Observatoire des media

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La « petite caissière » et son blog : un conte pour médias ?

par Nadine Floury,

« Les caissières seraient-elles en train de prendre le pouvoir ?  », se demande sérieusement le quotidien gratuit 20 Minutes du 29 février 2008, dans un article titré « Au tour des caissières de travailler plus » [1].

Notre précédent article - « Grèves dans la grande distribution : des travailleurs pauvres en France ? Vraiment ? » - ne nous laissait pas l’impression d’une prise de pouvoir…

En revanche, Anna Sam, ex-caissière de son état et actuellement à la recherche d’un emploi, est à l’origine d’un blog - « Les tribulations d’une caissière » - dont les médias ont beaucoup parlé. Mais pour en dire quoi ? En invitant Anna à répondre à leurs questions. Mais quelles questions ?

Anna Sam, donc, a eu le droit aux honneurs des médias toujours en quête de « bon clients » : c’est-à-dire de personnes qu’ils traitent en « personnages ». On l’a donc :
- Vue à la télé : dans une émission de Ruquier sur France 2, sur Canal + avec Samuel Etienne, sur France 3 Ouest le 7 janvier dans l’émission « C’est mieux le matin » , dans le JT d’Elise Lucet à 13h le 7 janvier , dans le JT de Canal + le midi du 11 janvier, le 2 janvier sur France 3 Ouest, le 27 janvier dans l’émission de Drucker « Vivement dimanche »
- Entendue à la radio : sur France info le 14 décembre et le 25 février, sur RMC le 10 janvier dans l’émission de J J Bourdin le matin, sur RTL avec Fogiel le 10 janvier, sur RTL dans « les Grosses têtes » le 11 janvier
- Lue dans presse écrite : dans Le Télégramme le 6 décembre, dans Ouest France le 21 décembre, dans le JDD le 6 janvier, dans Marianne du 12 janvier, dans Télé Star du 16 au 22 février.

Un échantillon de ces passages permet de se faire une idée du sens donné par les médias à cette soudaine notoriété.

On est en droit de s’interroger sur le sens et les effets de cette « mise en scène » d’un destin individuel, quand on sait que la plupart des interviewes et articles datent de quelques semaines, voire quelques jours avant ou après la journée de grève du 1er février dans la grande distribution, et que la promotion d’une seule personne peut faire écran au sort collectif du « nouveau prolétariat »

« Une belle histoire » ?

« On va maintenant vous raconter une belle histoire » : c’est par ces mots qu’Elise Lucet le 7 janvier dans le JT de France 2 introduit son « sujet » sur celle qui se présente comme une « petite caissière » et qu’Elise Lucet présente ainsi à son tour. Pour le Nouvel Obs.com du 31 janvier, elle sera aussi « la petite bretonne », devenue célèbre à défaut d’être riche grâce à son blog. Un vrai conte de fée…. Point de bergère qui devient princesse, mais la fée Internet pour métamorphoser Cendrillon.

Anna Sam pourtant ne raconte pas « une belle histoire ». Elle fait remarquer, dans plusieurs de ses interventions, combien il est difficile de vivre avec le sentiment de ne pas exister aux yeux des autres, d’être une machine de plus, une automate assimilée à sa caisse. Et plusieurs caissières interrogées lors de la grève du 1er février ont dénoncé comme elle ce travail complètement déshumanisé. Elle explique à Elise Lucet : «  La caissière devenait transparente au niveau du regard des gens […]. J’avais envie de montrer que nous sommes humains comme tout le monde ». Et à Michel Drucker [2] : « Ça montre que la caissière en fin de compte, elle n’existe pratiquement pas »

Il aurait valu la peine de se pencher sur cette souffrance morale au travail qu’Anna Sam tente de faire comprendre. Mais Michel Drucker ne voit là que quelque chose d’extraordinaire et ne pousse pas l’analyse plus à fond : pas le temps… « Ce qu’elle dit est assez extraordinaire. Vous dîtes, la caissière,“ c’est celle qu’on croise une fois par semaine, on ne la remarque pas, on ne sait rien d’elle”. »

Hélas pour les 170 000 autres caissières, elles vont rester dans l’ombre aux yeux des commentateurs dont le regard se pose sur une seule d’entre elles : «  Une caissière fait recette grâce à un blog à succès » (20 minutes.fr, le 6 janvier). « On va accueillir quelqu’un […] qui a fait beaucoup parler d’elle  » (Michel Drucker). Et le 1er février, seul jour où les projecteurs ont éclairé, un bref instant, les visages de ces milliers de femmes, Nicolas Demorand [3], fier d’en « tenir une », claironne : «  On en a une en ligne ». C’est Anna Sam, bien-sûr.

