Observatoire des media

ACRIMED

Vers un Observatoire International des Médias

A la fin janvier 2003, Porto Alegre accueillera pour la troisième fois le Forum social mondial (FSM) du 23 au 28. A cette occasion, le 27 janvier aura lieu le lancement public de l’association internationale Media Watch Global (Observatoire international des médias) qui a cessé ses activités mais dont voici la présentation.

MEDIA WATCH GLOBAL (MWG) - OBSERVATOIRE INTERNATIONAL DES MÉDIAS (OIM)

Préambule

L’association Media Watch Global naît comme une expression du mouvement social planétaire qui s’est rassemblé à Porto-Alegre (Brésil) à l’occasion du IIe Forum social mondial. A l’heure de la globalisation libérale, elle traduit la préoccupation de tous les citoyens devant la puissance des firmes géantes des industries de la communication et la nouvelle arrogance des médias de masse.
La surabondance d’informations, à l’ère de la révolution numérique, du multimédia et d’Internet, se traduit par une augmentation exponentielle des manipulations, des bidonnages, des mensonges et des campagnes médiatiques d’ intoxication. La rigueur, la probité et le professionnalisme journalistiques sont en chute libre.

Devant des médias largement pollués et contaminés, les citoyens ont de plus en plus de mal à distinguer le vrai du faux. Il y a trop de poisons dans les contenus, et les médias sont gagnés par une conception excessivement mercantile de l’information. Considérée avant tout comme une marchandise, l’information est emportée par la dérive du sensationnalisme et du spectaculaire.
Les citoyens souhaitent une décontamination, une dépollution des médias, et réclament la mise sur pied de ce qu’on pourrait appeler une écologie de l’information.

De nombreux médias placent désormais leurs intérêts particuliers au-dessus de l’intérêt général de la société. Ils fondent leur propre liberté sur la liberté d’entreprise considérée, à l’heure de la globalisation, comme la première des libertés. Or la liberté d’entreprise ne peut, en aucun cas, se placer au-dessus du droit des citoyens à une information vérifiée et rigoureuse. La liberté d’entreprise ne peut nullement constituer un prétexte pour diffuser de fausses nouvelles, des contrevérités ou des diffamations.

La liberté des médias n’est qu’une délégation de la liberté d’expression collective, fondement de la démocratie. Elle implique une " responsabilité sociale " des médias. Et son exercice doit donc se faire, en dernière instance, sous le contrôle responsable de la société.

Naguère " quatrième pouvoir " qui s’opposait, au sein des démocraties, aux abus des trois pouvoirs traditionnels (législatif, exécutif, judiciaire), les médias sont devenus l’un des principaux pouvoirs dans nos sociétés d’opinion et d’information. Ils cumulent pouvoir économique et pouvoir idéologique. Et négligent bien souvent de défendre le bien commun. A leur tour, désormais ils oppriment. Parce qu’ils occultent des faits ou des données, travestissent la vérité, censurent certaines analyses, répandent des rumeurs ou diffusent des calomnies.

Il est donc indispensable d’inventer un " cinquième pouvoir " pour protéger la société contre les abus des médias, défendre l’information comme bien public et revendiquer le droit de savoir des citoyens.

Media Watch Global se propose d’incarner ce " cinquième pouvoir ".
La force de Media Watch Global est avant tout morale. Elle prononce des admonestations éthiques. Et sanctionne les manquements à l’honnêteté professionnelle au moyen de rapports et d’études qu’elle publie et diffuse largement.

Media Watch Global constitue un indispensable contrepoids à la surpuissance actuelle des médias alors que s’impose, en matière d’information, une seule logique, celle du marché. Et une seule idéologie, néolibérale, qui permet à ce marché d’étendre son influence aux domaines de la vie collective qui en étaient jusqu’à présent préservés.

Cette association internationale exerce une responsabilité collective au nom de l’intérêt supérieur de la société et du droit des citoyens à être correctement informés. Elle se propose de garantir la collectivité contre les manipulations médiatiques.

Media Watch Global rassemble trois types de membres, tous égaux en droit : 1) des journalistes professionnels ou alternatifs, actifs ou retraités, de tous les médias ; 2) des universitaires et des chercheurs de toutes disciplines et en particulier des spécialistes des médias, de l’information et de la communication ; 3) des consommateurs de médias, simples citoyens et personnalités connues pour leur stature morale (intellectuels, philosophes, créateurs, artistes...)
L’information étant un bien commun, sa qualité ne saurait être garantie par des organisations réunissant uniquement des journalistes souvent soucieux de leurs seuls intérêts corporatistes. Le monopole de l’information sur les pratiques propres au journalisme, détenu par les seuls journalistes, n’est pas sain
De surcroît, le profil social du journaliste - et plus encore celui des " vedettes " du métier - s’éloigne chaque jour un peu de celui des "gens ordinaires" que le journalisme avait mission de défendre contre les puissants. Ce qui est d’autant plus gênant que les journalistes influents sont souvent les employés des plus grandes multinationales de la communication, dont ils auraient déjà naturellement tendance à taire les méfaits.

Les systèmes actuels de régulation des médias sont donc insatisfaisants. Les chartes déontologiques établies au sein de chaque entreprise médiatique - lorsqu’elles existent - se révèlent inaptes à sanctionner les dérapages et à corriger les dérives. Il apparaît indispensable que la déontologie et l’éthique de l’information soient définies et défendues par une instance impartiale, crédible, indépendante et objective.

Les " ombudsmen " ou médiateurs qui ont pu être utiles dans les années 1980 et 1990 voient aujourd’hui leur fonction gadgettisée, dévalorisée et dégradée. Ils sont souvent instrumentalisés par leurs entreprises, répondent exclusivement à des impératifs d’image ou constituent des alibis peu coûteux destinés à renforcer artificiellement la crédibilité du média. Une crédibilité qui ne cesse malgré tout de s’effondrer.

L’un des droits les plus précieux de l’être humain est celui de communiquer librement ses pensées et ses opinions. Aucune loi ne doit restreindre arbitrairement la liberté de parole ou de la presse. Mais si tout citoyen ou toute entreprise médiatique peut écrire, imprimer et diffuser librement, ils ne peuvent le faire qu’à condition de ne pas enfreindre les droits de la personne, ni les lois qui protègent les citoyens contre la diffamation et qui préservent la société contre la diffusion de fausses nouvelles et contre le danger des manipulations médiatiques.

Media Watch Global estime donc que l’absolue liberté des médias - prônée par les propriétaires des groupes de communication - est inconcevable car elle ne pourrait se réaliser qu’aux dépens de la liberté de tous les autres...

 
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