<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
	<link>https://www.acrimed.org/</link>
	<description>Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des m&#233;dias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed rel&#232;ve &#233;galement les d&#233;rives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il v&#233;hicule le pr&#234;t-&#224;-penser de la soci&#233;t&#233; de march&#233;.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.acrimed.org/spip.php?id_auteur=103&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Acrimed | Action Critique M&#233;dias</title>
		<url>https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L144xH69/siteon0-505bf.png?1776672965</url>
		<link>https://www.acrimed.org/</link>
		<height>69</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>La t&#233;l&#233;vision publique mutil&#233;e</title>
		<link>https://www.acrimed.org/La-television-publique-mutilee</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/La-television-publique-mutilee</guid>
		<dc:date>2008-01-29T11:30:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Musso</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Le projet pr&#233;sent&#233; par Nicolas Sarkozy &lt;i&gt;&#171; ne peut que conduire &#224; l'affaiblissement de l'offre de programmes du service public, voire &#224; son amputation. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Televisions-publiques-sous-le-regne-de-Sarkozy-" rel="directory"&gt;T&#233;l&#233;visions publiques : sous le r&#232;gne de Sarkozy&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous, avec l'autorisation de son auteur, une &#171; tribune libre &#187; de Pierre Musso parue dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; du 29 janvier 2008 (&lt;i&gt;Acrimed&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'annonce du Pr&#233;sident de la R&#233;publique concernant la suppression de la publicit&#233; &#224; France T&#233;l&#233;visions et les modalit&#233;s de compensation de cette perte de ressources, ne peut que conduire &#224; l'affaiblissement de l'offre de programmes du service public, voire &#224; son amputation. Le Pr&#233;sident a d&#233;clar&#233; : &lt;i&gt;&#171; je souhaite que l'on r&#233;fl&#233;chisse &#224; la suppression totale de la publicit&#233; sur les cha&#238;nes publiques qui pourraient &#234;tre financ&#233;es par une taxe sur les recettes publicitaires accrue des cha&#238;nes priv&#233;es et par une taxe infinit&#233;simale sur le chiffre d'affaires de nouveaux moyens de communication, comme l'acc&#232;s &#224; internet ou la t&#233;l&#233;phonie mobile &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences &#233;conomiques d'une telle r&#233;forme sont sans appel. En effet, si l'on consid&#232;re les propositions faites &#224; partir des chiffres 2006, les seuls consolid&#233;s, le groupe France T&#233;l&#233;visions, d&#233;j&#224; sous-financ&#233; par rapport &#224; ses homologues europ&#233;ens, perdrait 833 millions d'euros de publicit&#233; et de parrainage, soit 30% de son budget de 2,85 milliards dont 1,87 milliard provenant de la redevance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A suivre la suggestion pr&#233;sidentielle, la compensation viendrait de deux sources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re &#171; une taxe infinit&#233;simale &#187; sur les recettes des fournisseurs d'acc&#232;s internet (FAI) dont le chiffre d'affaires cumul&#233; s'&#233;l&#232;ve &#224; 4 milliards d'euros, et une sur les recettes des op&#233;rateurs de t&#233;l&#233;phonie mobile dont le chiffre d'affaires cumul&#233; atteint 20 milliards d'euros en 2006. Supposons que cette taxe soit au minimum de 0,1%, cela repr&#233;senterait 24 millions d'euros (hypoth&#232;se basse) et pourrait s'&#233;lever jusqu'&#224; 1%, soit 240 millions (hypoth&#232;se haute). Si l'on retient une hypoth&#232;se moyenne de 0,5%, le montant r&#233;colt&#233; serait de 120 millions d'euros&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis la r&#233;daction de cette &#171; tribune &#187;, diverses hypoth&#232;ses sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me ressource de compensation proviendrait d'une taxe sur les recettes publicitaires des cha&#238;nes priv&#233;es. Ces recettes nettes s'&#233;levaient en 2006, &#224; 3,12 milliards d'euros dont 55% vont &#224; TF1 et 25% &#224; M6. Cette taxe ne pourrait &#234;tre sup&#233;rieure &#224; 6% car ces cha&#238;nes, principales b&#233;n&#233;ficiaires de la mesure propos&#233;e, ne verraient plus leurs recettes augmenter. En effet, le transfert de recettes publicitaires du public au priv&#233; a &#233;t&#233; estim&#233; dans une &#233;tude r&#233;cente &#224; 110 millions pour TF1 et &#224; 44 millions pour M6, compte tenu de la limite des espaces sur ces cha&#238;nes et du transfert des investissements publicitaires vers d'autres m&#233;dias. On doit donc retenir comme hypoth&#232;se haute de taxation des recettes publicitaires des t&#233;l&#233;visions priv&#233;es, un taux de 5%. Et encore faudrait-il le moduler pour la TNT en phase de d&#233;collage et compter sur la vive contestation de TF1 et de M6. Soit donc un taux de 5% (hypoth&#232;se haute), cela repr&#233;senterait une ressource de 160 millions d'euros. En fait, il est plus probable que ce taux soit fix&#233; entre 1% et 3%, cr&#233;ant une recette comprise entre 32 (hypoth&#232;se basse) et 100 millions d'euros (hypoth&#232;se moyenne). Conclusion : dans l'hypoth&#232;se la plus favorable pour France T&#233;l&#233;visions, les sommes &#171; r&#233;cup&#233;r&#233;es &#187; s'&#233;l&#232;veraient &#224; 400 millions d'euros, engendrant une perte de 430 millions. Dans l'hypoth&#232;se moyenne, France T&#233;l&#233;visions subirait une perte de 600 millions et dans le pire des cas, le d&#233;ficit atteindrait 770 millions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il l'a annonc&#233;, le gouvernement n'envisage pas d'augmenter la redevance et encore moins de faire une dotation budg&#233;taire &#224; France T&#233;l&#233;visions. Par cons&#233;quent la perte subie par le service public ne pourra pas &#234;tre int&#233;gralement compens&#233;e. Pour atteindre les 830 millions, il faudrait par exemple une taxe de 10% sur les recettes des t&#233;l&#233;visions priv&#233;es et de 2% sur celles des FAI et des op&#233;rateurs de mobiles. Un tel niveau de taxation sanctionnerait tous les acteurs pour des r&#233;sultats incertains et provoquerait une d&#233;stabilisation de l'&#233;conomie des m&#233;dias fran&#231;ais. Il faut donc retenir l'hypoth&#232;se moyenne &#233;voqu&#233;e, celle d'une perte de 20% du budget de France T&#233;l&#233;visions qui sera conduit &#224; r&#233;duire son offre de programmes, voire &#224; s'auto-amputer. En effet, le montant des pertes est proche du co&#251;t de la grille de programmes d'une cha&#238;ne comme France 2 ou France 3 (750 millions en 2006). Et il faudra en plus trouver 400 millions d'euros suppl&#233;mentaires pour financer la production de programmes destin&#233;s &#224; remplacer les spots publicitaires &#224; des heures de grande &#233;coute (quelque 1000 heures par an).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme annonc&#233;e est l&#233;gitim&#233;e au nom d'un retour &#224; la &#171; puret&#233; &#187; de la mission de la t&#233;l&#233;vision publique, sur le mod&#232;le mythique de la BBC qui dispose d'un budget sup&#233;rieur &#224; 4 milliards d'euros financ&#233;s pour l'essentiel par la redevance, ou d'un retour &#224; l'ORTF d'avant l'introduction de la publicit&#233; en 1968 par le G&#233;n&#233;ral de Gaulle. On voit mal comment en supprimant autant de ressources, l'&#233;quivalent du co&#251;t d'une cha&#238;ne nationale, on peut am&#233;liorer la qualit&#233; des programmes et les investissements dans la cr&#233;ation. Le r&#233;sultat certain est d'une part, la production d'un effet d'aubaine pour les cha&#238;nes commerciales et pour les principaux groupes qui les d&#233;tiennent ou qui r&#234;vent d'entrer sur ce march&#233; et d'autre part, l'amputation de la t&#233;l&#233;vision publique. D&#233;j&#224; le d&#233;membrement de France 3 est &#224; l'ordre du jour. Telle est la logique paradoxale de propositions &#233;quivoques qui se retournent ais&#233;ment en v&#233;ritables propositions n&#233;o-lib&#233;rales que m&#234;me Silvio Berlusconi n'avait pas envisag&#233;es pour la RAI, concurrente directe de son groupe familial de t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Musso, Professeur de sciences de la communication &#224; l'Universit&#233; de Rennes 2&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Depuis la r&#233;daction de cette &#171; tribune &#187;, diverses hypoth&#232;ses sur l'&#233;largissement des produits tax&#233;s ont &#233;t&#233; invoqu&#233;es par les repr&#233;sentants du gouvernement. Mais cela ne change rien au fond de la d&#233;monstration. (&lt;i&gt;note d'Acrimed&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Encore la fatalit&#233; de la technologie et de la financiarisation : &#171; L'&#233;conomie de l'immat&#233;riel &#187; au rapport</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Encore-la-fatalite-de-la-technologie-et-de-la-financiarisation-L-economie-de-l</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Encore-la-fatalite-de-la-technologie-et-de-la-financiarisation-L-economie-de-l</guid>
		<dc:date>2007-05-02T06:45:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Musso</dc:creator>


		<dc:subject>Financiarisation</dc:subject>
		<dc:subject>Le num&#233;rique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;... de Maurice L&#233;vy, PDG de Publicis, et Jean-Pierre Jouyet, chef de l'inspection des Finances et ancien directeur adjoint de cabinet de Lionel Jospin.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Economie-et-publicite-" rel="directory"&gt;&#201;conomie des m&#233;dias&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Financiarisation-+" rel="tag"&gt;Financiarisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-numerique-+" rel="tag"&gt;Le num&#233;rique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'avenir que le capitalisme moderne r&#233;serve aux m&#233;dias, notamment au nom de la &#171; r&#233;volution num&#233;rique &#187;, est indissociable de celui qu'il r&#233;serve &#224; l'ensemble des productions de l'esprit, la culture, l'&#233;ducation, la cr&#233;ation, au nom de &#171; l'&#233;conomie de l'immat&#233;riel &#187;. La critique des m&#233;dias doit donc s'inscrire dans une critique plus large. L'analyse personnelle que propose ici Pierre Musso est une contribution &#224; cette critique que notre association entend prendre en compte (&lt;i&gt;Acrimed)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; L'&#233;conomie de l'immat&#233;riel &#187;, tel est le titre d'une Commission et d'un rapport intitul&#233; &lt;i&gt;&#171; L'&#233;conomie de l'immat&#233;riel, la croissance de demain &#187; &lt;/i&gt;r&#233;dig&#233; par Maurice L&#233;vy PDG de Publicis et Jean-Pierre Jouyet, chef de l'inspection des Finances et ancien directeur adjoint de cabinet de Lionel Jospin &#224; Matignon. Ce rapport a &#233;t&#233; remis le 6 d&#233;cembre 2006 au ministre de l'&#233;conomie des finances et de l'industrie M Thierry Breton. Il ne s'agit pas du &#233;ni&#232;me rapport public, sport favori de la haute technocratie manag&#233;riale fran&#231;aise. C'est une synth&#232;se &#233;labor&#233;e d'une approche technico-financi&#232;re faite pour l'essentiel, par huit inspecteurs des finances et onze dirigeants d'entreprises priv&#233;es. La composition de la commission est une sorte de caricature du capitalisme d'Etat lib&#233;ral fran&#231;ais : c'est la figure symbolique du &#171; bloc de pouvoir &#187; form&#233; par le patronat et l'Inspection G&#233;n&#233;rale des Finances (IGF) dont on a pu mesurer les brillants r&#233;sultats dans la p&#233;riode r&#233;cente lors du passage de Jean-Marie Messier &#224; la t&#234;te de Vivendi-Universal ou de Michel Bon &#224; la t&#234;te de France T&#233;l&#233;com, deux grandes entreprises qui ont fr&#244;l&#233; la catastrophe en d&#233;but 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. La philosophie du rapport&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rapport joue un r&#244;le fondateur. Il est l'&#233;quivalent du Rapport Nora-Minc de 1978 sur &#171; l'informatisation de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise &#187;. A l'&#233;poque, ce rapport s'appuyait d&#233;j&#224; sur la mutation technique de la num&#233;risation, rendue possible par la convergence des t&#233;l&#233;communications et de l'informatique - alors qualifi&#233;e de t&#233;l&#233;matique - pour annoncer l'entr&#233;e dans une nouvelle soci&#233;t&#233; dite &#171; de l'information &#187;. Au nom de cette &#171; r&#233;volution technique &#187; et de cette nouvelle soci&#233;t&#233;, il invitait &#224; d&#233;r&#233;guler le secteur des t&#233;l&#233;communications, ce qui fut r&#233;alis&#233; par la suite. Le mythe de la &#171; soci&#233;t&#233; de communication &#187; se substituait alors &#224; celui de &#171; la soci&#233;t&#233; de consommation &#187; qui fut si critiqu&#233;e par Mai 68, Baudrillard ou Guy Debord et qui avait produit son contraire, avec les exclus de la consommation. Aujourd'hui le m&#234;me raisonnement est revisit&#233;, mais au nom de l'&#233;conomie et de la &#171; soci&#233;t&#233; de connaissance &#187; qui viendrait se substituer &#224; son tour &#224; celle de l'information et l'englober. Probablement que le non-dit de cette soci&#233;t&#233; de la connaissance sera aussi son envers et son contraire : l'ignorance de masse offerte aux industries du divertissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sch&#233;ma de pens&#233;e est toujours le m&#234;me, il est lin&#233;aire et ternaire, sur le mode d'un syllogisme p&#233;remptoire : la r&#233;volution technique entra&#238;ne une r&#233;volution socio-&#233;conomique, donc il faut tout remettre &#224; plat, c'est-&#224;-dire d&#233;r&#233;guler, les secteurs de la culture, de la recherche, de la cr&#233;ation et de l'enseignement. Hier, il s'agissait de d&#233;r&#233;guler les tuyaux, aujourd'hui l'enjeu ce sont les contenus et les id&#233;es. Le rapport indique bien qu'il y a eu la phase des &#233;quipements de production et des infrastructures, et que d&#233;sormais il convient de traiter celle des actifs immat&#233;riels (p 115). L'enjeu est d'importance : &lt;i&gt;&#171; Ce secteur repr&#233;sente aujourd'hui un poids &#233;conomique consid&#233;rable. En 2003, la valeur ajout&#233;e de ce secteur a d&#233;pass&#233; 11 milliards d'euros, soit autant que celle de la construction a&#233;ronautique &#187; &lt;/i&gt;(p. 16).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dite &#171; r&#233;volution num&#233;rique &#187; - qui n'est pas une nouveaut&#233;, mais date des ann&#233;es 60-70 - est convoqu&#233;e comme un pr&#233;texte pour enclencher la mutation socio-&#233;conomique recherch&#233;e. En effet, le &#171; num&#233;rique &#187; ne d&#233;signe que la rencontre des t&#233;l&#233;coms et de l'informatique d&#233;marr&#233;e dans les ann&#233;es 60 et qui consiste &#224; passer de l'analogique &#224; la num&#233;risation des donn&#233;es, de la voix, des images et des sons, permettant une convergence des techniques Le prix Nobel d'&#233;conomie 2006, l'am&#233;ricain Edmund Phelps, professeur &#224; Columbia, va m&#234;me plus loin et r&#233;pondant &#224; la question &lt;i&gt;&#171; Ne vivons-nous pas dans un capitalisme nouveau o&#249; l'innovation compte plus qu'avant ? &#187;, &lt;/i&gt; dit : &lt;i&gt;&#171; Non, je ne crois pas que cette situation soit si nouvelle qu'on le dit. Apr&#232;s 1860, la productivit&#233; s'est acc&#233;l&#233;r&#233;e dans tous les pays les uns apr&#232;s les autres.... Apr&#232;s la seconde guerre mondiale, la productivit&#233; a continu&#233; son ascension, gr&#226;ce &#224; l'&#233;lectronique, l'informatique, etc. Notre p&#233;riode s'inscrit donc dans une continuit&#233; et ne repr&#233;sente pas une rupture &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Interview au Monde du 25 f&#233;vrier 2007.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le num&#233;rique a &#233;t&#233; &#233;rig&#233; au rang de mythe rationnel indiscutable pour l&#233;gitimer des politiques qui, elles, sont fort discutables. En fait, la naturalisation de la technologie permet aux pouvoirs de la manier comme un discours de la causalit&#233; fatale, une sorte de Destin &#224; accomplir. La technique instrumentalis&#233;e comme un fatum, &#171; n&#233;cessiterait, exigerait &#187;..., comme si elle &#233;tait ext&#233;rieure &#224; la soci&#233;t&#233; qui l'engendre. Le d&#233;terminisme et le progressisme technologique sont la nouvelle id&#233;ologie des temps contemporains. C'est l'&#233;ternel retour de la fiction Frankenstein o&#249; le produit se retourne contre son producteur et le domine. Faut-il rappeler une fois encore que les d&#233;veloppements techniques sont toujours des choix de soci&#233;t&#233;, des &#171; bifurcations &#187;, comme l'ont bien montr&#233; les travaux de Bertrand Gille, d'Ernst Bloch et plus r&#233;cemment d'Ellul ou d'Alain Gras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui est nouveau dans ce rapport Jouyet/L&#233;vy, c'est la combinaison de la fatalit&#233; de la technologie avec celle de la financiarisation du monde. &lt;i&gt;&#171; L'existence d'une industrie forte, et donc d'une place financi&#232;re forte bien structur&#233;e, constitue un atout majeur dans l'&#233;conomie de l'immat&#233;riel &#187; &lt;/i&gt;(p 152) Pourquoi ? &lt;i&gt;&#171; Parce que la finance est en soi une composante de l'&#233;conomie de l'immat&#233;riel &#187;.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette approche technico-financi&#232;re, tout deviendrait immat&#233;riel : sur le mod&#232;le de la finance depuis longtemps d&#233;mat&#233;rialis&#233;e, passant de l'or &#224; la monnaie fiduciaire puis au bit d'information, les entreprises et les institutions et m&#234;me les Nations deviennent des marques, et de fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, les r&#233;seaux d'information, notamment internet, d&#233;mat&#233;rialisent les objets, le territoire, les institutions, voire les hommes transform&#233;s en &#171; actifs immat&#233;riels &#187;. L'homme trait&#233; de &#171; capital humain &#187; est objet de gestion comptable. Il est tout simplement g&#233;r&#233;, comptabilis&#233;, trait&#233; comme un signe dans un bilan comptable c'est-&#224;-dire comme un actif immat&#233;riel. Le rapport impose comme &#233;vidente cette vision comptable et financi&#232;re du savoir et de la culture trait&#233;s eux aussi comme des &#171; actifs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie g&#233;n&#233;rale du rapport se r&#233;sume en quelques phrases :&lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt; &#171; La v&#233;ritable richesse n'est pas concr&#232;te, elle est abstraite. Elle n'est pas mat&#233;rielle, elle est immat&#233;rielle &#187; &lt;/i&gt; ;&lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- &lt;i&gt; &#171; L'immat&#233;riel est aujourd'hui le facteur cl&#233; du succ&#232;s des &#233;conomies d&#233;velopp&#233;es &#187; ;&lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- &#171; l'&#233;conomie de l'immat&#233;riel sera la plus forte source de croissance des pays dans ce 21&#232; si&#232;cle &#187;.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce discours surplombant sur &#171; l'&#233;conomie et la soci&#233;t&#233; de la connaissance &#187; et de l'immat&#233;riel est une nouvelle id&#233;ologie. Elle cherche &#224; caract&#233;riser l'&#233;tape actuelle du d&#233;veloppement du capitalisme post-fordiste, financiaris&#233; et globalis&#233; - ce que les rapporteurs nomme le &lt;i&gt;&#171; passage de l'&#233;conomie industrielle &#224; l'&#233;conomie immat&#233;rielle &#187; &lt;/i&gt;(p 26).&lt;br /&gt;
