Acrimed | Action Critique Médias
Vous êtes ici =>A suivre > L’actualité des médias (2003-2010) > L’actualité des médias n°29 (3 au 11 septembre)
Imprimer

L’actualité des médias n°29 (3 au 11 septembre)

par William Salama, le 13 septembre 2004

I. Audiovisuel

- Résultats. Bouygues double son profit semestriel (TF1 : + 6 %).

Les résultats de Bertelsmann sont dopés par la télévision (RTL Group, M6) et la musique (BMG).

Et, une étude de l’INSEE indique ce que les Français ont versés aux jeux d’argent et aux télévisions payantes 5 milliards d’euros en 2003), soit 212 euros par foyer.

Le bénéfice d’exploitation de Lagardère progresse de 40 % (merci à Editis et aux avions) mais son activité presse fait « moins » bien que prévu.

De plus, du côté de sa branche audiovisuelle [1], son manque de vision déçoit nos traders, lesquels par la voix des Echos (10 septembre) tempêtent :

« Lorsque Arnaud Lagardère souligne les super performance de son titre ... c’est en fait à sa part d’héritage dans Airbus plus qu’à celle dans Hachette qu’il les doit. Mais c’est du jour où les médias n’auront plus besoin des avions pour affirmer leur poids qu’il aura fait la preuve que le marché l’attend »).

- Programmes. Les tendances de la rentrée selon Stratégies du 6 septembre sont le « docu-drama ; la télé-réalité réac ; le pastiche de la télé-réalité ; le retour du feuilleton ; les gays ; les fictions de 52 minutes ; les animateurs en 3 D ; la parole aux téléspectateurs dans les JT (cf. Hondelatte) » .

- Crise du modèle payant - Le salut collectif par la technologie ? Dans Les Echos du 8 septembre, Enguérand Renault repasse une couche [2] sur les grandes télévisons nationales (privées mais gratuites) qui ne sont que les seules à pouvoir et savoir « innover » quand les thématiques ennuient et stagnent. Bref, « La télévision payante [française - ndrl] doit se remettre en question », si elle veut sauver sa peau, et vite car elle est désormais sous la menace de la TNT (gratuite), de la vidéo à la demande sur Internet et des opérateurs de téléphonies mobiles.

Conclusion : En l’état actuel, ce renouveau passe par la technologie et beaucoup moins les contenus. Et revoilà le format de la haute définition. Même si cette semaine, il a beaucoup été question d’ADSL.

Le 6 septembre, TPS (TF1) annonçait donc ses ambitions renforcées sur la télévision par ADSL [3] tandis que France Télécom entendait, lui, « offrir le débit maximal », en dotant les principales villes françaises d’infrastructures dignes de recevoir lez offres des frères ennemis TPS et CanalSatellite.

Technologie encore : « Les futurs repreneurs de France Télécom Câble et NC Numéricable - Cinven et Altice comptent investir dans la modernisation des réseaux câblés » - La Tribune, du 8 septembre.

Ceci posé, les grandes chaînes n’abandonnent pas le contenu et notamment le cinéma. L’avenir étant à la convergence, le groupe Canal Plus qui a racheté au printemps dernier le leader de la vidéo à la demande [4] va peser de tout son poids en compagnie de TF1 pour que le CNC (Centre National de la Cinématographie) revoie « la chronologie des médias » (Le Figaro Economie, 8 septembre). C’est-à-dire la possibilité pour un film d’être rapidement vendu sur Internet qu’ils investissent via l’ADLS.

- Télévision locale / Postulants. NRJ via sa filiale L7, a postulé dans 7 villes, soit cinq des six zones mises en compétition par le CSA. « Il est interdit de faire de la publicité locale sur un chaîne nationale, donc la seule solution consiste à exploiter des télévisons locales de plein exercice  » dixit Marc Pallain, vice-président à La Tribune du 9 septembre. Tout s’explique.
De fait, on donne peu de chance à TV10 Angers (financée par la mairie) qui veut diffuser sur les ondes (hertziennes). Ses motifs ? Toucher 540 000 personnes (Les Echos du 6 septembre). Le CSA tranchera entre trois projets privés qui sont Le Mans TV de la Socpresse, Télé 102 Angers et ... 7 Tel de NRJ.

