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« Questions d’argent » : France Info rééduque la Justice

par Henri Maler,

« A la une de l’économie », « Bourse », « Economie Matin », « Entreprises sans Frontières », « Initiatives entreprises », « Le match de l’économie », « Partenaire d’entreprises », « Wall Street » : autant de chroniques et d’émissions, dont les titres font rêver et que le site de France info regroupe sous une même rubrique : « Les rendez-vous du thème "Economie" ».

Ne dites pas à Michel Polacco, Directeur de France Info, que l’orientation uniformément libérale de ces « rendez-vous » mériterait que le CSA, garant du pluralisme, s’en préoccupe ; il vous répondrait, délicatement, que vous n’êtes que des pétainistes, avant de vous inviter ainsi : « Retrouvez vos Khmers Rouges et vos nazillons » [1].

Parmi ces émissions à sens unique, une chronique de François De Witt : « Questions d’argent ».... destinée à dispenser (c’est le site de France info qui le dit...) « Des conseils pour mieux gérer votre portefeuille financier... ». Une émission de service, destinée, on s’en doute, à tous les français.

Vers 6 h 30, le jeudi 13 juillet 2006, les auditeurs de France Info ont eu le bonheur d’entendre sous le titre le « Le mauvais procès fait au créateur de l’assurance vie moderne », François De Witt, prendre la défense de « l’homme à qui les Français doivent leur placement préféré ». Motif : Gérard Athias et André Le Saux, les deux fondateurs et anciens dirigeants de l’Afer (« Association Française d’Epargne et de Retraite »), l’une des premières associations françaises d’épargnants, « ont été reconnus coupables d’« abus de confiance » et condamnés à deux ans de prison avec sursis. Ils sont accusés d’avoir détourné 128 millions d’euros entre 1987 et 1997, une somme dont le tribunal a ordonné la confiscation » (Les Echos, 05/07/06).

De quoi indigner notre chroniqueur matinal qui, en mission de service public (et de défenseur des opprimés), s’est empressé de voler au secours de l’inventeur d’une « idée géniale » (pas moins...) et de contester une décision de justice dans une affaire dans laquelle il avoue avoir des intérêts en sa qualité d’adhérent de l’AFER.


Texte intégral de la chronique du jeudi 13 Juillet 2006 : « Le mauvais procès fait au créateur de l’assurance vie moderne ».

« L’homme à qui les Français doivent leur placement préféré vient d’échapper à trois ans de prison ferme au bénéfice de l’âge, mais s’est fait confisquer par le Tribunal correctionnel de Paris les quelques 65 millions d’euros que lui a rapporté son idée géniale. L’homme, c’est Gérard Athias, et son idée, c’est le contrat d’assurance vie à versements libres et à frais visibles, diffusé de plus par l’intermédiaire d’une association- en l’occurrence la bien connue AFER- de manière à échapper à une certaine taxe d’assurance aujourd’hui disparue. En 1987, M. Athias et son associé André Lesaux ont signé avec un assureur devenu Aviva France un accord d’intéressement resté secret pendant dix ans. La compagnie leur versait des commissions sur tous les contrats d’assurances souscrits par l’intermédiaire de l’association AFER. Pas très clair, en effet , pour le champion de la transparence. Les juges considèrent je cite que « profitant de la confiance que leur avaient accordé les adhérents, et exploitant le succès remporté par des produits nouveaux, les dirigeants avaient aussi servi leurs intérêts personnels ». Ce qui est parfaitement vrai. Est-ce une raison suffisante pour confisquer tous leurs gains ? Les quelques 640 000 adhérents de l’AFER, dont moi, estiment manifestement qu’ils n’ont pas été lésés par Athias et Lesaux. Sinon, leur nombre aurait diminué depuis qu’a éclaté l’ « affaire AFER » en 1999. Or les adhésions augmentent avec une régularité métronomique (34 000 en 2005) tandis que cinq cents adhérents seulement se sont portés partie civile au procès. Les autres pardonnent à Athias de leur avoir caché son enrichissement occulte comme les Français pardonnent à Zidane son geste déplacé de dimanche. En revanche, les juges qui l’ont condamné paraissent sortis d’un monde suranné, où l’enrichissement personnel serait un crime. Comble d’extravagance, les quelques 130 millions d’euros confisqués à Athias et Lesaux vont rentrer dans la poche de l’Etat qui n’a vraiment rien à faire dans ce débat. Souhaitons que la cour d’appel fasse preuve de plus de réalisme. » (souligné par nous)

On appréciera particulièrement la grande tenue morale de cette chronique qui
- omet de mentionner que la confiscation des gains réalisés ne porte que sur les sommes détournées ;
- présente comme un enrichissement occulte ce qui était aussi et du même coup un enrichissement illégal ;
- invite la justice à se prononcer, non en vertu de règles de droit, mais en fonction du nombre d’adhérents de l’association AFER ;
- reproche à l’Etat, l’horrible monstre fiscaliste et persécuteur, de se mêler d’une affaire privée (quand c’est la loi qui est en cause) et, implicitement, de détourner des fonds quand il bénéficie d’une décision de Justice.

... et la comparaison avec Zidane couronne le tout !

 
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