Cette id&#233;ologie a une source : elle est construite depuis une dizaine d'ann&#233;es, dans les services de l'OCDE, &#224; partir de travaux d'&#233;conomistes qui parlaient alors&lt;i&gt; d'&#171; &#233;conomie fond&#233;e sur le savoir et sur l'apprentissage &#187;&lt;/i&gt;, - le m&#234;me organisme anglo-saxon et lib&#233;ral qui avait essay&#233; d'imposer l'AMI au d&#233;but des ann&#233;es 1990 - reprise et amplifi&#233;e par la Banque Mondiale et par les organismes internationaux. Ainsi au sommet de Lisbonne en 2000, l'Union Europ&#233;enne s'est fix&#233;e pour objectif de &lt;i&gt; &#171; devenir l'&#233;conomie de la connaissance la plus comp&#233;titive et la plus dynamique &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;conomie de l'immat&#233;riel se d&#233;finit selon les rapporteurs, par quatre traits :&lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- 1. l'innovation comme moteur des &#233;conomies d&#233;velopp&#233;es&lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- 2. le d&#233;veloppement massif des TIC&lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- 3. la tertiarisation des pays d&#233;velopp&#233;s&lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- 4. la mondialisation et la financiarisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erig&#233;e en discours dominant consensuel, cette doctrine de l'&#233;conomie et de la soci&#233;t&#233; de la connaissance est un tissu de lieux communs cousu &#224; l'aide de notions floues et ambigu&#235;s. Ainsi sont confondues les notions d'&#171; &#233;conomie fond&#233;e sur le savoir &#187;, d'&#171; &#233;conomie de services &#187;, d'&#171; &#233;conomie de l'information &#187;, de &#171; nouvelle &#233;conomie &#187;..... Mais surtout les notions m&#234;me de &#171; connaissance &#187; et d'immat&#233;riel &#187; sont employ&#233;es dans des sens tr&#232;s diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant du terme &#171; immat&#233;riel &#187;, que d&#233;signe-t-il exactement ? Si le rapport d&#233;clare que&lt;i&gt; &#171; Notre principale richesse, c'est l'homme &#187;, &lt;/i&gt;c'est pour le traiter aussit&#244;t de fa&#231;on comptable :&lt;i&gt; &#171; il convient de traiter &#233;conomiquement le capital humain &#187; (p 155) &lt;/i&gt;car&lt;i&gt; &#171; L'immat&#233;riel devient la principale source de cr&#233;ation de valeur &#187; (163). &lt;/i&gt;Marx notait d&#233;j&#224; que&lt;i&gt; &#171; le travail humain forme bien de la valeur, mais n'est pas valeur. Il ne devient valeur qu'&#224; l'&#233;tat coagul&#233;, sous la forme d'un objet (Le Capital, livre I). &lt;/i&gt;La diff&#233;rence dans le capitalisme post-fordiste contemporain, c'est que la production ne segmente plus la conception de la fabrication - le cerveau et le bras - comme dans le fordisme, mais relie les deux, soit directement dans une m&#234;me activit&#233; ou entreprise, soit indirectement, par interconnexion de comp&#233;tences mises en r&#233;seau, comme le d&#233;crit le rapport qui cite comme exemple,&lt;i&gt; &#171; un composant d'un t&#233;l&#233;phone portable pourra &#234;tre dessin&#233; &#224; Paris, d&#233;velopp&#233; en partie aux Etats-Unis, en partie en Inde, et finalement produit &#224; Taiwan &#187; &lt;/i&gt;(p.155).&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Donc le travail fragment&#233; en comp&#233;tences et mondialis&#233; en r&#233;seau, est transform&#233;-coagul&#233; en un signe - une marque d'entreprise qui fait l'unit&#233; - puis devient un objet ou un service avant d'acqu&#233;rir finalement sa valeur marchande et mon&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un c&#233;l&#232;bre rapport sur la modernisation de l'entreprise, Antoine Riboud avait &#233;crit que &lt;i&gt;&#171; l'acte productif des hommes n'est efficace et rentable que s'il tire parti de tout le potentiel productif et pour cela on a besoin de tout le potentiel des hommes : leur rigueur, leur imagination, leur autonomie, leur responsabilit&#233;, leur capacit&#233; d'&#233;volution. &#187;. &lt;/i&gt;Le travail en entreprise est devenu une activit&#233; qui engage de plus en plus l'individu dans tout son &#234;tre. D'une logique taylorienne de dissociation du savoir et de l'op&#233;ration, on passe &#224; une logique post-fordiste d'int&#233;gration de toutes les capacit&#233;s, de toutes les comp&#233;tences et du potentiel cognitif : ainsi parle-t-on des salari&#233;s de plus en plus comme des &#171; knowledge workers &#187;. L'enjeu est de marchandiser le savoir et les capacit&#233;s cognitives, et de capter ce que les &#233;conomistes appellent des &#171; rentes &#187; li&#233;es aux connaissances prot&#233;g&#233;es par la propri&#233;t&#233; intellectuelle. Ainsi les rapporteurs soulignent que &lt;i&gt;&#171; La propri&#233;t&#233; intellectuelle occupe une place centrale dans l'&#233;conomie de l'immat&#233;riel &#187;&lt;/i&gt; (p. 22)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi je pr&#233;f&#232;re employer la notion de &#171; capitalisme cognitif &#187; voire celle de &#171; capitalisme informationnel et financier &#187; de Manuel Castells. Car l'enjeu est bien de caract&#233;riser l'&#233;tape actuelle du d&#233;veloppement du capitalisme, et non de la soci&#233;t&#233; ou de l'&#233;conomie consid&#233;r&#233;es en elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant du terme &#171; connaissance &#187;, la question se pose de savoir de quelle connaissance on parle. S'agit-il de la connaissance humaine g&#233;n&#233;rale ou d'un type de connaissance technique ou scientifique ? On ne peut pas non plus confondre comme le font les rapporteurs, savoir, connaissance, innovation et information. La connaissance est un niveau sup&#233;rieur, de pr&#233;hension des syst&#232;mes, des concepts, qui permet de juger, de trier et n&#233;cessite un apprentissage, le savoir est une connaissance appliqu&#233;e, l'information, mati&#232;re premi&#232;re de la connaissance, peut &#234;tre ais&#233;ment reproduite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la notion &#171; d'immat&#233;riel &#187; dans le rapport est appliqu&#233;e &#224; l'innovation, &#224; la recherche, &#224; la formation et &#224; l'enseignement, au design, &#224; la mode, en passant par la cr&#233;ativit&#233;, le jeu vid&#233;o, la publicit&#233;, les marques, &lt;i&gt;l'entertainement&lt;/i&gt; etc. et m&#234;me &#224; &lt;i&gt;&#171; l'esprit d'entreprise &#187;&lt;/i&gt; (p. 39) ! Les rapporteurs pr&#233;cisent m&#234;me qu' &lt;i&gt;&#171; Il ne faut pas oublier qu'il existe une autre cat&#233;gorie d'actifs immat&#233;riels : l'ensemble du champ des immat&#233;riels li&#233;s &#224; l'imaginaire &#187;&lt;/i&gt; (p 53) ce qui permet de mettre sur le m&#234;me plan &lt;i&gt;&#171; la cr&#233;ation artistique et culturelle &#187;,&lt;/i&gt; la publicit&#233; ou les marques... . L'objectif est d'int&#233;grer le design, la publicit&#233; et la cr&#233;ativit&#233; dans le champ culturel, de la formation et de la recherche, notamment pour b&#233;n&#233;ficier des droits et protections de ces secteurs et r&#233;ciproquement d'int&#233;grer la recherche et les actifs publics dans l'entreprise priv&#233;e. Faisant r&#233;f&#233;rence aux &#171; industries de la cr&#233;ativit&#233; &#187; d&#233;velopp&#233;es en Grande-Bretagne, est soutenue ici la vision du monde publicitaire celle de Publicis, proche de celle de Publitali&#224; la r&#233;gie de Berlusconi qui deviendra son parti politique. Telle est la pr&#233;tention &#224; la g&#233;n&#233;ralisation du paradigme publicitaire &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi tout s'&#233;quivaudrait. Car par les vertus de l'immat&#233;riel et de la publicit&#233;, tout est transform&#233; en signe, en marque, en un &#171; actif immat&#233;riel &#187;, cette cat&#233;gorie comptable qui permet de tout ranger dans la m&#234;me case. On per&#231;oit bien l'enjeu d'une telle confusion : appliquer &#224; terme &#224; tous ces secteurs d'activit&#233;, un m&#234;me r&#233;gime juridique, le plus petit commun d&#233;nominateur, une sorte de &#171; brevet europ&#233;en communautaire &#187;, comme le souhaite le rapport, sur le mod&#232;le du &lt;i&gt;copyright&lt;/i&gt;. En r&#233;duisant toutes les activit&#233;s cognitives &#224; des signes, tout devient interchangeable : la publicit&#233; &#233;quivaut &#224; l'&#339;uvre d'art, le divertissement &#224; la culture, la connaissance &#224; l'innovation, et la cr&#233;ativit&#233; &#224; la cr&#233;ation. C'est l'introduction de ce que Gilles Deleuze avait appel&#233; &lt;i&gt;&#171; l'&#233;quivaloir g&#233;n&#233;ralis&#233; &#187;,&lt;/i&gt; pr&#233;alable &#224; la soumission de tous les signes indistincts &#224; un r&#233;f&#233;rent unique, &#224; savoir &lt;i&gt;&#171; l'&#233;quivalent g&#233;n&#233;ral &#187;.&lt;/i&gt; Jean Baudrillard appelait cela l'&#232;re de la simulation qui &lt;i&gt;&#171; s'ouvre par une liquidation de tous les r&#233;f&#233;rentiels - pire par leur r&#233;surrection artificielle dans les syst&#232;mes de signes, mat&#233;riau plus ductile que le sens, en ce qu'il s'offre &#224; tous les syst&#232;mes d'&#233;quivalence &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Simulacre et simulation, page 11. Galil&#233;e, 1981.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ces ambigu&#239;t&#233;s multiples du rapport, il faut ajouter que la connaissance est bien un enjeu de politique &#233;conomique et industrielle, parce qu'il y a un grand nombre de fa&#231;ons d'investir sur la connaissance et que toutes ne sont pas &#233;quivalentes selon les objectifs poursuivis : sociaux, &#233;conomiques, politiques, scientifiques ou techniques. Autrement dit, la r&#233;flexion sur la nature et les manifestations de la connaissance fait partie du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes eux-m&#234;mes insistent sur le fait que la connaissance est un bien public particulier, ayant quatre caract&#233;ristiques principales : &lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- 1. C'est un &#171; bien non-exclusif &#187;, c'est-&#224;-dire qu'il est difficile de contr&#244;ler sa diffusion,&lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- 2. C'est un bien dit &#171; non rival &#187;, c'est-&#224;-dire que sa consommation ne la d&#233;truit pas, elle est in&#233;puisable ; &lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- 3. C'est un &#171; bien cumulatif &#187; : il s'agit d'un bien de production engendrant d'autres connaissances ;&lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- 4. C'est un &#171; bien &#224; rendements croissants &#187; : car si les co&#251;ts fixes initiaux sont tr&#232;s importants, que les co&#251;ts de distribution sont faibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion &#233;conomique sur la connaissance soul&#232;ve deux questions majeures dont elle-m&#234;me d&#233;bat : 1) la connaissance devient-elle le principal facteur de production ? 2) Quelle doit &#234;tre sa r&#233;gulation ? Mais &#224; ces questions ouvertes par les &#233;conomistes, le rapport Jouyet/L&#233;vy apporte lui une r&#233;ponse simpliste : la privatisation et la d&#233;r&#233;gulation, en se r&#233;f&#233;rant constamment au mod&#232;le anglo-saxon, notamment celui des Etats-Unis. L'am&#233;ricanisme des r&#233;gulations est un des axes majeurs d'orientation de leurs propositions et le mim&#233;tisme par rapport &#224; ce mod&#232;le est tel que la recommandation n&#176; 56 va jusqu'&#224; imposer l'anglais comme r&#233;f&#233;rence &lt;i&gt;&#171; dans les cursus universitaires et scientifiques &#187;&lt;/i&gt; (p. 158).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, quelques dogmes organisent la philosophie du rapport, ce que j'appellerai la &#171; sainte trinit&#233; &#187; de la pens&#233;e manag&#233;riale dominante. Dans la Rome Antique, les trois D&#233;esses du Destin, &#233;taient repr&#233;sent&#233;es au Forum, par trois statues appel&#233;es les &lt;i&gt;Tria Fata,&lt;/i&gt; c'est-&#224;-dire les &#171; Trois Destin&#233;es &#187;. Ici les &lt;i&gt;Tria Fata&lt;/i&gt; de la postmodernit&#233; sont&lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- la fatalit&#233; technologique g&#233;n&#233;rale, incluant la technicisation du politique par exemple en transf&#233;rant syst&#233;matiquement toutes les comp&#233;tences du politique &#224; des experts ou &#224; des agences, &lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- la fatalit&#233; de la d&#233;r&#233;gulation lib&#233;rale et la r&#233;f&#233;rence &#233;vidente &#224; la concurrence et au march&#233;&lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- la fatalit&#233; de la mondialisation, de la marchandisation et de la financiarisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Les propositions importantes du rapport&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Le rapport pr&#233;sente 68 recommandations. Il est donc impossible de les analyser en d&#233;tail, mais je soulignerai les trois plus &#171; fortes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'ensemble du rapport est anim&#233; par l'id&#233;e d'un transfert des actifs immat&#233;riel du public vers le march&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut &#171; mettre les actifs immat&#233;riels publics au service de l'&#233;conomie &#187; : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et d'attribution d'aides fiscales aux entreprises priv&#233;es. Ainsi l'Etat est invit&#233; &#224; recenser et &#224; &#171; valoriser &#187; - entendons &#224; vendre - ses actifs immat&#233;riels, c'est-&#224;-dire des biens publics, par le biais d'un &#171; Agence des actifs immat&#233;riels publics &#187;. Inversement, le rapport souhaite reconna&#238;tre des actifs priv&#233;s pour leur donner des avantages fiscaux notamment dans le secteur de la publicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du cot&#233; du priv&#233;, le rapport plaide pour la baisse de la fiscalit&#233; pour les entreprises (p. 87) - Recommandation 65 : &lt;i&gt;&#171; baisse globale de l'imposition portant sur les b&#233;n&#233;fices des entreprises &#187;&lt;/i&gt; (p.164) vers un niveau de 25,8%, contre 33% actuellement. Et notamment pour les entreprises de la publicit&#233; : &lt;i&gt;&#171; Dans les domaines du design, de la publicit&#233;, de la mode, de la cr&#233;ation de produits, la fiscalit&#233; reste un obstacle majeur &#224; l'investissement &#187;&lt;/i&gt; (p. 88).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du cot&#233; de l'Etat, le rapport invite &#224; privatiser &lt;i&gt;&#171; le patrimoine immat&#233;riel public &#187;&lt;/i&gt;, sur le mod&#232;le de l'immobilier, notamment les fr&#233;quences hertziennes ou les droits d'acc&#232;s &#224; certaines ressources, &#224; &lt;i&gt;&#171; casser les rentes &#187;&lt;/i&gt; (sic) en mati&#232;re de droits d'auteurs ou droits voisins. Au nom de la critique du protectionnisme, le rapport invite &#224; d&#233;r&#233;guler certains droits d'acc&#232;s aux secteurs r&#233;glement&#233;s. Il propose pour ce faire, de cr&#233;er une agence fran&#231;aise des investissements internationaux qui recruterait les comp&#233;tences dans le secteur priv&#233; (p. 117), pour g&#233;rer l'exploitation commerciale de l'image des acteurs publics, m&#234;me si cela enfreint le principe constitutionnel d'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport sugg&#232;re de faire financer les sites publics d'administration en ligne par la publicit&#233; sur le mod&#232;le de Google, apr&#232;s avoir d&#233;velopp&#233; un &#171; business model &#187; pour les sites publics (p. 124) : &lt;i&gt;&#171; pour couvrir ses co&#251;ts, l'Etat pourrait inciter les services administratifs &#224; d&#233;velopper la publicit&#233; sur leurs sites &#187;&lt;/i&gt; (p. 110).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, le rapport demande de modifier la gestion des fr&#233;quences hertziennes, conform&#233;ment aux attentes de la Commission Europ&#233;enne. Ce bien public rare devrait &#234;tre privatis&#233; et mis aux ench&#232;res, notamment pour favoriser le march&#233; de la TV sur t&#233;l&#233;phones mobiles. Privatiser les fr&#233;quences hertziennes, syst&#232;me de mise aux ench&#232;res :&lt;i&gt; &#171; cette capacit&#233; &#224; rebattre r&#233;guli&#232;rement les cartes est en effet une exigence &#233;conomique pour que le d&#233;veloppement de technologies innovantes et prometteuses ne soit pas compromis par une protection excessives des situations acquises &#187; &lt;/i&gt;(p. 92).&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle proposition est soutenue (p. 99), malgr&#233; l'&#233;chec retentissant de la mise aux ench&#232;res des licences UMTS en Europe qui a fait partir en fum&#233;e sur le march&#233; financier 300 milliards d'euros, soit l'&#233;quivalent du co&#251;t d'un r&#233;seau haut d&#233;bit complet en fibres optiques en Europe. Le rapport affirme tranquillement que&lt;i&gt; &#171; L'exp&#233;rience de l'UMTS ne doit pas conduire &#224; exclure le bien-fond&#233; de la proc&#233;dure d'ench&#232;res comme mode d'attribution de droit d'acc&#232;s des ressources collectives &#187; &lt;/i&gt;(p. 100).&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de favoriser les op&#233;rateurs de t&#233;l&#233;phonie mobile, le rapport approuve et m&#234;me sugg&#232;re - puisqu'il &#233;tait ant&#233;rieur &#224; la r&#233;cente loi &#171; sur la TV du Futur &#187; - le fameux dividende num&#233;rique accord&#233; en particulier &#224; ces op&#233;rateurs (p. 94)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Faute de cr&#233;dits budg&#233;taires, le rapport demande la transformation des Universit&#233;s et des mus&#233;es sur le mod&#232;le am&#233;ricain en les identifiant par des marques (p. 104). Il s'agit de trouver des financements priv&#233;s pour le secteur culturel de la recherche et de la culture. Evidemment, les rapporteurs s'en d&#233;fendent : &lt;i&gt;&#171; Il ne s'agit naturellement pas de c&#233;der &#224; une marchandisation de la culture... mais simplement de reconna&#238;tre deux choses : le d&#233;veloppement des ressources propres doit &#234;tre un objectif prioritaire et les marques sont un &#233;l&#233;ment du rayonnement de la France &#187;&lt;/i&gt; (p. 105)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, l'Universit&#233; et le mus&#233;e sont r&#233;duits &#224; des marques valorisables sur le mod&#232;le des grandes firmes internationales. Pour l'Universit&#233;, il s'agit de cr&#233;er 10 p&#244;les universitaires et de recherche d'excellence mondiaux et 70 universit&#233;s professionnalis&#233;es et r&#233;gionalis&#233;es. Partout le principe d'in&#233;galit&#233; sociale et territoriale l'emporterait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les mus&#233;es, il s'agit clairement d'accompagner le d&#233;sengagement financier de l'Etat (p. 123). Pour cela, dit le rapport, il faut &lt;i&gt;&#171; lever plusieurs tabous de notre politique culturelle &#187;&lt;/i&gt; (p. 122)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Mettre les marques culturelles au service d'une r&#233;novation de notre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, donc vendre ou louer des &#339;uvres, et c&#233;der le droit d'utilisation du nom des mus&#233;es. La recommandation n&#176;10 est la suivante : &lt;i&gt;&#171; autoriser les mus&#233;es &#224; louer et &#224; vendre certaines de leurs &#339;uvres...Les &#339;uvres des &#233;tablissements devraient &#234;tre class&#233;es en 2 cat&#233;gories, les tr&#233;sors nationaux et les &#339;uvres libres d'utilisation. Les &#339;uvres libres d'utilisation devraient &#234;tre inscrites &#224; l'actif des &#233;tablissements et &#234;tre reconnues ali&#233;nables &#187;. &lt;/i&gt;Son application&lt;i&gt; &lt;/i&gt;est d&#233;j&#224; engag&#233;e depuis le 6 mars dernier avec l'exportation de Louvre &#224; Abou Dhabi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, le rapport Levy / Jouyet traite m&#234;me de la France comme une marque. &lt;i&gt;&#171; La gestion de l'image s'impose non seulement aux entreprises, mais de plus aux Nations &#187;&lt;/i&gt; (p.115). La Nation est consid&#233;r&#233;e comme une entreprise dans la comp&#233;tition mondiale, empruntant le mod&#232;le de la &#171; d&#233;mocratie comp&#233;titive &#187; invent&#233; par Berlusconi (p. 114) pour vendre l'Italie comme une entreprise dont il se d&#233;clare le PDG. Tel est le dogme du management g&#233;n&#233;ralis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Au nom de &#171; l'&#233;conomie de l'immat&#233;riel &#187;, le rapport remet en chantier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Remettre &#224; plat les droits octroy&#233;s dans les secteurs et professions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, - donc en cause, - remettant en chantier la loi DADVSI - les droits d'auteurs et au-del&#224;, il vise l'ensemble des droits socio-&#233;conomiques. Ainsi le rapport manie la fatalit&#233; technologique qui s'oppose aux &#171; situations acquises &#187; (p. 93), notamment de &lt;i&gt;&#171; l'impact du d&#233;veloppement des technologies de l'information sur le droit d'auteur &#187;&lt;/i&gt; (p. 73). S'appuyant en permanence sur le mod&#232;le am&#233;ricain, il en d&#233;duit qu'il faut ouvrir les aides du COSIP (compte de soutien &#224; l'industrie des programmes audiovisuels) aux financements &#233;trangers du cin&#233;ma et de l'audiovisuel (p. 125, recommandation n&#176; 12), limiter la port&#233;e et la dur&#233;e du droit moral de l'auteur (p.125), revoir tout le syst&#232;me fran&#231;ais de gestion collective des droits des auteurs, au profit d'un &lt;i&gt;&#171; syst&#232;me plus transparent et plus performant &#187;&lt;/i&gt; (p. 128). Conclusion sur ce point, dans la recommandation n&#176;49 :&lt;i&gt; &#171; La commission consid&#232;re que la France pourrait &#234;tre &#224; l'origine d'une initiative europ&#233;enne sur le rapprochement des l&#233;gislations en mati&#232;re de droits d'auteur et de droits voisins, compte tenu des &#233;volutions techniques &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des droits d'auteurs, le rapport propose une d&#233;r&#233;gulation sociale d'ensemble, des r&#233;formes radicales car &#171; L'&#233;conomie de l'immat&#233;riel &lt;i&gt;&#171; repose sur une organisation &#233;conomique et social diff&#233;rente de celle sur laquelle se sont construits notre r&#233;glementation du travail et notre syst&#232;me de relations sociales &#187;&lt;/i&gt; (p. 165). Amplifiant ici la vision de la soci&#233;t&#233; du MEDEF, la Commission de l'immat&#233;riel estime que &lt;i&gt;&#171; il n'est pas certain que le statu quo soit toujours et partout adapt&#233;. Il nous faut dans certains domaines moins de rigidit&#233;s... la r&#233;glementation sur la dur&#233;e hebdomadaire du travail doit &#234;tre assouplie &#187;&lt;/i&gt; (p.165). Par cette g&#233;n&#233;ralisation de la table rase lib&#233;rale, pour (sic) &lt;i&gt;&#171; avancer vers une &#233;conomie plus plastique &#187;&lt;/i&gt; (p. 166), le rapport d&#233;finit &lt;i&gt;&#171; une v&#233;ritable strat&#233;gie globale &#187;,&lt;/i&gt; un projet d'une profonde restructuration de l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Conclusion : &lt;i&gt;&#171; gagner la bataille de l'immat&#233;riel suppose d'agir sur tous les fronts : sociaux, technologiques, commerciaux, comportementaux, &#233;ducatifs &#187; &lt;/i&gt;(p.167).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion &lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours id&#233;ologique sur l'&#233;conomie de l'immat&#233;riel et souligne un fait majeur, l'importance de la connaissance et de la culture dans la soci&#233;t&#233; et l'&#233;conomie, mais vise &#224; les standardiser en &#171; actifs comptables &#187;, donc en signes valorisables, pour les soumettre &#224; une financiarisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e. &lt;i&gt;&#171; L'esprit des affaires pr&#233;tend s'imposer aux affaires de l'esprit &#187;. &lt;/i&gt;Toute production intellectuelle serait r&#233;ifi&#233;e en signe si je puis dire, pasteuris&#233;e en une marque, standardis&#233;e, berluscon&#233;e comme disent nos amis italiens, pour &#234;tre vendue, la culture &lt;i&gt;business oriented&lt;/i&gt;... Telle est la nouvelle forme de &#171; la sensure &#187;, avec un &#171; S &#187;, entendons la privation de sens. Ce que Bernard No&#235;l nomme &#171; la castration mentale &#187;. La privation de sens est indolore et invisible, mais elle vide de l'int&#233;rieur et constitue une int&#233;riorit&#233; vide. Gaston Bachelard dit de la culture qu'elle est une &lt;i&gt;&#171; une accession &#224; une &#233;mergence &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nom du dogme manag&#233;rial dont traite si bien Pierre Legendre dans toute son &#339;uvre, le capitalisme cognitif vise &#224; vampiriser toute la sph&#232;re de l'esprit et de l'imaginaire dans le travail, l'entreprise et dans la vie quotidienne. Cette nouvelle &#233;conomie dite de l'intelligence et de la connaissance, porte bien son nom, si l'on veut bien entendre qu'elle vise &#224; produire l'&#233;conomie de l'intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les productions de l'esprit, la culture, l'&#233;ducation, la cr&#233;ation sont des biens de l'humanit&#233;. Ils constituent un bien commun de l'humanit&#233;, non-marchand, inviolable. Le bien commun mondial pourrait &#234;tre d&#233;fini comme une &#171; res publica &#187; mondiale, s'il y avait une forme de gouvernance capable de la d&#233;finir et de la d&#233;fendre comme telle. C'est pourquoi pourrait &#234;tre cr&#233;&#233; un Conseil mondial de la culture, de la cr&#233;ation et du num&#233;rique dans le cadre de l'ONU, pour animer le d&#233;bat public et veiller &#224; la r&#233;gulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'oppos&#233; de la &lt;i&gt;Tria Fata&lt;/i&gt; contemporaine &#233;voqu&#233;e qui p&#232;se lourdement sur les esprits, il faut porter un r&#234;ve anti-fatalit&#233;. Une utopie mondiale concr&#232;te : une nouvelle d&#233;finition de la solidarit&#233;, de la mutualisation, bref de l'association universelle de l'humanit&#233;. Dans &lt;i&gt;L'Homme r&#233;volt&#233;&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Albert Camus &#233;crit :&lt;i&gt; &#171; Au bout de ces t&#233;n&#232;bres, une lumi&#232;re est pourtant in&#233;vitable, que nous devinons d&#233;j&#224; et dont nous avons seulement &#224; lutter pour qu'elle soit &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Musso&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Interview au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; du 25 f&#233;vrier 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Simulacre et simulation&lt;/i&gt;, page 11. Galil&#233;e, 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut &#171; mettre &lt;i&gt;les actifs immat&#233;riels publics au service de l'&#233;conomie&lt;/i&gt; &#187; : entendons du march&#233; (p. 116).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#171; Mettre les marques culturelles au service d'une r&#233;novation de notre politique culturelle &#187; &lt;/i&gt;(p 122).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#171; Remettre &#224; plat les droits octroy&#233;s dans les secteurs et professions r&#233;glement&#233;es &#187;&lt;/i&gt; (p 121).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les enjeux du num&#233;rique et d'Internet</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Les-enjeux-du-numerique-et-d-Internet</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Les-enjeux-du-numerique-et-d-Internet</guid>
