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Marianne réplique à Acrimed : du zénith aux abysses de la médiocrité

par Mathias Reymond,

La « riposte » de Marianne à notre article « Les complices de l’islamisme » : Marianne au zénith de la médiocrité journalistique est venue rapidement. Un peu trop ? Aucune réponse digne de ce nom à nos critiques et, au contraire, une confirmation des travers que nous avions déjà signalés.

C’est seulement quelques heures après la publication de notre article que l’hebdomadaire a mis en ligne une « réponse » sur son site : « Marianne vs Beur FM : Acrimed a pris un coup de soleil ». Nous en avons pris connaissance et elle nous a inspiré quelques remarques :

1) La réponse est courte, pour ne pas dire rapide, voire bâclée. À un point tel que, visiblement, on n’a pas pris le temps de corriger l’orthographe [1] :

2) Sur le fond, Marianne ne répond pas à notre article, mais à un article imaginaire, celui dans lequel Acrimed aurait pris la défense de Beur FM dans le conflit qui oppose la radio à Marianne : en témoigne le titre de la réponse (« Marianne vs Beur FM »), et son contenu, très largement consacré à l’émission « Les Z’informés ». Tout le problème est que notre article ne portait absolument pas sur ce « conflit » : il y est à peine mentionné, et c’est sur l’article de « cadrage » du dossier (huit pages sur 24) que la quasi-totalité de nos critiques se portent. L’hebdomadaire le reconnaît d’ailleurs lui-même : « Et de se pencher (très rapidement, il faut bien le dire) sur les autres articles de notre dossier ». Pourquoi, dès lors, choisir d’angler la « réponse » autour d’une thématique sur laquelle nous nous penchons « très rapidement », tout en ironisant par ailleurs sur la longueur globale de notre article (« près de trente mille signes – tout de même ») ?

3) Ce choix n’est en réalité pas anodin puisqu’il permet à Marianne d’attaquer directement l’auteur de l’article [2] – Julien Salingue – sous prétexte que celui-ci est un invité régulier de l’émission « Les Z’informés », en prétendant qu’il est de ce fait « juge et partie ». Là aussi, la manœuvre est un peu grossière, car c’est entre autres évidemment pour éviter d’être « juge et partie » que notre rédacteur a fait le choix de ne pas s’attarder sur le « cas » Beur FM [3]. On notera par ailleurs que les fins limiers de Marianne, qui nous expliquent « qu’un discret et très lointain post-scriptum (…) nous indique qui est l’auteur de cette charge », devraient aller moins vite en besogne : comme pour tous nos articles, le nom de son auteur est sous le titre, et il suffit de cliquer sur ce nom pour connaître les productions dudit auteur :

4) Marianne aime jouer avec les mots, mais malheureusement à ce jeu-là aussi l’hebdomadaire est perdant. Dans le post-scriptum à l’article incriminé, nous expliquions en effet que, contrairement à ce qu’a écrit Marianne dans son dossier, Julien Salingue n’intervient pas sur Beur FM en tant que « représentant d’Acrimed », et que sa parole, en ces circonstances, n’engage pas l’association. « Que nenni ! », affirme Marianne, qui publie un extrait sonore de l’émission, dans lequel on entend notre rédacteur être présenté comme « Julien Salingue d’Acrimed ». La belle affaire ! Est-il si difficile de comprendre que l’on peut être membre d’un collectif, et que cette appartenance soit mentionnée, sans que cela signifie nécessairement qu’on le « représente » ? Pour un hebdomadaire comme Marianne, cela devrait être assez simple, à moins de considérer, par exemple, que chaque membre de la rédaction de Marianne « représente » en tout temps et en tout lieu le journal… même quand il plagie des livres.

