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Quand Le Monde voyage... au service de la publicité

Sous le titre " Articles de voyage " ("Le Monde" daté du 10 novembre 2002), Robert Solé, médiateur du "Monde", poursuit inlassablement son travail de révélation des petits secrets, pourtant fort visibles, du quotidien " déontologiquement correct ".

Cette fois, le courrier de lecteurs déçus par les enquêtes touristiques du quotidien est l’occasion de nous apprendre ceci (qui se passe - presque - de commentaires).

" Le Monde consacre pas mal de place au tourisme : quatre suppléments par an, deux pages par semaine (numéro daté jeudi) et diverses "balades" saisonnières. Il répond ainsi à un double besoin : celui des lecteurs, qui voyagent de plus en plus, et celui de la publicité, qui a besoin d’un support rédactionnel pour ses annonces. "

On ne s’étonnera pas du lectorat que vise Le Monde, mais on se demandera comment Le Monde concilie ces deux exigences...

Le médiateur poursuit :

" Les reportages de la rubrique tourisme ne relèvent pas seulement du loisir. Ils permettent une autre approche des pays et des cultures, différente de la couverture politique, économique ou artistique. Le prochain supplément, qui paraîtra dans Le Monde du 14 novembre, contiendra par exemple un article sur la vie d’un chamelier dans le Sud algérien, un autre sur la préservation des tortues en Turquie, un autre encore sur le nouveau quartier général des babas cool sur la côte ouest de l’Australie... "

Ce sont sans doute des articles destinés à rectifier l’image fort avantageuse que le supplément d’IntermédiaFrance donne de ces pays. Mais, c’est vrai il y a les pages internationales...

Le médiateur enchaîne et conclut :

"La quasi-totalité de ces reportages ne sont pas financés par le journal, mais par des offices de tourisme, des voyagistes ou des compagnies aériennes. Ce n’est pas particulier au Monde : toute la presse française fonctionne ainsi, faute de pouvoir assumer elle-même de tels frais. La rubrique tourisme n’est d’ailleurs pas la seule à bénéficier de voyages de presse, sur lesquels le "livre de style"du Monde est assez énigmatique, se contentant d’affirmer : "Les journalistes n’acceptent pas de voyage de presse gratuit avant d’en avoir reçu l’autorisation de leur chef de séquence ou de son adjoint. Ils respectent une règle impérative : une préparation active du voyage de manière à pouvoir évaluer les informations recueillies au cours du déplacement."

Les journalistes du Monde qui effectuent des reportages pour la rubrique touristique affirment tous qu’ils travaillent en parfaite indépendance. Ils choisissent librement leur destination, modifient le programme en fonction de leurs intérêts et ne sont soumis à aucune demande de la part des organismes invitants. Ceux-ci connaissent trop la susceptibilité des journalistes pour faire l’erreur d’intervenir, et, de toute manière, ils trouvent leur intérêt dans ces articles.

Rien n’interdit de se montrer critique : dans un reportage à l’île Maurice (Le Monde du 6 décembre 2001), Florence Evin, responsable de la rubrique, soulignait le bétonnage de la côte, les menaces sur le lagon et le surclassement de certains hôtels. L’article avait été repris dans la presse locale.

Les informations pratiques qui accompagnent chaque reportage mentionnent toujours l’office de tourisme, le voyagiste ou la compagnie de transports ayant financé le voyage, mais sans se limiter à ces organismes-là. Il n’est pas précisé, en revanche, que le voyage a été offert, et par qui. Serait-ce déontologiquement préférable ? Ou, au contraire, de nature à faire trop de publicité à la puissance invitante ? La question n’est pas nouvelle, mais elle intéresse aussi les lecteurs. "

Puisque " toute la presse française fonctionne ainsi ", nous sommes pleinement convaincus !

 
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