- Désaveu et aveux à France 3. 80 % de la rédaction nationale a retoqué les projets « trop tendances et mode vie » d’Ulysse Gosset, leur patron, jugés dispendieux alors que « nous n’avons pas assez d’argent pour couvrir l’actu correctement ».

- Placements. Marc Tessier, le Pdg de FranceTélévisions se déclare candidat à sa propre succession (Journal du Dimanche, 5 septembre). Il était au 10 septembre « sans rival » selon nos médias. Prudence, cependant, face à Dominique Colonna récemment placée par son ami Chirac à la direction du Centre national de la cinématographie. Car L’Express, (6 septembre) sous-entend que ce parachutage ne serait qu’une étape vers le siège de FranceTélévisions.

Ironie du sort ? L’ancien patron du CNC (rejoint France Télévisions pour travailler avec ... Marc Tessier).

II. Presse écrite


- Audience de la presse écrite. Entre juillet 2003 et juin 2004, l’audience globale de la presse magazine a baissé de 1,7%. Deux motifs de satisfaction réjouissent cependant les éditeurs : le nombre moyen de magazines lus (donc vus) progresse de 9%, et cette progression s’opère notamment parmi nos dépensiers 15-24 ans. Etude AEPM (6 septembre).

- Grève. Les journalistes et le Syndicat du Livre du Républicain Lorrain ont cessé le travail le 9 septembre. Motif : le 30 septembre, l’édition de Meurthe-et-Moselle passe à la trappe. Une décision de la direction.

- Dassault et Le Figaro . Le Canard Enchaîné et Libération du 8 septembre relèvent que l’avionneur a empêché l’un des journalistes du Figaro d’enquêter sur une sale affaire de frégates vendues à Taiwan : « On ne parle pas de ces affaires de commissions dans un journal, cela met en danger l’industrie française » aurait dit Serge Dassault de la Socpresse, selon Le Canard.

Le cynisme (affiché) en affaires est vraiment une valeur qui monte (voir Le Lay). Avec un je ne sais quoi de grotesque et de pathétique chez Dassault.

-  Le Monde endetté. Plan Orsec, Le Monde après quatre années de perte décide pour faire face à sa crise de réduire de 15 % sa masse salariale (en invitant cordialement 120 journalistes ou administratifs à des « départs volontaires »). Il économisera sur son immobilier récupéré avec La Vie. Seule La Tribune (9 septembre) a préféré titrer sur une révolution envisagée : « Le Monde envisagerait de paraître le matin ».

- Autocensure ? Libération et Le Monde suivent de très près les développements qui inquiètent la rédaction du Figaro. Le Figaro et Libération suivent de très les développements du Monde. Mais Le Figaro ne suit pas sa propre actualité, pas plus que Le Monde. Tout semble aller bien à Libération ...

- Gratuité et dépendances. Merci les gratuits ? C’est la fin de l’hallali. Dans « Le Paris des médias » (dossier de Stratégies du 6 septembre), l’on apprend que le marché parisien des quotidiens est dynamique grâce aux investissements publicitaires en hausse de 52,4 %, en 2003.

Surprise : ce « développement est fortement porté » par 20 Minutes et Métro. Ils font bénéficier leur attractivité aux payants, dont Le Parisien qui reconnaît que les gratuits sont des « stimulants ».

Cela dit, ce n’est pas pour autant le grand amour. C’est même encore la terreur. Challenges apprend que 20 minutes s’est vue refoulée à l’entrée de l’EuroPQN qui mesure l’audience de la presse quotidienne nationale afin de la vendre au plus juste aux annonceurs. Rappel : EuroPqn est une « association » formée les 11 quotidiens nationaux payants.
Or, saisi par 20 Minutes, le Conseil de la Concurrence pense que ce refus frise l’entente et la « pratique anticoncurrentielle ». Une amende de plusieurs « dizaine de millions d’euros » pourrait tomber sur l’EuroPQN qui n’a pas voulu partager sa part de gâteau.

C’est en régions, que l’intérêt est plus fort que le désamour ... Bousculé par Métro à Toulouse, La Dépêche du Midi s’est alliée avec 20 Minutes, qui va en profiter pour faire la nique à son rival. C’est une première (accord éditorial et commercial), détails notoires dans Le Monde du 5 septembre.