Tous les commentaires présentent Anna Sam, non pas comme le témoin ou l’acteur d’une résistance collective, mais comme un exemple d’une solution individuelle due au mérite personnel.

« Vous sortez de l’anonymat » lui dit Elise Lucet (Anna Sam vient effectivement de révéler son identité) et elle ajoute plus loin : « Alors justement paradoxalement, c’est l’univers des supermarchés que vous dénoncez. C’est lui qui permet de vous en sortir. J’imagine que vous faites coucou à toutes les caissières qui vous regardent en leur disant : il y a toujours une petite fenêtre d’espoir et on peut aussi faire autre chose ou même être bien là où on est.  » Double message, presque ingénu dans sa contradiction : accepter son sort (« On peut être bien là où on est  ») ou s’en sortir (« on peut aussi faire autre chose »), tout simplement. Solitairement…

Demorand va dans le même sens : « Donc vous avez fait mentir votre adresse internet « caissièrenofutur ». Et le Nouvel Observateur.com ne dit pas autre chose. Après avoir signalé qu’ « elle vient de signer chez Stock pour raconter ses aventures  », il conclut en citant ces propos d’Anna, si rassurants : « Comme quoi, quel que soit son métier, il y a toujours quelque chose à en retirer. »

Mais le « faire autre chose », c’est dans le conte où les médias jouent le rôle des bonnes fées : Anna quitte son métier de caissière car, son blog ayant eu du succès, les médias ont parlé d’elle( « la petite Bretonne a les honneurs de la presse régionale, puis nationale » nous confirme le Parisien [4] [3] ), elle est désormais « chouchoutée par tous les éditeurs »(Nouvel Obs.com). Et c’est Anna Sam qui finit par dire elle-même, dans l’émission de Drucker, ce qu’on attend qu’elle dise « j’ai une chance incroyable, c’est grâce à la médiatisation, les éditeurs se sont intéressés à ce projet et mon livre sortira chez Stock au mois de juin ». « Très bien », opine sentencieusement Drucker qui a entendu ce qu’il voulait entendre.

Mais…et les autres caissières ? Anna tente d’en parler. Elle explique qu’il y a, aux caisses, de nombreuses étudiantes qui n’ont pas trouvé d’autre travail, dont les diplômes se trouvent ainsi dépréciés et dont l’avenir apparaît bien bouché ; mais que dire de l’avenir de toutes celles qui ayant arrêté plus tôt leurs études n’ont pour destinée que de rester toute leur vie au bout de leur tapis ? C’est un sujet qui n’intéresse pas, on préfère insister sur l’aspect méritant d’Anna qui a un DEA en littérature. Ce qui fait dire au Nouvel Observateur : « On peut être caissière et intelligente ». Celles qui n’ont pas de DEA apprécieront !

« Une héroïne des temps modernes » ?

Les caissières, a-t-on pu lire dans la presse, représentent la nouvelle forme du prolétariat [5]. Mais Anna ? Prolétaire ou héroïne ? Il faut choisir, C’est dit : ce sera une héroïne. La caissière ayant besoin d’échapper à son quotidien morose, il s’agit de la faire rêver. Et quel est donc le rêve des caissières ? Devenir riche ? Non. la caissière ne peut songer à cette question bassement matérielle que serait l’augmentation de son salaire. Non, la caissière étant forcément une midinette qui ne peut avoir qu’un rêve : devenir célèbre.

Même le médiateur qui interroge Demorand le 9 février sur son choix d’avoir privilégié la parole du patronat ne peut s’empêcher de parler d’Anna Sam comme de «  la caissière qui sait écrire ». Le Parisien en fait, lui, « la figure de proue de la profession » en précisant qu’elle « s’est hissée au rang des people » (la peopolisation du peuple en quelque sorte, c’est amusant à entendre !). Enfin on doit au Nouvel Obs une tirade à la Cyrano : « Aujourd’hui, Anna est une vedette, une icône, une héroïne des temps modernes »…que dis-je …(et c’est Demorand qui le dit) « une star de la blogosphère » ! Quant au Télégramme de Brest, inspiré sans doute de la tradition des rosières, il lui a décerné le prix de la 4ème Bretonne de l’année. On pourrait rire de ce qu’on a lu et entendu si les mots utilisés ne cachaient pas dans le fond un profond mépris pour ces « petites » caissières « au bout du rouleau » .

