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Guerre contre l’Irak

TF1, 22 mars : fragments de propagande télévisée

par Henri Maler, le 23 mars 2003

Un simple échantillon des formes les plus frustes la propagande guerrière, recueilli dans le journal de TF1 du 22 mars, présenté par Claire Chazal [1].

Héroïsation pour la postérité

Le commentaire de la conférence de presse réunie par le Tommy Franks, chef de l’Etat major américain [2], nous a valu, non un compte-rendu du contenu de cette conférence de propagande, avec ses informations biaisées et ses silences éloquents, mais une nomination pour de futures médailles. En effet, le journaliste a trouvé « l’angle » qui permet d’informer sur la désinformation, sans rien en dire : parler du Général Franck lui-même, « L’homme de cette 2e guerre du Golfe ». Dont on apprend ainsi, images et propos à l’appui, qu’il est « empreint de religion », « peu loquace », « fin communicant », « capable de plaisanter  ».

Certes, il a présenté « un show (sic) pendant lequel il n’a rien dit », mais l’essentiel est résumé dans cette conclusion du « reportage » : « La deuxième guerre du Golfe a trouvé son visage ».

Grâce à TF1, la guerre a déjà fait un héros.

Comparaison pour le bon motif

Bernard Volker, dont chaque intervention mériterait d’être relevée tant elles sont de petits chefs d’œuvre de propagande, commente : Saddam Hussein est sans doute « toujours vivant, terré dans son Bunker, en quelque sorte comme Hitler en avril 45 ». Très informé, Bernard Volker « sait » que des tractations seraient en cours pour faciliter l’éventuelle fuite de Saddam Hussein. Mais, voilà : « Il se peut également que Saddam Hussein préfèrera entraîner dans sa chute le plus grand nombre possible de soldats et de civils en une sorte d’Apocalypse  ». On peut ne pas éprouver une excessive sympathie pour Saddam Hussein, et apprécier la subtilité de la comparaison avec Hitler... qui suffit à justifier la guerre sans avoir à le dire.

Grâce à Bernard Volker, la guerre a enfin trouvé son motif.

Compassion pour les victimes

Alors que, quelques reportages auparavant, on mentionne avec prudence le chiffre de 3 morts et 207 blessés à Bagdad, sans être en mesure de donner le moindre chiffre, fût-il contestable, de la totalité des victimes civiles et militaires du côté irakien, Claire Chazal, annonce, sans préciser quelle est l’origine du décompte des victimes qu’elle énonce :

« Le bilan de ces quatre premiers jours de guerre, en termes humains, est assez lourd puisque selon les dernières informations, 21 soldats américains et britanniques auraient trouvé la mort ». Suivent alors les réactions de deux familles américaines - diffusées sur toutes les chaînes (sans doute en attendant de faire de même pour les familles de soldats irakiens...) - puis des informations sur les journalistes morts ou disparus. Un bilan - c’est la fin de la séquence - des « premières victimes de cette guerre contre l’Irak ».

On pourrait croire que le contexte suffit à expliquer cette présentation totalement unilatérale, qui ne retient comme victimes de la guerre que les militaires américains et anglais. Mais non.

Quelques instants plus tard, après avoir cédé la parole à Loïc Berrou - qui évoque la « doctrine audacieuse », le « pari risqué » de l’Etat-major américain -, Claire Chazal reprend :
« Il faut souligner à ce stade que, selon en tout cas les premiers bilans officiels, il y a plus de victimes du côté américano-britannique que du côté irakien, selon, encore une fois les bilans officiels ».

La bêtise et la propagande ont ceci de consternant que leurs sommets sont innombrables. Ainsi, des bilans officiels, dont on dit par ailleurs qu’ils sont invérifiables, permettent d’établir une comparaison..., « évidemment invérifiable », mais qu’ « il faut souligner à ce stade ».

Mais, il ya plus effarant encore : la comparaison indécente, met en balance les chiffres officiels des victimes militaires de la « coalition » américano-britannique, avec ceux des victimes civiles (vraisemblablement plus nombreuses que ne le disent les autorités irakiennes) de la seule ville de Bagdad... alors que l’on ne sait rien des victimes civiles dans les autres localités du pays. Mais surtout « il faut souligner à ce stade » que le bilan de Claire Chazal ne dit pas un mot des victimes militaires irakiennes. Pourquoi ? Parce que l’inhumanité des soldats irakiens (et de leurs familles ...) serait telle qu’ils ne méritent aucune compassion - ce sentiment si fort répandu à tous propos sur TF1 ?

En attendant, la guerre a désormais trouvé sa comptable.

Commisération pour les manifestants

Viennent enfin les comptes-rendus des manifestations d’opposition à la guerre. Et deux exemplaires de tentatives de neutralisation de leurs objectifs et de leurs sens.

D’abord, Gilles Boulot ( ?) rend compte des manifestations de Londres :

« Il y a plus d’un mois, ils étaient un peu plus d’un million dans les rues de Londres, formant le plus grand cortège dans l’histoire de la Grande-Bretagne. Mais c’était avant la guerre. Depuis, les troupes britanniques ont pénétré en Irak (...). Les opposants à la guerre sont désemparés  »

Qu’importe si le bref micro-trottoir qui suit (et qui tient lieu d’explication des objectifs de la manifestation) n’accrédite aucun désarroi. Notre zélé commentateur tient sa conclusion :

« Malgré les 100 000 personnes qui ont piétiné (sic) les pelouses de Hyde Park, tout le monde (re-sic) a bien conscience que la tornade pacifiste s’est transformée en vaguelette ».

Puis vient le tour du compte-rendu de la manifestation de Paris, dont le commentaire confronte le déroulement avec ce qui se passe au même moment en Irak.

Ce qui donne, par exemple, ce commentaire d’une exquise délicatesse, dénué d’intention malveillante :
« 16 heures 20. La tête du cortège atteint la Place de la Bastille. A la même heure, des soldats américains tombent dans une embuscade et sont tués dans le désert irakien ».

Et, après l’habituel micro-trottoir qui donne la parole à Bertrand Delanoë, quelques images de jets de projectiles, assorties de cette vigoureuse leçon de morale :
« La tentation de s’en prendre aux symboles américains est encore forte. Mais c’est le fait de quelques individus qui ont oublié le sens du mot paix »

Heureusement que TF1 est là pour nous rappeler, en pleine guerre, le sens de ce mot !

Henri Maler


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Extraits - Recto/verso

- Voir : "Les articles du site d’Acrimed en .pdf (2004-2012)"

Notes

[1] Petite mesquinerie par temps de guerre ? Ce décryptage effectué de façon bénévole n’en est pas moins un travail. Merci d’en citer la source.

[2] Toute citation du chef des armées étatsuniennes donne lieu à la mention de son diminutif "Tommy" : sans doute "le général Franks" paraîtrait trop sobre... (Note d’Acrimed).

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