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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>Formation et d&#233;formation des journalistes (2)</title>
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		<dc:date>2013-08-01T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Franz Durupt</dc:creator>


		<dc:subject>Formation de journalistes</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bats d'Acrimed</dc:subject>
		<dc:subject>Ecoles de journalisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Notre formation a &#233;t&#233; marqu&#233;e par une sorte de tension entre la pr&#233;paration aux dures lois du march&#233; et l'entretien d'une vision id&#233;alis&#233;e du journalisme&lt;/i&gt; &#187; (Frantz Durupt)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Formations-au-journalisme-" rel="directory"&gt;Formations au journalisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Formation-de-journalistes-+" rel="tag"&gt;Formation de journalistes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Debats-d-Acrimed-+" rel="tag"&gt;D&#233;bats d'Acrimed&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Ecoles-de-journalisme-+" rel="tag"&gt;Ecoles de journalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jeudi 25 avril 2013 se tenait &#224; la Bourse du travail &#224; Paris un &#171; jeudi d'Acrimed &#187; consacr&#233; &#224; la formation des journalistes. Y participaient Jean Stern, directeur p&#233;dagogique de l'EMI-CFD&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#201;cole des m&#233;tiers de l'information, sise &#224; Paris, a la particularit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dont un r&#233;sum&#233; du propos est disponible &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article4102.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici-m&#234;me&lt;/a&gt;, et Frantz Durupt, journaliste, ancien &#233;l&#232;ve de l'&#201;cole sup&#233;rieure de journalisme (ESJ) de Lille, l'un des &#233;tablissements les plus anciens et les plus cot&#233;s du secteur. Nous publions ci-dessous les principaux points de son intervention.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis que je suis sorti de l'ESJ de Lille en mai 2011, je n'ai pas vraiment tir&#233; le bilan de mes deux ann&#233;es de formation. Les quelques fois o&#249; j'ai voulu y r&#233;fl&#233;chir, o&#249; je me suis demand&#233; &#034;mais au fond, qu'en retiens-tu ?&#034; j'y ai pens&#233; un instant puis je suis retourn&#233; &#224; la cuisson de mes p&#226;tes. Mais il a bien fallu que je me concentre un instant pour pouvoir vous int&#233;resser, d'o&#249; cette intervention construite en trois grands axes : 1/ il y a trop de fantasmes autour des &#233;coles de journalisme 2/ mais quand m&#234;me et 3 / perspectives sociologiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a trop de fantasmes : j'y insiste. J'ai moi-m&#234;me souffert de ces fantasmes avant d'int&#233;grer l'ESJ de Lille. Par exemple, j'ai pens&#233; que si je pronon&#231;ais le mot Acrimed lors d'un oral je signais assur&#233;ment mon &#233;chec. Je me permettrai de paraphraser Bourdieu, qui disait qu'on ne pouvait pas expliquer le fonctionnement des m&#233;dias sans consid&#233;rer leurs propri&#233;taires, mais que cela ne suffisait pas &#224; le comprendre. Il en va de m&#234;me avec les &#233;coles qui sont autant form&#233;es par les m&#233;dias qu'elle forment les journalistes qui composeront les m&#233;dias. Si l'on se place du point de vue d'une &#233;cole, les choses sont assez &#233;videntes : il faut avoir des &#233;l&#232;ves pour exister, et pour avoir des &#233;l&#232;ves, il faut garantir la meilleure insertion possible dans un monde professionnel par ailleurs extr&#234;mement pr&#233;caris&#233;, c'est un point qui va bien s&#251;r &#233;mailler l'ensemble de la r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but de base de l'&#233;cole, c'est donc de former des &#233;l&#232;ves correspondant plus ou moins exactement aux d&#233;sirs des r&#233;dactions, donc pr&#234;ts &#224; servir en l'&#233;tat d&#232;s leur