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Après le vote

Un dessin qui résume la plupart des commentaires

par Henri Maler,

On peut mesurer par tous les articles que nous avons publiés, quelle idée Les Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA), quotidien régional en position de monopole sur une moitié de l’Alsace, peuvent se faire de leur fonction démocratique [1]. Et quand les DNA publient à la « Une » de l’édition du 31 mai 2005 un dessin « satirique », celui-ci résume la plupart des chroniques et des éditoriaux que l’on peut lire ou entendre, depuis le 29 mai, dans les médias dominants pourtant désavoués par les résultats du référendum.

Un dessin

A la « une » des DNA, donc, un titre (police : 2 cm) qui est déjà une interprétation : « Les conséquences d’un vote sanction », suivi de cette présentation : « L’écrasante (sic) victoire du"non" au référendum suscite interrogations et inquiétude dans les capitales européennes. Le Président Chirac doit annoncer aujourd’hui ses décisions concernant le gouvernement. »

Et au format 21 cm sur 21 cm, ce dessin :

La victoire du non est si « écrasante » pour les partisans du « Oui » des DNA que ces déçus du suffrage universel transforment la majorité des électeurs en briseurs d’urnes aux couleurs européennes, comme si le seul vote autorisé avait été le « oui » [2]. Quel mépris pour l’expression des citoyens !

[NB : Nous retirons ce dessin sur simple demande de son auteur, respectueux de son droit comme il l’est sûrement de notre droit à la critique.]

On connaît les objections : Les Dernières Nouvelles d’Alsace ont bien le droit d’exprimer leur opinion, fût-elle outrancière. Et le dessinateur d’exprimer la sienne, fût-elle injurieuse. Soit. Seulement, voilà : Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont en position de monopole sur la moitié de la région et ne réservent à l’expression d’opinions divergentes que la place nécessaire... pour tenter de sauver les apparences.

Libertés...

Ce dessin qui dénonce ceux qui ont voté « non » comme des casseurs d’urnes et des adversaires de la démocratie, résume la plupart des commentaires des prescripteurs d’opinion qui "éditorialisent", après le scrutin comme avant, dans la quasi-totalité des médias de masse et dont Serge July est en passe de devenir le chef d’escadrille.

Et chacun d’eux de défendre sa liberté d’expression. Seulement, voilà : il ne s’agit pas seulement de la juxtaposition de libres opinions que chacun est libre de publier et que chacun est libre de contester - des droits que personne ne songe à remettre en cause. Il s’agit de l’exhibition d’un désaveu du suffrage populaire qui, sous l’effet des formes actuelles d’appropriation des médias, occupe la quasi-totalité des commentaires des tenanciers de l’espace médiatique.

Quand le pluralisme démocratique est confisqué avec une telle arrogance, c’est la liberté de la presse - qui est aussi la liberté de disposer d’une presse différente - qui tourne à la caricature, et la liberté d’expression qui menace d’être bafouée au nom de la liberté d’expression.

Un problème qui ne semble pas effleurer le cerveau indisponible de la plupart des éditorialistes, chroniqueurs et dessinateurs qui exercent individuellement leur sacerdoce sans se préoccuper du divorce entre la représentation médiatique et les publics qui, dans leur diversité, ne se reconnaissent pas dans des médias qui les prennent pour des imbéciles... et dans leur majorité ont voté « non » au référendum.

Chers seigneurs du commentaire autorisé et des vitupérations légitimes, ce n’est pas votre précieuse liberté qui est en question, mais votre hégémonie.

Henri Maler
(avec ColMar)

 
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Notes

[2A moins qu’il ne s’agisse de l’expression démocratique des autres peuples d’Europe... qui, pour la plupart, n’auront pas à se prononcer directement.

Pseudo-journalisme politique au Parisien : ça va durer encore longtemps ?

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