Observatoire des media

ACRIMED

Lu, vu, entendu : « France inter dans tous ses états »

par Nicolas Boderault,

Le « vaisseau amiral » de Radio France conjugue avec bonheur capitalisme, sécuritarisme et verbalisme.

Capitalisme

Brigitte Jeanperrin, actuellement animatrice et productrice de l’émission « Le Carrefour de l’économie », et bien connue pour son aptitude à être au service des PDG et de l’entreprise privée sur le service public, reçoit enfin la juste récompense de son travail en figurant dans la promotion du nouvel an de la Légion d’honneur au grade de chevalier. Pour fêter cela elle invite à « débattre », dans son émission du 1er janvier 2011, Mathilde Lemoine et Christian Saint-Étienne, membres du Conseil d’analyse économique, un conseil « placé auprès du premier ministre ».

Brigitte Jeanperrin prêche la bonne parole capitaliste aux adultes, et pour les enfants, c’est Noëlle Bréham qui se charge du catéchisme.

Comme nous le relevions ici-même : « L’émission "Les P’tits Bateaux" sur France Inter propose à de jeunes auditeurs (6-12 ans) de poser par l’intermédiaire d’un répondeur des questions que l’animatrice, Noëlle Bréham, s’occupe ensuite de soumettre à d’éminents spécialistes, qui s’efforcent de répondre de façon claire et adaptée à leur jeune âge. L’exercice, souvent réussi, est cependant difficile et impose inévitablement raccourcis et/ou simplifications. Mais il offre aussi l’occasion de voir la pédagogie se transformer en pure propagande [...] ». Le 23 janvier 2011 ces propos ont à nouveau été illustrés dans « Les P’tits Bateaux ».

- Léna : « Bonjour, je m’appelle Léna, j’ai 11 ans, et je voudrais savoir pourquoi il y a des enfants qui travaillent dans des conditions impossibles dans les pays pauvres. Merci, au revoir. »

- Noëlle Bréham : « Bonsoir Léna, tu vas vite. C’est Daniel Cohen qui a écrit "La Prospérité du vice" édité chez Albin Michel, Daniel Cohen qui est professeur à l’École normale supérieure, qui va te répondre Léna. Pourquoi il y a des enfants qui travaillent dans des conditions pas possibles dit-elle dans des pays pauvres ? »
- Daniel Cohen : « Eh bien justement parce qu’ils vivent dans des pays pauvres. Lorsqu’un pays est pauvre tout est cher, tout est cher pour les parents comme pour les enfants. Envoyer les enfants à l’école ça coûte cher aux parents. […] Dans un pays pauvre les parents gagnent de l’argent grâce au travail de leurs enfants et souvent ce travail des enfants est indispensable à la vie de la famille. Il est indispensable parce qu’il y a des enfants plus jeunes encore dont il faut s’occuper et il est indispensable parce que quand on est très très pauvre tout argent gagné compte pour le bien être, si on peut dire, de la famille. C’est la raison pour laquelle dans les pays les plus pauvres on donne souvent de l’argent aux parents pour qu’ils envoient les enfants à l’école, comme si l’État permettait aux parents les plus pauvres de gagner quand même de l’argent alors même que leurs enfants ne travaillent pas. »
- Noëlle Bréham : « Il compense un manque à gagner. »
- Daniel Cohen : « Il compense ce qui apparaît aux enfants et aux parents comme un manque à gagner. Dans les pays riches aucun parent ne considère qu’il y a un manque à gagner quand un enfant de 10 à 15 ans va à l’école. Mais dans un pays pauvre lorsqu’un enfant de 10 à 15 ans va à l’école, pour les parents c’est perçu comme une dépense parce que c’est perçu comme un manque à gagner. »
- Noëlle Bréham : « Mais autrefois dans nos pays riches c’était un petit peu la même chose ? »
- Daniel Cohen : « Ce qui se passe aujourd’hui dans les pays les plus pauvres s’est évidemment passé chez nous aussi. […] Et souvent dans les pays les plus pauvres la question est moins de savoir est-ce que les enfants vont ou pas à l’école que la question de savoir si en même temps qu’ils vont à l’école on leur demande aussi de travailler quand ils rentrent de l’école, et c’est évidemment ça qui rend la situation des enfants pauvres qui sont scolarisés tout à fait injuste par rapport à ceux qui peuvent se contenter d’aller à l’école. […] »
- Noëlle Bréham : « Daniel Cohen merci. En Suisse, qui n’est pas un pays pauvre, les vacances de la Toussaint s’appelaient jusqu’à il y a peu "les vacances de patates" pour libérer les enfants pour aller donner un coup de main dans les champs. »

Daniel Cohen et Noëlle Bréham ne remettent pas en question le travail des enfants, ils glosent sur les « conditions pas possibles » dans lesquelles travaillent ces enfants.

Daniel Cohen est membre du Conseil d’analyse économique « placé auprès du premier ministre » et Noëlle Bréham, bien que rémunérée par une radio de service public, joue la rabatteuse pour Poweo, une entreprise privée qui participe activement au démantèlement du service public de l’électricité.