sortie. En ce sens, elles forment bien, comme l'a &#233;crit Fran&#231;ois Ruffin, des &#034;petits soldats du journalisme&#034;. En r&#233;alit&#233;, elles se contentent, je pense, d'apporter un apprentissage technique qui vient s'ajouter &#224; une culture d&#233;j&#224; plus ou moins fix&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois en fait que l'&#233;cole accomplit une part assez faible de la formation / d&#233;formation des journalistes, et que l'essentiel est fait encore avant. &#192; l'int&#233;rieur de l'&#233;cole, et ce d&#232;s le d&#233;part, mes camarades &#233;tudiants et moi-m&#234;me n'&#233;tions pas tr&#232;s diff&#233;rents les uns des autres. Car tout le syst&#232;me de s&#233;lection avant l'&#233;cole, les concours et les formations que nous suivons pour passer ces concours, et les choses intimes qui nous ont mus vers ce m&#233;tier dont nous nous sommes fait une certaine repr&#233;sentation, tout ceci fait en sorte que s'y retrouvent en d&#233;finitive des gens relativement proches, avec quelques nuances, pour former une sorte de casting plus ou moins divers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politiquement, donc, nos id&#233;es allaient de la social-d&#233;mocratie au Front de gauche, je dirais, avec tout de m&#234;me un ou deux &#233;l&#233;ments de droite presque assum&#233;e. Quant aux go&#251;ts culturels, ils &#233;taient effroyablement similaires. &#192; quelques nuances pr&#232;s, nous allions voir les m&#234;mes films, lisions les m&#234;mes livres. C'est anecdotique mais tout de m&#234;me : longtemps, au lyc&#233;e, j'ai cru &#234;tre l'une des seules personnes au monde &#224; conna&#238;tre et admirer Pierre Desproges. Je me sentais exceptionnel. Et je me suis d'un coup retrouv&#233; dans un endroit, et par extension un milieu (celui du journalisme) ou pratiquement tout le monde le connait et l'aime (dont certains pensaient aussi &#234;tre seuls dans ce cas).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que tout cela tient pour partie &#224; des raisons sociologiques qui paraissent &#233;videntes, mais je signale au passage que contrairement &#224; ce qu'on pourrait imaginer, presque aucun de mes camarades, &#224; ma connaissance en tout cas, n'&#233;tait issu d'une famille immens&#233;ment riche. Dans l'ensemble, nous faisions tous partie de la classe moyenne sup&#233;rieure, les CSP+, c'est-&#224;-dire pour sch&#233;matiser cette cat&#233;gorie de gens qui adh&#232;re au syst&#232;me lib&#233;ral en pensant faire partie de ceux qui le contr&#244;lent, mais qui sont en fait, fondamentalement, dans la m&#234;me situation que n'importe quel travailleur. C'est tr&#232;s important et je vais donc y revenir. Bref, je pense que la personne que l'on est &#224; la sortie de l'&#233;cole n'est pas tr&#232;s diff&#233;rente de celle que l'on &#233;tait avant d'y entrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'irais m&#234;me jusqu'&#224; dire que l'&#233;cole a &#233;t&#233; une phase de stagnation intellectuelle, compar&#233;e aux ann&#233;es tr&#232;s fastes que je venais de passer &#224; la facult&#233; de lettres de Nancy. Est-ce que l'&#233;cole m'a chang&#233; ? Je me suis beaucoup pos&#233; la question pendant la formation et apr&#232;s. Je me suis inqui&#233;t&#233; de perdre le regard critique que m'avait apport&#233; Acrimed. Je me suis inqui&#233;t&#233; de perdre toute inventivit&#233; dans l'&#233;criture en m'adaptant aux standards habituels. Je me suis inqui&#233;t&#233; de perdre toute imagination, tout simplement. Et je crois que oui, j'ai perdu un peu de tout cela &#224; l'&#233;cole. Mais fondamentalement, je suis le m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc trop de fantasmes autour des &#233;coles de journalisme mais quand m&#234;me : je crois que leur enseignement peut et doit faire l'objet d'une analyse critique. Pour r&#233;sumer, et pour parler de l'ESJ Lille qui est la seule &#233;cole que je connaisse vraiment, je dirais que notre formation a &#233;t&#233; marqu&#233;e par une sorte de tension entre la pr&#233;paration aux dures lois du