Observatoire des media

ACRIMED

Presse quotidienne régionale : Non au journal unique du Crédit Mutuel ! (SNJ)

Depuis la fin 2009, la presse de l’Est de la France est sous la coupe du Crédit mutuel [1]. Le communiqué du SNJ que nous reproduisons ci-dessous alerte sur les conséquences de cette prise de pouvoir (Acrimed)

Le Crédit Mutuel n’a pas abandonné son idée de créer une agence de presse pour l’ensemble des titres du groupe de presse dont il est actionnaire. Mais, aux dernières nouvelles, il aurait provisoirement réduit son ambition face à la levée de bouclier du SNJ. Le Crédit Mutuel prévoyait de constituer une équipe de dix rédacteurs et de cinq secrétaires de rédaction, en démantelant les services des Informations générales (IG). Malgré tout, plusieurs confrères des différents titres sont appelés à travailler ensemble dans les locaux parisiens du CIC [2], ce qui pose le problème de leur statut et de la mutualisation des contenus.

Bonjour l’indépendance rédactionnelle, le pluralisme et la crédibilité vis-à-vis de nos confrères et de nos lecteurs !

L’objectif final du Crédit Mutuel, au-delà des économies à tout crin, reste d’uniformiser l’ensemble des titres et de supprimer les services d’informations générales spécifiques au Républicain Lorrain, à l’Est RépublicainVosges Matin, le service des IG a carrément disparu !), aux DNA, à L’Alsace, au Progrès, au Dauphiné Libéré, au Journal de Saône-et-Loire et au Bien Public (les IG sont déjà communes pour ces deux titres !), sans oublier, à terme, le Journal de la Haute-Marne.

La création d’un bureau commun à Paris, sous l’égide de l’Association des journaux de l’Est de la France, avec un pool de journalistes qui ne dépendraient plus de leur titre d’origine, vise non à l’enrichissement des contenus, comme essaient de nous faire croire les rédacteurs en chef, mais au contraire à gommer le pluralisme, en se limitant à une pensée unique, sans tenir compte de la sensibilité des différents lectorats. L’idée de forcer les titres à accepter des articles « tout prêts » ou des pages communes sur tel ou tel événement a déjà prouvé ses limites, avec la couverture de grands événements sportifs. On a vu ce que cela donnait : les sportifs locaux étaient carrément ignorés ou mis de côté. Le moyen de faire autrement ? Un journaliste ne peut rédiger dix articles différents sur le même thème !

La « recette », destinée soi-disant à réaliser des économies en visant les services d’informations générales de leurs journalistes, paralyse en réalité tout esprit d’initiative : à terme un seul édito commun ! Le meilleur moyen de tirer le tapis sous les pieds des lecteurs, qui ne seront pas dupes.

Le Crédit Mutuel, qui devrait montrer l’exemple en matière de légalité, n’a pas hésité à charger l’Association des journaux de l’Est de la France de publier dans les colonnes du Journal de Saône-et-Loire une interview « exclusive » du candidat Nicolas Sarkozy, en gommant les signatures du journaliste de l’Est Républicain et de celui du Républicain Lorrain. C’est agir à la hussarde, au mépris de toute légalité. Cette manière de contourner les règles de déontologie et les droits d’auteur est indigne.

C’est pourquoi le SNJ recommande aux confrères et consœurs de supprimer la multi diffusion automatique à l’ensemble des titres du groupe, en décrochant, là où ils le peuvent, la flèche prévue à cet effet sur « Méthode ». Avec la complicité de nos directions, le Crédit Mutuel a décidé de bafouer le pluralisme de l’information à tous les niveaux : nationaux et locaux. L’enjeu va bien au-delà des abonnements AFP. Chacun doit en prendre conscience. À force de céder du terrain sur le champ de l’information, on finira par vendre notre âme à tous.

Le SNJ, première organisation de la profession, demande à tous les journalistes de rester mobilisés pour que chaque titre conserve son identité rédactionnelle. Il en va de nos emplois et de l’avenir de nos métiers.

Paris, le 19 avril 2012

 
  • Enregistrer au format PDF

Notes

[1Comme le constatait un communiqué du SNJ-CGT, publié ici-même (note d’Acrimed).

[2Le Crédit Mutuel est le principal actionnaire du groupe CIC (note d’Acrimed)

La meute des éditocrates

Des professionnels du commentaire.