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Élise Lucet et le JT de France 2 censurent un reportage

par Mathias Reymond,

Un récent rapport de la Cour des comptes, présidée par Didier Migaud, épingle la gestion des collectivités locales. Afin d’illustrer ce sujet, Étienne Prigent et Philippe Eveque, journalistes à France Télévisions, font un reportage d’environ une minute et 45 secondes, sur le stade des Alpes situé à Grenoble. « Le stade devait coûter 25 millions d’euros, explique la voix off, mais la note a été beaucoup plus salée : 80 millions d’euros, soit trois fois plus. »

Ce reportage a été diffusé sur plusieurs chaînes du groupe France Télévisions (comme c’est souvent le cas) : dans le JT de 13h de France 2, le lundi 14 octobre ; et dans le 12/13 de France 3 Alpes, le mardi 15 octobre.

Mais sur France 2, la fin du reportage est pour le moins brutale, puisque le journaliste semble ne pas avoir terminé sa phrase : « Il coûte 1,4 million d’euros chaque année… » Retour sur le plateau pour qu’Élise Lucet donne une information capitale : « Il est treize heure dix-neuf. »

En visionnant la version du reportage diffusée sur France 3 Alpes, on comprend mieux la gêne d’Élise Lucet et de la rédaction en chef du JT national de France 2. La phrase complète est en effet : « Il coûte 1,4 million d’euros chaque année, de l’argent que Didier Migaud, à l’époque président de la métropole grenobloise [qui a financé le stade] et aujourd’hui à la Cour des comptes, préférerait sans doute économiser. »

Ce dernier passage, qui n’apparaît donc pas dans le reportage diffusé sur France 2, est illustré par des images d’archives de Didier Migaud, actuel président de la Cour des comptes...

Une situation embarrassante effectivement pour Didier Migaud et Élise Lucet… animatrice par ailleurs de Cash Investigation, la grande émission d’enquête de France 2.

Mathias Reymond (grâce au signalement d’un correspondant grenoblois)

Post Scriptum (ajouté le 19/10/2013) : contactée par le site @si, Agnès Vahramian, directrice adjointe de la rédaction de France 2, raconte : « Ce sujet est arrivé à 13h02, il était trop tard pour demander des précisions à nos correspondants. La rédaction en chef a jugé que la dernière phrase [ndlr : "de l’argent que Didier Migaud, à l’époque président de la métropole grenobloise et aujourd’hui à la Cour des comptes, préfèrerait sans doute économiser"] était trop imprécise. Certains ont même découvert cette histoire de grand stade de Grenoble dont le financement aurait été décidé par Migaud ». Imprécise, vraiment ?

Et de justifier : « En chute de papier, il n’y a pas assez de précisions sur le rôle qu’aurait joué Migaud, c’est approximatif et, hormis dans cette phrase, Migaud n’est jamais cité dans ce sujet qui est d’abord fait pour illustrer le rapport de la Cour des comptes ». Censure ? « Ce genre d’histoires arrivent plusieurs fois par jour, des sujets entiers sont parfois trappés au cours du JT », souligne encore Vahramian. « Franchement, pourquoi aurions-nous voulu protéger Didier Migaud, cela n’a aucun sens ».

En guise de complément, lire également sur notre site : Pataquès autour d’un rapport de la Cour des comptes.

 
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