march&#233; et l'entretien d'une vision id&#233;alis&#233;e du journalisme. On a donc eu des interventions de journalistes, souvent en amphith&#233;&#226;tre mais pas seulement, qui nous livraient un discours tr&#232;s critique sur les m&#233;dias, un discours que ne renierait pas Acrimed, et d'un autre c&#244;t&#233; des enseignements techniques qui nous apprenaient &#224; appliquer les consignes de nos futurs sup&#233;rieurs sans rechigner, voire sans qu'ils aient &#224; nous donner la moindre consigne, ce qui est pire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, nous avons eu des gens qui nous ont dit &#034;r&#233;sistez aux pressions&#034;, qui nous ont appris &#224; ne pas nous laisser berner par l'utilisation parfois malhabile, pour ne pas dire malhonn&#234;te, de chiffres et d'&#233;tudes scientifiques, qui nous ont appris, par exemple, &#224; refuser les sondages... Nous avons eu des gens qui nous ont dit que c'est bien d'enqu&#234;ter, de prendre son temps, de simplement fl&#226;ner dehors pour humer l'air du temps. Je citerai par exemple St&#233;phane Alli&#232;s, de Mediapart, qui a insist&#233; sur le fait qu'il ne fallait pas craindre de refuser de traiter les sondages politiques. Je citerai aussi Luc Bronner, du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, qui nous a donn&#233; plusieurs jours pour travailler en banlieue et livrer autre chose qu'un catalogue de clich&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de l'autre c&#244;t&#233;, nous avons eu des journalistes formateurs qui nous ont appris &#224; ne pas d&#233;passer 50 secondes dans nos reportages radio et &#224; savoir &#224; l'avance ce que dirait chacun des interlocuteurs du pour / contre que l'on allait faire, comme pour chaque sujet. Je parle ici des enseignements radio et t&#233;l&#233;, car c'est vraiment ce que j'y ai ressenti, et qui m'a confort&#233; dans l'id&#233;e que je ne voulais travailler ni pour l'un, ni pour l'autre de ces m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que je pr&#233;cise mon propos de tout &#224; l'heure sur le fait que l'&#233;cole n'apporte qu'un apprentissage technique sur un capital culturel d&#233;j&#224; plus ou moins fix&#233;. Car on ne peut &#233;videmment pas s&#233;parer la technique et la politique. Et force est d'admettre que dans certains m&#233;dias, la puissance du format est si forte qu'elle conditionne, et rend impossible selon moi, tout d&#233;veloppement de pens&#233;e, qu'il s'agisse de la sienne ou de celle des autres. C'est dans ce cadre-l&#224; que se renforce de fa&#231;on pernicieuse l'emprise des id&#233;es lib&#233;rales sur la production de l'information. L'&#233;cole ne nous apprend pas &#224; aimer le lib&#233;ralisme &#233;conomique et &#224; le promouvoir ; elle nous apprend &#224; travailler dans le cadre qui est celui dans lequel les id&#233;es lib&#233;rales se perp&#233;tuent et s'&#233;panouissent. Car tout occup&#233;s &#224; bien faire nos reportages pour qu'ils soient diffusables, donc &#224; recueillir des phrases courtes de gens qui savent parler et dire une id&#233;e simple en 15 secondes, nous ne pouvons pas penser &#224; ce que ces gens disent, ni &#224; ce que l'on peut dire. En t&#233;l&#233;vision, j'ai &#233;t&#233; un bien pi&#232;tre &#233;l&#232;ve tant que j'ai voulu r&#233;fl&#233;chir &#224; ce que diraient et montreraient mes reportages. Puis je me suis retrouv&#233; en bin&#244;me avec un camarade qui aime beaucoup la t&#233;l&#233;vision ; j'ai cess&#233; de r&#233;fl&#233;chir, et tout s'est bien mieux pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finissons par un semblant d'analyse sociologique : je crois que pour comprendre ce que produisent les &#233;coles de journalisme, ce qu'elles font de nous, il faut s'int&#233;resser, au-del&#224; de leurs enseignements, &#224; nous, journalistes en devenir, et &#224; ce qui nous a pouss&#233;s &#224; faire ce m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon sens, il y a pour sch&#233;matiser deux fa&#231;ons de voir le journalisme. Soit l'on consid&#232;re que ce m&#233;tier n'est qu'un