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Le magazine électronique n°177

par Acrimed,




SOMMAIRE

1. Édito. SNCF : pluralisme en berne et journalisme de classe
2. Agenda
3. Sur le site d’Acrimed
4. Sur d’autres sites
5. Actualité des médias
6. Livres, revues, journaux sur les médias



Jeudi 15 février 2018, Édouard Philippe recevait le « Rapport sur l’avenir du transport ferroviaire » de Jean-Cyril Spinetta, ancien PDG d’Air France. Au programme de ce document, qui doit servir de base de travail pour une future loi sur les « mobilités » : mise en concurrence du rail, remise en cause du statut de cheminot, plans de départs volontaires, suppression des petites lignes jugées non rentables… Si ce dernier point a été abandonné depuis, l’essentiel reste en place : un cocktail drastique de mesures libérales qui, pour les syndicats, remettent en cause le service public ferroviaire au profit du secteur privé.

Depuis plus de trois semaines, cette « réforme » suscite l’approbation (presque) unanime des grands médias et la mobilisation des salariés et des syndicats ravive, quant à elle, la morgue des éditorialistes.
Surfant sur des gages de « neutralité » et de « référence », et tout en prétendant délivrer une synthèse de « bon sens », Le Monde signe un éditorial dès le 17 février présentant la « réforme » comme « inéluctable » :

Comment ainsi justifier 10,5 milliards d’euros de concours publics, alors que chaque année la dette continue de gonfler de 3 milliards ? Comment celle-ci, qui a déjà atteint 46 milliards, pourrait-elle passer à 62 milliards en 2026, sans que l’on entrevoie une quelconque sortie de ce cercle vicieux ? […] Pour résoudre cette équation devenue impossible, le rapport propose deux principes de bon sens – qualité qui a justement fait cruellement défaut ces dernières décennies : la « cohérence des choix publics » et la « responsabilisation des acteurs. »

Le 17 février, le JDD applaudit et accable la CGT, qui « brandit [la] menace explicite » en appelant à la grève, « arc-boutée sur la défense de dispositifs présentés (et ressentis par une partie des Français) comme des privilèges corporatistes ».

Le statut des cheminots polarise très vite l’attention des chroniqueurs et éditorialistes. Au gré d’exposés qui ne s’embarrassent d’aucune nuance quand ils ne versent pas dans la désinformation la plus totale, les chefferies éditoriales expliquent à quel point les cheminots sont des nantis, des « privilégiés », des irresponsables « prenant les Français en otage » (Jean-Claude Dassier, François de Closets), « bloquant la France » (Charlotte d’Ornellas), « mettant le pays par terre » (Pascal Praud). Les mêmes éditorialistes entonnent le refrain du « c’est mieux ailleurs » en vantant, au mépris des faits, « le modèle britannique » devenu subitement leur paradis ferroviaire. Bref, on l’aura compris, il faut réformer. Et réformer selon les décisions du gouvernement.

Comme toujours à l’occasion d’importants mouvements sociaux, la plupart des médias freinent des quatre fers et activent une rhétorique de démobilisation sociale. Le traitement médiatique de la « réforme » de la SNCF s’inscrit dans cette continuité. Invités sur les plateaux de « débats », salariés et syndicalistes sont de simples cautions journalistiques servant à marquer le souci du terrain (dans le meilleur des cas), ou des alibis pluralistes destinés à jouer le rôle de punching-ball (dans le pire des cas). Au programme : plateaux déséquilibrés au niveau des invités (où le rôle « d’expert » est le plus souvent réservé à des économistes à gages) et ton général d’hostilité à l’égard des trouble-fête de la « réforme » qui ont droit à l’insolence des journalistes, tandis que les membres de la majorité et leurs soutiens sont traités avec une grande complaisance. Dans certaines émissions, les contre-vérités vont de pair avec la violence de classe :

