Observatoire des media

ACRIMED

« L’Europe, L’Europe... »

Comptage des intervenants à la télé de janvier à mars 2005 (“Arrêt sur images”, F5)

Des chiffres qui ont valeur d’indice (pas plus, pas moins). Ils sont accablants...

Lors de l’émission « Arrêt sur images » du 10 avril 2005, la séquence consacrée à « l’info-chronométrage du mois de mars 2005 » (Comptabilisation d’Aurélie Windels, présentée par Perrine Dutreil [1]) proposait les chiffres suivants sur le nombre d’intervenants à la télévision sur le Traité constitutionnel européen entre le 1er janvier et le 31 mars 2005 :

Toutes émissions confondues (JT, émissions politiques, émissions de divertissement)
- Nombre d’intervenants favorables au « Non » : 29%
- Nombre d’intervenants favorables au « Oui » : 71%

Dans les journaux télévisés
- Nombre d’intervenants favorables au « Non » : 27%
- Nombre d’intervenants favorables au « Oui » : 73%

Dans les émissions politiques

-> Même répartition pour « Question ouverte » (France 2), « Face à la Une » (TF1), « Le Vrai journal » de Karl Zéro (Canal plus)
- Nombre d’intervenants favorables au « Non » : 33%
- Nombre d’intervenants favorables au « Oui » : 67%

-> « France Europe Express » (France 3)
- Nombre d’intervenants favorables au « Non » : 30%
- Nombre d’intervenants favorables au « Oui » : 70%

-> « 100 minutes pour convaincre » (France 2)
- Nombre d’intervenants favorables au « Non » : 50%
- Nombre d’intervenants favorables au « Oui » : 50%

Dans cette dernière émission, « on a l’impression en revanche d’une grande équité », indiquait Perrine Dutreil qui corrigeait aussitôt : « Mais ce n’est qu’une illusion » puisque, précisait-elle, les invités principaux étaient des partisans du « Oui » (Dominique de Villepin, Dominique Strauss-Kahn...), alors que les partisans du « Non » n’arrivaient qu’en toute fin d’émission « pour un temps de parole restreint » (Philippe de Villiers, Jean-Pierre Chevènement...).

Ces chiffres sont accablants. Encore ne sont-ils que des indices [2].
- Ils ne disent rien des temps de parole et surtout des conditions d’expression des divers protagonistes (Quel était le contexte de chaque intervention ? Quelles questions leur ont été posées ? Quelle était l’attitude des journalistes ?)
- Ils ne prennent pas en compte la place occupée par les chroniqueurs et éditorialistes (Regardez LCI, par exemple...)
- Ils sont une « coupe » (certes de trois mois) dans des années de diffusion totalement disproportionnée des opinions politiques aujourd’hui cristallisées dans les arguments favorables au « Oui ».

Désormais, à dater du 4 avril, les chaînes de télévision sont invitées à respecter les règles édictées par le CSA qu’un mot, d’une imprécision toute jésuitique, suffit à résumer : « équité » [3]. Il est possible - mais pas sûr - qu’un certain « équilibre » soit désormais respecté, du moins en ce qui concerne le nombre et les temps de parole des intervenants. Mais faudra-t-il oublier, une fois l’élection passée (comme après les mobilisations sociales de 1995 et de 2003, par exemple) que le pluralisme pratiqué par les médias dominants cultive, en règle générale, une diversité à sens unique ?

La vigilance s’impose, mais pas seulement par gros temps.

 
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Notes

[1Lien périmé - note d’Acrimed, juin 2011.

[2Le souligner n’est en rien une critique d’ « Arrêt sur images » sur ce point...

[3Nous reviendrons ultérieurement sur les contorsions du CSA

Lire : Faire sensation. De l’enlèvement du bébé Lindbergh au barnum médiatique, de Roy Pinker

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