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« Vous avez dit «machette» ? » (J.-Cl. Guillebaud)

le 16 août 2004

Lu dans la chronique " Ecoutez voir " de Jean-Claude Guillebaud ("TéléCinéObs", 7-13 août 2004)

" En substituant une consonne au nom de l’arme ayant servi à tuer le jeune Romain sur l’île de la Barthelasse, les médias ont inconsciemment privilégié un coupable venu d’ailleurs.

(...) Pour qui écoutait attentivement la radio dans les journées qui suivirent le 17 juillet dernier, un détail singulier apparut sur les ondes et, par la suite, rebondit de proche en proche comme un étrange petit bruit. Au sujet du crime commis sur l’île de la Barthelasse, près d’Avignon ; à propos de ce jeune garçon, Romain, tué pour avoir refusé une cigarette à un inconnu, on nous parla de " coups de machette reçus sur la nuque " . A plusieurs reprises.

(...) En réalité, c’est d’une hachette (petite hache) qu’il s’agissait (comme les premières investigations policière en apportèrent bientôt la preuve).

(...) Avec l’emploi de l’un ou l’autre vocable, l’imaginaire convoqué est tout autre. Le mot machette rameute spontanément en nous des songeries exotiques, latino-américaines, africaines ou autres. Une indicible sauvagerie le connote ; une sauvagerie que nous rattachons instinctivement à un ailleurs menaçant. La machette évoque une étrangeté à la fois située et inquiétante. Mine de rien, il dirige notre esprit vers une autre partie du monde, vers on ne sait quelle violence allogène. Et d’ailleurs, ne gardons-nous pas, rangé dans ce qu’on pourrait appeler notre mémoire médiatique, le souvenir d’une épouvante récente (celle du Rwanda) où, précisément, la machette occupa la première place ? (Qu’on se souvienne du récit de Jean Hatzfeld au titre explicite : " Une saison de machettes " !) A lui seul, l’usage - abusif - de ce petit mot ajoutait ainsi de l’horreur à l’horreur, du fantasme au fantasme.

(...) Alors que le mot machette nous incline à imaginer un assassin venu d’ailleurs, un étranger, un basané, le mot hachette quant à lui suggère l’idée d’un coupable qui pourrait bien, après tout, être notre semblable...

(...) Par les temps qui courent, dans ce climat barricadé et apeuré qui prévaut, gageons que ce passage machinal de la hachette à la machette avait quelque chose à voir avec les tréfonds de notre inconscient collectif... "

Jean-Claude Guillebaud

Lire toute la chronique (lien périmé).

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