Observatoire des media

ACRIMED

Communiqué d’Attac

Une opération médiatico-politicienne contre le FSE

Le cas d’école de l’ « affaire Ramadan »

Un communiqué d’ATTAC du 10 novembre 2003

Le Forum social européen (FSE) commence ses travaux le 12 novembre. Quels sont les thèmes qu’il va traiter ? Dans quelle perspective politique se situe-t-il ? Depuis trois semaines, pour le lecteur des innombrables articles, tribunes et gloses diverses de la presse écrite, comme pour l’auditeur et le téléspectateur, la problématique du FSE se réduit à une seule question : Tariq Ramadan a-t-il le droit de s’y exprimer ? Rarement une opération d’abord médiatique, puis médiatico-politicienne, de détournement d’un événement qui dérange aura été menée de manière aussi éhontée. Elle constituera un cas d’école dans les annales de la désinformation.

Première étape : un texte qui va servir de prétexte

Tariq Ramadan fait abusivement diffuser sur la liste électronique des organisations membres du comité d’initiative du FSE un texte dont Libération et Le Monde ont refusé la publication. Ce premier détournement, que plusieurs responsables d’Attac ont immédiatement condamné, va servir de point d’appui et de prétexte aux suivants. Il saute aux yeux que ce document sur l’attitude des intellectuels juifs - ou présumés tels - à l’égard d’Israël n’a en effet strictement rien à voir avec le programme du FSE. Le fait que Tariq Ramadan ait abusé de son accès à la liste électronique ne change rien à l’affaire.

Deuxième étape : Le Nouvel Observateur et BHL entrent en scène

Pour le journaliste spécialisé dans l’altermondialisation au Nouvel Observateur (numéro du 9 octobre) et pour BHL (dans Le Point du 10 octobre), c’est, si l’on peut dire, pain bénit. L’occasion est trop belle pour tenter, une fois de plus, de discréditer le mouvement altermondialiste en laissant entendre qu’il aurait des complaisances envers l’antisémitisme imputé à Ramadan. On avait déjà vu une opération du même type montée contre le journaliste Daniel Mermet et contre José Bové. D’où les sommations faites aux altermondialistes en général et à des responsables d’Attac nommément désignés en particulier - aucune autre structure associative ou syndicale participant au FSE n’étant ainsi directement interpellée - de se désolidariser de Ramadan en exigeant qu’il soit interdit de Forum. Outre qu’une telle démarche ignore les bases mêmes du fonctionnement du FSE, où aucune organisation signataire de l’Appel au Forum 2003 ne peut en exclure une autre, ni choisir à sa place ses intervenants, elle avance comme justification le caractère antisémite présumé du texte de Ramadan.

La mise au point faite par Attac dans son communiqué " Nos relations avec Tariq Ramadan ", diffusée conjointement avec le présent communiqué, fait justice des accusations de " liaisons dangereuse " avec le théologien fondamentaliste musulman. Attac a en permanence fermement rappelé, notamment dans des débats publics avec Ramadan, son attachement à la laïcité et à l’égalité hommes-femmes, entre autres valeurs républicaines, et condamné toute forme de communautarisme. Quant au texte qui fait scandale, la position de l’association est parfaitement claire : la prose de Tariq Ramadan est entachée de multiples erreurs et obéit à la même démarche communautariste prêtée aux intellectuels qu’elle met en cause. Est-ce pour autant un texte antisémite ? Attac pense que non, mais qu’il s’en est fallu de peu. Si certains sont persuadés que c’est bien le cas, il leur appartient d’engager des poursuites judiciaires contre son auteur car on ne saurait traiter à la légère un délit aussi grave que l’antisémitisme.

