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	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
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		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
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		<title>Comment se r&#233;approprier d&#233;mocratiquement l'information ?</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Comment-se-reapproprier-democratiquement-l-information</link>
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		<dc:date>2006-02-23T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascal Durand</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Trois ph&#233;nom&#232;nes embl&#233;matiques et six voies de sortie des carcans qui s'imposent &#224; l'opinion.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Transformer-les-medias-Nos-propositions-" rel="directory"&gt;Transformer les m&#233;dias : Nos propositions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Acrimed en d&#233;bat &#187; : Nous publions et publierons dans cette rubrique des contributions des adh&#233;rents de notre association (ou de correspondants dont le point de vue est proche du n&#244;tre) pour participer &#224; la relance du d&#233;bat public sur des propositions de transformation de l'ordre m&#233;diatique existant. (&lt;i&gt;Acrimed&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;S'interroger sur les rapports entre m&#233;dias et pouvoir(s), entre presse et id&#233;ologie dominante, entre discours journalistique et discours &#233;conomico-politique ambiant demande, avant toute chose, de remettre les pendules &#224; l'heure et de battre en br&#232;che certaines opinions trop re&#231;ues, qui font obstacle au d&#233;bat plus qu'elles ne l'alimentent. Cette mise au point pourrait commencer en &#233;pinglant trois ph&#233;nom&#232;nes embl&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois ph&#233;nom&#232;nes embl&#233;matiques&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Soit, d'abord, le ph&#233;nom&#232;ne Berlusconi&lt;/strong&gt;, qui repr&#233;sente, en Europe, le laboratoire du cauchemar politico-m&#233;diatique qui s'annonce : celui d'un gouvernement g&#233;rant l'&#201;tat comme s'il s'agissait d'une entreprise et celui d'un chef de gouvernement qui est en m&#234;me temps patron d'un important groupe m&#233;diatique. L'articulation est &#233;troite ici entre trois domaines qu'il est convenu, ordinairement, de dissocier : l'&#201;tat (pens&#233; d&#233;sormais comme simple lieu d'une pure &#171; gouvernance &#187;), le monde &#233;conomique (pens&#233; comme ext&#233;rieur &#224; l'&#201;tat, qu'il soumettrait sans doute, mais par une prise externe au monde politique) et le monde des m&#233;dias (pens&#233; comme ext&#233;rieur aux deux sph&#232;res pr&#233;c&#233;dentes et comme contre-pouvoir aux deux pouvoirs de l'&#233;conomie et de la politique). Certes, il est convenu de penser que Berlusconi repr&#233;sente une sorte de monstruosit&#233; locale, mais c'est dans l'oubli qu'il incarne, de la mani&#232;re la plus &#233;vidente, le rapprochement qui s'est effectu&#233;, ces derni&#232;res ann&#233;es, avec le tournant n&#233;o-lib&#233;ral, en direction d'une intrication &#233;troite des trois pouvoirs m&#233;diatique, politique et &#233;conomique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Pierre Musso Berlusconi, le nouveau Prince, &#201;ditions de l'Aube, 2004, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Qu'on ait vu ces jours-ci une alliance se dessiner entre Berlusconi et les n&#233;o-fascistes italiens n'a rien, en ce sens, d'une p&#233;rip&#233;tie politique : cette op&#233;ration met en &#233;vidence l'alliance objective toujours pr&#234;te &#224; se r&#233;tablir entre la droite dite moderne quand elle d&#233;tient un pouvoir exorbitant (et singuli&#232;rement quand elle se sent en risque de d&#233;cliner) et l'extr&#234;me-droite la plus archa&#239;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le deuxi&#232;me ph&#233;nom&#232;ne&lt;/strong&gt; est celui de la prise de contr&#244;le grandissante, sur le champ des m&#233;dias, de grands groupes industriels - certains, en France notamment, sp&#233;cialis&#233;s dans l'armement : songeons &#224; Lagard&#232;re et &#224; Dassault. Cette prise de contr&#244;le n'est plus &#224; craindre ni &#224; d&#233;montrer : elle est un fait avec lequel il faut compter et auquel toute personne attach&#233;e au pluralisme d&#233;mocratique se doit de r&#233;agir. La seule nouveaut&#233;, pour l'heure, est sans doute le cynisme avec lequel les patrons en charge des outils de formation de l'opinion publique s'autorisent &#224; d&#233;finir leur r&#244;le. Patrick Le Lay l&#226;chait le morceau il y a deux ans : TF1, expliquait-il, a pour fonction de vendre &#224; Coca Cola du temps de cerveau humain disponible. Ce qui est la stricte v&#233;rit&#233;, pour consternante qu'elle soit. L'erreur serait de croire que TF1 est seule &#224; occuper ce cr&#233;neau et que sa pr&#233;sence dans le champ m&#233;diatique reste sans effets sur l'ensemble des autres m&#233;dias. Il y a peu, Serge Dassault entendait mettre au pas &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, cette officine bien connue de la pens&#233;e gauchiste : il faut, d&#233;clarait-il, propager des &#171; id&#233;es saines &#187; (on devine lesquelles). Ce qu'il est convenu d'appeler la &#171; pens&#233;e unique &#187; a de beaux jours devant elle : voici qu'&#224; pr&#233;sent tout l'appareil m&#233;diatique lui est acquis &#224; peu de chose pr&#232;s, avec ses &#233;ditorialistes distingu&#233;s, ses journalistes d'investigation spectacle et ses tribunes largement ouvertes aux h&#233;rauts de la &#171; r&#233;volution conservatrice &#187; et aux &lt;i&gt;fast thinkers&lt;/i&gt; de la mondialisation heureuse, de la puret&#233; dangereuse ou de la d&#233;faite de la pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un troisi&#232;me ph&#233;nom&#232;ne&lt;/strong&gt; est celui de la pr&#233;carisation des effectifs journalistiques, qui r&#233;duit les r&#233;dactions salari&#233;es &#224; portion de plus en plus congrue et voit s'augmenter la contribution &#224; l'espace m&#233;diatique de pigistes mal pay&#233;s, tenus de produire &#224; grande vitesse un nombre croissant d'articles et qui apparaissent donc comme les victimes toutes d&#233;sign&#233;es de leur manipulation par les experts de la communication, qu'ils soient attach&#233;s au monde politique ou au monde entrepreneurial, et qui sont souvent d'anciens journalistes convertis, connaissant toutes les ficelles du m&#233;tier ainsi que les contraintes objectives qui p&#232;sent sur leurs anciens confr&#232;res. La tentation sera grande, pour ces pigistes soumis &#224; cadence rapide, de recycler sans recul les dossiers de presse qui leur sont transmis et qui comportent de plus en plus souvent des articles cl&#233; sur porte, qu'il leur suffit de reprendre et d'adapter &#224; la va-vite. Cette acc&#233;l&#233;ration de la production journalistique, qui va de pair avec une acc&#233;l&#233;ration de la rotation g&#233;n&#233;rale des informations, comporte un autre danger, bien av&#233;r&#233; et chaque jour davantage : celui de voir les journalistes pratiquer leur m&#233;tier sans recul (ils n'en ont plus gu&#232;re le temps) et dans des contraintes de temps et de longueur qui sont objectivement favorables au recyclage de pens&#233;es toutes faites, de lieux communs dominants (la pens&#233;e complexe demande du temps et de la longueur ; le lieu commun, lui, se reproduit par r&#233;flexe et est re&#231;u d'autant plus ais&#233;ment par le lecteur comme v&#233;rit&#233; naturelle qu'il s'adapte &#224; ses cat&#233;gories de pens&#233;e et d'appr&#233;hension du monde).