Lorsqu’une corporation a un avantage, c’est pas parce qu’elle est utile, c’est pas parce qu’elle est malheureuse, c’est parce qu’elle fait peur ! En France on ne rémunère que le pouvoir de nuisance. Et si les cheminots ont aujourd’hui ce statut, […] c’est parce qu’ils ont la possibilité grâce au monopole ferroviaire de bloquer le pays, et qu’ils font peur. (François de Closets, « 24H Pujadas », 26 février)

On ne peut pas indéfiniment partir à la retraite à 50 ans, annuler les trains au moindre prétexte, ne pas s’excuser quand il y a du retard ou quand des trains sont déprogrammés, et s’attendre à ce que ça continue éternellement. [...] Eh ben moi je pense qu’il faudrait garder ces petites lignes, et à l’intérieur de cette boîte, remettre tout le monde au boulot. […] Mais on n’a pas le droit de le dire parce que quand on le dit, immédiatement il y a une levée de boucliers de gens qui vous expliquent que leur quotidien c’est Germinal quand ils finissent la journée à 17 h. (Charles Consigny, « Les grandes gueules », 26 février)

Depuis le 15 février, la surenchère pour la réforme et contre le mouvement social est de mise. Et le pluralisme à terre.


Pour aller plus loin, lire notre série d’articles sur le traitement de la « réforme » :
- Réforme de la SNCF (1) : premiers tirs de barrage médiatiques ;
- Réforme de la SNCF (2) : débats télévisés ou guets-apens pour syndicalistes ? ;
- Réforme de la SNCF (3) : quand les « Grandes Gueules » s’en mêlent.




Nous vous invitons à une rencontre-débat au Lieu-dit le samedi 10 mars, autour du thème « Médias et sexisme ».
Nous vous donnons rendez-vous le

samedi 10 mars 2018 à 17 h
au Lieu-dit
6, rue Sorbier, Paris 20e
Entrée libre



3.1. Magazine, Acrimed Hebdo, Flux RSS

Nous vous proposons ci-dessous une sélection… sélective (puisque vous consultez le site régulièrement...) et un peu organisée.

De surcroît, Acrimed vous offre une liste qui complète celle-ci : Acrimed Hebdo. En vous inscrivant, vous recevrez la liste hebdomadaire des articles parus sur notre site. Pour s’inscrire, merci de contacter le secrétariat en écrivant ici, ou  !


3.2. Sélection d’articles publiés sur le site (février 2018)

I. SEXISME MÉDIATIQUE
** Violences faites aux femmes : la mémoire courte des journalistes
Un pas en avant puis deux pas en arrière dans les médias ?

** Pour la Saint-Valentin, Le Figaro déclare sa flamme aux annonceurs
Plaisir d’offrir un marronnier, joie de recevoir des publi-reportages (sexisme en prime).


II. CHIENS DE GARDE ET BAVARDAGE
** Réforme de la SNCF (1) : premiers tirs de barrage médiatiques
Quand les médias applaudissent à tout rompre le projet de libéralisation du rail.

** Réforme de la SNCF (2) : débats télévisés ou guets-apens pour syndicalistes ?
Quand la réponse est dans la question...

** « 24h Pujadas l’info en questions » sur LCI : la quintessence du bavardage éditocratique
Le pire du journalisme de commentaire et une seule ligne directrice : Emmanuel Macron.


III. ZOOM SUR LES COMITÉS D’ÉTHIQUE

** Pour la dissolution des Comités dits d’« éthique » !
Contre un indécent hommage du vice à la vertu.



Le Nutella et l’image des foules (L’Image sociale, 20/02) - « Alors qu’un examen plus attentif de la séquence montre qu’on est loin de l’émeute (plusieurs participants sont plutôt amusés par l’épisode, et seule une femme manifeste bruyamment son énervement), l’existence de l’imagerie narrative de la foule consumériste permet d’y projeter le stéréotype du désordre collectif, et démultiplie sa force illustrative. »

Le dur métier d’éditorialiste, par Usul (« Ouvrez les guillemets », un format vidéo de Mediapart, 19/02) - « Tout à la fois décriée et prestigieuse, la fonction d’éditorialiste a survécu aux nombreuses critiques qui lui ont été adressées. Ils sont toujours là, à regarder d’en haut le monde social et politique, libres toujours de nous abreuver de leurs analyses érudites. Sur YouTube, d’autres les ont rejoints et font finalement à peu près la même chose : du journalisme assis. Est-ce que le lierre rampant a définitivement besoin de tuteur ? »