		<dc:date>2007-01-25T15:59:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Musso</dc:creator>


		<dc:subject>Internet</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Questions sur une mutation technologique et ses usages.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Internet-et-information-" rel="directory"&gt;Internet et information&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Internet-179-+" rel="tag"&gt;Internet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'article qui suit reproduit, en lui conservant largement son caract&#232;re oral, une intervention de Pierre Musso&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Professeur &#224; l'Universit&#233; de Rennes 2, directeur du master &#171; TIC, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, lors de l'une des r&#233;unions de travail semi-publiques d'Acrimed qui, sous la forme d' &#171; Auditions libres &#187; nous permettent d'approfondir quelques questions. Celle du 15 janvier 2007 &#233;tait consacr&#233;e aux enjeux du num&#233;rique.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec comme principal invit&#233; Daniel Kaplan.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (&lt;i&gt;Acrimed&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D'abord, je vais interroger l'objet Internet, parce que je pense qu'il n'est, en tant que dispositif technique, qu'un moment d'une mutation technologique beaucoup plus importante, plus vaste : celle de la num&#233;risation. Internet est fort probablement &#171; un objet temporaire &#187; ... dans la mesure o&#249; il y aura diffusion dans tout l'environnement - c'est-&#224;-dire dans les objets qui nous environnent - de l'&#233;lectronique et des machines &#224; communiquer, et sans doute m&#234;me en convergence avec les bio-technologies, ce que l'on nomme d&#233;j&#224; les NBIC&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; NBIC &#187; acronyme pour : Les Nanotechnologies, regroupant l'ensemble des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est &#224; partir de cette approche &#233;largie qu'il faut interroger l'objet Internet. Pour ce faire, je m'appuie notamment sur la notion de &#171; syst&#232;me technique &#187; avanc&#233;e par Bertrand Gille&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bertrand Gille, Histoire des techniques, Gallimard, coll. La Pl&#233;iade, 1978.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout le probl&#232;me est de savoir comment une innovation devient un syst&#232;me technique : c'est un processus long et complexe. C'est ce que Thomas Hugues&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir mon ouvrage &#171; Critique des r&#233;seaux &#187;, PUF, 2003 ; Alain Gras, &#171; Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a bien montr&#233; &#224; propos du syst&#232;me &#233;lectrique : depuis la d&#233;couverte de l'ampoule jusqu'au syst&#232;me &#233;lectrique il a fallu 50 ans (entre 1880 et 1930) et la formation d'un syst&#232;me de pouvoir associ&#233; au d&#233;veloppement du r&#233;seau (un &#171; macro-syst&#232;me technique &#187;). Passer de l'innovation &#224; un syst&#232;me technique, signifie non seulement construire un r&#233;seau, mais aussi le stabiliser avec des usages, un mod&#232;le &#233;conomique, un mode de r&#233;gulation et des acteurs, notamment des op&#233;rateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques questions majeures&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc identifier la mutation num&#233;rique. Le num&#233;rique vient de la rencontre des t&#233;l&#233;coms et de l'informatique qui a d&#233;marr&#233; dans les ann&#233;es 60-70 et qui consiste &#224; passer de l'analogique, c'est-&#224;-dire de la description continue dans le temps d'un signal d'information &#224; son codage, son &#233;chantillonnage, &#224; travers un codage binaire (fait de 0 et de 1). D'abord on &#233;chantillonne l'information, de fa&#231;on discr&#232;te, puis on la quantifie, et ensuite on en fait un codage binaire. Ainsi on transforme la parole en 8000 &#233;chantillons sur 8 niveaux ce qui fait du 64 Kbits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mutation soul&#232;ve quelques questions majeures, - que l'on retrouve dans les d&#233;bats sur Internet - et qui modifient tout le paysage de la culture, de la communication, du commerce et peut-&#234;tre au-del&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La premi&#232;re question est celle de la probl&#233;matique dite de la convergence. Il y a au moins, deux niveaux diff&#233;rents d'analyse de la convergence : la convergence technique avec l'int&#233;gration de toutes les informations sous une forme multim&#233;dia (sons, donn&#233;es, images) dans des terminaux uniques, dans des &#171; box &#187;, ou sur des r&#233;seaux uniques &#224; tr&#232;s haut d&#233;bit. Mais il y a surtout la convergence strat&#233;gique et &#233;conomique des acteurs de ce secteur. C'est ce qui explique l'affrontement plan&#233;taire entre les grands acteurs d'Hollywood, les op&#233;rateurs de t&#233;l&#233;coms, et les g&#233;ants du monde de l'informatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La seconde question est li&#233;e au renouvellement et la multiplication des acteurs, car on voit s'affronter et coop&#233;rer (jeu dit de &#171; coop&#233;tition &#187;) deux mondes : celui des industries culturelles et celui des r&#233;seaux ou des &#171; contenants &#187; informatiques, t&#233;l&#233;coms et de l'&#233;lectronique grand public. Il se cr&#233;e progressivement une sorte de continuum entre ces deux mondes. Cette &#233;volution d&#233;stabilise toutes les industries culturelles, ainsi que le monde des t&#233;l&#233;coms et de l'&#233;lectronique grand public. La fili&#232;re industrielle de la communication et de la culture est radicalement modifi&#233;e et cela &#224; ses &#171; deux extr&#233;mit&#233;s &#187;. En amont, se constituent des banques num&#233;riques de contenus (exemple, les livres ou les fonds des mus&#233;es) et des catalogues d'&#339;uvres audiovisuelles ; la question de la propri&#233;t&#233; intellectuelle et financi&#232;re de ces catalogues est strat&#233;gique. En amont de la fili&#232;re, se constituent des parcs d'abonn&#233;s qui paient l'acc&#232;s aux services et aux informations. Or ces &#171; parcs d'abonn&#233;s &#187; d&#233;terminent la valeur des entreprises du secteur. C'est ce que Jeremy Rifkin a appel&#233; &#171; l'&#226;ge de l'acc&#232;s &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Rifkin est fondateur et pr&#233;sident de la Foundation on Economic Trends &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces deux mutations bouleversent toute la fili&#232;re culturelle et audiovisuelle, de la production &#224; la distribution, en passant par l'&#233;dition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La troisi&#232;me question, c'est la possibilit&#233; de &#171; d&#233;mat&#233;rialiser &#187; un certain nombre d'activit&#233;s de distribution (Cf. le t&#233;l&#233;chargement). Ainsi l'industrie du disque est-elle totalement boulevers&#233;e. Mais, ce que l'on voit moins c'est que dans le domaine des r&#233;seaux de t&#233;l&#233;communications, s'op&#232;re gr&#226;ce &#224; la num&#233;risation et &#224; la d&#233;r&#233;glementation, une d&#233;composition en &#171; briques de base &#187; rendant possible une mise en concurrence g&#233;n&#233;ralis&#233;e des op&#233;rateurs. On ne peut que constater ici la simultan&#233;it&#233; de deux processus : l'un politique de d&#233;r&#233;glementation et l'autre, technique, celui de la num&#233;risation. Difficile de dire si l'un est la cause et l'autre l'effet. C'est une question tr&#232;s complexe et tr&#232;s importante pour comprendre les transformations en cours. Pour Le Diberder et Chantepie, la num&#233;risation favoriserait la concurrence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Le Diberder et Philippe Chantepie, R&#233;volution num&#233;rique et industries (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enjeux sp&#233;cifiques d'Internet&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant des enjeux sp&#233;cifiques &#224; l'Internet proprement dit, on ne peut d'abord que constater la forte croissance des usages de l'Internet ; par exemple en France, il y a 29 millions d'internautes, avec un record dans l'acc&#232;s &#224; haut d&#233;bit (9 millions), et certaines activit&#233;s comme le commerce &#233;lectronique se d&#233;veloppent rapidement. Les enjeux d'internet sont d'abord sociaux et culturels : il s'agit de la ma&#238;trise &#171; raisonn&#233;e &#187; de son usage. Or la vitesse de d&#233;veloppement des TIC et d'Internet en particulier est assez inqui&#233;tante. Les discours de propagande industriel et politique &#233;voquent toujours le &#171; retard &#187; fran&#231;ais ; en fait, c'est l'inverse qui pose probl&#232;me, les TIC (internet, mobile, etc.) se diffusent trop vite et donc d'une certaine fa&#231;on assez mal. La soci&#233;t&#233; &#171; consomme &#187;, ingurgite, mais &#224; toute vitesse. Il demeure en m&#234;me temps, un grand d&#233;sarroi social et culturel face &#224; la rapidit&#233; de cet envahissement technologique : quel est son sens ? Il y a beaucoup de questions sur les usages, les &#171; m&#233;susages &#187;, les r&#233;sistances, la non-assistance, la non-formation, les enjeux juridiques et &#233;thiques, etc. Un &#171; moratoire &#187; et l'organisation de d&#233;bats publics pour prendre le temps de l'appropriation ma&#238;tris&#233;e seraient bien n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On revient toujours &#224; cette probl&#233;matique en mati&#232;re de TIC : les innovations sont ultra-rapides et cumulatives (surtout avec la mutation num&#233;rique), alors que les appropriations et les usages sont lents et que les repr&#233;sentations de ces techniques et de leurs usages sont encore plus lents. Les temporalit&#233;s de l'innovation technique et de l'appropriation socio-culturelle ne sont pas du tout les m&#234;mes. La soci&#233;t&#233; et les individus n'ont pas le temps de &#171; dig&#233;rer &#187; ces mutations et d'effectuer des choix &#233;clair&#233;s. Les options sont ferm&#233;es car impos&#233;es par la vitesse de l'innovation et surtout de la commercialisation des TIC, accompagn&#233;es par des m&#233;ta-discours de propagande industrielle et politique : &#171; il faut &#234;tre &#187; connect&#233;, branch&#233; car nous sommes dans une &#171; soci&#233;t&#233; de l'information &#187;. Ces discours d'encadrement sont tenus par les organismes internationaux, les gouvernements, les partis et bien s&#251;r les industriels. Ils forment une v&#233;ritable id&#233;ologie de &#171; la soci&#233;t&#233; de l'information &#187;. Sans aller jusqu'&#224; parler avec Jacques Ellul&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jacques Ellul, Le syst&#232;me technicien Paris, Calmann-L&#233;vy, 1977 et Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de &#171; terrorisme technologique &#187;, on ne peut que constater qu'il s'agit d'une propagande technologique et industrielle accompagnant le d&#233;veloppement d'Internet. Ainsi, par exemple, on a pu voir comment la &#171; nouvelle &#233;conomie &#187; invent&#233;e sous la plume d'un journaliste, Kevin Kelly, directeur de la revue &lt;i&gt;Wired&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mensuel nord-am&#233;ricain cr&#233;&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 1990 par Kevin Kelly, John (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; s'est empar&#233;e du monde &#233;conomique et de la finance pour soutenir les surinvestissements dans les TIC et finalement aboutir &#224; l'&#233;clatement de la bulle et la catastrophe financi&#232;re des ann&#233;es 2001-2002. Il faut demeurer vigilant sur ces m&#233;tadiscours technologiques et conserver constamment une position critique, au sens scientifique du terme, parce qu'ils produisent des injonctions et des r&#232;gles de comportements sociaux et individuels du type &#171; il faut &#234;tre branch&#233; &#187;, &#171; connect&#233; &#187;, sinon on est &#171; out &#187; et &#171; ringard &#187; ! Cette injonction rel&#232;ve du contr&#244;le social op&#233;r&#233; au nom de la modernit&#233; et de la fatalit&#233; technologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les TIC - et notamment internet - sont m&#234;me la plupart du temps, promues dans la dogmatique manag&#233;riale de l'UIT en &#171; op&#233;ratrices de miracles &#187;, &#224; en croire les d&#233;clarations stup&#233;fiantes du SMSI&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Sommet mondial sur la soci&#233;t&#233; de l'information (SMSI) pilot&#233; par l'Union (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui dans sa r&#233;solution de Gen&#232;ve de 2003, &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;L'enjeu consiste pour nous &#224; tirer parti des possibilit&#233;s qu'offrent les technologies de l'information et de la communication (TIC) en faveur des objectifs de d&#233;veloppement &#233;nonc&#233;s dans la D&#233;claration du Mill&#233;naire, &#224; savoir &#233;liminer l'extr&#234;me pauvret&#233; et la faim, dispenser &#224; tous un enseignement primaire , favoriser l'&#233;galit&#233; entre hommes et femmes et rendre les femmes autonomes, lutter contre la mortalit&#233; infantile, am&#233;liorer la sant&#233; des m&#232;res, lutter contre le VIH/sida, le paludisme et d'autres maladies, assurer un environnement durable et &#233;laborer des partenariats mondiaux pour parvenir &#224; un d&#233;veloppement propice &#224; l'instauration d'un monde plus pacifique, plus juste et plus prosp&#232;re.... &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le texte complet sur le site du Sommet mondial sur la soci&#233;t&#233; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or Internet peut autant favoriser l'&#233;change et le commerce que l'inverse, &#224; savoir la surveillance et la guerre &#233;lectronique. Ainsi, en Grande-Bretagne, l'interconnexion des cam&#233;ras par Internet sert aussi d'outil de surveillance sociale, voire militaire et strat&#233;gique. Notons &#224; cet &#233;gard que les investissements civils dans les TIC ne repr&#233;sentent que la partie &#233;merg&#233;e de l'iceberg : l'essentiel ce sont les investissements et les innovations militaires. Des strat&#232;ges en mati&#232;re de g&#233;o-politique, de &#171; cyberguerre &#187; &#233;voquent de plus en plus l'usage d'Internet dans les conflits et les guerres &#233;lectroniques contemporaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant toujours des enjeux particuliers d'Internet, il faut souligner que les mod&#232;les &#233;conomiques de son d&#233;veloppement ne sont pas encore stabilis&#233;s, disons entre &#171; le libre &#187; et les syst&#232;mes ferm&#233;s, propri&#233;taires, payants. Ce qui est en jeu, c'est une possible d&#233;stabilisation de l'ensemble des industries culturelles existantes, en faisant d'Internet une sorte &#171; levier &#187; contre ces industries. Ainsi l'industrie du livre, les librairies notamment, ou la presse quotidienne sont d&#233;stabilis&#233;es par le d&#233;veloppement du e-commerce&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir de Jo&#235;l Faucilhon : Apprendre &#224; vivre avec le num&#233;rique in Le Monde des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de sites comme Amazon. M&#234;me si Internet ouvre de nouvelles opportunit&#233;s, y compris aux m&#233;dias traditionnels, il faut prendre le temps de mesurer les cons&#233;quences de cette mutation, pour aider, voire prot&#233;ger, certains secteurs d'activit&#233;s culturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier probl&#232;me que j'&#233;voquerai relatif &#224; l'Internet, c'est celui de sa r&#233;gulation. Pour l'instant, Internet est plac&#233; sous la tutelle du Minist&#232;re US du commerce ext&#233;rieur, m&#234;me si cela passe par le biais de l'ICANN (&lt;i&gt;Internet Corporation for Assigned Names and Numbers&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ICANN, l'Internet Corporation for Assigned Names and Numbers est une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, organisation de droit am&#233;ricain sans but lucratif fond&#233;e en 1998, qui g&#232;re les attributions des num&#233;ros IP et des noms de domaines. Or ce mode de r&#233;gulation a &#233;t&#233; critiqu&#233; par la communaut&#233; internationale lors du SMSI &#224; Tunis en 2005. C'est pourquoi Candoleeza Rice a soulign&#233; que le succ&#232;s d'Internet r&#233;sidait dans sa nature d&#233;centralis&#233; et que &#171; la chape de plomb bureaucratique n'a rien &#224; faire dans la structure d'Internet &#187;, refusant donc toute id&#233;e de r&#233;gulation publique internationale. Elle &#233;crivit ceci au Ministre britannique J Straw : &#171; &lt;i&gt;La structure, la stabilit&#233; et la durabilit&#233; du mode de gouvernement d'Internet est un sujet de la plus haute importance pour les Etats-Unis. Internet est devenu une infrastructure essentielle pour les communications &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire, y compris en ce qui concerne le commerce et les &#233;changes internationaux, et par cons&#233;quent, nous sommes fermement persuad&#233;s que le support aux structures actuelles de gouvernance d'Internet est vital....&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Nous sommes fermement convaincus que sous sa forme actuelle, Internet offre le compromis que nous recherchons entre stabilit&#233;, s&#233;curit&#233;, et l'innovation et le dynamisme qu'offre une direction confi&#233;e au secteur priv&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Au cas o&#249; certains s'obstineraient dans la contestation, la secr&#233;taire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, je pr&#233;senterai une derni&#232;re r&#233;flexion plus philosophique et politique. Dans la soci&#233;t&#233; contemporaine, Internet et le t&#233;l&#233;phone mobile servent bien souvent de proth&#232;ses techniques aux institutions et aux relations sociales en crise. Ils permettent de retisser du lien social, dans des &#171; soci&#233;t&#233;s &#233;clat&#233;es &#187;, mais ils retissent ce lien par la technologie. Ainsi en Occident du moins, fait-on porter &#224; la technique la charge de la perte de sociabilit&#233; et du poids des utopies us&#233;es, ce que Legendre appelle la &#171; f&#233;odalisation en r&#233;seau &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Legendre, &#171; De la soci&#233;t&#233; comme Texte. Lin&#233;aments d'une anthropologie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les TIC aident &#224; faire supporter l'hyper-individualisme, l'usure des institutions et des valeurs, &#224; r&#233;former les organisations et les institutions, pour mettre toute la &#171; soci&#233;t&#233; en r&#233;seaux &#187; (Manuel Castells), &#224; lier les hommes, mais par la technique et non par le lien socio-politique. On pourrait ici commenter et critiquer l'usage que les politiques font d'Internet comme substitut, voire compensation, &#224; d'autres formes de sociabilit&#233; plus classiques, pour tenter de r&#233;soudre la crise de la repr&#233;sentation politique par la technologie. Car le politique est &#224; son tour &#171; intern&#233;tis&#233; &#187;, c'est-&#224;-dire &#171; technologis&#233; &#187;. D&#233;sormais, le d&#233;sir d'avenir ou d'utopie n'est plus qu'un site web...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Professeur &#224; l'Universit&#233; de Rennes 2, directeur du master &#171; TIC, Innovation, R&#233;seaux et Usages &#187;. Derniers ouvrages parus : &lt;i&gt;Critique des r&#233;seaux&lt;/i&gt;, PUF, 2003 ; &lt;i&gt;Berlusconi, le Nouveau Prince&lt;/i&gt;, Ed de l'Aube, 2004 ; &lt;i&gt;Fabriquer le futur&lt;/i&gt; (coauteur), Village Mondial, 2005, &lt;i&gt;Politique, Communication et Technologies&lt;/i&gt; (direction) PUF, 2006, &lt;i&gt;La religion du Monde industriel. Analyse de la pens&#233;e de Saint-Simon&lt;/i&gt;, Ed de l'Aube, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avec comme principal invit&#233; Daniel Kaplan.