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apparition des journaux dits gratuits doit &#233;galement inqui&#233;ter. En r&#233;gime de march&#233;, la gratuit&#233; se paie toujours t&#244;t ou tard. Ces journaux, simples sacs &#224; pubs, pratiquent l'information br&#232;ve, rapide - donc conforme au discours dominant ressass&#233; partout -, et produisent l'illusion d'une presse diversifi&#233;e et ouverte &#224; tous l&#224; o&#249; prime, en r&#233;alit&#233;, un monde m&#233;diatique soumis &#224; quelques titres assez substituables les uns aux autres et qui se donnent pour quotidiens de pure information alors que la distinction entre &#171; information &#187; et &#171; opinion &#187; rel&#232;ve largement d'une construction professionnelle et que s'il y a lieu de craindre quelque chose, ce ne sont pas des journaux d'opinion (il n'y en a pas d'autres), mais la soumission de l'ensemble des journaux &#224; une opinion si dominante et si commune qu'elle se fait oublier comme &#171; opinion &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inverser le processus ?&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la d&#233;ontologie des professionnels de l'information suffisait &#224; faire obstacle aux pressions plus ou moins senties que cette concentration des m&#233;dias et ces conditions de l'exercice journalistique tendent &#224; faire peser sur les r&#233;dactions, cela se verrait. &#192; lire d'un &#339;il attentif ce que la presse propose en fait de commentaire politique ou &#233;conomique, rien n'indique qu'il en va de la sorte : hormis sur quelques points mineurs de d&#233;saccord, un m&#234;me diapason r&#232;gle le concert journalistique, qu'il s'agisse par exemple du d&#233;bat sur la Constitution europ&#233;enne, des &#233;lections en Ukraine, des politiques de &#171; flexibilit&#233; &#187; de l'emploi ou encore des &#171; r&#233;formes &#187; &#224; mettre en &#339;uvre en mati&#232;re de s&#233;curit&#233; sociale et de r&#233;gime des retraites, dont tous les &#233;ditorialistes des journaux de r&#233;f&#233;rence ont d'ores et d&#233;j&#224; tranch&#233; (on devine en quel sens). C'est qu'ils appartiennent, bien &#233;videmment, au &#171; cercle de la raison &#187;, dont se tiennent &#233;loign&#233;s, &#224; leurs d&#233;pens, ceux qui demeurent cramponn&#233;s aux &#171; acquis sociaux &#187; et aux mots d'ordre syndicaux comme &#224; des bou&#233;es plomb&#233;es et qui persistent, par un myst&#233;rieux aveuglement, &#224; ne pas voir dans l'&#233;conomie de march&#233; l'expression pratique et la condition n&#233;cessaire de cette grande chose abstraite qu'est la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser en termes de &#171; pressions &#187; et de r&#233;sistance possible &#224; ces derni&#232;res, c'est faire peu de cas, au demeurant, de la dimension largement inconsciente des m&#233;canismes qui pr&#233;sident &#224; l'exercice et &#224; l'efficacit&#233; de ces &#171; pressions &#187;. Non seulement les plus hauts responsables des r&#233;dactions n'ont pas &#224; recevoir de consignes, d'o&#249; qu'elles viennent - s'ils ont eu acc&#232;s &#224; ces postes de d&#233;cision, c'est qu'ils avaient fait la preuve de leur adh&#233;sion au syst&#232;me qui les emploie -, mais encore le journaliste, comme tout agent social, est port&#233; &#224; faire spontan&#233;ment ce qu'il fait, &#224; penser spontan&#233;ment dans le sens qu'il suit, en raison des contraintes incorpor&#233;es de son habitus professionnel, qui lui dictent aussi bien l'appr&#233;hension sp&#233;cifique du monde qui est la sienne que les modes de construction et d'&#233;criture des informations dont il pense n'&#234;tre que le relais neutre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse, contrairement &#224; la repr&#233;sentation re&#231;ue, contrairement aussi &#224; l'id&#233;ologie de la transparence r&#233;f&#233;rentielle dans laquelle communient les journalistes et leur public, n'est pas un miroir du monde, la transposition neutre en discours et en rubriques d'un ensemble de faits dans lequel se r&#233;sumerait l'actualit&#233; observable : elle est une vitrine du monde - comme telle, tributaire d'une disposition et d'une mise en sc&#232;ne spectaculaires - et derri&#232;re laquelle il n'y aurait pas d'autres articles en magasin ni en stock. Nous ne savons en gros du monde que ce que la presse nous en dit par s&#233;lection, hi&#233;rarchisation et mise en forme. Et ces processus de s&#233;lection, de hi&#233;rarchisation et de mise en forme sont gouvern&#233;s par l'habitus proprement journalistique, tel qu'il est suractiv&#233; par l'&#233;volution ambiante : vision &#233;v&#233;nementialiste de la r&#233;alit&#233;, vision individualiste du monde social (qui r&#233;duit par exemple la politique &#224; l'affrontement de personnalit&#233;s contrast&#233;es) et relative all&#233;geance aux &#233;lites dirigeantes, que nombre de journalistes, au plus haut niveau des r&#233;dactions, fr&#233;quentent &#224; la fois du fait des routines de leur m&#233;tier et du fait de leur appartenance &#224; certains cercles de d&#233;cision et de d&#233;bat qui font l'actualit&#233; et l'opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'&#339;il ne se voit pas lui-m&#234;me&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crivait Shakespeare (&lt;i&gt;Jules C&#233;sar&lt;/i&gt;, I, 2). Comprenons ici que nos outils d'appr&#233;hension du r&#233;el interviennent sur le r&#233;el et s'ajoutent &#224; lui et que, dans le cas du journalisme, les cat&#233;gories de perception du monde qui lui sont propres ont cette particularit&#233; d'imposer leurs propres produits et cadres de repr&#233;sentation &#224; l'ensemble des r&#233;cepteurs du discours m&#233;diatique. Nul besoin d'une &#171; th&#233;orie du complot &#187;, ce monstre du Loch Ness si volontiers brandi par les journalistes lorsqu'on s'attache &#224; &#233;tudier leurs modes de fonctionnement collectif, pour rendre compte des effets de cet habitus et du redoublement de force que ces effets re&#231;oivent de l'&#233;volution actuelle d'un march&#233; de la presse de plus en plus soumis au diktat du rendement commercial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question, en somme, n'est plus de se demander quelle emprise le credo politico-&#233;conomique ambiant exerce sur la ligne des grands journaux. Elle est, d&#233;sormais, d'envisager les moyens d'en inverser les processus ou, du moins, d'en ma&#238;triser les effets. Des pistes existent en ce sens, dont certaines rel&#232;vent de la simple application des l&#233;gislations existantes et dont d'autres appellent un volontarisme d&#233;mocratique. En voici quelques-unes, indiqu&#233;es &#224; grands traits, ne serait-ce que pour alimenter un d&#233;bat qui se voit le plus souvent enferm&#233; dans des oppositions binaires simplistes - March&#233; &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt; &#201;tat, M&#233;dias priv&#233;s &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt; Pravda, Lib&#233;ralisme &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt; Totalitarisme, etc. - ou r&#233;duit &#224; de pures incantations d&#233;ontologiques, &#233;thiques ou &#171; citoyennes &#187;, selon les mots clich&#233;s de la nouvelle vulgate, qui forment autant d'&#233;crans de fum&#233;e entre l'ordre des choses tel qu'il s'impose et la perception impos&#233;e de cet ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Six pistes&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) L'application des r&#232;gles en vigueur dans la profession serait un premier pas. La carte de presse, par exemple, ne peut &#234;tre d&#233;cern&#233;e qu'&#224; des professionnels tirant l'essentiel de leurs revenus de leur activit&#233; journalistique - par exclusion des &#171; m&#233;nages &#187; (prestations r&#233;mun&#233;r&#233;es au profit de tiers, de grandes entreprises, etc.). Or, &#224; la simple application de ce crit&#232;re, nombre de grands journalistes vedettes de la sc&#232;ne fran&#231;aise, pour s'en tenir &#224; elle, devraient se voir retirer leur accr&#233;ditation journalistique. Dans le m&#234;me sens, les principes de base voulant qu'un journaliste s'abstienne de rendre compte d'une manifestation ou d'une publication int&#233;ressant le groupe qui l'emploie et qu'un chroniqueur politique, par exemple, n'entretienne aucun lien organique, personnel ou institutionnel, avec sa sph&#232;re d'observation devraient &#234;tre inconditionnellement appliqu&#233;s ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;br /&gt;
