Observatoire des media

ACRIMED

Critique des médias sur le web (mai-juin 2012)

par Franz Peultier,

N° 20 de notre sélection bimestrielle d’articles de critique des médias parus sur le Web et disponibles gratuitement. Présentation thématique des articles publiés en mai, juin 2012 et début juillet.

Certaines réalités sont médiatiquement en vogue : la (dure) “réalité” à laquelle doit, selon les éditorialistes, se ranger François Hollande ou la “réalité” que prétend représenter la télévision. Mais d’autres réalités, médiatiquement négligées, semblent peu contestables : réalité du sexisme, réalité de la paresse des hebdomadaires d’information, réalité du comportement moutonnier des sites sportifs, réalité des manipulations du « Petit Journal »…

Réalité des chaînes d’information en continu

- De la BFMisation de la télévision (Libération.fr, 18/05) – « Et cette épidémie de duplex, symptôme de la BFMisation galopante, a envahi jusqu’au simple JT : ils sont partout, ils ne servent à rien, ce sont les envoyés spéciaux du vide. Mais ils sont cruciaux au point que chaque présentateur les annonce dans le sommaire de son journal. On a droit à trois duplex minimum par JT de TF1 et France 2. »

- BFM-TV et le journalisme-réalité : on ne sait rien, mais on vous dira tout (Le Plus du Nouvelobs.com, 21/05) – « Le travail, jusqu’alors caché, nécessaire à la production d’info est devenu partie prenante de l’info, se plaçant au centre du dispositif. Les chaînes en continu ne diffusent plus le résultat du travail de ses employés, elles diffusent les images des journalistes au travail. Et on les regarde faire, fasciné, comme lorsqu’on regardait Loana faire la vaisselle... »

- Quand i>TELE et BFM-TV se partagent un correspondant à Kaboul, ça frise le ridicule... (Tweet de @tomjoubert, 25/05) - Julien Sensé et Nicolas Ropert, deux noms pour un seul correspondant à Kaboul que se partagent BFM TV et i-Télé... A voir en images.

Réalité (ou pas ?) d’émissions qui déshabillent le sujet

- "Strip-tease" sur France 3 : du trash pour bourgeoisie en mal de domination sociale (Le Plus, 03/07) – « "Strip-tease" a beau faire de la téléréalité pour intellos, elle fonctionne selon le même schéma que "Secret Story". Pour justifier le maintien de l’émission, pour qu’elle surprenne chaque fois davantage, elle se doit d’être de plus en plus incroyable, donc, elle se doit de montrer des personnages de plus en plus vertigineux. C’est une quête sans fin qui pousse à toutes les dérives. »

- "Strip-tease" sur France 3 : c’est dur d’être regardé "par des cons" ! (Le Plus, 03/07) – « Le problème de fond vient d’ailleurs sans doute de cette mauvaise dénomination que l’on a apposé aux émissions nées de "Secret Story" et qui sont tout, sauf de la la télé de la réalité justement. Situations écrites, rebondissement scénarisés, protagonistes sélectionnés et influencés plus ou moins ouvertement, mise en scène maximale, ce que l’on appelle la téléréalité est dans la forme à l’exact opposé de "Strip-Tease". Et dans le fond également. »

Réalité de la paresse de la presse qui fustige la paresse

- La paresse en crise (Tout est politique, 31/05) - De l’obsession de la presse magazine pour "la France des tire-au-flanc", une presse qui pour sa part fournit d’intenses efforts pour varier les sujets...

- Souhaitons-Nous Vraiment Que La France Devienne Le Mexique Des Tire-Au-Flanc ? (Blog de Sébastien Fontenelle, 20/06) – « Cette manière est, certes, un peu étonnante, puisque le directeur de l’hebdomadaire de droite Le Point, Franz-Olivier Giesbert, est quant à lui, en tant qu’éditocrate de niveau 9, l’incarnation même de la petite France des absolues feignasses qui, d’une semaine l’autre, recopient dans de burlesques billets d’un feuillet vitement torché les mêmes sempiternelles exhortations à réduire la dépense publique - et qui, dans l’intervalle, s’exhibent chez France 2, pour y réciter, aux frais du contribuable, encore les mêmes mantras. »

