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Guerre contre l’Irak

La télévision subjuguée par la guerre et la puissance

par Henri Maler, le 23 mars 2003

Les formes et les mécanismes les plus outranciers et les plus efficientes de la propagande de guerre ne sont pas nécessairement les plus visibles. Trois logiques sont à l’oeuvre - que TF1 déploie jusqu’à la caricature - et mériteraient une attention particulière, si la mobilisation contre la guerre n’était pas prioritaire [1].

- D’abord, la légitimation de la guerre par son récit.

Une fois la guerre ouvertement déclenchée, il suffit, par hostilité pour le régime de Saddam Hussein, de raconter la guerre pour qu’elle semble justifiée, pour peu - qu’importe alors les moyens - qu’elle parvienne à jeter bas la dictature. Du même coup, le récit de la guerre est entièrement conduit du point de vue des troupes américano-britanniques : qu’il s’agisse de la puissance qu’elles déploient, des victoires qu’elle remportent ou des résistances qu’elles rencontrent.

- Ensuite, la fascination pour la puissance militaire.

Auxiliaire du récit de guerre, cette fascination ou cette complaisance pour la puissance militaire américaine contribue à acclimater le soutien à la force et la barbarie technologique, sous couvert d’information. Avant même le déclenchement de la guerre ouverte, la multiplication des reportages - en général complaisamment fournis ou tolérés par les armées américaine et britannique et achetées aux médias américains - sur l’entraînement des troupes, les armes et les munitions avait rempli cet office. Cela n’a pas cessé depuis le 19 mars, bien au contraire. Au risque, il est vrai, que cette complaisance fascinée ne se retourne à la moindre défaite militaire des armées que, plus ou moins explicitement, on soutient.

- Enfin, et peut être surtout, la fascination de la télévision pour sa propre puissance.

L’ampleur et la nature du dispositif mis en oeuvre part les télévisions (et particulièrement par TF1), les moyens technologiques comme les équipes de correspondants et de reporters produisent, presque mécaniquement, un récit ajusté aux exigences de la guerre américano-britannique. Le dispositif lui-même suppose un retour sur investissements, qu’il s’agisse de l’information produite ou des bénéfices escomptés [2]. C’est son usage qui décide, presque de lui-même, des effets de propagande qui en résultent.

Hiérarchisation, brouillage et dépolitisation de l’information servent la guerre américano-britannique - machinalement.

- la hiérarchisation de l’information : la tournée quasi obligatoire de tous les « postes d’observation », quelles que soient l’importance et la nature des informations apportée, remplace l’information vérifiée. Le sommaire du journal est comme décidé par le dispositif lui-même, au point que la rentabilisation du dispositif tient lieu de réflexion sur son usage, sélectionne et ordonne quasi-mécaniquement l’information ou ce qui en tient lieu [3].

- le brouillage de l’information : la priorité accordée au direct informe plus sur la prétendue capacité d’informer que sur la guerre elle-même ; elle mêle le factuel, parfois le plus anecdotique, à l’information effective, elle-même réduite à une bouillie où le conditionnel de distanciation dévore l’indicatif des fait vérifiés. La guerre est réduite à la mêlée des « rumeurs ». L’information sur les « rumeurs » remplace l’information sur la guerre. L’information en direct, c’est la confusion en direct : le brouillage de la guerre elle-même, - réduite le plus souvent à des images spectaculaires et à des interprétations lacunaires -, de ses conséquences humaines et de ses enjeux politiques.

- la dépolitisation de l’information  : la guerre, réduite à la fausse évidence de son récit, littéralement « machinal », légitimée par sa mise en scène télévisée est soustraite à tout débat politique. Ce dernier, quand il existe, est relégué en fin de journal : maintenu au sommaire par la seule existence de manifestations qu’il est difficile de passer sous silence, même quand on tente d’en simplifier le sens ou d’en réduire la portée.

L’exaltation de Jean-Pierre Pernaut pendant le direct ininterrompu, sur TF1, le 19 mars 2003, de 3h45 à 11 heures du matin, est jusqu’à présent l’exemple le plus tristement éloquent d’un machiniste entièrement ajusté à la machinerie télévisuelle.

Les journalistes - ou, du moins certains d’entre eux -, rouages du dispositif qui informe à travers eux (et parfois malgré eux), parviennent cependant à glisser, plus ou moins ouvertement leur propre propagande dans les mailles du dispositif propagandiste [4].


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Extraits - Recto/verso

- Voir : "Les articles du site d’Acrimed en .pdf (2004-2012)"

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