« Au nom des 170 000 caissières françaises » ?

« Au nom des 170 000 caissières françaises - c’est le Nouvel obs qui le décrète sur un ton grandiloquent - , « elle décide de prendre la plume pour redorer le blason d’un métier méconnu ». Mais à la question de Demorand, le 1er février, « Vous vous sentez une porte-parole aujourd’hui des 170 000 caissières en France ?  », Anna Sam répond avec une louable modestie que non, que « c’est un bien grand mot » qu’elle n’est juste « qu’une voix ». Son objectif est honnête et généreux : elle n’a pas la prétention de parler « au nom de » mais de faire connaître l’existence et le quotidien, qu’elle a partagés pendant huit ans, de celles qu’on appelle, cela fait mieux, les « hôtesses de caisse ». À Elise Lucet qui lui parle « d’un livre sur votre histoire », elle répond : « sur mon histoire. Ça s’étend forcément à toutes les hôtesses de caisse de France et d’ailleurs puisqu’on vit toutes la même chose » et chez Drucker elle présente son livre comme « une magnifique revanche pour mes amies hôtesses de caisse  » à qui elle le dédie.

Que le blog d’Anna Sam lui ait servi d’ « exutoire », comme elle le dit elle-même [6], face à un quotidien particulièrement éprouvant, qu’il lui ait donné l’occasion, en multipliant les anecdotes, de faire connaître la réalité de son métier, qu’il lui ait permis de trouver une forme de reconnaissance et de dignité : tout cela mérite le respect.

Mais laisser croire qu’à travers l’expression de cette jeune femme, qui se bat comme tant d’autres pour boucler ses fins de mois, ce sont les caissières qui prennent collectivement la parole, ordinairement réservée au patronat, est une duperie... Dont Anna Sam n’est aucunement responsable : bien qu’elle ait tenté à plusieurs reprises de le faire, comment prendre le recul, seule, face à ceux qui vous interrogent si gentiment et qui eux-mêmes sont sans doute persuadés qu’ils se montrent de parfaits démocrates en accueillant sur leurs antennes quelqu’un du « peuple » ?

« Un poste d’observation idéal » ?

« Caissière : un poste d’observation idéal de la fracture sociale ». La formule est de Demorand qui note avec sa finesse habituelle que ces caissières qui sont « aussi le sourire du magasin », comme vient de l’affirmer Serge Papin « aujourd’hui font la gueule ». Après avoir demandé à Anna « c’était facile pour vous de sourire ?  » il expédie en quelques secondes son interview et ne tient pas plus que cela à observer la dite fracture sociale. Il ne l’interrogera donc ni sur les salaires, ni sur les horaires…mais sur son blog et son livre.

Michel Drucker l’interroge un peu plus longtemps, c’est-à-dire qu’il la reçoit pendant 9 minutes ; il lui prête une oreille polie mais distraite se contentant de ponctuer ses réponses de « très bien » ou de « bien-sûr » ou de les répéter sans plus de conviction : « 680 euros par mois, 24 heures hebdomadaires », « les tendinites à l’épaule...c’est la maladie des caissières », « oui la précarité  ». Enchaînant les questions, il ne lui laisse le temps d’en développer aucune et trouve pourtant tout ce qu’elle dit « extraordinaire », au point de le répéter trois fois.

On le voit, les journalistes et animateurs qui ont parlé d’Anna la caissière se sont à peine penchés sur ses conditions de travail et de salaire. En revanche, ils ont manifesté une nette prédilection pour les histoires de clients agressifs, voleurs et obsédés. Les petites filles de la génération du baby boom sautaient à la corde en chantant, prémisse de leur future libération : « Quel défaut aura mon mari ? Chiqueux, morveux, galeux, pouilleux ? ». Anna la caissière est invitée à interpréter une autre comptine de cours de récréation : « Quel défaut aura mon client ? Agressif, stressé, grognon, chapardeur, ivrogne, tricheur voleur ? »

Le reportage de France 3, le 2 janvier [7], évoque ces « clients mal polis, ceux qui essaient de gruger les files d’attente, les voleurs, bref toutes sortes de situations vécues derrière une caisse » . Le nouvel Obs voit quant à lui « les clients grognons, les chapardeurs, les ivrognes, les tricheurs qui ne respectent pas la queue, »(nouvel obs.com). Et Michel Drucker  : « Les gens sont de plus en plus stressés, et de plus en plus agressifs » Et il se frotte les mains de plaisir avec « les voleurs ? les voleurs ? » Et les maris un peu obsédés : « Il y a des choses extraordinaires, vous parlez des couples qui arrivent à la caisse avec par exemple des CD classiques puis le mari fait demi-tour, il revient avec quoi, lui ? » et enfin « Il y a ceux qui vous insultent […] parce que vous n’avez plus de sacs en plastique ».