2) Il est urgent d'installer un Conseil Sup&#233;rieur des M&#233;dias, rassemblant des repr&#233;sentants de la profession, d&#233;mocratiquement &#233;lus par leurs pairs, des intellectuels, des citoyens. Cette haute autorit&#233; se tiendrait notamment &#224; l'&#233;coute des journalistes de base, souvent pr&#233;caris&#233;s et mieux inform&#233;s que quiconque des d&#233;rives de la profession qu'ils ont embrass&#233;e. Au regard des avis rendus par cette instance, il reviendrait &#224; l'&#201;tat de casser les prises de participation monopolistiques, de supprimer les aides publiques en direction des m&#233;dias au service d'int&#233;r&#234;ts priv&#233;s et de favoriser, dans un esprit de pluralisme, les m&#233;dias non commerciaux. On doit s'inqui&#233;ter, en particulier, de voir l'ensemble du champ de la communication et de l'&#233;dition passer sous le contr&#244;le d'industriels de l'armement ou des travaux publics. Les journaux ou les t&#233;l&#233;visions du groupe Bouygues, du groupe Lagard&#232;re ou du groupe Dassault, les maisons d'&#233;dition g&#233;r&#233;es par Ernest-Antoine Seilli&#232;re ne sont pas les &#171; danseuses &#187; de quelques entrepreneurs se divertissant dans la production de biens symboliques. Ces grandes entreprises, singuli&#232;rement dans le domaine de l'armement, ont pour clients les &#201;tats et la presse repr&#233;sente pour eux un moyen efficace de peser sur les d&#233;cisions politiques (y compris les plus belliqueuses et, en tout cas, les plus co&#251;teuses, aux d&#233;pens des moyens &#224; allouer &#224; l'&#233;ducation, &#224; la culture, au social, etc.), tant elles peuvent compter, en ma&#238;trisant les moyens d'acc&#232;s &#224; l'espace public, sur l'empressement d'hommes politiques convertis en communicateurs de leurs propres ambitions et qui ont tout &#224; attendre, non de leur pr&#233;sence sur le terrain, mais de leur pr&#233;sence massive dans les grands m&#233;dias nationaux. Nicolas Sarkozy n'est pas encore le Berlusconi fran&#231;ais ; mais il en a d&#233;j&#224; les strat&#233;gies, avec l'intervention de m&#233;dias dociles ;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Le d&#233;veloppement de m&#233;dias alternatifs, sur Internet ou d'autres supports, constituent une autre piste &#224; suivre, et de fa&#231;on d'autant plus urgente que la presse, institution par laquelle se parlent toutes les institutions, est actuellement un pouvoir sans contre-pouvoir, dans la mesure o&#249; la critique des m&#233;dias, quand elle n'est pas pratiqu&#233;e par les m&#233;dias eux-m&#234;mes sous une forme qui tient de ce que Roland Barthes appelait la &#171; vaccine &#187; (confesser des dysfonctionnements locaux pour d&#233;nier ou occulter des aberrations g&#233;n&#233;rales de structure et de fonctionnement), n'a acc&#232;s &#224; la sph&#232;re publique que par le filtre de ces m&#234;mes m&#233;dias. On gardera cependant &#224; l'esprit que les m&#233;dias alternatifs ne repr&#233;sentent qu'une solution de rechange, susceptible de servir d'alibi aux m&#233;dias commerciaux - de la m&#234;me fa&#231;on qu'Arte sert au fond d'alibi culturel &#224; France-T&#233;l&#233;vision. Ces m&#233;dias alternatifs n'en repr&#233;sentent pas moins la possibilit&#233; d'une reconqu&#234;te de l'expression journalistique par des acteurs et des groupes n'appartenant pas aux seules classes moyennes dans lesquelles se recrutent la plupart des journalistes, avec les effets sociaux et id&#233;ologiques qui d&#233;coulent de ce recrutement : r&#233;v&#233;rence toute particuli&#232;re &#224; l'&#233;gard des classes dominantes et r&#233;pulsion &#224; l'&#233;gard des classes domin&#233;es, portant par exemple &#224; ne repr&#233;senter les mouvements sociaux que sous forme individuelle ou paroxystique, ou &#224; indexer au registre d&#233;gradant du &#171; populisme &#187; tout discours prenant fait et cause pour le peuple dans l'oubli que celui-ci constitue le principe de souverainet&#233; sur lequel repose toute d&#233;mocratie ;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4) Dans les universit&#233;s et les grandes &#233;coles sp&#233;cialis&#233;es, il est imp&#233;ratif de veiller &#224; une solide formation critique des aspirants au journalisme. Cet imp&#233;ratif exige, notamment, que des moyens publics soient allou&#233;s &#224; la recherche autonome et qu'un veto soit oppos&#233; &#224; l'intrusion de chaires priv&#233;es dans ces domaines du savoir. L'enseignement des techniques du m&#233;tier devrait de pr&#233;f&#233;rence y &#234;tre confi&#233; &#224; des professionnels de la base plut&#244;t qu'&#224; des repr&#233;sentants de l'&#233;lite du monde journalistique ;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5) Une circulation plus &#233;quitable de la recherche en sociologie et en th&#233;orie critique des m&#233;dias - comme aussi en s&#233;miologie non contemplative - serait un autre grand apport. Les professionnels ont beaucoup &#224; retirer de ces recherches, dont ils n'ont le plus souvent connaissance que par les comptes rendus h&#226;tifs et caricaturaux qui en sont faits par leurs pairs ou par des chercheurs concurrents mieux dispos&#233;s &#224; l'&#233;gard du &#171; monde comme il va &#187;. Il est frappant de constater que les acquis de cette recherche, quand ils ne sont pas pass&#233;s sous silence, sont filtr&#233;s par les journaux eux-m&#234;mes, dans une situation semblable &#224; celle qui verrait les propositions de l'opposition n'&#234;tre relay&#233;es que par les attach&#233;s de communication du gouvernement. Les m&#233;dias dominants, qui aiment &#224; se pr&#233;senter comme un contre-pouvoir et comme le lieu d'une critique d&#233;mocratique de tous les pouvoirs institu&#233;s, sont sans doute l'instance sociale qui tol&#232;re le plus difficilement que la critique soit retourn&#233;e contre elle. Ayant droit de vie et de mort sur toute prise de position publique, ils sont port&#233;s &#224; n'admettre le d&#233;bat sur les m&#233;dias que dans la mesure o&#249; celui-ci ne touche pas &#224; l'essentiel et, lorsque place est faite &#224; des voix dissonantes, c'est d'embl&#233;e pour en simplifier le propos ou pour le noyer dans un faux d&#233;bat opposant, dans les forums des grands journaux, d'un c&#244;t&#233; les tenants d'une libert&#233; de la presse intangible et incontestable et, de l'autre, les tenants d'une critique dite radicale des m&#233;dias r&#233;duits &#224; des caricatures ais&#233;ment condamnables ou ridiculisables ;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6) C'est &#224; une reconqu&#234;te du temps m&#233;diatique qu'il convient de travailler sans d&#233;lai. L'acc&#233;l&#233;ration du rythme de rotation des nouvelles, la religion du scoop et du direct, l'imp&#233;ratif de la concision et de la sensation sont favorables &#224; la pens&#233;e st&#233;r&#233;otyp&#233;e, aux clich&#233;s et aux faits d'adh&#233;sion spontan&#233;e &#224; la pens&#233;e conforme. Cette reconqu&#234;te appelle en particulier &#224; une coop&#233;ration &#233;troite des intellectuels et des journalistes de base. Aux premiers de refuser les conditions de d&#233;bat biais&#233;es et de r&#233;sister