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Pascal Bruckner, l’omniprésent résistant

par Denis Souchon,

La parution le 1er février 2017 du dernier livre de Pascal Bruckner [1] et la promotion dont il fait l’objet peuvent être analysées comme une magistrale leçon de marketing éditorial. Depuis un mois l’espace médiatique est en effet saturé par des entretiens accordés à l’ancien compère d’Alain Finkielkraut [2] et par des articles louangeurs. Seuls Le Journal de Mickey et Auto Plus sont restés silencieux…

Le marathon commence le 27 janvier. Ce jour-là Pascal Bruckner fait la « une » du Figaro Magazine avec un titre qui va cadrer la réception du livre en faisant passer son auteur pour un héroïque résistant : « Ce qu’on ne peut plus dire ». Le sous-titre laisse présager du pire : « Pascal Bruckner : "L’islamophobie est une invention pour interdire le débat" ».



Un professionnel de l’entretien


Pour la période du 1er au 24 février nous avons recensé 20 entretiens donnés par Pascal Bruckner.

La liste des médias hébergeurs est impressionnante et tous les types de supports et formats sont « colonisés » :

- 01/02, « C à vous » sur France 5,
- 02/02, Le Soir,
- 02/02, « Club de la presse » sur Europe 1,
- 04/02, L’Obs,
- 06/02, « 24 heures en questions » sur LCI,
- 06/02, « La Grande table » sur France Culture,
- 07/02, L’Express,
- 08/02, « Le nouveau rendez-vous » sur France Inter,
- 09/02, « Les grandes gueules » sur RMC,
- 10/02, Sud Radio,
- 10/02, Le Figaro,
- 11/02, « Entre les lignes » sur LCP,
- 12/02, Atlantico,
- 14/02, « L’invité des matins » sur France Culture,
- 17/02, « L’invité d’Ali Baddou » sur France Inter,
- 18/02, « C’est arrivé cette semaine » sur Europe 1,
- 19/02, « C polémique » sur France 5,
- 20/02, « Décryptage » sur RCJ,
- 21/02, « L’invité de 8h45 » sur LCI,
- 24/02, Le Figaro [3]

Des comptes rendus très empathiques


Preuve que le dernier opus de Pascal Bruckner est un très grand livre, nous n’avons trouvé que des critiques élogieuses à son sujet :

- 27/01, Vincent Tremolet de Villers dans Le Figaro,
« Ce qu’on ne peut plus dire : Bruckner face aux maîtres censeurs  »
« Un essai incisif et courageux dont Le Figaro Magazine dévoile en exclusivité quelques extraits. Un livre important (...)  »

- 02/02, Marc-Olivier Bherer dans Le Monde,
« Pour Pascal Bruckner, l’ "islamophobie" relève de l’illusion »
« Si Pascal Bruckner se laisse parfois emporter par sa volonté de dénoncer, il fait également preuve de nuance. »

- 06/02, Eric Delbecque dans le Huffington Post,
« Pascal Bruckner démonte pièce par pièce les mécanismes du politiquement correct  »
« L’essayiste prolifique démontre une nouvelle fois qu’il sait éclairer une problématique en visant son centre avec virtuosité. »

- 08/02, Luc Ferry dans Le Figaro,
« Quand Pascal Bruckner déconstruit l’islamophobie  »
« Je ne puis faire mieux, ici, que de laisser la parole à Bruckner tant son propos est limpide et juste.  »

- 09/02, Maurice Szafran dans Challenges,
« L’islamophobie ou la nouvelle censure  »
«  (…) ce livre à la fois intelligent, utile, et bien plus "modéré" que ne l’affirment les détracteurs de l’auteur. »

- 14/02, Laurent Joffrin dans Libération,
« L’imaginaire de Bruckner  »
« Pascal Bruckner est un des très bons essayistes français, et même si son glissement progressif vers la droite peut rebuter certains lecteurs, il n’enlève rien à son talent polémique. »

- 16/02, Elisabeth Chavelet dans Paris Match,
« Bruckner refuse "le chantage à l’islamophobie" »
« Une fois de plus, l’essayiste Pascal Bruckner frappe fort là où cela fait mal. Dans son nouvel ouvrage (...) l’auteur écharpe le "politiquement correct". »

- 17/02, Jacques Julliard dans Marianne,
«  No pasaran ! »
« (…) j’ai ouvert le livre de Pascal Bruckner (...) que je venais de recevoir. Je ne l’ai pas quitté. Quand un essai combine avec bonheur les quatre qualités majeures que l’on attend de lui, l’information, la lucidité, le talent et le courage, c’est bien la moindre des choses. »

- 23/02, Marc Weitzmann dans Le Magazine Littéraire n°577 (mars 2017)
« Nébuleuse islamophobie  »

- 26/02, Christophe Lucet dans Sud Ouest,
« Les imposteurs de l’islamophobie  ».

Il n’est guère surprenant de remarquer que Jacques Julliard ait rendu compte favorablement du livre de Pascal Bruckner. Il voulait sans doute le remercier d’avoir accepté son invitation à la cérémonie du 3 octobre 2016 qui vit François Hollande remettre la cravate de commandeur de la Légion d’honneur à ce même Jacques Julliard [4]. Et c’est probablement parce que Pascal Bruckner a su se montrer un bon camarade de dégustation de petits fours que deux autres invités prestigieux (Luc Ferry et Laurent Joffrin) de cette sauterie élyséenne ont encensé son dernier opus (respectivement le 08 et 14 février).

Il n’est guère plus surprenant d’observer que le 30 novembre 2010 Pascal Bruckner participait en compagnie de trois des louangeurs de son dernier livre (Laurent Joffrin, Jacques Julliard et Maurice Szafran) et de l’un de ses intervieweurs (Alexis Lacroix) à une fiesta, pardon, à une soirée mondaine organisée par Bernard-Henri Lévy : le petit monde de l’éditocratie vit en vase clos et sait se serrer les coudes en soutenant les initiatives et productions de ses membres, que ce soit en novembre 2010 ou en janvier-février 2017.

Denis Souchon

 
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Notes

[1Un racisme imaginaire, Grasset.

[2Ils ont co-écrit deux livres au vingtième siècle.

[3Entretien dans lequel il tient des propos calomnieux : « Le site frérot salafiste de Mediapart ».

[4Le Figaro, 4 octobre 2016.

Lire : Faire sensation. De l’enlèvement du bébé Lindbergh au barnum médiatique, de Roy Pinker

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