m&#233;tier : il n&#233;cessite des connaissances, des techniques, il a ses particularit&#233;s mais il n'est pas plus extraordinaire qu'un autre. Soit l'on consid&#232;re que ce n'est pas un m&#233;tier comme les autres, plus pr&#233;cis&#233;ment une vocation, une passion, presque un mode de vie plus qu'une profession. Combien de journalistes racontent-ils qu'ils ont toujours voulu &#234;tre journaliste ? Combien relatent-ils, avec un plaisir vaguement dissimul&#233; derri&#232;re leur air fatigu&#233;, qu'ils ont fait une journ&#233;e de douze heures et qu'ils ne survivraient pas sans caf&#233; ? &#034;Notre r&#233;gime, c'est caf&#233;-clopes&#034;, c'est quelque chose que l'on entend tr&#232;s souvent. Et cette conception du journalisme comme une vocation pour laquelle on veut bien se ruiner la sant&#233; est entretenue par les m&#233;dias, par le discours que les journalistes entretiennent sur eux-m&#234;mes, et bien &#233;videmment par les &#233;coles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en nous apportant les connaissances techniques n&#233;cessaires &#224; la r&#233;alisation d'un travail correct, elles nous maintiennent dans l'id&#233;e que notre m&#233;tier est merveilleux, qu'il n'est pas comme les autres, et que s'il est dur, s'il faut trimer, cela fait partie de sa beaut&#233;. Nous avons eu un jour une intervenante, par exemple, qui nous a expliqu&#233; que &#034;&lt;i&gt;le midi on mange un sandwich et on se retrouve dans une demie-heure parce qu'on n'est pas &#224; La Poste ici&lt;/i&gt;&#034;. Vision du journaliste comme un &#234;tre perp&#233;tuellement press&#233; ; m&#233;pris du fonctionnaire comme symbole de la paresse. Pour un magazine de fin d'ann&#233;e &#224; l'&#233;cole, j'ai &#233;crit un article l&#224;-dessus, qui a ensuite &#233;t&#233; &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article3623.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;publi&#233; sur Acrimed&lt;/a&gt;. Dans le cadre de cet article, je me suis entretenu par mail avec le sociologue Alain Accardo, qui a dirig&#233; le livre &lt;i&gt;Journalistes pr&#233;caires, journalistes au quotidien&lt;/i&gt;, qui m'a r&#233;pondu ceci :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'est pas de corps de m&#233;tier qui ne se pr&#233;occupe peu ou prou d'optimiser l'image de la corporation, non seulement aux yeux du public ext&#233;rieur mais aussi &#224; ses propres yeux. [...] Les journalistes sont &#233;videmment bien plac&#233;s pour se livrer &#224; ce travail d'auto-c&#233;l&#233;bration, c'est-&#224;-dire pour imposer le plus largement possible, &#224; eux-m&#234;mes comme aux autres, cette conviction qu'ils sont &#171; le sel de la Terre &#187;, conviction beaucoup plus difficile &#224; acqu&#233;rir et &#224; communiquer quand on est &#233;boueur ou man&#339;uvre dans le B&#226;timent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons &#224; cela que la corporation est tr&#232;s majoritairement compos&#233;e de membres des diverses fractions de la classe moyenne, secteur de l'espace social o&#249; la concurrence distinctive s'est particuli&#232;rement d&#233;cha&#238;n&#233;e au cours des derni&#232;res d&#233;cennies. Or, la finalit&#233; de la comp&#233;tition sociale, c'est de permettre aux winners (l'&#233;lite des moyens) de s'agr&#233;ger aux fractions imm&#233;diatement sup&#233;rieures de la bourgeoisie, en tout cas de s'en rapprocher le plus possible en s'emparant de tous les marqueurs (pratiques, consommations, propri&#233;t&#233;s de toute nature, authentiques ou en simili) de l'int&#233;gration &#224; la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve que la composante la plus dynamique, la plus riche, la plus influente des classes dominantes (et poss&#233;dantes), c'est la fraction entrepreneuriale et manag&#233;riale, c'est-&#224;-dire des hommes et des femmes qui sont l'incarnation exemplaire de la logique du pouvoir, de ce monde des affaires qui impose sa loi au reste de la soci&#233;t&#233;. D'o&#249; la v&#233;ritable fascination des classes moyennes et singuli&#232;rement des journalistes pour cet univers patronal et gestionnaire. [...] Bien entendu cette mentalit&#233; &#233;litiste de petits-bourgeois parvenus implique une adh&#233;sion totale &#224; un des articles de foi de la bourgeoisie dominante, que celle-ci a r&#233;ussi &#224; faire inculquer jusqu'&#224; la base de la pyramide sociale : la croyance typiquement r&#233;publicaine et m&#233;ritocratique que seul le travail acharn&#233; est couronn&#233; par la r&#233;ussite, qu'il ne faut pas pleurer sa peine, qu'il faut &#171; s'investir &#224; fond &#187; pour gagner. [...]