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; NBIC &#187; acronyme pour : &lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Les Nanotechnologies, regroupant l'ensemble des techniques au niveau atomique ou mol&#233;culaire.&lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- La Biotechnologie, incluant l'ing&#233;nierie g&#233;n&#233;tique, avec la question des clones humains.&lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- L'Informatique incluant &#233;lectronique, t&#233;l&#233;communication, robotique ou Intelligence Artificielle&lt;/ br&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Les sciences Cognitives.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bertrand Gille, &lt;i&gt;Histoire des techniques&lt;/i&gt;, Gallimard, coll. La Pl&#233;iade, 1978.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir mon ouvrage &#171; Critique des r&#233;seaux &#187;, PUF, 2003 ; Alain Gras, &#171; Les macro-syst&#232;mes techniques &#187;, QSJ, PUF 1997, et la revue &lt;i&gt;Cahiers scientifiques internationaux R&#233;seaux et Territoires&lt;/i&gt;, n&#176; 26, oct-d&#233;c 1996, &lt;a href=&#034;http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/flux_1154-2721_1996_num_12_26_1197&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;pp. 17-30&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Rifkin est fondateur et pr&#233;sident de la Foundation on Economic Trends &#224; Washington. Dans &#171; L'&#226;ge de l'acc&#232;s. La r&#233;volution de la nouvelle &#233;conomie &#187; (La D&#233;couverte, 2001), Jeremy Rifkin d&#233;veloppe l'id&#233;e de la substitution des r&#233;seaux aux march&#233;s : &lt;i&gt;&#171; Cette &#232;re nouvelle voit les r&#233;seaux prendre la place des march&#233;s et la notion d'acc&#232;s se substituer &#224; celle de propri&#233;t&#233; &#187;&lt;/i&gt;, et affirme :&lt;i&gt; &#171; Les march&#233;s c&#232;dent la place aux r&#233;seaux &#187;.&lt;/i&gt; Ainsi les in&#233;galit&#233;s territoriales seraient moins li&#233;es au patrimoine qu'&#224; la capacit&#233; d'acc&#232;s aux services et aux r&#233;seaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Le Diberder et Philippe Chantepie, &lt;i&gt;R&#233;volution num&#233;rique et industries culturelles&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, coll. Rep&#232;res. Les auteurs &#233;crivent &#171; Le num&#233;rique renforce la r&#233;gulation par le droit de la concurrence &#187; (p 85).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jacques Ellul, &lt;i&gt;Le syst&#232;me technicien&lt;/i&gt; Paris, Calmann-L&#233;vy, 1977 et &lt;i&gt;Le bluff technologique&lt;/i&gt;. Paris, Hachette, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mensuel nord-am&#233;ricain cr&#233;&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 1990 par Kevin Kelly, John Metcalfe et Louis Rossetto qui a rencontr&#233; un gros succ&#232;s participant au d&#233;veloppement de la Bulle Internet (lien p&#233;rim&#233; - novembre 2012) qui comparable &#224; une ru&#233;e vers l'or a &#233;clat&#233; &#224; son apog&#233;e en 2000, avec quelques d&#233;g&#226;ts pour certains investisseurs &#171; Interniais &#187;..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Sommet mondial sur la soci&#233;t&#233; de l'information (SMSI) pilot&#233; par l'Union Internationale des T&#233;l&#233;communications (UIT), s'est d&#233;roul&#233; en deux phases. La premi&#232;re a eu lieu &#224; Gen&#232;ve en d&#233;cembre 2003 et la seconde, &#224; Tunis en novembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le &lt;a href=&#034;http://www.itu.int/wsis/docs/geneva/official/dop-fr.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;texte complet&lt;/a&gt; sur le site du Sommet mondial sur la soci&#233;t&#233; de l'information.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir de Jo&#235;l Faucilhon : &lt;i&gt;Apprendre &#224; vivre avec le num&#233;rique&lt;/i&gt; in Le Monde des livres du 1er d&#233;cembre 2006. Christian Thorel, Jean-Marie Sevestre et Matthieu de Montchalin &lt;i&gt;Les librairies dans la tourmente&lt;/i&gt; Le Monde du 15 d&#233;cembre 2006. et Alain Beuve-M&#233;ry, &lt;a href=&#034;http://abonnes.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&amp;type_item=ART_ARCH_30J&amp;objet_id=968832&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Amazon &#224; la conqu&#234;te des &#233;diteurs fran&#231;ais&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; in Le Monde du 8 d&#233;cembre 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ICANN, l'Internet Corporation for Assigned Names and Numbers est une organisation nord-am&#233;ricaine de droit priv&#233; &#224; but non lucratif. Elle est charg&#233;e d'allouer l'espace des adresses de protocole Internet (IP), d'attribuer les identificateurs de protocole, de g&#233;rer le syst&#232;me de nom de domaine de premier niveau pour les codes g&#233;n&#233;riques (gTLD) et les codes nationaux (ccTLD), et d'assurer les fonctions de gestion du syst&#232;me de serveurs racines. Ces services &#233;taient initialement assur&#233;s dans le cadre d'un contrat avec le gouvernement f&#233;d&#233;ral am&#233;ricain par l'Internet Assigned Numbers Authority (IANA) et d'autres organismes. L'ICANN assume &#224; pr&#233;sent les fonctions de l'IANA. Voir le [site de ICANN, &lt;a href=&#034;http://www.icann.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.icann.org/&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#171; Au cas o&#249; certains s'obstineraient dans la contestation, la secr&#233;taire d'Etat am&#233;ricaine Condoleeza Rice et Carlos Gutierrez, ministre du commerce, ont fait parvenir &#224; Jack Straw, ministre des affaires &#233;trang&#232;res de le Grande Bretagne, qui pr&#233;side actuellement l'UE&lt;/i&gt; [nous sommes lors en 2005] , &lt;i&gt;une semaine avant le sommet de Tunis, une lettre pour&lt;/i&gt; &#171; regretter &#187; &lt;i&gt;la position de Bruxelles et demander aux Europ&#233;ens de&lt;/i&gt; &#171; revoir leur position&lt;/i&gt; &#187;. &#171; La structure de contr&#244;le et la stabilit&#233; de l'Internet sont d'une importance fondamentale pour les Etats-Unis &#187; &lt;i&gt;(AFP 18/11/2005). &#187;&lt;/i&gt; (&#171; Sommet de Tunis &#187; par Marie-Jos&#233; Cloiseau sur le site d'Info impartiale.) - Site et lien p&#233;rim&#233;s,ao&#251;t 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Legendre, &lt;i&gt;&#171; De la soci&#233;t&#233; comme Texte. Lin&#233;aments d'une anthropologie dogmatique &#187;, &lt;/i&gt;page 221. Fayard. Paris. 2001. Voir aussi ses ouvrages &#171; La question dogmatique en Occident I &amp; II &#187;, 1999 et 2006, Fayard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La derni&#232;re le&#231;on du berlusconisme </title>
		<link>https://www.acrimed.org/La-derniere-lecon-du-berlusconisme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/La-derniere-lecon-du-berlusconisme</guid>
		<dc:date>2005-05-01T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Musso</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Grave revers &#233;lectoral de Berlusconi lors du scrutin des r&#233;gionales en avril 2005. Puissance m&#233;diatique incomparable et &#233;chec politique manifeste. Donc ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-En-Italie-" rel="directory"&gt;M&#233;dias en Italie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous une contribution de Pierre Musso qui, dans le droit fil de son dernier livre, &#171; &lt;i&gt;Berlusconi, le nouveau Prince &#187;, &lt;/i&gt;et de la pr&#233;sentation de ses arguments lors d'un Jeudi d'Acrimed en avril 2004&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir la pr&#233;sentation du d&#233;bat : &#171; Sylvio Berlusconi, m&#233;dias et pouvoir en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, analyse pourquoi, en d&#233;pit sa puissance m&#233;diatique incomparable, Berlusconi vient de conna&#238;tre un s&#233;rieux &#233;chec (&lt;i&gt;Acrimed&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Silvio Berlusconi vient de subir un grave revers &#233;lectoral lors du scrutin des r&#233;gionales qui concernait 41 millions d'&#233;lecteurs et treize r&#233;gions : onze sont acquises au centre gauche - &lt;i&gt;l'Unione&lt;/i&gt; dirig&#233;e par Romano Prodi - et deux seulement (la V&#233;n&#233;tie et la Lombardie) &#224; la Maison des Libert&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois encore, la th&#232;se de la t&#233;l&#233;cratie, voire de la &#171; t&#233;l&#233;dictature &#187; - qui poss&#232;de le pouvoir t&#233;l&#233;visuel conquiert et d&#233;tient le pouvoir politique - a &#233;t&#233; mise en &#233;chec. La puissance m&#233;diatique de Berlusconi n'a jamais &#233;t&#233; aussi grande qu'aujourd'hui en Italie et demeure incomparable &#224; tout autre dans une d&#233;mocratie. Non seulement il est rest&#233; propri&#233;taire du groupe Fininvest qui dispose de trois cha&#238;nes nationales g&#233;n&#233;ralistes priv&#233;es et de la grande maison d'&#233;dition Mondadori, mais son gouvernement tient une place pr&#233;pond&#233;rante dans les instances dirigeantes de la RAI publique, contr&#244;lant la direction g&#233;n&#233;rale et la premi&#232;re cha&#238;ne, RAI 2 &#233;tant dans les mains de ses alli&#233;s. Malgr&#233; cette puissance t&#233;l&#233;visuelle, sa coalition &#233;choue comme en novembre 1994 ou au printemps 1996. Les causes de cet &#233;chec - de ce &#171; tremblement de terre &#187; ont dit certains - sont donc &#224; rechercher hors champ m&#233;diatique : elles rel&#232;vent toutes du politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles sont au nombre de quatre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La situation &#233;conomique et sociale de l'Italie s'est d&#233;grad&#233;e ces derni&#232;res ann&#233;es, malgr&#233; les promesses du &lt;i&gt;Cavaliere : &lt;/i&gt;le ch&#244;mage demeure &#233;lev&#233;, la croissance est au ralenti (1,2% pr&#233;vue cette ann&#233;e), l'innovation est bloqu&#233;e, l'inflation se d&#233;veloppe, le pouvoir d'achat stagne ou recule, la r&#233;forme des retraites est tr&#232;s mal pass&#233;e, la dette publique reste sup&#233;rieure &#224; 100% du PIB - tous les crit&#232;res de stabilit&#233; du pacte europ&#233;en sont enfonc&#233;s - la situation du &lt;i&gt;Mezzogiorno&lt;/i&gt; ne s'est pas am&#233;lior&#233;e. Le foss&#233; entre le r&#234;ve berlusconien du &#171; pr&#233;sident-entrepreneur &#187; affich&#233; en 2001 et la comp&#233;titivit&#233; r&#233;elle de l'&#233;conomie italienne ne cesse de se creuser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La deuxi&#232;me raison assez classique, est l'usure du pouvoir ex&#233;cutif au terme de quatre ann&#233;es de gestion : une exception en Italie depuis l'apr&#232;s guerre, ce gouvernement ayant d&#233;j&#224; la dur&#233;e la plus longue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La troisi&#232;me raison de cet &#233;chec est la fragilit&#233; croissante de la coalition gouvernementale qui a conduit Berlusconi &#224; multiplier les concessions &#224; ses alli&#233;s. Dans les derni&#232;res semaines, il a d&#251; c&#233;der aux exigences de Umberto Bossi de la Ligue du nord en faisant adopter &#224; marche forc&#233;e une r&#233;forme constitutionnelle f&#233;d&#233;raliste. Avec l'espoir de sauver les r&#233;gions du nord, mais en vain, la Ligurie et le Pi&#233;mont basculant au centre-gauche. L'axe Berlusconi-Bossi a m&#234;me acc&#233;l&#233;r&#233; l'affaissement de la Maison des Libert&#233;s au Sud, notamment dans les Pouilles une des r&#233;gions les plus conservatrices o&#249; un n&#233;o-communiste l'emporte. Cette erreur tactique lui vaut les critiques de ces deux autres alli&#233;s, Alleanza Nazionale et surtout l'Union D&#233;mocratique du Centre qui mena&#231;ait de quitter le gouvernement depuis l'&#233;t&#233; dernier. Face &#224; cette coalition affaiblie, le centre-gauche a su cette fois-ci se rassembler dans &#171; l'Unione &#187;, ayant enfin compris que dans un syst&#232;me bipolaire, la force des alliances est d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La quatri&#232;me cause de son &#233;chec est sa politique d'intervention en Irak, contest&#233;e par une majorit&#233; d'Italiens et sa r&#233;cente annonce aussit&#244;t d&#233;mentie, d'un retrait des troupes, apr&#232;s un rappel &#224; l'ordre de Tony Blair et George Bush.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Berlusconi a commis deux erreurs de taille, en divisant au lieu de r&#233;unir. D'abord, il a creus&#233; l'&#233;cart entre le Nord et le Sud, en accentuant les tensions dans sa coalition par la cr&#233;ation de son axe avec Bossi. Sa seconde erreur est d'avoir d&#233;plac&#233; le d&#233;bat politique sur le terrain id&#233;ologique, par une opposition simpliste entre communisme et libert&#233;. Difficile de faire croire que toutes les causes du malheur italien viennent du communisme et de l'Etat dont lui-m&#234;me est le premier dirigeant ; difficile aussi de faire accroire que l'ancien pr&#233;sident de la Commission europ&#233;enne est un &lt;i&gt;leader&lt;/i&gt; communiste. Bref sa m&#233;thode qui consiste &#224; &#171; fictionner &#187; le d&#233;bat public sur le mod&#232;le d'une s&#233;rie t&#233;l&#233;visuelle en le r&#233;duisant &#224; une opposition entre le &lt;i&gt;Mal&lt;/i&gt; repr&#233;sent&#233; par ses adversaires et le &lt;i&gt;Bien&lt;/i&gt; qu'il incarnerait, s'est heurt&#233;e aux r&#233;alit&#233;s sociales de l'Italie. Il subit donc l'&#233;chec &#233;lectoral de plein fouet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La clef des succ&#232;s ant&#233;rieurs de Berlusconi aux &#233;lections l&#233;gislatives de 1994 et 2001, lui permettant d'acc&#233;der au poste de Premier ministre, ne fonctionne plus. Il s'agissait de sa capacit&#233; &#224; th&#233;&#226;traliser une symbolique - celle du chef d'entreprise, du &lt;i&gt;self made man&lt;/i&gt; - cens&#233;e faire r&#233;ussir l'Italie, comme il avait construit son groupe industriel. Il avait su incarner la &lt;i&gt;success story&lt;/i&gt; du &lt;i&gt;condottiere&lt;/i&gt;, faisant r&#234;ver les italiens tr&#232;s attach&#233;s &#224; l'esprit d'entreprise. Mais l'&#233;chec &#233;conomique et social de son gouvernement a liquid&#233; le r&#234;ve. Son programme dit de &#171; &lt;i&gt;d&#233;mocratie comp&#233;titive&lt;/i&gt; &#187; pour une Italie entreprise performante dont il serait le PDG, est en panne et la puissance m&#233;diatique n'y peut rien. D&#233;sormais, il lui reste un an pour inventer un nouveau r&#234;ve italien et le mettre en sc&#232;ne - mission impossible semble-t-il. Critiquer l'Europe et l'euro ou exhumer la &#171; &lt;i&gt;guerre id&#233;ologique&lt;/i&gt; &#187; contre le communisme ne suffit plus. Tel est le dernier enseignement du berlusconisme : le m&#233;diatique sans le symbolique n'est que ruine du politique. A bon entendeur salut...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Musso&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Professeur &#224; l'Universit&#233; Rennes II, auteur de &lt;i&gt;&#171; Berlusconi, le nouveau Prince &#187;, &lt;/i&gt;&#233;ditions de l'Aube, 2004.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir la pr&#233;sentation du d&#233;bat : &#171; &lt;a href=&#034;http://www.acrimed.org/article1417.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sylvio Berlusconi, m&#233;dias et pouvoir en Italie&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> &#171; L'information, un bien commun &#187; (paru dans L'Humanit&#233;) </title>
		<link>https://www.acrimed.org/L-information-un-bien-commun-paru-dans-L-Humanite</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/L-information-un-bien-commun-paru-dans-L-Humanite</guid>
		<dc:date>2004-12-06T23:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Musso</dc:creator>


		<dc:subject>Le groupe Lagard&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>Le groupe Socpresse (ex-Hersant)</dc:subject>
		<dc:subject>L'Humanit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Financiarisation</dc:subject>
		<dc:subject>Concentrations</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Crise de la presse &#233;crite, concentrations et pluralisme de l'information. Entretien avec Pierre Musso&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Independance-Liberte-sous-conditions-" rel="directory"&gt;&#171; Ind&#233;pendance &#187; ? Libert&#233; sous conditions...&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-groupe-Lagardere-+" rel="tag"&gt;Le groupe Lagard&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Le-groupe-Socpresse-ex-Hersant-+" rel="tag"&gt;Le groupe Socpresse (ex-Hersant)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-L-Humanite-+" rel="tag"&gt;L'Humanit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Financiarisation-+" rel="tag"&gt;Financiarisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Concentrations-+" rel="tag"&gt;Concentrations&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cet entretien avec Pierre Musso&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Professeur de sciences de l'information et de la communication &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, r&#233;alis&#233; par Vincent Defait et publi&#233; ici m&#234;me avec leur accord, est paru dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; du 1er d&#233;cembre 2004 (&lt;i&gt;Acrimed&lt;/i&gt;)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;- &lt;i&gt;De quelle nature est l'actuelle crise de la presse et quelles en sont les causes ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Pierre Musso. La crise de la presse concerne les quotidiens nationaux et r&#233;gionaux, mais pas du tout les magazines, qui se d&#233;veloppent fortement. Tous titres confondus, la presse quotidienne attire 16 % des recettes publicitaires globales, tandis que les magazines en ont le double. Il y a aussi des causes socio-culturelles. Ce que le sociologue Jean-Marie Charon appelle une &#171; bombe &#224; retardement &#187; : les jeunes lisent de plus en plus les gratuits ou acc&#232;dent &#224; l'information via Internet ou les m&#233;dias audiovisuels. La baisse du lectorat tend donc &#224; s'aggraver. &#192; cela s'ajoute le co&#251;t de fabrication des journaux qui ne cesse d'augmenter. C'est &#233;vident qu'un magazine qui peut afficher du luxe, avec des photos sur du beau papier et des reportages de qualit&#233; gr&#226;ce &#224; ses recettes publicitaires, met en concurrence des quotidiens. Il y a donc deux types de facteurs, sociologiques et &#233;conomiques. Ceci dit, il faut diff&#233;rencier les titres. Les quotidiens nationaux sont en crise forte, d'accord. Mais, parmi les quotidiens r&#233;gionaux, la situation est tr&#232;s diff&#233;renci&#233;e. Par exemple, &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Sud-Ouest&lt;/i&gt; ou le &lt;i&gt;T&#233;l&#233;gramme&lt;/i&gt; se portent bien. En revanche, le march&#233; publicitaire local est tr&#232;s limit&#233; (la PQR n'a que 6 % des recettes publicitaires) et va &#234;tre grignot&#233; par les gratuits et la t&#233;l&#233;vision locale hertzienne qui arrive. C'est une situation atypique en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;On assiste aussi &#224; une importante concentration des titres...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Pierre Musso. R&#233;cemment, le champion national et europ&#233;en de la communication, Vivendi Universal Publishing (VUP), s'est d&#233;sengag&#233; apr&#232;s sa crise de 2002. Il y a donc une prise de relais sur ce secteur par Dassault, avec la Socpresse, et Lagard&#232;re-Hachette. On voit poindre aussi Vincent Bollor&#233;. Un oligopole est en train de se constituer autour de deux ou trois groupes. De plus, ces groupes ne sont pas simplement tr&#232;s pr&#233;sents dans la presse, ils le sont aussi en dehors. Par exemple, Lagard&#232;re avec Matra et la t&#233;l&#233;vision, ainsi que Dassault et l'armement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Quels b&#233;n&#233;fices tire-t-on &#224; poss&#233;der des titres de presse, et plus particuli&#232;rement des quotidiens, qui d&#233;gagent rarement des b&#233;n&#233;fices ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Pierre Musso. D'abord, malgr&#233; la crise de la presse quotidienne, ces deux groupes sont aussi pr&#233;sents dans les magazines. Ensuite, Dassault a annonc&#233; qu'il restructurait les titres pour garantir la profitabilit&#233;, ce qui a d'ailleurs fait r&#233;agir, &#224; juste titre, la r&#233;daction du Figaro. En fait, les titres sont en cours de restructuration depuis la prise en main de Dassault ou de Lagard&#232;re. Globalement, la partie communication de ces groupes est profitable. Ensuite, l'un des enjeux de ces concentrations est un pouvoir d'influence dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. D'autant plus pour un groupe multiactivit&#233; dans des secteurs o&#249; se jouent de grandes commandes publiques. Une synergie s'op&#232;re entre les m&#233;dias et les activit&#233;s de ces groupes. Cela pose de v&#233;ritables probl&#232;mes pour le pluralisme de la presse et la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Ces groupes d&#233;passent largement les fronti&#232;res nationales. L'action publique devrait donc se situer &#224; un niveau europ&#233;en ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Pierre Musso. R&#233;cemment, la Commission europ&#233;enne a accept&#233; la reprise par Lagard&#232;re des 40 % d'&#201;ditis que vendait VUP. Dans le m&#234;me temps, une l&#233;gislation anti-concentration a &#233;t&#233; r&#233;clam&#233;e dans un rapport adopt&#233; par le Parlement europ&#233;en. Les groupes exercent un lobbying extr&#234;mement puissant aupr&#232;s des institutions europ&#233;ennes. Il ne suffit pas de prendre des mesures l&#233;gislatives anti-concentration, il faut aussi une intervention des pouvoirs publics pour aider la presse, avec des r&#232;gles de financement public. Le principe de base du pluralisme adopt&#233; au XIXe si&#232;cle n&#233;cessite une intervention renforc&#233;e des pouvoirs publics, &#224; la fois pour limiter la concentration, mais aussi pour aider financi&#232;rement la presse quotidienne. C'est une fa&#231;on de garantir le droit &#224; l'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;i&gt;Quel est l'impact de la concentration des titres sur le pluralisme de l'information ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Pierre Musso. &#199;a le limite ! Par d&#233;finition, le march&#233; pousse &#224; la concentration, donc &#224; l'oligopole, voire au monopole. L'information est un bien commun, un &#233;l&#233;ment constitutif de la d&#233;mocratie. Il est donc &#233;vident qu'il faut limiter cette logique du march&#233;, qui r&#233;sulte tout simplement du traitement de l'information comme une simple marchandise. D'autant que la Constitution fran&#231;aise (article 11 de la D&#233;claration des droits de l'homme) permet d'intervenir pour d&#233;fendre le droit &#224; l'information. Quand des groupes comme Dassault, Bouygues, Hachette poss&#232;dent de grands m&#233;dias, il est &#233;vident que leur poids dans la soci&#233;t&#233;, dans le dialogue avec les pouvoirs publics, est &#233;norme. Aujourd'hui, on ne peut pas dissocier la communication du pouvoir politique. C'en est un &#233;l&#233;ment structurant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien r&#233;alis&#233; par Vincent Defait&lt;br /&gt;
