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Jean-Michel Aphatie s’épanche sur l’hospitalisation de Johnny et sa médiatisation pluvieuse

par Henri Maler, le 4 janvier 2010

La scène - une session d’autocritique de la pluie par un météorologue - se passe sur le plateau du « Grand Journal » de Canal Plus, le 15 décembre 2009. Elle succède à un débat sur les « mal logés » et porte sur la médiatisation de l’hospitalisation de Johnny Hallyday.

- Michel Denisot : « Alors on va passer à un tout autre sujet avec Jean-Michel Aphatie. Alors c’est un sujet politico-journalistique.  »
- Jean-Michel Aphatie : « Oui c’est un peu plus léger. »
- Michel Denisot : « On va parler de Johnny Hallyday qui va mieux, alors s’il demeure hospitalisé à Los Angeles il est maintenant sorti du coma et semble hors de danger, alors dans ce contexte certains journalistes ou certaines personnalités critiquent la couverture de l’événement et accusent les medias d’en faire trop. Jean-Michel … »

Cela mérite bien une petite vidéo

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Donc...

Acte I
- Aphatie, critique, face à Karl Marx et à Nicolas Demorand

Les médias en ont-ils trop fait ? Non, puisqu’ils ne pouvaient pas faire autrement, répond en substance le joyeux Jean-Michel, qui commence par prendre à partie les « pisse-vinaigre »

De Karl Marx…

- Jean-Michel Aphatie : « Voilà, alors c’est un classique, il y a toujours dans les circonstances comme celles-là, des pisse-vinaigre qui diront : “Ah ils en ont trop fait”. Alors vous avez le syndicat SNJ-CGT qui a fait un communiqué ce matin, on a traité Johnny, Johnny : " Tant pis pour le sommet climatique de Copenhague et pour le sort des SDF ". Ça c’est une vieille position marxiste  : on parle de quelque chose d’anodin pour cacher les vrais problèmes aux gens. Comme si les gens n’avaient pas conscience des vrais problèmes. Enfin bon, […] »

Jean-Michel Aphatie n’aime pas ou n’aime plus (il fut un temps membre du bureau national du SNJ : à chacun ses transfuges…) les syndicats de journalistes [1] . Mais fin connaisseur de toutes les « positions marxistes », il les détecte d’autant plus aisément qu’il les invente. Qu’importe si, en l’occurrence, le SNJ-CGT (dont on peut lire le communiqué en « Annexe » de notre article sur le JDD.fr et « Johnny ») ne confond pas l’effet d’une médiatisation outrancière avec un but consciemment recherché…

Il n’empêche : Jean-Michel Aphatie sait à quoi s’en tenir. Le 25 novembre 2009, sur son blog, en guise de « Réponse à Marine Le Pen » qui se serait demandé «  comment se fait-il que les journalistes contestent son propos, puisque celui-ci est vrai ? », Jean-Michel Aphatie… répond à sa place :

« A la première question, Marine Le Pen apporte la réponse traditionnelle des courants extrémistes. Les journalistes ne font pas leur travail puisqu’ils sont les défenseurs d’un système, les défenseurs du pouvoir, des pouvoirs, en place. Leur professionnalisme est au mieux une apparence, au pire une foutaise. Il faut donc les dénoncer. Karl Marx avant elle, puis tout un tas de théoricien (sic) que l’on a décrété d’autant plus talentueux que l’on ne comprenait rein (re-sic) à leur écrit, ont déjà chanté la chanson. Marine Le Pen s’inscrit dons[re-re-sic [2] dans une continuité conspirationniste qui explique au peuple qu’on lui ment et qu’on le vole, les deux crimes à la fois, c’est dire si la colère aurait ses raisons. »

Marine Le Pen, Karl Marx et « tout un tas de théoriciens » ? Tous extrémistes et… conspirationnistes, forcément !

« Enfin bon… », comme le susurre Jean-Michel Aphatie.

Mais il y a plus grave encore, du moins pour le journaliste de RTL confronté à son rival de France Inter.

