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"Liberté, égalité... scolarité" : du sabotage au sacrilège sur France 2

par William Salama,

L’émission n’a été interrompue que quinze malheureuses minutes, au grand dam du Figaro, du Parisien et de France-Soir qui s’offusquent.

8 septembre 2003. L’émission "Liberté, égalité... scolarité" proposait un débat - « tant attendu » ( France-Soir du 9 septembre, article signé « P.C »)- qui confrontait Luc Ferry à un panel d’enseignants. Mais des « agitateurs » (France-Soir, toujours), « se seraient attaqués aux câbles de la régie de France 2 » (Le Parisien). Les « intrus », « agitateurs » en question « seraient » des intermittents et des enseignants.

Le Parisien pose la question : « une coupure provoquée par des intermittents et des profs en colère ? » et Le Figaro d’ évoquer « ce ’’sabotage’’ [qui] serait dû à une action conjointe d’intermittents et d’enseignants »).

Etonnant traitement... Le conditionnel comme les termes choisis semblent entretenir une menace fantôme (cette fatiguante "colère" !) de type terroriste : cf. « commando », « rupture d’alimentation qui n’a pas été revendiquée » , « direct pris en otage » de France-Soir.

Une dépêche de l’AFP, que seul Le Figaro est allé chercher, indique sobrement ceci :

« Selon un photographe de l’AFP, présent sur les lieux, des enseignants ont pénétré par surprise jusque dans le hall de la Sorbonne et la police les a empêchés avec force d’accéder à l’amphithéâtre d’où était retransmis le débat. Par ailleurs, une femme se présentant comme une intermittente du spectacle et qui a requis l’anonymat, a déclaré à l’AFP que l’interruption du débat à la Sorbonne était due à l’action conjointe d’intermittents du spectacle et d’enseignants en colère. »

L’émission n’a été interrompue que quinze malheureuses minutes. Mais à lire Le Figaro (dont le titre - « Luc Ferry privé d’images et de son » - pourrait sembler narquois...), et surtout Le Parisien et France-Soir, on frôle le sacrilège...

- Ainsi, Le Parisien (sous la plume de Philippe Duley) proclame, non sans emphase : « enfin une grande occasion de parler d’école » (comme s’il n’y en avait pas eu d’autres ailleurs. Et s’en prend, dans ses commentaires, « aux enseignants très remontés. Presque insolents » (sic) du panel, avant d’étaler sa compassion et son admiration pour le pauvre Luc Ferry, « seul, contre tous » (c’est letitre), « jamais agressif », qui heureusement à « repris possession de son (sic) émission ».

- France-soir est comme à son habitude très à l’aise dans le sensationnalisme - un « fait unique dans le Paf  » - ne dissimule pas ses choix partisans, notamment quand il ne relaye, pour finir, que les propos de Christopher Baldelli, (DG de la chaîne) qui se morfond ainsi : « nous ne pouvons qu’être choqués qu’un débat souhaité et attendu par les différentes parties soit interrompu par des actions violentes. Cette action est d’autant plus choquante à l’égard de l’enjeu démocratique que représente un tel débat ».

Les prétentions démocratiques de la télévision, par les bouches du duo Baldelli-Mazerolle, étonneront, pour le moins, tous ceux qui observent comment France 2 rend compte des mouvements sociaux.

Deux modes d’information se sont affrontés ce soir-là, celui de intermittents et des enseignants (le terrain) et celui du gouvernement (la communication télévisée). Ne doit-on pas alors plutôt analyser ce happening comme un acte de résistance face au média dominant ? Le 8 septembre, à 21.15, le terrain-réalité a marqué sinon un point, du moins les esprits, face à la télé-virtualité.

*************
Compléments (mis en ligne le 20 novembre 2003)

Du nouveau. Lus sur ouahad.com (lien périmé) (Scholastique médiatique), ces quelques commentaires éclairants qui font suite à l’émission de France 2 et soulèvent d’autres questions.

« Le lendemain, dans le journal d’Europe1 de 12h, présenté par Yves Calvi, Olivier Mazerolle - Mr interview politique de F2 et donc présentateur de l’émission - intervenait par téléphone pour expliquer sa version de l’événement. Consciente des manifestations qui ne manqueraient pas de se dérouler devant la Sorbonne, la chaîne avait pris ses précautions et plusieurs cars de CRS - avec des CRS dedans - en protégeaient l’accès. Un individu isolé aurait simplement coupé le disjoncteur du car d’alimentation - en actionnant un gros interrupteur rouge à l’aide d’un bâton, la description est précise - provoquant la fameuse interruption.
Il faut savoir que, dans les conditions d’un direct, les moyens mis en oeuvre sont considérables, un car régie réalise l’émission qui est envoyée par faisceau satellite - dans ce cas-là deux faisceaux - à la chaîne. Pour éviter tout problème d’alimentation, ce ou ces cars sont alimentés par un générateur autonome. C’est donc de ce générateur que le courant aurait été coupé, privant le car régie d’alimentation. Monstre d’électronique et d’informatique embarquées, celui-ci aurait eu besoin de dix bonnes minutes à se remettre en état de fonctionnement avant de pouvoir rediffuser l’émission (l’éclairage, plus gourmand encore en énergie et plus long à chauffer, étant assuré par une alimentation plus classique).
Ces cars régie, que l’on voit sur les événements sportifs et de plus en plus sur la plupart des émissions en direct parce que beaucoup plus performants que les régies intégrées au studio, capables de gérer une douzaine de caméra, de gérer le son, l’image et l’habillage, la post prod etc. sont cependant, pour raisons de sécurité ?
C’est un autre problème. Toujours est-il que si, effectivement, un commando mêlant enseignants et intermittents avait sciemment interrompu l’émission, Mazerolle aurait été le dernier à vouloir le cacher. [...] Bref, les journaux ne seraient-ils pas déçus que la rentrée brûlante tant attendue ne soit finalement plus que refroidie ? »

 
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