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France 2 s’occupe… de l’occupation de Sciences-Po

Ce n’est pas des JT des grandes chaînes de télévisions que l’on peut attendre des explications sur les motifs de la contestation universitaire et des formes qu’elle prend. Mais le pire est toujours possible…

Voici comment, sur France 2, David Pujadas présentait, sans le moindre reportage annexé, la mobilisation, au JT de 20h sur France 2 le 13 mars 2009 : « Une nouvelle journée de mobilisation dans le monde universitaire, la cinquième. Des manifestations un peu partout en France ont rassemblé, selon les sources, entre 30 et 60 000 enseignants-chercheurs et étudiants notamment ici à Paris ou encore, Place du Capitole à Toulouse. Le gouvernement pensait, la semaine dernière, avoir désamorcé la contestation en rédigeant un nouveau décret sur le statut des enseignants-chercheurs mais le mouvement reste donc mobilisé et s’élargit à d’autres revendications . » Ah bon ! Lesquelles ?

Mais, dans le genre, un sommet – qui, hélas peut être dépassé - a été atteint au JT de France 2, le 18 mars, la veille donc de la journée de grèves et de manifestations. Pour rendre compte de l’occupation temporaire de Sciences-Po le 17 mars, la rédaction du Service public a choisi de donner exclusivement la parole … à ceux qui lui étaient hostiles : l’UNI et l’UNEF. Voici comment :


Et voici la transcription

- David Pujadas [Diplômé de… Science-po Paris] : - « Un dernier point sur cette journée. On s’attend à une forte participation d’étudiants ou [sic] d’enseignants car [???] le mouvement se durcit dans les universités. Hier soir, la prestigieuse Sciences-Po Paris a été occupée par des grévistes venus des facultés voisines. Antoine Gaveau. »

« Reportage » [sur des images de l’Ecole de journalisme de … Science Po]

- Antoine Gaveau : - « Une banderole accrochée par des étudiants puis arrachée par d’autres étudiants. Dans la rue, les élèves de Sciences-Po Paris, à l’intérieur, les empêchant de rentrer, ceux de plusieurs facs parisiennes. Université contre grande école, pauvres contre riches, une image de la radicalisation du mouvement, dénoncée par certains. »
- Sébastien Janicot [Président de l’UNI Sciences-Po] : - « C’est carrément scandaleux puisque il y a une horde, une cinquantaine de militants d’extrême-gauche qui ne sont même pas de Sciences-Po, qui sont des gens de l’extérieur qui sont rentrés. »
- Alexandre Fleuret [Vice-président UNEF Sciences-Po] : - « Si nous on se montre solidaires du mouvement aujourd’hui dans les universités, on ne cautionne pas ce genre d’actions. »
- Antoine Gaveau :- « Applaudis par certains, conspués par d’autres, la centaine d’occupants sort au bout de trois heures. Partout en France, les deux tiers des universités restent aujourd’hui mobilisés. Grèves, occupations, cours à l’extérieur de la fac, profs et étudiants dénoncent toujours la loi sur l’autonomie et la réforme de la formation des enseignants. Le mouvement de protestation dure depuis un moi et demi. »

Transcription : Jamel - Vidéo : Ricar - Présentation : Henri


- Le compte-rendu le plus proche de la réalité est un « témoignage », certes de parti-pris, publié sur Rue 89 : « Sciences-Po occupé : caricature de la "fabrique des élites" »

- Dernière minute (Lundi 23 mars, 14 h.). A lire et à voir, sur le site CultureKub, « Sciences Po, tout un symbole » (lien périmé), un article et des vidéos éloquentes. L’auteur de l’article a tourné, avec une camarade de l’Ecole de journalisme, les images qui ont été utilisées par la rédaction de France 2,… y compris celles que France 2 n’a pas utilisées au montage. La comparaison vaut le détour.

 
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