… à Nicolas Demorand

- Jean-Michel Aphatie : « […] Enfin bon, et puis il y a eu cette chose qui moi m’a semblé, on peut être d’un avis différent, m’a paru plus surprenante. Dimanche soir sur France 5 écoutez ce dialogue entre Jean-François Copé et Nicolas Demorand. Jean-François Copé dit : " Le traitement de Johnny ? " Voilà comment il le qualifie...  »


- Jean-François Copé : « Comme un de ces rendez-vous d’indignité, dont le monde du spectacle et des medias a l’habitude. Et qu’en même temps, tous les Français l’aiment et qu’on souhaite de tout cœur qu’il puisse se sortir le mieux possible de …  »
- Nicolas Demorand : « Vous trouvez que les médias piaffent, en attendant la nécro ? »

- Jean-Michel Aphatie : « Tout est étonnant dans ce dialogue, d’abord Copé qui dit « indignité » franchement l’indignité on peut réserver le mot pour d’autres situations et puis même Nicolas Demorand qui dit "Vous pensez que les médias piaffent en attendant la mort de..".  »
- Ali Baddou : « C’est une question...  »
- Jean-Michel Aphatie : « Oui, c’est une question..  »
- Ali Baddou : « C’est une vraie question...  »
- Jean-Michel Aphatie : « ... où il s’engage un petit peu, ce n’est pas une question... très distanciée , voilà ! Les médias ne piaffent pas, on n’attend pas la mort de Johnny, on fait de l’info, l’info elle est agréable désagréable, elle est ce qu’elle est, on la traite, mais je ne connais pas un journaliste, - enfin si il y en a un qu’il se dénonce ! - qui souhaite la mort de Johnny Hallyday. »

Peu importe si Nicolas Demorand n’a ni dit ni suggéré que les médias souhaitaient la mort de Johnny, mais simplement demandé s’ils n’étaient pas à l’affût.

La veille déjà (le 14 décembre) sur son blog, sous le titre « Duflot, Copé, Johnny, l’emprunt », Jean-Michel Aphatie s’était livré à l’un de ses exercices préférés : en guise de critique des pratiques journalistiques, des leçons de morale infligées à des confrères qui ont le malheur d’être aussi des rivaux. On pouvait en effet lire ceci :

« Réponse ahurissante de Jean-François Copé : « C’est un moment d’indignité. » Sentant qu’il tient le bon bout, le journaliste relance complaisamment : « Vous pensez que les médias piaffent en attendant la nécro ? » L’image chevaline paraît bonne à l’invité qui dévide un couplet platounet sur la médiatisation, ah ma bonne dame c’est terrible. Ultime piaffement du l’intervieweur : « Vous lui souhaitez bon rétablissement, évidemment ? » Évidemment. Puis l’émission reprend son cours normal, avec un fondu enchaîné sur les relations Sarkozy-Copé, aspect essentiels des relations internationales sur lequel il est légitime que les médias se penchent.

Réfléchissons deux minutes au dialogue et à son contenu. Que reproche-t-on aux médias, terme générique qui englobe des torchons et des serviettes ? D’avoir dit que Johnny était hospitalisé ? Est-ce une situation qu’il fallait taire ? Ne pas divulguer ? Se transmettre entre initiés ? C’est ce que semble suggérer le questionnement et ce que dit explicitement la réponse. Est-ce pertinent ? Ou même seulement réaliste ? S’interroger sur la pertinence et le réalisme, c’est déjà répondre. »

Et Jean-Michel Aphatie d’expliquer doctement dans le même article de son blog [3] qu’il fallait divulguer l’information, comme s’il n’existait pas d’autre alternative au silence total que le vacarme assourdissant. Sans quoi c’est la démocratie qui serait en danger. Comme on peut le lire dans la grotesque péroraison qui suit :

« […] Quelle était donc la pensée qui présidait à la question ? Et quelle était la pensée qui présidait à la réponse ? Reprocher aux torchons et aux serviettes, c’est-à-dire aux médias, de faire leur travail, c’est souhaiter qu’ils ne le fassent pas. Souhaiter que les médias ne fassent pas leur travail, c’est les déclarer encombrant, gênant, à la vie collective. Donc, c’est souhaiter, au moins un peu, au moins un temps, au moins sur certains sujets, leur disparition. Pensée éclairante pour une personnalité qui ne cache pas son désir de postuler un jour à la présidence de la République. Dommage que l’intervieweur n’ait pas cherché remonter le chemin d’une conception aussi neuve de la démocratie française. »

Faut-il comprendre que, selon Aphatie, si la question de Nicolas Demorand était « complaisante » (ou « pas très distanciée ») c’était parce qu’elle avait en commun avec la réponse d’être fondamentalement antidémocratique ? Quand Jean-Michel Aphatie (qui interroge toujours de façon très « distanciée »…), critique ses confrères, c’est tellement… « distancié », qu’on serait presque tenté de prendre leur défense…

Et quand, sur le plateau de Canal Plus, il « explique », on s’extasie !

