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Christophe Barbier, ou les leçons de journalisme d’un éditocrate militant

par Frédéric Lemaire,

Christophe Barbier est un éditorialiste qui peut, un jour, dénoncer la confusion entre journalisme et militantisme ; et un autre se vanter de se battre depuis 30 ans pour les idées représentées par Emmanuel Macron. Une nouvelle preuve qu’un éditocrate, ça ose tout... C’est même à ça qu’on le reconnaît.

Ces dernières semaines et derniers mois, les attaques se sont multipliées contre les journalistes. Certains ont été convoqués à la DGSI ou victimes de violences policières. Trois d’entre eux, Alexis Kraland, Gaspard Glanz et plus récemment Taha Bouhafs ont été violemment arrêtés dans le cadre de leurs reportages et placés en garde à vue. Nous reviendrons plus en détail, dans un prochain article, sur les réactions suscitées en particulier par l’arrestation de Taha Bouhafs, qualifié par de nombreux commentateurs comme un « militant » et non comme un journaliste.

Précurseur, Christophe Barbier avait déjà qualifié Gaspard Glanz de « militant » suite à son arrestation. Dans un édito politique pour L’Express, il estimait que la garde-à-vue du journaliste n’était « pas du tout un scandale » compte tenu des « exactions » dont le journaliste se serait rendu coupable. Plus que jamais solidaire – mais avec le pouvoir – il remettait en question la qualité de journaliste Gaspard Glanz :

Il y a une confusion dans l’esprit de ce jeune homme entre le vrai journalisme, c’est-à-dire rapporter des faits de manière contradictoire […] et puis une démarche militante où il se comporte en témoin, il filme dans la direction qui l’arrange pour montrer ce qu’il veut montrer, c’est du militantisme ! C’est tout à fait honorable mais ce n’est pas du journalisme [...] C’est très bien le journalisme engagé, il faut des journalistes engagés […], mais l’engagement ce n’est pas simplement avoir un discours militant unilatéral, c’est aussi donner la parole à ceux qui ne sont pas d’accord, à montrer le pour et le contre, à mettre en doute ses propres convictions [1].

Il faut dire qu’en matière de « discours militant unilatéral », Christophe Barbier s’y connaît. Il vantait d’ailleurs lui-même récemment ses qualités d’idéologue, au micro d’Europe 1 :

Il est incontestable que les idées pour lesquelles je me suis battu pendant 30 ans sont assez bien, pas toutes, représentées par Emmanuel Macron. Alors on me dit toujours « Barbier vous êtes macroniste » mais c’est faux : c’est Macron qui est barbiériste ! J’étais là avant lui... Je dis tout ça depuis 20 ans et le type il arrive, il le fait, c’est quand même un peu facile, quoi.

De là à penser qu’il y a une confusion entre le « vrai journalisme » et le militantisme dans l’esprit de Christophe Barbier… il n’y a qu’un pas. Un pas d’autant plus aisé à franchir au vu des récentes prestations de l’éditocrate. Ainsi dans son éditorial du 18 juin, il tempête à propos de la réforme annoncée de l’assurance-chômage : « ce n’est pas assez violent ».



Et l’éditocrate de regretter que la « société française » n’accepte pas des solutions plus drastiques. « On ne supporte pas cela, on considère que le droit au travail, c’est le droit de choisir son travail, et de ce côté-là il faudrait réformer complètement Pôle-emploi ». Décidément pas à court de biscuit, il termine son édito en félicitant Jean-Michel Blanquer : « Ca s’est bien passé le bac ! Où étaient les grévistes ? La grève a échoué contre la réforme du bac : il y a quelque chose de cassé dans la mobilisation syndicale enseignante. » Les enseignants, toujours bel et bien mobilisés, apprécieront [2]...

Rebelote le lendemain : Christophe Barbier fait, une fois de plus, le service avant-vente d’un projet du gouvernement. Cette fois, c’est de la privatisation d’Aéroport de Paris qu’il s’agit. L’éditorialiste se charge même... de brader l’entreprise :



Bref, si l’on en croit sa propre définition, Christophe Barbier n’est pas un journaliste ; mais plutôt, comme nombre de ses confrères éditocrates, un véritable militant de l’ordre établi.


Frédéric Lemaire

 

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Notes

[1A noter que l’éditorial se conclut ainsi : « On a l’impression que du côté de la gauche radicale se dessine un monde où n’auraient le droit de donner leur avis que ceux qui seraient d’accord avec leurs propres idées. »

On gage que dans l’esprit de Barbier, c’est du côté de la « gauche radicale », forcément totalitaire, que se situent les menaces les plus saillantes sur le pluralisme d’idées et d’opinions ; tandis que ses homologues tenanciers des médias, tels que Yves Calvi ou encore Pascal Praud en sont sans aucun doute les meilleurs garants…

[2Sur le décompte « officiel » des enseignants grévistes, lire ce billet instructif sur le site de Libération.

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