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J.T. de France 2 : un parapente aurait menacé la sûreté nationale (avec vidéo)

par Henri Maler,

Mercredi 2 mai, 20 heures : Le JT de France 2 est presqu’entièrement occupé à faire visiter aux téléspectateurs les coulisses du « Grand débat » entre François Hollande et Nicolas Sarkozy avant le début de la représentation. Mais il y a quand même « le reste de l’actualité ». Et « dans le reste de l’actualité » : un militant de Greenpeace a survolé la centrale du Bugey (Ain) à bord d’un parapente à moteur, avant d’atterrir au cœur des installations. De quoi interroger une porte-parole de Greenpeace : « La fin justifie-t-elle les moyens » ?

… Une question qu’on se garde généralement de poser quand ce sont des « patrons voyous » très inégalement respectueux des lois et de la dignité des salariés qui sont en cause, mais qui devient l’interrogation majeure en d’autres circonstances.

On se souvient peut-être de l’entretien mémorable de David Pujadas avec Xavier Mathieu (que nous avions relevé ici même et auquel le film Les Nouveaux Chiens de garde consacre une séquence). Trois questions. Et trois fois la même incitation à condamner l’action des salariés.

Cette fois, après le reportage sur l’action de Greenpeace, le présentateur pose, en une même intervention, deux questions en une, la seconde effaçant la première :

- « Voilà pour les faits. Bonsoir Sophia Majnoni d’Intignano. Vous êtes notre invitée ce soir, merci d’être avec nous. Vous êtes chargée des questions nucléaires chez Greenpeace-France. Pourquoi d’abord ce type d’opération-spectacle [et non d’opération spectaculaire… ou d’opération tout court] ? Est-ce que ce n’est pas finalement d’une certaine manière contreproductif pour votre organisation, pour votre combat, d’être hors la loi, au détriment du dialogue, au détriment de la négociation ? »

Quel dialogue ? Quelle négociation ? Qu’importe…

La représentante de Greenpeace répond alors à la première question en expliquant quel était l’objectif poursuivi par le survol et l’atterrissage : mettre en évidence que, aux yeux de Greenpeace, la sécurité n’est pas assurée contre le « crash » éventuel d’un avion. Mais notre fougueux présentateur revint courageusement sur la deuxième des questions qu’il avait initialement posées.

- Pardon, mais je répète ma question [sa voix est partiellement recouverte par la fin de la réponse de Sophia Majnoni]. Je répète ma question… Je répète ma question… Pour vous la fin justifie les moyens ?
- C’est-à-dire ?
- Faire une opération de ce type au détriment de la sûreté nationale, pour vous c’est important ?

Voici ce que cela donne :

L’interrogation, certes, fut beaucoup moins arrogante que celle de David Pujadas. La critique des médias n’interdit pas d’être charitable : ses fins ne justifient pas n’importe quel moyen. Peut-être est-ce l’atmosphère des préparatifs du grand débat qui explique l’insistance anxieuse du questionneur et le comique, manifestement involontaire, de son inquiétude pour la sûreté nationale menacée par le vol d’un parapente…

Henri Maler avec Ricar pour la vidéo

 
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