Acte II
- Aphatie, fataliste, face à la « machine médiatique » et à la pluie

Tout est mécanique, hormis lui-même, dans le monde de Jean Michel Aphatie :
- « Les médias, c’est mécanique », annonce-t-il triomphal. Quelques mois plus tôt sur son blog, il nous avait livré un autre secret…
- « L’actualité est une machine dont la force s’impose à tous », écrivait-il le 2 avril 2009 [4].

Tout est mécanique – et tout est bêtise, hormis ce qu’il dit, dans le monde de Jean-Michel Aphatie :
- « […] les médias c’est mécanique et donc c’est bête . » Et quelques phrases plus loin...
- « […] critiquer la mécanique, c’est comme regretter que la pluie mouille, c’est bête, voilà !  »

Reste donc à expliquer intelligemment qu’il n’y a rien à critiquer.

Jean-Michel Aphatie s’y emploie en proposant une grande leçon de mécanique médiatique et de professionnalisme journalistique : un professionnalisme mécanique qui est sans doute à ses yeux l’un des plus beaux titres de gloire du journalisme.

- Jean-Michel Aphatie : « ...Alors il faut expliquer, pour mettre un peu les choses en ordre, comment ça marche, les médias, parce que les médias c’est mécanique et donc c’est bête .

Et de poursuivre par cette explication :

- Jean-Michel Aphatie : « Vous apprenez que Johnny qui est dans l’imaginaire national, 48 ans de carrière, va rentrer à l’hôpital à Los Angeles. Vous savez qu’une semaine avant il a été opéré et que pendant l’été on lui a trouvé un cancer. Alors vous vous dites, si ça se trouve c’est quand même important. Donc, déjà vous en faites pas une brève de cette histoire là, vous allez voir un peu de quoi il s’agit, vous apprenez en plus qu’il est dans un coma artificiel donc il y a quand même les éléments d’une mayonnaise. On vous dit, à Los Angeles, que justement son admission à l’hôpital est liée à son opération précédente. Donc vous vous dites (il ne faut pas être malin pour être journaliste) : “ Tiens, peut-être la précédente opération était mal faite”, et là vous découvrez un docteur qui ressemble à Georges Clooney et qui opère à peu près comme lui. Donc vous voyez, vous avez quand même de quoi faire comme feuilleton là dessus…, et donc évidemment vous tartinez, vous en faites beaucoup, et puis c’est comme ça , tous les médias en font beaucoup…  »

Reprenons notre souffle. Si le professionnalisme machinal [5] a tartiné la mayonnaise, « c’est comme ça ».

Suite et fin de la tirade :

- Jean-Michel Aphatie : « […] et puis c’est comme ça, tous les medias en font beaucoup… parce que les medias, c’est chaque journal dans son coin qui fait le même choix , c’est à dire de traiter du « Johnny », il y a un effet de masse, et chaque média envoie un reporter à Los Angeles parce que TF1 va pas travailler avec le journaliste de France 2, RTL va pas travailler avec le journaliste de Europe 1, etc., donc à l’effet de masse il y a un effet de meute, donc c’est pas sympathique, mais c’est comme ça, c’est mécanique. Donc critiquer la mécanique, c’est comme regretter que la pluie mouille, c’est bête, voilà !  »

Mais pourquoi avoir accordé tant de place aux fabuleux résultats du journalisme d’investigation mécanique dont Jean-Michel Aphatie nous a décrit les rouages ? En raison de la puissance mécanique de l’actualité, cette « machine dont la force s’impose à tous »  ? Pas seulement. En effet, le 11 décembre 2009, sur son blog et sous le titre « Johnny, le drame national », Jean-Michel Aphatie nous avait confié :

« L’homme nous accompagne depuis cinquante ans. Que l’on aime ou pas ses chansons, les modes qu’il a suscité, le voici définitivement installé au cœur de notre identité nationale, et même davantage, au cœur de notre imaginaire national. Sa santé, les nouvelles qui le concerne sont donc d’intérêt général .  »

Nous voici rassurés : la machine, c’est bête, mais ça défend l’intérêt général.