aux gratifications de la pens&#233;e format&#233;e pour les m&#233;dias. Aux seconds de se f&#233;d&#233;rer dans leurs r&#233;dactions, &#224; l'&#233;chelle nationale et internationale, pour exiger des conditions de travail acceptables et secouer le joug des structures actuelles du champ m&#233;diatique. La qualit&#233; de l'information, facteur essentiel de la vie d&#233;mocratique, est &#224; ce prix - de m&#234;me que la reconqu&#234;te, par les journalistes, de l'aura de leur profession, que compromettent, bien plus que tel faux charnier, les connivences avec les pouvoirs et les accommodements avec l'esprit critique dont les plus &#171; m&#233;diag&#233;niques &#187; d'entre eux ne craignent pas de se pr&#233;valoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pascal Durand&lt;/ br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Professeur &#224; l'Universit&#233; de Li&#232;ge (D&#233;partement des Arts et Sciences de la Communication)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Pierre Musso &lt;i&gt;Berlusconi, le nouveau Prince&lt;/i&gt;, &#201;ditions de l'Aube, 2004, 208 pages, 17 Euros. Et aussi, du m&#234;me, &#171; Le ph&#233;nom&#232;ne Berlusconi : ni populisme ni vid&#233;ocratie, mais n&#233;o-politique &#187;, dans &lt;i&gt;Peuple, populaire, populisme&lt;/i&gt;, dossier de la revue &lt;i&gt;Herm&#232;s&lt;/i&gt; (sous la dir. de P. Durand et M. Lits), CNRS &#201;ditions, n&#176; 42, 2005, p. 172-180.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>L'&#233;dition &#224; l'heure des trous noirs</title>
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		<dc:date>2005-01-10T23:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascal Durand</dc:creator>


		<dc:subject>Le groupe Lagard&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>Belgique (m&#233;dias de)</dc:subject>
		<dc:subject>Concentrations</dc:subject>
		<dc:subject>Le fonds Wendel Investissement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;En France et en Belgique, notamment, &#171; l'&#233;dition &#233;chappe &#224; l'&#233;dition &#187;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Edition-" rel="directory"&gt;&#201;dition&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Belgique-medias-de-+" rel="tag"&gt;Belgique (m&#233;dias de)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Concentrations-+" rel="tag"&gt;Concentrations&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-fonds-Wendel-Investissement-+" rel="tag"&gt;Le fonds Wendel Investissement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Tant en France qu'en Belgique, les concentrations &#233;ditoriales sont &#224; l'ordre du jour. &#201;volution logique pour les uns. Mise en coupe r&#233;gl&#233;e du pluralisme pour les autres. Le plus grand p&#233;ril qui menace l'&#233;dition est avant tout celui d'une perte d'autonomie &#224; l'&#233;gard de contraintes qui ne sont pas seulement &#233;conomiques et financi&#232;res. On a raison de s'en inqui&#233;ter.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En novembre 1999, un coup de tonnerre &#233;branlait le ciel &#233;ditorial de la Belgique francophone : les v&#233;n&#233;rables &#233;ditions Casterman, install&#233;es &#224; Tournai depuis la fin du 18&#232;me si&#232;cle, venaient d'&#234;tre rachet&#233;es par Flammarion. L'un des rares fleurons durables de l'&#233;dition belge, l'un des piliers les plus solides du march&#233; de la bande dessin&#233;e, que l'on croyait prot&#233;g&#233; par sa taille &#233;conomique et son prestige accumul&#233; dans un secteur traditionnellement porteur en Belgique, passait ainsi sous le contr&#244;le d'un groupe fran&#231;ais, lequel devait, quelques semaines plus tard, &#234;tre absorb&#233; par le groupe italien Rizzoli (RCS Media Group).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; en croire Pierre Hazette, en charge &#224; l'&#233;poque de la Culture, il n'y avait pas l&#224; de quoi fouetter un chat. Les dessinateurs et sc&#233;naristes, disait-il, trouveraient d&#233;sormais &#224; &#234;tre publi&#233;s &#224; Paris et s'en trouveraient aussi bien, sinon mieux. Cette &#233;volution &#233;tait inscrite dans l'azur (et plus exactement les &#233;toiles) du ciel europ&#233;en. Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes &#233;conomiques possibles. Le ministre des Arts et des Lettres n'eut pas un mot, par contre, pour saluer le patrimoine culturel que repr&#233;sentait cette vieille maison, ni pour s'alarmer de voir le seul secteur &#233;ditorial belge de port&#233;e internationale &#224; son tour satellis&#233; par le champ &#233;ditorial franco-parisien, dont chacun sait la force d'attraction &#233;norme qu'il exerce sur l'&#233;dition plus sp&#233;cifiquement litt&#233;raire. Avaient d&#233;j&#224; pr&#233;c&#233;d&#233; dans ce m&#234;me mouvement, les &#233;ditions du Lombard, aspir&#233;es dans le tourbillon du groupe M&#233;dia-Participation (ex Amp&#232;re). Et allait suivre en juillet 2004 le rachat des &#233;ditions Dupuis au baron Albert Fr&#232;re, cette derni&#232;re op&#233;ration faisant de M&#233;dia-Participations le premier groupe europ&#233;en de la bande dessin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un in&#233;gal rapport de forces&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusque-l&#224;, historiquement comme synchroniquement, l'&#233;dition en Belgique pr&#233;sentait une in&#233;gale r&#233;partition des forces entre &#233;dition paralitt&#233;raire et &#233;dition litt&#233;raire. Puissance des genres mineurs d'un c&#244;t&#233; : ceux de la bande dessin&#233;e (Casterman, Dupuis, Le Lombard), du livre pour la jeunesse (Marabout, Duculot, Hemma), du livre d'actualit&#233; (Luc Pire) et du livre scolaire ou universitaire (Labor, De Boeck). Faiblesse des genres majeurs de l'autre : ceux de la litt&#233;rature, dispers&#233;s entre plusieurs petites maisons &#224; faible rayonnement (Les &#201;peronniers, Talus d'approche, Le Pr&#233; aux Sources, Luce Wilquin ou le Daily-Bul) et ceux de l'essai lettr&#233; ou de cr&#233;ation (Mardaga, Complexe, La Lettre vol&#233;e, Yellow Now). Entre ces deux p&#244;les, un semis de micro-niches &#233;ditoriales, donnant pour les unes dans l'&#233;dition locale &#224; compte d'auteur (Dricot) et pour d'autres, &#224; leur &#233;chelle, dans de plus ambitieuses strat&#233;gies pens&#233;es en termes de genres (ainsi du th&#233;&#226;tre aux &#233;ditions Lansman ou de la po&#233;sie aux &#233;ditions de l'Arbre &#224; Paroles).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;partition du march&#233; apparaissait comme le double r&#233;sultat d'une histoire et d'un rapport de forces d&#233;s&#233;quilibr&#233;. L'histoire d'un secteur r&#233;gional/national sous contrainte, tardivement constitu&#233; au tournant des 19&#232;me et 20&#232;me si&#232;cles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur ce point Pascal Durand et Yves Winkin, &#171; Des &#233;diteurs sans &#233;dition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et qui, plac&#233; dans l'orbite de la puissante &#233;dition fran&#231;aise, dot&#233;e d'un plus fort pouvoir de &#171; griffe &#187; aux yeux des &#233;crivains belges aspirant &#224; la cons&#233;cration intellectuelle ou litt&#233;raire, n'avait pu maintenir une emprise durable que sur le domaine des genres traditionnellement domin&#233;s (BD, paralitt&#233;rature, livres instrumentaux) ou sur celui des productions adoss&#233;es aux deux institutions de l'&#201;cole et de l'Universit&#233;. De sa mis&#232;re de position plus que de condition, l'&#233;dition belge &#233;tait parvenue &#224; tirer quelques atouts : une moindre soumission aux modes hexagonales, le maintien d'un esprit frondeur h&#233;rit&#233; des aventures surr&#233;alistes et de Cobra (au Daily-Bul ou aux Mar&#233;es de la Nuit, par exemple) et, surtout, une