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Lire : Ces cons de journalistes ! d’Olivier Goujon

par Maxime Friot,

Dans Ces cons de journalistes ! (Max Milo, 2019), le journaliste et photoreporter Olivier Goujon revient, exemples et témoignages à l’appui, sur la détérioration des conditions de travail des journalistes.

En vingt chapitres thématiques, Olivier Goujon fait un état des lieux des contraintes qui pèsent sur les journalistes dans l’exercice de leur métier, et des conséquences qui en découlent sur la production de l’information.



À commencer par le photojournalisme. Reportages commandés (oralement...) puis annulés, rémunérations en chute libre : les photoreporters, notamment quand ils couvrent des zones de conflits à l’étranger, travaillent dans des conditions de plus en plus précaires, qui les conduisent à prendre des risques de plus en plus importants.

Personne ne vit plus du photoreportage. « Ou presque », chipoteront les chipoteurs. Certes, « ou presque », mais ce presque est tellement résiduel qu’il ne masque plus la misère d’un métier crevé, la déshérence de femmes et d’hommes déclassés.

Une précarité que connaissent de nombreux journalistes, qui luttent au jour le jour pour trouver des piges régulières, qui peuvent gagner moins de 1000 € par mois, et qui, parfois, se trouvent obligés par les rédactions à recourir à l’autoentrepreneuriat (alors que c’est illégal).

La rémunération de la pige se fait au feuillet, à la ligne, au signe, sans tenir compte, dans la plupart des cas, de la difficulté du sujet, du nombre d’interviews nécessaires ou, encore moins, (...) de la réflexion, de l’analyse ou des connaissances indispensables à la réalisation du papier.

Parmi les thèmes abordés, Olivier Goujon évoque celui des transformations de la presse magazine :

En 1995, quand je commence à travailler pour Prisma, j’ai des feuilles de salaire, des certificats de travail, une carte de presse, des commandes signées, des frais payés... Vingt ans après, je suis autoentrepreneur, je finance mes reportages, je n’ai plus de carte de presse française, ni de commandes signées, ni de certificats d’employeur...

Des mutations qui vont de pair avec une détérioration de la qualité de l’information :

La vente de Mondadori, comme la cession par appartements des magazines de Prisma Media, signifie d’abord la fin de la presse magazine des années 1990, et la victoire définitive de la publicité, de la finance et de la communication sur le journalisme [1].

Olivier Goujon revient aussi sur les pressions externes qui pèsent sur le journalisme, de l’accaparement de la plupart des grands médias par quelques milliardaires aux « journalistes de la presse régionale [se trouvant] à la merci de potentats politiques locaux ».

En mêlant témoignages de journalistes et description des évolutions du métier (en se penchant sur de nombreux cas, non abordés ici, comme, par exemple, les voyages de presse ou la loi sur les fake news), Olivier Goujon dresse un panorama des nombreuses logiques qui pèsent sur le travail quotidien des journalistes. Avec un bilan amer, mais lucide : les journalistes sont de plus en plus précaires et l’information sacrifiée, dans la presse magazine en particulier, tandis que « les relations publiques et la publicité ont pris le pas sur le journalisme pour imposer un modèle de communication basé sur le divertissement au détriment de l’information. »


Maxime Friot

 

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