Observatoire des media

ACRIMED

Lu, vu, entendu : « C’est la rentrée ! »

... littéraire, vestimentaire, « people », radiophonique. Sociale aussi, mais pas ici.

Rentrée littéraire

« Le Monde des Livres » du 1er septembre publie un article signé F.N. qui mérite le Nobel de l’hypocrisie. Intitulé : « Frénésie éditoriale autour d’un "cas" littéraire », il fait mine de s’en prendre au tsunami houellebecquien qui déferlerait, paraît-il, sur les hebdomadaires.

« De l’Express au Nouvel Observateur en passant par Le Figaro Magazine, Le Point et Marianne, il n’est pas un hebdomadaire qui n’ait publié son enquête sur le "phénomène Houellebecq".Quelle perspicacité ! Et les quotidiens ? Ils n’auraient rien publié ? Même au 82, bd. Auguste Blanqui ?

Le Monde croit-il le lecteur si oublieux qu’il ne se souvienne que Josyane Savigneau elle-même a interviewé (Le Monde daté du 21 août), l’écrivain ultra médiatisé sur une page entière, apportant ainsi sa caution à la marchandisation de son dernier produit.

La recension de Franck Nouchi s’achève par celle d’un petit livre dont notre quotidien dit ceci :

« Même ton, même violence dans ’’Au secours Houellebecq revient ! " d’Eric Naulleau. Pour lui aussi, (à la différence du « Monde ») la cause est entendue : "Nous assistons à une évacuation progressive de la littérature du champ littéraire." Les "people", dit-il, encombrent les tables des libraires et occupent une place "non négligeable" dans les médias - ¬ "d’où la littérature a pour ainsi dire disparu." Et de déplorer qu’il s’en prenne au "Monde des livres", coupable d’on ne sait trop quelles accointances ». Plus faux cul, tu meurs ! (ColMar)

Rentrée vestimentaire

Les Dernières Nouvelles d’Alsace ont préparé la rentrée, et pas seulement scolaire, celle de la mode automne-hiver aussi. L’article suivant est paru samedi 20 août, page 5 du cahier « Local » sous la rubrique « Shopping ». Largement inspiré d’un catalogue... Deux magasins sont cités, dont un grand magasin de l’hyper-centre, deux fois, et un autre. On espère que l’auteure de l’article a été relookée des pieds à la tête, après son bel exercice...

Extraits[[en gras : souligné par nous] :

« Un hiver tendance gipsy et glamour... », annonce le titre. Et l’on peut lire, dans un style incitatif voire prescriptif, ceci :

« Bientôt la rentrée, il va falloir penser à apporter quelques nouveautés à sa garde-robe. Tendance bohémienne ou japonaise côté femme, « jeanswear » pour les hommes : cet hiver on va tous pouvoir oser les mélanges de couleurs et de matières. » Et encore : [...].
Vous avez aimé le look « hippie-chic » ? Vous glisserez facilement vers le style « gipsy-chic », plus gitane que tendance Woodstock. Ah ! Ce « vous » qui s’prend les lecteurs-trices par la main...

Autres fragments : « [...] Incontournable [évidemment !] aussi la vraie ou fausse fourrure qui se met partout, sur les vêtements, les sacs, les chaussures. L’accessoire est encore plus omniprésent que les saisons passées [...]  : Tous ces petits détails qui donnent un style sont indispensables [bien sûr !] pour toutes celles qui veulent être un peu lookées : “ Il y a un côté excentrique et ludique dans la mode cet hiver. La femme [universelle et éternelle...] avec un peu d’imaginaire [En aura-t-elle vraiment besoin, à la lecture de ce prospectus ?) peut avoir un look hyper branché sans casser sa tirelire ”, estime ainsi Anne Perret, responsable de la confection femme aux Galeries Lafayette. [Et une publicité pour un grand magasin...]

Encore quelques bouchées : « [...] depuis un an déjà, terminés les codes strictes (sic) et définitifs , à la femme (LA femme, encore...] de trouver son style à elle dans ce que la mode propose. Libre [sic] à elle ainsi de s’offrir une belle veste griffée ou très travaillée, qu’elle portera (prescriptif) avec des petits hauts à trois francs six sous. (et en euros ?) Côté couleurs, il faut que ça en jette cet hiver : on trouvera beaucoup de prune, de vieux rose, de turquoise ou de vert anis, pour égayer nos petites mines. [...]