Réalité économique à laquelle il faut se ranger

- Editocrates au bord de la crise de nerfs (Tout est politique, 18/06) – « 6 "experts" sont conviés par David Pujadas et Elise Lucet pour disserter en toute libéralité, dans un after d’anthologie au club des TINA tourneurs, sur la politique que doivent désormais suivre gouvernement et assemblée. Bref, oublie son succès et sa majorité absolue, il s’agit de te marteler pourquoi la gauche n’a désormais d’autre alternative que d’appliquer... une politique de droite. »

Réalité du sexisme médiatique

- C dans l’Air et la parité : C pas gagné... (Infographie de Edouard Mathieu sur infogr.am, 13/06) – « Sur les 116 émissions diffusées pour l’instant en 2012, 65 % des plateaux étaient uniquement composés d’invités masculins. 28 % comptaient une seule invitée féminine face à trois hommes. Seules 6 % des émissions étaient paritaires ! Aucun plateau avec trois femmes... mais une émission entièrement féminine : le 8 mars, Journée de la femme. Évidemment, pour quelle autre raison saugrenue inviterait-on autant de femmes en même temps à une émission ? »

- RTL, moins de Zemmour, des hommes toujours (Les Nouvelles News, 20/06) – « Dans une interview accordée au Point, le Directeur de la station, Christopher Baldelli, fait le tour des changements prévus à l’antenne pour la rentrée.... Reste une constante : parmi ses animateurs et chroniqueurs vedettes, il n’y a quasiment que des hommes. La seule femme qui apparaît sur la quinzaine de noms cités dans l’interview est Élizabeth Martichoux qui devra faire de la place à Vincent Parizot, le futur ex-animateur de la matinale, usé par le rythme de cette tranche horaire. »

- Concours de beauté au Palais Bourbon (Les Nouvelles news, 12/06) – « Ça devait arriver. La démocratie vient de faire un pas en avant avec l’augmentation du nombre de femmes députées... et bien sûr un média vient gâcher la fête en les remettant à « leur » place : sois belle, enfante et tais-toi. Direct Matin se livre à une « sélection non-exhaustive » des femmes qui font souffler « un vent de glamour sur le Palais Bourbon. »

Réalité du journalisme sportif

- Bonus pré-comité : Lustenberger à l’OM (Hors Jeu, 25/06) - Canular de l’équipe du site Horsjeu.net, qui a lancé une fausse rumeur sur le transfert d’un joueur suisse à Marseille. Mode d’emploi pour tromper les "grands sites" sportifs d’actualité. « Retenez bien le nom du journal cité dans cette brève. L’info n’est bien évidemment jamais parue dans ce journal. Pourtant les sites qui vont reprendre le fake vont à chaque fois le citer comme source. »

- Nasri, le doigt où ça fait mal (Une balle dans le pied, blog de Jérôme Latta, 13/06) – « En faisant et défaisant l’opinion, les journalistes spécialisés ont une influence majeure sur la carrière des footballeurs, au travers d’une relation constamment ambiguë, faite à la fois de proximité et de distance, reposant simultanément sur une grande capacité de complaisance et un tout aussi puissant pouvoir de nuisance. »

Réalité des tracas du « Monde »

- « Le Monde » se compromet à Bilderberg (Blog de Laurent Mauduit sur Mediapart, 06/06) – « On comprend donc ce qu’il y a de compromettant pour un journaliste à participer à ce genre de cénacle. Car dans le cas de Bilderberg, il n’y a pas, comme au Forum de Davos, le prétexte du reportage. Un journaliste ne peut prétendre qu’il pénètre dans cette enceinte pour en percer les secrets et informer ses lecteurs. Non ! C’est un club d’oligarques, où la presse n’est pas admise pour y faire son office. S’il y pénètre, le journaliste est donc un oligarque parmi d’autres. Entre gens du même monde. »

- Comment Abdelaziz Bouteflika s’est payé Le Monde (Slate Afrique, 05/07) – « Une publication qui a rapidement soulevé l’ire des journalistes du quotidien français qui crient à la confusion des genres. D’un côté une information qui se veut la plus indépendante qui soit et de l’autre ce supplément de publi-reportage. « La société des rédacteurs du Monde proteste contre la publication d’un supplément « Stratégies internationales, spécial Algérie », publié dans le quotidien daté du 4 juillet », écrit la Société des Rédacteurs du Monde (SRM), actionnaire du journal, dans un communiqué. »

