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Quand Le Monde interroge « les économistes »

par Olivier Poche,

Le 15 avril 2011, un article du monde.fr revient sur les déclarations de François Baroin annonçant un « mécanisme pour obliger les entreprises qui versent des dividendes aux actionnaires à octroyer une prime aux salariés ». Le titre résume l’angle de l’article : « La “prime” de Baroin fait l’unanimité contre elle ». Mais qui, au juste, fait l’unanimité ?

En réalité, elle se résume à celle de deux « corps intermédiaires », en quelque sorte, dont on prétend résumer la position : « les syndicats », et « les économistes ». Les premiers sont évoqués sous cet intertitre : « “Incompréhensible” et “inégalitaire” pour les syndicats », dans deux paragraphes qui agrègent les critiques, fort différentes comme on s’en doute, du Medef, de la CGPME, de la CGT et de la CFDT. Mais le lecteur aura à peine le temps de s’en apercevoir : elles sont évoquées en quelques phrases, tout juste bonnes à justifier le titre de l’article.

Le meilleur est gardé pour les deux derniers paragraphes, introduits par cette assertion définitive : « Pour les économistes, l’annonce du gouvernement est tout autant incompréhensible ». Une assertion coiffée de cet intertitre : « “Une régression” pour les économistes ».

Qui sont « les économistes » unanimes du Monde ? En tout, ils sont trois.

Le premier, Jean-Christophe Caffet, est « économiste au service recherche de Natixis » – ce qui explique sans doute qu’on l’interroge, en tant que salarié d’une de ces « entreprises qui versent des dividendes aux actionnaires ». Brillant économiste, qui redresse au passage un « constat erroné » : « Si on part du constat, erroné, que le partage des revenus en France est défavorable aux salariés, alors il faut augmenter les salaires et non leur attribuer une part des profits. […] La mesure pourrait donc s’avérer dangereuse pour les salariés. » Le Monde s’abstient de relever que l’économiste patronal, prétendant corriger un « constat erroné », justifie le blocage des salaires…

Quelles autres personnalités constituent, avec M. Caffet, l’instance représentative, au Monde, des « économistes » ? La suite nous en informe :

« Agnès Verdier-Molinié, directrice de la Fondation Ifrap, d’orientation libérale, met en garde contre l’impact négatif qu’une telle mesure aurait sur les sociétés : “Sur six PME, une seule verse des dividendes. Pourquoi chercher à lui mettre la tête sous l’eau ?” Bertrand Nouel, expert à l’Ifrap, s’interroge sur les problèmes que pourrait générer le lien entre salariés et dividendes : “Verra-t-on des salariés faire grève pour que leur entreprise distribue des profits, de façon à bénéficier aussi de primes, ou alternativement pour réclamer des hausses de salaires lorsque cette entreprise aura prudemment décidé de ne pas rémunérer ses actionnaires ?”  »

Une directrice et un expert : deux membres éminents de l’Ifrap, donc, « fondation d’orientation libérale », selon Le Monde, think tank ultra-libéral selon d’autres sources, « vouée à la contestation acharnée de la fonction publique », selon Luc Cédelle, journaliste au Monde, qui s’exprimait il est vrai sur son blog.

Avec un économiste-banquier, ils forment ainsi un trio suffisamment représentatif et pluraliste pour doter « les économistes » de porte-paroles indiscutables ! Il est vrai que, si l’on s’en tient à la lecture du Monde et des grands médias, quelques « tribunes libres » exceptées, cette promotion ne semblera pas dénuée de tout fondement.

 
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