« Côté chaussures, on optera pour la cavalière, la santiag féminisée ou les bottes fourrées. Le style années 40
(Oberg-Papon ?) fait un retour remarqué avec un bout à la fois rond et effilé, et un talon de 10 cm : “ Mais qui ne reste pas coincé dans les pavés, quel bonheur ! ”, s’exclame Christine, chez Ultima [et encore une page de publicité], qui se fera largement comprendre par les Strasbourgeoises

Vient le tour des hommes : « Ces nouveaux coquets... », selon le sous-titre. Evidemment. [...] de quoi satisfaire les fashion-victims strasbourgeoises : “ Avec Berlin et Paris, Strasbourg est le seul magasin en France qui obtient les résultats escomptés sur les créateurs ”, constate ainsi Gilles Stefani, responsable de l’Homme aux Galeries Lafayette. [Et hop nouvelle pub !]

Les Strasbourgeois sont également fans de lingerie : « Monsieur tout le monde (sic) va s’acheter (j’y cours) un débardeur, un boxer ou même un string, c’est terminé le diktat du noir et blanc en coton ».

Plus de diktat ? La liberté, quoi... (ColMar)

Rentrée « people » - Sous le titre « Sarko et le choc des photos », dans Le Canard enchaîné, n°4427, mercredi 31 août 2005, p. 2 :

« Nicolas Sarkozy a peu goûté la publication par Paris Match des photos montrant Cécilia Sarkozy à New York avec un dirigeant de Publicis, Richard Attias. Il en veut particulièrement au propriétaire de l’hebdomadaire, un certain Arnaud Lagardère. “ Je croyais qu’Arnaud était un ami. Je ne m’attendais pas à ça de sa part ”, a-t-il confié à ses proches. “ Il m’a appelé jeudi (le jour de la sortie de "Match") vers 15 heures, a raconté Sarko, pour me dire qu’il était désolé. Je lui ai fait remarquer qu’il aurait pu interdire cette publication. Il m’a assuré qu’il n’était pas au courant, qu’il a découvert le journal comme tout le monde. Soit il est nul, parce qu’il aurait dû être au courant, soit il est malhonnête, parce qu’il le savait. ” Apparemment, pour Sarko, le slogan de Match, “ le poids des mots et le choc des photos ”, n’a plus le même sens. »

Rentré radiophonique

Dans Télérama daté du 31 août 2005, Anne-Marie Gustave fait part de la « sale ambiance  » qui règne actuellement à France Inter depuis l’annonce des résultats d’audience (trimestriels, ndlar) de la chaîne publique, « les plus mauvais de toute [son] histoire ».

« A qui la faute ? », se demande-t-elle sans même imaginer que la réussite d’une radio publique puisse se mesurer à autre chose qu’à son audimat... Et, bien sûr, le coupable est identifié : « on évoque... », indique-t-elle, « les grèves successives » ! Pour étayer son propos, elle rappelle ainsi les baisses d’audience suite aux « arrêts de travail de certaines catégories de personnels  » en mai 2003, en 2004, et en avril 2005. Maudits grévistes !

Mais qui est donc ce « on » ? la rédaction de Télérama, journal récemment racheté par le groupe Le Monde ? les syndicats de Radio France ? l’un des grévistes ? la direction de Radio France ? Le lecteur aurait apprécié qu’A-M Gustave cite ses sources, règle élémentaire de la déontologie des journalistes ; cela aurait sans doute permis d’évaluer la fiabilité et surtout l’impartialité de l’information.

Parmi les différentes raisons possibles évoquées au début de l’article - formatage des émissions, manque de renouvellement de la grille -, ne figure étrangement pas une raison qui a peut-être eu son importance : Les résultats d’audience concernent le deuxième trimestre 2005 qui couvre deux mois d’une campagne référendaire dans laquelle la crédibilité de la radio publique a été fortement mise à mal par un matraquage en faveur d’un choix finalement minoritaire...

 
  • Enregistrer au format PDF

Plantu, éditorialiste mondain, combat le Front national

… en raison de son amicale complicité avec La France Insoumise ?

De l’art de saboter une interview politique

Le calvaire d’Éric Coquerel dans « Questions Politiques » sur France Inter ; par Nicolas Demorand, Nathalie Saint-Cricq, Françoise Fressoz, et Carine Bécard.

« Incarner le renouveau » : programme politique ou marotte journalistique ?

Quand les mots d’ordre des communicants deviennent des slogans médiatiques.