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ACRIMED

Un metteur en scène compare Sarkozy à Richard III ? On coupe !

Nous publions ci-dessous, sous son titre original un communiqué du SNJ-CGT et SNRT-CGT de France 3 Limousin-Poitou-Charentes. (Acrimed)

Pourquoi tant de mensonges ?


Il aura suffit qu’un metteur en scène, dans une interview sommes-toutes très polie, compare Nicolas Sarkozy à Richard III pour que la rédaction en chef de France 3-Limousin en soit choquée au point de faire une coupe sombre dans le reportage et du coup, clouer le bec à l’artiste « diffamant ». Avec les propos de l’artiste, le « curseur serait monté trop haut », selon les termes employés par la rédactrice en chef. Sur ce point, la CGT laisse à chacun le loisir de se faire sa propre opinion et ne parlera pas de censure (il parait que c’est un trop gros mot…). En revanche, vous raconter l’histoire d’un mensonge nous paraissait important.

Vendredi 13 février au matin, un sujet arrive du bureau excentré de Guéret afin d’être monté à Limoges pour le JT du midi. Il s’agit d’une compagnie de théâtre qui travaille sur une pièce de Shakespeare, Richard III, dont elle revisite le texte sous une forme musicale. Le reportage tourné à l’occasion d’une répétition publique parle de ce travail collectif. Il est donc monté, mixé (visionné ?) puis diffusé sans que cela ne pose de problème à personne, du moins sur le moment.

Dans le JT du soir, ce même reportage sera également diffusé mais après avoir subit une « légère » transformation : le rédacteur en chef adjoint chargé de l’édition décide en effet de couper la fin de l’interview du metteur en scène dont les propos sont les suivants :

« [Richard III] est un personnage de théâtre qui n’existe pas mais qui, pour arriver à ses fins, va tuer tout le monde, va éradiquer tous les contre-pouvoirs et va finir seul au bout du compte. Ça fait écho en moi par rapport à ce qui peut se passer notamment en France mais aussi ailleurs, depuis les élections présidentielles ; de voir un omni-président qui tout doucement fait sa place, son trou, et éradique les contre-pouvoirs  ». (le texte souligné est l’extrait supprimé)


Comment en est-on arrivé là ?

- Pour convaincre les monteurs de supprimer le passage « gênant », l’adjoint assure avoir prévenu la journaliste qui, selon lui, a donné son accord. MENSONGE.

- C’est justement les monteurs qui alertent la rédactrice. L’adjoint, de son côté, ne juge bon de la prévenir que bien après la bagarre. Pour se couvrir, il l’accuse d’avoir été injoignable alors même qu’il l’avait plusieurs fois appelée dans l’après-midi pour un tout autre sujet. RE-MENSONGE.

- Si aux monteurs l’adjoint justifie la coupe par la longueur excessive du sujet, en revanche il expliquera à la journaliste que selon lui, l’intervention du metteur en scène était hors sujet et que ses propos ne présentaient aucun intérêt (non, c’est vrai, il ne s’agissait que de ses notes d’intention, mais à part ça, aucune importance !). RE-RE-MENSONGE.

- Le même jour, à moins d’une heure de la diffusion, la rédactrice en chef sollicitée par un délégué syndical, renvoie la discussion à la conférence de rédaction du lundi matin. Mais après le week-end, ni la rédactrice en chef ni même l’adjoint concerné n’assiste à la conférence de rédaction. Donc, pas de discussion. RE-RE-RE-MENSONGE.

Interpellée dans la journée par les syndicats, la rédactrice en chef assumera bel et bien ce « choix éditorial collectif », tous les responsables du journal – red’chef, responsable d’édition, présentateur…– ayant été choqués par « de tels propos ». « Nous ne devons pas nous faire les porte-voix de nos interlocuteurs ».

Affaire classée ?

Sans même parler de censure (quoique…), force est de constater qu’il y a eu de graves manquements à la déontologie des journalistes.

D’une part, la journaliste de Guéret n’a fait aucune erreur de jugement ; l’extrait d’interview qu’elle a retenu n’est en aucun cas diffamant, ni même inapproprié. D’autre part, la méthode utilisée par l’encadrement est inacceptable : même si le rédacteur en chef est la personne décisionnaire qui signe et assume l’ensemble de son journal, les auteurs d’un reportage doivent SYSTEMATIQUEMENT être consultés avant toute modification de leur sujet (cf. l’Accord FTV sur les droits d’auteurs). Question de respect pour le travail de l’autre, d’éthique et d’honnêteté, question de bonnes manières tout simplement.

Nos cadres ont violé un accord conclu entre les syndicats et la direction du groupe en mai 2007. A ce titre, la CGT en informera la DRH de France Télévisions, sans préjuger d’éventuelles poursuites judiciaires.

Enfin, sur le fond du problème, la décision de couper cette interview est proprement absurde. Et cela n’aurait suscité aucune réaction de notre part si nous n’avions douté des bonnes intentions éditoriales de notre encadrement. Or comme tout est fait actuellement en dépit du bon sens, dans l’irrespect total du travail des uns et des autres et sans aucune concertation, la CGT a jugé important de s’arrêter un instant sur cette « historiette ».

Si, par ses propos, l’artiste a « dépassé la limite » alors qu’il ne parlait que de son travail de création, que pourrons-nous montrer ou laisser entendre à l’avenir dans nos reportages ? Brandir l’étendard de la liberté d’expression et de la presse n’est pas un combat d’arrière-garde.

Au contraire ! En ces temps de monopole et de pensée unique, où les diverses opinions ont de plus en plus de mal à trouver leur place, il s’agit de rester vigilants et exigeants, d’un côté comme de l’autre.

La CGT invite l’ensemble des salariés ainsi que les autres organisations syndicales à s’exprimer ouvertement sur ce sujet.

Limoges, le 26 février 2009.

 
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