(Communiqué de la CFDT Radio-Télé) [1]
Qu’est ce qu’un Pflissier, un Temlin, un Aillalier, un Chabatet ou un Collier ? Un prédateur du service public, un dahu de la télé ! C’est le frère (ou la soeur) d’un Delagiel, d’un Fotta ou d’une Corue ! En bref de drôles d’oiseaux.
La Présidence de la Télévision publique et le précédent Ministre de la Culture sont en train de refaire aux personnels -mais aussi aux téléspectateurs- le coup de la SFP... On sait comment ça finit ! Mais n’est-il pas plus utile de se rappeler comment ça commence ?
Récapitulons quelques informations de ces dernières semaines, intéressantes à mettre en perspective.
1. Sur France 3, pour remplacer Fogiel, parti -avec le succès que l’on sait- sur une autre tranche d’antenne de la même chaîne, l’agence Capa Presse va fournir plusieurs épisodes d’une resucée de " 24 heures " (qui a sévi pendant 6 ans sur Canal +) qui avait fait, financièrement, les beaux jours de l’agence multi-profil.
Est-ce un documentaire ? Est-ce un magazine ? Peu importe puisqu’au contraire de ce qu’ils affirment, ce n’est pas la qualité qui a prévalu dans les choix de France Télévisions. " 3600 secondes " sera, à la une, le haut lieu de l’exploitation d’intermittents !
En effet, Capa Presse est une vraie machine à laver l’intermittence (130 heures de télévision par an -3000 documents- avec 60 permanents) et le concept " 24 heures " a déjà fait les beaux jours de la partie institutionnelle de l’agence. Mais les " intermittents " sont là , avec le même statut pour certains depuis la création de l’agence, et pour bosser alternativement pour la presse, l’industrie, la fiction, etc.
Heureusement pour le Président de Capa que le " donneur d’ordre ", France Télévisions, et ses ministères de tutelle sont autistes en matière de législation sociale !
2. Ce que propose Capa pour France 3 (pas le module journalistique mais le modèle économique), France Télévisions l’a déjà expérimenté sur France 5 ! Toutes les émissions de la petite chaîne qui monte sont en effet -en application de la loi- sous traitées auprès de producteurs privés. C’est par exemple le cas d’une autre émission d’actualité, " C dans l’air ", complètement produite, réalisée, développée par une filiale de Lagardère Active.
3. Une entreprise que connaît parfaitement Thierry Aillagon... Non ! Pas l’ex-ministre : son fils !
Ce jeune homme est salarié de Lagardère. Il a organisé il y a peu de temps une rencontre au sommet entre les hommes de Lagardère et ceux de France 2, pour présenter les productions de son patron à vendre à la chaîne.
Pas vraiment difficile puisque le Directeur Général de la chaîne, Christopher Baldelli, est un ancien de chez Lagardère. Et qu’on ne peut rien refuser au fils de son ministre préféré ! (Enfin... il va falloir faire quelques contorsions, vu les changements récents).
On comprend d’ailleurs maintenant pourquoi le Ministre de la Culture était aussi pointilleux avec France Télévisions en matière de qualité de programme : il avait, chez lui, un gourou du genre ! Peut être a-t-il profité également de l’expérience de son fils pour affirmer aux intermittents que le service public serait un modèle en matière d’emploi ! Le Service Public ?.... Peut être, un jour... Mais, ses prestataires ?
4. Le 5 avril Jean Pierre Cottet -Directeur Général de France 5 il y a quelques semaines- rejoint Lagardère Active...
5. Il y a quelques mois, c’était Michèle Cotta -pas Cottet, Cotta-, qui quittait France 2 pour le groupe AB. Ceux qui lisent la presse spécialisée savent que depuis l’arrivée de l’ex-DG de France 2 là bas le chiffre d’affaire de ce producteur diffuseur privé avec les chaînes du service public a augmenté de plus de 80 % !
Et à qui veut-on vendre aujourd’hui la chaîne Histoire, dont France Télévision veut honteusement se débarrasser, après lui avoir préféré Festival pour " monter " sur la TNT ?... Au groupe AB ! On ne peut tellement rien lui refuser...
C’est la quintessence même d’un système dans lequel on ne sait même plus ce que conflit d’intérêt veut dire à un moment où seuls 40% des téléspectateurs sont satisfaits de leur télévision. Le Président Tessier ne s’est pas trompé en allant il y a quelques mois dans une émission de Lagardère diffusée par Cottet pour expliquer " à qui profite l’argent de la redevance ? ".
Paris, le 5 avril 2004