5) En réalité, la double diversion (« Beur FM vs Marianne » et l’attaque dirigée personnellement contre Julien Salingue), permet à l’hebdomadaire d’éviter soigneusement de répondre aux critiques contenues dans notre étude, qui portent principalement sur le manque de rigueur et de déontologie de l’article de « cadrage » du dossier.

a) Par charité, nous signalerons qu’une pseudo-réponse est apportée à notre première critique. Alors que nous démontrions que l’auteur de l’article se contentait de reprendre des citations glanées ça et là, tout en prétendant produire une « enquête » et en omettant de signaler ses « emprunts », Marianne contourne l’obstacle en ironisant : « C’est vrai que c’est stupide de notre part de reproduire comme ça des propos qui ont été tenus ! On vous jure, on ne nous y reprendra plus ! » Un extrait de notre papier permettra à tout un chacun de juger de la validité de ce « contre-argument » :

Éric Conan s’est largement contenté de bricoler un article sur la base du travail préalable de ses confrères, reprenant les noms et les citations en les agrégeant pour produire un effet de légitimation dans son argumentation. C’est bien évidemment son droit le plus strict, mais la moindre des choses est, dans ce cas, de ne pas prétendre proposer une « enquête » et, surtout, de faire savoir que la quasi-totalité des citations sont « empruntées » à d’autres journalistes.

Intégrité, quand tu nous tiens…

b) Par charité encore, nous remarquerons que Marianne « répond » à une autre critique, celle de l’absence de toute définition de « l’islamisme » dans un dossier qui lui est pourtant en grande partie consacré. Et là, on se frotte les yeux pour y croire : « On pensait pourtant l’avoir fait… Et sur 24 pages justement ! On reproche aux journalistes d’aller souvent trop vite en besogne, de ne pas approfondir leurs sujets et voilà que nous offrons une définition en 24 pages de "l’islamisme" moderne et de ses "complices" dans notre pays (…) ». Inutile d’avoir fait des études supérieures de journalisme pour savoir que lorsque l’on étudie un phénomène, on commence par en définir précisément les termes, et qu’aucune analyse ne peut se substituer à une définition. Donc nous le répétons : il n’existe aucune définition de « l’islamisme » dans le dossier de Marianne. Il est vrai que cette absence est le prix nécessaire de la confusion.

c) En définitive, Marianne ne répond à aucune de nos critiques, et évite soigneusement les plus gênantes d’entre elles. Nous serions ainsi beaucoup plus intéressés par une réponse de la part de l’hebdomadaire quant à la manipulation d’une citation attribuée à l’AFP, en réalité mutilée et vidée de son sens pour servir le propos du journaliste de Marianne, quant aux amalgames entre, notamment, « islam » et « islamisme », ou encore quant à la référence malhonnête au rapport Obin, que par des diversions et des attaques personnelles.

- Copier-coller, durant huit pages, des entretiens obtenus par des confrères, tout en prétendant produire une « enquête » et sans mentionner ses sources, est-ce du journalisme ?
- Manipuler des citations et des rapports tout en prétendant informer, est-ce du journalisme ?
- Mettre en équivalence « islamisme », « christianisme » et « judaïsme », est-ce du journalisme ?
- L’amalgame entre l’islam et la contestation du génocide arménien, est-ce du journalisme ?

Nos questions sont simples, mais de toute évidence Marianne préfère, pour l’instant, ne pas y répondre.

Mathias Reymond

P-S : Après une rapide enquête, nous avons trouvé la source originale de la « réponse » de Marianne :

« Quand l’on s’aperçoit que l’on est battu, on opère une diversion : autrement dit, on se jette tout d’un coup dans un tout autre propos, comme s’il faisait partie du sujet et était un argument contre votre adversaire. Ce qui a lieu avec un peu de discrétion, lorsque la diversion reste malgré tout liée au thema quaestionis ; et impudemment, lorsque l’attaque n’est relative qu’à l’adversaire et n’a rien à voir avec le sujet du débat. » [4]

 
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Notes

[1Soyons honnête, cela nous arrive aussi, mais nous sommes une association de bénévoles, n’avons donc pas de correcteurs et ne prétendons pas au « professionnalisme » des journalistes de Marianne.

[2Article qui, comme l’ensemble des publications de notre site et de notre magazine (sauf mention contraire), est un article élaboré et assumé collectivement par l’association.

[3Sinon en relevant qu’il était peu probant de critiquer une quotidienne d’1h30, à l’antenne depuis près de deux ans, en s’appuyant sur deux phrases prononcées par des invités en avril dernier.

[4Arthur Schopenhauer, L’art d’avoir toujours raison (1830-1831), stratagème 29.

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