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Je crois que tout ce qui est &#233;crit ci-dessus est capital pour comprendre la production m&#233;diatique dans son ensemble. Les journalistes et la vision qu'ils ont d'eux-m&#234;mes sont un de leurs principaux probl&#232;mes, et les &#233;coles, dans leur entretien d'une vision totalement surestim&#233;e de ce m&#233;tier, sont une partie de ce probl&#232;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'&#201;cole des m&#233;tiers de l'information, sise &#224; Paris, a la particularit&#233; d'&#234;tre une Soci&#233;t&#233; coop&#233;rative et participative (SCOP) ; elle intervient essentiellement dans le domaine de la formation continue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Journaliste : un si beau m&#233;tier &#187;</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Journaliste-un-si-beau-metier</link>
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		<dc:date>2011-06-23T23:24:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Franz Durupt</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#192; propos de ce que l'on entend sans cesse dans les &#233;coles de journalisme et dans les r&#233;dactions&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Formations-au-journalisme-" rel="directory"&gt;Formations au journalisme&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous, avec son accord et sous forme de &#171; tribune &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#171; tribunes &#187; que nous publions n'engagent pas la responsabilit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le t&#233;moignage et l'analyse propos&#233;s par un &#233;tudiant en journalisme, r&#233;dig&#233;s pour un magazine r&#233;alis&#233; &#224; l'&#201;cole sup&#233;rieure de journalisme de Lille. Une suite aux &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/rubrique205.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Petits Soldats du journalisme&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; de Fran&#231;ois Ruffin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paru en f&#233;vrier 2003, aux &#233;ditons des Ar&#232;nes.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en quelque sorte&#8230; (&lt;i&gt;Acrimed&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que l'on entend sans cesse &#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; pour t'expliquer rapidement, tr&#232;s rapidement le truc puisque tu as l'air d'avoir du mal &#224; saisir l'essence de ce m&#233;tier. Tu vois, journaliste comme l'a si bien dit France Info, &#8220;c'est une vocation&#8221;, et cette vocation elle implique des sacrifices, comme cette journaliste qu'ils ont photographi&#233;e dans une cave en Argentine et qui bouffe une conserve et n'a pas dormi plus de quatre heures. Je veux dire, on n'est pas &#224; La Poste ici. Le midi on mange un sandwich et hop on se remet au boulot parce que l'actu n'attend pas que tu aies mang&#233; ton gratin de patates pour avancer. Journaliste c'est pas un m&#233;tier comme les autres et &#231;a veut dire que tes journ&#233;es commencent &#224; sept heures, se terminent &#224; vingt-deux heures et c'est comme &#231;a quoi, et pour tenir le choc il y a une formidable invention qui s'appelle le caf&#233;, c'est notre meilleur ami avec les cigarettes. Dans ce m&#233;tier, je te le dis comme un conseil, il n'y a pas trente-six recettes pour r&#233;ussir : il faut &#234;tre pr&#234;t &#224; sacrifier son temps perso, si on t'appelle le dimanche soir &#224; vingt-trois heures pour un truc TU Y VAS et tant pis la famille. Il y a des imp&#233;ratifs dont tu n'as pas l'air d'avoir conscience, c'est pour &#231;a que je te dis tout &#231;a, c'est parce que je t'aime bien, si tu ne t'adaptes pas tu n'iras pas tr&#232;s loin parce qu'il y aura toujours quelqu'un pr&#234;t &#224; le faire &#224; ta place. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce genre de discours, nous y avons droit quotidiennement, depuis notre &#233;cole de journalisme jusque dans les r&#233;dactions, en passant par les interventions m&#233;diatiques des &#171; vieux routards &#187; toujours prolixes en mati&#232;re de conseils. Ceux qui tiennent ces propos en sont-ils conscients ? Ils illustrent la th&#232;se du sociologue Alain Accardo [1] : &lt;i&gt;&#171; Les membres de la profession&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;sont soumis dans les &#233;coles de journalisme &#224; un apprentissage domin&#233; par la croyance &#233;litiste, d&#233;finitive et indiscut&#233;e, que &#8220;le journalisme n'est pas un m&#233;tier comme les autres&#8221; et que ceux qui l'exercent n'ont rien en commun avec de vulgaires &#8220;fonctionnaires&#8221; r&#233;put&#233;s pointilleux sur le respect des horaires, enclins &#224; l'absent&#233;isme et toujours prompts &#224; r&#233;clamer leur d&#251;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La man&#339;uvre est d'autant plus belle qu'elle est subtile : des conditions de travail parfois inacceptables deviennent un caract&#232;re essentiel, et m&#234;me charmant, de notre m&#233;tier, qui se veut avant tout, selon le discours d'autoc&#233;l&#233;bration en vogue dans la profession, une &#8220;passion&#8221; ou une &#8220;vocation&#8221;. &#202;tre sous pression, se sentir d&#233;bord&#233;, fr&#244;ler le craquage par manque de sommeil, avoir quarante trucs &#224; faire, bosser la nuit, fumer des clopes et boire du caf&#233;&#8230; ouais, c'est notre &#8220;putain de boulot&#8221;. &#199;a tombe bien : c'est aussi ce qui assure le fonctionnement d'entreprises de presse soumises &#224; la loi du march&#233;. Lesquelles ont besoin de gens besogneux, pr&#234;ts &#224; oblit&#233;rer une partie de leur vie priv&#233;e pour la beaut&#233; de leur vocation. Nulle th&#233;orie du complot derri&#232;re tout cela. Les patrons de presse ne se r&#233;unissent pas chaque semaine en se demandant comment ils vont pouvoir presser le citron un peu plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Accardo pr&#233;cise : &lt;i&gt;&#171; La logique du march&#233; est constamment pr&#233;sente dans le fonctionnement du champ journalistique, mais de fa&#231;on m&#233;diate et euph&#233;mis&#233;e le plus souvent, par exemple &#224; travers les consignes et le style de travail impos&#233;s par des directions elles-m&#234;mes expertes dans l'art de traduire et transfigurer, sans effort et sans calcul explicite, les imp&#233;ratifs &#233;conomiques en r&#232;gles techniques et morales sp&#233;cifiques de la pratique professionnelle. &#187; &lt;/i&gt;Et le sociologue de citer le pr&#233;sentateur d'un JT de France 2, dans les ann&#233;es 1990 : &lt;i&gt;&#171; Il vaut mieux un sujet mal ficel&#233; le jour m&#234;me qu'un sujet bien fait deux jours apr&#232;s. &#187; &lt;/i&gt;Ou encore ce r&#233;dacteur en chef de la m&#234;me cha&#238;ne :&lt;i&gt; &#171; Le bon sujet, c'est celui qui passe avant tous les autres... Il ne faut pas que &#231;a sorte avant chez les concurrents... Quand on ne veut pas &#234;tre le premier, on ne fait pas ce m&#233;tier. