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Jacques Camus, éditorialiste solidaire. Mais de qui ?

par Henri Maler,

Jacques Camus fut un important personnage. Il l’est encore, quoiqu’un peu moins. Longtemps il fut le principal éditorialiste de La République du Centre (Eure-et-Loir et Loiret) dont il fut aussi le président-directeur général, comme il le fut également et simultanément de L’Écho républicain (prépondérant en... Eure-et-Loir) : un garant du pluralisme, en quelque sorte. PDG, il ne l’est plus depuis 2010, mais il est resté éditorialiste à La République du Centre, La Rep’ pour les familiers.

Mais, c’est en sa qualité d’ex-PDG que, le 13 septembre 2011, Jacques Camus s’est rendu au tribunal. Pour quoi faire ?

(Petit) maître-tanceur

Pour faire face à un procès en diffamation. Mais Le Canard enchaîné a si bien relaté l’affaire qu’il suffit (presque) de le lire.

C’est avec un large sourire que l’on apprend que les « cadres » ne relisent pas le journal avant sa parution, et c’est avec intérêt que l’on apprend ainsi qu’un PDG reste PDG dans l’âme, même quand il ne l’est plus. Pour le reste, on ne rit plus : choisir l’enceinte d’un tribunal pour se désolidariser d’un journaliste déjà sanctionné en interne et lui infliger, en son absence et par magistrats interposés, une Grande Leçon de Déontologie, signale une proximité avec les juges et entre juges plutôt significative.

Car notre éditorialiste est un juge, même s’il ne siège pas dans un tribunal mais dans un quotidien. Avouons-le : nous ne lui avons pas suffisamment consacré l’attention qu’il mérite. Certes, en 2006, nous avions analysé la production de ce penseur, à l’occasion du mouvement contre le contrat première embauche (CPE), en lui dédiant un article entier ! « Un éditorialiste régional contre le “pire” ». Depuis, nous l’avions quelque peu négligé, sans l’oublier complètement. Il faut dire que ce passionné des mobilisations sociales ne rate jamais une occasion de partager sa passion. Ainsi, dès le 28 mai 2010, il enterrait vaillamment les mobilisations sociales contre la réforme des retraites : «  Comment imaginer que l’avenir des retraites puisse encore se jouer dans la rue ? » écrivait-il, avant de se réjouir : « […] les temps ont changé ». Avant de se rassurer, tant bien que mal, quelques mois plus tard (6 septembre 2010) : « les derniers sondages montrent une adhésion très majoritaire des Français à la mobilisation, même s’ils savent la réforme inéluctable ». « Il existe une schizophrénie bien française qui pousse à vouloir les réformes et à les repousser en même temps (20 septembre). Et de ressasser, un mois plus tard : « Tout le monde sait que la réforme des régimes spéciaux de retraite est inéluctable », « La réforme » ou cette réforme ? Jacques Camus ne voit pas la différence.

Ce (petit) maître-tanceur produit aussi des cours de morale. Nous avions relevé, en 2011, sa courageuse dénonciation de la « duplicité » et de la « fourberie » de Vincent Peillon, lorsque ce dernier avait préféré déserter le plateau de France 2 plutôt que de servir de faire-valoir à Éric Besson [1]. Nulle duplicité ni fourberie dans la prestation de M. Camus au tribunal !

Compte rendu

Ni dans le compte rendu de La Rép’, que Le Canard enchaîné cite et commente mais qu’il faut avoir sous les yeux… pour ne pas en croire ses yeux.

Le titre et la première phrase du compte rendu sont consacrés à Jacques Camus… dispensé de peine. Le journaliste condamné à une lourde amende n’a droit qu’à un sous-titre et un paragraphe sur sa condamnation. Mais cet article non signé, probablement rédigé par un « cadre », parachève le jugement du tribunal en dénonçant un « parallèle douteux » et en soulignant qu’il est « apparu » (à qui ?) que le journaliste avait « sciemment fait paraître », alors que la parution dépend de la responsabilité du directeur de la publication. Solidarité, quand tu nous tiens !

Ce n’est pas tout : le rappel des faits qui étaient à l’origine du « courrier des lecteurs » est tronqué, puisqu’il ne prend même pas la peine de rappeler qu’il s’agissait d’une arrestation si scandaleuse que Nicolas Sarkozy avait gracié l’étudiante coupable d’avoir dénoncé les violences dont elle avait été l’objet.

Quant au « parallèle » jugé diffamatoire, qu’il nous suffise de dire ici qu’il était sur-titré « Rafle » !

Henri Maler

Bonus. Le 29 avril 2010, La Rép’ saluait le départ de son PDG : un portrait dithyrambique, commenté par Mourad Guichard sur le site de LibéOrléans sous les titre : « Jacques Camus, frappé d’éloges, quitte ses fonctions de Pdg » :

Après une carrière exceptionnelle [...] Jacques Camus quitte la maison ». Le ton hagiographique est rapidement donné. « Une passion sans limites pour les mots dont il mesure la force [...] Pesés, soupesés, apprivoisés, façonnés, travaillés, ils deviennent son arme », écrit le journaliste avant d’oser une première comparaison : « Comme la plume-épée d’un Sartre : l’idéologie en moins, le pragmatisme en plus ». Bref, Jacques Camus c’est Sartre (fondateur de Libération, ndlr), mais en mieux. « Ou comme un autre Camus, alors. Albert de son prénom, éditorialiste aussi. Un regard perçant sur l’actualité, une exigence morale, la formule qui fait mouche... ». N’en jetez plus !

 
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