grande inventivit&#233;, doubl&#233;e d'une excellence technique dans le registre des productions graphiques et du livre pour la jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution r&#233;cente du march&#233; de l'&#233;dition incite &#224; retoucher ce tableau et montre que la Belgique n'est pas &#224; l'abri des processus de restructuration et de concentration dont ce secteur fait l'objet &#224; l'&#233;chelle internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faillites plus ou moins r&#233;centes des &#233;ditions Quorum, Artis Historia ou du Grand Miroir, le marasme financier de La Renaissance du Livre, mais aussi la l&#233;thargie dans laquelle est entr&#233;e une enseigne de renom telle que Les &#233;peronniers (ayant pris la suite des &#233;ditions Jacques Antoine) ne constituent, dans ce cadre, que des &#233;piph&#233;nom&#232;nes, regrettables sans doute, mais imputables &#224; des facteurs locaux et individuels plut&#244;t que structurels. Probl&#232;mes de gestion, d'ambitions surdimensionn&#233;es ou de contingences personnelles. Plus significatives et inqui&#233;tantes sont, en revanche, l'absorption des industries de la bande dessin&#233;e par de grands groupes ou le tout r&#233;cent rachat des &#233;ditions Labor par une soci&#233;t&#233; sp&#233;cialis&#233;e dans le packaging &#233;ditorial et les op&#233;rations de promotion de presse (TXT M&#233;dia Services). Une logique macro-&#233;conomique est ici &#224; l'&#339;uvre, dont le champ d'action d&#233;passe de toutes parts les fronti&#232;res de la Communaut&#233; fran&#231;aise de Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'&#233;dition &#233;chappe &#224; l'&#233;dition &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voracit&#233; commerciale des grands groupes - doubl&#233;e d'une croisade proprement religieuse dans le cas du fondateur du groupe M&#233;dia-Participations, dont la rencontre avec Jean-Paul II stimula l'ambition de reconqu&#233;rir l'ensemble du march&#233; des publications destin&#233;es &#224; la jeunesse - n'est pas seule en cause. Et ne sont pas seuls en jeu les processus de regroupement, de rachat ou de prise de participation, tout port&#233;s qu'ils soient par une logique de profit et de comp&#233;tition internationale. Le rachat de Labor par TXT, f&#251;t-ce avec l'assentiment de l'ancienne direction, rappelle, toutes proportions gard&#233;es, celui des &#233;ditions du Seuil par le groupe La Martini&#232;re, c'est-&#224;-dire d'une v&#233;ritable maison d'&#233;dition, &#224; fort prestige symbolique, par une soci&#233;t&#233; de production aux reins &#233;conomiques solides mais n'ayant pour lors &#224; son cr&#233;dit que quelques albums de photographies plan&#233;tairement diffus&#233;s et de solides bailleurs de fonds. Autrement dit, il est &#224; craindre que nous assistions au passage acc&#233;l&#233;r&#233; du secteur &#233;ditorial sous le contr&#244;le d'entreprises pour lesquelles non seulement le livre ne repr&#233;sente qu'un produit industriel comme un autre, mais pour lesquelles &#233;galement ce dernier, et plus largement la production intellectuelle, ne constituent pas la raison sociale fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1997, Fabrice Piault, excellent observateur du march&#233; &#233;ditorial, avait eu cette formule : &#171; &lt;i&gt;L'&#233;dition &#233;chappe &#224; l'&#233;dition&lt;/i&gt; &#187;. Les &#233;volutions r&#233;centes confirment et aggraveraient son diagnostic. Un duopole dominait jusqu'il y a peu, en concurrence, le paysage &#233;ditorial fran&#231;ais. D'un c&#244;t&#233;, le groupe Hachette, &#233;manation certes de la maison cr&#233;&#233;e au milieu du 19&#232;me si&#232;cle par Louis Hachette et dominant du plus haut l'&#233;dition scolaire, mais filiale &#224; 100%, depuis 1980, du groupe Matra-Lagard&#232;re, sp&#233;cialis&#233; dans l'industrie de l'a&#233;ronautique et de l'armement (chiffre d'affaires en 1999 : 80,5 milliards de francs fran&#231;ais). De l'autre, le groupe Vivendi-Publishing, g&#233;ant constitu&#233; au sein de Vivendi Universal (chiffre d'affaires en 1999, avant fusion avec le canadien Seagram : 273 milliards de francs), double excroissance monumentale du groupe des Presses de la Cit&#233; et de la Compagnie G&#233;n&#233;rale des Eaux, et qui sous la conduite fringante de Jean-Marie Messier devint, juste avant sa d&#233;b&#226;cle, le n&#176; 2 mondial de la communication, apr&#232;s AOL-Time Warner. On sait ce qu'il en advint : fin 2002, l'empire Messier est d&#233;mantel&#233; et son p&#244;le &#233;dition c&#233;d&#233; &#224; Hachette-Lagard&#232;re, assurant &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; &#224; celui-ci un quasi-monopole sur la production de livres en France (dont 60 % de l'&#233;dition en poche et 80 % du march&#233; du livre scolaire).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alert&#233;es par un collectif d'&#233;diteurs ind&#233;pendants et d'intellectuels, les autorit&#233;s europ&#233;ennes ordonn&#232;rent la scission du groupe, rebaptis&#233; &#201;ditis et d&#233;sormais d&#233;tenu pour 60 % par le groupe financier Wendel-Investissement et pour 40 % par Hachette. Sage d&#233;cision en apparence, mais qui a permis &#224; Ernest-Antoine Seill&#232;re, pr&#233;sident de Wendel et accessoirement patron du MEDEF, de devenir en juin 2004, le deuxi&#232;me &#233;diteur de France. C'est ainsi que Le Robert, Bordas, Nathan, Plon, Perrin, Julliard, Nil, Omnibus, La D&#233;couverte, les Presses de la Cit&#233;, Belfond, Pocket, 10/18 ou encore Fleuve Noir all&#232;rent au groupe Wendel. Arnaud Lagard&#232;re obtint quant &#224; lui Larousse, Dunod, Armand Colin, parmi d'autres filiales de l'ex-groupe Vivendi, et Fayard, Grasset, Stock, Calmann-L&#233;vy, Latt&#232;s ou Hachette, ses possessions de longue date (sans compter tout un solide r&#233;seau de distribution). A leurs c&#244;t&#233;s, quelques groupes de moindre taille, tels Flammarion ou Gallimard, et quelques &#233;diteurs ind&#233;pendants, tels Minuit ou Actes Sud, dont rien n'assure qu'&#224; terme ils ne risquent pas d'&#234;tre aspir&#233;s &#224; leur tour par le grand trou noir qui s'est form&#233; au c&#339;ur de la production &#233;ditoriale fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;br /&gt;
Propos de Cassandre ? Il y a certes, en contrepartie, bien des Pangloss pour ne voir dans ces regroupements que la constitution de structures solides, dont le livre, articul&#233; &#224; d'autres m&#233;dias, saura tirer b&#233;n&#233;fice, et pour rappeler, &#224; juste raison, que les ph&#233;nom&#232;nes de cession et rachat sont aussi vieux que le march&#233; du livre imprim&#233;. Reste qu'il y a lieu de s'inqui&#233;ter de voir l'apparente diversit&#233; des maisons que pr&#233;sente le paysage &#233;ditorial contemporain recouvrir une structure duopolistique, aux d&#233;pens du pluralisme si essentiel &#224; la production esth&#233;tique et intellectuelle. Mais aussi de voir le livre (et plus largement la presse et la communication) passer entre les mains de grands groupes industriels, pour lesquels le contr&#244;le de la production des &#171; biens symboliques &#187; pourrait bien repr&#233;senter le moyen d'exercer, au-del&#224;, une tutelle sur l'opinion et sur les politiques dont ils ont besoin pour se d&#233;velopper au moindre co&#251;t. L'autonomie de la production litt&#233;raire et intellectuelle, conqu&#234;te de plusieurs si&#232;cles de luttes contre le pouvoir d'&#201;tat et les logiques commerciales, est peut-&#234;tre bien en train d'entrer aujourd'hui dans un processus de r&#233;gression, qui n'emp&#234;chera pas les livres de cro&#238;tre et de multiplier, mais risque bien d'&#233;touffer sous leur poids les ferments de libert&#233; et de pens&#233;e critique dont la vieille culture du livre aura &#233;t&#233; longtemps