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WikiLeaks : Laurent Joffrin serait-il devenu « paranoïaque » ?

par Julien Salingue,

La nouvelle a été annoncée à grands renforts de teasing : mardi 23 juin, à 22 heures, du « très lourd » serait publié par Mediapart et Libération. Et, à l’heure dite, le couperet est tombé : de nouveaux documents rendus publics par WikiLeaks établissent que les États-Unis ont espionné les autorités françaises durant de longues années, y compris au plus haut niveau de l’État.

On ne peut évidemment que se féliciter du fait que de telles informations soient portées à la connaissance du public, et saluer le travail de WikiLeaks et des journalistes qui ont contribué à les rendre accessibles : le moins que l’on puisse dire est en effet que ces révélations (ou confirmations preuves à l’appui) sont d’utilité publique.

Mais les esprits chagrins (ou taquins) que nous sommes n’ont pu s’empêcher de relever, en voyant Laurent Joffrin faire la tournée des plateaux de télévision et de radio pour exposer et défendre le travail fourni par le journal qu’il dirige, que certains nageaient en plein paradoxe. En consultant nos archives, nous avons en effet retrouvé ceci :

C’est d’ailleurs un paradoxe que de voir WikiLeaks s’attaquer essentiellement aux démocraties, laissant de côté les dictatures les plus opaques et les plus répressives. Aussi bien, il est assez réconfortant de voir que les échanges secrets des grandes diplomaties sont fort peu différents, sur le fond, de leur discours public. Il faut croire que le machiavélisme qu’on prête aux gouvernants, toujours soupçonnés d’organiser de noirs complots, est moins grand dans la réalité que dans l’esprit de certains militants quelque peu paranoïaques.

Lignes écrites par un certain… Laurent Joffrin, le 30 novembre 2010, dans un éditorial de… Libération, consacré aux premières révélations de WikiLeaks, et titré – ça ne s’invente pas – « Paradoxe ». Nous avions relevé à l’époque que la ligne éditoriale de Libération avait alors été très fluctuante, de la dénonciation du « Big brother » Wikileaks au soutien affirmé au groupe dirigé par Julian Assange, et nous formulions alors le souhait que ces évolutions traduisent une saine prise de conscience.

Cinq ans plus tard, l’éditorialiste, de retour à Libération, semble être beaucoup plus nuancé quant à l’intérêt des révélations WikiLeaks, et c’est tant mieux. Mais que penserait Joffrin Laurent (cuvée 2010) de la posture de Laurent Joffrin (cuvée 2015) ? Le rangerait-il parmi les « militants quelque peu paranoïaques » ? Ou peut-être serait-il classé dans cette autre catégorie que le directeur de Libération affectionne, celle de « complotiste » ?

À voir. Mais faisons un vœu : Laurent Joffrin, pris ces derniers jours, selon ses propres termes, en flagrant délit de « paranoïa » [1], sera désormais plus prudent lorsqu’il sera tenté de jeter des anathèmes sur ceux qui l’empêchent d’éditorialiser en rond, y compris et notamment le pôle de la critique des médias dont nous nous revendiquons et qu’il aime à qualifier de « média-paranoïaque ». Ce serait la moindre des choses, n’est-ce pas ?

Julien Salingue

 
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Notes

[1Comme nous le notions dans un précédent article, à propos de l’utilisation du terme « paranoïa » par Laurent Joffrin, « l’usage péjoratif de termes psychiatriques n’est pas la marque d’une grande compassion pour ceux qui souffrent des troubles que ces termes désignent, [et] leur usage à des fins polémiques ne témoigne ni d’une grande originalité, ni d’une grande finesse ».

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