Observatoire des media

ACRIMED

Critique des médias sur le web (mars-avril 2014)

par Franz Peultier,

N° 29 de notre sélection bimestrielle d’articles de critique des médias parus sur le Web et disponibles gratuitement. Au programme de cette sélection de mars et avril 2014 : les suites des secousses à Libération, les misères du journalisme scientifique, le traitement du FN en soirée électorale, le machisme ordinaire de Laurent Joffrin, et les connivences du Monde des livres… qui touchent Acrimed par ricochet.

Secousses à Libération

- Allô Libé Bobo (CQFD, 21/04) - « Étrange confrontation tout de même ! D’un côté, des employés désireux que leur entreprise coule, afin que renaisse de ses cendres un tout nouveau Libération, dont ils seraient bien en peine encore de dire à quoi cela pourrait ressembler. De l’autre, des actionnaires qui se battent pour que le journal continue sur sa lancée de "gauche tendance" pratique et contrôlable à coup de rustines et de petites magouilles dans le dos des employés. »

- Qui est donc Pierre Fraidenraich ? (Liberation.fr, 01/04) – « Pierre Fraidenraich, 49 ans en mai prochain, apparaît dans les radars médiatiques en 1985, en tant que journaliste à La Cinq où il restera jusqu’à la fermeture de la chaîne en 1992. On le retrouve ensuite sur France 3. Au Soir 3 d’abord, puis à la présentation des éditions du week-end et de la semaine ensuite. En 1997, il quitte la chaîne publique pour s’en aller fonder… ah mais on va trop vite. En mars 1997, selon de nombreux anciens collègues, il est impliqué dans une sale affaire qui explose à la tronche de France 3 : les décors, le générique, le logo du 19/20 de la chaîne ont été utilisés pour le tournage de faux JT publicitaires à la gloire, notamment, du laboratoire médical Pfizer. Un réalisateur de La Trois est aux manettes et, devant les caméras, la présentatrice Laurence Piquet. L’affaire a fait vaciller sévèrement la chaîne. Si son nom n’est jamais cité dans les articles évoquant l’histoire, il suffit de prononcer le nom de Fraidenraich pour que, de France 3 à Canal +, on vous réponde du tac au tac : "Ah oui, les faux JT". Pierre Fraidenraich "se traîne cette casserole depuis des années", résume un journaliste. »

Misères du journalisme scientifique

- Sciences : les journaux racontent n’importe quoi (Courrier international, 13/03) – « En matière d’information, bien souvent, le sujet le plus important perd la bataille de l’audience contre les ragots ou les anecdotes à connotation sexuelle – voire simplement contre quelques photos de chatons. La même tendance serait à l’œuvre derrière un phénomène observé par des chercheurs des National Institutes of Health (NIH, agences gouvernementales américaines en charge de la recherche médicale et biomédicale), dans un article publié par la revue spécialisée Plos One : dans leur traitement de la recherche médicale, les médias ont tendance à privilégier les études scientifiques les moins fiables. »

- La NASA de l’Apocalypse (Klaire.fr, 02/04) - « Pourquoi ça part en sucette ? Parce qu’après Le Guardian qui transforme une "étude ayant bénéficié d’une bourse partielle de la NASA" en "étude financée par la NASA", les pioupious de la RTBF transforment à leur tour “étude financée par la NASA” en “étude de la NASA”… et qu’à partir de là, plus personne ne s’embêtera à préciser. »

- Plaidoyer pour le journalisme scientifique (Blog Passeur de sciences, 04/05) – « Le dernier 14 juillet, si important, si symbolique, de Jacques Chirac, a totalisé une centaine de reprises et notre histoire de tétraplégique 20 000... Qu’est-ce qui était important et symbolique ? Malgré la force de ces chiffres, vite suivis par d’autres tout aussi éloquents, je n’ai pas réussi à obtenir que les sciences obtiennent un meilleur traitement, autre chose qu’un strapontin dans l’actualité. »

Du traitement du FN en soirée électorale

- Soirée spéciale élections municipales ou soirée Front National ? (Leulier, 27/03) – « En analysant les chiffres des interventions des animateurs, la réponse est rapidement évidente : les animateurs n’interrogent les invités que sur ce sujet-là : "Que pensez-vous du score du Front National ?", "Que pensez-vous du score du Front National dans la ville de … ?", "En cas de triangulaire avec le Front National, quelles sont vos consignes ?", etc. Pujadas d’ailleurs l’annonce lui-même à un moment de la soirée : "Ça sera une des thématiques dominantes de la soirée [le FN] ; il y aura beaucoup de villes avec des triangulaires" (50:49). Bien sûr les seules triangulaires dont parle Pujadas sont celle PS/UMP/FN. Et le FN n’est pas "une des thématiques dominantes de soirée", mais en fait l’unique thématique de la soirée. Delahousse déclare également, plein de naïveté : "On parle beaucoup du Front National ce soir" (77:38). »

Machisme ordinaire de Laurent Joffrin

- Une nécrologie machiste signée Laurent Joffrin (Tout va bien, 02/05) - « Ce vendredi 2 mai 2014 Le Nouvel Observateur met en ligne une nécrologie de Josette Alia signée par un macho barbichu nommé Laurent Joffrin. Extraits : "elle était de ce groupe d’amazones de la plume qui en remontrait sans cesse aux vedettes machistes de la presse établie. Aussi féminine que féministe". »

Connivences au Monde des livres

- Encore une connivence du Monde des livres avec un de ses collaborateurs... ce qui infirme une assertion d’Acrimed (Tout va bien, 26/04) - « Le Monde des livres daté du 25 avril 2014 rend compte d’"un chef-d’œuvre" : Une enfance de rêve, de Catherine Millet, collaboratrice au Monde des livres . […] Cette connivence invalide ce qu’écrit Blaise Magnin le 3 avril 2014 sur le site d’Acrimed, le pourtant bien informé observatoire des médias, à propos du Monde des livres. »

Divers

- Communautarisme à l’école : l’enquête du Figaro ressemble à un canular (Blog de Bernard Girard, enseignant au collège, Rue89, 14/04) - « La ficelle est toujours aussi grosse mais tant que l’opinion publique ne s’en lasse pas, pourquoi s’en priver ? Le Figaro en rajoute une couche sur "le communautarisme musulman [qui] défie l’école". Se basant sur une enquête de police confidentielle – tellement confidentielle qu’on n’en trouve la trace nulle part –, le quotidien entretient avec obstination la grande frayeur de son lectorat. Le procédé est classique : aucune information sérieuse ni vérifiable, avec en prime des montages photos qui feraient ricaner dans n’importe quelle école de journalisme. »

- Diversité dans le journalisme numérique : le changement, c’est lentement (lesinrocks.com, 18/03) – « Peut-on parler de “révolution numérique” en journalisme, si toutes les innovations sont portées par des hommes blancs ? C’est la question qu’a soulevée la professeure à l’école de journalisme de Columbia Emily Bell dans Le Guardian la semaine dernière. L’immense majorité des nouveaux projets de journalisme en ligne (les installés Vice, Quartz, Politico, Buzzfeed, Grantland mais aussi les nouveaux projets à venir, First Look Media ou Vox Media) sont portés par des hommes blancs. »

 
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