Paru &lt;a href=&#034;http://www.humanite.presse.fr/journal/2004-12-01/2004-12-01-451073&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; du 1er d&#233;cembre 2004&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Professeur de sciences de l'information et de la communication &#224; l'universit&#233; Rennes-II et chercheur au d&#233;partement de science politique de l'universit&#233; Paris-I Sorbonne (Credap)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Culture et d&#233;r&#233;glementation lib&#233;rale : diagnostic et alternative</title>
		<link>https://www.acrimed.org/Culture-et-dereglementation-liberale-diagnostic-et-alternative</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/Culture-et-dereglementation-liberale-diagnostic-et-alternative</guid>
		<dc:date>2003-11-16T18:41:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Musso</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;r&#233;glementation</dc:subject>
		<dc:subject>2003 - Forum Social Europ&#233;en</dc:subject>
		<dc:subject>Quelles propositions ?</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; La culture est menac&#233;e, elle est bafou&#233;e, contourn&#233;e, d&#233;tourn&#233;e par la loi de l'argent (...) la libert&#233; et le pluralisme de l'information sont mis en cause. &#187;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Economie-et-publicite-" rel="directory"&gt;&#201;conomie des m&#233;dias&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Dereglementation-+" rel="tag"&gt;D&#233;r&#233;glementation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-2003-Forum-Social-Europeen-+" rel="tag"&gt;2003 - Forum Social Europ&#233;en&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Quelles-propositions-+" rel="tag"&gt;Quelles propositions ?&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Intervention de Pierre Musso, pour les Etats G&#233;n&#233;raux de la Culture (France), au Forum Social Europ&#233;en (Paris la Villette, le 13 novembre 2003)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Titre et sous-titres d'Acrimed.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La culture est menac&#233;e, elle est bafou&#233;e, contourn&#233;e, d&#233;tourn&#233;e par la loi de l'argent ; l'&#233;ducation et la recherche sont fragilis&#233;es, la diversit&#233; des langues et des expressions, la libert&#233; et le pluralisme de l'information sont mis en cause. Comme avait dit Marcel L'Herbier &#224; propos du cin&#233;ma :&lt;i&gt; &#171; La culture se porte bien pourvu qu'on la sauve... &#187;&lt;/i&gt;. Tel est le d&#233;fi lanc&#233; par la mercantilisation et la financiarisation des &#339;uvres de l'esprit. La culture tend &#224; devenir le produit num&#233;ro un de la consommation mondiale. Sous pr&#233;texte de permettre &#224; chacun de consommer ce qu'il veut, quand il le peut, l'inflation des produits culturels et &#233;ducatifs, la diffusion massive d'informations aboutissent &#224; la privation du sens, &#224; &#171; la castration mentale &#187; selon le mot de l'&#233;crivain Bernard No&#235;l. Telle est la nouvelle forme de la &#171; sensure &#187;, avec un &#171; S &#187;. Toute production intellectuelle ext&#233;rioris&#233;e, coup&#233;e du social, c'est-&#224;-dire technologis&#233;e et standardis&#233;e, pour &#234;tre vendue dans l'hypermarch&#233; plan&#233;taire, se vide de son sens. En effet, la culture n'est ni un produit, ni un objet, encore moins un service, c'est un cheminement. Comme la d&#233;finissait le philosophe Gaston Bachelard, elle est une &lt;i&gt;&#171; une accession &#224; une &#233;mergence &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; cela, l'esprit des affaires pr&#233;tend s'imposer aux affaires de l'esprit&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Sous pr&#233;texte que la connaissance, l'intelligence et les comp&#233;tences seraient devenues le nouveau carburant de la croissance &#233;conomique. Ce que certains ont nomm&#233; le &#171; capitalisme cognitif &#187; - Silvio Berlusconi a m&#234;me pu parler de &#171; capitalisme spirituel &#187; - cherche &#224; mercantiliser les savoirs, la cr&#233;ation, la culture et la recherche. Cette nouvelle &#233;conomie qualifi&#233;e &#171; d'&#233;conomie de l'intelligence &#187; ou &#171; de la connaissance &#187;, porte bien mal son nom, car elle vise pr&#233;cis&#233;ment &#224; faire l'&#233;conomie de l'intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi cette lib&#233;ralisation des &#339;uvres de l'esprit intervient-elle en ce moment ? Il y a une grande mutation technologique et l'&#233;mergence d'une &#233;conomie dans laquelle l'&#233;ducation, l'information et la formation jouent un r&#244;le essentiel. Le &#171; capitalisme cognitif &#187; ou &#171; informationnel &#187; vise &#224; recycler dans la sph&#232;re marchande le temps libre, les loisirs, l'intelligence, la cr&#233;ativit&#233; et non plus seulement le travail, comme le fit le capitalisme industriel fordiste. En effet, l'investissement dans un film, un logiciel ou un livre, est constitutif d'une &#233;conomie de &#171; prototypes &#187; susceptibles gr&#226;ce aux technologies actuelles, d'&#234;tre diffus&#233;s et valoris&#233;s rapidement sur une &#233;chelle &#233;largie, voire mondiale. C'est ce que les &#233;conomistes appellent une fonction de production &#171; &#224; co&#251;t fixe &#187; : seul l'investissement initial co&#251;te, le co&#251;t marginal de production d'une unit&#233; suppl&#233;mentaire est quasi-nul. C'est le cas par exemple de la copie d'un logiciel sur disquette, d'un film ou d'une chanson diffus&#233;s sur internet, etc. Cela peut g&#233;n&#233;rer &#233;norm&#233;ment de profit, sur le mod&#232;le de certaines productions hollywoodiennes ou du logiciel &lt;i&gt;Windows&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;Microsoft&lt;/i&gt; dont la rentabilit&#233; est historique, puisque chaque logiciel vendu d&#233;gage 85% de b&#233;n&#233;fices. Cela explique la sp&#233;culation financi&#232;re et les rachats des &#339;uvres, des droits d'auteurs, voire de fonds biblioth&#233;caires ou mus&#233;aux que r&#233;alise Bill Gates ou d'autres groupes, notamment par le biais des fusions-acquisitions de soci&#233;t&#233;s. Paradoxe : certaines oeuvres d'art sont d&#233;sormais enferm&#233;es dans le coffre des banques, invisibles, en attente de valorisation boursi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
D&#233;r&#233;gulation&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour financiariser cette mutation technique, culturelle et &#233;conomique, se d&#233;veloppe depuis quelques d&#233;cennies la d&#233;r&#233;gulation lib&#233;rale. Engag&#233;e aux Etats-Unis, puis &#233;tendue &#224; de nombreux secteurs g&#233;r&#233;s par des services publics notamment en Europe, ce processus de d&#233;r&#233;glementation vise d&#233;sormais la culture, la recherche et l'&#233;ducation. L'Europe lib&#233;rale s'enfonce dans cette voie de la r&#233;gulation &#224; l'anglo-saxonne, o&#249; le contrat l'emporte sur la loi, sous la pression des lobbies et des gardiens d'une dogmatique d&#233;r&#233;gulatrice et manag&#233;riale. Dans ce cadre, les services publics de la culture, de la recherche, de l'&#233;ducation, de l'audiovisuel sont qualifi&#233;s de trop on&#233;reux, bureaucratiques, voire de &#171; mammouths &#187;, de dinosaures et autres noms d'animaux pr&#233;historiques. Ainsi rang&#233;s dans ce zoo des animaux pr&#233;historiques, les services publics sont oppos&#233;s aux bienfaits de la jungle &#233;conomique internationale. Le service public serait archa&#239;que et le secteur priv&#233; ultra-moderne ; le secteur public ferait d&#233;penser de l'argent et le priv&#233; en ferait gagner. Bref, la querelle des Anciens et des Modernes passerait aujourd'hui, par le clivage entre secteurs public et priv&#233; ou entre Etat et Entreprise. Cette pens&#233;e unique se r&#233;duit au consensus sur le dogme du bienfait de la concurrence et sur les fameux &#171; fondamentaux &#187; de l'efficacit&#233; manag&#233;riale et de la rentabilit&#233; financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Secteurs priv&#233; et public sont oppos&#233;s, comme s'il s'agissait de deux adversaires, reliquats de la guerre froide sur le plan de la comp&#233;tition &#233;conomique : l'un repr&#233;sentant le vieux mod&#232;le &#233;tatique qui s'est effondr&#233; &#224; l'Est et l'autre le nouveau mod&#232;le entrepreneurial qui triompherait &#224; l'Ouest. En fait, existe partout une double tutelle de la soci&#233;t&#233; et de l'&#233;conomie, par l'Etat et la finance. L'Etat lib&#233;ral n'est pas un Etat lib&#233;r&#233; de la tutelle financi&#232;re, bien au contraire ; s'il tend &#224; se replier sur ses fonctions r&#233;galiennes, polici&#232;re et militaire, il vise &#224; transf&#233;rer les autres grands services publics au march&#233;. Sous pr&#233;texte de d&#233;fendre des &#171; champions nationaux &#187; dans la comp&#233;tition &#233;conomique mondiale, chaque Etat-nation lib&#233;ral soutient activement les grandes firmes. L'Etat national ne se dissout pas dans la mondialisation financi&#232;re, il se transforme en appui logistique pour la transnationalisation de quelques groupes priv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition simpliste entre secteurs public et priv&#233; vise &#224; mettre en comp&#233;tition deux blocs de pouvoir, pour mieux affirmer la sup&#233;riorit&#233; de l'un sur l'autre et donner la priorit&#233; aux finalit&#233;s &#233;conomiques et financi&#232;res sur les valeurs sociales et culturelles. En quelque sorte, la &lt;i&gt;&#171; dictature de l'actionnariat &#187; &lt;/i&gt;contre la&lt;i&gt; &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187;, &lt;/i&gt;nouvelle version de &lt;i&gt;&#171; la Bourse ou la vie &#187;. &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;En fait, ce ne sont pas deux blocs de pouvoir qui s'affrontent, mais deux processus qui se m&#234;lent et s'hybrident. Un processus de mercantilisation et de financiarisation qui pr&#233;tend imposer les crit&#232;res marchands et manag&#233;riaux au secteur public, et un processus de socialisation et d'acculturation qui r&#233;siste au premier et constitue le socle d'une construction alternative autour d'une publicisation, d'une d&#233;mocratisation et d'une humanisation. Deux dynamiques conflictuelles sont &#224; l'&#339;uvre, qui se confrontent et se m&#234;lent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;r&#233;glementation est un processus profond et multiforme qui affecte aujourd'hui, la culture, l'&#233;ducation, l'information et la communication. Il s'agit en fait, d'un triple mouvement de d&#233;monopolisation des secteurs publics nationaux, de leur d&#233;mant&#232;lement, et bien souvent de leur privatisation. Son objectif est de lib&#233;rer des march&#233;s de services pour des op&#233;rateurs priv&#233;s. La culture, l'&#233;ducation et l'information devraient &#234;tre r&#233;duites &#224; des offres de services personnalis&#233;s et consommables dans une &#171; soci&#233;t&#233; du p&#233;age &#187;. L'enjeu &#233;conomique mondial est consid&#233;rable : 4000 milliards de dollars par an, dont 500 dans les industries culturelles, plus de 1000 pour l'&#233;ducation, et 2500 dans les industries de l'information et de la communication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La captation de tels march&#233;s est la finalit&#233; premi&#232;re des politiques de d&#233;r&#233;glementation. Cela entra&#238;ne la transformation du lib&#233;ralisme encastr&#233; dans l'Etat-Nation disposant d'un secteur public fort, notamment en Europe, &#224; un &#171; lib&#233;ralisme d&#233;sencastr&#233; &#187; o&#249; le secteur public est r&#233;duit &#224; un minimum appel&#233; &#171; service universel &#187;, enferm&#233; sur le march&#233; domestique, pour assurer la logistique arri&#232;re de la comp&#233;tition entre les grands groupes transnationaux de services. La d&#233;r&#233;glementation acc&#233;l&#232;re ainsi les concentrations et favorise la formation d'un oligopole multinational priv&#233; qui pr&#233;tend dominer les industries de l'imaginaire et de l'information, notamment en d&#233;tenant d'immenses portefeuilles de droits sur les &#339;uvres de l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, le num&#233;ro 1 mondial, &lt;i&gt;AOL-Time Warner&lt;/i&gt;, est propri&#233;taire d'un catalogue de 5700 films de cin&#233;ma, 13 500 dessins anim&#233;s et 32 000 s&#233;ries t&#233;l&#233;visuelles, et des catalogues musicaux de &lt;i&gt;Warner Music&lt;/i&gt;. De m&#234;me, &lt;i&gt;Vivendi Universal Entertainment&lt;/i&gt; qui vient d'&#234;tre repris par &lt;i&gt;General Electric&lt;/i&gt;, dispose d'un portefeuille audiovisuel de 1500 films et de 27000 &#233;pisodes d'&#233;missions de t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les divers secteurs culturels, cet oligopole se r&#233;duit, disposant d'un pouvoir d'influence grandissant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- dans la musique, deux groupes, le japonais &lt;i&gt;Sony&lt;/i&gt; qui vient de fusionner avec &lt;i&gt;Bertelsmann,&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Universal Music Group &lt;/i&gt;contr&#244;lent plus de la moiti&#233; du march&#233; mondial de la musique et des droits des artistes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- dans l'audiovisuel, les 15 premiers groupes ont un chiffre d'affaires cumul&#233; de 130 milliards de dollars, repr&#233;sentant pr&#232;s de 60% du march&#233; mondial des programmes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- dans la presse et l'&#233;dition, trois groupes dominent, l'allemand &lt;i&gt;Bertelsmann&lt;/i&gt;, le fran&#231;ais &lt;i&gt;Lagard&#232;re/Hachette&lt;/i&gt; dans la presse magazine et le britannique &lt;i&gt;Reed Elsevier&lt;/i&gt;, &#171; num&#233;ro 1 &#187; mondial de l'&#233;dition scientifique ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- dans les t&#233;l&#233;communications, 15 op&#233;rateurs dont 6 nord-am&#233;ricains, ont un chiffre d'affaires cumul&#233; de 600 milliards de dollars, contr&#244;lant plus de la moiti&#233; du march&#233; mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- dans les logiciels, &lt;i&gt;Microsoft&lt;/i&gt; d&#233;tient 95% du march&#233; mondial des syst&#232;mes d'exploitation d'ordinateurs avec &lt;i&gt;Windows&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; ces concentrations, les groupes multim&#233;dias nord-am&#233;ricains dominent toujours plus le march&#233; mondial. D&#233;sormais, l'industrie cin&#233;matographique et audiovisuelle repr&#233;sente le premier poste d'exportation des Etats-Unis devant l'a&#233;ronautique et l'agriculture. Les recettes engrang&#233;es en salles &#224; l'&#233;tranger, pour les films hollywoodiens en 2002, s'&#233;l&#232;vent &#224; pr&#232;s de 10 milliards de dollars par an dont 60% proviennent d'Europe. Si quelques dizaines de films europ&#233;ens entrent aux USA, 50 000 longs m&#233;trages sont vus en Europe chaque ann&#233;e, soit 71% du march&#233; europ&#233;en.&lt;br /&gt;
La strat&#233;gie suiviste de l'Europe se r&#233;duit au soutien de ses propres groupes champions, comme si l'objectif prioritaire &#233;tait de maintenir un oligopole europ&#233;en, cens&#233; concurrencer les Etats-Unis. Qui en profite ? Quelques groupes : l'australo-am&#233;ricain &lt;i&gt;Rupert Murdoch&lt;/i&gt;, l'allemand &lt;i&gt;Bertelsmann&lt;/i&gt;, les fran&#231;ais &lt;i&gt;Bouygues/TF1&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Hachette/Lagard&#232;re&lt;/i&gt;, ou l'italien &lt;i&gt;Berlusconi&lt;/i&gt;. Cette strat&#233;gie mim&#233;tique est poursuivie avec ent&#234;tement et ce, &#224; n'importe quel prix, comme le montre la chute de Vivendi Universal dont la fusion n'a finalement profit&#233; qu'&#224; l'Am&#233;rique qu'elle &#233;tait cens&#233;e initialement concurrencer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces processus de d&#233;r&#233;glementation et de concentration intervenant dans les industries de l'imaginaire et de l'information sont eux-m&#234;mes producteurs d'une nouvelle h&#233;g&#233;monie culturelle, pilot&#233;e par le lib&#233;ralisme et le management que mettent en sc&#232;ne les m&#233;dias de masse, notamment les t&#233;l&#233;visions commerciales g&#233;n&#233;ralistes, comme TF1 ou celles de Berlusconi. Il s'agit de promouvoir une image de bonheur t&#233;l&#233;visuel &lt;i&gt;glamour&lt;/i&gt;, sur le mod&#232;le des &lt;i&gt;telenovelas&lt;/i&gt;, pour manager l'imaginaire collectif et configurer les d&#233;sirs et les r&#234;ves populaires. Le danger est immense, car comme le d&#233;clarent les &lt;i&gt;Etats G&#233;n&#233;raux de la Culture : &#171; Un peuple qui abandonne son imaginaire aux grandes affaires se condamne &#224; des libert&#233;s pr&#233;caires &#187;&lt;/i&gt;. L'enjeu n'est pas seulement &#171; l'am&#233;ricanisation &#187; des contenus, des images, des films et t&#233;l&#233;films, mais &#171; l'am&#233;ricanisme &#187; des modes de r&#233;gulation et de fabrication d'une soci&#233;t&#233; et de sa culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; les d&#233;g&#226;ts de la d&#233;r&#233;glementation se font partout sentir, y compris chez ses h&#233;ros, comme l'illustrent la faillite des soci&#233;t&#233;s am&#233;ricaines &lt;i&gt;Enron&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Worldcom&lt;/i&gt; ou la fragilisation de &lt;i&gt;Vivendi Universal,&lt;/i&gt; donc de &lt;i&gt;Canal Plus&lt;/i&gt; et de l'industrie fran&#231;aise du cin&#233;ma. On a per&#231;u l'importance des services publics avec les pannes d'&#233;lectricit&#233; aux Etats-Unis ou en Italie, la v&#233;tust&#233; des transports en Grande-Bretagne, mais aussi en France, dans l'&#233;ducation et la culture o&#249; s'&#233;tendent la pr&#233;carisation, les d&#233;membrements, la remise en cause des moyens de travailler, comme le mettent en &#233;vidence les luttes des enseignants et des intermittents du spectacle. Avec les &#233;checs et la contestation de la d&#233;r&#233;gulation, un nouveau cycle s'engage : ainsi voit-on la Commission europ&#233;enne &#234;tre oblig&#233;e d'admettre depuis 1996, la l&#233;gitimit&#233; des services dits &lt;i&gt;&#171; d'int&#233;r&#234;t &#233;conomique g&#233;n&#233;ral &#187;&lt;/i&gt;. Son &#171; Livre vert &#187; publi&#233; en mai dernier, admet que ces services &lt;i&gt;&#171; constituent un &#233;l&#233;ment essentiel du mod&#232;le de soci&#233;t&#233; europ&#233;en &#187;.&lt;/i&gt; Mais la Commission se refuse toujours &#224; utiliser l'expression &#171; &lt;i&gt;service public &#187;, &lt;/i&gt;privil&#233;giant la notion anglo-saxonne de &lt;i&gt;service universel&lt;/i&gt;. Si le mot service public fait encore peur &#224; Bruxelles, c'est qu'il est de nouveau, porteur d'innovation.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Le service public est&lt;i&gt; &#171; une id&#233;e neuve &#187; &lt;/i&gt;en Europe.&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que la d&#233;r&#233;glementation est un processus de lib&#233;ralisation multiforme d&#233;ploy&#233; aux niveaux international, national et local, marquant une profonde r&#233;organisation de toute la soci&#233;t&#233;, il convient de lui opposer une alternative de m&#234;me nature, c'est-&#224;-dire un processus de contestation et de propositions, d&#233;pli&#233; &#224; toutes les &#233;chelles : locale, nationale, europ&#233;enne et internationale. Il faut penser des processus alternatifs, des projets et des trajets. Comme disait Henri Michaux, &lt;i&gt;&#171; La pens&#233;e avant d'&#234;tre &#339;uvre, est trajet &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette alternative pourrait &#234;tre d&#233;finie comme un processus multiforme de publicisation, de d&#233;mocratisation et d'humanisation. L'id&#233;e centrale propos&#233;e par les Etats G&#233;n&#233;raux de la Culture, est la construction d'une &lt;i&gt;&#171; responsabilit&#233; publique et sociale universelle, europ&#233;enne, nationale et locale &#187;.&lt;/i&gt; Une premi&#232;re fa&#231;on de la d&#233;finir, de mani&#232;re n&#233;gative, serait de dire qu'il s'agit du contraire de&lt;i&gt; &#171; l'irresponsabilit&#233; financi&#232;re internationale &#187;. &lt;/i&gt;Cette responsabilit&#233; publique et sociale &#224; construire, est &#224; dominante industrielle et non financi&#232;re, &#224; dominante sociale et culturelle, faite de coop&#233;rations respectueuses des diversit&#233;s et des singularit&#233;s, et oppos&#233;e &#224; la logique de concurrence et de comp&#233;tition entre les peuples, leurs cultures et leur d&#233;veloppement. Comme le disait Antoine Vitez&lt;i&gt;, &#171; Il y a une responsabilit&#233; envers les arts,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;une responsabilit&#233; envers la culture et l'&#233;ducation qui exige l'intervention et le financement publics : il ne faut pas c&#233;der l&#224;-dessus &#187;.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre pistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre pistes permettent d'esquisser ce nouveau cheminement, car le but c'est le chemin, le chemin fait tous ensemble...