Les clients sont des voleurs ? Anna explique avec beaucoup de retenue et de générosité comment elle a vécu certaines situations délicates, que les voleurs sont avant tout des gens qui n’ont pas les moyens, qui sont en situation de détresse et qu’elle a senti combien ils étaient malheureux. Mais qu’importent ces motifs face à la détresse … des chefs d’entreprise. Ainsi, l’émission Envoyé Spécial du 21 février consacrait un de ses reportages à la question des voleurs (« vols à tous les étages ») «  délinquants d’un genre particulier » « clients indélicats » « pratique largement banalisée » mais qui finit par coûter cher aux entreprises de la grande distribution qui doivent investir dans du matériel sophistiqué pour repérer les clients mais aussi et surtout les employés qui seraient tentés de chaparder. Avec pour conséquence le chantage exercé par Carrefour Grand Littoral de Marseille à ses employés en grève : on augmente de 45 centimes le ticket-repas si vous faites diminuer le nombre de vols dans le magasin !

Les clients sont agressifs ? Il est vrai que les caissières et employés des grands magasins se plaignent régulièrement du comportement inadmissible à leur égard de certains clients qui, s’ils ne sont pas la majorité, sont assez nombreux pour leur pourrir la vie en les traitant comme des « moins que rien ». La misère sociale induit des comportements bêtes, racistes, vulgaires, avec cette tendance à s’en prendre à plus « petit » que soi. Mais qui a développé le mythe du « client-roi » ?

Interrogée sur ces comportements, Anna ne l’est jamais sur leurs causes et sur le harcèlement de la hiérarchie (amplement souligné par les grévistes du 1er février) : pour faire du chiffre, du chiffre et encore du chiffre. Elle ne le sera pas non plus sur les pressions sur les syndiqués et grévistes… Et on ne lui demandera pas son avis sur une affaire peu ébruitée : le procès de deux cadres accusés de harcèlement moral.

En revanche, opposer avec insistance salariés et clients, alors que les reportages, lors du mouvement du 1er février, ont tous montré un net soutien des clients aux grévistes, dissimule – volontairement ou non - leur solidarité d’intérêt sur la question des salaires et du pouvoir d’achat

« Loin du monde virtuel » ?

Maladresse significative : parlant du blog, la présentatrice du journal de FR3 le 2 janvier, en guise de transition entre le sujet sur les caissières et le sujet suivant, déclare : « loin du monde virtuel, partons à présent dans les steppes… » . Comme si le blog lui-même tournait le dos au monde réel.

Mais Michel Drucker et Ségolène Royal ont fait beaucoup mieux le 27 janvier. Au fil des courtes minutes qu’elle a passées sur le plateau de l’émission, Anna s’est quasiment « évaporée ». Sa présence est peu à peu devenue « virtuelle ». Imperceptiblement, ses interlocuteurs ont fini par « tourner le dos » à la caissière en chair et en os qui est assise à côté d’eux. Après avoir subi un feu roulant de questions, Anna Sam devient ce qu’elle venait de dénoncer : « la caissière transparente », celle qu’on n’entend plus ou à peine, qu’on n’écoute plus puisqu’on parle à sa place : elle n’existe plus qu’au travers d’un livre, celui de Ségolène, dont il s’agit de faire la promotion.

Voici quelques morceaux choisis de cette stupéfiante émission.

Michel Drucker : « Dans le livre de Ségolène Royal, « Ma plus belle histoire, c’est vous », elle parle justement de votre métier, dans le livre » Et se tournant alors vers Ségolène : « Vous parlez des caissières qui sont assujetties à des horaires irréguliers, des salaires qui ne permettent pas de joindre les deux bouts,[…] Un peu plus tard : « Alors vous avez peut-être lu le livre de Ségolène, j’vais vous le donner puisqu’elle parle justement des caissières » À Ségolène : « Vous parlez de ces métiers mal payés , hein, où justement les réflexions des clients vous en parlez.  » Il ne sera plus question du blog d’Anna Sam et de la condition des caissières que pour parler du livre de Ségolène Royal et laisser parler … Ségolène Royal.