Sécuritarisme

Vendredi 16 juillet 2010, Le téléphone sonne a pour sujet « Questions sur les violences gratuites, les lynchages… »

Présentation sur le site de l’émission :
« Lynchage tout récemment sur une sortie d’autoroute pour un refus de remplir un constat amiable après un accrochage entre voitures, coup de couteau pour une cigarette refusée, des bandes qui agressent les clients d’un parc d’attraction près de Paris. Comment expliquer cette violence… Comment la combattre… ?

invités

Laurent Mucchielli sociologue, et directeur de recherche au CNRS, qui a coécrit avec Peter Spierenburg, « Histoire de l’homicide en Europe », aux Éditions La Découverte, 2009, (www.laurent-mucchielli.org).

Sebastian Roché, criminologue, et directeur de recherche au CNRS.

Hervé Niel, contrôleur général de la police, et sous-directeur des services territoriaux au sein de la Direction centrale de la sécurité publique. »

Comme c’est devenu une habitude, le site de France Inter et l’animateur de l’émission (Pierre Weill dans le cas présent) ne donnent pas toutes les informations qui permettent de comprendre les prises de positions des invités, et du coup c’est un auditeur sélectionné pour passer à l’antenne qui se charge de ce travail :

- Pierre Weill : « Alban dans le Val de Marne nous appelle, bonsoir Alban »
- Alban : « Bonsoir »
- Pierre Weill : « Vous êtes sur l’antenne »
- Alban : « Oui bien, sachant que Sebastian Roché a eu le Prix littéraire de la Gendarmerie nationale (catégorie Œuvres de réflexion) en 1997, compte-t-il concourir pour le prix de poésie de l’armée française ? »
- Pierre Weill : « Ah écoutez là, je crois que..., l’émission est sérieuse, on aborde un sujet sérieux, si vous souhaitez lancer des, des phrases comme ça, ça n’apporte strictement rien, vous ne respectez pas les règles du jeu de, de l’émission, on parle ce soir de la violence gratuite avec des avis qui sont divergents, je regrette vraiment que vous profitiez de cette émission pour lancer comme ça des, des phrases qui n’ont absolument aucun sens et surtout aucun intérêt. Alors on va continuer les, les appels, je crois qu’on a Paul dans les Bouches-du-Rhône qui souhaite nous appeler. Paul, vous êtes avec nous ? »
- Paul : « Oui, bonsoir. »
- Pierre Weill : « Oui, c’est une émission en direct, alors on a quelques fois des plaisantins qui s’amusent. […] »

Un peu plus tard, vers la fin de l’émission :

- Pierre Weill : « […] Sébastien Roché [tout au long de l’émission Pierre Weill prononce « Sébastien » alors que son prénom est « Sebastian »] criminologue et directeur de recherche au CNRS, et pardon encore pour cet appel totalement farfelu mais c’est le direct, je n’y peux rien. »

Le 16 juillet 2010 on pouvait trouver dans la notice de Sebastian Roché (modifiée depuis) sur le site de l’unité de recherche à laquelle il appartient, le Pacte, les informations suivantes à son sujet :
- Prix Littéraire de la Gendarmerie nationale (catégorie Œuvres de réflexion) en 1997.
- Conférencier invité aux Assises nationales de la police de proximité en mars 2000 (table ronde Police partenariale au service du public).
- Conférencier invité au colloque de Villepinte organisé par le ministère de l’Intérieur en octobre 1997 (table ronde citoyenneté).
- Expert associé au plan de prévention de la violence en milieu scolaire par le ministre de l’Éducation nationale, fin 1997.
- Réalisation du diagnostic local de sécurité de Marseille (en collaboration) et d’autres villes.

Ces informations montrent que Sebastian Roché est aux questions de « sécurité/insécurité » ce que Christian de Boissieu est aux questions économiques : un « expert » engagé aux côtés des forces de l’ordre (établi). Et comme pour Christian de Boissieu, les différentes casquettes de Sebastian Roché sont en général passées sous silence par les journalistes qui l’interviewent.

Faut-il voir un effet de l’intervention d’Alban dans la disparition de ces informations dans cette notice depuis cette émission ?

Verbalisme

Pascale Clark, productrice et animatrice de « Comme on nous parle » et de « 5 minutes avec... », fait deux révélations fracassantes le 11 février 2011 sur le site du Nouvel Observateur : « les voix féminines peuvent facilement aller dans l’aigu » et « un journaliste n’a pas de sexe ». Pascale Clark, ou la cohérence. Et comme le dit Philippe Val, le directeur de France Inter : « Pascale Clark est à l’écoute de l’inattendu et elle essaie de le rendre familier. »

Enfin, le 13 février 2011 le site de France Inter (avec l’aide de notre mauvaise foi dans le découpage de l’image) nous donne ci-dessous la dernière estimation (réaliste) de la valeur de Philippe Val, le directeur de la station :

 
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La meute des éditocrates

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