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Radio France, avant la grève : « Les vœux du Président et la burette de Cavada... »

CGT Radio France (Syndicat National de Radiodiffusion et de Télévision-SNRT)

Tract de la CGT Radio France (Syndicat National de Radiodiffusion et de Télévision-SNRT) du 8 janvier 2004.

Jean Marie Cavada a entamé, à l’occasion du quarantième anniversaire de la maison de la radio, une opération de communication qu’il serait plus juste d’appeler campagne de propagande.

Première étape : la télévision
Radio France coproduit deux films dont le premier, réalisé par Serge Moati a été diffusé le 16 décembre [2003] sur France 3. Ce film, que la Direction souhaite présenter le 8 janvier lors de la cérémonie des vœux à l’ensemble des salariés de Radio France, ne reflète hélas que l’activité de quelques ténors de France Inter.

Les salariés de Radio France ne s’y reconnaissent pas : alors qu’ils ont vu les équipes de télévision filmer leurs activités quotidiennes, la diversité des métiers, la diversité des antennes disparaissent au profit de l’interview de quelques vedettes.
Ne parlons pas des radios locales, qui ont été... totalement oubliées...
Mais, bonne année pour tous, n’est ce pas, Monsieur le Président !

Seconde étape : La presse
Un certain nombre d’articles de presse (Le Monde, Télérama, La Croix) sont présentés par François Desnoyer, directeur général adjoint, comme partie intégrante de la commémoration et de la communication de Radio France à l’occasion des 40 ans. La Direction commanderait-elle des articles de complaisance à la presse dans le cadre de sa politique de communication ?
Serait-ce là, la conception déontologique journalistique de Jean Marie Cavada ?

Troisième étape : L’interview ou le dérapage
Jean Marie Cavada présente sa vision de l’entreprise lors d’une interview sur Canal + le 13 décembre 2003. Cette fois, l’émission n’a donné lieu à aucune communication dans l’entreprise. Ceux qui l’ont vue ont très vite compris pourquoi !

Jean Marie Cavada se présente, lors de cette interview, comme le sauveur de l’entreprise transformant « une administration qui faisait de la bonne radio, en de bonnes radios bien administrées » ; comme celui qui a su réformer « des structures pas claires du tout... Il a fallu changer tout ça » (ses prédécesseurs seront heureux de se retrouver dans cette description) ; comme celui qui a dû faire face au règne de la culture de la grève organisée par des syndicats qui ne veulent pas cogérer, il menace même : « une culture de la grève, c’est un danger qu’on a vu dans l’ancienne SFP, et on a vu où ça l’a menée  ».

Monsieur Cavada a une drôle de façon de réécrire l’histoire et d’analyser la privatisation de la SFP.

Exit la politique de Bruxelles, exit les décrets Tasca et la politique gouvernementale en matière de production télévisuelle. Bien évidemment, pour le PDG de Radio France, tout est toujours de la faute des salariés et de leurs syndicats.

Morceaux choisis.
« Une porte ne ferme pas, quelqu’un y trouvera, non pas d’aller chercher de l’huile, une burette, mais de déposer un préavis de grève. Ça le grandit ». Il est clair, Monsieur Cavada, que ces propos ne vous grandissent certainement pas, vous ! ...

Au sujet de l’assignation du CHSCT et du CE en justice : « C’est normal. S’il y a conflit et qu’on n’est pas d’accord, y’a des tribunaux pour ça. Je ne céderai pas sur cette affaire ». Et bien si, Monsieur Cavada la justice vous a fait céder sur cette affaire !!!...

« Les syndicats, à la fois ne sont plus très représentatifs, à la fois j’en ai besoin, c’est la loi et la nécessité. On peut pas construire une entreprise sans syndicat et en même temps ils ont refusé la cogestion des données économiques et des données de programme et si vous voulez, tout mon mouvement consiste à essayer de les mettre à leur place. Seulement à leur place. Chacun doit être à sa place. »

Peut-être avez-vous été déçu, Monsieur Cavada peut-être même espérez-vous encore de certains, mais soyez sûr que la CGT ne cogérera jamais avec aucune direction et ne vous accompagnera pas vers la privatisation et le démantèlement.

Vous osez parler de préavis sans objet et d’une culture de la grève. Cette « culture », comme vous l’appelez, s’est hélas développée avec votre arrivée, jamais il n’y a eu autant de jours de grève dans l’histoire de Radio France. Tout observateur impartial se rend vite compte que cette situation anormale est due autant à votre arrogance qu’à la surdité et à l’aveuglement de la politique de votre Direction.
Il faut savoir assumer ses responsabilités !
Vous prétendez remettre les syndicats à leur place. La CGT, Monsieur Cavada, a toujours été à sa place : avec les salariés et contre ceux qui s’attaquent à leurs intérêts et à ceux du service public !

Vous concluez cette stupéfiante interview par vos vœux de reclassement : politique, Union Européenne, UNESCO.
Meilleurs vœux, Monsieur le Président.
En sortant, merci de bien vouloir fermer la porte derrière vous, soyez en certain, elle fermera très bien, sans burette !

Paris, le 8 janvier 2004.

 
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