III. Et pour finir


- Mea culpa de Le Lay / Tintamarre et timbale médiatiques. Pleins feux médiatiques sur le mea culpa de Patrick Le Lay orchestré par Télérama du 8 juillet qui en fait carrément un événement (Une, dossier, interview). Drôle d’idée que de relancer le débat ? Non. Car la « polémique Le Lay a fait du tort à l’image de l’entreprise et à la pub » dit Télérama. Mais, elle continue de faire du bien à la presse écrite [5]. Alors tant mieux si le Pdg « enfonce le clou », persiste et signe (« Télérama : Certains applaudissent revanche votre franchise.... Le Lay : Vous voyez, il y a des gens intelligents »).
Pendant que les rotatives tournaient, on pouvait lire dans Le Canard Enchaîné du 8 septembre qu’une équipe de journaliste de TF1 travaillant sur un sujet sur l’obésité, avait interdit au rédacteur en chef de l’UFC-Que Choisir (que cette équipe interrogeait) de prononcer les noms de deux bons gros annonceurs.

- Patrons/ Peoplisation. Le Figaro Entreprises propose depuis le 6 septembre une nouvelle rubrique appelée "expresso". Il s’agit d’une interview façon questionnaire de Proust, sans portée autre que de faire mousser les managers sur leurs modes de vie et de travail, hobbys etc ...

- Christophe Hondelatte. Le journaliste est arrivé au treize heures de France 2, avec une grosse couverture de ses confrères de la presse écrite (une vingtaine d’articles dans la semaine) dont on connaît bien le goût pour les suspens insoutenables (battra-t-il Pernaut en face ?). Il détaille son objectif : « améliorer l’audience sans aller sur les terrains qui ne lui ressemble pas. » (France-Soir, 6 septembre). Comment ? « Une belle réhabilitation de la subjectivité, du journalisme d’opinion qui est plutôt rare à la télévision » (Le Figaro, 6 septembre).
La question derrière les intentions nobles est : où notre sauveur placera-t-il son opinion ou sa subjectivité ? Pendant le manichéen débat « pour et contre », mettant face à face pendant une poignée de minutes deux personnalités qui vont se porter la contradiction sur, par exemple, les OGM ?

Mais Hondelatte pense que ce débat de deuxième partie de JT, permettra « au téléspectateur de se forger sa propre opinion  » (Le Monde Télévisions, 5 septembre) ? Bref, tout est son contraire : c’est si ce n’est pas de la subjectivité...

Dans pour une « éthique de la presse » (L’Humanité, 6 septembre), Edgar Morin conditionne cette nécessité, à « l’attention critique de la pluralité des sources » et - nuance - « à l’examen critique de la pluralité des opinions ».

Au 9 septembre, la moyenne se situe à 18 % de part d’audience, soit 0,4 point de mieux que Bilalian.

- Sarkozy. TF1 ne lui sert qu’à parler politique ... « Sarkozy sera pour la seconde fois l’invité de Michel Drucker à « vivement Dimanche » sur France 2 qui aura lieu après l’élection de l’UMP.  » Le Nouvel Observateur, 9 septembre.

Notes

[1] Europe 1, 34 % de CanalSatellite, quelques chaînes semi généralistes, deux chaînes sur la TNT.

[2] , Voir « Actualité des médias » précédente : « L’enjeu de la diffusion »

[3] En rajoutant de la perspective de la haute défition dedans... Pensant toujours à un coup en avance, Patrick Le Lay a donc repris son cheval de bataille en retrouvant par la même occasion - miracle - des « vertus » (Les Echos du 6 septembre) à la TNT (pour laquelle il militait en faveur de la haute définition) pour sa chaîne TPS Star.

[4] Video System pour 10 millions d’euros.

[5] Lire : « Patrick Le Lay, pour TF1, vend du Coca light à Télérama ».

Tourne avec Spip       Nous écrire, nous contacter | Mentions légales | Administration | Plan du site       Flux RSS   Haut de page
Site sous « Spip » - Webmaster Yanic Gornet - Optimisé pour Mozilla FireFox
Hébergeur associatif Globenet, hébergeur associatif - Notre éditeur : Editions Syllepse