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1. Le &lt;strong&gt;premier axe&lt;/strong&gt; de ce processus est la construction internationale, nationale et locale, d'un espace public de critique et de propositions. Ce n'est ni l'espace publicitaire des entreprises ni l'espace pl&#233;biscitaire de l'&#233;tatisme lib&#233;ral. Mais un espace de confrontations, de d&#233;bats, de d&#233;mocratie et de luttes. La rencontre, l'&#233;change, les forums, l'entrem&#234;lement, la m&#234;l&#233;e, l'hybridation.... La coop&#233;ration sociale, culturelle et industrielle pouss&#233;e jusqu'&#224; l'association universelle. Cela passe par toutes les formes de &#171; r&#233;sistance &#187; &#224; la d&#233;r&#233;glementation, &#224; la lib&#233;ralisation, au d&#233;mant&#232;lement et aux privatisations des services publics. R&#233;sister pour conserver un secteur public fort en Europe, d&#233;velopper un p&#244;le public puissant dans chaque pays et r&#233;gion, garantissant l'&#233;galit&#233;, l'&#233;quilibre territorial, la la&#239;cit&#233;, le pluralisme des expressions et des id&#233;es, les missions d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2. Le &lt;strong&gt;deuxi&#232;me axe &lt;/strong&gt;consiste &#224; s'appuyer sur le r&#244;le essentiel des services publics de la culture, de l'information, de l'&#233;ducation et de la recherche. Pour cela, il faut tout &#224; la fois les prot&#233;ger, les r&#233;nover, &#233;tendre leurs missions et renforcer leurs coop&#233;rations &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- prot&#233;ger et d&#233;fendre les droits des cr&#233;ateurs et de la propri&#233;t&#233; intellectuelle, conserver la ma&#238;trise publique des centres de production, de recherche et des r&#233;seaux d'information ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- r&#233;nover profond&#233;ment les services publics de l'&#233;ducation, de la culture, de la recherche et de la communication quand leur gestion est trop centralis&#233;e, trop bureaucratis&#233;e ou min&#233;e de l'int&#233;rieur par les crit&#232;res financiers. Une voie majeure de leur r&#233;novation est la d&#233;mocratisation de leur gestion, et non leur d&#233;membrement ou leur privatisation ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &#224; partir de ce socle du secteur public renforc&#233; et d&#233;mocratis&#233;, pourraient &#234;tre &#233;tendues des missions et obligations de service public aux entreprises priv&#233;es, en mati&#232;re de d&#233;veloppement durable, de production, de cr&#233;ation etc., par le biais de cahiers des charges et de sanctions financi&#232;res ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- enfin, les coop&#233;rations europ&#233;ennes entre services publics pour d&#233;velopper de grands projets industriels de recherche, des coproductions ou des &#233;changes culturels, sont le meilleur moyen de r&#233;sister &#224; l'h&#233;g&#233;monie nord-am&#233;ricaine et de relancer la croissance et l'emploi, comme l'ont montr&#233; les succ&#232;s &lt;i&gt;d'Airbus&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;d'Ariane&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 3. &lt;strong&gt;Troisi&#232;me piste&lt;/strong&gt;. Il faut aussi inventer des nouveaux droits, &lt;i&gt;&#171; les droits fondamentaux de l'Humanit&#233; &#187;,&lt;/i&gt; comme la R&#233;volution Fran&#231;aise a invent&#233; les droits de l'Homme et du Citoyen : &lt;i&gt;&#171; Article 1. Le vivant, l'environnement et l'esprit constituent un &#171; cercle sacr&#233; &#187; de l'humanit&#233;, il demeure non-marchand &#187;.&lt;/i&gt; En effet, il faut tracer &#171; un cercle sacr&#233; &#187; de protection autour de &#171; l'humain &#187; pour la d&#233;fense de &#171; l'esprit, du vivant et de l'imaginaire &#187;, contre leur profanation mercantile et financi&#232;re. Ce temple de l'humanit&#233; ne peut &#234;tre abandonn&#233; aux marchands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affirmation des droits &#224; la communication, &#224; l'&#233;ducation, &#224; la recherche, &#224; la cr&#233;ation, au pluralisme et &#224; la libert&#233; d'information, ne vise pas &#224; panser les maux (&#171; m,a,u,x &#187;) du lib&#233;ralisme avec les mots (&#171; m,o,t,s &#187;) de l'humanisme compassionnel, mais &#224; penser un v&#233;ritable humanisme avec de nouveaux mots. Il ne s'agit nullement de se plaindre, pour conserver les lueurs du service public, mais de porter plainte pour de nouveaux droits et pour la reconnaissance de &#171; biens communs &#187; globaux de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 4. &lt;strong&gt;Quatri&#232;me piste&lt;/strong&gt;. Pour assurer l'exercice de ces droits fondamentaux il faut des ressources financi&#232;res, par l'augmentation des dotations aux services publics, par la r&#233;vision des contraintes budg&#233;taires fix&#233;es dans le pacte europ&#233;en de stabilit&#233;, mais aussi par l'instauration d'une taxation des &#171; pollueurs &#187; des &#233;crans et des ondes de la radio-t&#233;l&#233;vision, c'est-&#224;-dire les annonceurs publicitaires. Une taxe de seulement 1% sur tous les investissements publicitaires dans les m&#233;dias et le hors-m&#233;dia, destin&#233;e &#224; aider au d&#233;veloppement, &#224; la recherche et &#224; la cr&#233;ation, rapporterait en France, 300 millions d'euros par an. A l'&#233;chelle mondiale, cette taxe sur les investissements publicitaires rapporterait 7 milliards de dollars. &lt;br /&gt;
{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion, il est urgent de r&#233;tablir le sens, entendu dans les deux sens du mot, si je puis dire : remettre la mondialisation dans la bonne direction pour sortir du discours de la fatalit&#233;, et redonner du sens, pour &#233;viter une &#171; castration mentale &#187; g&#233;n&#233;ralis&#233;e.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le sens est r&#233;duit au march&#233;, il y a privation du sens. Certes c'est indolore et invisible, mais cela finit par vider toute int&#233;riorit&#233;. Comme l'a dit Octavio Paz, &#171; &lt;i&gt; Le march&#233; est un m&#233;canisme efficace, soit, mais comme tous les m&#233;canismes, il n'a ni conscience ni mis&#233;ricorde &#187;.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Sauver et d&#233;velopper la culture, la recherche, l'audace de la cr&#233;ation et du r&#234;ve est une des meilleures fa&#231;ons de lutter contre l'insens&#233;e mercantilisation. &lt;br /&gt;
Paul C&#233;zanne et Fernand L&#233;ger revendiquaient le statut de &lt;i&gt;&#171; primitifs d'une &#233;poque &#224; venir &#187;.&lt;/i&gt; Pour &#234;tre les primitifs d'un possible autre monde qui ait du sens, il suffit de suivre cette lumi&#232;re de &#171; l'Homme r&#233;volt&#233; &#187; d'Albert Camus,&lt;i&gt; &#171; Au bout de ces t&#233;n&#232;bres, une lumi&#232;re est pourtant in&#233;vitable, que nous devinons d&#233;j&#224; et dont nous avons seulement &#224; lutter pour qu'elle soit &#187;...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Titre et sous-titres d'&lt;i&gt;Acrimed&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>TV Breizh, t&#233;l&#233;vision-miroir de la Bretagne ?</title>
		<link>https://www.acrimed.org/TV-Breizh-television-miroir-de-la-Bretagne</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/TV-Breizh-television-miroir-de-la-Bretagne</guid>
		<dc:date>2003-08-15T10:48:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Musso</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Ce que l'on pouvait savoir de TV Breizh en 2001 : exp&#233;rimentation culturelle et/ou exp&#233;rimentation commerciale ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Televisions-locales-" rel="directory"&gt;T&#233;l&#233;visions locales&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions ici, avec l'autorisation de son auteur, un article de Pierre Musso paru dans les &lt;i&gt;Dossiers de l'audiovisuel&lt;/i&gt; n&#176; 95 en Janvier-f&#233;vrier 2001, intitul&#233;s &#171; La t&#233;l&#233;vision r&#233;gionale et locale en France &#187;. Il sera prochainement r&#233;actualis&#233;. (&lt;i&gt;Acrimed&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lanc&#233;e le 1er septembre 2000, TV Breizh se pr&#233;sente comme la &lt;i&gt;&#171; premi&#232;re cha&#238;ne g&#233;n&#233;raliste r&#233;gionale bilingue en Europe &#187;.&lt;/i&gt; Pour concevoir TV Breizh les cha&#238;nes qui ont servi de r&#233;f&#233;rence sont d'une part, la galloise S4C, qui ne s'exprime qu'en gallois pour 500 000 locuteurs, et qui dispose d'un budget dix fois sup&#233;rieur &#224; celui de TV Breizh, et d'autre part, la cha&#238;ne TG4 en Irlande, sous-titr&#233;e en anglais et en ga&#233;lique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bas&#233;e &#224; Lorient et install&#233;e dans l'ancien arsenal d&#233;saffect&#233;, TV Breizh &#233;met en num&#233;rique, ce qui lui permet de diffuser simultan&#233;ment en deux langues sur deux canaux son (fran&#231;ais/breton) et dispose d'une r&#233;gie num&#233;rique ultramoderne et d'un plateau technique de 400 m2. Dirig&#233;e par Rozenn Milin, Patrick Poivre d'Arvor en &#233;tant le vice-pr&#233;sident, elle rassemble un personnel de 45 personnes dont quatre journalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La premi&#232;re &#171; t&#233;l&#233;-miroir &#187; en r&#233;gion en France&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans deux &#233;tudes pr&#233;c&#233;dentes r&#233;alis&#233;es &#224; l'&#233;chelle du continent europ&#233;en, pour le Conseil de l'Europe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Musso, &#171; La t&#233;l&#233;vision dans les r&#233;gions d'Europe &#187;. Editions Miroirs. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, nous avions identifi&#233; cinq types de t&#233;l&#233;vision en r&#233;gion : 1&#176;) des t&#233;l&#233;visions r&#233;gionales &#224; couverture nationale, comme la SSR en Suisse ou la RTBF en Belgique ; 2&#176;) des t&#233;l&#233;visions r&#233;gionales &#224; couverture r&#233;gionale, comme la t&#233;l&#233;vision catalane TV3 ou l'allemande ARD 3 ; 3&#176;) des t&#233;l&#233;visions locales &#224; couverture infra-r&#233;gionale, comme de nombreuses t&#233;l&#233;visions locales priv&#233;es italiennes ; 4&#176;) des t&#233;l&#233;visions nationales (&lt;i&gt;network descendant &lt;/i&gt;) avec des d&#233;crochages r&#233;gionaux, comme France 3 en France ou TVE en Espagne et 5&#176;) des t&#233;l&#233;visions inter-r&#233;gionales ( &lt;i&gt;network ascendant &lt;/i&gt;) avec d&#233;crochage r&#233;gional, comme l'ARD 1 en Allemagne ou ITV en Grande-Bretagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la cr&#233;ation de TV Breizh, on pourrait identifier un sixi&#232;me cas de t&#233;l&#233;vision en r&#233;gion, puisqu'elle est programm&#233;e en r&#233;gion, mais destin&#233;e &#224; un public &#224; la fois r&#233;gional et suprar&#233;gional, dispers&#233; en France et en Europe.&lt;br /&gt;
De cette typologie, on peut extraire deux grandes cat&#233;gories de t&#233;l&#233;vision en r&#233;gion : la &#171; t&#233;l&#233;-miroir &#187; programm&#233;e en r&#233;gion et diffus&#233;e sur une aire de r&#233;ception plus ou moins vaste, et la &#171; t&#233;l&#233;vision-fen&#234;tre &#187; qui proc&#232;de &#224; des &#171; d&#233;crochages &#187; r&#233;gionaux ou locaux dans une grille de programmation nationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TV Breizh est en fait, la premi&#232;re &#171; t&#233;l&#233;vision-miroir &#187; &#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale en France, avec une couverture suprar&#233;gionale et transnationale gr&#226;ce &#224; son mode de diffusion via le c&#226;ble, et surtout les deux bouquets satellitaires TPS et Canalsatellite (et non par hertzien terrestre), mais dans l'attente de l'hertzien num&#233;rique en 2002. Elle est propos&#233;e dans les abonnements dits &#171; de base &#187;. Pour la diffusion par c&#226;ble sur les r&#233;seaux de l'Ouest, un accord a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; pass&#233; avec &#171; Noos &#187;, filiale de Suez-Lyonnaise des Eaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine fa&#231;on, TV Breizh ne reprend-elle pas en l'appliquant &#224; la t&#233;l&#233;vision, le mod&#232;le d'Ouest France qui a si bien r&#233;ussi dans le domaine de la PQR ? En effet, &lt;i&gt;Ouest France &lt;/i&gt;est devenu le premier quotidien fran&#231;ais depuis la fin des ann&#233;es 1970, avec une diffusion qui d&#233;passe les fronti&#232;res de la r&#233;gion administrative de Bretagne, gr&#226;ce &#224; ses &#233;ditions qui couvrent aussi les Pays de Loire et la Basse Normandie. Au d&#233;marrage, &lt;i&gt;Ouest France &lt;/i&gt;tirait &#224; 105 000 exemplaires, puis 350 000 en 1945, pour atteindre 782 000 en 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TV Breizh s'adresse prioritairement &#224; la &#171; Bretagne historique &#187; correspondant &#224; l'ancien Duch&#233; ind&#233;pendant jusqu'en 1532, c'est-&#224;-dire int&#233;grant les quatre d&#233;partements de la Bretagne administrative (Cotes d'Armor, Ille et Vilaine, Morbihan et Finist&#232;re) ainsi que le d&#233;partement de Loire-Atlantique qui depuis 1941, est dissoci&#233;e de la Bretagne alors que Nantes fut le si&#232;ge des Ducs de Bretagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total elle vise un public d'un peu moins de quatre millions de bretons (en int&#233;grant cinq d&#233;partements) soit 1,4 millions de foyers. Au-del&#224; elle souhaite s'adresser au monde celtique de l'arc atlantique, dans une vis&#233;e interr&#233;gionale avec les Pays de Loire, et &#224; toute la &#171; diaspora bretonne &#187; en Europe, soit deux millions de t&#233;l&#233;spectateurs potentiels. Elle privil&#233;gie la langue bretonne, puisque toutes les &#233;missions devraient &#234;tre doubl&#233;es. Selon un sondage r&#233;cent, 240 000 personnes parlent encore le breton dont les deux tiers sont &#226;g&#233;es de plus de soixante ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sondage TMO, cit&#233; par &#171; Le Nouvel Observateur &#187; du 28 octobre 1999.&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Paysage Audiovisuel Breton (PAB)&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Bretagne est une des r&#233;gions fran&#231;aises o&#249; la vitalit&#233; de la presse r&#233;gionale et locale et le taux de p&#233;n&#233;tration de la PQR avec &lt;i&gt;Ouest France&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;le T&#233;l&#233;gramme,&lt;/i&gt; sont les plus forts, particuli&#232;rement dans le d&#233;partement du Finist&#232;re. Avec l'arriv&#233;e de TV Breizh, la concurrence est lanc&#233;e aussi dans le champ t&#233;l&#233;visuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, jusqu'ici, comme dans les autres r&#233;gions fran&#231;aises, la t&#233;l&#233;vision en r&#233;gion Bretagne, c'&#233;tait essentiellement&lt;i&gt; &#171; &lt;/i&gt;France 3 Ouest &#187; diffus&#233;e sur les deux r&#233;gions Bretagne et Pays de Loire, soit neuf d&#233;partements. Aux &#233;missions r&#233;gionales, s'ajoutent les trois d&#233;crochages locaux de France 3 Ouest, avec&lt;i&gt; &#171; Estuaire &#187; &lt;/i&gt;&#224; Nantes lanc&#233; en 1990,&lt;i&gt; &#034;FR3-Iroise&#034;&lt;/i&gt;, &#224; Brest inaugur&#233; en 1992 et &lt;i&gt;&#171; Haute Bretagne &#187;&lt;/i&gt; lanc&#233; &#224; Rennes en 1994.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Au total, France 3 avec 250 personnes et un budget de 150 millions de francs par an, produit plus de 700 heures de programmes pour les &#233;missions r&#233;gionales (450 heures d'information et 250 heures de programmes)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Production t&#233;l&#233;vis&#233;e et identit&#233; culturelle en Bretagne, Galice et Pays de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;France 3 Ouest&lt;/i&gt; r&#233;alise d&#233;j&#224; 30 % de sa production r&#233;gionale en breton, notamment le journal bilingue &#171; An Taol Lagad &#187;, diffus&#233;e dans le Finist&#232;re, les C&#244;tes d'Armor et une partie du Morbihan. &lt;br /&gt;
Pour sa part, la cha&#238;ne commerciale M6 pratique aussi sur Nantes et Rennes les d&#233;crochages d'informations &#171; locales &#187; avec sept minutes de news pendant cinq jours de la semaine.&lt;br /&gt;
Aux c&#244;t&#233;s de France 3 Ouest et des &#171; locales &#187; de M6, existent trois canaux locaux sur les r&#233;seaux c&#226;bl&#233;s &#224; Rennes&lt;strong&gt; &lt;i&gt; &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;&#171; T.V. Rennes &#187;&lt;/i&gt; , &#224; Brest&lt;i&gt;&#171; Brestel &#187;&lt;/i&gt; et &#224; Lorient, &lt;i&gt;&#171; Canal Local &#187;&lt;/i&gt;. Le r&#233;seau c&#226;bl&#233; en fibres optiques de Rennes ouvert en 1987, compte 200 000 logements c&#226;bl&#233;s et 35 000 abonn&#233;s, ceux de Brest et Lorient lanc&#233;s en 1989, comptent respectivement 17000 et 6000 abonn&#233;s. Au total le public potentiel des trois canaux locaux repr&#233;sente environ 60 000 foyers. &lt;br /&gt;
La programmation t&#233;l&#233;visuelle r&#233;gionale et locale en Bretagne ou le &#171; PAB &#187; peut &#234;tre sch&#233;matiquement repr&#233;sent&#233; dans le tableau suivant.&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;thead&gt;&lt;tr class='row_first'&gt;&lt;th id='id5286_c0'&gt;Cha&#238;nes ou &#233;missions r&#233;gionales et locales &lt;/th&gt;&lt;th id='id5286_c1'&gt;Modes de diffusion
et public potentiel &lt;/th&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/thead&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='id5286_c0'&gt;&lt;strong&gt;TV Breizh&lt;/strong&gt; (cha&#238;ne en r&#233;gion)&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5286_c1'&gt;C&#226;ble et satellite (TPS et Canalsatellite)&lt;br class='autobr' /&gt;
Potentiel th&#233;orique : &lt;br class='autobr' /&gt;
1,4 millions de foyers bretons (5 d&#233;partements) &lt;br class='autobr' /&gt;
et 650 000 foyers hors Bretagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Public r&#233;el : env. 200 000 abonn&#233;s aux bouquets satellitaires et au c&#226;ble en Bretagne&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='id5286_c0'&gt;&lt;strong&gt;France 3&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Ouest&lt;/strong&gt; (d&#233;crochages du r&#233;seau national)&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux d&#233;crochages r&#233;gionaux &lt;br class='autobr' /&gt;
et trois &#171; locaux &#187;&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5286_c1'&gt;Deux r&#233;gions et neuf d&#233;partements : &lt;br class='autobr' /&gt;
Bretagne et Pays de Loire &lt;br class='autobr' /&gt;
(hertzien terrestre et zone test en num&#233;rique)&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;crochages locaux sur les agglom&#233;rations de Brest, Nantes et Rennes&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='id5286_c0'&gt;&lt;strong&gt;M6&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
deux d&#233;crochages &#171; locaux &#187; d'informations&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5286_c1'&gt;Hertzien terrestre&lt;br class='autobr' /&gt;
Agglom&#233;rations de Nantes&lt;br class='autobr' /&gt;
et Rennes&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='id5286_c0'&gt;&lt;strong&gt;TV Rennes&lt;/strong&gt; (canal local)&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5286_c1'&gt;Rennes (c&#226;ble)&lt;br class='autobr' /&gt;
35 000 abonn&#233;s&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td headers='id5286_c0'&gt;&lt;strong&gt;Brestel&lt;/strong&gt; (canal local)&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5286_c1'&gt;Brest (c&#226;ble)&lt;br class='autobr' /&gt;
17 000 abonn&#233;s&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td headers='id5286_c0'&gt;&lt;strong&gt;Canal local&lt;/strong&gt; (idem)&lt;/td&gt;
&lt;td headers='id5286_c1'&gt;Lorient (c&#226;ble)&lt;br class='autobr' /&gt; 6 000 abonn&#233;s&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
La programmation de TV Breizh et son impact sur la production&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TV Breizh d&#233;finit sa programmation comme &lt;i&gt;&#171; mini-g&#233;n&#233;raliste &#187;,&lt;/i&gt; c'est-&#224;-dire g&#233;n&#233;raliste, mais sans journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s et avec trois th&#233;matiques dominantes, &#224; savoir la Bretagne, la celtitude et la mer. Elle veut &lt;i&gt;&#171; se consacrer au d&#233;veloppement de la culture celtique richesse des populations de l'extr&#234;me Ouest europ&#233;en : Ecosse, Irlande, Pays de Galles, Bretagne et Galice &#187;.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Pour cela, elle offre de l'information sous la forme de talk-shows ou de magazines. Au del&#224; d'un souhait affich&#233; d'&#234;tre &lt;i&gt;&#171; apolitique et non confessionnel &#187;,&lt;/i&gt; il s'agit de tenir compte en mati&#232;re d'informations, de la forte concurrence des radios, de la PQR et surtout des journaux de France 3 Ouest, notamment son 19-20, &#224; tr&#232;s forte audience. Pour l'information TV Breizh pr&#233;sente des talk-shows de 30 minutes avec des points de vue sur l'actualit&#233; et un d&#233;bat hebdomadaire. Deux &#171; Entretiens &#187; sont diffus&#233;s chaque jour de 18h 30 &#224; 19 h30. Pour compl&#233;ter son offre en mati&#232;re d'informations, TV Breizh a cr&#233;&#233; un portail breton sur Internet (tv-breizh.com)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grille quotidienne de TV Breizh est de 17 heures de programmes diffus&#233;s de 7h 30 &#224; 0 h 30, comprenant 5 heures de programmes &#171; frais &#187;, c'est-&#224;-dire en premi&#232;re diffusion, (sur la plage 17h30-22 h 30). Ces cinq heures de programmes &#171; frais &#187; sont compos&#233;es de deux heures de programmes achet&#233;s et trois de programmes produits. La grille de fin de journ&#233;e est ainsi compos&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- de 17 h 30 &#224; 18h 30, &#233;missions jeunesse (prioritairement doubl&#233;es)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- de 18 h 30 &#224; 19 h 30, talk show (d&#233;bat ou entretien)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- de 19 h 30 &#224; 20 h 30, musique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- de 20 h 30 &#224; 22 h 30, documentaire (lundi et mercredi) ou cin&#233;ma (mardi et jeudi) ou fiction (vendredi) ou &#171; l'Ev&#233;nement &#187; (dimanche) ou encore &#171; Bretons du Tour du monde &#187; (le samedi)&lt;br /&gt;
