Observatoire des media

ACRIMED

Haro sur les contestataires ? - Réponse à Jacques Le Goff, conseiller de Laure Adler

par Henri Maler, Patrick Champagne,

Dans une lettre publiée par Libération en novembre 1999, Jacques Le Goff, conseiller de Laure Adler prétend que « France Culture va dans la bonne direction » et dénonce vivement la contestation et les contestataires. Acrimed lui répond…

- Une lettre de Jacques Le Goff : « France culture va dans la bonne direction »

Jacques Le Goff, Coproducteur des « Lundis de l’Histoire » à France Culture, dans une lettre publiée dans Libération du 26 novembre 1999 (p.6) écrit :

« L’émotion qui s’est manifestée à France Culture semble en voie d’apaisement. Tant mieux. Et il faut encourager Laure Adler qui avait annoncé, dès la mise en place de la nouvelle grille, que celle-ci était perfectible. Je voudrais souligner que cette nouvelle grille est dans l’ensemble novatrice tout en respectant la tradition de la chaîne d’illustration d’une authentique culture et du respect de la diversité de ses auditeurs. Je voudrais aussi souligner que la contestation (qui a souvent retrouvé un écho complaisant dans les médias) a été le fait d’une minorité constituée de l’étrange conjonction entre quelques producteurs mécontents de leur situation, parfois à juste titre mais depuis longtemps, d’une association dite des Amis de France Culture composée surtout d’anciens combattants autoproclamés de la culture, et d’une poignée d’intellectuels de courage et de talents, que je vois avec regrets glisser vers une sorte de poujadisme de l’esprit. »

- Une mise au point d’Acrimed : « Une déclaration d’apaisement ? »

La lettre de Jacques Le Goff, que vous avez publiée dans Libération du 26 novembre, titrée « France Culture va dans la bonne direction », et qui nous met allusivement en cause, appelle de notre part la mise au point suivante.

Comment ne pas s’interroger, alors que la grève de Radio France vient juste de se terminer, sur l’opportunité de la déclaration publique de soutien à la directrice de France Culture, venant d’un universitaire qui est également coproducteur des « Lundis de l’Histoire » sur cette même station ? On aurait pu s’attendre à plus de réserve et de discrétion.

Comment ne pas être frappé par une déclaration d’apaisement qui concède que certains producteurs ont quelques raisons d’être « mécontents de leur situation » alors que rien n’a été fait pour eux et que, en réalité, c’est quasiment la majorité des producteurs qui, dans le cadre de leur association, se sont déclarés consternés par l’orientation nouvelle de la station et se sont mis en grève ?

Comment ne pas être étonné qu’un historien scrupuleux puisse, dans un texte pourtant court, multiplier les approximations et les erreurs. Affirmer que « la contestation a trouvé un écho complaisant dans les médias » est une contre vérité aisément vérifiable. Mentionner l’action occulte d’une mystérieuse « association dite des Amis de France Culture », c’est désigner pour le moins curieusement la très officielle association des « Auditeurs de France Culture », qui présidée actuellement par un haut fonctionnaire, existe depuis 1984 et tient chaque année, dans les formes légales, son assemblée générale.

Comment enfin ne pas regretter que cet historien préfère, plutôt que de participer à une discussion légitime et de réfléchir comme nous avons essayé de le faire, sur le poids des structures, soutenir la thèse du complot qui est également complaisamment répandue dans les médias par Laure Adler (dont il est l’un des conseillers) ? Le recours à des dénonciations qui seraient injurieuses si elles avaient le moindre sens (« anciens combattants autoproclamés de la culture », « poujadisme de l’esprit »), à des attaques ad hominem volontairement vagues et l’emploi d’un vocabulaire que l’on s’attend plutôt à trouver chez des responsables du maintien de l’ordre (les troubles seraient le fait d’« une minorité constituée de l’étrange conjonction », d’« une poignée d’intellectuels », etc.) ne sauraient tenir lieu d’argument : on en cherche en vain dans cette « contribution ».

Il aurait été souhaitable, avant de prendre la plume, que cet historien « de courage et de talent » s’informe davantage sur les changements actuels qui menacent l’audiovisuel public et peut-être écoute plus attentivement, sur France Culture, d’autres émissions que celle qu’il a le privilège de coproduire.

Patrick Champagne et Henri Maler, pour ACRIMED.

Libération n’ a pas cru bon de publier cette réponse.

 
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