porteuse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'affaissement r&#233;cent des Presses Universitaires de France, la mont&#233;e en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. TF1 n'&#233;tait pas la danseuse de Francis Bouygues. On peut douter, tout autant, que Hachette soit celle de l'armurier Lagard&#232;re et &#201;ditis celle du baron Seill&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pascal Durand&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pascal Durand est professeur &#224; l'Universit&#233; de Li&#232;ge et directeur du Centre d'&#201;tudes du Livre Contemporain (CELIC)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur ce point Pascal Durand et Yves Winkin, &#171; Des &#233;diteurs sans &#233;dition ? Gen&#232;se et structure de l'espace &#233;ditorial belge francophone &#187;, dans &lt;i&gt;Actes de la recherche en sciences sociales&lt;/i&gt;, n&#176; 130, d&#233;cembre 1999, pp. 48-65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'affaissement r&#233;cent des Presses Universitaires de France, la mont&#233;e en force dans le champ universitaire des &#233;ditions L'Harmattan montrent d&#233;j&#224; combien la publication dans le domaine de la recherche devient un parcours du combattant, ou du r&#233;sign&#233; d'avance &#224; des solutions de compromis. Sur la situation aux &#201;tats-Unis, qui anticipe sur celle en train de se mettre en place en Europe, voir Andr&#233; Schiffrin, &#171; Les presses universitaires am&#233;ricaines et la logique de profit &#187;, &lt;i&gt;Actes de la recherche en sciences sociales&lt;/i&gt;, n&#176; 130, d&#233;cembre 1999, pp. 77-80.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>La libert&#233; de la presse a du plomb dans l'aile... </title>
		<link>https://www.acrimed.org/La-liberte-de-la-presse-a-du-plomb-dans-l-aile</link>
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		<dc:date>2004-10-23T07:15:46Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascal Durand</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Lieux communs, information s&#233;lective, pens&#233;e unique, mythologie...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Independance-Liberte-sous-conditions-" rel="directory"&gt;&#171; Ind&#233;pendance &#187; ? Libert&#233; sous conditions...&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'entretien de Jean Sloover avec Pascal Durand que nous publions ici, avec l'aimable autorisation des auteurs, est initialement paru dans le magazine &lt;i&gt;Espace de libert&#233;s&lt;/i&gt; (Bruxelles, septembre 2004) sous le titre &#171; &lt;i&gt;Le caillou de Spinoza &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le magazine Espace de libert&#233;s est le mensuel Centre d'action la&#239;que de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pascal Durand, professeur &#224; la Facult&#233; de Philosophie et Lettres de l'Universit&#233; de Li&#232;ge, a dirig&#233; l'ouvrage collectif &lt;a href='https://www.acrimed.org/Lire-Medias-et-censure-Les-figures-de-l-orthodoxie-dir-Pascal-Durand' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;M&#233;dias et Censure. Figures de l'orthodoxie&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Li&#232;ge, Editions de l'Universit&#233; de Li&#232;ge, 2004&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Caillou de Spinoza&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Lieux communs, information s&#233;lective, pens&#233;e unique, mythologie : la libert&#233; de la presse a du plomb dans l'aile...&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Sans la presse, que saurions-nous du monde ? Rien. Ou alors tr&#232;s peu. C'est dire la fonction cardinale des m&#233;dias. Mais c'est sugg&#233;rer aussi que ce que nous savons du cours des choses est tributaire de ce que la machine m&#233;diatique veut bien nous en relater : comme dans la caverne de Platon, des &#233;v&#233;nements, nous ne percevons, par journalistes interpos&#233;s, que leur ombre port&#233;e. Or qui sont-ils ces interm&#233;diaires qui, de deadline en deadline, font profession de dire le si&#232;cle qui va ? Le plus souvent des hommes et des femmes ordinaires mais auxquels la corporation a offert une voie d'acc&#232;s bon march&#233; au pouvoir. Certes : se hisser hors les classes moyennes n'a rien d'une tare. Mais cet itin&#233;raire n'est pas davantage un gage d'ind&#233;pendance quand, &#224; l'heure de la transformation des entreprises de presse en centres de profits, son accomplissement se paie au prix d'un renoncement &#224; questionner les st&#233;r&#233;otypes de la pens&#233;e dominante. C'est l&#224; notamment ce que soutiennent quelques-uns des chercheurs les plus pointus dans le domaine de l'analyse des m&#233;dias : dans un ouvrage collectif (1) publi&#233; sous la direction de Pascal Durand (2), ils s'attachent &#224; mettre au clair, et les processus qui formatent l'information, et les effets sociaux de cette orthodoxie qui, dans la plus grande discr&#233;tion, fabrique du consentement au nouvel esprit du capitalisme... &lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean Sloover :&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; On appelle les m&#233;dias le &#171; quatri&#232;me pouvoir &#187;. Mais vous soutenez qu'un autre pouvoir s'exerce sur les m&#233;dias. Lequel ?&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pascal Durand&lt;/strong&gt; : L'expression de &#171; quatri&#232;me pouvoir &#187; est depuis trop longtemps la tarte &#224; la cr&#232;me du discours sur le syst&#232;me m&#233;diatique, qu'il s'agisse de d&#233;noncer sa force d'intrusion dans le jeu des institutions ou, &#224; &#233;couter les journalistes, de c&#233;l&#233;brer sa vertu d&#233;mocratique de n&#233;cessaire vigilance &#224; l'&#233;gard du pouvoir. C'est trop d'indignit&#233; et trop d'honneur, et comme souvent cela conduit &#224; simplifier la probl&#233;matique au b&#233;n&#233;fice des deux parties, pourfendeurs d&#233;magogiques de la presse ou professionnels prompts &#224; se d&#233;cerner &#224; peu de frais un brevet de d&#233;mocratie. Ce que les auteurs r&#233;unis par l'ouvrage ont en commun, c'est de faire au contraire le pari de la complexit&#233;, tout en s'attachant &#224; &#233;tudier des cas concrets et &#224; fournir, surtout, des instruments d'analyse au lecteur. Pour r&#233;pondre dans cet esprit &#224; votre question, le pouvoir dont les m&#233;dias subissent l'emprise est double autant que diffus. D'un c&#244;t&#233;, il &#233;mane non du monde politique, comme on aime &#224; le croire, mais pour l'essentiel du monde &#233;conomique, dont les m&#233;dias font partie : ce sont, plus que jamais, des entreprises soumises aux int&#233;r&#234;ts priv&#233;s de grands groupes et &#224; un principe de rentabilit&#233; et, par voie de cons&#233;quence, d'all&#233;geance &#224; la pens&#233;e &#233;conomique dominante. On voit de plus en plus, aujourd'hui, de grands groupes industriels, dont la communication n'est pas la principale sph&#232;re d'int&#233;r&#234;t, s'emparer de larges pans des appareils d'information. Voyez Dassault, Lagard&#232;re ou Ernest-Antoine Seill&#232;re. C'est que non seulement les m&#233;dias (et plus largement l'&#233;dition) repr&#233;sentent un march&#233; consid&#233;rable, mais qu'ils constituent &#233;galement d'efficaces relais des strat&#233;gies de ces groupes et des politiques dont ils ont besoin pour se d&#233;ployer au moindre co&#251;t. D'un autre c&#244;t&#233;, le pouvoir qui s'exerce sur les m&#233;dias &#233;mane des structures internes du syst&#232;me, en tant qu'elles sont incorpor&#233;es par les agents qui y participent, au premier rang desquels les membres de l'&#233;lite journalistique, r&#233;dacteurs en chef, chefs de rubrique, &#233;ditorialistes, qui doivent leurs postes &#224; leurs comp&#233;tences professionnelles, sans doute, mais tout autant &#224; la capacit&#233; qu'ils ont d&#233;montr&#233;e &#224; rendre au syst&#232;me qui les emploie l'hommage que celui-ci attend d'eux : celui de la conformit&#233; &#224; ses attentes, &#224; ses valeurs, &#224; ses enjeux. Tout champ social impose de telles formes de socialisation et les journalistes n'y &#233;chappent pas plus que les juristes, les professeurs d'universit&#233; ou les hommes politiques. C'est ce que, avec Bourdieu, on appelle un &#171; habitus &#187;, mixte d'habitudes et de r&#233;flexes acquis, de cat&#233;gories de perception du monde et de formes d'action dans ce monde, proc&#233;dant de l'incorporation par le sujet, sous forme de cat&#233;gories cognitives, des structures de l'univers social dans lequel il op&#232;re.