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#171; for&#231;ats de l'info &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le clich&#233; contemporain veut qu'Internet soit responsable du flux permanent d'informations qui nous arrivent et du manque de recul des m&#233;dias sur celles-ci. On rappellera simplement qu'en 1989, les journaux, t&#233;l&#233;visions et radios du monde entier se sont pr&#233;cipit&#233;s tout seuls sur l'affaire du charnier de Timisoara. Que le fiasco d'Outreau, en 2001, n'est pas seulement celui de la justice, mais aussi celui des grands m&#233;dias. Que l'emballement autour de l'affabulatrice du RER D, en 2004, s'est fait sans l'aide d'Internet mais avec celle de l'AFP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est bien Internet, avec les sites d'information en continu, le plus souvent issus de grandes r&#233;dactions papier, radio ou t&#233;l&#233;, qui a mis en lumi&#232;re les conditions de travail d&#233;plorables d'un certain nombre de pr&#233;caires. En mai 2009, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; disait de ces &#171; for&#231;ats de l'info &#187; qu'ils &lt;i&gt;&#171; ont suivi le parcours oblig&#233; : stage, contrat de professionnalisation, contrats &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e (CDD), avant d'esp&#233;rer un hypoth&#233;tique contrat &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e (CDI). Ils encha&#238;nent les journ&#233;es de douze heures, les permanences le week-end ou la nuit. &#187;&lt;/i&gt; Ce d&#233;but d'ann&#233;e 2011 a m&#234;me &#233;t&#233; marqu&#233; par un mouvement de gr&#232;ve des salari&#233;s du Post.fr (filiale du Monde Interactif), &#224; la fin du mois de f&#233;vrier, qui d&#233;non&#231;aient leur pr&#233;carit&#233;. Les collaborateurs de Lequipe.fr, quant &#224; eux, ont menac&#233; de faire gr&#232;ve au d&#233;but du mois de mars. Internet n'est &#233;videmment pas le seul m&#233;dia concern&#233;. Certains n'ont d'ailleurs pas manqu&#233; de faire valoir que la situation de ces &#8220;for&#231;ats&#8221; n'&#233;tait pas nouvelle. Ainsi &#201;ric Mettout, r&#233;dacteur en chef de Lexpress.fr, justifiait-il dans l'article du &lt;i&gt;Monde &lt;/i&gt;cit&#233; plus haut : &lt;i&gt;&#171; Des OS de l'info, il y en a toujours eu ! Ce n'est pas le Web qui les a cr&#233;&#233;s. Moi aussi, j'ai fait de la br&#232;ve, j'ai pass&#233; des heures le cul pos&#233; &#224; c&#244;t&#233; du t&#233;l&#233;scripteur... &#187;&lt;/i&gt; C'est une &#233;vidence : puisque cela a toujours exist&#233;, pourquoi les nouveaux venus y &#233;chapperaient-ils ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Pas envie de me prostituer pour 2,70 &#8364; de l'heure &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;tudiant m'a racont&#233; une anecdote r&#233;v&#233;latrice du chantage pratiqu&#233; envers ceux qui rechignent &#224; se vouer tout entiers &#224; leur passion. En pige dans une station du r&#233;seau France Bleu, au terme d'une journ&#233;e de dix heures sans manger, la r&#233;dactrice en chef lui demande s'il serait disponible pour un reportage suppl&#233;mentaire, puis dispara&#238;t. Apr&#232;s avoir attendu une heure sans l'avoir revue, il se r&#233;sout &#224; partir. Mais la r&#233;dactrice en chef le rattrape et lui demande o&#249; est son papier. &lt;i&gt;&#171; Tu me fous dans la merde, j'ai dit qu'on l'aurait demain &#187;&lt;/i&gt;, s'&#233;nerve la sup&#233;rieure. Alors l'&#233;tudiant argue que, pay&#233; &#171; 2,70 &#8364; de l'heure &#187; (60 &#8364; le week-end), il ne &lt;i&gt;&#171; va pas faire des heures en plus comme &#231;a. &#187;&lt;/i&gt; La voil&#224; donc qui s'&#233;nerve : &lt;i&gt;&#171; Tu te prends pour qui ? On est tous pass&#233;s par l&#224;, moi aussi j'ai &#233;t&#233; pigiste, et quand on est pigiste on ne compte pas ses heures. &#187;&lt;/i&gt; Le lendemain, c'est au tour de la pr&#233;sentatrice d'interpeller le pigiste : &lt;i&gt;&#171; Si tu fais ce genre de trucs, tu vas te griller. Moi je le prends bien, mais les trois quarts des gens ne l'acceptent pas. &#187;&lt;/i&gt; L'&#233;tudiant ira s'excuser, &lt;i&gt;&#171; parce qu'humainement &#231;a me fait chier &#187;&lt;/i&gt;, dit-il, mais il n'a &lt;i&gt;&#171; pas envie de&lt;/i&gt; [se] &lt;i&gt;prostituer pour 2,70 &#8364; de l'heure. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si tu dis, apr&#232;s sept heures de travail, &#8220;j'ai fini je m'en vais&#8221;, je ne connais pas beaucoup de bo&#238;tes o&#249; on ne te dira pas de d&#233;gager &#187;&lt;/i&gt;, confirme Pierre Savary, directeur des &#233;tudes de l'ESJ. Tout l'enjeu de notre formation, d&#233;taille-t-il, est de nous &lt;i&gt;&#171; expliquer ce qu'est le monde r&#233;el une fois sortis de l'&#233;cole, pour savoir que c'est comme &#231;a sans dire pour autant que c'est bien &#187;&lt;/i&gt;, mais aussi de nous &lt;i&gt;&#171; armer pour ne pas nous laisser bouffer. &#187;&lt;/i&gt; Car &lt;i&gt;&#171; oui, certains responsables jouent sur le c&#244;t&#233; &#8220;passion&#8221; du journalisme pour pressurer au maximum. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un abus que reconna&#238;t &#233;galement C&#233;dric Faiche, r&#233;dacteur en chef adjoint &#224; BFM TV, cha&#238;ne d'information en continu. Mais il insiste sur le fait qu'&#233;tant d&#233;pendant de l'actualit&#233;, le journaliste ne peut avoir un planning fixe. &lt;i&gt;&#171; Avec ce qui se passe au Japon, ce week-end on va tous travailler, et dans l'&#233;quipe tout le monde trouve &#231;a normal &#187;,&lt;/i&gt; dit-il. &lt;i&gt;&#171; C'est comme un m&#233;decin : lorsqu'il y a une &#233;pid&#233;mie de grippe, il a forc&#233;ment plus de travail. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Luc Folliet, qui travaille actuellement pour Reuters, fait le constat que s'il n'a &lt;i&gt;&#171; jamais eu l'impression de travailler plus que la normale &#187;&lt;/i&gt; ; les horaires de travail d'un journaliste, surtout celui qui travaille pour un JT du soir, sont n&#233;cessairement en d&#233;calage avec ceux de son public : &lt;i&gt;&#171; le journaliste travaille quand les autres ne travaillent pas. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'on ne se m&#233;prenne pas : le m&#233;tier de journaliste n'est pas le seul &#224; produire de lui-m&#234;me une vision id&#233;alis&#233;e. Comme le pr&#233;cise Alain Accardo (dans un &#233;change &#233;lectronique que j'ai eu avec lui) &lt;i&gt;&#171; il n'est pas de corps de m&#233;tier qui ne se pr&#233;occupe peu ou prou d'optimiser l'image de la corporation, non seulement aux yeux du public ext&#233;rieur mais aussi &#224; ses propres yeux. &#187;&lt;/i&gt; Mais, &#233;crit-il, les journalistes, plus encore que les autres membres de la classe moyenne, sont particuli&#232;rement fascin&#233;s par &lt;i&gt;&#171; la composante la plus dynamique, la plus riche, la plus influente des classes dominantes (et poss&#233;dantes). &#187;&lt;/i&gt; Laquelle est &lt;i&gt;&#171; la fraction entrepreneuriale et manag&#233;riale, c'est-&#224;-dire des hommes et des femmes qui sont l'incarnation exemplaire de la logique du pouvoir, de ce monde des affaires qui impose sa loi au reste de la soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;/i&gt; Et la volont&#233; de ressembler &#224; cette fraction &lt;i&gt;&#171; implique une adh&#233;sion totale &#224; un des articles de foi de la bourgeoisie dominante, que celle-ci a r&#233;ussi &#224; faire inculquer jusqu'&#224; la base de la pyramide sociale : la croyance typiquement r&#233;publicaine et m&#233;ritocratique que seul le travail acharn&#233; est couronn&#233; par la r&#233;ussite, qu'il ne faut pas pleurer sa peine, qu'il faut &#8220;s'investir &#224; fond&#8221; pour gagner. &#187;&lt;/i&gt; Une croyance &#224; laquelle chacun est pri&#233; d'adh&#233;rer chaque jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une r&#233;cente &#233;mission de &#171; Vie priv&#233;e, vie publique &#187; sur France 3, ce bon vieux Michel Drucker, racontant ses d&#233;buts, donnait ce pr&#233;cieux conseil aux jeunes qui, comme lui, veulent avoir un canap&#233; rouge : &lt;i&gt;&#171; arriver le matin avant tout le monde, partir le soir apr&#232;s tout le monde. &#187;&lt;/i&gt; Une banale manifestation de la p&#233;dagogie de la soumission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franz Durupt&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les &#171; tribunes &#187; que nous publions n'engagent pas la responsabilit&#233; collective de l'association.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paru en f&#233;vrier 2003, aux &#233;ditons des Ar&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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