Parmi les programmes produits, trois magazines identifient fortement la cha&#238;ne : l'un consacr&#233; au monde la mer &#171; Armor &#187;, un autre consacr&#233; &#224; la terre (le monde rural, l'agriculture, le tourisme vert) et intitul&#233; &#171; Argoat &#187;, et enfin un magazine de sport (voile, football ou cyclisme).&lt;br /&gt;
Un autre point fort de la grille est la musique bretonne et celtique notamment avec un nouveau rendez-vous quotidien de 52 minutes diffus&#233;s quatre fois par jour &#224; 19 h 30 - et rediffus&#233; pendant deux &#224; trois semaines - &lt;i&gt;(&#171; Lorient Express &#187;, Celtic Traveller, BZH DJ, &#171; Il &#233;tait une fois dans l'Ouest &#187;).&lt;/i&gt; Les autres rendez-vous r&#233;guliers sont des &#233;missions pour la jeunesse, avec deux heures par jour, des films de cin&#233;ma avec deux soir&#233;es de prime-time par semaine, films pris dans les catalogues bretons, &#233;cossais, gallois ou irlandais (par exemple &lt;i&gt;&#171; La guerre d'ind&#233;pendance en Irlande &#187;&lt;/i&gt; de Pat O'Connor diffus&#233; en novembre), soit environ un potentiel de 600 films, et enfin le dimanche soir, la retransmission de &#171; grands &#233;v&#233;nements &#187; culturels ou sportifs comme les matchs de football des clubs bretons, des r&#233;gates ou des festivals. A ces programmes, TV Breizh ajoute &#224; partir de cette ann&#233;e, des documentaires ou des s&#233;ries li&#233;es &#224; la mer ou &#224; la Bretagne et &#224; son histoire, ou encore des &lt;i&gt;&#171; portraits de bretons d'ailleurs&lt;/i&gt; &#187;, ainsi que des cours de breton quotidiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces investissements dans les programmes &#171; frais &#187; de TV Breizh devraient b&#233;n&#233;ficier essentiellement &#224; des soci&#233;t&#233;s bretonnes comme &lt;i&gt;Morgan Productions&lt;/i&gt; pour la musique. Le co&#251;t des cours de breton, 200 fois un quart d'heure sont estim&#233;s &#224; 12 millions, avec notamment des &#171; spots-gags &#187; destin&#233;s &#224; illustrer un mot breton, r&#233;alis&#233;s par des cin&#233;astes d'animation rennais. Autour de TV Breizh &#224; Lorient, quelques soci&#233;t&#233;s de production se sont d&#233;j&#224; regroup&#233;es, comme &#171; Arsenal Productions &#187; ou &#171; Pois Chiche Films &#187; qui fait du doublage. Toutefois la grille de programmation avec trois heures de programmes &#171; frais &#187; par jour sera difficilement remplie par les seules soci&#233;t&#233;s bretonnes de production qui r&#233;alisent une cinquantaine d'heures de programmes de stock par an (hors France 3 Ouest) ! Il reste beaucoup de chemin &#224; parcourir pour d&#233;velopper une forte industrie ind&#233;pendante de production audiovisuelle en Bretagne.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les promoteurs du projet et la difficile &#233;quation financi&#232;re&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#233;l&#233;vision est une industrie qui co&#251;te tr&#232;s cher, m&#234;me &#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale. C'est pourquoi les promoteurs du projet, rassembl&#233;s &#224; l'initiative de Patrick Le Lay Pr&#233;sident de la cha&#238;ne TF1 qui a apport&#233; 22% du capital de TV Breizh, sont des groupes puissants. M&#234;me si Patrick Le Lay d&#233;finit son projet comme&lt;i&gt;&#171; totalement personnel sur le plan affectif et intellectuel &#187;, &lt;/i&gt;il fallait des entreprises fortes pour assumer les d&#233;ficits d'exploitation attendus pendant au moins cinq ann&#233;es. &lt;br /&gt;
Un autre breton a &#233;t&#233; mobilis&#233; par Patrick Le Lay, &#224; savoir Fran&#231;ois Pinault, &#171; petit n&#233;gociant en bois &#187; de Saint-Malo devenu l'un des hommes les plus riches de France, patron de la grande distribution (Le Printemps, la FNAC ou la Redoute), actionnaire de TF1 et du Stade rennais, et dont la soci&#233;t&#233; Art&#233;mis a pris 27% du capital de TV Breizh. Les autres actionnaires &#171; r&#233;gionaux &#187; sont les caisses r&#233;gionales du Cr&#233;dit Agricole (15%), le Groupe Jean-Claude Darmon, patron de Media Foot et Pr&#233;sident du FC Nantes, (6%) et Ren&#233; Ruello, industriel breton patron de Panavi et pr&#233;sident du stade de football de Rennes (Panavi Holding Production avec 4%). Ces investisseurs bretons portent les 3/4 du capital total qui s'&#233;l&#232;ve &#224; cent millions de francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour compl&#233;ter le tour de table de TV Breizh, Patrick Le Lay a r&#233;uni deux de ses amis dirigeants de t&#233;l&#233;visions commerciales europ&#233;ennes, Silvio Berlusconi, le patron lib&#233;ral italien de M&#233;diaset Investment et leader du &#171; P&#244;le des Libert&#233;s &#187; (13%) et Rupert Murdoch, le patron du conglom&#233;rat multim&#233;dia multinational News Corp (13%). Ce dernier a &#233;voqu&#233; aussi &lt;i&gt;&#171; un investissement sentimental &#187;. &lt;/i&gt;C'est cet aspect sentimental qui est mis en avant par les grands actionnaires : autant dire qu'ils n'attendraient peu ou pas de rentabilit&#233; de ce projet qui aurait des vertus exp&#233;rimentale et amicale, plus qu'&#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, initialement, TV Breizh devait &#234;tre une cha&#238;ne &#224; p&#233;age, visant 7 &#224; 8% des 3,5 millions de foyers potentiellement int&#233;ress&#233;s en Europe, soit 250 000 abonn&#233;s, permettant d'atteindre l'&#233;quilibre financier. Mais cette hypoth&#232;se de financement a &#233;t&#233; abandonn&#233;e, l'id&#233;e d'une cha&#238;ne par abonnement ayant &#233;t&#233; refus&#233;e par TPS. TV Breizh accessible gratuitement, sera donc financ&#233;e &#224; 95% par la publicit&#233; et le parrainage, TF1 assurant la r&#233;gie publicitaire de fa&#231;on &#224; r&#233;aliser des &#233;conomies de gestion et &#224; cr&#233;er des synergies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le budget pr&#233;visionnel annuel de TV Breizh sera de 75 &#224; 80 millions de francs, ce qui est tr&#232;s serr&#233;. En effet les trois heures quotidiennes de programmes frais produits soit environ un millier d'heures par an, devraient absorber au moins la moiti&#233; du budget de la cha&#238;ne. Hors les cours de breton, le co&#251;t moyen horaire de l'&#233;mission peut &#234;tre estim&#233;, avec le budget actuel, &#224; environ 35 000 francs/heure, ce qui poussera la cha&#238;ne &#224; r&#233;aliser beaucoup de &#171; plateaux &#187;. Ce budget est tr&#232;s faible : par exemple, la retransmission d'un match de football revient environ &#224; 250 000 francs. A titre de comparaison, il faut souligner qu'&#224; France 3 Ouest&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;idem, page 21.&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, une heure d'information co&#251;te environ 200 000 francs, une heure d'antenne entre 100 et 150 000 et une heure d'&#233;mission en langue bretonne, environ 300 000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ajouter que les co&#251;ts du doublage sont particuli&#232;rement &#233;lev&#233;s, puisqu'il faut compter 50 000 francs pour un 52 minutes. Le projet de TV Breizh est de d&#233;velopper autour d'elle une industrie du doublage, mais il faudrait d&#233;bourser neuf millions de francs pour doubler l'ensemble des &#233;missions, notamment les &#233;missions pour la jeunesse : or, TV Breizh ne dispose que de quatre millions &#224; cet effet et devra faire des choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; recettes, le march&#233; publicitaire r&#233;gional des douze d&#233;partements de l'Ouest de la France incluant la Bretagne, les Pays de Loire et la Basse Normandie, peut &#234;tre estim&#233; pour les investissements dans les m&#233;dias, &#224; environ trois milliards de francs. La r&#233;partition entre ces m&#233;dias est &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me que dans les autres r&#233;gions, &#224; savoir 30% pour la PQR, 25% pour les gratuits, 10% pour l'affichage et 5% pour les radios locales. La part r&#233;gionale de la publicit&#233; destin&#233;e &#224; la t&#233;l&#233;vision est n&#233;gligeable et b&#233;n&#233;ficie essentiellement &#224; France 3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, TV Breizh esp&#232;re r&#233;cup&#233;rer 22 &#224; 25 millions de francs de recettes publicitaires d&#232;s l'exercice 2001. Elle devrait &#234;tre d&#233;ficitaire pendant au moins cinq ann&#233;es, avant d'atteindre son &#233;quilibre vers 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les ambigu&#239;t&#233;s du projet&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aventure de la t&#233;l&#233;vision commerciale en r&#233;gion est si on&#233;reuse et si risqu&#233;e que l'on peut s'interroger sur les finalit&#233;s de ce projet. Deux interpr&#233;tations ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; avanc&#233;es pour &#233;clairer cette initiative : l'une par les promoteurs du projet, l'autre par ses adversaires. Nous en proposerons une troisi&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re interpr&#233;tation est &#171; la version officielle &#187; avanc&#233;e par Patrick Le Lay et reprise par ses alli&#233;s. TV Breizh est une aventure personnelle, voire sentimentale, de quelques puissants attach&#233;s &#224; la Bretagne. Ce serait en quelque sorte du m&#233;c&#233;nat : &lt;i&gt;&#171; lancer une t&#233;l&#233;vision pour la Bretagne est une cause un peu similaire &#224; celle de sauver des b&#233;b&#233;s phoques &#187;, &lt;/i&gt;d&#233;clare le patron de TF1. C'est &#224; cette &#171; interpr&#233;tation romantique &#187; du projet que se livre volontiers P. Le Lay, en rappelant qu'il est n&#233; &#224; Saint-Brieuc et a pass&#233; son enfance &#224; Pl&#233;met dans les C&#244;tes d'Armor, et en rapportant le message de son p&#232;re d&#233;fenseur de la cause bretonne, qui lui aurait demand&#233; avant de mourir, &lt;i&gt;&#171; Fais quelque chose pour ton pays mon fils ! &#187;.&lt;/i&gt; Aujourd'hui, rench&#233;rit Patrick Le Lay,&lt;i&gt; &#171; Chaque breton doit faire quelque chose pour son pays dans son domaine de comp&#233;tence &#187;.&lt;/i&gt; Cette interpr&#233;tation est valid&#233;e par le d&#233;put&#233; socialiste du Morbihan, Jean-Yves Le Drian, qui d&#233;clare &#224; propos du projet de Patrick Le Lay, &lt;i&gt;&#171; C'est plus un acte de militantisme et de fid&#233;lit&#233; qu'un acte commercial... Sa sinc&#233;rit&#233; me para&#238;t &#233;vidente, il veut rendre service &#224; la Bretagne &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Citations extraites de l'article d'Olivier Milot &#171; TV Breizh, la voix de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me interpr&#233;tation du projet est port&#233;e par ses adversaires qui soup&#231;onnent les promoteurs de TV Breizh d'&#171; arri&#232;res pens&#233;es &#187; id&#233;ologiques. TV Breizh serait un moyen de reconqu&#234;te au service d'une id&#233;ologie r&#233;gionaliste et lib&#233;rale. En effet, Patrick Le Lay est membre fondateur de &#171; l'Institut de Locarn &#187; devant lequel il pr&#233;senta le projet de t&#233;l&#233;vision en octobre 1998. Fran&#231;ois Pinault collabore aussi &#224; cet Institut de Locarn que l'hebdomadaire &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt; d&#233;crit comme &lt;i&gt;&#171; une sorte de Davos breton, &#224; la fois laboratoire de r&#233;flexion et centre de formation des &#233;lites entrepreneuriales locales &#187;&lt;/i&gt;. Quant &#224; Thierry Meyssan, pr&#233;sident du &#171; R&#233;seau Voltaire &#187;, une association de gauche de d&#233;fense des libert&#233;s et de la la&#239;cit&#233;, il d&#233;clare qu'il &lt;i&gt;&#171; ne croit pas &#224; la sinc&#233;rit&#233; de La Lay &#187;&lt;/i&gt; et que &lt;i&gt;&#171; derri&#232;re ce projet il y a l'Institut de Locarn dont certains membres appartiennent &#224; l'Opus Dei &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Olivier Milot dans T&#233;l&#233;rama du 17/11/99.&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/i&gt; Cette interpr&#233;tation du projet que l'on pourrait qualifi&#233;e de &#171; th&#232;se du complot &#187; aurait pu aussi invoquer la d&#233;marche de la Ligue du Nord d'Umberto Bossi, alli&#233;e de Silvio Berlusconi, dans le &#171; P&#244;le des Libert&#233;s &#187; qui revendique pour la Lombardie, une identit&#233; padane-celtique, et souhaiterait remplacer dans cette r&#233;gion, la langue italienne par le lombard et l'anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine fa&#231;on, cette interpr&#233;tation s'appuie sur la complexit&#233;, voire sur l'ambigu&#239;t&#233;, de la notion d'&#171; identit&#233; culturelle &#187; qui n&#233;cessite la d&#233;termination de son contenu : sera-t-elle diversit&#233;, contestation, critique, libert&#233;...ou bien conservatisme, exclusion, traditionalisme...? Tout d&#233;pend de la signification qu'on lui affecte : elle peut &#234;tre exclusion de l'autre, de l'&#233;tranger ou bien dialogue, ouverture et m&#233;tissage des multiples...Cette ambivalence de la notion a pu faire dire &#224; Peter Sloterdijck dans sa &#171; &lt;i&gt;Critique de la Raison Cynique &#187;&lt;/i&gt;, que ce concept &#171; &lt;i&gt;marque la plus grande d&#233;faite de l'Aufklarung&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous proposerons une troisi&#232;me interpr&#233;tation plus prosa&#239;que. TV Breizh est une cha&#238;ne exp&#233;rimentale, premi&#232;re &#171; t&#233;l&#233;vision-miroir &#187; dans une r&#233;gion fran&#231;aise, poursuivant un triple objectif &#233;conomique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, il s'agit de la part des trois grands groupes europ&#233;ens de t&#233;l&#233;vision commerciale de contester le monopole de fait du service public qui s'exerce en r&#233;gion au profit de France 3. De ce point de vue, la Bretagne est une excellente &#171; terre d'exp&#233;rimentation &#187; puisque la r&#233;gion se d&#233;finit comme telle dans le secteur de la communication et que la PQR a montr&#233; le chemin de la concurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il s'agit pour TF1 de tenter de reprendre des parts du march&#233; publicitaire national, notamment contre M6 dont l'audience ne cesse de cro&#238;tre, y compris gr&#226;ce &#224; sa politique de d&#233;crochages locaux d'information et dont la rentabilit&#233; financi&#232;re est &#233;tonnante. En effet, s'agissant de la strat&#233;gie de TF1, rappelons que l'&#233;rosion continue de son audience nationale l'a amen&#233;e &#224; multiplier autour de la cha&#238;ne nationale, une flottille de cha&#238;nes th&#233;matiques destin&#233;e &#224; maintenir et m&#234;me &#224; renforcer sa part du march&#233; publicitaire. Ainsi, au d&#233;but de l'ann&#233;e 2000, TF1 r&#233;coltait 54% de parts des investissements publicitaires dans la t&#233;l&#233;vision, son meilleur r&#233;sultat malgr&#233; la chute d'audience. &lt;i&gt;&#171; Il y a une telle p&#233;nurie d'espaces publicitaires &#224; la t&#233;l&#233;vision qu'il&lt;/i&gt; &lt;i&gt;est int&#233;ressant de lancer une nouvelle cha&#238;ne pour collecter les investissements &#187;&lt;/i&gt; souligne Christine Pouquet, directrice commerciale d'Initiative Media (dans &#171; Le Monde &#187; du 18 mai 2000). Autrement dit ce que TF1 a d&#233;j&#224; fait &#224; l'&#233;chelle nationale, avec des cha&#238;nes th&#233;matiques (LCI, &lt;i&gt;Odyss&#233;e&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Eurosport&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Teletoon&lt;/i&gt;), serait &#233;tendu avec des &#171; mini-g&#233;n&#233;ralistes &#187; &#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale dont TV Breizh serait l'&#233;claireur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, TV Breizh pourrait servir &#224; exp&#233;rimenter une &#171; Europe des r&#233;gions audiovisuelles &#187;, socle d'une future organisation des grands groupes de communication sp&#233;cialis&#233;s dans la t&#233;l&#233;vision commerciale. Ce test indiquerait que l'Europe adopterait le mod&#232;le am&#233;ricain o&#249; les networks ne sont que des associations de &#171; stations locales &#187;, ce qui permet aux groupes de s'enraciner localement et de poursuivre ainsi une strat&#233;gie de &#171; glocalisation &#187; (locale et globale)&lt;br /&gt;
Au-del&#224; de l'attachement affich&#233; &#224; la m&#232;re-patrie bretonne, risquer &#224; plusieurs, 200 millions de francs sur cinq ann&#233;es dans une telle exp&#233;rimentation, vaut sans doute la peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les difficult&#233;s, il n'y a aucun doute que le d&#233;veloppement des t&#233;l&#233;visions en r&#233;gion marque une nouvelle &#233;tape de la croissance de la t&#233;l&#233;vision en Europe. En effet, depuis le d&#233;but des ann&#233;es 90 se d&#233;veloppe simultan&#233;ment la transnationalisation et la d&#233;centralisation de la t&#233;l&#233;vision. D&#233;sormais un double ph&#233;nom&#232;ne structure de fa&#231;on paradoxale, l'audiovisuel : d'un c&#244;t&#233;, l'internationalisation des groupes et l'homog&#233;n&#233;isation des programmes et de l'autre, la r&#233;gionalisation et la volont&#233; d'expressions locales. L'Europe audiovisuelle sera-t-elle un m&#233;lange de programmes de stock internationaux, tels les t&#233;l&#233;novelas br&#233;siliennes ou les s&#233;ries nord-am&#233;ricaines, agr&#233;ment&#233;s de programmes locaux et r&#233;gionaux de flux, &#171; en direct &#187; et en langue &#034;r&#233;gionale&#034; ? La t&#233;l&#233;vision catalane TV3 ne pr&#233;sente-t-elle pas depuis longtemps tous ses programmes en langue catalane, y compris les s&#233;ries comme &#171; Dallas &#187; ? TV Breizh pourra-t-elle faire autrement ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que cet article est paru en janvier-f&#233;vrier 2001.(note d'Acrimed)&#034; id=&#034;nh7-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Musso, Professeur &#224; l'Universit&#233; de Rennes 2.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Musso, &#171; La t&#233;l&#233;vision dans les r&#233;gions d'Europe &#187;. Editions Miroirs. Lille. 1991 et Pierre Musso avec Lionel Levasseur et Philippe Sou&#234;tre, &#171; T&#233;l&#233;vision et presse &#233;crite dans les r&#233;gions d'Europe &#187;. Editions du Conseil de l'Europe. Strasbourg. 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sondage TMO, cit&#233; par &#171; Le Nouvel Observateur &#187; du 28 octobre 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Production t&#233;l&#233;vis&#233;e et identit&#233; culturelle en Bretagne, Galice et Pays de Galles &#187; (page 21 et suivantes) par Jacques Guyot, Magarita Ledo Andon et Roland Michon. PUR. 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;idem, page 21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Citations extraites de l'article d'Olivier Milot &#171; TV Breizh, la voix de l'Armorique &#187; dans &#171; T&#233;l&#233;rama &#187; du 17 novembre 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par Olivier Milot dans T&#233;l&#233;rama du 17/11/99.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons que cet article est paru en janvier-f&#233;vrier 2001.(&lt;i&gt;note d'Acrimed&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La d&#233;r&#233;glementation, condition &#224; la formation des groupes multim&#233;dias multinationaux</title>
		<link>https://www.acrimed.org/La-dereglementation-condition-a-la-formation-des-groupes-multimedias</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.acrimed.org/La-dereglementation-condition-a-la-formation-des-groupes-multimedias</guid>