Ségolène Royal s’est emparée de la parole que Michel Drucker aura un mal fou à récupérer. À partir de ce moment, c’est à peine si on entend encore Anna Sam […] « Et moi je suis très heureuse que vous soyez là, que Michel ait accepté que vous soyez là, parce que vous êtes, vous êtes la femme des autres femmes sans voix ». Et d’ajouter alors même qu’elle parle à sa place : « Vous donnez une voix à toutes celles qui vivent cela […] » Avant de livrer cet émouvant témoignage : «  Je veux dire une chose, y’a une chose que personnellement je ne fais plus en attendant aux caisses, je sors plus mon téléphone » [« Merci, merci », dit alors Anna dont ce sera les derniers mots], « C’est en vous lisant que j’ai découvert cela, c’est vrai comme vous le disiez j’suis très prise donc on gagne toujours du temps, on attend à la caisse, on sort son téléphone, on répond, on envoie des textos. Depuis que j’ai lu votre blog, j’éteins mon téléphone quand j’arrive à la caisse ; merci de cette citoyenneté que vous nous avez enseignée »

Michel Drucker après quelques essais infructueux arrive enfin à interrompre ce flot de paroles mais pas pour Anna, qui n’est plus qu’en situation d’écoute ; pour parler, une fois encore, du livre de Ségolène : « Alors, vous allez voir dans le chapitre de Ségolène, dans son livre « Ma plus belle histoire, c’est vous », un chapitre sur la précarité des femmes ; il y a 2 , 3 chiffres qui sont vertigineux, vous dites qu’il y a 8,5 millions de travailleurs pauvres, 80% sont des femmes, 80% sont des femmes et vous écrivez comment vivre avec 800 et 900 euros par mois »  : il pourrait, se dit-on, poser directement la question à Anna Sam qui est encore à côté de lui mais il n’y songe même pas …

« Merci infiniment Anna, envoyez nous votre livre »

…et Michel Drucker clôt alors prestement l’épisode « caissière » par ces mots : « Je vous remercie infiniment, Anna. Merci. Envoyez-nous votre livre ».

Fin de la belle aventure d’Anna Sam dans les médias. Souhaitons que son blog et son livre aident le plus de monde possible à réfléchir à la situation des caissières… Mais qu’aurons nous compris de cette situation par l’intermédiaire des reportages et articles sur Anna Sam ? Peu de choses en réalité. Et certainement pas de son fait, puisqu’elle ne demandait qu’à s’exprimer et expliquer plus à fond. Peu de choses, tout simplement parce que la morale de la « belle histoire », était, en vérité, écrite d’avance : « chacun pour soi » et « quand on veut, on peut »…

Il faudra le mouvement collectif de grève des caissières pour qu’on entende enfin leurs voix : leurs soucis, leurs revendications, leur colère enfin …Mais elles sont loin d’avoir « pris le pouvoir ». Et c’est à peine si elles ont vraiment pris la parole dans les médias. Anna Sam, elle-même, a souhaité dans son blog ne pas faire de commentaire sur cette journée de grève se contentant d’en rappeler les principales revendications et de se réjouir que les employés de la grande distribution aient pu faire entendre leur voix [8].

Nadine Floury
- Merci à Jamel et Olivier pour leurs transcriptions.

 
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Notes

[1Question si pertinente que nous n’aurions pas osé nous la poser. Sachant que les caissières ont été présentées comme le nouveau prolétariat, on aurait pu aussi se demander si la révolution n’avait commencé à notre insu.

[2Lors de l’émission Vivement Dimanche du 27 janvier qui avait Ségolène Royal pour invitée principale

[3le 7-10 sur France Inter, Inter-activ’

[4Le Parisien.fr 18 février 2008

[5Voir notre article précédent.

[6Dans le reportage de France 3 Ouest diffusé le 2 janvier.

[7Reportage diffusé en national le 4 et repris en partie dans l’émission de Drucker

[8Sur son blog, elle écrit : « Sur ce blog je ne souhaite pas faire d’autre commentaire sur ce mouvement de grève et de revendication car je n’ai pas la prétention d’être une tribune syndicale. Mon opinion personnelle n’entrera donc pas en compte sur ce blog qui gardera le ton léger qu’il a toujours eu. » Et sur la grève, elle écrit : « [...] ce que je retiens principalement c’est le fait que les employés font enfin entendre leur voix ! ». À propos de son livre : « Je ne souhaite pas qu’il devienne un tract social ou une critique acerbe. Mon but  :’’réhumaniser’’ un peu ces hauts lieux de consommation... » De quoi séduire les gentils commentateurs…

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