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Le 20 heures de France 2 s’amuse avec le réchauffement climatique

par Martin Coutellier ,

Comme la plupart des questions environnementales, celle du réchauffement climatique, ainsi que nous avons eu maintes fois l’occasion de le montrer, subit dans de nombreux médias un traitement à la fois stéréotypé et aveugle aux causes des désordres écologiques qu’ils déplorent [1]. Nouvelle illustration avec le journal de 20h de France 2 du lundi 1er décembre, qui semble ne traiter le sujet que pour exhiber ses joujoux numériques…

Un JT qui s’était ouvert sur six sujets successifs consacrés aux inondations survenues dans le Var, pour une durée de plus de quinze minutes (sur 42 minutes au total) ! À la fin de ce long « tunnel météorologique », la question du changement climatique était abordée pour évoquer, un peu cavalièrement, un lien de causalité « probable » entre le réchauffement et les intempéries à l’origine des inondations.…. Questionné par David Pujadas et aidé d’une animation 3D, Christophe de Vallambras (journaliste « expert » présent sur le plateau) commençait par commenter une partie du cycle de l’eau tel qu’il est enseigné en primaire, puis s’appuyait sur une époustouflante animation en réalité virtuelle, qui l’obligeait à quelques contorsions en direct, pour figurer la quantité de pluie tombée ces derniers jours :

En fin de journal, la question du réchauffement climatique était à nouveau abordée. D’abord avec 15 généreuses secondes pour annoncer l’ouverture, à Lima, de la 20ème conférence sur le climat, dont il est dit qu’elle a pour objectif de « trouver un accord sur les émissions de gaz à effet de serre, et les réduire bien sûr ». Puis avec un sujet long de quatre minutes environ, concernant « l’impact du réchauffement climatique sur nos paysages »

Un sujet fourre-tout, traitant aussi bien des effets du réchauffement sur les paysages ruraux que sur l’urbanisme, mais aussi des conséquences actuelles et à venir de la hausse des températures sur l’agriculture et la sylviculture… Un sujet médiocre, dont les seules informations proviennent des témoignages d’un responsable de l’unité territoriale de la forêt de Vierzon et d’un viticulteur lyonnais qui expliquent les transformations qu’ils constatent d’ores et déjà sur la végétation et sur leur activité.

Pour le reste, la rédaction de France 2 s’est « amusée » à retenir l’hypothèse « la plus pessimiste » (une augmentation de 5°C à l’horizon 2100) et à proposer un récit d’anticipation basé sur des recettes d’ingénierie urbanistique ou agricole permettant de diminuer « les aléas économiques et de passer certaines années qui sont difficiles » (selon le directeur scientifique de l’INRA interrogé pour l’occasion). Le tout abondamment illustré par des reconstitutions en images de synthèse. Comme celle-ci, censée illustrer la disparition possible « des grands champs de maïs, trop gourmands en eau, et qui pourraient être remplacés par du sorgho venu d’Afrique, plus résistant » :

Ou encore, pour clore le reportage, une vision de ce que pourrait être Paris en 2100, avec cinq degrés de plus donc, à partir d’une animation en trois dimensions, montrant « les façades végétalisées pour réguler la température des bâtiments », ou encore «  des promenades ombragées [à l’aide de parasols géants…] pour rendre la ville plus supportable » :

Bref, une rencontre très pauvrement informative entre journalisme d’anticipation (si tant est qu’il n’y ait pas contradiction entre les termes) et information-spectacle… Pis, pour n’aborder aucune des causes du réchauffement, et en le présentant comme une fatalité climatique, une nouvelle donnée naturelle dont il faudrait seulement s’accommoder, ce sujet dépolitise la question. Le coup de grâce est porté dans les toutes dernières secondes du reportage, où l’on apprend que « le sort de ces paysages dépendra des négociations en cours sur le climat ». On serait tenter d’en déduire qu’avant que ce futur se matérialise, il y a donc des décisions qui se prennent dans le présent…

Mais David Pujadas est déjà passé au football. La conférence sur le climat peut-elle avoir un véritable impact ? Selon quelles modalités ? Avec quels rapports de force entre quels acteurs ? Tout cela ne concerne visiblement pas le JT de France 2, et ses téléspectateurs n’en sauront rien… jusqu’à ce que ce soit illustrable en 3D ?

Martin Coutellier (avec Blaise Magnin)

 
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