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Est-ce pour cette raison que l'on peut parler de censure dans les d&#233;mocraties lib&#233;rales o&#249; la libert&#233; de la presse est constitutionnellement garantie ?&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de la libert&#233; de la presse, soit dit en passant, comme de l'&#233;galit&#233; des citoyens : on a beau l'inscrire dans les textes, elle n'est rien qu'un v&#339;ux pieux ou, du moins, qu'une approximation abstraite quand on la confronte &#224; la r&#233;alit&#233; pratique, o&#249; pr&#233;dominent divers types de censure et des rapports de force in&#233;gaux. Mais vous voyez juste : le double pouvoir, externe et interne, qui s'exerce sur les m&#233;dias est bien, selon nous, au principe de formes particuli&#232;res de censure, qu'il faut entendre ici, non pas comme interdiction de dire ou de diffuser, ni comme volont&#233; consciente de tronquer le r&#233;el, mais comme obligation de parler en un certain sens, par adh&#233;sion spontan&#233;e &#224; la vision du monde que notre appartenance &#224; ce monde d&#233;termine. Nul besoin ici de th&#233;orie du complot, ni d'ordres venus d'en haut : en chaque agent c'est dans une large mesure le syst&#232;me qui s'exprime et toute modification du syst&#232;me est susceptible d'infl&#233;chir la parole qu'il dicte. Cette vision des choses se heurte, il est vrai, &#224; bien des r&#233;sistances. Nous avons fort bien int&#233;gr&#233; l'id&#233;e que notre conscience n'est pas totalement transparente &#224; elle-m&#234;me. Apr&#232;s tout, l'autre qui parle en nous et guide nos pulsions c'est encore un autre nous-m&#234;me, obscur certes, mais chevill&#233; &#224; notre individualit&#233;. Nous opposons par contre une formidable r&#233;sistance &#224; l'id&#233;e que nos contenus de conscience, nos actes soient en large partie d&#233;termin&#233;s par les structures sociales. Freud oui, Marx non. Lacan oui, Bourdieu non. Spinoza &#233;crit quelque part que le caillou qu'on vient de lancer, s'il se mettait &#224; penser en plein vol, serait persuad&#233; qu'il vole de sa propre volont&#233;. Les journalistes, comme vous et moi, sommes des cailloux pensants de cette sorte : persuad&#233;s de penser, d'agir librement, l&#224; o&#249; nous suivons l'impulsion qui nous est donn&#233;e par la logique sociale dont nous relevons.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;N'est-ce pas l&#224; donner dans un d&#233;terminisme radical ?&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;terminisme, oui, mais dans la mesure o&#249; reconna&#238;tre les forces qui s'exercent sur nous, de l'ext&#233;rieur comme de l'int&#233;rieur, permet, aussi, d'en r&#233;duire l'emprise ou de ruser avec elles. L'effort de connaissance, sans se raconter d'histoires, est la seule &#233;nergie que nous puissions opposer aux routines qui nous oppriment.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le sous-titre de l'ouvrage est &#171; figures de l'orthodoxie &#187;. De quelle orthodoxie s'agit-il ?&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du fait que le pouvoir que les m&#233;dias subissent est double - externe &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; interne -, l'orthodoxie est double elle aussi. Plus exactement, une orthodoxie tend &#224; redoubler l'autre. D'un c&#244;t&#233;, conformit&#233; aux cat&#233;gories journalistiques de perception et de construction du monde : prime donn&#233;e &#224; l'&#233;v&#233;nementiel et &#224; l'individualisation des actions et des faits, contre les structures d'occurrence des &#233;v&#233;nements et les ph&#233;nom&#232;nes sociaux. Le journaliste est cette conscience pour laquelle le monde n'est fait que de choses qui arrivent et de personnes qui concertent ces choses. Rien l&#224; de pendable, certes, mais il faut bien voir que le pouvoir de repr&#233;sentation que d&#233;tiennent les m&#233;dias leur permet d'imposer leurs normes particuli&#232;res de vision &#224; l'ensemble des citoyens et, en particulier, aux d&#233;cideurs, grands consommateurs de journaux. De l&#224; la r&#233;duction croissante du discours politique &#224; un ensemble de &#171; petites phrases &#187;, format&#233;es pour et par la presse. De l&#224; aussi que le commentaire politique, dans la presse d'aujourd'hui, tend de plus en plus &#224; se ramener &#224; un ensemble de petits potins, de strat&#233;gies de coulisse, de rapports de rivalit&#233; interpersonnelle. Nous sortons d'&#233;lections. De quoi a-t-il &#233;t&#233; question dans la presse dite s&#233;rieuse ? De programmes, d'id&#233;aux, de projets ? Non : de Jo&#235;lle, Elio et Louis, et de la question de savoir s'il y a eu ou non, auparavant, contrat d'alliance pass&#233; devant notaire.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Noam Chomsky soutient que la fonction des m&#233;dias est la &#171; fabrication du consentement &#187;. Cela signifie quoi ?&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son point de vue, que les m&#233;dias dominants, &#233;tant plac&#233;s directement sous la coupe du pouvoir, imposent une pens&#233;e favorable &#224; l'id&#233;ologie dominante. Du point de vue collectif de l'ouvrage, cela renvoie, plus structurellement, &#224; la seconde forme d'orthodoxie &#224; l'&#339;uvre dans les m&#233;dias. D&#232;s lors en effet que ceux-ci sont &#171; manag&#233;s &#187; comme des entreprises, les principes de rentabilit&#233;, d'efficacit&#233;, de lisibilit&#233; rapide viennent renforcer et acc&#233;l&#233;rer les effets des normes journalistiques de vision et de construction du monde repr&#233;sent&#233;. L'audimat est le symbole m&#234;me de ce renforcement, comme aussi le pouvoir grandissant de la t&#233;l&#233;vision et de l'information en continu, qui n'autorise gu&#232;re le travail de recoupement et d'investigation s&#233;rieuse. Un journalisme de march&#233; ne peut qu'&#234;tre favorable &#224; une pens&#233;e de march&#233;. Une presse soumise &#224; un imp&#233;ratif de rendement rapide et employant pour l'essentiel des journalistes pr&#233;caires ne peut qu'activer des r&#233;flexes d'&#233;criture dans lesquels le st&#233;r&#233;otype, le clich&#233;, le lieu commun ont la part belle. Il suffit de quelques secondes, de quelques mots pour faire savoir et croire que la r&#233;sistance en Irak est le fait de terroristes. Il faut beaucoup de temps, d'arguments pour expliquer ce qu'il en est sur le terrain et en quoi celui-ci est un lieu d'affrontements entre puissances internationales. Le st&#233;r&#233;otype, outil de la pens&#233;e press&#233;e plus encore que de la pens&#233;e servile, est par nature favorable aux id&#233;es qui dominent dans un &#233;tat donn&#233; de soci&#233;t&#233;. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233;, &#224; laquelle nous appelons exemples &#224; l'appui, d'une lecture attentive, critique du discours m&#233;diatique, o&#249; c'est parfois dans le non-dit ou dans la fa&#231;on de dire, plus que dans le contenu de pens&#233;e, que se loge ce qu'il est convenu d'appeler l'id&#233;ologie. Je me souviens d'une interview d'Elio di Rupo dans &lt;i&gt;Le Soir&lt;/i&gt;. Di Rupo venant d'argumenter en faveur d'une d&#233;fense des services publics, le journaliste, tr&#232;s spontan&#233;ment, lui a demand&#233; s'il voulait faire de la Wallonie une nouvelle Albanie. Tout est l&#224; r&#233;sum&#233; : la pens&#233;e binaire et caricaturale (Albanie &lt;i&gt;vs&lt;/i&gt; D&#233;mocratie lib&#233;rale), le r&#233;flexe d'all&#233;geance &#224; l'&#233;gard du March&#233; comme principe conducteur de la vie publique et, on peut le regretter, le fait que le Pr&#233;sident du PS ait accept&#233; de r&#233;pondre &#224; une telle question.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Plaidez-vous pour le retour d'une presse d'opinion classique ?&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition entre presse d'information et presse d'opinion est une autre distinction largement mythique. L'ordre des faits rapport&#233;s n'est pas un donn&#233; : il est ordonn&#233; par une repr&#233;sentation du monde, des processus de s&#233;lection et de mise en forme qui ne sont jamais neutres. Le site Acrimed en donne un magnifique exemple. &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, ainsi, titrait r&#233;cemment : &#171; Les syndicats cherchent le bras de fer avec le gouvernement &#187;. Inversez la syntaxe et le contenu change du tout au tout : &#171; Le gouvernement cherche le bras de fer avec les syndicats &#187;. Bref, pas de proposition sans prise de position. Mais si vous tenez &#224; cette distinction, je ferai observer qu'en Wallonie la plupart des journaux qui ont disparu dans les vingt derni&#232;res ann&#233;es appartenaient &#224; la presse dite progressiste et qu'il ne reste plus donc, &#224; s'en tenir &#224; la presse dominante, qu'un journal de droite d&#233;magogique (&lt;i&gt;La Derni&#232;re Heure&lt;/i&gt;), un journal chr&#233;tien conservateur (&lt;i&gt;La Libre Belgique&lt;/i&gt;) et un journal d'&lt;i&gt;establishment&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Le Soir&lt;/i&gt;). Faut-il appeler de ses v&#339;ux la renaissance d'une presse de gauche ? On a vu ce qu'a dur&#233; &lt;i&gt;Le Matin&lt;/i&gt;. La question &#224; se poser est plut&#244;t celle-ci : si la presse d'information est essentielle &#224; la vie d&#233;mocratique - et j'en suis convaincu, ne serait-ce que parce que le journal est cette institution par laquelle toutes les institutions se parlent et ont acc&#232;s &#224; l'espace public -, est-il normal qu'une telle institution soit soumise au jeu des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s ? Autrement dit, ce que j'appelle de mes v&#339;ux, c'est une d&#233;privatisation de la presse et une solide formation critique des aspirants au journalisme. Mais ici, bien s&#251;r, les journalistes vont me brandir l'exemple de la &#171; Pravda &#187;. Preuve, s'il en fallait encore une, qu'il leur est bien difficile de penser en dehors des oppositions sommaires.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le magazine &lt;i&gt;Espace de libert&#233;s&lt;/i&gt; est le mensuel Centre d'action la&#239;que de Bruxelles, qui publie des textes de r&#233;flexion et de combat pour la d&#233;fense des valeurs la&#239;ques. Ce texte est &#233;galement paru &lt;a href=&#034;http://kraken.art.site.voila.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur le site du collectif Kraken-Art&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lire : M&#233;dias et censure. Les figures de l'orthodoxie (dir. Pascal Durand) </title>
		<link>https://www.acrimed.org/Lire-Medias-et-censure-Les-figures-de-l-orthodoxie-dir-Pascal-Durand</link>
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		<dc:date>2004-07-20T20:30:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascal Durand</dc:creator>


		<dc:subject>Censures</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Sous la direction de Pascal Durand (Li&#232;ge, Editions de l'ULG, 2004).&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Des-livres-presentations-et-extraits-" rel="directory"&gt;Des livres : pr&#233;sentations et extraits&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Censures-+" rel="tag"&gt;Censures&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un livre qui se pr&#233;sente fort bien lui-m&#234;me, notamment sur sa quatri&#232;me de couverture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_118 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L340xH480/media_censure-fa75e.jpg?1776751879' width='340' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pascal DURAND (sous la direction de), &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;M&#233;dias et censure. Les figures de l'orthodoxie&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, Li&#232;ge, Editions de l'ULG, 2004&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Institution singuli&#232;rement complexe, investie de la fonction de parler toutes les autres institutions, l'appareil des m&#233;dias exerce, par l&#224;, de multiples effets d'imposition sur le monde social, et d'autant plus puissants qu'ils passent le plus souvent inaper&#231;us. Quels sont ces effets, leurs ressorts, et quelle en est la source ? Tel est le triple objet du pr&#233;sent volume o&#249; plusieurs sp&#233;cialistes des m&#233;dias de l'ULG (P. Durand, G. Geuens, H. Deleersnijder, C. Servais) sont associ&#233;s aux noms prestigieux d'Alain Accardo, Serge Halimi, Armand Mattelart, Erik Neveu, Serge Rimbert ou encore Noam Chomsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse est libre, nous en sommes convaincus, et les journalistes les premiers. Le discours de presse n'en est pas moins subordonn&#233; &#224; des enjeux de pouvoir, &#224; des rapports de force, &#224; des pressions de conformit&#233; diverses. Comme tel, ce discours est &#224; la fois l'objet et le vecteur d'une &#171; censure &#187; sp&#233;cifique, &#233;manant &#224; la fois des structures du champ journalistique et de la forte d&#233;pendance que celui-ci entretient &#224; l'&#233;gard des champs politique et &#233;conomique. Structurale, cette censure d&#233;termine un certain mode de construction de l'information ; produit de l'h&#233;t&#233;ronomie du champ journalistique, elle contribue &#224; l'ajustement du discours m&#233;diatique &#224; la Doxa ambiante. Lieux communs, st&#233;r&#233;otypes et clich&#233;s ; information s&#233;lective en temps de guerre, de g&#233;nocide ou dans la couverture de dossiers &#171; sensibles &#187; ; production spontan&#233;e d'un pr&#234;t-&#224;-penser conforme aux int&#233;r&#234;ts des classes dominantes ; s&#233;cr&#233;tion d'une mythologie propice aux illusions rentables de la &#171; soci&#233;t&#233; de l'information &#187; ; neutralisation m&#233;diatique des forces de contestation sociale : c'est tout le spectre de ces effets d'orthodoxie que les quinze auteurs ici r&#233;unis entendent explorer, dans le souci de fournir au lecteur non seulement des analyses, mais des instruments d'analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affaire de journalistes ou de th&#233;oriciens critiques du discours journalistique ? Qu'on ne s'y trompe pas : les mutations de l'appareil m&#233;diatique, l'&#233;volution de ses structures professionnelles, sa soumission croissante &#224; l'emprise des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s ne concernent pas que ses seuls acteurs, au premier rang desquels les fractions les plus pr&#233;caires du personnel journalistique ; au-del&#224;, elles concernent tout l'espace public et, par cons&#233;quent, le devenir de nos soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pascal Durand est Professeur &#224; la Facult&#233; de Philosophie et Lettres de l'ULG.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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