Observatoire des media

ACRIMED

Laurent Joffrin : Un gardien du temple

par Henri Maler,

Eloge du "journalisme exemplaire" par Laurent Joffrin (bis)

Les gardiens de l’espace médiatique - journalistes dominants entièrement dévoués à la légitimation de leur domination - rêvent que cet espace se confond entièrement avec l’espace public ouvert à la discussion rationnelle : un monopole jalousement protégé et réglementé par ses tenanciers.

Laurent Joffrin, dans Le Nouvel Observateur du 20-26 mai 1999, éditorialise :

« La démocratie suppose un "espace public" où l’on puisse user ensemble de l’argumentation rationnelle. Il lui faut donc une base commune, un accord minimal sur les faits. C’est cette base décisive que minent les mauvais critiques des médias (il y en a de bons, que les journalistes auraient grand tort de ne pas écouter). »

Qu’est-ce qu’un bon critique des média ? C’est un critique que les médias - sous la plume de Laurent Joffrin - trouvent bon. Qu’est-ce qu’un mauvais critique des médias ? C’est, par exemple, un critique qui, pour vérifier l’existence d’un « accord minimal sur les faits », montrerait, preuves à l’appui, que les journalistes dominants, à force de connivence et de complaisance, ont soutenu d’une seule voix la guerre du Golfe ou le traité de Maastricht.

C’est un critique qui aurait fini par inspirer à Laurent Joffrin, dans le même article, cette réflexion désabusée : «  Quant à la pensée unique, elle a sévi au moment du Golfe ou du référendum sur Maastricht. » Une réflexion nuancée, il est vrai par cette parenthèse : « et encore, les opposants avaient-ils, tout de même voix au chapitre. »

D’où l’on peut -provisoirement - conclure que même Laurent Joffrin connaît des moments de lucidité… Reste la question suivante : qu’est-ce que un bon « espace public » ? C’est un espace médiatique ouvert aux tribunes libres, mais où les éditorialistes arbitrent de débat en chantant d’une même voix, en adressant leurs conseils déontologiques aux critiques qui les interpellent et leurs conseils stratégiques aux militaires qui les déçoivent.

 
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