Quand la presse américaine écrit l’histoire, la nôtre choisit la réaction… (Slate.fr, 16/02) - « Cela fait à peine cinq mois que le scandale Harvey Weinstein a éclaté. Aux États-Unis, les vannes sont ouvertes. En France, une armée de petits plombiers s’est retroussée les manches pour resserrer les joints. Chez nous, le sujet n’est plus le harcèlement sexuel, la domination masculine, les inégalités ni l’impunité des agresseurs… Ce qui fait la une de l’Obs cette semaine, les sujets de débats dans les dîners en ville, les liners des émissions télé, c’est "la dérive", "les dangers du tribunal médiatique", la menace de la "justice d’opinion". »

Blanquer, France 2 et la télévision d’Etat (Mediapart, 16/02) - « C’est le charme vintage de la monarchie républicaine française. Pouvoir en 2018, sur une télévision publique transformée en chaîne d’État, produire d’invraisemblables émissions tout entières dédiées à la gloire d’un ministre. L’éducation est pour cela un terrain de jeu idéal. »

Franz-Olivier Giesbert en pèlerinage sur les traces de Charles Maurras (« Ma vie au poste », 12/02) - « Chez Ardisson, dans sa rubrique “Simplet reporter”, Franz-Olivier Giesbert multiplie les coups d’éclat. Ce dimanche, il est allé à Martigues, devant la maison de Charles Maurras, pour tendre son micro à des militants d’Action française, ennemis, comme lui, du politiquement correct. »

Je suis journaliste, et vous avez raison de me haïr (Medium, 12/02)] - « Twitter a sans doute été inventé pour que les journalistes aient l’impression d’être utiles. Ainsi, je peux y "décrypter" l’actualité au lieu de le faire dans des articles, mais surtout je peux entretenir mon "personal branding" — voire même faire du "personal branling". Une partie de mon travail consiste en fait à retweeter tous les gens qui parlent de moi ou de mon article — ce qui revient globalement au même. »


Vous pourrez retrouver sur notre site le 13e épisode de notre série « Actualité des médias ». Au sommaire ce mois-ci, en avant-première :

I. Du côté des journalistes, des médiacrates et de leurs œuvres

- PMU de Sevran : France Télévisions toujours dans le déni
- Une tentative de plus d’intimidation judiciaire contre la presse
- Un cadre de Sud Ouest accusé de harcèlement sexuel
- L’inégalité hommes-femmes dénoncée au Progrès
- Retour de Frédéric Haziza à LCP : la journaliste qui avait porté plainte démissionne
- Au Parisien, le propriétaire Bernard Arnault est omniprésent

II. Du côté des entreprises médiatiques et de leurs propriétaires

- TF1 officialise une coupure pub dans son JT
- Le scandale des aides à la presse se poursuit
- Le Média se sépare de sa présentatrice du JT
- Le Média accusé de mauvais traitement journalistique sur la Syrie
- La proposition de loi contre les fake news sera discutée en mars
- TF1 demande plus d’argent à Orange pour la diffusion de ses émissions
- Presstalis a présenté son plan de redressement
- La censure judiciaire de Challenges indigne la presse
- Causette est finalement sauvé
- Tempêtes multiples au sommet de l’audiovisuel public


De très bonnes, de bonnes et de moins bonnes lectures.
- Blandin (Claire), Manuel d’analyse de la presse magazine, Armand Colin, février 2018, 324 p., 27 euros.
- Boussouf (Abdellah), Islam, Occident et médias : la fabrique de la peur, Panthéon, février 2018, 192 p., 17,90 euros.
- Chasles (Philarète), Les origines de la presse, CSIPP, février 2018, 8,96 euros.
- François (Aurore), Pérenniser l’éphémère : archivage et médias sociaux, Academia, février 2018, 25 euros.



Prochain magazine : avril 2018

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