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Le Monde invite Le Monde (1)

Le Monde à France Culture

par Patrick Champagne,

En 1999, lorsque Laure Adler est nommée directrice de France Culture par Jean-Marie Cavada, et songe à affermer des tranches horaires de la station à des journaux, elle pense immédiatement au Monde et confie à son directeur une heure chaque semaine, le samedi à 12h30, c’est-à-dire à une heure d’écoute très favorable. Cette émission, appelée " la rumeur du Monde " se réduit parfois à une pure émission d’auto-promotion du journal et de ses journalistes.

Ainsi, le 1er janvier 2000, Jean-Marie Colombani reçoit Bertrand Poirot Delpech (chroniqueur littéraire au Monde), André Fontaine (ancien directeur du Monde " qui a beaucoup donné au journal mais qui le lui rend bien " précise l’actuel directeur) et Alexandre Adler (éditorialiste associé au Monde) pour " dresser un bilan du siècle qui vient de s’écouler ". Durant une heure ces trois journalistes liés au " quotidien de référence " se livreront à une agréable conversation sur le siècle écoulé, évoquant les faits historiques marquants (le nazisme, le communisme, l’abdication de Hiro Hito, les grands découvertes, etc.) mais aussi les faits de l’actualité la plus immédiate (la généralisation du portable, le dernier roman de Houellebecq, etc.). On se félicite réciproquement de l’extrême pertinence des tableaux du siècle dressés par les uns et par les autres auxquels on " souscrit totalement " et auxquels on n’a " rien à ajouter ". On évoque Kafka, Proust et quelques autres grands auteurs du 20ème siècle.

A Jean-Marie Colombani qui, en fin d’émission, s’inquiète du pessimisme de ses invités, Bertrand Poirot-Delpech répond qu’il reste malgré tout optimiste parce que, explique-t-il, il a vu récemment, dans le métro, une jeune fille en train de lire L’éducation sentimentale de Flaubert en collection de poche. André Fontaine, qui ne veut pas être en reste, dit à son tour se souvenir avoir vu autrefois, dans un avion survolant le Caucase, un Russe qui lisait Montesquieu et que cela l’avait, lui aussi, rendu à l’époque optimiste sur l’avenir de la Russie. Alexandre Adler ne veut, quant à lui, se rappeler que de la confiscation, par les autorités soviétiques, de son appareil photo il y a quelque temps déjà lors d’un voyage en avion au dessus du territoire russe. Jean-Marie Colombani ajoute sa note personnelle au débat en disant qu’en ce qui le concerne, il est heureux chaque fois qu’il voit des gens avec Le Monde dans les mains, dans le métro ou ailleurs. Pour finir, tous les participants à l’émission souhaitent aux auditeurs une bonne année et une longue vie au Monde…

Ce texte est extrait du post-scriptum à l’article que Patrick Champagne a consacré aux changements du Monde, changements qui ne sont pas sans relations avec ceux qui touchent aujourd’hui France Culture. Voir " Le médiateur entre deux Monde ", article à paraître dans la revue Actes de la recherche en sciences sociales de mars 2000 consacré à L’économie du journalisme

 
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