Réalité d’événements médiatiques

- Cannes, ou la visibilité au carré (Culture visuelle, 25/05) – « Cette expression de la pression médiatique, qui fournit une échelle visible de l’importance accordée à l’événement ou à la source, est à ranger parmi les multiples figures de réflexivité qui ont pour fonction d’asseoir le rôle culturel et social de la presse. Exercice collectif voué la construction d’une information objective, le travail médiatique se dépeint dans sa pluralité, qui est supposée garantir sa représentativité. »

Diverses réalités

- Grands frères, caves et poubelles, la sexualité dans les banlieues selon le journal Causette (Sylvie Tissot sur Les mots sont importants, 18/06) – « J’ai acheté le numéro d’avril de Causette pour le reportage consacré aux violences sexuelles chez les élus. Je l’ai lu avec grand plaisir, heureuse qu’un journal trouve enfin légitime d’aborder cette question sans complaisance, sans fausse symétrie entre les parties en présence. J’avais même décidé de m’abonner à ce journal, un petit peu plus féministe que la plupart des féminins, quand, par malheur, je suis tombée sur « la chronique du Dr Kpote » et son effrayant voyage dans l’horrible banlieue de la Seine-Saint-Denis. Et là, douche froide et incrédulité : autant de clichés sur deux petites pages ? »

- Laurence Ferrari, on t’aimait tant... (Piratage(s), 01/06) – « Quand les commentateurs s’enquièrent du départ de la « présentatrice star » du 20h, c’est pour s’inquiéter de son remplacement par un talent équivalent, voire meilleur. Sans préciser que ce talent ne tient pas dans la capacité à fournir une information pluraliste, mais dans l’aptitude à fidéliser une clientèle de cerveaux qu’il rendra disponible, malléable à recevoir un slogan publicitaire. »

- "1 milliard d’euros" d’affaires perdues à l’école ? (« Vite dit » d’Arrêt sur images, 03/07) – « De nos plongées récentes dans diverses études du Crédoc, nous avons retenu un réflexe simple : toujours s’interroger sur qui diffuse des données censées frapper l’opinion. En l’occurrence, l’organisme qui s’est chargé de recenser les "tonnes d’objets et de vêtements" perdues dans les écoles françaises est l’observatoire Scoléo. Quésaco ? Une petite structure d’étude montée par Scoléo, qui se présente comme "une entreprise spécialisée dans des dispositifs d’aide aux parents", selon Le Parisien ou Le Figaro. Pas très explicite, mais les journalistes détaillent : Scoléo commercialise des offres d’achat mutualisé de fournitures scolaires, mais vend aussi… des étiquettes ! »

- Mme Figaro donne son nom à son blog, Madame Figaro menace (Rue89, 27/06) – « Mme Figaro est une institutrice un peu geek qui met en ligne des idées d’activités, des posters pour apprendre à lire et des chansons pour pratiquer l’anglais. Rien de bien méchant. Et comme son nom de famille est Figaro, ses élèves l’appellent Mme Figaro. Du coup, c’est le nom de son blog : La Classe de madame Figaro. Logique. Avec une cinquantaine de visites par jour, le blog, enfoui dans les profondeurs du Net, attire une petite communauté de professeurs des écoles. Tout tourne pour le mieux jusqu’au jour où Mme Figaro reçoit un courriel du Figaro, le journal, qui menace de la traîner en justice. »

- Europe Ecologie-Les Verts dénonce une nouvelle manipulation du “Petit journal” (Télérama.fr, 31/05) – « Après Jean-Luc-Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan pendant la présidentielle, c’est au tour d’Europe Ecologie-Les Verts de dénoncer une manipulation du Petit journal de Canal+. Dans son émission du 29 mai 2012, Yann Barthès ironisait sur la faculté des personnalités d’EELV à ne pas regarder la caméra (« et donc leurs électeurs ») dans le clip de campagne pour les législatives. Or, il se révèle que les équipes du Petit journal n’ont gardé que des plans de coupe dudit clip où, forcément, les intervenants ne regardent pas la caméra. »

 
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