rent des t&#233;moignages sur leurs rapports &#224; Pierre Bourdieu et &#224; son &#339;uvre : Jacques Derrida, Georges Duby, Pierre Encrev&#233;, Haruhisa Kato, J&#233;r&#244;me Lindon, Denis Podalyd&#232;s, Lo&#239;c Wacquant, Tassadit Yacine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N&#233; en 1953, &lt;a href=&#034;http://jeanpierresalgas.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jean-Pierre Salgas&lt;/a&gt; a &#233;t&#233; critique &#224; Panorama de 1984 &#224; 1999, il a d&#233;but&#233; &#224; &lt;i&gt;La Quinzaine Litt&#233;raire&lt;/i&gt; en 1983. Il est notamment l'auteur de &lt;i&gt;Witold Gombrowicz&lt;/i&gt;, Seuil, 2000 et de &lt;i&gt;Gombrowicz, un structuraliste de la rue&lt;/i&gt;, L'&#233;clat, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Touraine, n&#233; en 1925, fut membre de la socialement toxique &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/1998/09/LAURENT/4054&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fondation Saint-Simon&lt;/a&gt; qui contribua &#224; l'imposition et &#224; la &#171; naturalisation &#187; dans l'espace public de la vulgate n&#233;olib&#233;rale comme r&#233;f&#233;rentiel mis &#224; l'abri de tout questionnement par les chiens de garde m&#233;diatiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le r&#233;alisateur, disparu en 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Seuil, 1992. &#201;dition revue et corrig&#233;e, &#171; Points essais &#187;, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Th&#232;se dont est tir&#233; &lt;i&gt;La R&#233;publique mondiale des lettres&lt;/i&gt;, Seuil, 1999. &#201;dition revue et corrig&#233;e, &#171; Points essais &#187;, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1927-1993. Voir &lt;a href=&#034;http://jeanpierresalgas.fr/juan-benet-jecris-nai-rien-dautre-a-faire/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cette page&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N&#233; en 1941.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1913-2005. prix Nobel de litt&#233;rature 1985. Voir &lt;a href=&#034;http://www.leseditionsdeminuit.fr/auteur-Claude_Simon-1454-1-1-0-1.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cette page&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/ccs/289&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;celle-ci&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1935-2003. Son premier livre traduit en fran&#231;ais fut &lt;i&gt;L'Orientalisme : l'Orient cr&#233;&#233; par l'Occident&lt;/i&gt;, Orientalism, Pantheon Books, 1978, Seuil, 1980, r&#233;&#233;dit&#233; en &#171; Points essais &#187; en 2015. Voir &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-societes-et-representations-2014-1.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cette page&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sociologue n&#233;e en 1965 qui a notamment dirig&#233; &lt;i&gt;L'espace intellectuel en Europe&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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