Troisième étape : le filon médiatique

C’est parti ! Dans les médias, c’est l’emballement général : ils s’emparent de l’ " affaire Ramadan " et en font le prisme exclusif à travers lequel aborder le FSE. Peu importe que Tariq Ramadan soit seulement l’un des quelque 1 500 intervenants dans les séances plénières, les séminaires et les ateliers du FSE. Peu importe que l’un des 5 axes thématiques du Forum soit intitulé " Contre le racisme, la xénophobie et l’exclusion, pour l’égalité des droits, le dialogue des cultures, pour une Europe accueillante aux migrants, aux réfugiés et aux demandeurs d’asile ". Ces considérations ne pèsent d’aucun poids dans le déluge médiatique qui va s’amplifiant.
BHL revient à la charge, cette fois-ci dans Le Monde, avec ce résultat paradoxal : comme s’il fallait cet imprimatur, le quotidien publie de larges extraits du texte de Ramadan qu’il avait pourtant refusé quelques semaines auparavant. Chacun peut alors juger sur pièces une argumentation essentiellement connue jusqu’alors par les critiques qu’on lui adressait.

Troisième étape bis  : l’occultation du contenu du FSE

On doit faire la juste part, dans cette affaire comme dans bien d’autres, du caractère moutonnier des grands médias lorsqu’ils croient avoir trouvé un bon filon. En l’occurrence, l’opération va beaucoup plus loin. Il s’agit, à travers un " sujet " convenu et sensible - l’antisémitisme -, de tenter d’occulter le contenu et la portée d’un événement très important : le Forum social européen. Cette rencontre va en effet poser la question qui gêne : la question néolibérale, précisément au moment où les travaux de la conférence intergouvernementale (CIG) visent à " sanctuariser " le néolibéralisme dans le futur " traité constitutionnel " européen.

La montée du chômage, de la pauvreté et de l’exclusion en France et en Europe ; la politique monétaire ultra-orthodoxe et récessive de la Banque centrale européenne ; la dictature de la concurrence ; les privatisations ; le démantèlement programmé des services publics ; les cadeaux fiscaux aux privilégiés ; les atteintes aux droits ; le pouvoir revendiqué des Etats-Unis sur l’Europe via l’OTAN, etc. : autant de sujets, parmi bien d’autres, qui seront abordés au FSE et pour lesquels des politiques alternatives seront proposées. Mais le temps d’antenne et l’espace consacrés à l’ " affaire Ramadan " permettront à peine (et dans le meilleur des cas) de les évoquer. Ce sera autant de gagné pour les néolibéraux.

Troisième étape ter : l’opération politicienne contre les altermondialistes et contre Attac

Si l’occultation du contenu du FSE est en marche, elle va de pair avec les attaques contre le mouvement altermondialiste et tout particulièrement contre Attac. Cette contre-offensive se fait de plusieurs manières, et au-delà même du cas Ramadan : tenter d’associer antisémitisme et altermondialisme ; diviser le mouvement altermondialiste entre " bons " et " mauvais ", entre " responsables " et " populistes " ; ramener les partis politiques sur le devant de la scène altermondialiste, alors que, dans le respect de leur responsabilités propres, ils ne sont pas organisateurs du FSE.

A cet égard, Attac déplore vivement que certains dirigeants, et même de prétendus " militants " de partis de l’ex-gauche plurielle, et cela pour des raisons de positionnement interne, aient multiplié les points de vue et les tribunes sur l’ " affaire Ramadan ", en adoptant exactement le même registre que les médias et les journalistes qui avaient lancé l’opération. Au point que l’on peut se demander si ces derniers ne leur ont pas tenu la plume... Cette attitude est en parfaite contradiction avec les coups de chapeau que d’autres dirigeants de ces mêmes partis, avec toutes les apparences de la conviction, se croient obligés de donner au mouvement altermondialiste.

Attac, cible principale de ces attaques, en toute indépendance à l’égard des formations politiques et des pouvoirs, continuera à lutter contre les ravages du néolibéralisme, et à esquisser, avec bien d’autres, les voies d’un autre monde et d’une autre Europe possibles. Et cela dans l’indifférence à l’égard des campagnes menées sournoisement ou ouvertement contre elle.

 
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