		<dc:date>2003-07-14T16:52:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Musso</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;r&#233;glementation</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La formation des grands groupes multim&#233;dias r&#233;sulte d'abord du profond processus de d&#233;r&#233;gulation (ou d&#233;r&#233;glementation) de l'audiovisuel et des t&#233;l&#233;communications.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.acrimed.org/-Economie-et-publicite-" rel="directory"&gt;&#201;conomie des m&#233;dias&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.acrimed.org/+-Dereglementation-+" rel="tag"&gt;D&#233;r&#233;glementation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions ici, avec l'autorisation de son auteur, un article paru dans les Dossiers de l'audiovisuel n&#176; 94, nov-d&#233;c 2000, intitul&#233;s &#171; Les strat&#233;gies des groupes multim&#233;dias &#187;. Il sera prochainement r&#233;actualis&#233;. (&lt;i&gt;Acrimed&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si la formation des grands groupes multim&#233;dias est souvent pr&#233;sent&#233;e comme li&#233;e &#224; la mutation technique du num&#233;rique et de l'Internet, elle r&#233;sulte d'abord du profond processus de d&#233;r&#233;gulation (ou d&#233;r&#233;glementation) de l'audiovisuel et des t&#233;l&#233;communications. Enclench&#233;e aux Etats-Unis et en Europe d&#232;s la fin des ann&#233;es 70, ce mouvement de d&#233;r&#233;gulation s'est &#233;tendu &#224; la plan&#232;te enti&#232;re au cours des vingt derni&#232;res ann&#233;es, sous l'impulsion du GATT puis de l'OMC. Certes dans chaque pays, ce processus a pris des formes diff&#233;rentes, mais partout il a entra&#238;n&#233; la formation ou la restructuration des groupes de communication, du fait d'une modification des lignes de partage &#233;tablies ant&#233;rieurement entre les march&#233;s et de l'apparition de &#171; nouveaux entrants &#187; tr&#232;s dynamiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut une fois encore, pr&#233;ciser la d&#233;finition du ph&#233;nom&#232;ne de d&#233;r&#233;glementation pour bien appr&#233;cier ses cons&#233;quences sur la strat&#233;gie des groupes de communication. La d&#233;r&#233;glementation n'est pas une suppression de r&#233;glementation ou de r&#233;gulation, mais sa modification : en effet, les d&#233;r&#233;glementations entra&#238;nent aussit&#244;t des re-regl&#233;mentations, voire des sur-r&#233;glementations. Ce sont des phases de transition entre deux types de r&#233;gulation (c'est pourquoi nous avions propos&#233; avec Guy Pineau, le terme de &#171; transr&#233;gulation &#187;, pour d&#233;signer une r&#233;gulation de transition et une transition de r&#233;gulation). Ainsi dans le cas fran&#231;ais de l'audiovisuel, la d&#233;r&#233;glementation de l'audiovisuel s'est elle op&#233;r&#233;e &#171; &#224; coups de lois &#187; en 1982 (suppression du monopole de programmation), et surtout en 1986 avec la privatisation de TF1. En effet, dans le cas europ&#233;en, on peut parler de &#171; d&#233;r&#233;glementation programm&#233;e &#187; (selon la formule de L. Bancel-Charensol&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bancel-Charensol &#171; La d&#233;r&#233;glementation des t&#233;l&#233;communications dans les pays (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) par diff&#233;rence &#224; une d&#233;r&#233;glementation plus &#171; pragmatique &#187; op&#233;r&#233;e aux Etats-Unis, sous la pression des lobbies et sous la responsabilit&#233; de la FCC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;r&#233;glementation &#171; &#224; la fran&#231;aise &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut bien accepter comme d&#233;finition minimale de la d&#233;r&#233;glementation, qu'il s'agit de la suppression totale ou partielle du monopole public exerc&#233; sur un secteur d'activit&#233;s, en l'occurrence la communication, on peut constater que les d&#233;buts de ce processus datent en France, du d&#233;but des ann&#233;es 80, avec la suppression du monopole de programmation par la loi du 27 juillet 1982 qui va permettre la cr&#233;ation ult&#233;rieurement de cha&#238;nes commerciales de t&#233;l&#233;vision. Mais cette loi fut l'aboutissement d'une critique radicale du monopole public conduite notamment depuis mai 1968, parce que l'information avait &#233;t&#233; mise sous tutelle par les pouvoirs publics. L'&#233;quation &#171; monopole public = monopole politique &#187; du parti au pouvoir, s'&#233;tait impos&#233;e dans l'opinion &#224; la fin des ann&#233;es gaullistes. La philosophie politique qui l&#233;gitimait le monopole public &#233;tablie apr&#232;s-guerre voulait que le pluralisme s'exerce au mieux dans le cadre de l'Etat r&#233;publicain capable d'assurer en son sein le pluralisme des opinions. Or, l'exercice du monopole public comme monopole politique en mati&#232;re d'information a convaincu du contraire. Le consensus d'apr&#232;s-guerre sur le monopole public fut donc bris&#233;. La nouvelle doctrine qui s'y substitua durant les ann&#233;es 70-80, fut celle du pluralisme garanti par la pluralit&#233; des acteurs. Puisque l'Etat et le secteur public n'avaient pu garantir le pluralisme, c'est en multipliant les cha&#238;nes de radio et de t&#233;l&#233;vision que le pluralisme serait obtenu. La nouvelle &#233;quation fut donc la suivante : &#171; pluralisme = pluralit&#233; &#187;. La garantie du pluralisme, ce n'est plus le monopole public, mais la pluralit&#233; des acteurs priv&#233;s et publics. Cette vision triomphe au d&#233;but des ann&#233;es 80 et entra&#238;ne la multiplication des radios et des t&#233;l&#233;visions commerciales, avec la Cinq, TV6 et Canal Plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du milieu des ann&#233;es 80, une nouvelle probl&#233;matique de la r&#233;gulation &#233;merge avec la multiplication des acteurs : celle de l'&#233;quilibre entre les secteurs priv&#233; et public. Certes le pluralisme, c'est la pluralit&#233;, mais une pluralit&#233; &#171; &#233;quilibr&#233;e &#187; o&#249; coexistent le secteur commercial et le secteur public. La Grande Bretagne avec son duopole &#233;quilibr&#233; entre la BBC et ITV appara&#238;t alors comme un &#171; mod&#232;le &#187; pour les pays europ&#233;ens. En France, durant dix ann&#233;es, les gouvernements successifs vont corriger les exc&#232;s de leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, pour maintenir ou r&#233;tablir ce fameux &#233;quilibre : les gouvernements de droite renforceront le secteur commercial avec la loi L&#233;otard du 30 septembre 1986, et la privatisation de TF1 ou avec la loi Carignon du 1er f&#233;vrier 1994 en autorisant un m&#234;me groupe &#224; d&#233;tenir jusqu'&#224; 49% du capital d'une cha&#238;ne nationale hertzienne de t&#233;l&#233;vision. Inversement, les gouvernements de gauche organiseront l'unit&#233; du secteur public en cr&#233;ant une Pr&#233;sidence commune de France T&#233;l&#233;vision, puis un holding du secteur public (lois du 17 janvier 1989 et du 1er ao&#251;t 2000). &lt;br /&gt;
Mais au-del&#224; de ces corrections des d&#233;s&#233;quilibres entre secteurs priv&#233; et public recherch&#233;s au nom de l'&#233;quilibre et du &#171; syst&#232;me mixte &#187;, une nouvelle doctrine appara&#238;t dans les ann&#233;es 90, pour r&#233;agir &#224; la multiplication des cha&#238;nes sur le c&#226;ble et le satellite, pour faire face &#224; l'&#233;miettement des op&#233;rateurs. Cette nouvelle doctrine est celle des &#171; champions nationaux ou europ&#233;ens &#187; : il s'agit d&#233;sormais de constituer des grands groupes puissants capables de r&#233;sister aux groupes nord-am&#233;ricains h&#233;g&#233;moniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, en un demi-si&#232;cle, quatre philosophies politiques successives ont inspir&#233; la r&#233;gulation audiovisuelle en France (et ne Europe du Sud) : d'abord, celle du monopole public, puis celle de la pluralit&#233; des acteurs, puis celle du &#171; syst&#232;me mixte &#233;quilibr&#233; &#187;, et enfin depuis le milieu des ann&#233;es 90, celle des &#171; champions nationaux &#187; ou &#171; europ&#233;ens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les t&#233;l&#233;communications fran&#231;aises, la d&#233;r&#233;glementation fut enclench&#233;e plus tardivement, avec la loi L&#233;otard de 1986 qui permit la cr&#233;ation d'un concurrent de France T&#233;l&#233;com dans les mobiles avec la SFR (Soci&#233;t&#233; Fran&#231;aise de Radiot&#233;l&#233;phonie) cr&#233;&#233;e en 1988, puis elle fut accentu&#233;e par deux lois en 1990 et 1996 qui permirent la cr&#233;ation de quatre vingts op&#233;rateurs de t&#233;l&#233;communications dont Cegetel (groupe Vivendi) et Bouygues, d&#233;j&#224; pr&#233;sents dans l'audiovisuel (respectivement avec Canal Plus et TF1). Ainsi, ces diverses soci&#233;t&#233;s issues de la d&#233;r&#233;glementation de l'audiovisuel, des t&#233;l&#233;communications ainsi que des privatisations (Havas en 1987) se retrouvent aujourd'hui pour l'essentiel, regroup&#233;es dans Vivendi dont elles constituent le p&#244;le communication (Havas, Canal Plus, SFR et la Cegetel). On peut constater a posteriori que ce groupe a constitu&#233; son portefeuille d'activit&#233;s au fur et &#224; mesure que les d&#233;cisions &#233;tatiques de d&#233;r&#233;glementation entra&#238;naient des d&#233;monopolisations ou des privatisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait montrer qu'il en alla de m&#234;me en Italie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Pierre Musso et Guy Pineau, &#171; L'Italie et sa t&#233;l&#233;vision &#187;. INA/Champ (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pour le groupe Fininvest de Silvio Berlusconi qui s'est form&#233; dans le contexte de &#171; l'a-r&#233;glementation &#187; entretenue par le l&#233;gislateur entre 1975 et 1990. On peut dire qu'en Europe du Sud (pays de droit romain), les &#171; nouveaux entrants &#187; dans la communication et qui en deviennent les &#171; champions nationaux &#187;, ont b&#233;n&#233;fici&#233; des processus de d&#233;r&#233;glementation op&#233;r&#233;s entre le milieu des ann&#233;es 70 et celui des ann&#233;es 90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;r&#233;glementation &#171; &#224; l'am&#233;ricaine &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux Etats-Unis, la d&#233;r&#233;glementation a pris d'autres voies, pour une raison essentielle : l'Etat n'a pas cr&#233;&#233; &#224; l'origine de monopole public, ni m&#234;me g&#233;r&#233; de secteur public de la communication. C'est pourquoi, le processus de d&#233;r&#233;glementation s'op&#232;re de fa&#231;on plus pragmatique, par voie jurisprudentielle, sous la pression des groupes eux-m&#234;mes, et sous la surveillance de la FCC cr&#233;&#233;e d&#232;s 1934. Il faut ajouter que depuis 1890, le &#171; Shermann Act &#187; fait peser une &#233;p&#233;e de Damocl&#232;s anti-trust, sur les tendances aux concentrations, comme l'ont subi ATT en 1984 et aujourd'hui Microsoft, qui ont &#233;t&#233; (ou vont &#234;tre) d&#233;membr&#233;s apr&#232;s avoir construit des situations de monopoles. Les probl&#233;matiques de la d&#233;r&#233;glementation sont donc pos&#233;es en des termes tr&#232;s diff&#233;rents : le r&#244;le de l'Etat dans la gestion de l'audiovisuel et les t&#233;l&#233;communications &#233;tant quasi-nul, tout est affaire de commerce et d'&lt;i&gt;&#171; entertainement industry &#187;. &lt;/i&gt;Dans l'audiovisuel, le service public n'existait pas &#224; l'origine, il r&#233;sulte &#224; la fin des ann&#233;es 60, de la position dominante et des exc&#232;s des &lt;i&gt;networks&lt;/i&gt; notamment en mati&#232;re publicitaire, en revanche le c&#226;ble est pr&#233;sent d&#232;s l'origine et les trois quarts des m&#233;nages y sont abonn&#233;s aujourd'hui. Ces diff&#233;rences essentielles font que la d&#233;r&#233;glementation se pose en des termes diff&#233;rents : il s'agit tant&#244;t de d&#233;membrer des entreprises trop puissantes (cas d'ATT) ou d'emp&#234;cher des fusions trop mena&#231;antes (comme r&#233;cemment celle de Worldcom-MCI avec Sprint qui aurait cr&#233;&#233; une situation dominante dans l'Internet), tant&#244;t et le plus souvent, de modifier des lignes de d&#233;marcation entre les march&#233;s de mani&#232;re &#224; r&#233;tablir les &#233;quilibres et les rapports de forces entres les secteurs et les acteurs de cette industrie. Ainsi pendant les ann&#233;es 70, il s'est agi de limiter la toute puissante des networks qui avaient 90% de l'audience de la t&#233;l&#233;vision, en multipliant les r&#233;seaux concurrents de diffusion, en suscitant la cr&#233;ation de PBS, en soutenant l'industrie du c&#226;ble et celle de la syndication, et en prot&#233;geant les studios d'Hollywood d'une trop forte emprise des networks. En 1970 avait ainsi &#233;t&#233; dress&#233;e une barri&#232;re de protection entre les networks et la production, gr&#226;ce au &#171; Fin-Syn &#187; &lt;i&gt;(&#171; Financial Interest and Syndication Rules&lt;/i&gt; &lt;i&gt; &#187;)&lt;/i&gt;. Depuis l'affaiblissement des networks, obtenu gr&#226;ce &#224; la multiplication des cha&#238;nes sur le c&#226;ble et par satellite, la FCC a pu lever progressivement ces barri&#232;res et en avril 1991, est revenue sur le &#171; Fin-Syn &#187;, permettant les fusions acquisitions entre producteurs et r&#233;seaux. La fusion en 1989, de Time-Warner avait d&#233;j&#224; indiqu&#233; la tendance au rapprochement entre les r&#233;seaux c&#226;bl&#233;s de Turner, les cha&#238;nes th&#233;matiques comme CNN et HBO et un grand studio ; mais &#224; partir de 1995, le mouvement s'est amplifi&#233; avec le rachat de ABC par Disney, puis celui de CBS par Viacom qui avait repris Paramount. Ainsi les processus d'int&#233;gration verticale &#233;taient lanc&#233;s entre groupes nord-am&#233;ricains et ouvraient la porte &#224; une course effr&#233;n&#233;e en ce sens qui aboutit d&#233;but 2000, &#224; l'acquisition de Time-Warner par AOL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant des t&#233;l&#233;communications, le processus fut diff&#233;rent : apr&#232;s une tr&#232;s longue bataille juridique qui a dur&#233; presque quarante ann&#233;es, le quasi-monopole priv&#233; d'ATT fut remis en question par son d&#233;membrement en 1984, donnant naissance &#224; sept nouvelles compagnies r&#233;gionales qui depuis, ont partiellement fusionn&#233; entre elles (il reste quatre compagnies r&#233;gionales). En 1996, le &#171; Telecom Act &#187; a &#233;largi la d&#233;r&#233;gulation de la communication, en permettant aux acteurs des t&#233;l&#233;communications de rentrer sur les autres march&#233;s, notamment celui du c&#226;ble, et r&#233;ciproquement. Ainsi ATT a-t-il rachet&#233; TCI et Media One, devenant le premier c&#226;blo-op&#233;rateur et formant un grand op&#233;rateur de r&#233;seaux (t&#233;l&#233;phoniques, Internet et r&#233;seaux haut d&#233;bit).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les voies de la d&#233;r&#233;gulation ont &#233;t&#233; tr&#232;s diff&#233;rentes des deux c&#244;t&#233;s de l'Atlantique, les modes de r&#233;gulation qui en r&#233;sultent tendent d&#233;sormais vers un mod&#232;le unique inspir&#233; par une vision n&#233;o-lib&#233;rale de type anglo-saxon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Consensus sur &#171; l'am&#233;ricanisme &#187; des r&#233;gulations et conflit sur &#171; l'am&#233;ricanisation &#187; des programmes.&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes europ&#233;ens semblent adopter aujourd'hui une strat&#233;gie de mim&#233;tisme par rapport &#224; leurs concurrents nord-am&#233;ricains. Ainsi, la fusion Vivendi-Seagram-Canal Plus est une copie conforme de la fusion r&#233;alis&#233;e six mois auparavant entre AOL-Time Warner et EMI. Cr&#233;er un ou deux groupes multim&#233;dias multinationaux sur le mod&#232;le nord-am&#233;ricain, tel est le nouveau credo de la fin des ann&#233;es 90. Ce consensus partag&#233; par les pouvoirs politiques et financiers, nous l'appelons &#171; am&#233;ricanisme &#187; (en empruntant le concept &#224; Antonio Gramsci), et pas seulement &#171; am&#233;ricanisation &#187; des programmes et des &#171; contenus &#187;. Si celle-ci est un objet conflictuel depuis plus de 70 ans entre les Etats-Unis et l'Europe et notamment la France, &#171; l'am&#233;ricanisme &#187; de la r&#233;gulation est l'objet d'un consensus renforc&#233;.&lt;br /&gt;
En effet, la domination nord-am&#233;ricaine dans l'industrie de la communication s'accentue, tant en ce qui concerne les groupes que chacun des secteurs de la communication. Comme le souligne Bruno Bonnell - &lt;i&gt;&#171; Jamais en cette fin de vingti&#232;me si&#232;cle, l'industrie am&#233;ricaine du cin&#233;ma n'a autant domin&#233; le monde &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bruno Bonnell, &#171; La vingt-cinqui&#232;me image. Une &#233;conomie de l'audiovisuel &#187;. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. En 1995, plus de 8 milliards de productions furent vendues dans le monde dont 4,1 milliards, soit 57%, en Europe. C'&#233;tait alors le deuxi&#232;me poste &#224; l'exportation pour l'&#233;conomie am&#233;ricaine. Depuis cette domination n'a cess&#233; de s'aggraver : en 1998, les exportations nord-am&#233;ricaines vers l'Europe s'&#233;levaient &#224; 6,6 milliards de dollars (contre 5,9 l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente et 5,6 milliards en 1996). Dans cette enveloppe globale, les programmes de t&#233;l&#233;vision repr&#233;sentaient 42%, la vid&#233;o 36% et le cin&#233;ma, 22%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette h&#233;g&#233;monie nord-am&#233;ricaine dans les &#171; contenus &#187; audiovisuels, s'ajoute d&#233;sormais la domination dans l'industrie informatique des composants et des logiciels, avec Intel et Microsoft, dans les t&#233;l&#233;communications, avec ATT et MCI-Worldcom, et les compagnies r&#233;gionales &#171; Regional Bell Companies &#187;. Quant &#224; Internet, il suffit de noter qu'en 1998, 84% des recettes du Web ont &#233;t&#233; r&#233;colt&#233;es par les Etats-Unis.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Autrement dit, plus se renforce l'affrontement sur l'am&#233;ricanisation des contenus, plus s'affaiblit la diff&#233;rence sur les modes de r&#233;gulation du secteur de la communication entre l'Europe et les Etats-Unis. Si l'on peut constater ce mim&#233;tisme croissant des modes de r&#233;gulation, comme le montrent la fin des monopoles publics, le renforcement des groupes priv&#233;s de communication, l'affaiblissement des secteurs publics, la multiplication des cha&#238;nes gr&#226;ce au c&#226;ble et au satellite, la cr&#233;ation et le r&#244;le croissant des instances de r&#233;gulation qui s'inspirent toutes de la FCC, etc., en revanche demeure un grand conflit symbolique sur la &#171; question culturelle &#187; et m&#234;me sur &#171; l'exception culturelle &#187; soulev&#233;e par l'Europe et la France en particulier. Outre-Atlantique, ce d&#233;bat culturel est exclu des probl&#233;matiques de &lt;i&gt;&#171; l'entertainement industry &#187;.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut rappeler que l'affrontement entre les Etats-Unis et l'Europe a toujours eu pour objet cette question. D&#232;s 1928, la France adopte avec le d&#233;cret Herriot, une politique de quotas en mati&#232;re de films am&#233;ricains fix&#233; &#224; 120 films par an, et la Grande Bretagne fait de m&#234;me. Cette politique est confirm&#233;e apr&#232;s-guerre, malgr&#233; les accords Blum-Byrnes qui intervenant en &#233;change du plan Marshall, visaient &#224; all&#233;ger les restrictions fix&#233;es sur l'export des films am&#233;ricains, et donc &#224; annuler le d&#233;cret Herriot. La r&#233;action des r&#233;alisateurs, artistes et producteurs obligea &#224; la remise en cause de ces accords et un quota de 121 films am&#233;ricains fut r&#233;tabli et une politique de soutien &#224; l'industrie cin&#233;matographique fran&#231;aise se mit en place. Gr&#226;ce &#224; cette politique la France demeure un des pays producteurs les plus forts en Europe (avec 183 films produits en 1998 sur 650 dans l'Union Europ&#233;enne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1990 marque une nouvelle phase dans le diff&#233;rend entre l'Europe et les Etats-Unis sur cette question, pour deux raisons principales. D'abord, parce que le d&#233;ficit commercial europ&#233;en se creuse, le besoin de programmes explosant avec la multiplication des cha&#238;nes suite &#224; la d&#233;r&#233;glementation : ainsi 70% des programmes audiovisuels et maintenant des films en salle, proviennent-ils des Etats-Unis. D&#232;s lors, cette situation conduit &#224; l'adoption de la directive europ&#233;enne TSF (&#171; T&#233;l&#233;vision sans fronti&#232;re &#187;) en 1989 qui invite les programmateurs europ&#233;ens &#224; diffuser une majorit&#233; de productions europ&#233;ennes &lt;i&gt;&#171; chaque fois que cela est r&#233;alisable &#187;.&lt;/i&gt; Ensuite, l'importance de l'industrie audiovisuelle pour leur balance commerciale est telle que les Etats-Unis veulent inclure l'audiovisuel dans les n&#233;gociations du GATT puis de l'OMC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1993, les n&#233;gociations du GATT donnent lieu &#224; un affrontement direct entre l'Europe et les Etats-Unis qui d&#233;bouche sur la d&#233;finition d'une &#171; exception culturelle &#187; reconnue dans le cadre du GATT. &lt;i&gt;&#171; La culture n'est pas une marchandise comme les autres &#187;,&lt;/i&gt; selon le mot c&#233;l&#232;bre de Jacques Delors. &#171; L'exception culturelle &#187; n'a de sens que parce qu'elle s'est d&#233;finie comme un moment fort de la contestation de l'h&#233;g&#233;monie nord-am&#233;ricaine sur l'industrie des contenus (ce qui n'est plus le cas de la r&#233;cente notion sirupeuse de &#171; diversit&#233; culturelle &#187;).&lt;br /&gt;
C'est pourquoi tirant les le&#231;ons de cet affrontement, le d&#233;partement d'Etat affirmait ses nouvelles orientations dans un document de 1995 intitul&#233; &lt;i&gt;&#171; US Global Audiovisual Strategy &#187;.&lt;/i&gt; Il y pr&#233;cisait notamment qu'il convenait d'&#233;viter un renforcement des mesures restrictives comme les quotas et de veiller &#224; ce que ces mesures ne s'&#233;tendent pas aux nouveaux services, qu'il fallait lier les questions audiovisuelles et le d&#233;veloppement des nouveaux services de communication et de t&#233;l&#233;communications dans le sens de la d&#233;r&#233;glementation et. enfin.. qu'il fallait &lt;i&gt;&#171; &#233;viter les querelles inutiles sur les questions culturelles &#187;.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1998, une offensive fut lanc&#233;e contre &#171; l'exception culturelle &#187; avec l'Accord Multilat&#233;ral sur l'Investissement (l'AMI), n&#233;goci&#233; secr&#232;tement dans le cadre de l'OCDE, L&#224; encore l'AMI fut rejet&#233; notamment &#224; l'initiative de la France ; puis un projet similaire propos&#233; par le commissaire europ&#233;en Leon Brittan, intitul&#233; NTM (New Market Transatlantic), subit le m&#234;me sort. L'&#233;chec du sommet de l'OMC &#224; Seattle &#224; l'automne 1999, a emp&#234;ch&#233; de remettre cette question &#224; l'heure du jour des n&#233;gociations de l'organisation internationale du commerce.&lt;br /&gt;
Dans un tel contexte, on peut s'interroger de savoir si la fusion Vivendi-Seagram-Canal Plus ne risque pas de d&#233;sarmer les d&#233;fenseurs de l'exception culturelle, comme l'ont soulign&#233; de nombreux &#233;ditorialistes tel Patrick Lamm, du quotidien &#171; Les Echos &#187;, &lt;i&gt;&#171; La France ne pourra plus d&#233;sormais plaider pour &#171; l'exception culturelle &#187; sans s'attirer les remarques ironiques des Am&#233;ricains &#187;&lt;/i&gt; ou Peter Bart, le r&#233;dacteur en chef de la revue Variety, &lt;i&gt;&#171; Les Fran&#231;ais ont toujours &#233;t&#233; furieux de la domination des Am&#233;ricains sur les films. Aussi le fait que ce seront maintenant des Fran&#231;ais qui vont financer le cin&#233;ma am&#233;ricain ne manque pas de piquant &#187;.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fusion Vivendi-Universal change totalement la donne des rapports entre l'Europe audiovisuelle et Hollywood. D&#233;sormais, l'am&#233;ricanisation des contenus et l'am&#233;ricanisme des r&#233;gulations risquent de se confondre, sous l'impulsion des groupes de communication&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que cet article est paru en novembre-d&#233;cembre 2000.(note d'Acrimed)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Musso&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bancel-Charensol &#171; La d&#233;r&#233;glementation des t&#233;l&#233;communications dans les pays industrialis&#233;s &#187;. Economica. Paris. 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Pierre Musso et Guy Pineau, &#171; L'Italie et sa t&#233;l&#233;vision &#187;. INA/Champ Vallon. 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bruno Bonnell, &#171; La vingt-cinqui&#232;me image. Une &#233;conomie de l'audiovisuel &#187;. Page 431. Gallimard-NRF. Paris 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons que cet article est paru en novembre-d&#233;cembre 2000.(&lt;i&gt;note d'Acrimed&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