Reprenons… Les médias en ont-ils trop fait ? Non, mais oui. Non, puisqu’ils ne pouvaient pas faire autrement. Mais un peu trop quand même, précise pourtant Jean-Michel, devenu, mais à sa façon, un « pisse-vinaigre ».

Acte III
- Aphatie, professionnel, face à Claire Chazal et aux « non-journalistes »

Grand professionnel, Jean-Michel Aphatie est, à ce titre, un critique expérimenté de l’absence de professionnalisme.

Ayant « expliqué » que le professionnalisme mécanique imposait non seulement d’informer sur la santé de Johnny Hallyday, mais d’accorder à cette information une place de premier plan – quitte à concéder un petit « effet de masse » ou de « meute », mais sans conséquences –, notre grand professionnel s’inquiète soudainement de la vacuité de certaines informations : une vacuité qui a pourtant occupé l’essentiel du temps d’antenne.

Voici ce que nous dit le professionnel après avoir déploré la bêtise de ceux qui s’en prennent à la mécanique :

- Jean-Michel Aphatie : « […] Alors après on peut dire que dans la séquence, les médias sont parfois ridicules… Comme Johnny est un personnage public mais que sa santé n’est pas d’intérêt public, il y a une rétention très forte sur son état de santé ; l’hôpital ne communique pas, les médecins ne communiquent pas, la famille ne communique pas  »
- Michel Denisot : «  Là, ce soir ça va les médecins ont communiqué  »
- Jean-Michel Aphatie : «  Ils commencent à communiquer parce que ça va mieux mais pendant plusieurs jours ils n’ont rien dit parce qu’ils n’avaient rien à dire… Johnny ne doit rien à personne, ce n’ est pas un chef d’ Etat, Johnny, il ne doit rien à personne. Alors du coup on a vu beaucoup d’envoyés spéciaux devant l’hôpital qui disaient “écoutez, j’ai pas d’info, mais je vais quand même vous faire un papier de deux minutes”. Donc c’est un peu ridicule. Et même on a vu un pas de plus dans le ridicule, c’est qu’il y a des médias qui ont transformé des gens qui n’étaient pas journalistes en journalistes. Alors là, le cirque perd un peu ses repères. Deux exemples […] »

Avant d’en venir à ces deux exemples, peut-être est-il temps, puisqu’il va être question de TF1, de venir au secours de Jean-Michel Aphatie, en appliquant la règle de méthode dont il est le défenseur, mais qu’il transgresse quand il a affaire à la « machine » : « Dans une démocratie, la critique des médias est salutaire. Mais elle doit être argumentée, précise, car chaque journal suit sa voie, et chaque journaliste sa pente. Une critique globale du système n’est jamais, ou si rarement pertinente […] »

[Intermède : La maladie de Johnny sur TF1]

Un simple aperçu de la place accordée à l’hospitalisation de Johnny Hallyday (sans même s’appesantir sur le contenu des sujets mentionnés dont les titres et les durées sont empruntées au site de TF1).

- Mercredi 9 décembre 2009.À 13 h. L’information vient de tomber : Johnny Hallyday vient d’être hospitalisé (à la mi-journal : 1 min 45) À 20h. L’information, se précise. En deux sujets (2 min 07 et 1 min 14).

- Jeudi 10 décembre – À 13 h. L’inquiétude grandit. En deux sujets (1 min 19 et 1 min 49) – À 20 h. Elle est plus grande encore dans la soirée. En deux sujets (2 min et 1 min 23)

