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L’Express enchante le Royaume du Maroc

Nous publions ci-dessous, avec l’autorisation de sa rédaction, un article paru dans Bakchich, « le journal des dessous de table » qui se présente ainsi : « Site satirique d’informations sur l’Afrique, le Maghreb, le Moyen-Orient et la France métissée » [1]. (Acrimed)

L’Express, dans son édition marocaine, fait la part belle aux femmes d’influence du Royaume, tout en oubliant de citer "la princesse enchantée". Un sacrilège payé cash ....

Le Maroc en mouvement sévit dans L’Express. Après le Nouvel Observateur, Jeune Afrique et bien d’autres, c’est au tour de L’Express de céder aux sirènes du « Maroc en mouvement ». Késako ? Un concept marketing délirant qui succède à celui de la « transition démocratique ».

Au menu : depuis l’avènement de Mohammed VI, dit M6, le pays va de l’avant, qu’il s’agisse de droits de l’homme, de lutte contre la pauvreté, de modernisation de l’économie, de révolution démographique... En partie vrai même si, globalement, le Royaume fonce dans le mur en klaxonnant : chômage urbain en hausse, des pauvres toujours aussi pauvres, des barbus forts de la base électorale la plus solide, concentration de tous les pouvoirs entre les mains du roi, justice arbitraire, corruption à tous les niveaux de l’Etat, règne de l’impunité, tiraillements identitaires...

Ainsi donc, la version marocaine de L’Express de la semaine dernière, gratifiait ses braves lecteurs d’un dossier consacré aux femmes d’influence du Royaume. Au menu : des princesses de choc, des femmes politiques qui n’ont pas leur langue dans leur poche, des businesswomen hors pair, des militantes associatives dévouées, des femmes de culture sans tabous et même des sportives aguerries. La classe ! Intitulé « Itinéraires de femmes dans un pays en mouvement », ce dossier gagne surtout à être lu entre les lignes.

D’abord, l’hebdomadaire n’a pas jugé bon d’infliger à ses lecteurs français pareille littérature puisque ce magnifique dossier ne figure point au sommaire de la version distribuée dans l’Hexagone. Et puis, c’est sûr, il a surmonté haut la main la censure des ministères de l’Intérieur et de la Communication qui passent au peigne fin les magazines étrangers entrant au Royaume.

Gommage en séries

Certains sont parfois bloqués (c’est devenu rare) tandis que d’autres sont tout bonnement obligés de renoncer à de juteuses opérations commerciales. C’est ce qui était arrivé au Nouvel Observateur en mars dernier. Un portrait de M6 dans un dossier intitulé « Le Maroc en mouvement » (tiens donc...) avait provoqué l’ire des censeurs de Rabat, surpris que l’hebdo n’ait pas mobilisé toute sa rédaction à la gloire du royaume. Résultat : au lieu d’inonder les kiosques locaux, le Nouvel Obs a été sommé de se contenter de son tirage marocain habituel. Misère !

Avec L’Express, rien de cela. Tout ce qui est susceptible de froisser est consciencieusement gommé. Et le portrait consacré à la leader islamiste Nadia Yassine s’assimile à du flagrant délit. C’est certes courageux de l’intégrer au panthéon, quoique vu son poids politique, difficile de l’ignorer. Mais, oh surprise, le texte ne précise pas que la passionaria préfère à titre personnel une République à la monarchie, attend un procès sans cesse reporté pour ses prises de position, est chouchoutée par les Etats-Unis. Par contre, on apprend qu’elle donne ses rendez-vous aux journalistes devant la prison de Salé et que son mari sert le thé. Waouh, ça c’est du journalisme objectif !

Vendredi 26 mai 2006 par La princesse enchantée

 
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Notes

[1Le titre original de l’article est « L’Express enchante le royaume ».

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