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La « une » un tantinet mensongère de Libération sur Fukushima

par Julien Salingue,

Le 18 avril, Libération annonce en « une » : « Dans la zone interdite de Fukushima ». Et précise : « Libération s’est rendu dans le secteur contaminé autour de la centrale ». C’est un peu vrai. Et un peu faux : dans la « zone interdite » ou dans la « zone contaminée » ?

Publié en pages 3 et 4 de Libération, le reportage de Christian Losson et Michel Temman est titré « Sur la route 114, dans la zone contaminée ». Le lecteur est invité à suivre le périple des deux envoyés spéciaux en direction de « la zone interdite » autour de la centrale nucléaire de Fukushima. Disons-le immédiatement : ne sont ici en cause ni le courage des deux envoyés spéciaux, ni la qualité de leur récit…

... Qui commence à Kawamata, à l’est de l’archipel. « À 40 kilomètres au sud-est, Fukushima Daichi distille son impalpable venin ». Munis d’un dosimètre, qui leur permet de mesurer en temps réel le taux de radiation de l’air, les deux journalistes progressent en direction de la centrale ; ils relatent leurs rencontres avec les habitants qui sont restés sur place.

« Une école », dans la bourgade de Yamakiya, « au kilomètre 35 de l’accident nucléaire ». « Une petite usine », ensuite. « On est au kilomètre 34 de la centrale ». La tension monte… Et le périple se poursuit, au milieu de ce qui ressemble de plus en plus à un no man’s land : « Des fermes abandonnées. Des maisons évacuées. Des hameaux fermés […]. On est au kilomètre 30 de la centrale ». Le lecteur apprend alors que, dans cette zone, « il n’y a pas d’ordre formel d’évacuation », malgré les taux élevés de radiation.

Christian Losson et Michel Temman ne sont donc pas encore dans la « zone interdite ». Une zone dans laquelle, comme on nous l’a promis en « une », ils vont pourtant se rendre.

Les deux envoyés spéciaux franchissent alors la barre des 30 km, au-delà de laquelle il n’y a toujours pas d’interdiction, mais « des appels à partir volontairement ». La « zone interdite » commence au « kilomètre 20 ». Nous y sommes presque… Nous allons enfin savoir à quoi ressemble cette zone de confinement, et comment les deux envoyés spéciaux ont réussi à s’y introduire, malgré les interdictions des autorités japonaises…

Mais alors que les deux journalistes sont à quelques kilomètres de la ligne fatidique, un incident se produit : « [Notre dosimètre] tombe en rade. On coupe. Demi-tour. Direction déradiation ». Et voilà.

Conclusion : contrairement à ce que disait explicitement la « une » de Libération, les deux journalistes ne se sont jamais rendus dans la « zone interdite ». Le titre de la « une » du quotidien était donc, tout simplement, mensonger… Les deux journalistes n’y sont très probablement pour rien. Mais force est de constater que Libération n’hésite pas, pour faire augmenter ses ventes en versant dans le sensationnel et le faux scoop, à travestir la vérité. Ce n’est pas la première fois, et sans doute pas la dernière. Mais là c’est un peu voyant.

Julien Salingue

 
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