- Vendredi 11 décembre.
- À 13 h. L’inquiétude est à son comble. On ne sait rien mais on vous en parle. En cinq sujets d’ouverture du JT : « Le point sur son état de santé » (1 mn 41) – « Des nouvelles de son état de santé au compte-goutte » (1 mn 48) – « D’où peut venir son infection » (1 mn 16) - « Pour ses fans il est immortel » (1 mn 42) - « On lui fait confiance, il a de la ressource » (1 mn26). Suivis d’un « direct », vers la fin du journal : « Johnny Hallyday : son état de santé semble stable » (1 min 30). Total : 9 mn 30.
- À 20 h. En six sujets au début du journal  : « Johnny à l’hôpital : sa famille à son chevet » (1 min 59) - « Johnny à l’hôpital : seule Laetitia distille des informations » (1 min 12) – « Sarkozy adresse à Johnny ses vœux de prompt rétablissement » (0 min 37) – « De quoi souffre Johnny Hallyday ? » (1 min 48)- « Le docteur Delajoux focalise les critiques » (2 min 37) – « Camus sur Johnny : “Les informations sont bonnes” » (2 min 59) » Total : 11 mn 12.

-  Samedi 12 décembre – En compagnie de Claire Chazal.
- À 13 h, les trois premiers « sujets » du journal : « Des nouvelles de Johnny » (1 min 50), où l’on apprend que Nikos Aliagas figure parmi les « stars venues au chevet de leur ami » - Puis « Questions sur l’agression du médecin de Johnny » (1 mn15). Une agression avérée que Claire Chazal présente pourtant en prenant ses distances : « Ce dernier affirme avoir été agressé. » Et enfin « Paroles de fans de Johnny » (1 min 16).
- À 20h,, les trois premiers « sujets » du journal  : « Des nouvelles de Johnny Hallyday » (1 min 49) données notamment par David Hallyday : « Avec lui, une autre star, Nikos Aliagas, dont le témoignage suit. « Nikos Aliagas : “J’ai trouvé Johnny Hallyday très combatif” » (3 min 14). Et enfin : « Le chirurgien de Johnny agressé à Paris » (2 min 03) Claire Chazal (rebelote) : « La nuit dernière le chirurgien affirme avoir été agressé ». Faut-il comprendre que ce n’est pas certain ?

- Dimanche 13 décembre. Les nouvelles sont rassurantes. À 13 h, cinquième sujet du journal : « Des nouvelles rassurantes de Johnny » (1 min 50) - À 20h. Après un sujet sur l’agression contre Berlusconi : « Famille et amis de Johnny se veulent rassurants » (2 min 51)

- Lundi 14 décembre : Johnny s’éveille…

… Et nous interrompons cette rapide recension des sujets, dont la densité était inversement proportionnelle à leur nombre et à leur longueur « Un peu ridicule », seulement ?

Acte III (suite)

Reprenons…

- Jean-Michel Aphatie : « Et même on a vu un pas de plus dans le ridicule, c’est qu’il y a des médias qui ont transformé des gens qui n’étaient pas journalistes en journalistes. Alors là, le cirque perd un peu ses repères. Deux exemples »


- Nikos Aliagas (à l’image) : « Je l’ai trouvé combatif, serein, beau, il en a encore sous le pied...  »
- Line Renaud (à l’image) : « Quand vous voyez notre Johnny, cette force de la nature, vous le voyez là, allongé avec les tubes et cætera, mais, beau, très beau, très beau... joli teint... »

- Jean-Michel Aphatie : « Alors les deux non-journalistes nous disent : “ Il est beau”. Qu’est-ce qu’on en a à faire qu’il soit beau ?  »

Comprenne qui pourra : la belle « mécanique-à-laquelle-on-ne-peut-rien-sans-se-montrer-aussi-bête-qu’elle » était un « cirque » doté de « repères » qu’elle a perdus en donnant la parole à des « non-journalistes ».

Devant tant de pertinente impertinence, Claire Chazal ne pouvait pas se taire. Et elle parla pour défendre l’intérêt général… de TF1.

