Observatoire des media

ACRIMED

Télévision locale : « Lettre ouverte aux marseillais » (TVasso)

Nous publions ci-dessous une lettre ouverte de TVasso, « télévision participative de l’agglomération marseillaise », à la suite de la présélection de TV7 par le CSA pour le canal local marseillais. Lire également : « Hachette-Lagardère pique la télévision de Marseille aux associatifs ! », par Guy Pineau (Acrimed)

LETTRE OUVERTE AUX MARSEILLAIS


Quelle télé locale pour les Marseillais ? Le CSA a tranché.

Le CSA a lancé en novembre 2003 un appel à candidature pour une télévision locale hertzienne couvrant un territoire allant de Marseille à Aubagne, Aix, jusqu’à St Martin de Crau et les Stes Maries de la Mer soit 1,3 million d’habitants, les 3/4 des Bouches du Rhône, le 1/5 de la Région PACA.
8 candidats y ont répondu dont, fait exceptionnel, trois projets associatifs. Et parmi ceux ci, pour la première fois dans le paysage audiovisuel français, un projet de télévision urbaine participative : TVasso

TVasso proposait une nouvelle conception de la télévision permettant aux habitants de participer activement à leur télévision. Son objectif : créer du lien social, mettre en valeur les initiatives locales, favoriser la mise en réseau et permettre à tous d’influer sur la programmation de la chaîne. Tvasso, regroupant une vingtaine d’associations, avait déjà reçu de nombreux soutiens de la parts de particuliers, d’associations et d’institutions, enthousiastes face à ce projet d’une nouvelle façon de faire de la télévision.

Mais le CSA a choisi.
Alors qu’il doit veiller au pluralisme des médias, il renforce la concentration et rend les Marseillais otages des plus puissants groupes.
Il a choisi TV7

Qui est TV7 ? : trois actionnaires principaux bien connus

- Le groupe Lagardère, par l’intermédiaire de sa filiale La Provence, quotidien qui occupe déjà une place prépondérante dans le département.

Hachette-Lagardère est le plus grand groupe de Presse de France. Il détient une très grande partie de la presse et de l’édition française, des radios également (entre autre Europe 1), et est actuellement le n°1 dans la production de programmes télévisuels.

- AB Production, présent au capital, qui possède depuis peu 50% de TMC (chaîne régionale). AB production développe des intérêts dans quasiment tout ce qui est audiovisuel français et même européen (avec ses propres chaînes câblées et satellite). AB production est l’un des plus importants producteur de programmes de flux.

- La Caisse d’Epargne, organisme bancaire, à priori mutualiste, qui jouit d’une place de choix dans la région. Sa vocation première est la finance. C’est l’actionnaire de référence de TV7.

Cette incursion bancaire dans le monde télévisuel régional qu’on peut qualifier de financiarisation, est une première plus qu’étonnante et très inquiétante pour l’avenir.

Bien sur les enjeux sont énormes : le marché de la publicité de la grande distribution fermé jusqu’à présent à la télévision est aujourd’hui ouvert et réservé au tv locales jusqu’en 2007.
Notre territoire est pour eux un beau gâteau de 1, 3 million d’habitants à qui faire ingurgiter de la publicité.

Que fait donc le CSA de son obligation de veiller au pluralisme et à la non-concentration des médias ?

Une question essentielle, se pose, car elle est finalement, la seule qui compte : comment ce conglomérat (réunissant de la presse, de l’édition, de l’armement...) archi formaté, défenseur d’une télévision répétitive, insipide, déjà presque « incontinente » pourrait-il être l’instigateur d’une réelle et véritable production locale ?
Comment pourrait-il séduire par sa nouveauté les téléspectateurs de l’agglomération marseillaise qui aspirent dans leur grande majorité à autre chose ?
Peut-on croire, une seule seconde que la vie au quotidien, que les aspirations et l’expression de la population fassent partie des préoccupations premières de cette chaîne locale imposée aux Marseillais ?
La démarche citoyenne est mise sous l’éteignoir une fois de plus et tout ceci ressemble à un grand bluff, une colossale galéjade.

Rappelons pour mémoire qu’aux termes de l’article 29 de la loi du 30 septembre 1986 : « Le CSA accorde les autorisations en appréciant l’intérêt de chaque projet pour le public, au regard des impératifs prioritaires que sont la sauvegarde du pluralisme des courants d’expression socio-culturels, la diversification des opérateurs, et la nécessité d’éviter les abus de position dominante ainsi que les pratiques entravant le libre exercice de la concurrence  ».

De plus, pour offrir à TV7 la tv marseillaise, le CSA a accepté des changements notables dans le dossier
Le projet et son contenu ont considérablement varié depuis le dépôt initial du dossier : changement in extremis de directeur d’antenne juste avant l’audition publique au CSA, changement des financements et de certains partenaires, et une inconsistance totale du point de vue du projet éditorial.

Que fait le CSA qui doit veiller à ce que le dossier n’évolue pas notablement entre le dépôt et l’attribution ?
Que fait le CSA qui doit veiller à l’intérêt de la télévision pour le public marseillais ?
Ne sommes-nous pas en contradiction avec le cadre juridique qui s’impose au CSA ?

Ne faut il pas faire un recours en Conseil d’état ?
Ce ne serait pas la première fois qu’une décision du CSA serait annulée.

Collectivités territoriales : encouragements et marché de dupes !

Quel jeu ont joué et joueront exactement les collectivités territoriales que nous avons toutes rencontrées ?

« Nous attendrons que le CSA vous choisisse pour vous soutenir ». Et le CSA de dire : « nous devons être sûrs de vos financements pour vous autoriser ». Belle circularité d’irresponsabilité.
Tout le monde croit s’en sortir la tête haute : nos politiques nous ont encouragés, ils ont bien aimé notre façon de faire remonter la parole des habitants par la télévision, mais, quel dommage ! Le CSA a choisi, et il est souverain.
De son côté, le CSA aurait bien aimé autoriser des associations sur le canal, la loi d’Août 2000 aurait pris enfin corps, mais, pas de chance ! Les beaux projets associatifs n’étaient pas assez financés !.

Nous sommes profondément déçus, déçus certes de l’échec de notre projet qui était fondamentalement novateur, mais encore plus déçus pour les habitants de l’agglomération marseillaise, qui une fois de plus seront pris en otages d’une télévision autocratique, descendante où la véritable implication citoyenne et la prise de parole s’apparentent déjà à un combat sans issue.

Déception et surtout incompréhension, pour le manque de positions claires, d’ambitions, de courage, du monde politique local pour une véritable télévision marseillaise.
Notre défiance est grande face à la décision du CSA dont nous voyons bien les conséquences dommageables pour la population de la citée phocéenne, avec cette télévision qui va renforcer les tendances les pires qui envahissent déjà nos écrans.

Les grands principes d’équilibre, la loi même seront-ils perpétuellement bafoués ?
De qui se moque-t-on ? Et, qui se moque de qui ?

Finalement, encore une fois, les pouvoirs s’assemblent par affinités. On a connu « le sabre et le goupillon », nous sommes maintenant au temps de « la politique et la finance ». Sans doute est-ce plus simple que de travailler avec des associations qui sont sur le terrain et essayent chaque jour de créer du lien social et de faire vivre une certaine forme de démocratie participative.

Mais qu’en pensent les Marseillais, qu’en penseront les téléspectateurs ?

 
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