- Claire Chazal : « Attends Nicolas Aliagas il a parlé dans notre journal de Samedi, et c’était le premier qui avait vu Johnny Hallyday dans sa chambre et sur son lit, qui parlait, c’était tout de même un témoin. C’était la première fois  »
- Jean-Michel Aphatie : « Oui, mais c’est pas un journaliste... »
- Claire Chazal : « C’était un contact direct. C’est pas un journaliste, on l’a pas présenté comme journaliste  »
- Jean-Michel Aphatie : « Non mais je dis pas ça... »
- Claire Chazal : « On l’a présenté comme ami très proche et de TF1 »
- Jean-Michel Aphatie : « Evidemment ça fait de l’info people… On s’est beaucoup moqué sur Internet de Nikos Aliagas transformé tout à coup en reporter »
- Claire Chazal : « Il a été très bien Nikos, et puis il s’exprimait parfaitement »
- Jean-Michel Aphatie : « Oui mais je ne dis pas qu’il était mal, mais du coup ça amène le journalisme là où il n’est pas , quoi, on est un peu... »
- Claire Chazal : « Ah je crois qu’on l’a pas présenté comme journaliste, on l’a présenté comme ami, encore une fois, comme vraiment proche de Johnny Hallyday, qui venait de le voir, et qui accessoirement (sic) effectivement est un animateur de TF1 [une star] mais bon..  »
- Jean-Michel Aphatie : « Moi je crois que là le système en fait un peu trop , maintenant Johnny va mieux, on va rapatrier les envoyés spéciaux, ça va s’arrêter, ça va recommencer la prochaine fois  »
- Claire Chazal : « Il faut juste dire que Johnny Hallyday est une immense star , que c’est un personnage public que les Français adorent, et qui comme disait Jean-Michel fait une carrière depuis cinquante ans donc c’est un énorme personnage , voilà, on ne peut absolument pas ne pas parler de Johnny Hallyday  ».

Et puisqu’on ne peut pas ne pas en parler, qu’importe ce que l’on en dit…

Mais face à Claire Chazal, Jean-Michel Aphatie découvre que « le système en fait un peu trop ». Pourtant, n’est-ce pas Jean-Michel Aphatie lui-même qui jugeait que « la critique des médias d’une manière générale, c’est toujours stupide, voire dangereux. C’est irrespectueux de l’esprit démocratique » [6] ? C’est stupide et dangereux, sauf quand c’est Aphatie Jean-Michel qui la pratique.

Or Jean-Michel Aphatie nous avait prévenus : « il y a un effet de meute, donc c’est pas sympathique, mais c’est comme ça, c’est mécanique. Donc critiquer la mécanique, c’est comme regretter que la pluie mouille, c’est bête, voilà ! ». Pourtant Jean-Michel Aphatie, de sa voix ensoleillée, s’est pris à déplorer la pluie.

***

Bilan ? Rien.

Rien… de l’aveu même de Michel Denisot qui eut le dernier mot, rassurant :

- Michel Denisot : « Et donc les dernières nouvelles sont bonnes d’après notre envoyé spécial qui vient de me téléphoner. Merci beaucoup Jean-Michel. »

Henri Maler
- Avec Eric pour la transcription et Ricar pour la vidéo.

Notes

[1] Comme on le le vérifiera dans cet article « Appel à l’intersyndicale des journalistes : Jean-Michel Aphatie vous cherche... ».

[2] Ici, comme dans la suite nous avons préservé l’orthographe d’origine dont le professionnalisme surpasse notre orthographe chancelante d’amateurs.

[3] « A partir du moment où des médias piaffants donnent l’information, il est naturel qu’ils disent pourquoi il est hospitalisé. Et donc, qu’ils fassent le lien entre cette nouvelle opération et la précédente. Et donc qu’ils se demandent si la précédente avait été bien faite. Et donc qu’ils se demandent qui avait faite la précédente. Et de fil en aiguille, voilà les médias, torchons et serviettes mêlées, qui racontent toute une histoire à propos de quelqu’un qui mène une carrière de superstar depuis quarante-huit ans au point d’occuper dans l’imaginaire collectif une place plus importante que celle de l’interwievé et de l’intervieweur réunis. »

[4] Mais pour déplorer, semble-t-il, que l’actualité ait mécaniquement imposé l’absence des débats sur l’institution judiciaire à la suite du procès d’Ivan Colonna. Lire :« Les principes, ne pas oublier les principes ».

[5] Qui n’a pas accompli toutes les prouesses que lui prête Jean-Michel Aphatie : ce n’est pas lui qui, le premier, a mis en cause … le professionnalisme du chirurgien.

[6] Dans le Grand Journal de Canal+, le 19 octobre 2009. Il poursuivait ainsi : « La critique d’un média en particulier, de journalistes qui ne font pas leur travail, qui racontent des choses fausses, est nécessaire pour que la démocratie progresse »

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